2 octobre 2008

La gauche m'a poussé sur l'échafaud...



La gauche m'a poussé sur l'échafaud, la droite va me guillotiner, La Sociale
Le gouvernement vient de décider d’ouvrir le capital de La Poste. Quoiqu’en dise l’exécutif c’est bien un projet de privatisation qui s’organise. Le gouvernement argue d’une nécessaire adaptation de « l’entreprise » pour faire face à l’abandon du monopole prévu par l’Union Européenne, à l’horizon 2011. La gauche (P.S./P.C.) pousse des cris d’orfraie expliquant qu’on casse un service public. Pour cela elle s’associe à des syndicats pour revendiquer la mise en place d’un référendum d’initiative citoyenne. S’il ne s’agissait pas d’un sujet aussi grave, nous pourrions en rire.

L’initiative de la gauche oblige à s’interroger sur ses réelles motivations, défense d’un service public, qui d’ailleurs n’en est plus un depuis longtemps, ou simple action anti-Sarkozy ? Cette gauche fait comme si elle n’avait pas de responsabilité historique sur ce dossier.


Gérard Grunberg : «Il n’y a plus de pensée socialiste de l’Europe», EurActiv
Aujourd’hui le PS ne sait plus où il en est avec la question européenne. Il n’a plus de projet européen à proprement parler.

Le socialisme européen n’a plus de pensée européenne. Dans les grands partis européens, il y a vraiment un retour en arrière sur la question européenne: il n’y a plus ni projet politique, ni projet institutionnel.

Le cycle social-démocrate est aujourd’hui en grande difficulté en Europe: les Anglais vont perdre, les Allemands aussi, les Français n’ont pas encore gagné, les Italiens sont dans une situation très difficile et les Espagnols sont également mis en grande difficuté par la crise. Pourtant, il n’y a guère que les socialistes espagnols qui demeurent encore résolument pro-européens.

Avec la crise financière, la situation ne risque pas de s’arranger. La crise renforce l’idée des partis socialistes européens qu’il faut être à la fois nationaux et étatistes, ce qui ne va pas renforcer l’idée d’un projet européen.

Crise financière : manipulation gouvernementale ?

Evolution Euro/Dollar sur 5 ans

Source : Yahoo! Finance


WEBER Henri , Tsunami financier : la réplique idéologique, Le Monde
La cause première, quoique lointaine, de la crise financière et économique que nous vivons est idéologique : à la fin des années 1970, l'idéologie libérale, longtemps discréditée et marginalisée après la Grande Dépression des années 1930, a fait un retour en force. Milton Friedman, Friedrich Hayek ont évincé Keynes et sa descendance dans la pensée économique dominante. La critique de la faillite de l'Etat et de sa bureaucratie l'a emporté sur la critique des carences du marché. Dans sa forme moderne, le néolibéralisme repose sur deux postulats : le premier affirme que le libre jeu des marchés permet la meilleure allocation des ressources et la croissance optimale de l'économie. Le second, que les marchés sont doués de capacités autorégulatrices qui rendent l'intervention de la puissance publique dans la vie économique, non seulement inutile, mais encore nuisible.

C'est au nom de ces croyances que les néolibéraux ont prêché depuis trente ans le retrait de l'Etat de la vie économique et sociale, son repli sur ses fonctions régaliennes de maintien de la sécurité intérieure et extérieure. C'est en son nom qu'ils ont prôné la privatisation des services publics et l'extension des rapports marchands au maximum de secteurs d'activité.

Trente années de déréglementations, libéralisations, dérégulations, sous la houlette des Etats-Unis et des grandes multinationales, débouchent aujourd'hui sur la crise économique la plus grave que le capitalisme ait connue depuis 1929.

Aujourd'hui, pour éviter l'effondrement, les gouvernements occidentaux nationalisent massivement les pertes et font payer aux contribuables les centaines de milliards de dollars dilapidés par les petits génies de la finance. Le mythe libéral des capacités autorégulatrices des marchés en a pris un coup. Son corollaire de l'indispensable désengagement de l'Etat, aussi.

Les libéraux apparaissent pour ce qu'ils sont : des idéologues qui stigmatisent l'intervention de l'Etat en période de vaches grasses, mais qui exigent au contraire son secours massif dès que se lèvent les tempêtes que leurs politiques ont contribué à déclencher.

Commentaires : Weber écrit aussi «Les socialistes français n'ont jamais partagé ce credo. Ils n'ont jamais cru que les marchés étaient toujours mieux avisés que les politiques, les chefs d'entreprise toujours plus intelligents que les fonctionnaires. [...] Ceux qui leur reprochaient, contre toute évidence, de rejeter l'économie de marché, leur reprochaient en réalité de rejeter les postulats du néolibéralisme et les politiques qui en découlent.»
Le «contre toute évidence» signifie que les socialistes ne rejettent pas l'économie de marché. S'ils en dénoncent aujourd'hui les excès, ils oublient de dire qu'ils sont responsables de la victoire du néolibéralisme grâce à leur alignement politique sur la loi du marché à partir de mars 1983.


Crise financière : manipulation gouvernementale ?

Source : Agoravox TV - Dailymotion


SAPIR Jacques, Une décade prodigieuse - La crise financière entre temps court et temps long, Revue de la régulation
La crise financière, rampante depuis l’été 2007, a connu un tournant majeur entre le dimanche 14 septembre et le vendredi 26 septembre 2008. L’accélération brutale des événements en a changé qualitativement la nature. On est ainsi passé du stade d’un nouveau choc dans le système bancaire et financier américain (la faillite de Lehman Brothers) au constat public de la fin de l’hégémonie financière américaine qui datait depuis 1945, en passant par l’évocation du spectre d’un effondrement total du système bancaire comme en 1929. Ces journées dramatiques constituent un de ces « moments » historiques où sont testées tout autant les stratégies que les doctrines et les théories qui les sous-tendent.

La décision des autorités américaines de créer une gigantesque caisse de défaisance est survenue bien plus tard qu’il n’eut fallu. Elle n’a pas mis fin à la crise car elle a révélé une crise de direction majeure au sein du gouvernement et des élites américaines. On voit alors apparaître des pathologies décisionnelles et informationnelles similaires à celles de l’Art de la Guerre.

Les journées de septembre doivent donc être aussi envisagées du point de vue d’une théorie de la décision. La désorganisation du système décisionnelle américain apparaît comme un élément objectif aussi important les institutions du marché financier ou les transformations des institutions concernant le commerce international et la gestion du salariat aux Etats-Unis, qui ont permis à une situation d’insolvabilité majeure des ménages de se développer.

Cette crise n’est pas un accident financier de plus, et de trop. Elle traduit une crise profonde du régime de croissance américain tel qu’il s’était développé depuis les années 1980 et 1990 tout en produisant en Europe des clones tels l’Espagne, la Grande-Bretagne ou l’Irlande. Mais, cette crise montre aussi que les dynamiques du temps court, celles de l’événement, sont tout aussi importantes que les dynamiques du temps long, celui des structures des appareils productifs et de l’évolution des institutions, que les économistes régulationnistes affectionnent. Les économistes hétérodoxes doivent affronter le défi de formuler une théorie de la décision individuelle qui fonde en microéconomie leurs analyses macroéconomiques. Il faut pouvoir analyser le temps court ou se taire.


La crise financière : entretien avec Michel Aglietta réalisé par Louis Weber, Fondation Copernic
La crise actuelle révèle des changements structurels du capitalisme. Les banques d’affaires et les agences de notation ont réduit leur « aversion au risque » dans un contexte marqué par une abondante épargne mondiale. La titrisation des créances, dont Michel Aglietta décrit ici les mécanismes, traduit une accélération de ce processus, générateur de profits bancaires démesurés. Mais le retournement sur le marché immobilier a provoqué une crise qui menace le système d’effondrement. Michel Aglietta plaide pour que toutes les institutions de crédit, et pas seulement les banques, soient soumises au contrôle des banques centrales. Mais cela ne sera pas possible sans une impulsion politique en ce sens.

Commentaires : Rien d'étonnant qu'un partisan de la régulation du capitalisme soit interrogé par un membre d'ATTAC, qui prône comme le PS et le PC... un aménagement moral du système.


WIEVIORKA Michel, L’Etat guerrier, l’Etat financier... à quand l’Etat social ?, Eco89
Puis sont venus les signes avant-coureurs de la crise financière actuelle, et cette crise elle-même. Avec une première conséquence, spectaculaire : le retour de l’Etat, là aussi, mais cette fois, dans ses dimensions économiques. Tout le monde le constate, l’Etat se présente comme le sauveur suprême, le seul recours capable, peut-être, d’enrayer les logiques de la catastrophe qui se profile. Le discours néo-libéral, de fait déjà bien affaibli depuis l’éclatement des premières « bulles » ou les scandales comme celui d’Enron, n’est plus seulement critiqué par l’altermondialisme, le gauchisme ou des pans entiers de la pensée de gauche (sauf quand elle se dit « libérale ») : il est rejeté de toutes parts.

Commentaires : Ce plaidoyer pour le retour d'un Etat social (Etat protecteur) n'analyse pas les responsabilités de la gauche (PS et PCF) face à «l’inquiétude, l’angoisse, et le sentiment d’impuissance» qui domine aujourd'hui après avoir fait le lit du néo-libéralisme dans les années 80.


EICHENGREEN Barry, Retour en 1929 ?, Telos
Qelle que soit sa forme définitive, le Plan Paulson n’éteindra pas à lui seul l’incendie.. Les conséquences de la crise sont clairement passées de Wall Street à Main Street, de la bourse à l’économie réelle. Les performances récentes des actions non financières montrent que les investisseurs en sont bien conscients.

Les comparaisons avec la Grande Crise, qui avaient jusqu’ici quelque intérêt académique mais peu de pertinence pratique, reviennent donc en force. Certaines ont du sens, les autres ne servent qu’à faire les gros titres des journaux.

Il est plus difficile aujourd’hui d’absorber le choc, parce qu’il s’est produit à l’intérieur même du système financier. Des effets de levier excessifs, une grande opacité, et une prise de risque au sein même du secteur financier sont parmi les causes principales du problème actuel. On a certes assisté à un effondrement du marché immobilier, mais contrairement aux années 30, il n'y a pas eu d'effondrement général des prix et de l'activité économique. Les faillites d'entreprises sont restées relativement stables, ce qui a grandement contribué dans un premier temps à maintenir en vie le système financier. Mais cela rend aussi le problème plus difficile à résoudre : puisqu’il n'y a pas eu d'effondrement des prix et de l'activité économique, nous ne pourrons pas cette fois-ci sortir de la crise par la croissance ou l’inflation, comme cela fut le cas après 1933.


DESMEDT Ludovic, En 1721, Londres victime de la première bulle boursière, Le Monde
Lorsque Swift débute la rédaction des Voyages de Gulliver, la Grande-Bretagne vit le gonflement puis l'éclatement de la "bulle" des mers du Sud : les changements d'échelle du personnage principal rappellent l'accroissement démesuré puis la miniaturisation des richesses dans un monde peu habitué à ce genre de fantaisie. Cet épisode a marqué l'esprit des contemporains et, si la crise actuelle doit être distinguée de celle de 1929, on peut rappeler comment celle qui toucha la Bourse de Londres, il y a trois siècles, a imprégné l'imaginaire occidental.

Créée en 1711, la South Sea Company est impliquée dans le commerce colonial (esclaves, principalement) et gérée de manière assez sage jusqu'en 1719. L'année suivante, les Communes et les Lords acceptent la conversion de la dette publique en actions. La compagnie fait dès lors l'objet d'une spéculation massive : on évoque une "bulle" (le terme bubble désignant toute tromperie et, par extension, les entreprises malsaines ou spéculatives).

