14 novembre 2006

Bagagistes de Roissy : un racisme d'État !

- Mangez-vous halal ?
- Faîtes-vous la prière ?
- Pratiquez-vous le jeûne du ramadan ?
- Avez-vous fait le pèlerinage à la Mecque ?
- Aimez-vous la France ?

Autant de questions qu’un fonctionnaire, agissant au nom de la République, et à l’initiative des plus hautes autorités de l’Etat, a osé poser aux salariés de ROISSY, trahissant ainsi l’absence de griefs à leur encontre sinon qu’ils sont tous ou qu’ils seraient de confession musulmane.

Non ! Il ne s’agit pas d’un scénario imaginé par les Indigènes pour salir la République ! C’est l’interrogatoire concocté dans le cadre de l’oppression croissante que subissent les musulmans de France en ce début du 21ème siècle. C’est, pour la première fois en temps de paix depuis le régime de VICHY et la période coloniale, qu’au sein même de l’Hexagone, est commis un acte délibéré de discrimination raciale assumé par l’Etat sans autre dissimulation que d’invoquer des raisons de sécurité qui ne trompent personne.

Nous pouvons désormais affirmer que les « loups » sont dans la demeure : pas ceux que l’on avait accusé injustement, ces jeunes musulmans de banlieue, lors de la sinistre affaire du RER D, mais ces « loups » qui envahissent l’espace public, les institutions politiques, médiatiques et intellectuelles.

En France, l’heure est grave, le mal est profond. Il a suffit qu’un petit candidat d’extrême droite publie un brûlot islamophobe pour que la république avoue... allons lâchons-nous... pour qu’elle nous dégueule sa vérité au visage ! Non pas son masque d’égalité et de fraternité universelle mais le racisme profond qui la mine : les musulmans sont un danger pour l’ordre de France et sa sécurité. Cela avait déjà été suggéré plus ou moins directement dans les actes ou les paroles de tel ou tel personnage de la classe politique, de droite comme de gauche. La spirale islamophobe, qui s’est déchaînée ces dernières années, vient d’atteindre un nouveau palier. Peut-être pas le dernier, sans doute pas le plus haut. Désormais, il n’y a plus de tabou. L’Etat français a pris la responsabilité de briser les quelques digues qui contenaient le déclenchement de la détestation raciale.

Des dizaines d’employés musulmans des aéroports de Roissy (agents de sécurité, bagagistes, personnels d’entretien ou de nettoyage, à la traction sur les pistes ou dans les hangars des sociétés de messagerie, serveurs...) se sont vu retirer leur badge de travail, délivré par la préfecture et qui leur permettait d’accéder aux zones réputées sensibles en termes de sécurité. Ils sont désormais interdits de travail, des procédures de licenciement sont en cours. Leur éviction a été accompagnée de propos, d’humiliations et de chantages, dont le caractère raciste est sans équivoque. Les arguments spécieux des autorités préfectorales et policières selon lesquels ces salariés auraient été liés à « des mouvances fondamentalistes à visée potentiellement terroriste » s’écroulent d’eux-mêmes.

A priori suspects parce que musulmans, ils ont subi d’infâmes interrogatoires dont le seul objet était de mesurer leur respect des préceptes de la foi islamique. Les questions qui leur ont été posées n’ont de rapport avec les impératifs sécuritaires invoqués officiellement que si l’on admet que le seul fait d’être musulman est criminogène. Pour l’Etat, tout musulman est désormais « potentiellement terroriste » ! Un intellectuel médiatique n’avait-il pas déclaré que trois millions de musulmans en France, c’est trois millions de terroristes ?

Un musulman est présumé coupable. Ce n’est plus à l’administration de démontrer sa culpabilité mais au musulman de prouver son innocence comme l’a reconnu Jean-François Cordet, le préfet de Seine-Saint-Denis, qui a considéré que ces personnes n’avaient pas apporté la preuve d’un « comportement insusceptible de porter atteinte à la sûreté aéroportuaire ».

Et que dire du « principe de précaution » invoqué par le ministre de l’Intérieur, candidat à la magistrature suprême, sinon qu’il s’apparente ici à une mesure sanitaire contre un corps étranger qui menacerait la France, une mesure de purification ethnique du personnel, au sens littéral du terme. Ce ne sont pas, en effet, leur supposée activisme politique qui motive le recours à une telle terminologie contre les salariés de Roissy mais bien leurs croyances religieuses, réelles ou supposées, qui justifient, aux yeux de l’Etat, que la présence éventuelle d’un employé musulman tenté par l’action directe soit traitée par l’élimination de tous les employés musulmans comme on abat tout le troupeau pour éviter la contamination des autres cheptels.

Il ne s’agit pas là d’un simple dérapage, d’un acte isolé commis par un fonctionnaire malveillant ; il s’agit d’une action massive, délibérément raciste, voulue et mise en oeuvre par l’Etat, sur la base de ces fameuses « notes blanches » plus dignes de la police politique d’un Etat totalitaire que d’une République démocratique.

La présomption de culpabilité, l’arbitraire administratif, les sanctions d’exception sans obligation de fournir la moindre justification et appliquées à des individus pour l’unique raison qu’ils sont de confession musulmane, les mesures de type « sanitaire », ne sont pas sans rappeler le temps terrible des colonies et du Code de l’indigénat. Et tout cela avec l’approbation du ministre de l’Intérieur : « Je ne peux pas accepter que des gens qui ont une pratique radicale travaillent sur une plate-forme aéroportuaire. Je préfère qu’on ait le risque d’un contentieux parce qu’on a été trop sévère, plutôt qu’on se retrouve avec un drame parce qu’on n’a pas été assez sévère » (Nicolas Sarkozy). Paroles gravissimes qui font écho au couvre-feu instauré en 1961, par le préfet Papon, à l’encontre des seuls musulmans de Paris et qui a conduit au massacre du 17 octobre.

