27 octobre 2008

De la crise financière à la crise sociale

Le directeur général du BIT Juan Somavia se montre pressant : «Nous avons besoin d’une action rapide et coordonnée des gouvernements pour prévenir une crise sociale». Après la crise financière puis la crise économique, la crise sociale ? Ces derniers temps, une succession de rapports et études de fond venant de tous horizons se sont penchés sur les évolutions des structures sociales sous l’effet du marché et de la dérégulation. Comme si la crise avait fait ressurgir les craintes que de fortes tensions sociales en germe depuis des années éclatent aujourd’hui. Les conclusions ne sont guère optimistes.

Ces dernières décennies ont vu les inégalités augmenter dans le monde. Un rapport très documenté de l’OCDE se penche pour la première fois sur la question. Il en conclut que «depuis le milieu des années 80 et probablement depuis le milieu des années 70», les pays développés ont vu «une augmentation à la fois les inégalités de revenu et du nombre de pauvres», dans une proportion «assez générale et significative». Le rapport annuel de l’OIT, publié quelque jours avant, s’était penché sur la même question et avait abouti aux mêmes conclusions : dans presque ¾ des pays, les disparités de revenus entre les 10 % des salariés les mieux rémunérés et les 10 % les plus mal se sont accrues. «La mondialisation financière provoquée par la déréglementation des flux de capitaux à l’échelle internationale a été un facteur majeur d’inégalité de revenus. L’espoir était que la mondialisation financière contribuerait à améliorer l’allocation des ressources». Elle «n’a pas réussi à améliorer la productivité mondiale» accuse le rapport.

Tous les domaines sont touchés. Les Nations-Unies, dans leur rapport 2008-2009 sur l’état des villes dans le monde, note que les agglomérations américaines sont devenues parmi les plus inégales, et que de tels niveaux d’inégalités «mènent tout droit à des émeutes et des révoltes sociales». L’espérance de vie des populations noires dans les villes américaines ne dépasse pas celle des habitants de certains états pauvres de l’Inde, souligne le rapport. L’OCDE note pour sa part que, dans tous les pays, «la pauvreté des enfants a augmenté, et elle se situe aujourd’hui au-dessus de la moyenne générale». Phénomène particulièrement préoccupant selon les auteurs, le bien-être des enfants étant «un déterminant clé de la vie qu’ils auront une fois parvenus à l’âge adulte». En France, les observatoires régionaux de santé pointent l’aggravation des inégalités sociales face à la santé : l’espérance de vie d’un cadre est plus longue de six ans que celle d’un ouvrier, et cet écart s’accroît expliquent-t-ils, avant de déplorer le «peu d’intérêt public pour les déterminants sociaux de la santé».

Fragilités sociales et frustrations croissantes

Comment en est-on arrivé là ? Le Centre d’analyse stratégique (ex-Commissariat au Plan) apporte quelques éléments de réponse : la protection de l’emploi en Europe s’est retrouvée éprouvée par la mondialisation. L’assouplissement de la législation en vue d’aboutir à une plus grande flexibilité de l’emploi, préconisation phare de tous les experts depuis des décennies, a eu pour effet d’augmenter les emplois précaires et d’aggraver des inégalités. Et il n’est pas sûr que les modèles de «flexisécurité», mis en avant par la Commission européenne et bon nombre de gouvernements nationaux pour compenser les effets de cette souplesse par des stratégies de formation, des politiques actives du marché du travail et de nouvelles protections sociales, puissent vraiment résister aux pressions de la mondialisation.

Ce sont ainsi tous les équilibres sociaux qui se modifient. La dernière étude de l’APEC explique que chez les cadres, l’organisation du travail met de plus en plus l’accent sur l’autonomie, la responsabilité, la différenciation des revenus. Huit augmentations de salaire sur dix proviennent désormais d’augmentation individuelles, les revalorisations collectives n’existant quasiment plus. Résultat en 2007, la moitié des cadres ont perdu du pouvoir d’achat. La Banque de France explique quant à elle que, plus en bas de l’échelle sociale, la part des personnes en situation de surendettement «passif», c’est-à-dire suite à une perte d’emploi, une maladie etc., s’accroît d’année en année. La DARES a pour sa part décidé de se pencher sur le financement de la protection sociale, et note une forte hausse du poids supporté par les ménages : en 1990, ces derniers contribuaient à hauteur de 31 % au financement de la protection sociale, les entreprises à hauteur de 42 %. En 2006, la proportion est presque inverse : 40 % pour les ménages, 36 % pour les entreprises.