Au moment du gonflement de la bulle, on demanda à Isaac Newton, qui occupait le poste de maître de la monnaie de Londres, ce qu'il pensait de l'avenir du titre de la SSC, le grand savant répondit qu' il "pouvait calculer les mouvements des corps célestes, mais pas la folie des gens"...


La crise financière, C dans l'air - France 5

GUILLON Claude, Le leurre et l'argent du leurre, Site de l'auteur
Troisième chapitre du livre De la révolution - 1989 : l’inventaire des rêves et des armes, Éditions Alain Moreau, 1988 (épuisé).

1 octobre 2008

Revue de presse USA

Daily Show

Source : Dailymotion


Les Américains indignés, Libération
L’importante mobilisation populaire a pesé dans le refus du plan de sauvegarde, lundi.

Jeudi à Wall Street, quatre banquiers refusant de donner le nom de leur employeur secouaient la tête devant la foule de manifestants qui s’était déplacée devant le New York Stock Exchange sur Wall Street. «Ils ne comprennent pas vraiment ce qui est en train de se passer, qu’est-ce qu’ils veulent ? L’anarchie ?» A quoi un manifestant, outré, brandissant un panneau «Imposez les millionnaires», lance en hurlant : «La guillotine pour Wall Street.»


MOORE Michael, Le holdp-up du siècle, Contre Info
Après avoir dérobé 500 000 milliards de dollars qui ont été empochés depuis 5 ans par leurs soutiens les profiteurs de guerre, après avoir garni de plus d’une centaine de milliards de dollars les poches de leurs amis les pétroliers depuis deux ans, Bush et ses potes - qui doivent bientôt quitter la Maison Blanche - sont en train de piller le Trésor américain de chaque dollar qu’ils peuvent récupérer. Ils prennent dans le coffre autant qu’ils pourront en emporter en se dirigeant vers la sortie.

Ce renflouement a pour mission de protéger la masse obscène de richesses qui ont été accumulées au cours des huit dernières années. C’est pour protéger l’élite des actionnaires qui possèdent et contrôlent l’entreprise Amérique. C’est pour s’assurer que leurs demeures, leurs yachts et leur « style de vie » ne soient pas remis en causes tandis que le reste de l’Amérique souffre et se bat pour payer ses factures. Laissez les riches souffrir, pour une fois. Laissez-les payer pour ce sauvetage. Nous dépensons 400 millions de dollars par jour pour la guerre en Irak. Qu’ils mettre fin à la guerre immédiatement et nous fassent économiser 500 milliards de dollars supplémentaires !


Plan de sauvetage des banques : le Sénat reprend la main, RFI
C'est donc le Sénat qui devrait relancer le processus. Grâce à une astuce de procédure, il se saisira de la loi et la mettra au vote dès ce mercredi soir, après le coucher du soleil pour respecter la traditionnelle interruption du Nouvel an juif.

En principe, le processus est inverse : c’est la Chambre des représentants qui vote d’abord et passe le texte au Sénat. C’est même obligatoire lorsqu’il s’agit d’une loi fiscale, ce qui est le cas. Mais l’on peut compter sur le Congrès pour être astucieux. Le plan de sauvetage sera attaché à une loi déjà existante, et déjà examinée à la Chambre.

Commentaires : Le plan Paulson sera donc adopté contre la volonté de la majorité des américains grâce à un artifice de procédure.

Revue de presse Afghanistan

Des soldats néerlandais se rebellent, Libération
Un bataillon de 24 soldats néerlandais a été placé en «service non actif» en Afghanistan pour refus d’obéir aux ordres. Une mesure disciplinaire «exceptionnelle», selon l’un des syndicats de l’armée, la Fédération générale des personnels militaires (AFMP). Les soldats ont refusé de faire une patrouille de reconnaissance la semaine dernière, vraisemblablement à cause du manque de véhicules blindés.

Le moral des troupes est tombé à zéro le 24 septembre, lorsque Eimert van Middelkoop a avoué au magazine Vrij Nederland ne pas avoir fait son service militaire et s’en être « réjoui ». Le ministre de la Défense a par ailleurs admis ne pas connaître tous les grades de l’armée et laissé entendre qu’il ne souhaitait pas non plus les apprendre.


Afghanistan : 2008, l'année la plus meurtrière pour les soldats étrangers, Yahoo! Actualités
Au moins 221 soldats étrangers - en majorité Américains - ont péri en Afghanistan depuis le début de l'année 2008, selon un décompte de l'AFP basé sur les communiqués militaires.

En neuf mois, davantage de soldats ont été tués en 2008 que lors de toute l'année 2007 (219 morts). Les mois de juin (49 morts, le bilan mensuel le plus élevé depuis 2001) et d'août (45 morts) ont été particulièrement meurtriers.


"Personne en Afghanistan n'imagine un avenir sans les talibans", Le Monde
Mardi 30 septembre, le président afghan, Hamid Karzaï, a lancé un appel au mollah Omar. Il a demandé au roi Abdallah d'Arabie saoudite de servir de médiateur dans des négociations de paix avec le chef des talibans. L'éclairage de Jacques Follorou, journaliste au "Monde".


Kouchner pour négocier avec les talibans, Le Figaro
Commentaires : Ainsi l'armée française fait la guerre en Afghanistan pour que les talibans reviennent au pouvoir.


Afghanistan, Pakistan, l’irruption des « néotalibans », Le Monde diplomatique
Le président Bush a autorisé les opérations terrestres contre des bases talibanes au Pakistan et ce pays devient le terrain principal de la « guerre contre le terrorisme ». Pourtant, cette extension du conflit, qui n’est pas sans rappeler la décision américaine des années 1970 d’étendre la guerre du Vietnam au Cambodge, a peu de chances de déboucher sur une victoire. Non seulement elle soulève l’opposition de la grande majorité des Pakistanais, mais elle se heurte à une stratégie régionale particulièrement audacieuse des « néotalibans ».


Michèle Alliot-Marie et la menace terroriste, Les blogs du Diplo
« La deuxième réalité est l’extension géographique du terrorisme islamiste. L’arc du terrorisme intégriste couvre l’Afghanistan, le Pakistan, la Malaisie, l’Indonésie, la Somalie, la péninsule Arabique, le Moyen-Orient, la zone subsaharienne et le Maghreb. De ces bases, il projette ses actions vers l’Europe. »

On pourrait inverser le raisonnement, et dire que ce qui est nouveau, c’est la présence massive de troupes occidentales en Irak, en Afghanistan, au Liban, sans parler des bases et des conseillers militaires ou de sécurité. C’est cet interventionnisme, sans précédent depuis la fin de l’époque coloniale, qui a contribué à créer cet arc de crise et cette internationale de la résistance.

« L’Europe ne saurait ignorer qu’elle partage les mêmes risques que l’Amérique. Il est temps de donner un contenu nouveau au dialogue transatlantique avec un cadre qui favorise les échanges d’informations pertinents et garantisse un niveau élevé de protection des droits individuels et des libertés. L’action policière nécessite une législation adaptée, mais qui ne renonce pas à nos valeurs de respect de la démocratie et des droits de l’homme. »

Mais si la politique américaine est l’une des causes essentielles du développement du terrorisme, de quoi allons-nous parler avec Washington ? De la création d’un Etat palestinien promis depuis des années ? Des bombardements de civils en Afghanistan ou en Irak ? Des droits de l’homme tels qu’ils sont interprétés à Guantanamo ou dans les prisons afghanes contrôlées par les Etats-Unis ?


Afghanistan | Dossier d'actualité, Yahoo! Actualités.
Pakistan | Dossier d'actualité, Yahoo! Actualités.

Revue de presse Crise économique

Evolution Euro/Dollar sur 1 an

Source : Yahoo! Finance


Revue de presse française, NouvelObs
LIBÉRATION
La vérité est que l'irresponsabilité des financiers a ruiné leur principal actif, la confiance. Alors, comme aux Etats-Unis, c'est l'argent public qui éteindra l'incendie. Pour sauver la banque, le contribuable paiera. Il en est déjà de sa poche pour un milliard dans le sauvetage de Dexia.
C'est la nationalisation qui est la moins injuste. Ainsi, les banques seront contrôlées par des autorités légitimes et l'Etat gardera la possibilité de rentrer dans ses fonds si la situation se rétablit. Toute autre solution s'apparenterait à une simple spoliation de la population au profit d'une minorité défaillante, qui resterait en place.

LA TRIBUNE
Qu'est-ce que la confiance? Une croyance ou un sentiment? Est-il raisonnable de faire confiance à ceux qui nous affirment que le système financier français est "solide, diversifié et bénéficie du soutien des autorités publiques"? Que la contagion de la crise financière ne va pas affecter nos dépôts bancaires, nos livrets, nos Sicav monétaires ou nos assurances-vie? Sur tout cela reposent la stabilité et la prospérité de notre économie. Or, depuis un an, la confiance dans le système est très gravement atteinte. Quand on voit qu'une banque refuse aujourd'hui de faire confiance à une autre banque, pourtant comparable en réputation, comment faire confiance à sa propre banque ? C'est la question, légitime, que se posent aujourd'hui les clients, particuliers ou entreprises.

LE PROGRÈS DE LYON
Qui connaît Axel Miller ? L'homme gagne à être connu. Il était le patron de la banque Dexia. Il a démissionné hier matin, estimant devoir "prendre ses responsabilités" au moment où l'Etat français et l'Etat belge injectaient plus de 6 milliards d'euros pour sauver la banque et ses clients. "Notre monde a besoin de sens, il faut retrouver quelques valeurs", a expliqué Axel Miller. Et il a quitté le siège de Dexia, à Bruxelles, sous les applaudissements du personnel... Chapeau, Monsieur Miller. Le geste est beau, on veut le croire spontané. On veut croire aussi que vous renoncerez au parachute doré de plus de 3 millions d'euros prévu par votre contrat - le contraire nous décevrait trop. Et l'on gardera de vous cette déclaration d'août dernier: "La banque est une affaire trop sérieuse pour être laissée aux banquiers". On aurait aimé vous connaître plus tôt, Monsieur Miller.

L'ALSACE
Banquiers et dirigeants politiques le martelaient depuis des semaines : les mésaventures des établissements financiers américains, allemands et anglais ne passeraient pas la frontière française! A écouter nos stratèges, on avait vraiment l'impression qu'une invisible ligne Maginot protégeait le pays. Comme dans les communiqués de la drôle de guerre en 1939-40, les épargnants pouvaient dormir tranquilles. Las, la ligne Maginot a été contournée - une fois de plus -au tout petit matin, du côté de la Belgique. Il a fallu que le gouvernement injecte, en catastrophe, de l'argent dans Dexia, la banque des collectivités locales, basée à Paris et à Bruxelles. La première nationalisation bancaire depuis François Mitterrand est à mettre à l'actif du pouvoir le plus ouvertement "libéral" des dernières décennies. (...) Le gouvernement s'est porté au secours de Dexia. En fera-t-il autant pour les 30 000 ménages qui n'arrivent pas à vendre leur maison et qui risquent, comme le craint l'association française des usagers des banques, d'être pris à la gorge par leur prêt relais ? Les victimes de la crise ne sont pas forcément banquiers. Elles ne méritent pas moins de sollicitude.