Aujourd’hui, comment pourrions-nous ne pas avoir peur ? Comment pourrions-nous ne pas craindre que cette histoire, cachée prudemment sous le tapis, ne se répète alors qu’à nouveau on fait le tri entre les personnes en fonction de leurs origines ou de leurs convictions religieuses, alors que les multiples expressions du racisme et de l’islamophobie polluent la sphère publique dans le silence général, alors que l’appareil judiciaire manifeste à nouveau ses défaillances et assure l’impunité aux actes racistes ? Ecartés à Roissy pour des raisons de sûreté, d’autres musulmans ne feront-ils pas l’objet de nouvelles mesures d’exclusion dans le cadre d’une politique « sanitaire » et en application de ce même principe de précaution ? Jusqu’où ira la dérive qui consiste à assimiler les musulmans à un nouvel ennemi intérieur, la cinquième colonne d’une race fourbe, guerrière et impitoyable ?

L’affaire de Roissy constitue un précédent extrêmement dangereux ; elle ne concerne pas les seuls salariés interdits de travailler ni même les seules communautés musulmanes de France. Il s’agit, bien au-delà, de l’avenir de l’ensemble de cette société et de la nature de son régime politique qui sont en cause.

Dès lors, la question qui se pose à toutes et tous est simple : voulons-nous d’un régime d’apartheid ? Voulons-nous vivre, les uns et les autres, dans la peur et la haine réciproques ? C’est parce que nous avons répondu « Non ! » à ces interrogations que nous avons créé le Mouvement des indigènes de la république.

AUJOURD’HUI :
  • face à l’incurie des autorités publiques qui assument désormais ouvertement des mesures d’exclusion des musulmans en raison de leur croyance,
  • face au mutisme complice des forces politiques de droite comme de gauche,
  • face à la terrible campagne de haine anti-musulmane que mènent des intellectuels de tout bord, dans une tentative de légitimation du racisme anti-musulmans.

    Nous avons décidé de saisir les institutions onusiennes et européennes et nous en appelons également aux organisations internationales de défense des droits humains et à l’autorité morale de Nelson Mandela afin qu’elles mettent les autorités françaises en demeure de respecter leurs propres textes constitutionnels et législatifs et les conventions internationales qu’elles ont ratifiées relatives au combat contre le racisme sous toutes ses formes et au respect des droits humains.

    NOUS EXIGEONS :
  • Le rétablissement immédiat et sans condition de tous les employés de Roissy, interdits de travail, dans leurs droits, à l’exception de ceux dont la preuve irréfutable et transparente de leurs implications dans des actes criminels aura été apportée par les autorités policières et judiciaires.
  • Que des mesures soient prises pour lutter efficacement contre l’islamophobie sous toutes ses formes.
  • L’ouverture d’une enquête par l’Union européenne concernant l’islamophobie en France.

    Mouvement des indigènes de la république
    14 novembre 2006
  • 13 novembre 2006

    Adolf Lieberman

    Depuis la création de l’Etat d’Israël en 1948, deux système politiques diamétralement opposés sont en application, l’un envers les Juifs et l’autre avec la population d’origine, la minorité palestinienne.

    Le juif se promène libre partout, pendant que l’arabe a besoin d’autorisation pour se rendre d’une ville à l’autre, toute proche, même s’il s’agit d’une visite urgente, comme pour aller chez un médecin. Les juifs sont des citoyens libres qui se déplacent comme ils veulent, alors que les arabes sont enfermés dans des ghettos clos.

    L’Etat juif émet des lois pour voler les terres des arabes, qu’ils ont héritées de leurs pères et aïeux, afin de les donner aux juifs qui viennent en Israël, en provenance de Russie, de France ou d’Argentine. Et aujourd’hui, après 60 ans de la création de cet Etat hébreu, le touriste peut venir en Galilée pour constater deux sociétés entièrement différentes, des villages à forte densité de population, comme les ghettos, pour les arabes (après que leurs terres aient été volées) et des villages qui baignent dasn une verdure éclatante comme en Europe, des villages pour les Juifs, bien évidemment.

    Nous avons toujours dit, nous qui sommes restés dans notre patrie, mais assiégés, que la démocratie israélienne est semblable à l’antique démocratie grecque, une démocratie pour les libres seulement, quant aux esclaves, ils n’ont que l’humiliation entière, la violation entière de leurs droits humains.

    Notre voix, de l’intérieur de notre siège, parvient difficilement au monde, vers l’Europe, les Etats-Unis, les Nations-Unies et les organisations internationales des droits de l’homme, car la voix de l’institution israélienne dominante dit au monde, dans une arrogance raciste et blanche, que la démocratie israélienne est le seul oasis de la démocratie au Moyen-Orient.

    Le vrai récit global de notre tragédie dans notre pays n’a pas encore été "racontée". Tout comme ne l’a pas été la topographie historique, sociale, économique et culturelle de notre état, à l’intérieur de notre siège. Comment le prisonnier peut, dans sa cellule fermée, ne pas désespérer ? Cette question, se la pose celui qui n’est pas dans la cellule, et celui qui est enfermé dans la cellule lui répond : si je désespère, à quoi cela servira-t-il ? Ma situation sera-t-elle meilleure ? Les 150.000 Palestiniens qui sont restés dans leurs villes et villages, immédiatement après la Nakba, sont devenus actuellement un million 250.000 Arabes palestiniens. Nos pères et grand-pères ont cassé et travaillé la pierre, nos pères ont "cuisiné" la soupe du sol, et fondamentalement, nous ont nourris des fruits des arbres.