Au final, les fragilités et les frustrations s’accroissent : l’INSEE note que 1,6 millions de personnes sont insatisfaites de leur emploi (en grande partie pour des questions de rémunération ou de stabilité) et souhaitaient en changer, et que 770 000 personnes déclarées comme «inactives» souhaiterait en fait trouver un emploi, ce qui pourrait amener à les comptabiliser comme chômeurs.

Injustice réelle et ’’sentiment d’injustice’’

Un tel déferlement d’études amène à s’interroger sur les conséquences sociales de ces phénomènes. L’OCDE note que les résultats des études montrent souvent que l’augmentation des inégalités n’a en fait «pas un caractère aussi spectaculaire qu’on le pense généralement». C’est «l’effet Gala», du nom du magazine où se trouve étalée la vie des très riches qui le sont devenus encore plus et qui focalisent l’attention des médias. Mais cela ne doit pas amener à en minorer les conséquences politiques : «Ce n’est pas pour autant que cela n’a pas d’importance – si les gens se préoccupent des inégalités c’est notamment parce qu’ils se préoccupent de justice. Or, une grande partie de la population estime que les revenus d’une petite minorité témoignent d’une très grande injustice» affirme l’étude.

Les rémunérations des dirigeants sont évidemment ici pointées en exemples désastreux : «une évolution fondamentale fut l’utilisation des systèmes de ‘rémunération basée sur la performance’ pour les cadres dirigeants et les chefs d’entreprise» explique l’OIT dans son rapport. «Le résultat a été une hausse démesurée des salaires des dirigeants. Aux Etats-Unis par exemple, entre 2003 et 2007, la rémunération des directeurs généraux a augmenté en termes réels de 45%, comparé à moins de 3% pour le travailleur moyen». Sentiment d’injustice d’autant plus exacerbé qu’aucune justification économique sérieuse ne peut être avancée : «les études montrent que ces systèmes ont engendré des effets très modérés, voir inexistants sur la performance des entreprises».

Un sondage de la BBC réalisé dans 34 pays vient confirmer ces phénomènes : pour les deux tiers des populations, les évolutions économiques de ces dernières années n’ont pas été justement partagées. Ce taux monte à près de 80 % en France. Or, comme le note l’OIT, «les conflits sociaux se multiplient quand les inégalités sont perçues comme excessives. Le soutien de l’opinion aux politiques de croissance s’érode si les catégories à bas salaires et les classes moyennes pensent que ces politiques font peu de choses pour améliorer leur situation alors qu’elles bénéficient aux catégories les mieux rémunérées».

La puissance publique responsable

Que faire ? L’OCDE reconnaît que le marché a tendance à creuser les inégalités, et que seule la puissance publique peut tenter de les atténuer : «si les gouvernements cessent d’essayer de contrebalancer les inégalités et ne dépensent plus autant en prestations sociales ou ne ciblent plus aussi étroitement la fiscalité et les transferts sur les personnes aux revenus les plus faibles, alors les inégalités augmenteront beaucoup plus rapidement». De fait, dans les pays développés, les pouvoirs publics ont alourdi au cours de ces dernières décennies les prélèvements fiscaux et augmenté les dépenses pour tenter de contrebalancer le creusement des inégalités. Mais augmenter sans cesse les prélèvements fiscaux ne peut être un équilibre durable. L’OCDE finit par adopter un langage qu’on ne lui connaissait pas : «la seule façon durable de réduire les inégalités est de mettre fin à la tendance sous-jacente au creusement des écarts sur le plan des salaires et des revenus du capital» affirme-t-elle. L’OIT enfonce le clou : dans deux tiers des pays, la part des salaires dans le revenu total a reculé au cours des vingt dernières années.

Les crise précédents ont montré que les destructions d’emploi engendrées par les crises financières ont des effets à long terme sur les groupes les plus vulnérables. Alors que le BIT estime que la crise pourrait mettre au chômage 20 millions de travailleurs en 2009, établissant un record historique de chômeurs de 210 millions de personnes dans le monde, nul doute qu’après avoir traité l’urgence de la crise financière, les gouvernements devront se pencher un peu plus qu’ils ne l’ont fait jusqu’à présent sur la question sociale, et, là aussi, trouver de nouvelles régulations à long terme.

Clément Abélamine
27/10/2008
Publié par Boulevard Exterieur.

