15 octobre 2008

Les oubliés de la crise

Les centaines de milliards de dollars qui ont été rapidement trouvés pour renflouer les grandes banques en Occident laissent perplexes les responsables et les spécialistes de la lutte contre la faim dans le monde.


Trois milliards de dollars par an seraient suffisants pour éradiquer la malnutrition dans le monde.


Ils mettent en parallèle la rapidité et la facilité avec lesquelles ces sommes sont mobilisées pour sauver banques et Bourses de la crise financière avec la difficulté à obtenir des fonds pour les 925 millions de personnes touchées par la faim dans le monde, notamment en Afrique.

Des cris d’alarme et appels à la vigilance se sont multipliés récemment, rappelant que la faim dans le monde s’est aggravée du fait de la hausse des prix énergétiques et alimentaires. Selon ActionAid, une ONG basée en Afrique du Sud, le coût du bol alimentaire de base a augmenté en moyenne de 80 % en deux ans. En conséquence, 100 millions de personnes ont rejoint les rangs des affamés et 750 millions d’autres risquent de souffrir chroniquement de la faim. ActionAid estime que près de 1,7 milliard de personnes, soit un quart de l’humanité, pourraient se trouver désormais en situation d’insécurité alimentaire.

Selon une autre ONG, Action Contre la Faim (ACF), un enfant âgé de moins de 10 ans meurt de faim ou de ses conséquences toutes les cinq minutes dans le monde. Traiter un enfant mal nourri coûte environ 60 dollars par an, mais au niveau des financements mondiaux, publics ou privés, la malnutrition est un secteur complètement négligé alors que 55 millions d’enfants sont mal nourris. L’enveloppe budgétaire mondiale actuelle ne permettant de traiter que 5 % seulement de la malnutrition sévère.

Rapporteur spécial des Nations-Unies pour le droit à l’alimentation de 2001 à 2008, Jean Ziegler martèle que « la faim n’est plus une fatalité dans aucun endroit du monde ». Il rappelle que l’explosion récente des prix mondiaux des matières agricoles, qui a provoqué des émeutes de la faim dans une quarantaine de pays en avril 2008, est « une formidable agression » contre les populations les plus pauvres de la planète causée essentiellement par les agrocarburants et la spéculation qu’il serait facile d’interdire.

Plusieurs spécialistes soulignent que la lutte contre la faim dans le monde souffre d’un manque de volonté politique de la part des pays les plus industrialisés, rappelant que selon les estimations, trois milliards de dollars par an seraient suffisants pour éradiquer la malnutrition dans le monde, alors que les Etats-Unis ont prévu à eux seuls de dépenser jusqu’à 700 milliards de dollars pour renflouer les banques américaines. Les gouvernements sont appelés à augmenter massivement leurs cotisations en faveur du Programme Alimentaire Mondial (PAM) qui a perdu 40 % de son pouvoir d’achat avec la dernière flambée des prix des denrées de base.

Publié le 15/10/208 par Info-Palestine.

Récession aux USA

Revue de presse française, NouvelObs
LIBERATION
Mais tout de même: la célérité avec laquelle on a trouvé les crédits nécessaires tient du sortilège. Il n'y avait pas d'argent pour les chômeurs ou les smicards. Il y en a pour les banquiers. (...)

L'ALSACE
Plus c'est cher, moins les élus discutent ", nous a glissé un jour un président de communauté de communes. La crise bancaire illustre cet exemple. Il a fallu plus d'un an pour trouver 1,5 milliard d'euros afin de financer le Revenu de solidarité active (RSA). La taxe créée à cette occasion sème la zizanie au sein de la majorité. Il n'a fallu que quelques jours en revanche pour dégager, dans un quasi-consensus national, 360 milliards d'euros destinés à calmer la fièvre bancaire. Et en plus, François Fillon affirme que le budget ne sera pas impacté... Si on comprend bien, les banques vont coûter moins cher au Français moyen que les pauvres.

LE PROGRES DE LYON
Le soleil ne peut pas briller à la fois pour tout le monde. La faute à la Terre, qui est ronde, et au monde, qui n'est pas droit. Depuis des semaines, on nous parle des Bourses qui chutent et des banquiers qui avalent leur cravate. Ca va mieux, merci pour eux. Pour nous, c'est autre chose. Le chômage était annoncé à la baisse en juin, il a été redressé hier à la hausse, avec 120 000 chômeurs de plus. Evidemment, les experts nous expliqueront que ça n'a rien à voir. Ou que c'est bien plus compliqué. Et qu'il est normal de voir l'action d'une entreprise monter quand ses effectifs baissent... Mais cela pourrait changer, car on nous promet une moralisation du capitalisme. Imaginez qu'on fasse post mortem mentir Coluche, qui disait : "Il paraît que la crise rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Mais c'est pas la crise. Depuis que je suis petit, c'est comme ça".


Le plan de renflouement coûtera bien plus de 1 800 milliards, Chronique Agora
Pour revenir à une question clé : d'où viendra l'argent ?
Le gouvernement va emprunter sur les marchés des capitaux pour financer les banques, répond-on.
Mais à qui ? Et à quel taux ? Emprunter de l'argent n'ajoute rien aux ressources financières de la planète ; cela ne fait que prendre l'argent dans une poche pour le mettre dans une autre. En d'autres termes, cela prive les emprunteurs sensés (nous le supposons) pour remplir les poches des initiés et de leurs réseaux. Dans l'ensemble, il n'y a aucune augmentation du pouvoir d'achat ou du crédit disponible. De plus, à mesure que les autorités empruntent de plus en plus d'argent, cela devrait -- logiquement -- faire grimper les taux d'intérêt. Cela devrait ralentir plus encore l'activité économique, aggravant la situation.

Commentaires : Cet article passe de la dénonciation du libéralisme
Pourtant, on voudrait nous convaincre qu'ils créent un nouvel ordre financier mondial... et qu'il sera stable et prospère. Pour la première partie, nous n'avons aucun doute. Les gouvernements utilisent cet effondrement comme ils ont utilisé l'effondrement des tours jumelles en 2001 -- pour s'accaparer un peu plus de pouvoir. Le poing de la politique écarte la petite main "invisible" de M. le Marché. Les escroqueries subtiles laissent la place au vol grossier.

à celle des interventions de l'État
La seconde partie, par contre, est probablement archifausse. Le contrôle gouvernemental de l'économie n'a jamais mené à la stabilité ou à la prospérité. En fait, l'historique est assez clair : plus l'Etat s'en mêle, plus les résultats économiques empirent.


Des effets à craindre pour l’économie réelle, RFI
Des Etats-Unis à l’Europe, en passant par l’Inde et l’Afrique du Sud, les conséquences de la crise financière commencent à se faire sentir.

Crise financière provoquée par les crédits hypothécaires à risques (« subprimes »), flambée des prix des denrées agricoles et du pétrole : la difficile situation économique commence à se faire sentir sur les plus pauvres. Le nombre d’Américains bénéficiant de bons d’aide alimentaire (« food stamps ») a approché un record cet été 2008. Quelque 29 millions de personnes aux Etats-Unis sont concernées. Ce chiffre est le plus élevé depuis que le programme a été mis en place dans les années 1960. De l’autre côté de l’Atlantique, en France, les permanences d’accueil du Secours populaire ont ainsi reçu 15 à 20% de demandes d'aides supplémentaires sur un an.


L'économiste Vanessa Rossi peint un tableau particulièrement sombre de l'économie mondiale, Agefi
Pour éviter une récession vraiment mondiale, alimentée par un "cocktail toxique" de hausses des prix, de bulles immobilières et de panique sur les marchés d'actions, elle ne voit d'espoir que dans les pays émergents et plus particulièrement la Chine, dont la performance dans cette crise "sera d'exceptionnelle importance", selon elle.

"Une croissance régulière de la Chine offre le meilleur espoir pour limiter les dommages à l'économie mondiale", souligne-t-elle, tout en remarquant que ce pays connaît également "des signes inquiétants sur son marché immobilier", tandis que "l'effondrement de la Bourse (y) cause également des tensions grandissantes", tandis que "des problèmes similaires émergent en Russie et dans les Etats du Golfe".


Aux Etats-Unis, le mot récession est lâché, Le Journal des Finances
Les Etats-Unis seraient bel et bien entrés en récession, a avoué une responsable de la Réserve Fédérale américaine. Une première dans l’institution depuis le début de crise.


Les réserves chinoises en devises étrangères atteignent 1 900 milliards de dollars fin septembre, Le Quotidien du Peuple en ligne
Ce chiffre montre une hausse de 32,92% par rapport à la même période de l'année précédente, selon un rapport publié sur le site internet de la Banque populaire de Chine.


Wen Jiabao : la Chine est confiante dans la stabilité de son marché financier, Le Quotidien du Peuple
Wen Jiabao a apprécié les mesures prises par les pays concernés, dont la Grande-Bretagne, pour stabiliser les marchés financiers, et a souhaité voir des résultats rapides.

Gordon Brown a indiqué pour sa part, que la communauté internationale appréciait le rôle de la Chine dans la stabilisation du marché financier international.


La Chine continuera à jouer un "rôle positif", assure Wen à Brown, Aujourd'hui la Chine
Le Premier ministre chinois Wen Jiabao a assuré mardi à son homologue britannique Gordon Brown que la Chine continuerait à "jouer un rôle positif" pour aider à résoudre la crise financière, a rapporté le ministère chinois des Affaires étrangères.

Selon le ministère chinois des Affaires étrangères, Gordon Brown a affirmé que "la communauté internationale attache une grande importance et juge de manière positive le rôle de la Chine pour stabiliser le marché financier international".


Gordon Brown, étonnant sauveur, euro|topics
Le Premier ministre britannique eurosceptique, Gordon Brown, a longtemps été considéré comme un personnage secondaire au sein de l'Union européenne. Aujourd'hui, la crise bancaire a placé l'ex-ministre des finances au cœur de l'action. Tandis que les médias britanniques observent d'un œil critique sa nouvelle popularité, la presse européenne estime pour sa part que son plan de sauvetage annonce une réorganisation structurelle en Europe.


Hommage à Gordon Brown, Boulevard Exterieur
Le nouveau prix Nobel d’économie Paul Krugman, éditorialiste au New York Times, a rendu un hommage remarqué à l’action ’’claire et déterminée’’ de Gordon Brown dans la crise financière.

Lire ou relire : Ils ont “socialisé” la City, Dedefensa


Daniel Vernet sur les conséquences politiques de la crise financière, euro|topics
Il n'est pas trop tôt pour s'interroger sur les conséquences géopolitiques de la crise. ... Les équilibres idéologiques, politiques et économiques en seront profondément changés. Ensuite, la crise va accroître le déclin relatif de la puissance américaine au profit de l'Asie, commencé bien avant. ... Dans un ordre international régi par le balance of power, le déclin d'une puissance pourrait profiter à d'autres. Ce n'est pas exactement le cas aujourd'hui.