LA CHARENTE LIBRE
Cette façon d'afficher haut et fort sa confiance dans notre système franco-français mais de mener dans le même temps dans le plus grand secret les opérations de sauvetage sont, si on peut dire, de bonne guerre en ces temps de panique, de volatilité extrême à la fois des cours et des opinions publiques. Reste que cet exercice de grand écart, cette mise en scène un peu forcée de la confiance, à laquelle on demande au bon peuple d'adhérer sinon d'applaudir, peut s'avérer non seulement périlleux mais contre-productif. Surtout qu'il existe un décalage entre la volonté proclamée de l'action et les moyens réels que le gouvernement a à sa disposition pour agir. La France peut certes jouer les pompiers de service. Mais si elle devait le faire, ce serait avec l'argent des contribuables, en pénalisant donc encore plus le pouvoir d'achat et la croissance et en creusant encore plus les déficits.


Revue de presse européenne, euro|topics
El País - Espagne
L'économiste américain Joseph E. Stiglitz pense qu'un nouveau système de régulation est nécessaire : "Il existe un consensus toujours plus large parmi les économistes selon lequel ce plan de sauvetage qui est basé sur le plan de Paulson, ne fonctionnera pas. Dans ce cas, l'énorme augmentation de la dette publique et la conviction que 700 milliards de dollars ne suffiront pas à sauver l'économie américaine, continueront d'affaiblir la confiance et d'accentuer l'instabilité. Mais d'un autre côté, les politiques ... ne peuvent pas se contenter de ne rien faire. Il nous reste peut-être à prier pour qu'un accord, issu du mélange toxique des intérêts propres, d'économie fausse et de bonnes idéologies produites par la crise, conduise d'une manière ou d'une autre à un plan de sauvetage qui fonctionne...


Risque politique de la crise ?, Loubnan ya Loubnan
Christian Chavagneux soutient le «plan Paulson» avec un enthousiasme qui laisse coi.

Pour se donner une idée du «pouvoir» que représentent 700 milliards de dollars, signalons que c'est une somme supérieure au montant total du budget militaire des États-Unis (651 milliards). C'est également une somme supérieure à l'ensemble des budgets militaires cumulés de tous les autres pays de la planète. Et ce serait directement géré par trois hommes nommés par Georges W. Bush (qui terminera son mandat que le 20 janvier 2009).

Bref, y a-t-il des risques politiques liés à ce plan ? Les élus américains qui rechignent à signer cet énorme transfert de pouvoir n'ont-ils que des motifs idéologiques et démagogiques, ou ont-ils quelques raisons de s'inquiéter? Y a-t-il un contre-pouvoir efficace prévu (ou même possible) face à ce pouvoir confié à trois hommes ?


Crise : quel risque en France ?, C dans l'air - France 5

Quelle sera demain la politique internationale des USA ?

Après Bush, chacun espère un changement ou craint le pire. McCain ou Obama ? Qu’est-ce que cela changera pour l’Irak, l’Afghanistan, la Palestine, l’Afrique, le Caucase, Cuba ou le Venezuela ? Et dans les relations avec les grandes puissances : Europe, Japon, Russie, Chine ?

Nous ne pensons pas que la politique internationale des Etats-Unis se décide à la Maison-Blanche. En fait, l’élite US est actuellement hésitante sur la stratégie à suivre dans les prochaines années. Ce texte analyse les deux options qui s’offrent à elle. La crise économique rend la question encore plus brûlante : comment les Etats-Unis s’y prendront-ils pour rester la superpuissance qui domine le monde ?

Ce texte est extrait de notre livre Les 7 péchés d’Hugo Chavez (chapitre 11 : Les Etats-Unis, l’or noir et les guerres de demain) à paraître prochainement. Dans les pages qui précèdent, ont été expliquées les raisons de l’ascension, puis du déclin des Etats-Unis. Investig’Action a jugé urgent de publier déjà cet extrait pour éclairer les débats en cours sur les élections aux USA...


L’échec de Bush

Quel bilan peut-on tirer de cette guerre globale menée par l’administration Bush à partir du 11 septembre ? Négatif. Pratiquement partout...

En Afghanistan et en Irak, les Etats-Unis ont déclenché deux guerres qu’ils ont été incapables de gagner et qu’ils ne gagneront jamais. Bush aurait bien voulu en déclencher une troisième contre l’Iran, mais trop affaibli, il a dû y renoncer. Le but de cette guerre était d’assurer à Washington le contrôle du pétrole. En cinq ans, il a grimpé de 25 dollars à plus de 100 dollars, avec des conséquences très négatives pour l’économie US et mondiale.

En Amérique du Sud, les Etats-Unis ont perdu, entièrement ou partiellement, le contrôle de presque toutes leurs colonies : Venezuela, Bolivie, Equateur, Uruguay, Paraguay, Argentine et Brésil. Ne leur restent, à l’heure où nous écrivons ces lignes, que le Pérou, le Chili et la Colombie.

En Afrique aussi, la résistance a marqué des points. Le Congo de Kabila a refusé de se mettre à genoux. Et quand Washington a cherché un endroit pour installer le centre de son nouveau commandement militaire Africom, tous les pays ont poliment refusé. Il a finalement fallu se rabattre sur le Maroc, au prix de certaines concessions financières.

De même, en Asie du Sud, un groupe de stratèges US s’inquiétait récemment de la montée des résistances dans toute la région et proposait de renforcer la ’capacité de projection’ des Etats-Unis en Asie du Sud. Dans leur jargon, ça veut dire les moyens d’organiser des débarquements militaires, des bombardements ou des coups d’Etat soutenus. Mais il s’empressait de signaler qu’en raison de l’impopularité des Etats-Unis dans cette région, il serait impossible de trouver un pays pouvant accueillir le siège de cette force US. [1]

Même chez les alliés européens, la politique de Bush a provoqué des résistances. Ainsi, au sommet de l’Otan à Bucarest, en avril, George Bush a réclamé une nouvelle expansion pour intégrer cette fois l’Ukraine et la Géorgie, deux pistolets braqués sur la Russie. Mais il a essuyé un refus, ferme et public, de l’Allemagne, de la France, de l’Espagne, de l’Italie, de la Belgique, de la Hollande et du Luxembourg, peu désireux de se fâcher avec Moscou qui fournit leur gaz. Steve Erlanger et Steven Lee Myers, deux analystes proches du Pentagone, y ont vu « un échec notable de la politique des Etats-Unis dans une alliance normalement dominée par Washington » [2].

En Russie justement, le ton monte. Moscou refuse l’installation sur le continent européen des armes que les Etats-Unis appellent un bouclier antimissile : « Si une partie du potentiel nucléaire des Etats-Unis est en Europe (...), nous devrons avoir des cibles en Europe » [3]. D’ailleurs, en mai 2008, la Russie a testé un nouveau missile intercontinental à têtes multiples, « en réponse aux actes unilatéraux et infondés de nos partenaires », a déclaré Poutine. Washington certifie pourtant que le bouclier antimissile n’est pas dirigé contre la Russie, mais seulement contre des Etats comme l’Iran. Mais Poutine rétorque : « Aucun missile iranien n’a de portée suffisante. Il devient alors évident que cette nouveauté nous concerne aussi nous, Russes. » [4].

Tout comme la Russie, la Chine n’a pas reculé non plus devant les multiples campagnes et pressions organisées par Washington.

L’élite US se divise

Il y a dix ans, Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller du président Carter et stratège le plus important des Etats-Unis, publiait Le Grand Echiquier, sorte de mode d’emploi du « Comment rester la seule superpuissance dominant le monde » [5]. Il y expliquait, avec la brutalité de quelqu’un qui n’est plus aux affaires, que Washington devait absolument affaiblir ses rivaux : Russie, Chine, mais aussi Europe et Japon, et les empêcher de s’allier entre eux. Diviser pour régner.

Aujourd’hui, quel est le bulletin de George Bush, sur base des critères définis par Brzezinski ? A-t-il réussi à affaiblir les grandes puissances rivales ? Disons : mention assez bien en ce qui concerne le Japon, assez bien (pour l’instant) en ce qui concerne l’U.E., mais mauvais en ce qui concerne la Russie, et très mauvais en ce qui concerne la Chine.

Globalement, Bush a provoqué tant de résistances que la domination des Etats-Unis s’est affaiblie. Les secteurs qui l’avaient porté au pouvoir - armement, pétrole, automobile, défense, compagnies pharmaceutiques - constatent que les guerres de Bush n’ont apporté ni de grands profits, ni de nouvelles zones d’exploitation. En fait, elles ont coûté davantage qu’elles n’ont rapporté. Et l’administration Bush s’est révélée être un petit cercle restreint, pensant beaucoup à s’en mettre personnellement plein les poches, mais incapables de finesse tactique et de réelle vision à long terme.

Une fois l’échec devenu évident, les divisions se sont exacerbées au sein de l’élite US, et même de l’administration Bush. A partir de 2006, les néocons ont dû céder du terrain. Ils ont dû accepter le remplacement du ministre de la Guerre, Donald Rumsfeld, par Robert Gates, un homme de la Trilatérale et de la tendance Brzezinski. Le nouveau ministre a en quelque sorte admis la faiblesse du militarisme US dans un discours prononcé devant les élèves de l’Académie militaire de West Point : « Ne combattez pas à moins d’y être obligés. Ne combattez jamais seuls. Et ne combattez jamais longtemps. » [6]. Puis, la commission bipartisane Baker - Hamilton a condamné la tentative de Bush de remodeler le ’Grand Moyen-Orient’ comme étant irréaliste et elle a prôné au contraire une approche plus tactique envers la Syrie et l’Iran.

Même au sein des services secrets et de l’Armée, plusieurs frondes se sont déclenchées. En décembre 2007, lorsque Bush a voulu préparer une attaque contre l’Iran sous le classique prétexte des armes de destruction massive, seize services de renseignement US ont surpris tout le monde en publiant un rapport qui constatait que l’Iran avait suspendu son programme nucléaire militaire depuis au moins 2003.

« Le déclin des Etats-Unis est inévitable » (Zbigniew Brzezinski)

Dans son livre, Brzezinski proposait une stratégie agressive et machiavélique pour sauver l’Empire US. Mais lui-même, croit-il que ça marchera ? Aussi surprenant que ça paraisse, la réponse est : Non.

« A long terme, la politique globale est vouée à devenir de moins en moins propice à la concentration d’un pouvoir hégémonique dans les mains d’un seul Etat. L’Amérique n’est donc pas seulement la première superpuissance globale, ce sera très probablement la dernière. » (p. 267)

La raison tient dans l’évolution de l’économie : « Le pouvoir économique risque aussi de se disperser. Dans les prochaines années, aucun pays ne sera susceptible d’atteindre 30% environ du PIB mondial, chiffre que les Etats-Unis ont maintenu pendant la plus grande partie du 20ème siècle, sans parler de la barre des 50% qu’ils ont atteinte en 1945. Selon certaines estimations, l’Amérique pourrait encore détenir 20% du PIB mondial à la fin de cette décennie pour retomber à 10-15% d’ici l’an 2020, tandis que les chiffres d’autres puissances - l’Europe, la Chine, le Japon - augmenteraient pour égaler approximativement le niveau des Etats-Unis. (...) Une fois que le déclin du leadership américain sera amorcé, la suprématie dont jouit aujourd’hui l’Amérique ne pourra être assurée par aucun Etat isolé. » (p. 267-8)

« Une fois que le déclin du leadership américain sera amorcé ». Brzezinski ne parle donc pas d’une possibilité, mais d’une certitude. Il écrit cela en 1997. Aujourd’hui, il est devenu clair que le déclin est bel et bien amorcé. Le monde devient multipolaire.