Conséquences sociales de la crise

Revue de presse française, NouvelObs
Libération
La domination mondiale des idées libérales, à l'oeuvre depuis les années 80, arrive à un crépuscule. La chute des banques et de la Bourse en sont les symboles ; la progression des injustices à l'échelle planétaire en est le facteur principal et la récession qui commence le catalyseur. Partout les idées d'intervention publique, de régulation écologique et sociale, de solidarité et de volontarisme industriel sont à la hausse. La gauche française, qui a mis si longtemps à se convertir au réalisme, se trouve prise à contre-pied. Elle se rallie sur le tard à une économie de marché qui se précipite dans la crise. Ses électeurs en tirent les conséquences. (...) les principes les plus classiques de la social-démocratie, ceux qu'on disait dépassés par la mondialisation, sont plébiscités massivement. Dans le même mouvement, l'anticapitalisme radical renouvelé par l'altermondialisme trouve des soutiens croissants. La crise déplace les lignes vers la gauche. (...) La demande de justice sociale et d'action collective (...) ne pourra déboucher sans une stratégie nouvelle et un projet inédit.
Commentaires : Libération fut un acteur particulièrement propagandiste du néo-libéralisme. Lire :
• RIMBERT Pierre, Il y a quinze ans, « Vive la crise ! », Le Monde diplomatique
• "Vive la crise" : une pédagogie de la soumission, Là-bas si j'y suis
• MALER Henri, Libération, d'un Joffrin à l'autre, Acrimed

Ouest France
Face au risque de gangrène qui menace le corps de l'économie française, Nicolas Sarkozy, est contraint (de) changer radicalement de registre. Pourfendre avec brio les errements coupables du capitalisme financier à Toulon, New York ou Pékin est une chose. Répondre, concrètement, à l'angoisse du salarié licencié sans sommation et sans justification acceptable à Niort, Saint Brieuc, ou Segré en est une autre. Stigmatiser les spéculateurs sans visage, et à l'abri dans leurs paradis fiscaux, est à la portée du premier imprécateur venu. Réparer la casse humaine et sociale provoquée par la boulimie cynique des faux monnayeurs de la finance mondiale relève d'une expertise autrement plus délicate. Quand le chômage et le pouvoir d'achat menacent de plonger vers les abysses, sous les coups d'un agresseur d'autant plus odieux qu'il est anonyme, la dénonciation des dérives ravageuses du capitalisme n'est qu'une lointaine et maigre consolation, si elle en est une. Nicolas Sarkozy va devoir abandonner sa robe d'avocat imprécateur pour enfiler le bleu de chauffe, à domicile.

L'Union
Le candidat Sarkozy avait, fin 2006, lancé le volet social de sa campagne présidentielle avec la désormais célèbre évocation de " la France qui souffre mais veut vivre debout ". (...) Presque deux ans plus tard, la France va toujours debout, mais ceux qui souffrent courbent de plus en plus l'échine. Et les répercussions de la crise financière mondiale sur l'économie réelle qui s'annoncent - qui a pu penser sérieusement que cet ouragan balaierait les gros et épargnerait les petits ? - ont de quoi faire froid dans le dos à ceux qui peinent chaque mois pour joindre les deux bouts. (...) Maintenant, les Français attendent des actes. Il fallait des milliards pour sauver les banques ? C'est fait, même à contrecoeur. alors En contrepartie, les citoyens attendent aussi des milliards pour l'emploi, le pouvoir d'achat, les retraites, la santé, l'éducation, l'entreprise, la solidarité nationale, l'aménagement du territoire, etc. Bref, pour sauver la France, un plan de la même envergure que celui concocté pour sauver les banques"


Chômage technique chez les constructeurs automobiles français, Agences - France Info
Renault, Peugeot, Citroën... Les constructeurs automobiles français sont rattrapés par la crise. Ils ont annoncé en fin de semaine dernière des périodes de chômage partiel, sur la plupart de leurs sites. Objectif : réduire la production, pour faire face au ralentissement du marché.


De la crise financière à la crise sociale, Boulevard Exterieur
Le directeur général du BIT Juan Somavia se montre pressant : « Nous avons besoin d’une action rapide et coordonnée des gouvernements pour prévenir une crise sociale ». Après la crise financière puis la crise économique, la crise sociale ? Ces derniers temps, une succession de rapports et études de fond venant de tous horizons se sont penchés sur les évolutions des structures sociales sous l’effet du marché et de la dérégulation. Comme si la crise avait fait ressurgir les craintes que de fortes tensions sociales en germe depuis des années éclatent aujourd’hui. Les conclusions ne sont guère optimistes.
Article court, mais documenté.