    Le fait que la minorité palestinienne soit restée dans la patrie, qu’elle se soit développée et que sa conscience se soit forgée sont une épopée héroïque. Et si le monde arabe était, politiquement et médiatiquement, développé et moderne, il l’aurait présentée au monde comme une odyssée moderne. Mais au cours de dizaines d’années, les médias officiels stupides se sont comportés avec nous comme si nos étions des "traîtres", des "sionistes" ou des "collaborateurs". Et lorsqu’en Eurpe, nous rencontrions quelques "nationales" arabes, ils refusaient de s’adresser à nous, car nous étions les "collaborateurs de l’ennemi sioniste", ni plus ni moins.

    Année après année, le système israélien s’est mis à arracher les racines des vivants, à pratiquer une discrimination de plus en plus manifeste, de plus en plus insolente, ne cherchant plus à la camoufler par des artifices variés.

    Je rappelerai à ceux qui ne se souviennent plus que le raciste Meir Kahana, le fils du racisme américain, est devenu membre du parlement israélien dans les années 70 du siècle dernier, alors qu’à l’époque, une certaine gêne existait encore dans la "gauche" et la "droite", amenant la Knesset presque unanime à émettre une loi spéciale pour chasser Kahana de la Knesset. Begin, dirigeant de la droite israélienne avait déclaré que lorsqu’il se rappelle ce que les nazis ont fait aux Juifs en Allemagne, il n’est pas prêt à autoriser à un raciste juif hostile aux Arabes à demeurer à la Knesset !!

    Actuellement, les masques sont tombés, les illusions aussi, et le mensonge. La prostitution démocratique est à nu... Avigdor Lieberman, émigré russe arrivé en Israël dans les années 70, est devenu chef, chef national, il a fondé un parti dont la base est constituée de russes, et c’est un parti fasciste et raciste, selon tous les critères.

    Il y a quelques années, il a proposé de lancer des bombes "non conventionnelles" sur le barrage d’Assouan (en Egypte), et une attaque militaire surprise sur la Syrie et sur l’Iran.

    Aujourd’hui, après une expérience politique, il considère que les Arabes palestiniens qui vivent à l’intérieur de l’Etat d’Israël, sont le problème réel d’Israël et se pose la question : pourquoi l’Etat palestinien en Cisjordanie et dans la bande de Gaza devrait-elle être uninational alors qu’Israël est "bi-national" et que 20% de sa population est palestinienne ?

    Il a insisté, dans tous ses programmes politiques électoraux et dans sa vision politique, sur ce problème. Tous reconnaissent que cette propagande est raciste, et qu’il s’agit d’une menace collective contre un million et 250.000 Arabes Palestiniens, qui sont en même temps des citoyens de l’Etat d’Israël.

    Même le chef du gouvernement Ehud Olmert a déclaré que "les opinions de Lieberman ne sont pas les miennes, et les positions du gouvernement ne sont pas celles de Lieberman, et il le sait". Mais, M. Olmert, Lieberman n’est pas un simple citoyen de l’Etat d’Israël, il est à l’intérieur du gouvernement, il est le vice-premier ministre aux affaires stratégiques, il est membre de la haute commission de la sécurité dans le gouvernement, et on dit aussi qu’il est responsable de la confrontation au "danger iranien". Et nous, les Arabes Palestiniens en Israël, nous nous demandons : est-il responsable aussi du danger que représentent les Arabes Palestiniens en Israël ?

    Lieberman n’est pas actuellement un chien qui aboie sous sa seule responsabilité, il est vice-premier ministre du gouvernement d’Israël. Et s’il en est ainsi, et pas moins que Heider (en Autriche), ne pouvons-nous pas dire que le racisme est officiellement présent à l’intérieur du gouvernement d’Israël ?

    Israël vocifère, officiellement, lorsqu’un raciste ou antisémite occupe une place en Europe ou en Amérique du Sud, il hurle chaque fois que le président iranien Ahmadinajad fait une déclaration, quelle qu’elle soit, et la question est : est-ce que le racisme chez les autres est dangereux, empoisonné, menaçant pour les Juifs alors que le racisme chez les juifs fait partie de la liberté d’expression ?

    Lieberman a clairement exprimé sa philosophie raciste dans une longue interview accordée au britannique Sunday Telegraph, et les politiciens arabes, du Golfe à l’ocean, lisent l’anglais. Qu’ils lisent donc les nouveaux joyaux du nouveau Fuhrer Adolf Lieberman et qu’ils les diffusent dans le monde, qu’ils les annoncent aux Nations-Unies et à l’Unesco. Mais les régimes arabes sont silencieux car le maître américain les a écrasés et leur a dit de se taire. Ils se sont tus.

    Et nous, les Arabes Palestiniens, qui sommes restés sur la terre de nos pères et de nos aïeux, nous n’avons été ni stupéfaits ni épouvantés, et nous disons en hébreu aux juifs : nous étions ici, avant que vienne Lieberman en émigré sur notre terre, et nous resterons ici, même après la disparition de Lieberman, en tant qu’individu et en tant que phénomène. Mais nous mettons en garde Israël, les Arabes et le monde ! Faites attention au serpent nazi (juif) qui lève sa tête et qui élève la voix, en toute confiance.

    Salim Jubran
    Publié par CCIPPP.

    Lire aussi :
    • Marzûq al-Halabi, Au commencement, l'épuration ethnique, Palestine Solidarité.
    • Dossier Avigdor Lieberman, Palestine Solidarité.
    • Les origines du conflit israélo-palestinien (I), CCIPPP.
    • Les origines du conflit israélo-palestinien (II), CCIPPP.
    • Les origines du conflit israélo-palestinien (III), CCIPPP.

    12 novembre 2006

    Une pub royale

    Depuis le 8 novembre, une vidéo circule sur Internet. Le 10, les médias dominants s'en emparent. Une affaire démarre... qui pourrait tourner à l'avantage de Marie-Ségolène Royal.