CHESNAIS François, Crise financière : quelques détours par la théorie, Fondation Copernic
La crise qui a éclaté en août 2007 dans le compartiment financier des prêts hypothécaires à risque élevé (subprime) clôt le cycle économique états-unien débuté fin 2002. En cela elle a, comme toutes les crises, un aspect conjoncturel. Mais elle a plusieurs dimensions structurelles importantes. C’est d’abord la plus sérieuse des « crises financières systémiques » nées de la libéralisation et de la mondialisation financières qui ont eu lieu depuis 1987. Les États-Unis, déjà siège du krach boursier de 2001, en sont de nouveau l’épicentre. Cette fois-ci ce n’est pas un marché de titres, le Nasdaq, qui en est le champ, mais le système bancaire.

L'OTAN face aux talibans

Parler aux talibans avec des arrière-pensées ?, Dedefensa
La crise financière avec ses répercussions budgétaires commence à faire admettre que les répercussions sur le budget du Pentagone seront réelles et peut-être profondes. Les conséquences envisagées porteraient sur les missions et les engagements US, selon divers experts.

La réduction des engagements pour répondre à ces restrictions budgétaires probables pourrait effectivement impliquer la recherche d’un retrait très rapide d’Afghanistan, — et des négociations avec les talibans seraient une approche évidente de la question.


GONTCHAROV Piotr, La crise, la Géorgie et l'Afghanistan : les trois fronts de l'OTAN, RIA Novosti
Le problème afghan se pose quelque peu autrement. En effet, il s'agit de l'avenir de l'OTAN dans ce pays, c'est pourquoi Robert Gates avait une mission difficile à accomplir dans la capitale hongroise. Il fallait, d'une part, dissiper les humeurs défaitistes des "compagnons d'armes" et, de l'autre, les persuader de façon adéquate de la nécessité de revoir non pas la tactique des actions, mais toute la stratégie de l'opération antiterroriste.

On peut comprendre l'inquiétude du Pentagone. Presque tout le monde ces jours-ci parle de l'impossibilité de remporter une victoire en Afghanistan. C'est même le général Mark Carleton-Smith, commandant des forces britanniques sur place, qui a ouvert la discussion sur ce thème, bientôt rejoint par le général Richard Blanchette, porte-parole de l'OTAN en Afghanistan, qui a exprimé presque mot à mot la même position: "nous savons que nous ne pouvons pas vaincre militairement". Ils ont été appuyés par le général français Jean-Louis Georgelin, chef d'état-major des armées, qui a jugé la réconciliation entre Afghans nécessaire.

Le quotidien britannique The Guardian a cité vendredi certains détails intéressants d'un rapport du renseignement américain. D'après ces fuites, ce rapport contient une proposition destinée aux autorités américaines leur demandant de revoir immédiatement la stratégie des actions en Afghanistan. Les auteurs du rapport estiment désormais que le règlement du conflit passe par la voie politique, et non pas militaire.


MAULNY Jean-Pierre, Afghanistan : la communauté occidentale en échec, iris
Aujourd’hui, dans une Afghanistan à l’équation extrêmement complexe, la situation peut pourtant se résumer de manière simple : ceux que l’on appelle les « insurgés » recrutent des combattants, notamment dans les villages des tribus pachtounes au Sud du pays, parce que la population, après près de 7 ans de gouvernement Karzaï, ne voit toujours pas le décollage économique. La communauté internationale est ressentie comme complice de cette situation, puisque la logique de « la guerre contre le terrorisme » conduit les coalisés réunis dans l’Otan à être perçus comme des soutiens inconditionnels à un pouvoir jugé bien souvent comme défaillant et corrompu. S’ajoute à cela les bombardements aériens inconsidérés des Américains ou de l’OTAN faisant des victimes civiles, ce que les Talibans exploitent grâce à une communication remarquablement adaptée.

Aucune autre solution qu’une négociation avec les talibans n’apparaît aujourd’hui possible : c’est d’ailleurs ce qu’a commencé à entreprendre le président Karzaï, qui voit dans cette négociation la possibilité d’assurer sa survie politique. Les Britanniques eux aussi se rendent bien compte que l’espoir d’une victoire militaire relève de l’illusion et ils l’ont fait savoir de manière officieuse. Pour les Américains, approuver la perspective d’une négociation avec les Talibans constituerait une volte-face et les propos martiaux des deux candidats à la présidence des Etats-Unis ne facilitent certainement pas cette démarche. L’implication de l’Iran, mais surtout du Pakistan, dans un règlement politique apparaît nécessaire.

14 octobre 2008

Capitalisme sous perfusion

SETSER Brad, Quelle limite aux garanties illimitées ?, ContreInfo
Nous avons suggéré que les risques n’avaient pas disparu mais changé de nature. Dans ce gigantesque et brutal « repli d’accordéon » auquel nous assistons, les formes de la monnaie - dépôts et épargne - que nous avons concédé à l’exercice du droit et de l’intérêt privé désormais dotés d’un privilège de liberté absolue, ont été à deux doigts de perdre toute valeur. Elles ont du chercher refuge in extremis auprès de la seule garantie qui vaille, au bout du compte, celle des contribuables et de la monnaie d’état. Ainsi, la faillite potentielle des uns est devenue la dette des autres, mettant semble-t-il un terme à la panique. Outre des dettes, nous avons cependant gagné du temps. Mais la situation nouvelle - inouïe - qui s’est créée est celle-ci. Chaque acteur du système financier, totalement dysfonctionnel, qui ne doit jusqu’à présent sa survie qu’à l’accès à des fonds distribués sans restrictions par les banques centrales, est désormais explicitement protégé contre la faillite. Les états ont donc accepté en deux temps de prendre la place des marchés monétaires moribonds, puis de garantir que tous les morts vivants de la place - ne les secouez pas, ils sont pleins de dettes - resteraient en vie. En d’autres termes, après la transfusion, l’entrée en service de soins intensifs. Fort bien. La sécurité sociale, finalement, nous rappelle ainsi ses incontestables mérites. Elle nous a évité l’infarctus généralisé. Restent plusieurs questions. Quand, comment, et à quelles conditions pourrons nous débrancher les sondes de ces grands malades qui seront sans doute un peu inquiets à l’idée de bénéficier à nouveau des bienfaits du grand air et de la libre concurrence du « struggle for life » qu’ils affectionnaient tant ? Et combien coûtera cette hospitalisation ? Faut-il par ailleurs accepter que soient encore versés des dividendes aux actionnaires d’établissements qui ne doivent leur survie qu’à la collectivité ? Voilà, en résumé, les thèmes que Brad Setser développe ci-dessous. Une dernière remarque. Nombre de nations des pays émergents ont eu à subir ce type de crise. Mais jamais auparavant - et de loin - le G7 n’avait fait preuve d’une telle magnanimité. Pour eux, il n’a jamais été question de fournir des liquidités « illimitées » pour les aider à traverser une mauvaise passe, et les Argentins, pour ne citer qu’eux, s’en souviennent à coup sûr fort bien. Mais sans doute est-ce là une illustration de la théorie de l’ « avantage comparatif ».


CHOMSKY Noam, Le capitalisme contre la démocratie, ContreInfo
La liberté de circulation des capitaux et les libertés démocratiques sont en relation inverse, affirme Chomsky. Le « droit de vote » accordé aux investisseurs, qui peuvent désormais faire tomber une économie en retirant leurs capitaux, équivaut à une interdiction de fait des politiques qui pourraient leur nuire. Keynes, qui fut le négociateur Britannique à Bretton Woods, considérait que le plus grand succès de la conférence avait été la possibilité donnée aux états de restreindre la circulation des capitaux. Le temps est sans doute venu de l’entendre à nouveau.


ENGDAHL F. William, Derrière la panique, la guerre financière pour le futur pouvoir bancaire mondial, Mondialisation
Comme je le documente dans mon prochain livre, Power of Money: The Rise and Decline of the American Century (Le pouvoir de l'argent : essor et déclin du siècle étasunien), dans toutes les grandes paniques financières aux États-Unis depuis au moins celle de 1835, les titans de Wall Street, surtout la Maison JP Morgan avant 1929, ont déclenché délibérément la panique bancaire en coulisses pour consolider leur emprise sur la banque des États-Unis. Les banques privées ont utilisé la panique pour contrôler la politique de Washington, notamment la définition exacte de la propriété privée de la nouvelle Réserve fédérale en 1913, et pour consolider leur contrôle sur l'industrie, comme US Steel, Caterpillar, Westinghouse et ainsi de suite. En bref, ils sont les vétérans de ce genre de guerre financière pour l’élargissement de leur pouvoir.

Ils doivent maintenant faire quelque chose de semblable à l'échelle mondiale afin de pouvoir continuer à dominer la finance mondiale, le cœur de la puissance du siècle étasunien.

Il devient évident que Paulson, et ses amis de Citigroup et JP Morgan Chase, ont une stratégie, de même que le parrain de la titrisation des hypothèques et de la déréglementation bancaire, l’ancien président de la Réserve fédérale, Alan Greenspan, comme je l'ai exposé en détail dans la partie IV de ma précédente série, Financial Tsunami.

À présent, le plan Paulson fait manifestement partie d'un projet visant à créer trois géants financiers mondiaux colossaux : Citigroup, JP Morgan Chase et, bien entendu, la propriété de Paulson, Goldman Sachs, devenue maintenant assez opportunément une banque. Ayant utilisé avec réussite la peur et la panique pour arracher 700 milliards de dollars de renflouage au contribuable, désormais les trois grands essayeront leurs muscles hors du commun à ravager les banques européennes dans les années à venir. Tant que les plus grandes agences financières de notation du monde, Moody's et Standard & Poors, sont épargnées par les scandales et les auditions au Congrès, le pouvoir financier réorganisé de Goldman Sachs, Citigroup et JP Morgan Chase pourrait potentiellement se regrouper et accélérer leur ordre du jour mondial dans les prochaines années, en marchant sur les cendres de la faillite de l'économie étasunienne, mise en banqueroute par leurs folies.


SAPIR Jacques, Trop peu, trop tard ? Les aventures du plan Paulson, Recherche en histoire visuelle - La crise financière et ses enjeux, ContreInfo
Jacques Sapir analyse les mécanismes de la crise de liquidité paralysant l’activité bancaire, qui selon lui remet en cause le modèle standard de la théorie économique, incapable de rendre compte de la situation : « la gestion de la crise n’implique pas seulement une volonté politique, qui n’est pas toujours pleinement présente ou toujours cohérente... elle nécessite aussi une transformation radicale et fondamentale du cadre théorique. »

Après la déprime, l'euphorie boursière

Revue de presse française, NouvelObs
LE DAUPHINE LIBERE
Il reste tout de même une sacrée question en suspens dans cette histoire de vent qui tourne. Est-ce que le répit enregistré hier va durer ? Et jusqu'à quand ? Bien malin qui saurait le dire. Toujours est-il qu'on en est là ce matin, à guetter les températures de Wall Street et la grenouille du CAC 40. Non sans ressentir un certain vertige saisonnier face au chiffre affiché au cadran: 1.300 milliards au total - dont 360 pour la France - soudain tombés du ciel de crise pour sauver notre économie menacée de tsunami ! De quoi sortir de nos abris, sans doute, mais pas encore de replier nos petits parapluies personnels pas dorés pour un sou. Patience: on y verra sans doute plus clair très bientôt en scrutant le seul baromètre qui vaille: celui de la confiance populaire.