Jean Ziegler : pour un "tribunal de Nuremberg" de la crise, Rue89
Le nouveau livre (Haine de l’Occident) de celui qui est aujourd’hui membre du Comité consultatif du Conseil des droits de l‘homme de l’ONU, est un ouvrage dense, étayé de faits recueillis durant son activité à l’ONU.

Et Ziegler de resituer les quatre systèmes de domination de l’Occident au long des siècles: les conquêtes, l’esclavage et la traite, la colonisation et enfin "l’actuel ordre du capital occidental globalisé". Ces dominations terribles, auxquelles on ajoutera les actuels refus de repentance, de réparations et la confiance toujours indélébile du Nord envers l’idéologie libérale, c’est ce qui, pour Ziegler, a irrémédiablement rouvert la blessure.

La crise, pour Ziegler, c’est la révélation des "haines raisonnées". Des haines réfléchies, travaillées au Surmoi, et débarrassées des intégrismes dogmatiques. Qui viennent d’un "refus organisé et collectif à l’ordre meurtrier du monde". Ce peut être la victoire d’une rupture mémorielle (victoire électorale de Morales, premier président indien depuis 500 ans en Bolivie, pays essentiellement indien). Ou "une force historique qui va changer le monde".

Certes, la crise financière perpétue, cyniquement, la mainmise du libéralisme sur le monde, puisque ce système tente de s’établir comme son propre remède.

"La haine de l’Occident", ce ne sont pas que des chiffres, des faits et des cris. C’est, aussi, des ponts entre économie, militantisme et culture. Ce n’est pas le moindre des mérites du Suisse, ici, que de sans cesse illustrer ses bilans et ses dénonciations avec des penseurs, ou des poètes.

Écouter ou lire :
• La Haine de l’Occident - Entretien avec Jean Ziegler , Là-bas si j'y suis
• "La Haine de l'Occident", de Jean Ziegler : les fâcheuses approximations du Savonarole suisse, Le Monde
• Commentaires (payants) d'abonnés du Monde
• La haine de l'Occident : les raisons de ce désamour, IRIS
• Des temps de haine, A vue d'esprit — Radio Suisse Romande
• La haine de l'Occident (1), Contre-Feux
• La haine de l'Occident (2), Contre-Feux


Les conditions de travail aujourd’hui, Fondation Copernic
Entretien de Michel Gollac (sociologue au CREST et au Centre Maurice-Halbwachs) et Serge Volkoff (directeur de recherches au Centre d’études de l’emploi et animateur du Centre de recherches ergonomiques sur l’âge et les populations au travail, CREAPT) réalisé par Hélène Degoy, Louis Weber et Laurent Willemez.

Le travail change : évolutions techniques et organisationnelles, nouvelles formes d’emploi et de gestion des carrières. Quelles sont les conséquences de ces évolutions sur la santé physique et mentale des salariés, au long de leurs parcours professionnels ? Quels sont les principaux facteurs de diversité des conditions de travail, entre catégories sociales, entre grands secteurs de l’économie, entre les âges et les sexes ? Va-t-on vers une amélioration des conditions de travail sous l’effet du progrès technique ou vers une détérioration générale ? Michel Gollac et Serge Volkoff, dont l’ouvrage Les conditions de travail aujourd’hui vient d’être actualisé et réédité (coll. Repères, La Découverte, 2007), répondent ici à nos questions.

Conséquences économiques de la crise

SAPIR Jacques, Réflexions sur les conséquences de la crise et les tendances économiques à venir, Recherche en histoire visuelle. Extraits :

Il ne fait guère de doute que les économies d’Europe occidentale et de l’Amérique du Nord vont connaître une récession profonde et de longue durée. Celle-ci découle à la fois des conséquences de la crise financière et bancaire, et en particulier des formes brutales que prend aujourd’hui la contraction du crédit, mais aussi et surtout du fait que le fondement de cette crise est constitué, comme on l’a soutenu ailleurs, par une crise du mode de croissance néolibéral. Dans ces conditions, il apparaît comme une évidence que la conjonction de ces deux dimensions va entraîner une contraction profonde de l’activité.