    Discours de Ségolène à Angers devant la fédération en janvier 2006

    Il existe cinq versions quasi identiques du même document :
  • Ségolène et les profs : le plan caché, 02:01, mis en ligne le 8 novembre 2006 par Jules-Ferry, Dailymotion, [109061 vues au 12/11/2006 à 21:33].
  • Profs : Ségolène en off, 02:01, mis en ligne le 8 novembre 2006 par Jules-Ferry, Dailymotion, [356387 vues au 12/11/2006 à 21:33].
  • Profs : Ségolène en off, 01:59, mis en ligne le 8 novembre 2006 par Jules-Ferry, Dailymotion, [65765 vues au 12/11/2006 à 21:33].
  • La fin de l'intervention sur les enseignants à Angers..., Serge Bardy, PS Maine et Loire
  • Ségolène Royal à Angers (intégrale), 02:20, mis en ligne le 10 novembre 2006 par arnohie, Dailymotion, [18598 vues au 12/11/2006 à 21:33].

  • Les médias dominants ont d'emblée présenté la publication de cette vidéo de manière partisane :
  • Le 9 novembre, Le Monde cite le blog politique Nues Blog et conclue : «Sa publication, à une semaine du vote des militants socialistes pour choisir leur candidat à l'élection présidentielle, n'est sans doute pas un hasard de calendrier.» [1].
  • Le 10 novembre, l'AFP trace l'argumentaire qui sera repris au fil des heures et des jours par tous les médias dominants [2].
    - La vidéo est qualifiée de "vidéo pirate" sans apporter aucune preuve de cette allégation.
    - Le communiqué de l'AFP précise, toujours sans preuves, que : «Des internautes hostiles à la présidente de Poitou-Charentes qui la diffusent à l'envi y voient un "plan caché" de Ségolène Royal.»
    - Citant Gilles Savary, un des porte-parole de Ségolène Royal, l'AFP relaie la version officielle de la candidate à la candidature : «[Gilles Savary] a vu dans cette diffusion une "rouerie de fin de campagne". Il a jugé "pas très honorable de faire circuler un document pris à l'insu de quelqu'un".»
  • L'AFP et tous tous les médias dominants, qui recopieront la dépêche, reprennent les commentaires des responsables du camp de Marie-Ségolène Royal sans les mettre en perspective ni émettre le moindre doute sur la crédibilité de cette version de l'événement.
  • Selon leur habitude, les médias dominants s'abstiennent de réaliser une enquête pour établir les faits, mais jouent les procureurs à charge sans apporter de preuves.

  • Les faits :
    1) Les deux versions furent mises en ligne sur le site Dailymotion de manière anonyme, sous le couvert d'un pseudonyme.
    2) Les deux versions présentent une coupure, mais pas au même endroit [3].
    3) En publiant une version baptisée "l'intégrale", le PS a authentifié celle mise en ligne sous le pseudonyme de Jules Ferry.
    4) Les deux versions proviennent de la même source, celle du parti socialiste.
    5) La vidéo a été tournée de manière officielle par un membre du parti socialiste d'Angers.
    6) Elle ne témoigne que de la proposition de Marie-Ségolène Royal, faite publiquement au cours d'une réunion de la fédération du Maine et Loire en janvier 2006.
    7) Entre la version soi-disant tronquée et la version soi-disant intégrale, la différence ne porte que sur 19 petites secondes pendant lesquelles Marie-Ségolène Royal explicite les moyens qu'elle entend mettre en œuvre pour appliquer son programme "révolutionnaire".

    Ces faits posent plusieurs questions :
    1) En quoi la vidéo de Jules Ferry serait une "vidéo pirate" ? Cette qualification, fournie par les amis de Marie-Ségolène Royal et reprise par les médias dominants, est un abus de langage à visée polémique.
    2) En quoi il serait scandaleux que les militants socialistes et l'opinion publique aient connaissance des propositions de la candidate à la candidature ? Les propos de Marie-Ségolène Royal furent publics et argumentés.
    3) En quoi il ne serait "pas très honorable de faire circuler un document" même sans l'accord de l'intéressée ? Il y a une contradiction flagrante entre ses déclarations sur la démocratie participative et son refus d'être contrôlée.
    4) Qui a diffusé cette vidéo ? Les médias dominants ont repris les accusations du camp de Marie-Ségolène Royal : le coupable serait Dominique Strauss-Kahn ! Cela a air de déjà entendu puisque chacun se souvient de l'affaire de la cassette Méry concernant Jacques Chirac. C'est une hypothèse, mais on peut légitimement en évoquer d'autres.

    Envisager d'autres scénarios, implique de se demander qui peut profiter de cette affaire ?
    Ni Laurent Fabius ni Dominique Strauss-Kahn. Il est évident que les soupçons, même non fondés, pèsent sur les deux autres candidats à la candidature. Si quelqu'un de leur camp a pris cette initiative, il est peu vraisemblable qu'il ait agit sur ordre car le risque politique l'emporte sur les éventuels bénéfices.
    La seule qui puisse profiter de cette affaire est celle qui se présente en "victime" [4]. Elle joue à fond cette carte émotionnelle pour arracher le vote des militants hésitants en sa faveur. Elle évite tout débat interne sur ses propositions, mais les fait passer grâce à un plébiscite de sa personne. Elle peut se permettre d'attaquer ses deux concurrents, incapables de répliquer sur le même ton. Et, elle ne s'en prive pas :
    Dans un entretien au Journal du Dimanche, Ségolène Royal affirme que "sa légitimité n'est plus contestable", après les six débats au sein du Parti socialiste auquel elle reproche toutefois d'avoir "pris le risque" de l'"affaiblir".
    "A l'issue de ce processus, ma légitimité n'est plus contestable et le PS en sort grandi. C'est bien!", déclare-t-elle dans les colonnes du journal où elle estime être "la seule à pouvoir l'emporter sur la droite".
    Ségolène Royal constate que "le parti a pris le risque d'affaiblir son candidat" quand il a accepté les débats internes exigés par ses deux rivaux Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius.
    "Doutant de mes capacités, ce sont les deux autres qui ont voulu ces débats. Et s'ils ont exigé six, c'est qu'ils pensaient que je ne tiendrais pas la distance", dénonce la présidente de la région Poitou-Charentes.
    Ségolène Royal estime que sa légitimité n'est plus "contestable", Reuters, 11/11/2006, 10:18 CST.