DERNIERES NOUVELLES D'ALSACE
Cette euphorie qui change radicalement la lecture de notre système économique nous permet d'oublier que les Etats tout à coup flambeurs spéculent à découvert (...) C'est un bluff extraordinaire pour restaurer la confiance. Un de ceux qui jalonnent les grands tournants de l'histoire. Et s'il fonctionne, il peut même être rentable, à terme, pour les caisses du pays qui pourra revendre bien plus cher des parts qu'il va acquérir à des cours dérisoires. Pour orchestrer cette manoeuvre en France quel meilleur acteur que Nicolas Sarkozy ? C'est au-delà de l'audace. Du culot. Et dans ce registre, il est imbattable (...) "La crise est peut-être derrière nous", entendait-on déjà hier soir dans l'élan du moment. Dangereuse illusion. Car si la tempête financière pourrait se calmer, la récession qu'elle annonce, elle, sera peut-être plus redoutable encore. Aggravée par une inconnue psychologique aux conséquences encore incalculables : l'argent a montré au monde entier qu'au fond, il ne valait rien.


Hausse record à la Bourse de Tokyo, l'Etat annonce des mesures, Aujourd'hui le Japon
La Bourse de Tokyo a terminé la séance de mardi sur une hausse record de 14,15%, les investisseurs saluant l'unité des grandes puissances pour lutter contre la crise financière et un train de mesures du gouvernement japonais pour enrayer la panique sur les marchés.

Rebondissant après la semaine la plus désastreuse de son histoire, au cours de laquelle il avait plongé de 24,33%, l'indice Nikkei a pulvérisé à la clôture son précédent record de hausse (+13,24%) qui datait d'octobre 1990.


Les bourses chinoises ouvrent en forte hausse mardi, Le Quotidien du Peuple
Les bourses chinoises ont progressé de 3,16% pour atteindre 2 139,07 points lors de l'ouverture mardi, après le rebond des marchés mondiaux ces derniers jours à la suite des efforts déployés dans le monde pour lutter contre la crise financière.


La crise du crédit ? Les Chinois ne connaissent pas, Les Echos
La Chine compte désormais plus de cartes bancaires que d'habitants, selon la banque centrale chinoise, et le secteur du crédit continue de se développer à marche forcée sans que le pays semble touché par la crise qui frappe la finance ailleurs dans le monde.


Les Russes et les Chinois ne perdent pas le nord !, L'Edito Matières Premières & Devises
La Chine prépare la "guerre" de demain
Personne n'en parle. Mais il faut que vous soyez conscient d'une chose : la Chine est en train de racheter massivement des minières à des prix défiants toute concurrence. Aussi bien en Afrique, sa terre de prédilection, qu'en Australie. Je parle ici d'un mouvement de grande ampleur. La Chine prépare la "guerre" de demain.

Car quand ce krach et la crise économique que nous vivons ne seront plus qu'un vieux souvenir, les fondamentaux clés reprendront le dessus.

En attendant, nos petites juniors passent sous pavillon rouge !
Et dans les décennies à venir, l'une des problématique clé que nos sociétés auront à gérer est bien celle des ressources disponibles et limitées face à l'inexorable montée en puissance de la demande.

En clair et sans décodeur : la Chine ne perd pas le nord. La priorité stratégique est à la sécurisation des approvisionnements. Elle assure aujourd'hui son avenir. Nous devrions en faire autant... mais nous sommes très occupés et, en attendant, nos petites juniors passent sous pavillon rouge !

Les Russes réagissent ! Pour les beaux yeux de l'Islande ?
A votre avis ? Pourquoi la Russie a-t-elle volé au secours de l'Islande en détresse ? Islande dont l'Etat a tout de même été à deux doigts de faire faillite ! Personne ne s'est pourtant précipité. Ni les Américains, ni les Européens.

Lorsque soudain, du fond de sa Sibérie, l'ours russe arrive avec un chèque de quatre milliards pour les beaux yeux de l'Islande. Cela ne vous a-t-il pas semblé curieux ?

Le secret islandais ...
Vous voulez mon avis ? Ce qui intéresse les Russes pourrait bien être le savoir-faire des Islandais en matière d'énergie géothermique. Les Islandais sont très en avance dans ce domaine.

Or pour moi, il ne fait aucun doute que la géothermie sera l'une des grandes sources d'énergie alternative du futur, avec le nucléaire. Les Russes le savent eux aussi. Et ils ont des sources géothermales à exploiter... A commencer par la région du Kamtchatka...


Désormais sans eux, Dedefensa
S’appuyant sur son jugement de l’importance peut-être décisive de l’action des pays européens, Anatole Kaletsky, commentateur du Times, signe, dans son commentaire du 13 octobre, ce qu’on perçoit aussitôt comme l’acte de décès de l’influence US prépondérante en matière de finance et d’économie. En d’autres termes, ce serait la fin de l’ère de Bretton Woods.


Crise financière américaine / Pays émergents, Les Enjeux internationaux - France Culture
La crise financière a révélé l’insertion des principales économies émergentes (Brésil, Russie, Inde, Chine), dans l’économie mondiale mais également la solidité de la plupart de ces économies à l’exception de la Russie, face à l’effondrement des bourses occidentales et du système bancaire américain. La leçon de 1997 où l’Asie avait été déstabilisée par les retraits massifs de capitaux, a été tirée : désormais des pays émergents possèdent des réserves conséquentes, qui ont joué un rôle primordial afin d’atténuer l’effet de la crise.

Commentaires : Emission, bibliographie et liens.


Martine Aubry soutient Sarkozy !, A écouter sur RFI

13 octobre 2008

Basculement idéologique

Actualités Economie, Yahoo! Actualités

La zone euro trouve un plan d'action, RFI
Garantie des prêts interbancaires et recours possible à une recapitalisation des banques : si le plan annoncé dimanche à Paris n'a pas été chiffré, il fera l'objet d'annonces simultanées lundi dans plusieurs capitales européennes. Et se traduira rapidement en termes législatifs.

L'Union européenne va par ailleurs demander aux Etats-Unis l'organisation d'un sommet pour «refonder le système financier international», a déclaré le président français à l'issue de cette réunion des pays de la zone euro.


Psychologie au-delà de l'imagination, Dedefensa
Evidemment, la réunion du G7 de Washington terminé par un communiqué martial fait de 5 points austères, sans les chichis insipides et habituels, avec comme mot d’ordre une marche sans faiblesse vers la nationalisation des banques sur fond d’interventionnisme étatique sans restriction, voilà un événement qu’il faut observer dans sa dimension la plus importante. Il s’agit d’un retournement formidable de la conception centrale qui fonde la pensée dominante aujourd’hui, – la pensée économique, – et d’une trahison roborative et sans la moindre précaution formelle de ce qui a gouverné cette pensée jusqu’ici, et de quelle façon impérative, – dito, le modèle anglo-saxon.

Ce soudain basculement traduit pour les dirigeants par la nécessité d’un Etat puissant par rapport aux forces financières, sans préjuger du résultat de ce basculement, est un événement d’une force suffisante pour déclencher de tels changements chez ces mêmes dirigeants. La chose est particulièrement valable pour les Anglo-Saxons, essentiellement pour les Britanniques, dont on connaît la souplesse morale et leur souplesse d’esprit vis-à-vis de la morale, jusqu’au plus complet mépris pour les réalités douteuses qu’exposent leurs contradictions lorsqu’il s’agit de défendre leurs intérêts nationaux. Dans le cas qui nous occupe, les conséquences diverses, y compris politiques, sont à la fois considérables et imprévisibles.


Eurogroupe : bonne distribution de bouées de sauvetage…, SERIATIM
Alors que nous entrons dans une période de multiplication des centres de pouvoir à travers le monde, certains acteurs se mettent en ordre de bataille.

L’émergence des méta-nations du BRIC (Russie, Chine, Inde, Brésil), des fonds souverains arabes sans oublier le poids du Japon, souligne l’âpreté avec lequel le combat se mènera.

Ce soir, s’il n’y a pas une réponse mondiale à la résolution de la crise, il y a, par contre, la reconnaissance de la fin d’une période hégémonique américaine mise en place à Bretton Woods en 1944 et le début d’une phase transitoire vers un nouvel ordre financier planétaire.


L'Islande, boule de cristal pour le reste de la planète ?, Chronique Agora
Bref, l'Islande coule. Et l'on pourrait y voir un avant-goût de ce qui nous guette à l'échelle globale : nationalisations massives des banques et établissements financiers, faillites des états les plus fragiles... et, pourquoi pas, appels désespérés aux (rares) pays qui sont encore assis sur un tas de cash disponible, pour renflouer, au moins temporairement, un système au bord de l'asphyxie.


L'Atelier du Monde est prêt à racheter la Planète, Le Mague
Alors que les chefs d’État et de gouvernement de la zone euro se sont mis d’accord à Paris pour se débrouiller chacun de leur côté, que les Américains ont réservé une confiance limitée au plan Paulson, les communistes chinois sont prêts à mettre les bouchées doubles en vue d’assurer à la Chine la suprématie économique sur le monde de demain.

Peer Steinbrück, ministre allemand des Finances, a brisé un tabou il y a quinze jours, en prédisant que les États-Unis allaient perdre leur statut de superpuissance du système financier mondial, qui va devenir multipolaire. Dans un éditorial publié dans The Observer, le politologue John Gray estime que nous vivons un tournant géopolitique historique, dans lequel l’équilibre des pouvoirs sur la planète est irrévocablement modifié. L’ère de la domination américaine commencée avec la Seconde Guerre mondiale est terminée.


Les prospérités du vice, La Sociale
Les évènements qui secouent l'économie mondiale depuis plusieurs semaines maintenant - en vérité depuis l'été 2007 mais on espérait qu'un miracle allait empêcher la crise des subprimes de produire ses effets - font dégouliner la "moraline" à grands flots. On oppose le capitalisme moral, celui qui s'occupe de produire au capitalisme immoral du pur spéculateur qui est prêt à prendre des risques inconsidérés pour amasser encore quelques sous, quitte à discréditer le "bon capitalisme". C'est le discours commun de la droite et de la social-démocratie. Il y a le feu et la cohorte des défenseurs de l'ordre capitaliste se mobilise pour sauver le système, le pouvoir et les profits qui vont avec. Car, si on laisse un peu le brouhaha médiatique, il ne peut qu'apparaître clairement aux yeux de tous que c'est le capitalisme lui-même qui est fondamentalement "immoral" -- n'en déplaise à quelques philosophes médiatiques qui, ces dernières années, se sont évertués à soutenir le contraire, le contraire de l'évidence.


