8 mars 2006

Israël, État terroriste

Lundi, deux militants du Djihad islamique et trois passants palestiniens ont été tués dans une attaque ciblée israélienne à Gaza. Deux des victimes étaient des enfants.
Ce matin, Shaul Mofaz, ministre israélien de la Défense, a déclaré que l'État d'Israël pourrait prendre pour cibles les dirigeants du Hamas, y compris Ismaïl Haniyeh, le Premier ministre palestinien.

Depuis le 20 février, les médias cherchent à nous convaincre, sans apporter la moindre preuve, que Youssouf Fofana aurait assassiné Ilan Halimi parce qu'il serait antisémite. Des centaines d'articles ont été publiés dans ce sens sans s'embarrasser de la présomption d'innocence et du moindre doute.

Les mêmes passent sous silence les crimes des troupes d'occupation en Irak ou ceux de l'État qui, au nom du sionisme, occupe illégalement les territoires palestiniens, détruit les maisons, occupe les terres, parque la population derrière le mur de l'apartheid, enferme, torture et assassine les militants et les dirigeants palestiniens en toute impunité.

Après la victoire démocratique du Hamas aux élections législatives, les médias se sont rangés dans le camp de la haine et du mensonge pour faire payer aux Palestiniens ce choix. Aujourd'hui, aucun ne dénonce les menaces de plusieurs dirigeants israéliens d'éliminer Ismaïl Haniyeh.

Ce silence sur le terrorisme de l'État d'Israël légitime la dramatique dérive vers un affrontement sanglant, qui ne sert que les intérêts des extrémistes et dont les deux peuples sont victimes. Et, dans ce cas, la population israélienne est prise en otage par des dirigeants qui se vantent d'êtres des tueurs !

Serge LEFORT
7 mars 2006

7 mars 2006

"Le Monde", agent de propagande

Le 2 et 3 mars, Le Monde a publié deux articles qui reprennent une vieille manipulation médiatico-politique sur la "piste soviétique" de l'attentat contre Jean Paul II en 1981.

Le 2 mars, l'article, intitulé «L'URSS aurait commandité l'attentat contre Jean Paul II, en mai 1981», reprend le communiqué des agences AFP, Reuters et AP :

Les dirigeants soviétiques avaient commandité la tentative d'assassinat de Jean Paul II en mai 1981, affirme, jeudi 2 mars, une commission d'enquête parlementaire italienne.
"Ils [les Soviétiques] ont transmis cette décision aux services secrets de l'armée afin qu'ils mettent en place les opérations nécessaires pour commettre ce crime d'une gravité exceptionnelle, sans équivalent dans la période moderne", peut-on lire dans une première version d'un rapport qui sera présenté au Parlement italien dans le courant du mois.
La commission chargée par le Parlement italien d'enquêter sur les activités des services secrets communistes en Italie pendant la guerre froide est présidée par le sénateur Paolo Guzzanti. Elle a principalement travaillé sur les "archives" d'un ex-agent du KGB passé à l'Ouest au début des années 1990, Vassili Mitrokhine, qui regorge de révélations sur les agissements des agents soviétiques à l'étranger.


Le 3 mars, l'article, intitulé «La "piste soviétique" se confirmerait dans l'attentat de 1981 contre Jean Paul II», est signé par Henri Tincq et Jean Jacques Bozonnet (à Rome) :

Le sénateur Paolo Guzzanti, président de la "commission Mitrokhine" (du nom d'un ex-agent du KGB), chargée d'enquêter sur l'activité des services secrets soviétiques durant la guerre froide, a révélé, mercredi 1er mars, qu'"au-delà de tout doute raisonnable, c'est le sommet hiérarchique de l'URSS qui a pris l'initiative d'éliminer le pape polonais Karol Wojtyla". Dans l'attentat du 13 mai 1981 place Saint-Pierre, il met en cause en particulier le GRU - les services secrets militaires russes sous Leonid Brejnev (1906-1982) -, qui aurait été "chargé d'accomplir un délit d'une gravité sans précédent dans l'histoire moderne".