    Marie-Ségolène connaît bien les ficelles du marketing politique : faire parler de soi, en bien ou en mal qu'importe, mais faire parler de soi. La publicité faite par les médias dominants autour de la diffusion d'une vidéo du PS lui fait une pub royale.

    Serge LEFORT
    12 novembre 2006

    Sélection de sites :
    - Actualités Présidentielle 2007, Yahoo. Comme presque tous les quotidiens se contentent de reprendre tel que les dépêches d'agence, autant lire l'original que ses multiples copies.
    - Le Monde Citoyen
    - Nues Blog

    En faveur de Marie-Ségolène Royal :
    - Réponse de Serge Bardy aux allégations malveillantes, PS Maine et Loire
    - André Gunthert, Ségolène et les pirates, Actualités de la recherche en histoire visuelle. Détournement d'un site de l'EHESS au profit de la chouchoute des médias. Un must de mauvais foi.

    [1] Quand Mme Royal proposait de "faire les 35 heures au collège", Le Monde, 09/11/06 | 18h48 • Mis à jour le 10/1106 | 09h38.
    Réactions des abonnés du Monde.fr, Le Monde, 09/11/06 | 18h48 • Mis à jour le 10/11/06 | 09h38. La dernière mise à jour consultée est du 12/11/06 | 19h21.
    [2] Enseignants : une vidéo pirate de propositions de Royal sur internet, AFP, 10/11/2006, 11h49.
    Une vidéo pirate sur les profs de collège pourrait nuire à Ségolène Royal, AFP, 10/11/2006, 14h04.
    [3] Verbatim des coupures dans les deux versions.
    • Dans la version dite "tronquée", après la proposition de soutien scolaire gratuit par les professeurs de collège, il manque :
    "parallèlement, il faut des moyens matériels".
    "Si les profs avaient des bureaux dans les collèges... et moi j'ai vu quelques collèges expérimentaux fonctionner comme ça".
    "On n'a pas globalement tiré les enseignements de toutes les choses expérimentales qui marchent bien, qui cassent un peu les logiques traditionnelles ou les pesanteurs institutionnels".
    • Dans la version baptisée "l'intégrale", il manque la phrase :
    "Moi, j'ai fait une proposition. Par ailleurs, je ne vais pas encore la crier sur les toits parce que je ne veux pas me prendre des coups des organisations syndicales enseignantes".
    [4] Cela n'implique pas que son camp soit à l'origine de la fuite, mais qu'au moins il sait utiliser cette opportunité à son avantage.

    10 novembre 2006

    Coloniser - Exterminer

    LECOUR-GRANDMAISON Olivier, Coloniser - Exterminer Sur la guerre et l’État colonial, Fayard, 2005.



    Les conflits coloniaux du XIXe siècle ont vu naître des logiques qui ont ravagé le monde du XXe siècle

    «Messieurs, voilà la colonisation ! Elle ne crée pas immédiatement les richesses, mais elle crée le mobile du travail ; elle multiplie la vie, le mouvement social ; elle préserve le corps politique, ou de cette langueur qui l’énerve, ou de cette surabondance de forces sans emploi, qui éclate tôt ou tard en révolutions et en catastrophes.» Ces quelques phrases, écrites par Lamartine en 1834, rappellent à quel degré s’était implantée dans les têtes des parlementaires français la croyance d’une "nécessité" : celle de la colonisation de l’Afrique. De la fin de la régence d’Alger jusqu’à la reddition d’Abd el-Kader, cette "nécessité" a justifié, nous le savons, les pires exactions.

    Pour comprendre la colonisation, explique Olivier Le Cour Grandmaison, ce que dit Lamartine doit cependant être conjugué au contenu d’une note militaire rédigée quelque cent vingt-deux ans plus tard, soit en 1956 : Bugeaud, le grand vainqueur de l’Algérie, l’a dit avant nous, «le seul moyen de faire céder (les rebelles) est de s’attaquer à leurs intérêts, leurs femmes au premier plan» [1]. Si, comme l’affirme le politologue, «il ne s’agit pas d’affirmer que, de 1830 à 1962, le "même" fut toujours à l’oeuvre», force est de constater l’étonnante continuité de certaines logiques et pratiques, seules à même de rendre compte de «la réitération des massacres perpétrés» par les hommes durant les deux derniers siècles. D’abord, empire et extermination - à condition de redonner à ce terme son sens d’avant la Shoah - sont les deux faces de la même médaille coloniale.

    Mais Olivier Le Cour Grandmaison va plus loin. Il montre, c’est sa deuxième thèse, et démontre que les principes de la guerre totale mis en oeuvre une première fois lors des guerres coloniales, ont par la suite trouvé d’autres temps et terrains de réalisation. Deux exemples : en juin 1848, les forces de l’ordre ont appliqué contre la population française les "moyens algériens", selon l’expression d’Engels, qui avaient fait le "succès" de certains officiers supérieurs en Algérie ; dans un autre registre, l’internement administratif est «exemplaire, écrit l’auteur, de ce processus qui a vu une mesure d’exception, employée contre les "indigènes", devenir la règle dans l’empire et se banaliser avant d’être intégrée à la législation opposable aux Français résidant en métropole. C’était à la veille de la Seconde Guerre mondiale, puis sous le régime de Vichy ; les réfugiés républicains espagnols, les communistes français, puis, après l’adoption de la loi du 3 septembre 1940, les "traîtres à la patrie" et les juifs étrangers en vertu d’une législation adoptée le 4 octobre de la même année, furent victimes de ces mesures».