Déclaration finales de la Conférence Internationale d’Economie Politique : Réponses du Sud sur la Crise Economique Mondiale, Changement de société
Tenue à Caracas, le 8, 9, 10 et 11 octobre 2008 avec la présence d’universitaires et chercheurs d’Argentine, d’Australie, de Belgique, Canada, Chili, Chine Corée du Sud, Cuba, Equateur, Espagne, Etats-Unis, France, Angleterre, Mexique, Pérou, Uruguay et Venezuela, la Conférence Internationales d’Economie Politique : Réponses du Sud à la Crise économique et financière de l’économie mondiale, les nouvelles perspectives, les défis pour les gouvernements et les peuples du Sud devant la crise fiancière internationale.
La Rencontre a estimé que la situation s’est aggravée durant les dernières semaines. Des crises répétées des marchés financiers des pays centraux, nous sommes passés à une crise internationale d’une énorme gravité. Ce qui place les pays du Sud dans une situation très nuisible à leurs intérêts.
La crise menace l’économie réelle et, si on ne prend pas des intiatives énergiques et effectives immédiates, cela peut être un drame accablant pour les peuple du monde, en particuler pour les secteurs déjà les plus exposés et marginalisés.


Capitalisme : le dépôt de bilan ?, La Bataille socialiste
Les masques tombent. Il y a peu, le simple fait d’employer le mot capitalisme pouvait passer pour un outrage aux bonnes mœurs. Ce nouveau krach permet d’y voir plus clair : le capitalisme est nu.

Depuis des décennies, la classe sociale capitaliste était plus forte dans la lutte des classes que la classe travailleuse. C’est pourquoi la part des salaires réels a diminué, par l’augmentation du taux d’exploitation des travailleurs, au profit de la classe capitaliste.

Ainsi, c’est le fonctionnement « normal » du capitalisme qui crée des inégalités criantes. Et c’est la pauvreté qui a été le déclencheur de la crise, quand aux états-unis les plus pauvres n’ont plus eu la possibilité de rembourser leurs prêts.

Il est évident que la politique injuste menée par Sarkozy depuis un an et demi n’a fait qu’aggraver la situation en France. Et le constat est similaire dans les autres pays. Étant donné que les frontières étatiques existent, dans chaque État la classe travailleuse se doit de faire partir les dirigeants, pour arriver ensemble à l’abolition des frontières, par une révolution démocratique mondiale. Un mot d’ordre immédiat peut donc être : Sarkozy, Merkel, Berlusconi, Brown, Jintao, Chavez, Lula, Poutine, Bush : qu’ils s’en aillent tous !

Le capitalisme peut être aboli, mais il faudra pour cela l’action consciente et auto-organisée de la majorité. Dès maintenant, participons là où nous sommes à la résistance contre les régressions sociales que les gouvernements veulent poursuivre et aggraver. Contribuons au développement d’un vaste mouvement à la base pour en finir avec le patronat et les hiérarchies, mettre en place des pratiques démocratiques et autogestionnaires, et en finir avec le travail salarié. C’est ainsi, par la mobilisation des travailleurs, des chômeurs et des jeunes, mobilisation créatrice parce que libre et démocratique, que l’on pourra concrètement abolir le capitalisme et construire un monde socialiste-communiste.

12 octobre 2008

Le capitalisme touche à sa fin

Entretien avec Immanuel WALLERSTEIN

Signataire du manifeste du Forum social de Porto Alegre ("Douze propositions pour un autre monde possible"), en 2005, vous êtes considéré comme l'un des inspirateurs du mouvement altermondialiste. Vous avez fondé et dirigé le Centre Fernand-Braudel pour l'étude de l'économie des systèmes historiques et des civilisations de l'université de l'Etat de New York, à Binghamton. Comment replacez-vous la crise économique et financière actuelle dans le "temps long" de l'histoire du capitalisme ?

Fernand Braudel (1902-1985) distinguait le temps de la "longue durée", qui voit se succéder dans l'histoire humaine des systèmes régissant les rapports de l'homme à son environnement matériel, et, à l'intérieur de ces phases, le temps des cycles longs conjoncturels, décrits par des économistes comme Nicolas Kondratieff (1982-1930) ou Joseph Schumpeter (1883-1950). Nous sommes aujourd'hui clairement dans une phase B d'un cycle de Kondratieff qui a commencé il y a trente à trente-cinq ans, après une phase A qui a été la plus longue (de 1945 à 1975) des cinq cents ans d'histoire du système capitaliste.

Dans une phase A, le profit est généré par la production matérielle, industrielle ou autre ; dans une phase B, le capitalisme doit, pour continuer à générer du profit, se financiariser et se réfugier dans la spéculation. Depuis plus de trente ans, les entreprises, les Etats et les ménages s'endettent, massivement. Nous sommes aujourd'hui dans la dernière partie d'une phase B de Kondratieff, lorsque le déclin virtuel devient réel, et que les bulles explosent les unes après les autres : les faillites se multiplient, la concentration du capital augmente, le chômage progresse, et l'économie connaît une situation de déflation réelle.

Mais, aujourd'hui, ce moment du cycle conjoncturel coïncide avec, et par conséquent aggrave, une période de transition entre deux systèmes de longue durée. Je pense en effet que nous sommes entrés depuis trente ans dans la phase terminale du système capitaliste. Ce qui différencie fondamentalement cette phase de la succession ininterrompue des cycles conjoncturels antérieurs, c'est que le capitalisme ne parvient plus à "faire système", au sens où l'entend le physicien et chimiste Ilya Prigogine (1917-2003) : quand un système, biologique, chimique ou social, dévie trop et trop souvent de sa situation de stabilité, il ne parvient plus à retrouver l'équilibre, et l'on assiste alors à une bifurcation.

La situation devient chaotique, incontrôlable pour les forces qui la dominaient jusqu'alors, et l'on voit émerger une lutte, non plus entre les tenants et les adversaires du système, mais entre tous les acteurs pour déterminer ce qui va le remplacer. Je réserve l'usage du mot "crise" à ce type de période. Eh bien, nous sommes en crise. Le capitalisme touche à sa fin.

Pourquoi ne s'agirait-il pas plutôt d'une nouvelle mutation du capitalisme, qui a déjà connu, après tout, le passage du capitalisme marchand au capitalisme industriel, puis du capitalisme industriel au capitalisme financier ?

Le capitalisme est omnivore, il capte le profit là où il est le plus important à un moment donné ; il ne se contente pas de petits profits marginaux ; au contraire, il les maximise en constituant des monopoles - il a encore essayé de le faire dernièrement dans les biotechnologies et les technologies de l'information. Mais je pense que les possibilités d'accumulation réelle du système ont atteint leurs limites. Le capitalisme, depuis sa naissance dans la seconde moitié du XVIe siècle, se nourrit du différentiel de richesse entre un centre, où convergent les profits, et des périphéries (pas forcément géographiques) de plus en plus appauvries.

A cet égard, le rattrapage économique de l'Asie de l'Est, de l'Inde, de l'Amérique latine, constitue un défi insurmontable pour "l'économie-monde" créée par l'Occident, qui ne parvient plus à contrôler les coûts de l'accumulation. Les trois courbes mondiales des prix de la main-d'oeuvre, des matières premières et des impôts sont partout en forte hausse depuis des décennies. La courte période néolibérale qui est en train de s'achever n'a inversé que provisoirement la tendance : à la fin des années 1990, ces coûts étaient certes moins élevés qu'en 1970, mais ils étaient bien plus importants qu'en 1945. En fait, la dernière période d'accumulation réelle - les "trente glorieuses" - n'a été possible que parce que les Etats keynésiens ont mis leurs forces au service du capital. Mais, là encore, la limite a été atteinte !

Y a-t-il des précédents à la phase actuelle, telle que vous la décrivez ?

Il y en a eu beaucoup dans l'histoire de l'humanité, contrairement à ce que renvoie la représentation, forgée au milieu du XIXe siècle, d'un progrès continu et inévitable, y compris dans sa version marxiste. Je préfère me cantonner à la thèse de la possibilité du progrès, et non à son inéluctabilité. Certes, le capitalisme est le système qui a su produire, de façon extraordinaire et remarquable, le plus de biens et de richesses. Mais il faut aussi regarder la somme des pertes - pour l'environnement, pour les sociétés - qu'il a engendrées. Le seul bien, c'est celui qui permet d'obtenir pour le plus grand nombre une vie rationnelle et intelligente.
Cela dit, la crise la plus récente similaire à celle d'aujourd'hui est l'effondrement du système féodal en Europe, entre les milieux du XVe et du XVIe siècle, et son remplacement par le système capitaliste. Cette période, qui culmine avec les guerres de religion, voit s'effondrer l'emprise des autorités royales, seigneuriales et religieuses sur les plus riches communautés paysannes et sur les villes. C'est là que se construisent, par tâtonnements successifs et de façon inconsciente, des solutions inattendues dont le succès finira par "faire système" en s'étendant peu à peu, sous la forme du capitalisme.

Combien de temps la transition actuelle devrait-elle durer, et sur quoi pourrait-elle déboucher ?

La période de destruction de valeur qui clôt la phase B d'un cycle Kondratieff dure généralement de deux à cinq ans avant que les conditions d'entrée dans une phase A, lorsqu'un profit réel peut de nouveau être tiré de nouvelles productions matérielles décrites par Schumpeter, sont réunies. Mais le fait que cette phase corresponde actuellement à une crise de système nous a fait entrer dans une période de chaos politique durant laquelle les acteurs dominants, à la tête des entreprises et des Etats occidentaux, vont faire tout ce qu'il est techniquement possible pour retrouver l'équilibre, mais il est fort probable qu'ils n'y parviendront pas.
Les plus intelligents, eux, ont déjà compris qu'il fallait mettre en place quelque chose d'entièrement nouveau. Mais de multiples acteurs agissent déjà, de façon désordonnée et inconsciente, pour faire émerger de nouvelles solutions, sans que l'on sache encore quel système sortira de ces tâtonnements.

Nous sommes dans une période, assez rare, où la crise et l'impuissance des puissants laissent une place au libre arbitre de chacun : il existe aujourd'hui un laps de temps pendant lequel nous avons chacun la possibilité d'influencer l'avenir par notre action individuelle. Mais comme cet avenir sera la somme du nombre incalculable de ces actions, il est absolument impossible de prévoir quel modèle s'imposera finalement. Dans dix ans, on y verra peut-être plus clair ; dans trente ou quarante ans, un nouveau système aura émergé. Je crois qu'il est tout aussi possible de voir s'installer un système d'exploitation hélas encore plus violent que le capitalisme, que de voir au contraire se mettre en place un modèle plus égalitaire et redistributif.

Les mutations antérieures du capitalisme ont souvent débouché sur un déplacement du centre de "l'économie-monde", par exemple depuis le Bassin méditerranéen vers la côte Atlantique de l'Europe, puis vers celle des Etats-Unis ? Le système à venir sera-t-il centré sur la Chine ?

La crise que nous vivons correspond aussi à la fin d'un cycle politique, celui de l'hégémonie américaine, entamée également dans les années 1970. Les Etats-Unis resteront un acteur important, mais ils ne pourront plus jamais reconquérir leur position dominante face à la multiplication des centres de pouvoir, avec l'Europe occidentale, la Chine, le Brésil, l'Inde. Un nouveau pouvoir hégémonique, si l'on s'en réfère au temps long braudélien, peut mettre encore cinquante ans pour s'imposer. Mais j'ignore lequel.
En attendant, les conséquences politiques de la crise actuelle seront énormes, dans la mesure où les maîtres du système vont tenter de trouver des boucs émissaires à l'effondrement de leur hégémonie. Je pense que la moitié du peuple américain n'acceptera pas ce qui est en train de se passer. Les conflits internes vont donc s'exacerber aux Etats-Unis, qui sont en passe de devenir le pays du monde le plus instable politiquement. Et n'oubliez pas que nous, les Américains, nous sommes tous armés...