Mais peut-être Brzezinski est-il un pessimiste isolé ? Peut-être que les néocons qui ont inspiré Bush sont plus ’optimistes’, si l’on ose employer ce mot ? Eh bien, en fait, pas beaucoup plus. Dans le texte fondateur de toute la politique de l’administration, le Project for a New American Century (PNAC), rédigé en 1992 par Paul Wolfowitz et ses amis, on trouve évidemment toute l’idéologie de la nouvelle croisade militariste, mais aussi une remarque qui attire l’attention : « Actuellement, les Etats-Unis ne rencontrent aucun rival mondial. La grande stratégie de l’Amérique doit viser à préserver et étendre cette position avantageuse aussi longtemps que possible (...) Préserver cette situation stratégique désirable dans laquelle les Etats-Unis se trouvent maintenant exige des capacités militaires prédominantes au niveau mondial. » [7].

« Aussi longtemps que possible ». Ici aussi, donc, on ne croit pas qu’il sera possible pour les Etats-Unis de rester éternellement les maîtres du monde. Voilà bien un grand paradoxe. Le moment entier craint les Etats-Unis. Mais les dirigeants US, eux, savent qu’ils sont aux commandes du Titanic. Et pour sauver l’Empire autant que possible, ils sont partagés entre deux options...

Deux options pour sauver l’Empire

Quelle sera la politique internationale des Etats-Unis dans les années qui viennent ? Le choix de tel ou tel président est certes une indication. Mais pas décisive. Rappelons que, durant la campagne présidentielle de 2000, George Bush avait promis une politique internationale beaucoup plus humble et moins interventionniste que son prédécesseur ! Tandis que l’autre candidat, Al Gore, avait proposé un budget militaire plus élevé que celui de Bush. Nous pensons que les grandes orientations de politique internationale ne sont pas décidées par les présidents, mais par les multinationales. En fonction de leurs besoins du moment et de leur évaluation du rapport de forces mondial.

Et justement, après le bilan d’échec des années Bush que nous venons de décrire, l’élite US apparaît assez divisée sur la marche à suivre. Comment se sortir de cette situation délicate ?

La première option possible, c’est l’option militariste. Les néocons de Bush l’ont incarné ces dernières années avec la stratégie Wolfowitz. L’agression et l’intimidation comme stratégie générale. Multiplier les guerres, gonfler au maximum les commandes au complexe militaro-industriel pour tirer la croissance et la domination des multinationales US, pour intimider aussi les alliés et les rivaux.

L’autre option, c’est celle défendue par Brzezinski et qu’il aime à appeler ’soft power’ (le pouvoir en douceur). D’autres parlent d’un ’impérialisme intelligent’. En fait, il s’agit de réaliser les mêmes objectifs des Etats-Unis, mais par des formes de violence moins directes, moins visibles. En comptant moins sur les interventions militaires US, très coûteuses, et davantage sur les services secrets, les manoeuvres de déstabilisation, les guerres par pays interposés, et sur la corruption aussi...

Cinq généraux de l’Otan préparent un gouvernement mondial..

La première option consiste à militariser encore davantage la vie politique et à multiplier les guerres. Bush au carré.

En janvier 2008, cinq ex-généraux de l’Otan ont présenté un document préparatoire à une rencontre au sommet de l’OTAN à Bucarest [8]. Leurs propositions révèlent une tendance absolument effrayante. Et ce qui donne beaucoup de poids à leur document, c’est que tous exerçaient, jusqu’il y a peu, des fonctions au plus haut niveau. Le général John Shalikashvili était chef de l’état-major US et commandant en chef de l’Otan en Europe, le général Klaus Naumann dirigeait l’armée allemande et présidait le comité militaire de l’Otan en Europe, le général Henk van den Breemen était chef de l’état-major hollandais, les mêmes fonctions étant occupées en France par l’amiral Jacques Lanxade tandis que Lord Inge dirigeait l’état-major et le service de la Défense en Grande-Bretagne. Rien que des grosses pointures. Et très agressives, comme nous allons le voir...

Page 6 : « [Les auteurs] proposent des pistes sur la façon de surmonter une rivalité possible avec l’UE et de permettre à l’OTAN d’accéder à des instruments non militaires. » Deux remarques. 1. En fait, cette rivalité n’est pas seulement possible, elle est tout à fait réelle. Dans quel sens voudront-ils la surmonter ? 2. Que signifie pour l’Otan « accéder à des instruments non militaires » ? S’agit-il d’obtenir une emprise plus forte sur la vie civile des sociétés occidentales ?

Page 7 : « Afin d’initier le processus, ils proposent d’établir un directorat réunissant les Etats Unis, l’UE et l’OTAN. Il aurait pour mission de coordonner toutes les opérations dans la sphère atlantique. » Un super - gouvernement mondial, donc. Pour réaliser quels objectifs ?

Les Cinq nous l’expliquent page 42 : « Ce qui attend les alliés occidentaux, c’est la défense proactive, soutenue sur le long terme de leurs sociétés et de leur mode de vie. » ’Défendre notre mode de vie’ fut déjà un argument employé par le père Bush pour déclencher la première guerre contre l’Irak. En fait, ’mode de vie’ est une façon hypocrite de désigner la domination des multinationales sur la vie économique. Domination qui a pour effet de maintenir la moitié de l’humanité dans la pauvreté. Le but des Cinq, est bien d’employer les moyens militaires pour maintenir le fossé riches - pauvres. Pour qui en douterait, on précise page 92 : « Les objectifs de notre stratégie sont de préserver la paix, nos valeurs, le libéralisme économique et la stabilité. »

Préserver la stabilité des multinationales, donc. Et contre quel ennemi ? Les auteurs fournissent quelques exemples de ce qu’il ne faut pas tolérer dans le tiers monde. Page 52 : « Nous avons des exemples moins importants d’aide non souhaitable : du Venezuela au régime cubain ». Le gendarme mondial s’arroge le droit d’intervenir partout contre tout pays posant des actes qui déplaisent aux multinationales.

Mais parmi tous les indésirables, quel est l’ennemi principal ? La réponse vient page 44 : « La Chine est en mesure de faire grand tort aux économies US et mondiale en s’appuyant sur ses énormes réserves en dollars. » Et page 52 : « La Chine est en mesure d’utiliser l’arme de la finance pour s’imposer en Afrique et acquiert la capacité de l’utiliser à beaucoup plus grande échelle - si tel est son choix. »

Voici donc les bons et les méchants bien définis. Le libéralisme a besoin de l’Otan pour s’imposer au monde entier. Et pour mener cette guerre économique, de quels moyens l’Otan devrait-elle disposer ?

Le droit international et l’ONU jetés par-dessus bord
En fait, les cinq généraux se sentent frustrés. Page 76 : « L’un des principaux problèmes dans la conception stratégique actuelle de l’alliance atlantique est que ses actions restent essentiellement réactives plutôt que préventives, et sont limitées à des moyens militaires. » Page 91 : « Or une stratégie ambitieuse doit comprendre l’utilisation bien intégrée de tous les leviers disponibles, qu’ils soient politiques, économiques, militaires, culturels, sociaux, moraux, spirituels ou psychologiques. »

Nous y voilà ! La Bande des Cinq entend déborder de ses tâches militaires et exercer une emprise sur le fonctionnement de la société civile. Au moins, le droit sera-t-il respecté par ce nouveau gouvernement mondial ? On en doute fortement... Pages 94-95 : « Un autre principe à respecter est la légalité. Toute action doit être légitime, autorisée et respecter le droit international. Voilà qui peut représenter un handicap considérable lorsque l’adversaire n’a aucun respect pour quelque loi que ce soit, mais agir différemment signifierait en fin de compte appliquer la loi de la jungle et miner notre propre crédibilité. Pourtant ce principe n’empêche pas qu’il faille adapter le droit international existant à un contexte international en constante évolution... »

Dans cette citation, les premières phrases servent de pommade, le véritable contenu vient à la fin : ’adapter’ le droit signifie en réalité le violer, nier les principes proclamés jusqu’à présent. Après Abou Ghraib, Guantanamo, la torture, les assassinats de chefs d’Etat, les vols clandestins et les prisons secrètes de la CIA, nous propose-t-on de combattre ces violations du droit ? Non, on propose de les légaliser en ’adaptant’ le droit.

Il faut rappeler que déjà les deux guerres contre l’Irak et celle contre la Yougoslavie ont violé le droit international, la charte de l’ONU et même la propre Charte de l’Otan. Mais, précisément, c’est de la légalité internationale que les Cinq veulent se débarrasser. Page 104-105 : « L’approbation des Nations - Unies peut ne pas être nécessaire selon l’article 51 de la Charte des Nations - Unies (légitime défense) et il est peut-être possible d’y renoncer au terme de la Convention sur le génocide. »

« Vive la guerre préventive » ! Même nucléaire

On sera d’autant plus inquiet en lisant page 96 : « Ce qu’il nous faut, c’est une forme de dissuasion par refus proactif, où la préemption est une forme de réaction en cas de menace imminente et la prévention une tentative pour reprendre l’initiative et mettre fin au conflit. »

’Défense proactive’, dans le jargon des militaires, désigne la guerre préventive bien que celle-ci soit interdite par le droit international. Ce terme revient sans cesse dans le document des Cinq. George W. Bush avait déjà invoqué une ’guerre préventive’ contre le terrorisme. Comme Hitler en son temps. Car les agresseurs se réfugient souvent le prétexte de prévenir un danger. En réalité, le droit international a toujours interdit explicitement les guerres prétendument préventives. Mais les craintes ne s’arrêtent pas là...

Page 94 : « A première vue, l’arme nucléaire peut sembler disproportionnée ; mais si l’on tient compte des dommages qu’elle prévient, il est possible qu’elle soit raisonnable. » Ici, éclate toute l’immoralité des cinq bandits. La guerre nucléaire est une atrocité et l’humanité n’a cessé de réclamer le démantèlement de ces armes de destruction massive. Voici qu’on prétend les justifier. Avec une hypocrisie qui ne peut tromper personne : ’prévenir des dommages’. Totalement flou et sans doute raciste : la vie des peuples adversaires ne vaut rien.

La vérité est que ces généraux criminels, constatant que les bombardements classiques ne suffisent pas à briser les résistances, et que les guerres terrestres sont coûteuses et périlleuses pour les envahisseurs, ces généraux criminels avancent l’arme nucléaire comme solution au problème d’hégémonie mondiale des multinationales.

« Préparer les esprits »

On le voit, la marchandise que la Bande des Cinq prétend nous vendre est totalement pourrie et avariée. C’est pourquoi, prévoyants, ils comptent travailler l’opinion par des campagnes de propagande à long terme. Page 104 : « Ces mesures doivent s’accompagner d’efforts proactifs et coordonnés de communication dans les médias (...) Par ailleurs, cette campagne médiatique pourrait préparer les esprits à une intervention armée. »

’Préparer les esprits’ ! Bien sûr, ce n’est pas nouveau... Tirant le bilan de la guerre contre la Yougoslavie (en 1999), qui fut le festival le plus réussi de la désinformation organisée, un général de l’Otan avouait, après la guerre, que de fausses informations avaient été systématiquement balancées, tandis que les informations gênantes étaient écartées ou marginalisées pour « anesthésier les opinions ». Il résumait ainsi la philosophie de l’Otan : « L’opinion, ça se travaille, comme le reste. » [9]. A chaque guerre, d’ailleurs, les généraux occidentaux engagent des spin doctors, c’est-à-dire des agents publicitaires pour vendre leur guerre et manipuler l’opinion. Mais cette fois, on va beaucoup plus loin, il s’agit de toute une campagne à long terme pour conditionner l’opinion...