    Est-ce à dire que, pour Olivier Le Cour Grandmaison, la France serait restée, jusqu’à aujourd’hui, et par le biais de sa juridiction, coloniale ? Bien sûr que non ! Seulement, notre histoire est bien moins sujette à rupture que l’éclatement et la spécialisation universitaire pourraient le faire croire. L’étude "dédisciplinarisée" (un adjectif que Le Cour Grandmaison emprunte à Foucault) qui nous est proposée défend plus simplement cette évidence, voilée sous le vocabulaire d’une époque très friande de philosophie politique : «Les conflits coloniaux menés par les grandes puissances européennes sur divers continents ont été l’occasion d’expérimenter des tactiques et des techniques nouvelles» que nous avons ensuite retrouvées dans des situations pour lesquelles elles n’avaient pas été envisagées. Qu’il s’agisse de la mitrailleuse, inventée en 1884 par les troupes coloniales britanniques, de l’empire ou de l’État d’exception.

    Source : Jérôme-Alexandre Nielsberg, l’Humanité, 12 février 2005.
    Lire aussi :
    • Lounis Aggoun, Billets d'Afrique n°136, mai 2005.
    • Nedjma Abdelfettah Lalmi, Cahiers d'études africaines n°179-180, 2005.

    Pour aller plus loin :
    • Olivier Le Cour Grandmaison, Passé colonial, histoire et « guerre des mémoires », 2006.
    Ce texte est une version augmentée de l’article paru dans le n°26 de la revue Multitudes. Télécharger (PDF).
    • Entretien avec Olivier Le Cour Grandmaison par Nadjia Bouzeghrane, 2005, Ici & Là-bas.
    • Olivier Le Cour Grandmaison, Le négationnisme colonial, 2005, LDH Toulon.
    • Olivier Le Cour Grandmaison, Sur la guerre et l’Etat colonial, 2005, Le Monde diplomatique.
    • Olivier Le Cour Grandmaison, Le racisme, 2004, Survie Media Télécharger (MP3).

    Lire aussi :
    • Jean-Charles Jauffret, Au cœur de la guerre d’Algérie, 2004, Le Monde diplomatique.
    • Mohamed Harbi : Bilan d'une guerre d'indépendance, conférence de l'Université de tous les savoirs du jeudi 14 mars 2002, Le Monde.
    • Mohammed Harbi, Une Vie debout. Mémoires politiques, t. 1 : 1945-1962, Paris, La Découverte (Cahiers libres), 2001,
    - REMMM.
    - École normale supérieure.
    - l'Humanité.
    • Histoire et colonies > la France et son passé colonial, LDH Toulon.
    • Bibliographie Colonialisme, Monde en question.

    [1] Cité par Mohammed Harbi dans Le FLN, documents et histoire (1954-1962), Fayard, 2004.

    8 novembre 2006

    Y a t-il quelqu’un pour arrêter la folie meurtrière d’Israël ?

    Combien de Palestiniens doivent-ils mourir pour que la communauté internationale et le monde pressent Israël d’arrêter son agression contre les Palestiniens ? Quand le monde civilisé va-t-il se réveiller et se lever contre l’agresseur ? Alors que les dirigeants politiques dans le monde discutent de ces atrocités contre les Palestiniens, pourquoi ne décident-ils pas d’agir ?
    Mohammed, Rafah aujourd’hui 6 novembre-29 octobre, CCIPPP.



    Sourds, aveugles et muets…
    Après la mort, ce mercredi 8 novembre, de dix-huit civils palestiniens, le ministre israélien de la défense Amir Peretz a exprimé ses « regrets », a ordonné une enquête et a fait cesser – provisoirement - les tirs d’artillerie. Sous couvert d’empêcher les tirs de roquettes sur la ville de Sderot, l’opération « Nuages d’automne » avait déjà fait, en moins d’une semaine, une soixantaine de morts et plus de 300 blessés. Il est vrai que le nouveau vice-premier ministre Avigdor Lieberman s’affirme partisan d’utiliser « les méthodes de l’armée russe en Tchétchénie » contre une population déjà assiégée, isolée, enfermée, privée d’eau, de nourriture, de médicaments et d’électricité…
    Lire la suite... Le Monde diplomatique

    Y a t-il quelqu’un pour arrêter la folie meurtrière d’Israël ?
    La ville de Bet Hanoun a de nouveau été dévastée ce matin par une sanglante invasion israélienne. Les forces israéliennes ont effectué ce matin des tirs d’artillerie sur la rue Hamad à Beit Hanoun (nord de la Bande de Gaza), dévastée après une semaine d’invasions, tuant 20 Palestiniens et blessant des dizaines de personnes. Plusieurs personnes se trouvent dans un état critique et vont augmenter le nombre de victimes, selon des sources médicales.
    Depuis le début de l’invasion il y a sept jours, les forces israéliennes ont tué environ 80 Palestiniens et en ont blessé des centaines, dont des dizaines d’enfants, de civils, et des membres de la résistance armée.
    Lire la suite... Le Grand Soir