Propos recueillis par Antoine Reverchon

Publié le 11/10/2008 par Le Monde.

11 octobre 2008

Les USA à l’heure chinoise

Revue de presse française, NouvelObs
SUD-OUEST
C'est l'Asie et en particulier la Chine, dont la force de frappe financière est colossale, qui sortiront gagnantes de la redistribution des rôles. C'est une vraie révolution qui se prépare.


GRAY John, Le grand craquement dans la chute de l’Amérique, Mondialisation
La crise financière mondiale verra les Etats-Unis vaciller, de la même manière qu’a vacillé l’Union soviétique lors de la chute du Mur de Berlin. L’ère de la domination américaine est derrière nous.

Très souvent, le sort des empires est scellé par une interaction entre la guerre et la dette. Ce fut le cas de l’Empire britannique, dont les finances se détériorèrent à partir de la Première guerre mondiale, et ce fut aussi le cas de l’Union soviétique. Sa défaite en Afghanistan et le fardeau économique que représenta pour elle sa volonté de tenter de répondre au programme de la Guerre des Etoiles de Reagan, techniquement bidon, mais politiquement d’une redoutable efficacité, furent des facteurs déterminants dans l’engrenage qui conduisit à l’effondrement soviétique. En dépit de son exceptionnalisme tenace, l’Amérique n’échappe pas à la règle. La guerre en Irak et la bulle du crédit ont mortellement sapé la primauté économique américaine. Les Etats-Unis vont continuer à être la plus forte économie mondiale, encore quelque temps, mais ce seront les nouvelles puissances en cours d’émergence qui, une fois la crise terminée, achèteront tout ce qui sera resté intact au milieu des décombres du système financier de l’Amérique.

Lire aussi : Après la chute de l'URSS, celle des USA ?.


En Asie, les fondamentaux restent solides, Le Journal des Finances
Les places asiatiques n'ont pas été épargnées par la crise boursière. Elles ont même été massacréee. Hongkong a perdu 46 % depuis le début de l'année (au 10 octobre 2008).
Pourtant, pour tous, c'est bien en Asie que se trouve la croissance de demain. Selon le FMI, la Chine devrait enregistrer 9,2 % de croissance en 2008 et 9,5 % en 2009, même en cas de récession dans les économies européennes et américaines. « La consommation intérieure prend lentement le pas sur les exportations », indique Jean de Quatrebarbes, directeur de JPMorgan Private Bank.


SANTI Michel, Les Etats-Unis à l’heure chinoise, AgoraVox,
Les leviers à disposition notamment de la Chine et du Moyen-Orient vis-à-vis des Etats-Unis sont manifestement de plus en plus puissants car un quart de la dette américaine, soit 2,6 trillions de dollars, est à présent en mains étrangères. De même, les investisseurs étrangers sont-ils propriétaires à hauteur de 14 trillions de dollars d’actifs américains. C’est de très loin le Japon qui est le plus investi dans cette dette américaine avec quelque 593 milliards de dollars, talonné néanmoins par la Chine, en hausse de 8 % par rapport à l’année dernière, qui contrôle 517 milliards de dollars de bons du Trésor américains.


«L’Amérique d’aujourd’hui est dans le déni», Libération
L’Amérique d’aujourd’hui est dans le déni. Elle a perdu son leadership mondial, son prestige, son pouvoir. Elle ne fait plus peur à la Russie, Israël est plus vulnérable que jamais à cause de nous. Notre dette est très élevée et c’est à la Chine que les Etats-Unis empruntent le plus d’argent ! Mais les Américains ne veulent pas faire face à ces questions, ils préfèrent regarder la télé, être distraits. Les jeunes, pourtant très sensibles aux questions internationales, sont pris dans le jeu des célébrités, des stars…


Comment réformer le capitalisme, Challenges
Ce magazine veut "sauver le capitalisme"... en faisant l'éloge de l'excentrique Warren Buffett, l'homme le plus riche du monde, alors que les capitalistes, spéculateurs ou non, opèrent dans l'anonymat.

Propagande de guerre

Manque d'argent pour les hélicoptères de l'Otan en Afghanistan, Reuters - Yahoo! Actualités
Les pays membres de l'Otan ne sont pas parvenus à rassembler assez de fonds pour envoyer des hélicoptères de combat supplémentaires en Afghanistan en appui à l'Isaf, apprend-on de source autorisée.

Commentaires : L'OTAN trouve pourtant un nouveau prétexte pour continuer la guerre en Afghanistan "la lutte contre le trafic de drogue". Prétexte quand on sait que
  • Les talibans avaient combattu ce trafic
    En 1994, l'Afghanistan est devenu le premier producteur mondial d'opium. En 1999, le pays produit 75% du stock mondial. Courant 2000, le régime des taliban interdit la culture de la drogue. Puis il y a le 11 septembre. Les Américains renversent les taliban et, dès le printemps 2002, l'Afghanistan produit de nouveau des milliers de tonnes d'opium in Afghanistan, aux sources de la drogue.
  • Le frère du président Hamid Karzaï est mêlé au trafic de drogue in AFP- Yahoo! Actualités.


  • Les coûts explosent et s'invitent dans la campagne [au Canada], Canoë
    Déjà très controversée, la participation canadienne à la guerre en Afghanistan a débarqué dans la campagne électorale, ce jeudi, avec la publication d'un rapport faisant état de coûts beaucoup plus élevés que les évaluations connues.


    Afghanistan : Européens et Américains doivent partir, Libération
    Nous sommes en Afghanistan pour combattre l’obscurantisme et la barbarie, pour apporter le bien-être et la civilisation.
    C’est du reste ainsi que les anciennes puissances coloniales justifiaient leur mainmise sur les pays d’Asie ou d’Afrique : elles y apportaient «la civilisation». Comme ces bienfaits accompagnent l’occupation et la soumission du pays, ils donnent l’impression de servir essentiellement de camouflage et d’excuse.

    Dans le même esprit, on dit aussi : nous sommes en Afghanistan pour défendre nos valeurs, républicaines ou universelles, les droits de l’homme, la justice et la paix, la liberté et l’égalité. Mais l’ingérence moderne au nom de la démocratie n’est pas plus légitime que celle, ancienne, au nom de la civilisation : dans les deux cas, les moyens utilisés compromettent les fins poursuivies.


    Négocier avec les talibans ? Huyghe
    Un rapport de 16 agences du renseignement, le National Intelligence Estimate, révélé par le Nex York Times dresse un bilan catastrophique de la situation afghane : faiblesse et corruption du pouvoir central, progrès des talibans soutenus par leurs homologues des zones tribales pakistanaises qui leur fournissent les sanctuaires indispensables à toute action de guérilla, expansion du trafic de l'héroïne - partiellement combattu du temps des talibans mais qui représente maintenant la moitié des revenus du pays. Dans ces conditions, difficile de croire à "l'afghanisation" du conflit (vous vous souvenez de la vietnamisation et de son efficacité face au vietcong ?), entendez la construction d'une armée nationale crédible obéissant à un pouvoir politique démocratique capable de prendre ses affaires en main et de remplacer progressivement les troupes étrangères.

    Les déclarations de l'amiral Mullen, l'officer américain de plus haut rang, qui annonce une aggravation de la situation dans le pays. Il exprimerait l'opinion de bon nombre d'officiers, à savoir que les USA ne pourraient plus soutenir l'effort de guerre, même par une méthode "à la Petraeus" en augmentant considérablement la présence sur place. Cela semble paradoxal si l'on songe que 42 pays (dont le nôtre) sont engagés sur place, mais les moyens occidentaux ne suffiraient pas, surtout en temps de crise, même en tablant sur une réduction des troupes US en Irak.

    Les empires ont une courte durée de vie

    Les empires ont une courte durée de vie et tout retour en arrière est impossible. Ils finissent habituellement sur un champ de bataille parsemé de cadavres ou dans un incendie financier ne laissant rien derrière lui si ce n’est des tas de cendres et des morceaux de verre brisé.

    Le temps des Etats-Unis comme superpuissance arrive à son terme. La crise financière était juste la dernière paille [« qui a brisé le dos du chameau » - proverbe oriental]. Le peu de foi qui pouvait encore leur être accordé après l’invasion de l’Irak, la mise à la poubelle des traités internationaux et le mépris sans scrupule des droits de l’homme, s’est maintenant évaporé. Les Etats-Unis ont pollué le système économique mondial avec des titres garantis par des hypothèques sans aucune valeur, et en procédant de la sorte ils ont poussé 6 milliards de personnes vers une longue et douloureuse récession. C’est quelque chose qui ne peut être facilement pardonné.

    La colère à l’égard des Etats-Unis USA semble maintenant faire partout surface. Elle était particulièrement visible lors de la récente ouverture de l’Assemblée générale des Nations Unies. Habituellement, il s’agit d’un événement pénible plein de bavardages politiques vides de sens et de cérémonies prétentieuses. Mais pas cette fois-ci. Avec une planète glissant vers une récession provoquée par les Etats-Unis, la patience s’est affaiblié et les dirigeants étrangers ont commencé à porter plus énergiquement des coups aux Etats-Unis. Les discours ont été directs et plein de reproches ; plus personne « ne retient désormais ses coups ».

    Hugo Chavez du Venezuela a résumé à sa façon l’ambiance des réunions :
    « Je pense que, plus tôt que plus tard, cet empire s’écroulera, et ce sera au bénéfice du monde entier, permettant que soit mis en place un équilibre dans un monde devenu polycentrique et multipolaire. Cela garantira la paix dans le monde. À la création de ce monde multipolaire, nous apportons notre petite contribution. »

    Chavez aime le peuple américain mais s’oppose à l’empire américain, tout simplement. Il était le premier chef d’état étranger à offrir de la nourriture et de l’aide médicale aux victimes de l’ouragan Katrina. (Mais Bush a refusé son offre.) En outre, il fournit régulièrement des tonnes de mazout aux familles à faible revenu du nord-est des Etats-Unis.

    Ce à quoi Chavez s’oppose est le modèle « unipolaire » de Bush pour un gouvernement mondial par lequel les décisions cruciales concernant la planète — depuis le réchauffement planétaire jusqu’à la prolifération nucléaire — dépendent de Washington. Personne n’aime s’entendre dire ce qu’il doit faire, et personne n’aime non plus voir les Etats-Unis se mêler constamment de ses affaires. C’est pourquoi aucun des participants à l’assemblée des Nations Unies ne semblait particulièrement tracassé par le fait que les marchés financiers nord-américains soient en chute libre. Cela se nomme « schadenfreude » [malin plaisir - N.d.T], lorsque l’on prend plaisir au malheur d’autrui, et ce plaisir s’est largement manifesté aux Nations Unies la semaine dernière.

    Plusieurs des dignitaires présents semblent croire que l’affaiblissement soudain des Etats-Unis est une opportunité pour un changement dans la façon dont va le monde. C’est ce que chacun veut : un changement. Un vrai changement. Personne ne veut que les huit prochaines années soient comme les huit dernières. C’est pourquoi le thème central dans le discours de Chavez a été repris maintes et maintes fois par les autres dirigeants de la planète. Ils rejettent le système actuel et veulent jouer un plus grand rôle dans la construction de ce qui sera le futur du monde.