Page 129 : « Il faut par conséquent que l’OTAN développe une stratégie d’information qui doit servir trois objectifs simultanément. Elle doit persuader le monde que l’OTAN est une force du bien. Elle doit se déployer avant que les adversaires commencent à répandre leurs informations, c’est-à-dire que l’OTAN doit imposer sa domination en matière de relations publiques. Elle doit gagner le coeur et l’esprit des habitants des pays de l’OTAN (à la justesse de l’attitude de l’alliance atlantique) mais aussi des populations dans les pays où se passe l’intervention armée. »

« Imposer sa domination en matière de relations publiques ». L’information est conçue comme une guerre qui se gagne en éliminant les forces de l’adversaire. Il ne s’agit pas ici d’accusations gratuites : l’armée US a bombardé et emprisonné des journalistes d’Al-Jazeera, l’Otan a bombardé la télévision de Belgrade (17 tués), le Pentagone a préparé des plans pour éliminer les informations gênantes sur Internet dont le caractère démocratique dérange considérablement.

Un plan de dictature mondiale

Au début de leur document, les cinq généraux annonçaient « des pistes pour surmonter une rivalité avec l’U.E. » Comment vont-ils s’y prendre ? En fait, ils utilisent le cadre de l’Otan pour organiser la soumission de l’U.E. aux volontés de Washington...

Page 137 : « Nous considérons que les forces multinationales sont la clé d’une modernisation rapide et peu onéreuse des forces de l’OTAN, mais nous soulignons que cette option n’est possible que si les Etats membres acceptent sans restriction que ces forces seront à la disposition de l’OTAN pour toute opération autorisée par le Conseil de l’OTAN. » Traduction : on obligera les armées européennes à obéir aux décisions de l’Otan (actuellement, l’unanimité est requise).

Le plan des Cinq procure trois avantages aux Etats-Unis : 1. Intégrer des forces européennes dans leurs guerres. 2. Reporter les coûts sur les alliés. 3. Partager aussi l’impopularité.

Le caractère antidémocratique des Cinq se manifeste clairement page 139 : « Nous choisissons de ne pas formuler nos propositions pour la réforme de l’UE de façon aussi détaillée que pour l’OTAN, et ceci pour deux raisons : tout d’abord un nouveau traité qui vient remplacer la ’constitution’ désormais condamnée est actuellement adopté en douce, de façon à éviter de consulter les populations. »

Leur plan vise bien à rendre impossible toute opposition. Page 144 : « Afin d’éliminer toute source d’irritation, il pourrait être décidé que c’est toujours d’abord au sein de l’OTAN qu’un point sera traité et que les membres de l’OTAN qui sont aussi membres de l’UE s’engagent à ne pas s’écarter du vote posé à l’OTAN quand le point est abordé dans des instances européennes. » Donc, une fois que l’Otan aura décidé, un pays européen n’aura plus le droit de s’opposer.

En conclusion, ce plan de la Bande des Cinq, préparé par des gens qui ont été au sommet du pouvoir militaire mondial, indique une tendance significative dans cette élite. Leur plan de super - gouvernement mondial à trois (dominé en réalité par les Etats-Unis) jetterait à la poubelle tout vestige du droit international, légitimerait la guerre préventive et les armes nucléaires, organiserait la manipulation systématique des opinions. C’est un plan de nature fasciste.

Voilà une des deux options auxquelles l’élite des Etats-Unis pense actuellement pour résoudre ses problèmes. L’autre est incarnée notamment par Zbigniew Brzezinski dont nous avons parlé plus haut...

« L’impérialisme intelligent » ?

Les stratèges militaires US distinguent trois types de guerres qu’ils peuvent déclencher : 1. Les guerres de haute intensité. Il s’agit des affrontements entre grandes puissances du type des deux guerres mondiales. 2. Les guerres de moyenne intensité. Elles comportent aussi un engagement militaire US direct mais contre des puissances beaucoup plus faibles. Comme l’Irak ou la Yougoslavie. 3. Les guerres de basse intensité. Elles ne comportent pas d’engagement militaire direct des Etats-Unis. Ceux-ci s’arrangent pour se faire battre les autres. Ils provoquent des conflits entre pays voisins, ou à travers des mouvements paramilitaires ou terroristes.

Trompeur, le terme ’basse intensité’ peut donner l’impression que les dégâts sont moindres. En réalité, ils ne sont moindres que pour les Etats-Unis. Ainsi, la guerre dite de ’basse intensité’ que Washington a déclenchée contre le Congo (à travers les armées du Rwanda et de l’Ouganda voisins, et diverses milices) a fait cinq millions de morts et elle a paralysé le développement du Congo.

La stratégie Brzezinski, à la différence de Bush, privilégie ces guerres de basse intensité. Elle n’est donc nullement plus morale, mais se veut juste plus intelligente.

Mais Brzezinski propose aussi de recourir à d’autres formes d’intervention. Souvent, on ne pense qu’à la forme la le plus visible de l’agression : l’intervention militaire des Etats-Unis. En réalité, ils disposent de toute une panoplie. Si on veut établir une typologie complète, dans l’ordre d’intensité, on doit compter les formes suivantes : 1. Corruptions des dirigeants locaux. 2. Chantages sur ces dirigeants locaux. 3. Campagnes médiatiques de diabolisation. 4. Déstabilisations diverses. 5. Embargos et blocus commerciaux. 6. Coups d’Etat. 7. Provocations de séparatismes. 8. Guerres par intermédiaires. 9. Bombardements. 10. Occupations terrestres. Toute une gamme de méthodes, on le voit, et qui peuvent évidemment se combiner, mais qui constituent toutes des agressions. Bien sûr, tous les gouvernements US recourent à l’ensemble de ces méthodes, et pas seulement à certaines. Mais le dosage et les financements diffèrent.

Après les crimes commis par Bush, on pourrait être tenté de se réjouir de voir un changement de méthodes. En réalité, si Washington décide de changer ses tactiques, il ne s’agira pas de pacifisme, mais seulement de rendre la brutalité moins visible. Il faut rappeler que Brzezinski, c’est l’homme qui a financé ben Laden en Afghanistan pour piéger l’Union soviétique dans une guerre de longue durée, coûteuse et briser son alliance avec le monde musulman. Brzezinski est très fier de son succès et ne manque pas une occasion de le rappeler.

Si les Etats-Unis décident d’appliquer la stratégie Brzezinski, il y aura sans doute moins de guerres directes. Et elles se feront le plus possible en concertation avec les alliés. Ce qui permettra également de mieux soigner l’image médiatique et la manipulation de l’opinion.

Et surtout, en faisant travailler davantage la CIA, on s’efforcera de remplacer les guerres menées directement par les Etats-Unis par des guerres ’indirectes’. Faire se battre des pays voisins en soutenant ’le bon’ sous toutes sortes de bons prétextes. Ce fut la méthode employée avec succès par Clinton contre la Yougoslavie.

La méthode Brzezinski présente deux avantages pour les Etats-Unis : 1. Elle leur redonne un aspect plus présentable, pour rétablir leur autorité morale. 2. En versant moins d’argent au complexe militaro-industriel, elle permet d’aider davantage l’économie US pour renforcer sa position concurrentielle face à l’Europe, la Chine, l’Inde, etc...

Pour économiser sur les guerres, la stratégie Brzezinski recourt davantage aux chantages et aussi à l’action clandestine. Les chantages peuvent passer, notamment, par l’utilisation des instruments du contrôle économique global comme la Banque Mondiale, le FMI et l’OMC. Institutions multilatérales mais dominées par les Etats-Unis et permettant de dicter leurs volontés au tiers monde d’une manière apparemment plus objective. Mais ce ne sera pas facile car la Banque Mondiale et le FMI ont accumulé tant de haines là où ils sont passés que les pays ont cherché des alternatives. L’idée d’une Banque du Sud, lancée par Chavez, fait son chemin...

L’action clandestine, c’est-à-dire la CIA, devrait aussi être utilisée davantage. Elle permet de se débarrasser des gouvernements gênants avec des investissements bien moindres.

Voilà pourquoi les tenants de la stratégie de Brzezinski se définissent comme partisans d’un ’soft power’ ou ’impérialisme intelligent’. Le danger, avec ce soft power, serait que la gauche se réjouisse d’être débarrassé de Bush et diminue sa vigilance parce qu’il y aurait - pendant un certain temps - moins de guerres directes. De sorte que le mouvement anti-guerre international, qui connaît une crise évidente, riposterait encore moins face aux stratégies plus discrètes de l’Empire.

De toute façon, cet Empire ne deviendra pas pacifique. Tôt ou tard, il relancera des guerres à la Bush. Parce qu’en fait, l’élite US pratique un cycle d’alternance entre les deux options...

Les présidents passent, les multinationales restent

Elles ne sont pas nouvelles, ces deux options, militariste ou ’intelligente’. Et il ne s’agit pas d’une opposition entre républicains et démocrates. Parce que ces deux partis ne représentent pas ’la guerre’ et ’la paix’, mais seulement des électorats différents, et des tactiques différentes, et toujours au services des multinationales. Ainsi, ce n’est pas un républicain, mais bien un démocrate, Harry Truman, qui a déclenché la guerre en 1950 contre la Corée et la Chine. Ce n’est pas un républicain, mais bien un démocrate, John Kennedy, qui a commencé la guerre contre le Vietnam en 1961.

Et ce n’est pas non plus un vote populaire contre un vote bourgeois. Les multinationales US financent toujours les deux candidats, plaçant leurs oeufs dans les deux paniers. Mais on peut juger leurs préférences aux montants versés. Au début des années 90, les multinationales investissent des deux côtés, mais privilégient Clinton et les démocrates à 58 %. A partir de 1996, au contraire, elles misent sur les républicains à 67 %. Aux présidentielles de 2000, c’est Bush qui est financé massivement. Et déclaré élu bien que le scrutin ait désigné son rival Gore. Par contre, à la présidentielle de 2008, les multinationales changent à nouveau de côté et financent davantage Obama que son rival McCain.

De toute façon, le même président peut changer de politique. Après la chute de l’URSS et la fin de la guerre froide, Bill Clinton a d’abord baissé les budgets militaires et les commandes au complexe militaro-industriel dans l’espoir de relancer la machine économique US en général. Mais, bien que la décision soit passée quasiment inaperçue, le même Clinton, en fin de mandat, a effectué un virage : « Le budget militaire des Etats-Unis doit augmenter de 70 % » [10] Ce qui confirme ce qui a été dit plus haut : les grandes décisions politiques ne dépendent pas du caractère de tel ou tel président, mais bien de stratégies décidées plus haut. Les présidents passent, les multinationales restent.

La politique US alterne les méthodes

Donc, on parlera plutôt d’une alternance dans la politique des Etats-Unis. Après chaque grand revers, on constate un retour, temporaire, au ’soft power’.

Après la défaite du Vietnam et la réprobation morale envers les dictatures installées par Washington en Amérique latine, les multinationales US ont porté à la présidence le gentil pasteur Jimmy Carter avec de merveilleux discours sur les droits de l’homme. Après la guerre froide et la première guerre contre l’Irak, le président Clinton s’est efforcé d’embarquer les Européens dans ses guerres et il a soigné la présentation médiatique. En fait, pour essayer de résoudre ses problèmes, la bourgeoisie US a constamment hésité entre les deux options. Ou plutôt, elle les a alternées : un peu plus de bâton, un peu plus de carotte. Mais ses choix deviennent de plus en plus difficiles. Car aucune méthode ne résout vraiment les problèmes.

A présent, après le désastreux bilan de Bush, cette bourgeoisie US hésite entre les deux options. Ou bien la fuite en avant, c’est-à-dire la guerre tous azimuts. Ou bien un repli tactique, reculer pour mieux sauter et réorganiser les méthodes d’action. La question n’est pas tant de savoir quel président elle choisit, mais bien quelle stratégie.