Celle-ci durera tant que n’émergera pas une autre dynamique de croissance. Aujourd’hui, même si les pays émergents sont moins touchés que les pays développés, et même si la crise devrait se traduire par un ralentissement de la croissance (de 11% à 9% en Chine, de 8% à 6% en Russie), l’effet de traction de ces pays ne saurait à lui seul tirer hors de la crise les pays développés. Il est donc inévitable que des restructurations profondes se mettent en place dans ces économies. Elles affecteront aussi les pays émergents et, progressivement, c’est une autre configuration de l’économie mondiale qui émergera.

Racines et profondeur de la récession dans les économies développées

[...]

L'ensemble de ces éléments conduit à prévoir une récession importante ou «méchante» (nasty) selon Paul Krugman. Aux Etats-Unis, le PIB devrait reculer de 2% à 3% dès le 4e trimestre 2008 et ce pour une durée d'au moins 3 trimestres. L'effet se fera sentir d'abord au Mexique, et en particulier dans la zone frontalière des entreprises exportatrices mais aussi au Canada. C'est l'ensemble de la zone ALENA (ou NAFTA) qui devrait être en récession au début de 2009.

Dans la zone euro, la récession sera particulièrement sévère en Espagne et en Grande-Bretagne. Dans ce dernier pays, le PIB a déjà reculé de 0,5% dans le troisième trimestre, et le mouvement devrait s'amplifier durant l'hiver. L'effondrement des marchés de consommation de biens durables le montre. En dépit des mesures de soutien à l'économie, le PIB devrait reculer d'au moins 1,5%. L'Allemagne et la France vont aussi entrer en récession dès la fin de l'année 2008, et connaître le moment le plus difficile au début de 2009. L'effondrement des carnets de commandes dans l'industrie allemande est ici significatif. Le PIB pourrait reculer de 0,5% à 1%. L'Italie devrait connaître une baisse du PIB d'environ 1% à 1,5%. Les pays du Benelux seront aussi touchés, en particulier par la conjonction des récession allemandes et françaises.

Une récession de longue durée ?

Si la récession dans laquelle nous sommes entrés est appelée à être importante, on ne doit pas non plus en sous-estimer la durée. Contrairement aux affirmations fallacieuses de certains économistes "médiatiques" en 2007 ou au premier semestre de 2008, nous ne sommes pas dans un simple "cycle" économique. Cette crise est avant tout celle d'un modèle de croissance ou d'un mode d'accumulation qui s'est mis en place à partir des années 1980.

Contrairement au mode d'accumulation antérieur, il a été caractérisé par une capture presque totale des gains de productivité par les profits au détriment des salaires. Ceci a permis de développer les versements de dividendes aux actionnaires de manière considérable, et plus encore de développer les rendements des placements financiers. Ces derniers ont pu aussi progresser grâce à la déréglementation des opérations bancaires et financières qui a permis la mise en place de leviers de financement caractérisé par des rapports entre le capital initial et les fonds empruntés de 1 à 25 ou 30. Le recours à la titrisation des dettes a permis une dissémination du risque que l'on a confondu avec sa mutualisation. Elle a permis une baisse des taux d'intérêts rendant l'endettement d'autant plus facile et venant renforcer les pratiques d'effet de levier. La finance a fonctionné comme une trappe à valeur ajoutée. Dans un premier temps, ceci a conduit à de fortes hausses des prix des actifs, qu'ils soient mobiliers ou immobiliers.

[...]

Devant l'ampleur de la crise qui monte au sein des économies développées, et qui devrait se traduire par une récession sévère pour au moins deux ans dans le meilleur des cas, le rétablissement de protections douanières est indispensable. C'est aujourd'hui le seul moyen pour éviter que la déflation salariale n'entraîne les économies développées de la récession vers la dépression. Il serait opportun que ces mesures s'inspirent des principes de protectionnisme social et écologique que l'on a développé antérieurement.

Le retour au protectionnisme est aussi indispensable pour que puisse se reconstruire un rapport de forces permettant une inversion de la tendance actuelle du partage de la valeur ajoutée et pour reconnecter la progression des salaires à celle des gains de la productivité.

[...]

Le poids de l'endettement et ses conséquences

Si la crise actuelle va nécessairement accélérer le rééquilibrage économique perceptible depuis une décennie, elle va engendrer d'autres problèmes qui vont peser sur le contexte géoéconomique mondial. Le plus évident est indiscutablement celui de l'endettement. On a vu que le modèle néolibéral ne pouvait maintenir une croissance raisonnable (au-dessus de 2,5%) qu'au prix d'un endettement constant des ménages. En fait, les pays qui ont adopté ce modèle, que ce soit le Etats-Unis ou leurs clones européens ont atteint les limites absolues du modèle, ce qui explique la violence de la crise. Ils devront s'y résoudre, ou tenter de la combattre en accroissant fortement l'endettement public, au point de dépasser rapidement ici les pays qui avaient conservé le modèle européen traditionnel.