Le Monde sait pertinemment qu'il s'agit d'une campagne de propagande anticommuniste, basée sur une théorie du complot, qui fut démentie [1] :

Pendant les années Reagan (1981-1988), on a assisté à un effort concerté pour diaboliser l'Union soviétique afin d'assurer la croissance continue des armements et une nouvelle politique étrangère, plus agressive - dans le tiers-monde en particulier. « L'Empire du Mal » était accusé de soutien au terrorisme international [...]. Lorsqu'en mai 1981, à Rome, l'apprenti assassin Mehmet Ali Agça tire sur le pape Jean-Paul II, on assiste à l'une des campagnes de propagande les plus réussies de la Guerre froide.
[...]
Les grands médias américains avalent l'histoire avec une étonnante crédulité : la possibilité qu'Ali Agça ait subi des pressions pour dénoncer le KGB et les Bulgares, abondamment évoquée dans la presse italienne, n'est pratiquement jamais soulevée, même en théorie, pas plus que la faiblesse des motivations soviétiques, la stupidité évidente de l'entreprise ou le manque total de preuves.
[...]
En 1991, lors de l'ouverture des archives soviétiques et bulgares, la commission d'investigation d'Allen Weinstein [...] rentre aux États-Unis sans avoir trouvé la moindre preuve d'une implication des Bulgares ou du KGB.
[...]
Plus tard, devant le Sénat à Washington, [...] Goodman [ancien agent de la CIA] affirme que non seulement la CIA n'a pas trouvé la moindre trace d'une quelconque implication soviétique ou bulgare dans l'attentat, mais que la « bonne pénétration des services secrets bulgares » par la CIA a permis à ces professionnels de conclure à l'inexistence de cette « connexion ».


Cette affaire ressort miraculeusement au moment où Vladimir Poutine négocie avec le Hamas et l'Iran pendant que George W. Bush fait la tournée des popotes nucléaires en Inde et au Pakistan. Il est cocasse de lire que Bush félicite Musharraf, qui a pris le pouvoir au Pakistan le 12 octobre 1999 à la suite d'un coup d'État, pour sa "courageuse décision" de se joindre à la "guerre contre le terrorisme". C'est une manière habile de faire oublier que la CIA, par l'intermédiaire des services secrets pakistanais (ISI) [2], recruta, entraîna, arma et paya les groupes islamistes qui se sont retournés contre leurs généreux donateurs dans les années 1990 [3].

Il n'est pas étonnant que le presse italienne aux mains de Silvio Berlusconi, fidèle allié de George W. Bush, ressorte cette vieille manipulation médiatico-politique. Il n'est pas étonnant non plus que Le Monde soit l'agent d'une "croisade" contre le "monde arabo-musulman" en répétant inlassablement les mêmes mensonges, car les élites françaises s'enlisent dans une crise identitaire post-coloniale.

Serge LEFORT
6 mars 2006


[1] Lire l'analyse détaillée de cette désinformation : HERMAN Edward S. et CHOMSKY Noam, La fabrique de l'opinion publique - La politique économique des médias américains, Le Serpent à Plumes, 2003 p.117 à 135.
[2] Sur l'ISI :
• Le grand jeu de l'Inter-Services Intelligence, le service de renseignements pakistanais (1), Checkpoint
• Le grand jeu de l'Inter-Services Intelligence, le service de renseignements pakistanais (2), Checkpoint
• Washington/Islamabad : des relations très spéciales, Politique internationale
[3] COOLEY John K., CIA et Jihad 1950-2001 - Contre l'URSS, une désastreuse alliance, Frontières, Autrement, 2002.

3 mars 2006

La lepénisation des médias

Depuis plus de quatre mois, il ne se passe presque pas un jour sans que les médias ne déversent des propos haineux contre "le monde arabo-musulman". Tout, dans l'actualité internationale et franco-française, est prétexte à vendre l'idée d'un complot terroriste islamique visant à détruire "la civilisation occidentale".

En juillet 2004, les médias avaient accrédité le mythe d'une agression antisémite dans le RER D sans aucune preuve et avant même que la police ne termine l'enquête préliminaire [1]. Confrontés à la réalité des faits, les mêmes ont justifié cette campagne odieuse en affirmant sans rire que, si le crime n'avait pas eu lieu, il aurait pu avoir lieu !

Depuis le 21 février, les médias accusent Fofana d'avoir torturé et tué Ilan Halimi parce qu'il était juif. Comme dans l'affaire d'Outreau, la présomption d'innocence n'existe pas pour ceux qui font du chiffre d'affaire en instrumentalisant les préjugés du nouvel ordre moral ou du racisme anti-arabe qui animent les élites de droite et de gauche.

Aujourd'hui, alors que les enquêtes policière et judiciaire sont en cours, les médias ont délibérément choisi l'ignoble posture d'accusateur public. Fofana est coupable parce qu'il est antisémite ! La seule preuve des médias-procureurs repose sur les allégations de la mère d'Ilan Halimi, faites au quotidien israélien Haaretz [2] et relayées par Roger Cukierman, le président du CRIF, au cours du dîner annuel de cette association communautaire.