    Cela ne signifie pas que le monde déteste les Etats-Unis. Cela signifie juste que chacun veut un répit dans les tortures, les enlèvements, les bombardement de civils, et maintenant, la contagion des maux financiers que les Etats-Unis ont répandu dans tout le système mondial. L’absence de politique monétaire américaine qui soit régulatrice et avec des taux d’intérêts limités a fait grimper l’inflation, a provoqué des émeutes de la faim et fait grimper en flèche les prix du pétrole. Trop c’est trop. Les Etats-Unis sont comme l’invité à dîner qui ne sait pas reconnaître le moment où il est temps de rentrer chez soi. Peut-être qu’une certaine dose de récession aidera à réajuster l’approche de Washington et à rendre ses dirigeants plus sensibles aux besoins du reste du monde.

    Quoi qu’il arrive, d’autres nations se préparent déjà à un monde où le rôle de l’Amérique sera considérablement réduit.

    Le journaliste John Gray l’a mis en évidence dans son article paru dans The Observer, « un moment explosif dans la chute de la puissance américaine » :
    « Le contrôle des événements échappe aux mains américaines ... Ayant créé les conditions qui ont produit la plus grande bulle financière de l’histoire, les dirigeants politiques américains semblent incapables de saisir l’importance des dangers auxquels le pays fait face maintenant. Aveuglés dans leurs guerres haineuses et se querellant entre eux, ils semblent inconscients du fait que le leadership américain dans le monde est en train de refluer rapidement. Un nouveau monde s’annonce, presque de façon inaperçue, dans lequel l’Amérique n’est plus qu’une puissance parmi d’autres, faisant face à un futur incertain qu’elle ne peut plus ignorer. »

    Les Etats-Unis sont sur le point de se joindre à la famille des nations et d’apprendre comment s’entendre avec ses voisins, que ceux-ci le veuillent ou non. Il n’y a simplement pas d’autre choix ; le dollar chute, les déficits grimpent, et les marchés financiers sont en complet désordre. L’Amérique apprendra à coopérer ou sera alors isolée dans un monde qui se remodèle rapidement. C’est le principe « marche avec nous ou va-t-en » qui s’appliquera, un message que Washington doit apprendre rapidement pour pouvoir s’adapter à un nouveau paradigme du pouvoir.

    Oui, beaucoup d’argent ira encore dans des opérations secrètes et des sales coups fomentés par la CIA, juste pour maintenir vivant l’espoir que la superpuissance puisse être retrouvée. Ceci doit être prévu. Les escrocs aisés de la famille royale britannique rêvent toujours eux aussi de reconstruire l’empire. Mais les réalistes savent que ce n’est qu’imaginaire et sans grand danger. Rien n’en sortira. Les empires ont une courte durée de vie et tout retour en arrière est impossible. Ils finissent habituellement sur un champ de bataille parsemé de cadavres ou dans un incendie financier ne laissant rien derrière lui si ce n’est des tas de cendres et des morceaux de verre brisé. Nous pouvons seulement espérer que l’abîme économique béant devant nous comportera moins de difficultés que ce que nous prévoyons. Mais « quand une nation sème des dents de dragon, elle ne devrait pas s’attendre à une moisson de prunes douces ».

    Le journaliste Steve Watson rapporte dans Infowars :
    « Un Conseil de personnalités du monde diplomatique et d’anciens responsables économiques ont sous la direction de Bilderberger Henry Kissinger loué un encart dans le Financial Times de Londres pour appeler à la création « d’une nouvelle autorité monétaire mondiale » qui aurait le pouvoir de surveiller toutes les autorités financières nationales et toutes les grandes compagnies financières internationales.

    « Même si la massive opération de sauvetage financière lancée par les Etats-Unis atteint ses objectifs, elle devrait être suivie de quelque chose de bien plus grande envergure : l’établissement d’une autorité monétaire mondiale pour surveiller les marchés qui sont devenus sans frontières » écrit Jeffrey Garten, un ancien directeur général de Lehman Brothers.

    Les plus grandes compagnies financières mondiales devraient souscrire à l’autorité monétaire globale (GMA) et être soumises à sa surveillance, ou alors elles seront inscrites sur sa liste noire. Cela comprendrait les compagnies et les banques commerciales, mais également les fonds d’investissements des différents pays, les colossaux fonds de couverture [Hedge funds] et les sociétés privées de capitaux. Le domaine de compétence du GMA devrait inclure non seulement les banques centrales des Etats-Unis, du Royaume-Uni, de la zone Euro et du Japon, mais également de Chine, d’Arabie Saoudite et du Brésil.

    Ce GMA serait financé par des contributions obligatoires venant de tout pays solvable et par des primes d’assurance en provenance de compagnies financières internationales dont la liste serait publiée, qu’elles appartiennent à des gouvernements ou qu’elles soient privées ».

    Le rêve d’un gouvernement « unique dans le monde » ne meurt pas facilement, mais c’est comme s’il était déjà mort. Le centre actuel du système financier mondial est la Réserve Fédérale. Sa progéniture est composée du Conseil des Affaires Étrangères, du FMI, de la Banque Mondiale, du cartel des banques du G-7 et des milliers d’ONGs prédatrices qui ont étendu le champ d’action de la cabale d’opérations bancaires conduite par Washington et ont de fait étendu la « zone dollar » à travers la planète. Le néolibéralisme s’effondre. Ce que nous voyons maintenant ce sont les spasmes erratiques d’un malade du coeur s’acheminant vers l’arrêt cardiaque. Il n’y a ni médicament ni technique médicale pouvant remettre le malade sur pied.

    Personne n’imagine prendre les Etats-Unis ou leurs « casseurs économiques » comme partenaires pour le futur économique de leur pays. Ces jours-là sont terminés. Les Etats-Unis devront se tirer eux-mêmes des décombres et repartir sans afflux massifs de capitaux à faible coût venus de Chine, du Japon et des état du Golfe. Les sources d’argent ont été taries. L’avenir est fait de gruau et de périodes difficiles. C’est le prix qu’il faudra payer pour avoir escroqué le monde avec des avoirs garantis par des hypothèques sans valeur et autres déchets « impossibles à transformer en liquidités ».

    Le premier ministre russe Vladimir Poutin a résumé les événements récents sur les marchés financiers de la façon suivante :
    « Tout qui se produit dans la sphère économique et financière a commencé aux Etats-Unis. C’est une vraie crise que nous avons en face de nous, et ce qui est vraiment triste c’est de constater une incapacité à prendre les décisions appropriées. Il n’est plus question de l’irresponsabilité venant de quelques individus, mais de l’irresponsabilité venant d’un système dans son entier, qui comme vous le savez, a en plus des prétentions à exercer un leadership mondial. »

    En marge de l’Assemblée générale des Nations Unies, le ministre allemand des finances Peer Steinbuck a fait écho à ce genre de sentiments lorsqu’il a déclaré :
    « Les Etats-Unis sont les seuls à devoir être blâmés pour la crise financière. Ils sont la cause de la crise et ce n’est pas le cas de l’Europe ni de la République Fédérale d’Allemagne. C’est l’obsession anglo-saxonne de bénéfices à deux chiffres et de bonifications massives pour les banquiers et les cadres d’entreprise qui est responsable de la crise financière. »

    Il a ajouté : « les conséquences à long terme de la crise ne sont pas claires. Mais une chose me semble probable, c’est que les Etats-Unis perdront leur statut de superpuissance dans le système financier mondial. Le système financier de la planète est en train de devenir multipolaire. »

    Steinbuck reprenait simplement les idées de la chancelère Angela Merkel qui avait employé un langage plus diplomatique pour faire part de ses critiques :
    « La crise actuelle nous montre que vous pouvez faire des choses au niveau national, mais que tout le reste doit être convenu au niveau international. Nous devons agir pour que soient négociées des règles plus claires de sorte qu’une crise comme celle-ci ne puisse pas se répéter. »

    Merkel sait que l’Europe a été aveuglée par le système de dérégulation américain qui permet à des escrocs et à des fourbes de tenir le perchoir. Même maintenant — au milieu du plus grand scandale financier de l’Histoire — pas un seul président ou responsable financier d’une banque d’affaires importante n’a été accusé ou traîné en justice.

    Les marchés américains sont des espaces sans lois « libres pour tous » où personne n’est jugé responsable combien grand soit le crime ou combien grand soit le nombre de personnes lézées. Mais il y a un prix à payer à force d’exploiter un système tordu et d’avoir plumé les investisseurs, et les Etats-Unis payeront ce prix. Déjà, l’achat de bons du trésor américain a nettement ralenti. Dans les mois à venir, le perfusion permettant la survie des Etats-Unis sera retirée et la tente à oxygène enlevée. Les protégés de Kissinger ne semblent pas inquiets à ce sujet, mais le travailleur américain devrait l’être. Il y a devant nous une locomotive transformée en épave et beaucoup de personnes vont inutilement souffrir.

    Voici comment le formule Spiegel Online :
    « La crise bancaire met à terre la domination américaine sur les marchés financiers et sur la politique mondiale. Les pays industrialisés glissent dans la récession, l’ère du turbo-capitalisme se termine et la force militaire des Etats-Unis est en baisse... Fini le temps des Etats-Unis jouant des muscles et plein d’arrogance que le monde connaît bien. Fini le temps de la superpuissance qui définit les règles pour chacun et qui considère sa façon de penser et de faire des affaires comme la seule voie vers le succès.

    La nouvelle Amérique est à l’affiche, un pays qui ne fait plus confiance à ses vieilles valeurs et encore moins à ses élites politiciennes qui n’ont pas vu les problèmes surgir à l’horizon, ni à ses responsables économiques qui ont essayé de vendre aux citoyens américains un monde d’une prospérité factice... La fin de l’arrogance est également à l’affiche. Les Américains payent maintenant le prix de leur prétention.

    America Loses Its Dominant Economic Role, Spiegel Online.

    Le Président russe Dmitry Medvedev n’était pas présent aux cérémonies d’ouverture aux Nations Unies, mais ses vues sur le monde « multipolaire » naissant valent la peine d’être prises en compte.

    Dans une interview récente il a déclaré :
    « Nous ne pouvons pas avoir un monde avec un seul centre. Le monde doit avoir plusieurs pôles. Un monde polycentrique est la seule manière d’assurer la sécurité dans les années à venir. Aussi je pense que c’est une direction très prometteuse à poursuivre pour notre pays... Le monde est plus stable quand il y a plusieurs intervenants importants, majeurs, jouant un rôle politique. Dans un monde multipolaire, chacun influence tout le monde. Nous travaillerons à cela.