[...]

Le retour de l'inflation comme condition de la croissance

[...]

Il est très peu probable que l'épargne des pays émergents vienne acheter massivement ces nouvelles dettes émises par les pays développés. D'une part en raison de la montée, désormais inévitable, du protectionnisme qui réduira l'excédent commercial de ces pays (“inévitable” ou “indispensable” ? L'auteur préconisait plus haut "le rétablissement de protections douanières"). D'autre part, parce que le pivotement d'une logique de croissance extravertie, portée par la prédation sur le commerce international vers une logique introvertie, fondée sur le marché intérieur implique une réduction des taux d'épargne qui sont souvent – comme en Chine – excessifs. Les pays émergents devront d'une part accroître leur consommation au détriment de l'épargne pour trouver de nouveaux moteurs de croissance et d'autre part consacrer la plus grande part de leur épargne à investir chez eux.

[...]

Pour éviter que la récession ne se transforme en dépression, les économies occidentales n'auront pas d'autre choix que de revenir sur les avantages inouïs accordés à la rente contre le travail depuis les années 1980. Comme Keynes l'avait déjà indiqué, l'inflation va permettre aux entrepreneurs de se dégager de la «main-morte» du passé pour que la croissance reprenne, et elle sera l'euthanasie douce du rentier. Alors que des études ont déjà montré qu'une inflation trop faible faisait obstacle à la croissance, et qu'il y a en réalité un «taux d'inflation structurel» pour chaque économie, il est clair que l'inflation va jouer un rôle important dans le maintien de la croissance pour les prochaines années. Ceci rendra impératif de procéder à une bonne distinction entre déterminants structurels et déterminants monétaires de l'inflation. Mais une telle solution n'est pas sans conséquences profondes quant à l'organisation monétaire et financière du monde d'après la crise.

Le retour de l'État

[...]

De fait, les principaux pays développés vont être conduits à s'aligner sur des pratiques économiques qui ont été celles de pays émergents comme la Chine, la Russie ou le Brésil. Il deviendra d'ailleurs de plus en plus difficile de stigmatiser ces pratiques dans les forums internationaux dans la mesure où elles vont devenir courantes dans les pays occidentaux.

[...]

Le retour au contrôle souverain des États sur la politique monétaire

[...]

Ceci signifie la fin du dogme de l'indépendance des banques centrales tel qu'il a dominé la politique économique depuis plus d'une génération. Nous irons, sous une forme ou une autre à une re-nationalisation des banques centrales, ne serait-ce qu'en raison des mauvaises dettes qu'elles ont du accepter dans leur bilan depuis le début de 2008. En effet quand pour reconstituer la liquidité des banques on a décidé que les banques centrales prendraient en pension des titres que leurs remettraient les banques on a accepté un transferts à leur bilan d'une partie des créances "pourries" du système bancaire. Il faudra donc bien recapitaliser les banques centrales elles aussi. Si l'on ajoute à ce problème celui de la cohérence d'une politique économique dans les contraintes que l'on a énoncées et qui découlent de la crise, on voit bien que le statut actuel des banques centrales devient une impossibilité.

[...]

Quel futur pour l'euro ?

[...]

La solution, plutôt que de se résoudre à un éclatement total de la zone euro, pourrait être un système intermédiaire. Pour certains pays membres, l'euro deviendrait une monnaie de réserve, par rapport à laquelle leur monnaie nationale qu'ils auraient rétablis, serait convertible sur la base d'un taux fixe révisable de manière régulière. Les pays constituant le bloc le plus homogène pourrait eux conserver l'euro comme monnaie unique. On aurait une zone euro constituée de cercles concentriques, qui serait plus robuste et plus flexible pour faire face aux nouvelles contraintes. Ce système permettrait d'ailleurs plus facilement que la forme actuelle de l'euro une coordination avec d'autres monnaies et donc la constitution d'une zone de stabilité monétaire allant au-delà des frontières de l'UE.

Vers un nouveau Bretton Woods ?

[...] Penser la refonte du système monétaire et financier mondial est nécessaire, mais il s'agit d'une tâche de longue haleine qui ne saurait être accomplie dans la précipitation.