De toute façon, on n’est pas certain que la stratégie Brzezinski soit, au final, moins brutale que celle de Bush. Il est vrai qu’en 2008, il a critiqué publiquement le président en disant qu’il était stupide de vouloir attaquer l’Iran, parce qu’il ne pouvait pas gagner et qu’une guerre serait nuisible à la situation d’Israël, au prix du pétrole, et donc à l’économie US. Mais certains analystes pensent que Brzezinski veut ménager l’Iran parce qu’il espère retourner ce pays et le faire participer un jour à un encerclement de la Russie. Voilà la puissance qui reste la bête noire, l’obsession de l’auteur du Grand Echiquier. Certains pensent que Brzezinski vise toujours à encercler et affaiblir complètement la Russie, quitte à en découdre avec elle. Sans oublier la Chine, devenue manifestement une cible majeure. Dans cette hypothèse, le soft power se transformerait en une apocalypse now.

Leurs solutions aggravent le problème

Que la bourgeoisie US soit divisée sur la ligne à suivre, découle du fait que les Etats-Unis ne sont finalement pas si puissants qu’on le croit. Ni sur le plan économique, ni sur le plan militaire. A chaque fois que les dirigeants des Etats-Unis ont cru avoir trouvé une solution, il s’est avéré après un certain temps que cette solution aggravait le mal.

Par exemple, dans les années 80, pour échapper à la récession, les multinationales US ont foncé sur l’Amérique latine et d’autres régions du tiers monde, faisant main basse sur leurs matières premières, leurs entreprises, leurs marchés. Mais comme cette offensive néolibérale a tellement appauvri ces pays, elle a provoqué des catastrophes économiques, donc des résistances de plus en plus fortes et l’Amérique latine a viré à gauche. A partir de 1989, Washington a déclenché une guerre globale pour s’assurer le contrôle absolu du pétrole. Mais le pétrole lui a échappé de plus en plus. A partir de 2001, Bush a déclenché sa guerre contre le prétendu Axe du Mal, mais il n’a réussi qu’à renforcer les résistances dans toutes les régions.

Les Etats-Unis paraissent très forts, mais le sont-ils vraiment ? Avec tous leurs dollars, toutes leurs technologies et tous leurs crimes, ils ont perdu la guerre de Corée (1950) et celle du Vietnam (1961-1975), ils ont dû se replier du Liban (1982) et de la Somalie (1993), ils n’auraient sans doute pas gagné en Yougoslavie (1999) si le président Milosevic avait accepté les combats terrestres, et ils ont d’ores et déjà perdu en Irak et en Afghanistan, même s’ils ne le reconnaissent pas encore. Ne sont-ils pas, effectivement, comme on dit, un ’tigre en papier’ ? Sur le long terme, les peuples qui défendent leurs richesses et leur avenir, ne sont-ils pas plus forts que les dollars et les missiles ?

Les Etats-Unis ont beau dépenser à eux seuls plus que toutes les autres nations du monde ensemble pour les budgets militaires, cela ne réussit plus à leur assurer la suprématie mondiale. Ils sont eux-mêmes victimes, si l’on peut dire, de leur contradiction fondamentale : tout ce qu’ils font s’oppose aux intérêts de l’immense majorité des habitants de cette planète, ils créent donc eux-mêmes la force qui les abattra.

Une armée ne peut pas être plus forte que l’économie qui la finance. Et la faiblesse fondamentale qui empêchera les dirigeants US d’atteindre leur but, c’est que l’économie US scie la branche sur laquelle est assise. En sous-payant ses travailleurs, en délocalisant une partie de sa production, en ruinant les pays du tiers monde qui devraient être ses partenaires, elle ne cesse d’appauvrir ceux à qui elle est censée vendre.

Ce problème, aucune des deux options, ni la militariste, ni l’ ’intelligente’ ne pourra le résoudre. Les militaristes augmentent les dépenses et les résistances. Les ’intelligents’, s’ils diminuent la terreur diffusée par la guerre directe, encouragent aussi la résistance.

Quelle que soit la tactique choisie, les Etats-Unis continueront à porter la guerre partout dans le monde. Pour imposer leur système économique et leurs intérêts. Il est urgent de recréer un puissant mouvement pour la paix et la souveraineté des peuples.

Michel COLLON
1er septembre 2008

Publié le 19 septembre 2008 par Le Grand Soir.


[1] John E. Peters, etc, War and escalation in South Asia, PDF
[2] New York Times, 3 avril 2008.
[3] Le Monde, AFP, Reuters, Le Figaro, 21 avril 2008.
[4] Corriere della sera, 21 avril 2008.
[5] Michel Collon, Monopoly, EPO, Bruxelles, 2000. Epuisé, voir copie gratuite à : Brzezinski.
[6] Le Soir (Belgique), 23 avril 2008.
[7] Project for a New American Century (PNAC), Rebuilding America’s Defenses, septembre 2000.
[8] Towards a grand strategy for an uncertain world, German Marshall Fund of the United States, GMFUS
[9] Nouvel Observateur (France), 1er juillet 1999.
[10] Clinton Remarks on US Foreign Policy, 26 février 1999.

Les liens entre l’économie et la guerre sont analysés dans le livre "Bush le cyclone". Ce livre répond notamment à la question "Qui commande à Bush ?" Et donc au prochain président.

Ces questions seront aussi abordées dans le prochain séminaire organisé par Investig’Action les 8 et 9 novembre.
Infos : Investig’Action

D’autres articles sur la politique internationale des Etats-Unis, la Russie, la Chine, l’UE, l’Irak, l’Afghanistan, Brzezinski, Obama... : Investig’Action

Voir aussi :
  • Etats-Unis, Le Grand Soir.
  • Impérialisme, Le Grand Soir.
  • La stratégie étasunienne, d’un président à l’autre

    L’unification allemande sous l’OTAN, la dissolution du Pacte de Varsovie et la désagrégation de l’Union Soviétique sont à la base, entre la fin des années 80 et le début des années 90, de profondes transformations dans la situation internationale : on passe de la guerre froide à l’après-guerre froide et les Etats-Unis, qui restent la seule superpuissance sur la scène mondiale, avec une supériorité militaire indiscutée, sont à la recherche d’une nouvelle motivation et définition de leur rôle stratégique et politique.

    Pendant l’administration du républicain Georges H. Bush

    La nouvelle stratégie étasunienne est tracée par le président Georges H. Bush (1989-1993) dans le discours qu’il a prononcé à Aspen, dans le Colorado, le 2 août 1990, quelques heures seulement après l’ouverture de la crise du Golfe, et s’inscrit sous le nom de National Security Strategy of the United States, publiée par la Maison Blanche en août 1991, soit six mois environ après la fin de la guerre du Golfe.

    La National Security Strategy of the United States s’ouvre sur l’énonciation des objectifs fondamentaux de la stratégie étasunienne de l’après-guerre froide : « L’âpre lutte qui a divisé le monde pendant plus de deux générations est arrivée à son terme. L’écroulement de la domination soviétique en Europe orientale signifie que la guerre froide est terminée, que sa question centrale est résolue. Nous sommes entrés dans une ère nouvelle, dont le profil aurait été inimaginable il y a seulement trois ans. Cette ère nouvelle offre un grand espoir, mais cet espoir doit être tempéré par l’incertitude encore majeure que nous avons devant nous. La guerre du Golfe nous a rappelé avec force qu’il y a encore des sources autonomes de turbulence dans le monde. La crise du Golfe a montré de quoi est aujourd’hui capable la communauté mondiale et, dans l’acte même d’affronter ce défi, la communauté mondiale s’est renforcée. J’espère que la crise du Golfe passera à l’histoire comme le creuset du nouvel ordre mondial. Il revient à l’actuelle génération, en Amérique et dans le monde, de mettre à profit ces extraordinaires possibilités. Pour ce faire, le leadership américain est indispensable. Nous devons travailler avec les autres mais nous devons aussi être un leader. Malgré l’émergence de nouveaux centres de pouvoir, les Etats-Unis restent le seul Etat avec une force, une portée et une influence en toutes dimensions – politique, économique et militaire- réellement mondiale. Il n’existe aucun substitut au leadership américain. Notre responsabilité, dans la nouvelle ère aussi, est d’importance cardinale et inéludable ».

    Six mois après la directive présidentielle, un document en provenance du Pentagone – Defense Planning Guidance for the Fiscal Years 1994-1999 – filtré dans le New York Times (8-03-1992), précise ce qui devait ne demeurer qu’implicite dans la déclaration présidentielle : « Notre premier objectif est d’empêcher l’émergence d’un nouveau rival, que ce soit sur le territoire de l’ex-Union Soviétique ou ailleurs, qui pose une menace de l’ordre de celle posée précédemment par l’Union Soviétique. Il s’agit là d’une considération dominante, sur la base de la nouvelle stratégie régionale de la Défense, qui requiert que nous opérions pour empêcher que n’importe quelle puissance hostile ne domine une région dont les ressources suffiraient, si elles étaient étroitement contrôlées, à engendrer une puissance mondiale. Ces régions comprennent l’Europe occidentale, l’Asie orientale, le territoire de l’ex-Union Soviétique et l’Asie sud-occidentale ».

    Le principe cardinal sur lequel est axée la définition des objectifs stratégiques à poursuivre dans la nouvelle situation internationale, énoncé au plus haut niveau par le président des Etats-Unis d’Amérique, et dans la plus grande officialité, est sans équivoque : dans le passage de la guerre froide à l’après-guerre froide les Etats-Unis doivent non pas redimensionner mais potentialiser leur leadership et, en en étendant la portée depuis l’Occident et ses alliés traditionnels à toute la communauté mondiale, la rendre globale. Le concept selon lequel les Usa demeurent « le seul Etat avec une force, une portée et une influence dans toutes les dimensions – politique, économique et militaire- réellement globales », que « le leadership américain est indispensable » qu’ « il n‘existe aucun substitut au leadership américain » et donc que « notre responsabilité, dans la nouvelle ère aussi, est d’une importance cardinale et inéludable », marque toute orientation et décision de politique étrangère ; et définit en même temps qui sont les amis et qui sont les ennemis, qui sont les alliés plus fiables et qui les moins fiables.

    Ce qui était défini pendant la guerre froide comme « menace globale », identifiée dans la puissance militaire et la politique étrangère de l’Union Soviétique, ayant disparu, les « menaces régionales », dans l’après-Guerre froide, sont vues à Washington non plus comme une émanation de l’influence soviétique mais comme des facteurs autonomes. La nouvelle stratégie étasunienne se focalise sur ceux-ci, sans toutefois perdre de vue la possibilité que les intérêts globaux des Etats-Unis puissent être mis en danger par la réémergence d’une grande puissance rivale.

    Les lignes directrices de la politique étrangère étasunienne se révèlent ainsi : en Europe occidentale, renforcer l’OTAN « comme forum transatlantique indispensable, comme canal de l’influence et de la participation étasunienne dans les affaires de la sécurité européenne » ; dans la zone de l’ex-Urss , « assurer qu’aucune puissance hostile ne soit en mesure de mettre les ressources sous son propre contrôle » en poussant les républiques, et en particulier l’Ukraine et la Russie, à « démilitariser ses sociétés, à convertir leurs industries militaires en production civile » qui deviennent ainsi « des démocraties pacifiques avec des économies de base de marché », dans un monde dominé militairement et économiquement par les Etats-Unis et l’Occident ; dans l’Est européen, « étendre aux Etats d’Europe centre-orientale des engagements sur la sécurité analogues à ceux qu’on a étendus aux Etats du Golfe Persique », donnant ainsi aux Etats-Unis le droit d’intervenir militairement ; au Moyen-Orient et en Asie sud-occidentale, « se maintenir activement engagés » afin de « rester la puissance extérieure prédominante dans la région et préserver l’accès étasunien au pétrole du Golfe » ; c’est-à-dire maintenir sous son contrôle militaire les plus grandes réserves pétrolières mondiales ; dans la zone du Pacifique et de l’Asie orientale, continuer à garder ses propres « responsabilités dans le domaine de la sécurité » de sorte que la puissance étasunienne continue à jouer la « fonction cardinale dans l’ équilibre régional », soit : conserver un rôle politico-militaire dominant dans ce qui constitue « la principale zone commerciale outre-mer de l’Amérique » ; en Amérique latine, fournir « un appui adéquat » aux « nations les plus gravement menacées par des forces de guérilla ou par les narco-terroristes », que la Maison Blanche ne corrèle pas par hasard dans la même catégorie de la délinquance commune à réprimer par des opérations de police.