Plus encore que dans l'affaire du RER D, les médias et les politiques font la course à l'accusation sans preuve sous prétexte de dénoncer l'antisémitisme. Ainsi, Malek Boutih, secrétaire national du PS chargé des questions de société, a déclaré : "Il est certain qu'il s'agit d'actes de crapulerie antisémites." Le Nouvel Observateur du 21 février.

Le meurtre d'Ilan Halimi est crapuleux, mais ne justifie pas le recours à la délation revancharde comme l'a fait, par exemple, Eric Zemmour dans l'émission Ça se dispute du 24 février sur iTélé : "il y a dans les banlieues un terreau antisémite" [3]. Cet amalgame est crapuleux comme le furent les commentaires à propos de l'explosion sociale dans les banlieues à la suite de la mort de deux jeunes à Clichy-sous-Bois.

Ce meurtre prend des dimensions politiques plutôt cocasses. Ainsi, le très démocratique Laurent Gbagbo, maintenu au pouvoir en Côte d'Ivoire par l'armée française, remercie ses maîtres à Paris en signant l'extradition de Fofona, qui sera ramené en France à bord d'un Airbus de l'armée française. Plus drôle encore, on nous assure qu'il s'agit d'un "vol régulier" de l'armée entre les deux pays...

En 1999, Benjamin Stora publia un livre [4] très éclairant sur les racines du racisme anti-arabe en France. À cette époque, qui paraît bien lointaine, seule l'extrême-droite revendiquait le discours contre "le monde arabo-musulman" au nom de "la civilisation occidentale". Aujourd'hui, ce discours, devenu un lieu commun dans les médias, gangrène la société.

Serge LEFORT
3 mars 2006


[1] Sur la fausse agression antisémite dans le RER D :
• 14/07/2004, Serge LEFORT, Le racisme ne se divise pas, Monde en Question.
• 18/07/2004, Serge LEFORT, Analyse d'une dérive – Le cas Libération, Monde en Question.
[2] Mme Halimi, la mère d'Ilan, a déclaré au quotidien israélien Haaretz : "Si Ilan n'avait pas été juif, il n'aurait pas été assassiné". Le Nouvel Observateur du 20 février.
[3] Dire, comme Richard Séréro, secrétaire général de la LICRA, que "l'antisémitisme est en évolution exponentielle" alors que les violences antisémites ont chutés de 46% en 2005, relève du mensonge. Le Nouvel Observateur du 21 février.
[4] Benjamin STORA, Le transfert d'une mémoire - De l'«Algérie française» au racisme anti-arabe, La Découverte, 1999.

2 mars 2006

La voie royale de l'apolitisme

Quatre ans après sa défaite, le PS n'a toujours pas fait le bilan de la perte de 2,5 millions de voix par Lionel Jospin. Conduit par François Hollande, le PS navigue au jour le jour... en attendant les prochaines élections.

Ce ne sont pas les candidats qui manquent ! Au rayon des étrangetés, il y a le retour de celui qui avait annoncé solennellement le 21 avril 2002 qu'il se retirait de la vie politique et les candidatures du couple Hollande-Royal.
La primaire un peu spéciale, entre Ségolène Royal et François Hollande, aura lieu en septembre. C'est à ce moment qu'ils décideront "ensemble, en couple", lequel de la présidente de la région Poitou-Charentes ou du premier secrétaire du PS soumettra sa candidature au vote des militants socialistes. Ségolène Royal énonce ainsi les choses, jeudi 2 février, dans le quotidien britannique Financial Times qui consacre un portrait à la "Celebrity Royal", présentée comme la favorite à gauche pour l'élection présidentielle de 2007.
Le Monde du 03 février

Marie-Ségolène Royal a une curieuse conception de la politique. Non seulement, elle en fait une affaire de couple, mais tout son programme se résume à l'incantation "je suis une femme" ! En janvier, elle a fait le voyage au Chili pour montrer qu'elle soutenait Michelle Bachelet sans connaître trois mots d'espagnol. À cette occasion, elle a surtout révélé son ignorance, car la première femme présidente d'un État d'Amérique du Sud fut Isabel Martínez de Perón, présidente de l'Argentine de 1974 à 1976.

Bien d'autres femmes ont occupé, à l'époque contemporaine, les fonctions de Premier ministre ou de présidente d'un État sans que le fait d'être femme soit un argument pour justifier leur politique.