[...]

Le choix actuel est donc soit de tenter de maintenir un système mondial, mais qui ne pourra être construit que sur une monnaie "neutre" qui pourrait être un "panier" de différentes monnaies, soit de prendre acte d'une fragmentation du système avec émergences de blocs régionaux structurés autour de monnaies de réserve régionales, et tenter de coordonner ensuite ces ensembles régionaux.

[...]

Les deux principaux problèmes posés par la crise sont aujourd'hui la pénurie de liquidités entre les banques (le credit-crunch) et les mouvements spéculatifs induits par les Hedge-Funds et en général les institutions spéculatives. Ces deux problèmes impliquent la prise de mesures transitoires à relativement court terme.

Un changement immédiat du statut du FMI. La fonction de ce dernier devrait être la concertation entre les banques centrales pour l'émission des liquidités nécessaires au niveau mondial. Ceci implique que le FMI modifie au plus vite les règles de représentation des pays pour que ces derniers soient représentés au prorata de leur contribution au PIB mondial et à la population mondiale. Un directoire exécutif comprenant les Etats-Unis, la zone euro, la Russie, la Chine, l'Inde, un représentant des pays du Moyen-Orient, un représentant des pays d'Amérique Latine devrait être immédiatement constitué. Ce directoire devrait gérer les allocations de liquidité à court et moyen terme à travers une "caisse centrale" opérant à la fois sur le dollar, l'euro et le yen.

[...]

Le monde qui va sortir de cette crise sera très différent de celui que l'on a connu de 1980 à aujourd'hui. Non seulement les rapports des forces sont en train de changer et ceci dans l'ensemble des domaines, du militaire à l'économie, mais les représentations elles-mêmes vont se modifier. Cette crise est celle de l'idéologie néo-libérale. Les contraintes économiques qui vont découler de l'effondrement de l'économie de la dette mise en place dans les économies occidentales – et portée à son paroxysme aux Etats-Unis et dans les "clones" européens du modèle américain – entraîneront le retour de dynamiques inflationnistes importantes. Elles conduiront les États à reprendre le contrôle de leur politique monétaire et de leur politique de change. Nous assisterons dans les années qui viennent au retour de l'État comme acteur économique majeur (ce qu'il n'avait pas cessé d'être en réalité en Chine et en Russie), à la fin de l'indépendance des banques centrales et au retour de politiques de change plus ou moins pilotées en fonction des logiques de développement. Ceci ne sera d'ailleurs possible qu'à travers la mise en place de formes de contrôle sur les flux de capitaux limitant l'impact des mouvements de marché et de la spéculation sur les taux de change.

Dans cette révision fondamentale des conceptions, des politiques et des instruments que nous allons connaître, la question de la survie dans leur forme actuelle des institutions européennes sera rapidement posée.

Commentaires :
La publication de textes économiques de Jacques Sapir sur un site qui traite de la "recherche en histoire visuelle" relève plus de la connivence que de la cohérence. Voir la réponse d'André Gunthert.

Le problème est que l'auteur mélange analyse, hypothèse, prévision (ou prédiction ?) et préconisation. Son point de vue d'économiste "régulateur", curieusement centré sur l'Europe, lui fait perdre de vue les aspects géopolitiques et sociaux de la crise. Voir les rubriques Economie politique & Economie sociale.

26 octobre 2008

Jusqu’où s’élèvera la Chine ?

La Chine vient de réaliser coup sur coup deux opérations de prestige, fortement médiatisées, qui prouvent à ceux qui en doutaient encore qu’elle est redevenue une très grande puissance : la réussite, à la fois logistique et sportive d’un grand événement international, les JO de Pékin ; l’envoi dans l’espace de la fusée Longue Marche dans l’espace.

Dès lors, on peut avoir l’impression que rien n’arrêtera la Chine dans son entreprise de reconquête de la puissance passée. Elle n’est peut-être pas encore la superpuissance qu’elle souhaite être, mais elle est au moins le pays de tous les superlatifs. Jusqu’où ira-t-elle ?

Derrière cette question, il y en a en fait deux :
- jusqu’où ira l’approfondissement de la puissance chinoise : quelle dimension de la puissance manque à sa panoplie, qu’il lui faut construire pour bâtir une puissance globale ?
- jusqu’où géographiquement la Chine imposera-t-elle sa nouvelle puissance ? Jusqu’aux limites de l’écoumène ? Et même dans l’espace cosmique, là où se joue la bataille des Très Grands ?