    Je ne pense pas que le monde bipolaire qui a existé entre l’OTAN et le Pacte de Varsovie (à l’époque de la guerre froide) a une perspective d’avenir. Mais il est clair aujourd’hui qu’un monde unicentrique ne peut pas totalement contrôler les situations de crise. »

    Les deux candidats à l’élection présidentielle américaine se sont engagés à maintenir la doctrine unilatéraliste de Bush. Obama est tout à fait désireux comme McCain de violer les frontières souveraines, d’envahir des pays qui ne représentent aucune menace imminente de sécurité nationale pour les Etats-Unis, et de continuer a violer de façon flagrante les Droits de l’Homme et le droit international tant que cela fait progresser les objectifs géopolitiques des mandarins occidentaux. Il n’y a aucun doute que la dégringolade financière imminente ramènera nos dirigeants à la raison et contribuera à rétablir la république.

    La guerre que Bush a lancée contre le monde — la guerre « contre la terreur » — persistera pendant des années après que le système financier des Etats-Unis se soit écroulé. La volonté de puissance est alimentée par de l’arrogance, une certaine conscience de classe et un « sens du droit » plus puissants que la volonté même de survivre. C’est la force qui anime les pulsions destructrices et suicidaires dans la guerre actuelle. Et c’est pourquoi la guerre va encore se poursuivre. Le tissu social des Etats-Unis sera en lambeaux bien avant que la guerre ne s’arrête. Un sens fort du droit produit la croyance : « le monde est à moi et j’en fais ce que je veux, et les plaintes des autres sont sans importance ». Ces sentiments ne peuvent pas être changés par la logique ou par une discussion faisant intervenir la raison ; ils doivent être éradiqués avec un scalpel de la même façon que l’on procéderait avec une tumeur cancéreuse.

    Les soucis sont devant nous. Le monde multipolaire est sur le point de se heurter de front avec le monde unipolaire « basé sur la foi » et des millions d’individus vont en souffrir. Mais il n’y a aucun doute quant au résultat final. Les plats géopolitiques s’écartent inexorablement de Washington. La capacité des Etats-Unis à faire la guerre va s’éroder en même temps que vont se tarir les capitaux et les ressources nécessaires. Ce n’est qu’une question de temps avant que la machine de guerre ne s’essoufle et que les troupes ne rentrent chez elles. Quand les tueries cesseront, un monde véritablement nouveau apparaîtra.

    Mike Whitney
    2 octobre 2008

    Publié le 10 octobre 2008 par Info-Palestine.
    Traduit de l’anglais par Claude Zurbach.

    Lire aussi : Après la chute de l'URSS, celle des USA ?.

    10 octobre 2008

    Le pire n'est jamais sûr

    L'inflation des réunions de crise :
  • Fortis au premier plan durant le mini-G4 européen, Chronique Agora.
  • La crise financière et le G7, NouvelsObs.
  • Crise financière : Dmitri Medvedev soutient l'idée d'un sommet extraordinaire du G8, RIA Novosti.
  • Un G16 plutôt qu’un simple G8, Telos.
  • Pourquoi pas un G192 ?

    Nouvelles victimes du krach boursier, Chronique Agora
    Les commentateurs tentent de s'y retrouver mais ne trouvent guère de métaphores convaincantes pour décrire une situation sans précédent dans l'histoire -- et qui demeurera maintenant, quoi qu'il arrive, le plus sévère krach depuis 1929. Non pas un simple krach boursier... mais un krach systémique global, se propageant à la vitesse de frappe des opérateurs sur leurs claviers d'ordinateurs, qui puisse sa source dans le collapsus du système financier américain.

    L'action coordonnée des banques centrales occidentales mercredi midi s'avère un échec complet.

    La situation est tellement critique que les marchés peuvent difficilement imaginer que le G7, déjà largement délégitimé, fasse étalage de ses divisions et de son impuissance... Cependant, il ne peut prendre le risque d'agir sans l'assentiment d'une majorité des membres du G20, et notamment de la Chine, de la Russie, de l'Inde ou du Brésil.


    Les nationalisations des banques en période de crise financière, La Bataille socialiste
    L’avancement la crise financière a entraîné de nouvelles attitudes recourant à l’État comme garantie: émetteur de plans de socialisation des pertes, et maintenant actionnaire de secours. La mode du jour est à la nationalisation des banques, mot d’ordre de gauche mis en œuvre par les libéraux. Que faut-il en penser?


    ZIZEK Slavoj, Lutte des classes à Wall Street, Le Monde
    La première chose qui saute aux yeux lorsqu'on observe les réactions actuelles à l'effondrement financier, c'est que... personne ne sait vraiment ce qu'il faut faire.

    Mais puisqu'on ne cesse de nous répéter que la confiance et la croyance sont déterminantes, nous devrions aussi nous demander dans quelle mesure le fait que l'administration américaine ait, dans la panique, rehaussé les enjeux, n'a pas aggravé le danger qu'elle tente de conjurer. Il est aisé de remarquer la similarité du langage utilisé par le président Bush dans son allocution au peuple américain après le 11-Septembre et dans celle qui a suivi l'effondrement financier : on dirait deux versions du même discours.


    Daily Show

    Source : Dailymotion


    Revenons au 15 juillet dernier, quand le sénateur républicain Jim Bunning attaquait le président de la Réserve fédérale des Etats-Unis, Ben Bernanke, en affirmant que sa proposition prouvait que "le socialisme est bel et bien vivant en Amérique" : "La Fed veut désormais être le régulateur de risque systémique. Mais la Fed est le risque systémique. Accroître le pouvoir de la Fed revient à donner au gamin qui a brisé votre fenêtre en jouant au base-ball dans la rue une batte plus grande, et à considérer que cela résoudra le problème."

    Bunning a été le premier à exposer publiquement les grandes lignes du raisonnement justifiant la révolte du Parti républicain contre le plan de sauvetage fédéral. Ce raisonnement mérite que nous y regardions de plus près. Nous pouvons ainsi remarquer que la résistance au plan de sauvetage a été formulée en termes de "lutte des classes" : la Bourse, Wall Street, contre la rue, Main Street. Pourquoi devrions-nous aider les responsables de la crise ("Wall Street"), et laisser les simples emprunteurs (dans "Main Street") payer le prix fort ?

    Donc le plan de sauvetage est-il réellement une mesure "socialiste", l'aube du socialisme d'Etat aux Etats-Unis ? Si tel est le cas, c'est en un sens bien singulier : une mesure "socialiste" dont le but premier n'est pas de venir en aide aux pauvres, mais aux riches, non pas à ceux qui empruntent, mais à ceux qui prêtent. L'ironie suprême réside ainsi dans le fait que la "socialisation" du système bancaire est acceptable lorsqu'elle sert à sauver le capitalisme : le socialisme est néfaste - sauf lorsqu'il permet de stabiliser le capitalisme.

    Lorsque nous sommes soumis à un chantage tel que le plan de sauvetage, nous devons garder à l'esprit qu'il s'agit d'un chantage, et nous efforcer alors de résister à la tentation populiste de donner expression à notre colère et ainsi de nous asséner des coups. Au lieu de céder à une telle expression impuissante, nous devrions maîtriser notre colère pour la transformer en une ferme résolution de penser, de réfléchir d'une manière réellement radicale, de se demander quelle est cette société que nous sommes en train de quitter qui rend possible ce genre de chantage.


    Insolites procureurs du capitalisme financier, Le Monde diplomatique
    On est à peine surpris d’apprendre que les docteurs convoqués par les médias au chevet du capitalisme comptent souvent au nombre de ceux qui, il y a à peine quelques mois, vénéraient le « libéralisme », voire exigeaient que la gauche s‘y convertisse sans tarder.

    Quant à M. Peyrelevade, ancien patron du Crédit lyonnais, aujourd’hui conseiller économique de M. François Bayrou, interrogé sur la crise financière par le mensuel Capital, il livrait le diagnostic suivant : « Grâce à [leur] réactivité, les Etats-Unis devraient parvenir à garder sous contrôle leur crise immobilière » ; « Je ne crois pas que la faillite de Lehman Brothers annonce un tsunami financier mondial. » Cet entretien est paru dans le numéro... d’octobre 2008.

    Commentaires : Les gourous pullulent en situation de crise pour dire aujourd'hui le contraire de ce qu'ils avaient dit hier ou pour chanter la berceuse "y'a qu'à"...
  • Le soleil se lèvera-t-il à l'est ?

    Que diriez-vous d'une Amérique mise en liquidation judiciaire avec la Chine comme créancier prioritaire !
    Chronique Agora

    Le sous-secrétaire américain au Trésor a déclaré que le développement soutenu de l'économie chinoise est capital pour l'économie du globe, Le Quotidien du Peuple
    David H. McCormick, sous-secrétaire américain au Trésor chargé des affaires internationals, a declare le 9 octobre à Washington que la Chine est un important investisseur du globe et un moteur de la croissance économique du globe. Dans cette crise financière globale, la Chine a évité beaucoup de problèmes auxquels fait face le marché financier du globe, et le développement soutenu de l'économie chinoise est capital pour l'économie du globe, a-t-il ajouté.


    Face à la tempête, la Chine prend ses marques sur la scène financière internationale, Aujourd'hui la Chine
    Aux antipodes des problèmes des économies occidentales, la Chine est un pays où la liquidité abonde et dont les institutions ont été très peu exposées aux subprimes américains, les crédits hypothécaires à hauts risques (moins de 1% du secteur bancaire, selon des estimations occidentales).

    C'est dans les minutes suivant l'annonce que six grandes Banques centrales occidentales diminuaient leurs taux d'intérêt, que la quatrième économie de la planète, en passe de ravir la troisième place à l'Allemagne, annonçait mercredi une mesure similaire.

    La Chine a envoyé "le signal qu'elle veut participer au mouvement", indique un expert occidental sous couvert de l'anonymat. "Elle profite de la situation pour avancer ses pions car elle veut prendre toute sa place", ajoute-t-il.

    "Le but de la Chine est clairement de stabiliser l'économie et le marché boursier (chinois) mais elle répond aussi aux mesures internationales de sauvetage des marchés. Quand la crise sera passée, l'économie mondiale affrontera une recomposition et la Chine doit reconsidérer sa position", renchérit Gao Yi, analyste d'Orient Securities.

    Mais pour l'heure, elles n'ont pas signalé leur désir de mettre à profit leurs énormes réserves de change, qui dépasseraient les 2.000 milliards de dollars, ni de faire intervenir les fonds souverains pour voler au secours des institutions malades, malgré les appels du pied pressants de leurs partenaires.


    Crise financière : Dmitri Medvedev soutient l'idée d'un sommet extraordinaire du G8, RIA Novosti
    "Si l'on décide de se réunir, il faut le faire avec la participation des autres économies clés", a indiqué le président russe, précisant qu'il s'agissait de la Chine, de l'Inde, du Brésil, du Mexique et de l'Afrique du Sud.


    La Fed gardera-t-elle le dollar ?, SERIATIM
    Il faut bien réfléchir au silence impérial de la Chine, de la péninsule arabique, de la Russie, de l’Inde, sur la prudence du Japon (qui vient de racheter des établissements bancaires américains).

    Et l’Union européenne ? Elle se trouve dans une position particulière. Le sommet franco-russe d’Evian s’est déroulé dans une parfaite harmonie. L’armée russe a évacué les zones tampons en Géorgie et fait, de facto, entériner les indépendances d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie. Au nom de l’Union européenne, l’action diplomatique française depuis août, épaulée par l’Allemagne, ne varie pas d’un iota : se rapprocher de la Russie.