  • Au Sri Lanka, Sirimavo Bandaranaike fut Premier ministre de 1960 à 1965 et de 1970 à 1972.
  • En Inde, Indira Gandhi fut Premier ministre de 1966 à 1977 et de 1980 à 1984.
  • En Israël, Golda Meir fut Premier ministre de 1969 à 1974.
  • En Argentine, Isabel Martínez de Perón fut présidente de 1974 à 1976.
  • Au Royaume-Uni, Margaret Thatcher fut Premier ministre de 1979 à 1990.
  • En Islande, Vigdís Finnbogadóttir fut présidente de 1980 à 1996.
  • Aux Philippines, María Corázon Sumulong Cojuangco (Corázon Aquino) fut présidente de 1986 à 1992.
  • Au Pakistan, Benazir Bhutto fut Premier ministre de 1988 à 1990 et de 1993 à 1996.
  • En France, Édith Cresson fut Premier ministre de 1991 à 1992.
  • Au Bangladesh, Khaleda Zia fut Premier ministre de 1991 à 1996.
  • Au Sri Lanka, Chandrika Kumaratunga fut présidente de 1994 à 2005.
  • Aux Philippines, Gloria Macapagal-Arroyo fut présidente de 1998 à 2001 et depuis 2004.
  • Au Panama, Mireya Elisa Moscoso Rodríguez de Arias fut présidente de 1999 à 2004.
  • En Lettonie, Vaira Vīķe-Freiberga est présidente depuis 1999.
  • En Finlande, Tarja Halonen est présidente depuis 2000.
  • En Indonésie, Megawati Sukarnoputri fut présidente de 2001 à 2004.
  • En Allemagne, Angela Dorothea Merkel est Chancelière depuis 2005.
  • Au Libéria, Ellen Johnson-Sirleaf est présidente depuis 2006.
  • Au Chili, Verónica Michelle Bachelet Jeria est présidente depuis 2006.

  • Marie-Ségolène Royal devra donc trouver d'autres arguments pour convaincre.
    Fille d'un colonel d'artillerie à Dakar, capitale de l'AOF (Afrique occidentale française) pendant l'occupation coloniale, elle devra nous expliquer les "bienfaits" du colonialisme et du néo-colonialisme.
    Le conseil de prud'hommes de Niort a condamné Ségolène Royal en 1999 pour avoir employé durant sa campagne de 1998 (élections cantonales) plusieurs collaboratrices sans les rémunérer. Son appel a été rejeté par la cour d'appel de Poitiers en 2005.
    Wikipédia

    Ardente avocate des valeurs familiales et du néo-puritanisme de la droite, elle devra justifier ses déclarations dans l'affaire d'Outreau.
    Le 9 juillet 1997, au lendemain de la rétractation de l'enfant qui accusait son professeur d'EPS d'attouchements (Affaire Montmirail), elle a déclaré : « L'affaire n'est pas finie... L'enfant s'est peut-être rétracté sous la pression des adultes, sous le poids d'un suicide... »
    Plaçant toujours la parole de l'enfant au-dessus de la présomption d'innocence, Ségolène Royal a, à maintes reprises, soupçonné les défenseurs de la présomption d'innocence de vouloir "couvrir les pédophiles". L'ancienne ministre n'est jamais revenue sur la circulaire publiée en août 1997, ni sur ces déclarations.
    Wikipédia

    Favorable au traité de Maastricht, elle a déclaré en juin 1992 : « Si le traité de Maastricht n'avait pas été signé, nous aurions aujourd'hui six millions de chômeurs. »

    Favorable au référendum sur la Constitution européenne, elle a déclaré en 2005, lors d'un débat télévisé de l'émission Mots croisés sur France 2 : « La constitution européenne est très belle. » « Si le non gagne, je serais obligée de privatiser les cantines scolaires de ma région. »
    Wikipédia

    Sur les banlieues, elle a déclaré le 10 novembre 2005 : « Il faut rétablir l'autorité parentale [...] et rétablir une sorte de service national, au moins pour six mois. Sa suppression a été une grave erreur. C'était le seul endroit où des jeunes qui n'avaient pas été cadrés avaient une chance de l'être. »
    Libération

    L'accusation de misogynie que Marie-Ségolène Royal oppose systématiquement à tous ses détracteurs ne suffira pas à masquer ses positions ou ses silences.

    Serge LEFORT
    1er mars 2006

    [note du 8 mars 2006]
    Grégory Rzepski, L'ascension de Ségolène Royal dans les médias et ses effets de censure sur le débat démocratique, Acrimed.