    Ali Waked, Beit Hanoun : C'était comme un Tsunami
    A Beit Hanoun, les forces israéliennes se sont retirées mardi d'une ville défoncée après leur plus grosse opération depuis un an sur le territoire palestinien, laissant les habitants enterrer leurs morts.
    "C'est la pire attaque que nous ayons jamais vue" a déclaré Khalil Yazji, un officier de police âgé de 45 ans vivant à Beit Hanoun.
    "L'armée israélienne a apporté la destruction dans chaque rue et même dans chaque maison. C'est le tsunami de Beit Hanoun."
    Lire la suite... International Solidarity Movement

    Les médecins ont retiré du corps d'un Palestinien un morceau de métal estampillé "USA"
    Le Docteur Mona El-Fara de Gaza nous informe depuis l'hôpital Al-Awda à Jabalya qu'un morceau de métal estampillé "USA" a été retrouvé dans le corps d'un Palestinien blessé lors de l'attaque israélienne contre Gaza et actuellement dans un état critique.
    Selon les journaux israéliens, la sinistre opération "Nuages d'Automne" a tué 57 Palestiniens.
    Lire la suite... International Solidarity Movement

    Les néo-barbares

    Pour paraphraser la socialiste révolutionnaire allemande, Rosa Luxembourg, nous pouvons dire aujourd’hui que le 21è siècle sera "ou l’instauration du droit, ou la loi de la jungle". Il semble que pour la première décennie, ce sera la loi de la jungle.

    Sur le plan moral, l’histoire ne reste jamais immobile : si elle ne bouge pas vers moins d’oppression et plus de justice, elle bouge vers moins de droits et plus de barbaries. Pour paraphraser la socialiste révolutionnaire allemande, Rosa Luxembourg, qui avait prédit vingt ans avant l’arrivée du nazisme, ce sera « ou le socialisme, ou la barbarie », nous pouvons dire aujourd’hui que le 21ème siècle sera « ou l’instauration du droit, ou la loi de la jungle ». Il semble, cependant, que pour la première décennie de ce troisième millénaire, c’est la loi de la jungle qui va dominer.

    Dans un article publié il y a un mois dans Haaretz, le journaliste et analyste israélien, Tom Segev, contestait l’idée répandue que le contexte politique global de notre époque est le pire que nous avons connu, disons, depuis 20 ans. Selon Segev, la guerre, l’oppression et la destruction ont caractérisé la réalité politique de notre planète pendant les cinq dernières décennies, rien n’aurait changé, ni qualitativement ni même quantitativement dans un passé récent. Segev va même plus loin prétendant que le « clash des civilisations » n’est pas un phénomène nouveau, mais qu’il aurait marqué les décennies précédentes sous différentes formes.

    Il n’y a aucun doute possible, les quatre décennies qui ont suivi la Deuxième guerre mondiale n’ont pas été pacifiques, pendant cette période, plus de 76 millions d’êtres humains ont péri dans des guerres, des révolutions et des répressions massives par des dictatures [1]. Il est vrai aussi que durant les années 50, 60 et 70, le « Nord » a mené une guerre coloniale contre le « Sud », et l’ « Ouest », une « guerre de civilisation » contre le bloc communiste de l’Est.

    Néanmoins, il y a une différence qualitative entre la situation présente et les 40 années qui ont suivi la victoire sur le fascisme. Trois facteurs principaux ont limité les aspirations hégémoniques des USA après la Deuxième guerre mondiale :

    • l’existence d’une superpuissance soviétique ;
    • la force d’un classe ouvrière organisée au sein des pays impérialistes ;
    • les incidences du souvenir des horreurs du fascisme sur l’opinion publique internationale et l’illégitimité perçue de l’unilatéralisme, de l’agression armée, etc.
    • En raison de ces facteurs, les grandes puissances ont été forcées de manœuvrer sous la pression d’une opposition politique énorme (mouvements anti-colonialistes, oppositions démocratiques de masse) et ont constamment dû inventer des prétextes pour donner une légitimité à leurs guerres et à leurs actes de répression dans le monde.

    Cependant, 50 années après la victoire sur le fascisme, ces contraintes ne s’imposent plus aux grandes puissances impérialistes - aux USA en particulier. L’unilatéralisme, les guerres « préventives », les aventures coloniales, etc. sont de nouveau légitimés ou, plus précisément, ne sont plus remis en cause d’une façon qui pourrait sérieusement gêner leurs auteurs. En l’absence d’une opposition puissante, la direction des néo-conservateurs de l’Empire a pu se doter d’un nouveau « discours global » qui, au moins en partie, a gagné l’opinion d’un nombre important des victimes mêmes de l’Empire.

    Les quatre principaux éléments de ce discours sont :

    • l’effondrement de l’Union soviétique est la preuve absolue que le capitalisme est le seul système viable ;
    • la civilisation (occidentale) est menacée par un nouvel ennemi mondial : le terrorisme ;
    • une guerre préventive permanente globale est nécessaire pour protéger la civilisation des nouveaux barbares (terrorisme/Islam) et de leurs alliés ;
    • dans cette guerre pour la survie de la civilisation, il n’y a pas, et il ne doit pas y avoir, de limites : toutes les normes et conventions des 50 dernières années passées sont caduques.

    Et en effet, dans sa croisade pour ce qu’elle appelle « le nouveau Siècle américain », c’est-à-dire, l’imposition par la force d’une hégémonie totale de son Empire sur le prétexte superficiel d’une « guerre contre le terrorisme », l’administration US a déclaré sans intérêt toute contrainte morale et règlementation internationales.