    De ces documents officiels émergent les fondements du nouvel ordre mondial que les Etats-Unis veulent édifier, en tirant le plus grand avantage des nouveaux rapports de force déterminés par la désagrégation de l’Union Soviétique et la dissolution du Pacte de Varsovie. Le nouvel ordre mondial est conçu comme un système global centré sur le leadership étasunien, à l’intérieur duquel tout pays doit avoir un rôle en fonction des intérêts étasuniens. D’où le paramètre d’une stabilité conçue comme conservation et renforcement des facteurs sur lesquels s’appuie le leadership étasunien, et celui d’une sécurité nationale qui, passant par delà les frontières, englobe toute région du monde en tant que toute région est importante dans une mesure variable pour les intérêts étasuniens. D’où la justification de l’emploi des forces armées étasuniennes partout où surgissent, dans le monde entier, des facteurs d’instabilité, qui puissent mettre en danger la stabilité nécessaire aux intérêts et au leadership mondial des Etats Unis d’Amérique.

    Pendant l’administration du démocrate William J. Clinton

    Les lignes directrices politico-stratégiques élaborées et appliquées pendrant l’administration du républicain Georges H.W. Bush sont suivies et appliquées sans rupture pendant l’administration du démocrate William J. Clinton (1993-2001).

    Dans la National Security Strategy of Engagement and Enlargement, publiée par la Maison Blanche en février 1996, on affirme que « la force militaire reste un élément indispensable de notre puissance nationale : les forces armées étasuniennes sont fondamentales pour le succès de notre stratégie ». On souligne ainsi que les Etats-Unis possèdent « d’inégalables capacités militaires : ils sont l’unique nation en mesure de conduire des opérations militaires efficaces à grande échelle et à une grande distance de leurs frontières ». Puisque « le besoin de leadership américain à l’étranger demeure plus fort que jamais », le devoir primaire des forces armées étasuniennes est celui d’ « être déployées ou stationnées dans des régions clé d’outre-mer » dans le but de « promouvoir les intérêts stratégiques étasuniens ».

    Dans la National Security Strategy for A New Century, publiée par la Maison Blanche en mai 1997, l’objectif poursuivi est annoncé de façon encore plus explicite : “ Nous devons être préparés et motivés pour utiliser tous les outils appropriés de notre puissance nationale pour influencer les actions d’autres Etats et de sujets non étatiques ». Ce concept est clarifié ultérieurement dans la National Security for A New Century, publiée par la Maison Blanche en décembre 1999 : « Les Etats-Unis doivent exercer leur leadership à l’étranger s’ils veulent être sûrs à l’intérieur ». Pour exercer le « leadership global », ils doivent « consacrer les ressources nécessaire aux secteurs militaire et diplomatique et à celui du renseignement (intelligence) ». En particulier, ils doivent être en mesure de « combattre et gagner deux guerres majeures, conduites simultanément sur deux terrains d’opérations de guerre éloignés ». Une telle capacité – souligne-t-on - « rassure nos amis et alliés et augmente le pouvoir attractif des coalitions avec les Etats-Unis ».

    On fait référence ici en premier lieu à l’Alliance atlantique. Avec la fin de la guerre froide et la dissolution du Pacte de Varsovie et de l’Union Soviétique même, a disparu la motivation de la « menace soviétique » qui avait jusqu’alors tenu la cohésion de l’OTAN sous le leadership indiscuté des Etats-Unis : le danger existe donc que les alliés européens ne fassent des choix différents voire ne retiennent que l’OTAN devient inutile dans la nouvelle situation géopolitique qui s’est instaurée dans la région européenne. D’où la nécessité pour Washington de redéfinir non seulement la stratégie de l’Alliance mais son rôle même.

    Pendant l’administration du républicain Georges W. Bush

    L’offensive militaire et politique lancée par les USA pendant l’administration de Georges W. Bush (2001-2008) va être motivée par l’attaque terroriste du 11 septembre 2001 à New York et Washington (dont la version officielle ne tient pas à l’épreuve des faits). En réalité le 11 septembre imprime une accélération à des processus préexistants, à des stratégies et politiques déjà en acte.

    Dans le Quadrennial Defense Review Report, publié par le Département de la Défense le 30 septembre 2001, deux semaines et demi à peine après le 11 septembre, est réaffirmé le concept selon lequel les Etats-Unis, « en tant que puissance globale ont d’importants intérêts géopolitiques dans le monde entier, ont des intérêts, des responsabilités et des engagements qui embrassent le monde ». Dans le même rapport on réaffirme le critère stratégique, énoncé presque dix ans avant, que les Etats-Unis doivent « empêcher que toute puissance hostile ne domine une région dont les ressources, si elles étaient étroitement contrôlées, suffiraient pour générer une puissance mondiale ». « Même si les Etats-Unis, dans un avenir proche, n’auront pas face à eux un rival de force égale – affirme le Quadrennial Defense Review Report 2001- la possibilité existe que des puissances régionales ne développent des capacités suffisantes pour menacer la stabilité de régions cruciales pour les intérêts étasuniens ».

    Le rapport, qui sort une semaine avant le début de la guerre en Afghanistan, précise donc : « L’Asie, en particulier, est peu à peu en train d’émerger comme région susceptible de compétition militaire à grande échelle. La possibilité existe qu’émerge dans la région un rival militaire avec une formidable base de ressources ». Référence claire à la Chine qui, seule ou en coalition avec la Russie et éventuellement d’autres pays, peut devenir la puissance globale en mesure de défier les Etats-Unis.

    Ce même rapport officiel du Pentagone énonce donc quelles sont les véritables motivations de l’occupation de l’Afghanistan. L’Asie centrale – que les Etats-Unis essaient de détacher définitivement de Moscou, en amenant dans leur propre sphère d’influence les républiques ex-soviétiques et en y installant leurs propres bases militaires – est une zone d’une immense importance, que ce soit par les grosses réserves de pétrole et de gaz naturelle de la Caspienne (sur laquelle donnent le Kazakhstan et le Turkménistan) ou par sa proximité des réserves pétrolières du Golfe.

    C’est pour ces mêmes raisons que l’Irak est occupé immédiatement après. Le but stratégique ressort clairement d’un document publié par le Project for the New American Century, pendant l’administration Clinton en septembre 2000. Celui-ci établit que, « alors que le conflit non résolu avec l’Irak fournit la justification immédiate, l’exigence de garder dans le golfe une force militaire consistante dépasse la question du régime de Saddam Hussein », étant donné que le Golfe est « une région d’importance vitale » dans laquelle les Etats-Unis doivent avoir « un rôle permanent ». C’est donc le même groupe de pouvoir, celui qui en janvier 2001 formera le noyau de l’administration Bush, qui déclare que le conflit avec le régime de Saddam Hussein ne constitue pas la question centrale, mais simplement « fournit la justification immédiate » de la stratégie visant à assurer aux Etats-Unis « un rôle permanent » dans la « région d’importance vitale » qu’est le Golfe Persique. La stratégie dont Georges W. Bush devient l’exécuteur sera décidée, avant qu’il n’arrive à la présidence, par le groupe des « faucons » qui assumera un rôle dominant dans son administration.

    A ce même moment va être redéfinie la figure de l’ennemi. L’ennemi à combattre, déclare le président Bush trois jours après le 11 septembre, est « un ennemi différent de celui que nous avons toujours affronté, un ennemi qui se cache dans l’ombre, qui a attaqué non seulement notre peuple, mais tous les gens qui aiment la paix n’importe où dans le monde : la liberté et la démocratie sont attaquées ». C’est ainsi que commence la « guerre globale contre le terrorisme », catégorie multiforme dans laquelle peut être corrélé n’importe quel Etat ou entité non étatique désigné comme dangereux pour les intérêts étasuniens.

    Le président des Etats-Unis va être autorisé, au nom de la lutte contre le terrorisme, à mener une guerre non seulement contre des organisations ou des personnes mais contre des nations entières, dont la culpabilité est déterminée par le président lui-même, qui émet la sentence sans procès ni possibilité d’appel et en ordonne l’exécution immédiate au moyen de la guerre.

    « Les forces armées étasuniennes – souligne le Quadrennial Defense Review Report - doivent garder la capacité, sous la direction du Président, d’imposer la volonté des Etats-Unis à n’importe quel adversaire, y inclus des Etats et des entités non étatiques, de changer le régime d’un Etat adversaire ou d’occuper un territoire étranger jusqu’à ce que les objectifs stratégiques étasuniens ne soient réalisés ».

    Une ligne de continuité dans la politique de guerre

    Sur la base de cette stratégie, les administrations qui se sont succédées depuis la fin de la guerre froide, indépendamment de leur signe politique, ont continué à développer la machine de guerre étasunienne, y compris dans le secteur des forces nucléaires. Le budget du Département de la Défense, augmenté d’environ 75% depuis 2001, dépasse, pour l’année fiscale 2009, les 515 milliards de dollars, à quoi s’ajoutent au moins 70 milliards pour les guerres en Irak et Afghanistan. Une telle dépense, calculée nette d’inflation, est la plus haute qu’on ait jamais enregistrée depuis la fin de la Seconde guerre mondiale jusqu’aujourd’hui. Elle se monte presque à la moitié de la dépense militaire mondiale. Mais ce n’est pas tout : en ajoutant les autres dépenses de caractère militaire, elle atteint quasiment les 800 milliards de dollars, soit un quart du budget fédéral total.

    Ceci permet aux Etats-Unis de « déployer rapidement des forces et d’assurer une nouvelle présence militaire globale pour affronter les défis du 21ème siècle ». C’est dans cet objectif que s’opère le « réalignement » des plus de 800 bases et autres sites militaires que les Usa ont à l’étranger, de façon à avoir une « plus grande flexibilité stratégique ». C’est dans ce cadre qu’on trouve le réalignement des bases Usa en Europe vers le sud et vers l’est. Ces bases constituent les Forward Operative Sites (sites opérationnels avancés) qui, « gardés au chaud avec une présence militaire étasunienne limitée à caractère rotatoire », sont rapidement « expansibles » pour des opérations militaires à grande échelle dans une vaste zone comprenant, outre l’Europe orientale, la Méditerranée, le Moyen-Orient et l’Afrique. Dans la ligne de mire des pouvoirs forts que contrôlent l’administration étasunienne, quelle que soit son signe politique, il y a maintenant l’Iran.

    Autre fruit de la politique bipartisane conduite par les administrations étasuniennes, l’expansion de l’OTAN vers l’est. Elle avait déjà commencée sous l’administration Clinton, avec l’entrée dans l’OTAN de Pologne, Hongrie et République Tchèque, auparavant membres du Pacte de Varsovie. Mais c’est l’administration de Georges W. Bush, dans ces deux mandats, qui a été le principal artisan de l’opération. En 2004, l’OTAN a englobé l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie (ex-membres de l’URSS) ; la Bulgarie, la Roumanie, la Slovaquie (ex-membres du Pacte de Varsovie) ; la Slovénie (ex-membre de la Yougoslavie). En 2008, le Sommet de Bucarest a décidé l’entrée de l’Albanie et de la Croatie et, sous peu, celle de l’ex -république yougoslave de Macédoine. Par la suite, devraient entrer successivement l’Ukraine et la Géorgie (ex-membres de l’Union Soviétique), la Bosnie-Herzégovine et le Monténégro (ex-membres de la Yougoslavie). Ce qui est perçu par la Russie comme une menace à son égard.