    Lire : World Policy Conference à Evian et World Policy Conference à Evian (suite).

    Le capitalisme made in China

    Les récents Jeux Olympiques furent une grande vitrine pour le nouveau capitalisme chinois en plein essor. La Chine actuelle est le résultat d’un long processus de restauration capitaliste débuté il y a trois décennies. Les réformes commencèrent en 1978, s’amplifièrent et accentuèrent leur portée, affaiblissant progressivement les mécanismes de l’économie planifiée et reçurent un élan décisif à partir de 1992.

    Les années 1990 furent marquées par un processus sans frein de privatisation et de libéralisation des services publics. Aujourd’hui, les deux tiers des salariés chinois travaillent pour des capitaux étrangers. Juste au commencement du XXIe siècle, l’entrée de la Chine au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce en 2001 fut le point d’apogée de son processus de réintégration dans le capitalisme mondial.

    Peu sont, heureusement, ceux à gauche qui ont des illusions sur le modèle chinois. Mais nous devons rester clairs : trente ans de reformes ont configuré un capitalisme sauvage sans palliatif. Et ceci est l’horizon vers le quel va le pays, malgré une rhétorique sur une « société harmonieuse » du président Hu Jintao. L’évidence croissante des désastres sociaux et écologiques causés par l’actuel modèle d’accumulation a provoqué des rectifications dans le discours officiel et des ajustements dans les politiques pour contenir les déséquilibres, mais non pas une modification de l’orientation politique générale.

    La restauration capitaliste fut pilotée par le Partie Communiste Chinois (PCC) dont l’idéologie et la nature se sont transformées. Le nationalisme s’est converti en l’élément principal du discours et de l’identité du PCC, et il est utilisé comme un facteur de cohésion et de légitimité du projet politique. D’où l’importance stratégique des Jeux.

    La Chine est traversée par de grands déséquilibres sociaux et régionaux. Les reformes ont provoqués la concentration des revenus, une polarisation sociale et une augmentation des inégalités. Le coefficient de Gini (qui mesure l’inégalité) est passé de 0,30 en 1980 à 0,48 et selon la Banque Mondiale il existerait quelques 300 millions de pauvres dans le pays. La majeure partie de l’activité économique se concentre sur les régions côtières (elles reçurent près de 85% de l’investissement étranger l’an passé) qui contrastent avec les régions appauvries de l’intérieur du pays. Le modèle actuel de développement a aussi un haut coût environnemental, en particulier en ce qui concerne la pollution de l’air des grandes villes et de l’eau.

    La base sociale sur laquelle s’appuie le régime chinois est la nouvelle bourgeoisie émergente, liée à l’appareil d’Etat et du Partie, et une classe moyenne urbaine significative, qui inclut aussi les secteurs les plus qualifiés des salariés, et beaucoup de fonctionnaires et membres de l’appareil d’État.

    La classe travailleuse a expérimenté de profondes transformations. Les travailleurs du secteur public, qui soit 20% de la population active, furent durement touchés par la vague de privatisations qui a supprimée 40% des emplois publics. Cette fraction de la classe travailleuse a connu l’érosion des garanties sociales de la période maoïste. Symboliquement elle fut dégradée de son statut social, passant d’une considération officielle du régime comme la « classe dirigeante » à une mise « hors combat » par les reformes.

    En parallèle, une nouvelle fraction de la classe travailleuse a émergé, formée par les individus de l’émigration rurale et elle est concentrée dans les industries orientées à l’exportation sur la côte Est et au niveau du delta de la rivière des Perles, et aussi dans des secteurs tels que la construction et les services qui sont mal rémunérés dans les grandes villes. L’émigration interne rurale-urbaine est alimentée par une crise du monde rural et l’effondrement du pouvoir d’achat des paysans, représentant un tiers de celui de la population urbaine. Chiffrée à 150 millions de personnes, cette nouvelle classe de travailleurs occupe les échelons les plus bas du marché du travail.

    Leurs conditions de travail et de vie constituent la face la plus amère du nouveau capitalisme chinois. Des salaires bas, des journées de travail interminables, des conditions de travail insalubres et la violation des droits du travail de la part de beaucoup d’entreprises et de leurs sous-traitant forment sa réalité quotidienne. La fédération syndicale officielle, l’unique légale, manque d’autonomie vis-à-vis de l’État, elle est subordonnée aux intérêts des entreprises et elle n’est pas un instrument réel de défense des travailleuses et des travailleurs.

    Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que les luttes sociales aient augmentées depuis la fin des années 1990. Cependant, elles demeurent fragmentées et isolées et en raison de la dure répression elles ne peuvent créer quasi aucune base organisationnelle. Il n’existe pas de convergence entre les mobilisations des travailleurs du secteur public et celles de la classe ouvrière immigrante. Ni entre les nombreuses protestations provenant du monde rural et celles des zones urbaines.

    Soutenir ces luttes émergentes en Chine contre l’actuel modèle d’accumulation, du à l’importance du pays et de sa position dans l’architecture du capitalisme global, c’est une tâche stratégique centrale pour les mouvements opposés à la mondialisation néolibérale. Sans que cela implique, évidemment, de faire le jeu des gouvernements occidentaux quand hypocritement ils dénoncent les abus de droits humains en Chine ou la répression du peuple tibétain. Du résultat des luttes populaires présentes et futures en Chine dépendra en bonne partie de la forme que prendra le monde à venir.

    ANTENTAS Josep Maria, VIVAS Esther
    9 octobre 2008

    Publié par Alternatives international.

    9 octobre 2008

    World Policy Conference à Evian (suite)

    L'ami Sarko, RIA Novosti
    Dmitri Medvedev a obtenu contre toute attente le soutien de Nicolas Sarkozy à son idée de réforme du système de la sécurité européenne, lit-on jeudi dans les quotidiens Gazeta.ru et RBC Daily.

    Les deux leaders ont fait chacun un discours-programme lors de la conférence d'Evian (World Policy Conference). Les experts font remarquer que les intérêts de la Russie et de l'UE sont objectivement les mêmes, mais soulignent que le sommet n'a proposé aucune solution concrète vis-à-vis des problèmes internationaux.

    Les cinq principes de Medvedev concernant un nouvel accord sur la sécurité européenne, qui devrait remplacer l'Acte final de la Conférence d'Helsinki de 1975, reflètent manifestement la conception du monde multipolaire propre au Kremlin. Leur idée essentielle est qu'aucun Etat ne possède de droits exclusifs concernant le maintien de la sécurité en Europe, mais que tous ceux qui partagent ces principes doivent renoncer à résoudre les problèmes par des conflits militaires et à participer à des alliances militaires qui menacent d'autres pays.

    Dans un discours passionné, juste après celui du président russe, Nicolas Sarkozy a soutenu certaines des idées de Medvedev. En outre, pendant toute la durée de son intervention, le président français a semblé répondre à son homologue russe, en entamant une phrase sur deux par "Cher Dmitri".

    Cette attitude bienveillante du président français n'a cependant pas surpris les experts. Sarkozy tente de "s'emparer du leadership intellectuel des Etats-Unis", et Medvedev est son principal allié en ce sens, indique Fedor Loukianov, rédacteur en chef du magazine "Rossiïa v globalnoï politike" ("La Russie dans la politique globale").

    Selon M. Loukianov, le président russe a employé un ton très juste, en proposant de réfléchir conjointement sur les mesures à prendre face à la crise financière et en faisant des propositions concrètes sur la sécurité européenne. "Le monde est tellement embrouillé que tous en ont par-dessus la tête des critiques improductives. Et les propositions de Medvedev ont le mérite de faire avancer les choses ne serait-ce qu'un peu", fait-il remarquer.

    "Il nous faut un nouveau Ialta en politique et un nouveau Bretton Woods en économie. Bien sûr, il est impossible de sauver le système avec ces cinq points, mais il faut voir derrière les phrases générales du discours une invitation faite à l'Europe pour discuter du nouvel ordre du jour", estime Konstantin Simonov, directeur général du Centre de conjoncture politique.

    "Compte tenu des relations tendues avec les Etats-Unis, la Russie continue à s'orienter vers le rapprochement avec l'Europe. Quant à l'UE, elle veut également devenir un acteur le plus indépendant possible dans l'arène internationale et se débarrasser de sa dépendance envers les Etats-Unis. C'est là que les positions de l'Europe et de la Russie coïncident", affirme Timofeï Bordatchev, directeur du Centre d'études européennes du Haut collège d'économie.

    Vladimir Goutnik, directeur du Centre d'études européennes de l'Institut d'économie mondiale et de relations internationales, reste toutefois sceptique sur les résultats de la conférence d'Evian: "La rencontre d'Evian n'a apporté qu'une rhétorique vide et des réflexions générales, et n'a proposé aucune solution concrète face aux problèmes internationaux, surtout dans le domaine des finances".


    Les accords d’Evian, Dedefensa
    En gros, voici ce qui s’est dit, compris et interprété.

    • L’affaire géorgienne s’estompe et apparaît pour ce qu’elle fut : un détonateur pour d’autres grandes ambitions. Les Russes tiennent leurs promesses et s’en vont. Tout le monde applaudit, Sarko-UE peut proclamer au nom de l’UE “mission accomplished”.

    • La (première) grande affaire devient le projet russe de nouveau pacte de sécurité européen (le “plan Medvedev”, présenté en juin dernier).

    • Mais les Russes ratissent large. Medvedev parle aussi du système financier mondial, dont il dit qu’il est urgent de le réformer en écartant la prépondérance absolue et désormais obsolète des USA. Nous sommes là dans le vif du vif du sujet, qui est l’actuelle déroute du système anglo-saxon, chaque jour avec une victime expiatoire de plus, – et quelles victimes !

    Tout s’enchaîne selon un même point de vue, qui assure par antinomie un rangement hiérarchique du désordre mondial avec la mise en évidence des principaux facteurs de ce désordre : de la crise 9/11 et ses suites obsessionnelles (Irak, Iran, Afghanistan) ; à la crise géorgienne qui nous rapproche du point central en activant la politique russe de déconstruction du système et en donnant à la Russie une place centrale ; à la crise financière, avec en flanc-garde eschatologiques les crises de l’énergie et du climat, qui porte un coup de boutoir terrible au système central en mettant à nu ses contradictions et son caractère déstructurant devenu insupportable.

    Dans toutes ces agitations, et notamment à Evian, il y a un grand absent, – les USA bien sûr. Le pouvoir américaniste évolue actuellement en pilotage automatique selon un système naturellement conçu par le puissant Pentagone, – on imagine son efficacité; ce pouvoir est, par conséquent, totalement sourd et aveugle par rapport à ce qui se passe. Il est en mode autiste, incapable d’imaginer que quelque chose puisse se passer en dehors de lui, qui ait quelque importance, notamment avec la Russie et en Europe, dont personne à Washington n’imagine qu’on puisse y concevoir une idée hors du champ des influences américanistes.

    Commentaires : Cette conférence fut peu commentée par les médias français dominants, absorbés par le feuilleton de la crise financière. La presse russe l'a naturellement très largement présentée, commentée et analysée. Lire RIA Novosti.