    Déjà en 2003, George W. Bush avait annoncé que les conventions de Genève étaient obsolètes dans une guerre contre le terrorisme. Guantanamo a été ouvert en violation non seulement de la loi internationale mais aussi de la loi des Etats-Unis d’Amérique. Afin de priver les terroristes présumés de toutes protections et de tous droits, la même administration a décidé d’inventer une nouvelle catégorie de détenus : ni criminels, ni prisonniers de guerre, mais « terroristes présumés ». La similitude entre les pratiques américaines et israéliennes est étonnante : déjà dans les années 70, les autorités militaires israéliennes avaient annoncé, par la Cour suprême israélienne aussi bien que dans les conférences internationales, que dans le cas des Territoires palestiniens occupés (OPT), les conventions de Genève n’étaient pas applicables. De plus, depuis la fin des années 60, les prisonniers politiques palestiniens étaient classés ni comme prisonniers de droit commun ni comme détenus politiques ; et la « prison secrète » découverte par l’avocate Lea Tsemel, près du kibboutz Ma’anit, en 2003, est l’identique de Guantanamo.

    En plus, selon la direction néo-conservatrice américaine et le gouvernement israélien, le but des guerres n’est plus de gagner une bataille, de conquérir un territoire ou de changer un régime, mais de détruire des Etats et de démanteler des sociétés entières.

    L’Etat d’Israël - mais aussi la grande majorité de la société israélienne - a entièrement intériorisé cette analyse néo-conservatrice et la stratégie qui en découle. En fait, dans la dernière décennie, Israël et Palestine ont été le laboratoire d’une telle stratégie, les Palestiniens en étant les cobayes. C’est le cas même au niveau de l’armement comme le journal de gauche italien El Manifesto l’a récemment confirmé en démasquant l’utilisation de l’un des nouveaux et des plus barbares types de bombes fabriquées aux Etats-Unis et employés dans la dernière agression contre la population civile de Gaza. La guerre israélienne contre les Palestiniens vise nettement à détruire la société palestinienne et à faire des Palestiniens une nation de tribus dispersées, comme les Américains essaient de le faire en Afghanistan et en Iraq.

    En fait, toutes les guerres sont barbares mais la guerre israélienne dans les Territoires palestiniens occupés (et son contexte plus large, la guerre préventive sans fin contre le terrorisme) représente une nouvelle étape de la barbarie moderne. Bien que le terme de « génocide » ne soit pas approprié, on peut adopter celui de « sociocide » du professeur Salah Abdel Jawad, de l’université Bir Zeid, ou le concept de « politicide » d’un sociologue israélien. La terre originelle de la nation palestinienne est actuellement volée par les « colonies légales » et les « avant-postes illégaux » qui provoquent de plus en plus de transferts : le mur atomise la société palestinienne en cantons isolés ; la nouvelle législation vise à limiter l’entrée de Palestiniens dans les territoires palestiniens, ainsi que leurs possibilités de se déplacer à l’intérieur de leur propre territoire ; les représentants démocratiquement élus de la population de Jérusalem ont été expulsés de leur cité, et des dizaines de ministres et membres du Conseil législatif ont été enlevés, emprisonnés, pris comme otages pour un échange final de prisonniers.

    Le comble de tous ces maux, ce sont les horreurs à Hébron où la population locale est soumise à un harcèlement quotidien par les colons et l’armée israélienne et se voit dénier l’accès à une part très importante de sa ville ; c’est le martyre de Gaza, cible d’un blocus économique et de bombardements systématiques d’Israël qui détruisent les infrastructures de base et en abattent des centaines.

    Inutile de dire que tous ces crimes, dont certains sont qualifiés de crimes contre l’humanité par Human Rights Watch, ne provoquent aucune sanction, ni même protestation par la prétendue communauté internationale. L’impunité pour les barbares est la nouvelle norme, de l’Iraq jusqu’à Gaza. Quant au « camp de la paix » israélien, il est rentré dans un coma profond le jour où Ehud Barak est revenu de Camp David, où ils ont avalé le gros mensonge du « danger existentiel » qui menacerait Israël avec, quelque part, un soulagement émotionnel.

    La similitude entre la stratégie et les méthodes d’Israël et celles des USA soulève la question de savoir qui est la tête et qui est la queue, ou autrement dit, qui fait bouger l’autre : est-ce le lobby israélien qui pousse les USA dans le sens des besoins de l’Etat sioniste, ou l’administration US qui pousse Israël pour réaliser sa politique de guerre globale au Moyen-Orient ? En réalité, c’est une mauvaise question : il n’y a ni tête ni queue, mais une guerre globale de recolonisation et un monstre agressif à deux têtes hideuses. Les stratégies néo-conservatrices ont été élaborées conjointement par les politiciens et penseurs US et israéliens et mises en application simultanément, bien qu’on ne puisse nier qu’Israël a eu l’occasion de tester ces stratégies et ces méthodes avant les Etats-Unis, les néo-cons israéliens ayant gagné les élections quatre ans avant leurs homologues américains.

    Les USA et Israël - mais aussi la Grande-Bretagne de Blair, l’Italie de Berlusconi et même de Romano Prodi et de plus en plus d’autres pays occidentaux - conduisent une guerre mondiale contre les peuples de la planète, avec un agenda affiché : imposer par la violence et/ou la menace la loi de l’Empire néo-libéral. Cette guerre globale est une croisade des néo-barbares contre la civilisation humaine.

    Le rôle d’Israël dans cette association est d’éradiquer toutes formes de résistance à l’Empire au Moyen-Orient, et d’abord cette résistance emblématique palestinienne laquelle, à ce moment de l’histoire, est une ligne de défense non seulement pour le peuple palestinien, mais pour tous les peuples et nations du Moyen-Orient, du Liban à l’Iran. C’est pourquoi le soutien à la résistance palestinienne nécessite d’être intégrée comme une priorité stratégique pour tous les ennemis de la barbarie, au Moyen-Orient comme dans le reste du monde.

    Michel Warschawski
    Publié par CCIPPP.


    [1] "Democide Since World War II" de R.J. Rummel (chiffres pour 1945 - 1987).