    S’ajoute à cela le plan étasunien d’étendre à l’Europe le « bouclier » anti-missiles. Le plan prévoit l’installation des dix premiers missiles intercepteurs en Pologne et une station radar en République Tchèque. Le système est loin d’être fiable mais si un jour les Etats-Unis arrivaient à réaliser un bouclier « fiable », ils seraient en mesure de lancer des first strike contre un pays doté lui aussi d’armes nucléaires, en se fiant à la capacité du « bouclier » de neutraliser ou d’atténuer les effets de représailles. Il est clair que les installations qui sont prévues en République Tchèque et en Pologne ne sont que les premières d’une série d’installations radar et balistiques que le Pentagone veut déployer en Europe. C’est pour cela que la Russie s’y oppose, et prépare des contre-mesures militaires. L’Europe revient ainsi en première ligne dans ce qui risque de devenir une nouvelle guerre froide, différente mais non moins dangereuse que la précédente. Mais c’est justement ce qu’on veut à Washington. Ce n’est qu’en maintenant un état de tension que les Etats-Unis peuvent justifier leur présence militaire en Europe.

    Manlio DINUCCI

    Publié le 27 septembre 2008 par Le Grand Soir.
    Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio.
    A paraître dans Guerra e Pace, Rivista di informazione internazionale alternativa (N° 150, septembre/octobre 2008).

    30 septembre 2008

    Accords de Munich de 1938

    IARMOLENKO Valeri, Accords de Munich de 1938 : Moscou ouvre ses archives secrètes, RIA Novosti
    Ils témoignent de la pression sans précédent que la Grande-Bretagne et la France ont exercée sur la Tchécoslovaquie, en exigeant qu'une partie du territoire tchécoslovaque soit rattachée à l'Allemagne.

    "Les documents obtenus après la conclusion des Accords de Munich sont particulièrement précieux. Ils analysent la situation qui s'est formée en Europe après la signature de ces accords. Ils mettent clairement à jour la position de la Grande-Bretagne, qui a tenté d'entraîner l'Allemagne et l'URSS dans des hostilités actives", a souligné M. Sotskov dans une interview à RIA Novosti.


    KRAMNIK Ilia, Les Accords de Munich : à qui la faute ?, RIA Novosti
    Les tentatives pour réviser les résultats de la Seconde Guerre mondiale et rechercher de nouveaux responsables sont aujourd'hui "de bon ton" dans de nombreux pays d'Europe orientale. En cherchant à classer l'Union soviétique parmi les agresseurs, les révisionnistes considèrent d'habitude la date de la signature du pacte Molotov-Ribbentrop (ou pacte germano-soviétique) comme point de départ de "l'avant-histoire" de cette guerre, en accusant les dirigeants soviétiques d'avoir "délié les mains" de l'agresseur. Cependant, en mettant sans cesse l'accent sur l'été 1939, ils oublient très souvent les événements survenus l'année précédente, en 1938, connus dans l'Histoire sous le nom d'Accords de Munich.


    Commentaires : Tous les commentaires visent à justifier l'injustifiable, la signature du pacte germano-soviétique.

    Revue de presse USA

    Daily Show

    Source : Dailymotion


    Audio-Vidéo :
  • Daily Show (émission satirique américaine qui tourne en dérision l'actualité du moment par une parodie de journal télévisé), Dailymotion
  • L’erreur de la Chambre des représentants ?, France Info
    Pris à contre-pied, les milieux économiques perdent toute confiance dans le système, délégant au politique leur survie. Comment sauver donc le système bancaire sans cautionner les dérives de ses acteurs ?


    Quand la faillite américaine devient aussi une faillite politique, Marianne
    Cette affaire nous amène à voir d'un jour nouveau la démocratie américaine, si souvent présentée en modèle pour sa transparence et sa sophistication. Elle apparaît avec cette affaire comme un système incapable de fonctionner en temps de crise, incapable de prendre des décisions douloureuses, incapable de penser collectif et de soumettre les intérêts de quelques uns à la moindre discipline collective.

    Cette incroyable défaillance du congrès est finalement de la même nature que la crise financière. C'est la même crise qui a gagné le système politique. La crise de l'individualisme, la crise du courtermisme, la crise du dogmatisme idéologique, la crise culturelle d'un peuple tellement sûr de lui qu'il ne peut pas imaginer pouvoir faillir.


    Après le rejet du plan Paulson, le krach boursier, Chronique Agora
    Le Congrès américain aurait donc voulu signifier à l'administration Bush qu'une nouvelle ère venait de s'ouvrir ? En tout cas, il a rejeté de façon cinglante un plan de sauvetage mal ficelé, présenté comme le seul rempart face à une catastrophe longtemps niée mais qui devient soudain la plus impérieuse des menaces.

    Ainsi, en ce lundi 29 septembre, le vieux ressort de la peur, le recours au mécanisme de la réaction instinctive et viscérale aurait cessé de fonctionner. Plus question de bombarder les plus prestigieuses firmes de Wall Street de liquidités comme les palais et casernes de Saddam Hussein de missiles à la mi-mars 2003.

    L'Irak fut pris sous un déluge de feu suite à la production de faux rapports sur des armes de destruction massive menaçant les Etats-Unis. Imaginez-vous un seul instant que l'ex-allié des USA ait jamais eu les moyens de faire trembler simultanément Wall Street, la City de Londres, Hong Kong et les piliers de la finance helvétique ou germanique sur leurs bases ?

    Les banques américaines, en revanche, possédaient tout un arsenal de "destruction massive de valeur" d'une puissance jamais égalée dans l'histoire du capitalisme... Il n'y a qu'à voir les dégâts infligés à la finance mondiale jusqu'à 20 000 kilomètres de distance de Wall Street : c'était des vecteurs furtifs mais à très longue portée !

    Le peuple américain ne se sent soudain plus très rassuré d'être gouverné par une administration qui n'a non seulement pas su prévenir "la pire crise depuis 29" mais qui a menti sur son caractère contagieux. Les Américains sont surtout inquiets de constater que si la planète se réchauffe du fait de la surconsommation d'énergie aux Etats-Unis, le gel du marché du crédit risque de les précipiter soudain vers l'âge de pierre du capitalisme, sans passer par la phase "ralentissement progressif du cycle économique".


    Le désordre et la Chambre, Dedefensa
    Cornwell ne s’intéresse pas à l’aspect technique, aux manœuvres de Paulson, à la comédie de McCain. Il va plus au cœur du problème, qui est le fonctionnement du système politique US. Ce “black Monday”-là n’est pas en manque de reconnaissances en paternité, mais il ne fait aucun doute pour nous que l’inspirateur irresponsable de la chose est bien le système tel qu’il est devenu, le cœur politique de cette puissance auto-proclamée, le modèle de “gouvernance” US, la perfection du “check & balance” adulée dans le Rest Of the World aux jours heureux des illusions. Le modèle est en faillite, et plutôt du genre frauduleux.

    La crise financière, dont on voyait l’élargissement depuis quelques jours, s’est définitivement transformée en une crise fondamentale du système politique en allant au cœur de la chose, – la politique, certes. Le phénomène systémique poursuit sa diffusion de crise sectorielle en crise sectorielle, chacune continuant à brûler une fois qu’on est passé à la suivante. Mais l’on admettra qu’on se trouve ici au cœur de l’incendie: les hommes confrontés au monstre qu’ils ont créé, victimes de ce monstre, incapables de servir ce monstre jusqu’où ils devraient le faire parce qu’ils sont eux-mêmes au bout de leur capacité de le faire.

    Ecartons ici, par pitié, toute considération technique, – sur ce que valent le plan de sauvetage, l’action et les manigances de Paulson, les formules de sauvetage d’un système financier dévoré par les termites, les justifications évidentes de ceux qui se sont révoltés en désordre pour le repousser, les perspectives des bourses ajoutant chaque jour un “jour noir”, les faillites à venir, les nationalisations, etc. Observons simplement l’absence complète de force commune, de solidarité, de sens et d’élan collectifs par quoi un tel système tient, quelles que soient la vanité et la malignité des motifs. [...] Le système meurt du poison qu’il a lui-même instillé dans le temps et l’espace qu’il a eus sous sa domination; déstructurant du reste, il l’est devenu de lui-même.


    Finalement, un vote “anti-système” ?, Dedefensa
    Ce qui est extraordinaire dans le cas du vote d’hier, c’est que toutes ces données de solidarité ont été bouleversées. Le vote n’était pas une surprise et son résultat est d’autant plus une surprise. Il avait été préparé par plus d’une semaine de tractations, d’interventions, de pressions. La direction de la Chambre était parfaitement au courant de l’état d’esprit qui régnait chez les parlementaires et elle devait avoir fait tout ce qu’elle jugeait nécessaire pour garantir un vote favorable dans des circonstances aussi tendues. A cette lumière, le résultat est stupéfiant; non seulement qu’il soit négatif, mais qu’il se soit réparti d’une façon si significative selon des lignes de rupture à l’intérieur des deux partis, avec une majorité du parti du président votant contre une loi que le président soutenait de toutes ses forces, avec une forte proportion des démocrates votant contre malgré les pressions de sa direction (228 voix contre 205, avec 133 républicains et 95 démocrates contre, 140 démocrates et 65 républicains pour).

    Car enfin, la Chambre a voté contre Wall Street, contre la rétribution éhontée des catastrophiques pratiques de la finance sans contrôle, de la finance-gangster qui mène le monde et qui est responsable à 100% de la crise actuelle. Il s’agit d’un vote “populiste” dans le sens US du terme, essentiellement initié par les républicains en général perçus comme réactionnaires, soutiens de la guerre en Irak et de la folle politique belliciste de GW Bush. Les stéréotypes nous donnent bien du tracas, dans cette époque complètement déjantée. Ils en donneront aussi aux candidats à l'élection présidentielle, entre un McCain qui a failli se prononcer contre le plan Paulson et qui l’a finalement soutenu, et un Obama qui se pose en représentant du petit peuple et qui se retrouve tributaire d’un choix (nettement en faveur du plan Paulson malgré toutes les réserves d’usage) perçu comme soutenant Wall Street et battu en brèche par la Chambre


    CHAVAGNEUX Christian, Le rejet du plan Paulson plonge la finance dans une double crise, Alternatives Economiques
    Ce plan, nécessaire, a été rejeté par 228 parlementaires, 95 démocrates et 133 républicains. On savait depuis le début que des démocrates allaient refuser le plan et on attendait une mobilisation des républicains. Celle-ci a bien eu lieu mais pour rejeter le plan. D'une irresponsabilité totale au regard de l'histoire et de leur pays, ces parlementaires ont refusé le plan pour deux raisons. Soit par pure idéologie, le qualifiant de « socialisme financier ». Soit parce qu'élus avec une faible marge et devant se représenter début novembre devant des électeurs réticents au fait d'aider Wall Street, ils ont préféré rejeter le plan plutôt que d'en expliquer la nécessité. La violence du rejet du plan, de Paulson et de l'autorité de George W. Bush, a été telle que 18 % des parlementaires républicains partant en retraite, et donc sans enjeu électoral, ont tout de même voté non.

    Commentaires : Un "plan nécessaire" selon cet altermondialiste... pour sauver les spéculateurs.