C’est pourquoi il faudra rester très attentif, en cette fin d’année 2008 et l’année prochaine 2009, à la poursuite de l’ascension de la puissance chinoise. Un petit détour par l’astrologie chinoise n’est pas vain pour comprendre tous les enjeux de cette question : l’année 2008 était celle du rat, animal ambitieux, passionné, aimant la richesse : l’année 2009 sera celle du bœuf, animal déterminé, insoumis, dictatorial…
Faut-il dès lors craindre la Chine pour l’année à venir et guetter le moindre de ses agissements ?

Trois idées essentielles peuvent retenir notre attention quant à l’évolution de la puissance chinoise.

1. Ce qui est sûr, c’est que la Chine va poursuivre son « ascension pacifique » : un slogan lancé au début des années 2000 par le PCC et qui renoue avec la vision traditionnelle de la puissance.

Elle repose sur le commerce et plus globalement l’économie : la Chine est devenue récemment troisième puissance économique devant l’Allemagne.

Elle passe, sur les plans politique et diplomatique, par une nouvelle image de respectabilité. « La Chine ne sera jamais hégémonique » déclarait à sa prise de fonctions le nouveau président Hu Jintao. Elle se veut notamment rassurante sur la question de Taiwan : un rapprochement se dessine entre Taipeh et Taiwan depuis l’élection en mars dernier du candidat du Kuomintang Ma Ying-jeou, qui s’est déclaré en faveur d’une politique d’ouverture et de rapprochement avec Pékin. A suivre en 2009. Mais elle reste intraitable sur les questions de souveraineté nationale, quitte à brouiller le message envoyé aux Occidentaux, comme en témoigne la répression des événements du Tibet fin 2007.

Sur le plan militaire, la Chine se donne les moyens d’assurer sa sécurité. Elle poursuit un effort de modernisation de son armée, auquel elle alloue officiellement quelques 45 milliards de dollars annuels (sans doute beaucoup plus), pour résister à une éventuelle agression extérieure (notamment américaine). Elle développe une capacité de « seconde frappe » pour répondre à une attaque ennemie. Elle n’a jamais attaqué en premier dans son histoire, elle a toujours répondu à des agressions.

2. La Chine veut bâtir une puissance globale qui repose plus sur le soft power que sur le hard power.

En cela, elle renoue avec sa vision traditionnelle de sa puissance reposant sur le non-agir. Quand les Occidentaux jouent échecs et recherchent l’échec et mat, les Chinois jouent au go et veulent empêcher l’adversaire de jouer. Qu’entendre par puissance globale dans le cas de la Chine ?

Globale, parce que regroupant tous les attributs classiques de la puissance. C’est ce qu’on a montré dans le premier point : une puissance qui dispose des moyens de se faire respecter, qui est capable de contraindre si le besoin s’en fait sentir. Mais qui met surtout l’accent sur les nouvelles dimensions de la puissance, la capacité de séduire, d’attirer. Il est remarquable de voir qu’elle a normalisé ses relations diplomatiques avec nombre de ses anciens ennemis, qu’elle cherche à jouer le rôle d’arbitre dans maints conflits (Corée, Myanmar, Iran), qu’elle accepte de parler le langage des Occidentaux sur certains thèmes comme le développement durable (exposition universelle de Shanghai), tout en proposant aux pays en développement un modèle de « pouvoir fort mais éclairé ». En tout cas, elle parle en leur nom au sein du G20. Le fait que le soft power soit plus important pour elle témoigne qu’elle a repris confiance dans ses capacités.

Globale, parce que s’étendant dans le monde entier. La Chine prétend ainsi emboîter progressivement les « trois cercles de la puissance » : monde sinisé, Asie-Pacifique, puis reste du monde. Elle quadrille les routes stratégiques de mer de Chine du Sud au détroit d’Oman par l’océan Indien au moyen de la fameuse stratégie du « collier de perles ». Elle a ouvert une brèche diplomatique en Asie centrale avec l’OCS, fondé sur un nouveau partenariat énergétique et militaire avec la Russie. La « diplomatie du yuan » rend également possible la nouvelle présence chinoise en Afrique et en Amérique latine.

Globale, parce que s’établissant dans l’espace cosmique : avec le programme Shenzhou qui l’a menée en 2003 dans le cercle fermé des puissances capables de lancer des vols habités (avec Etats-Unis et Russie) et qui doit la mener à terme sur la Lune. C’est ce que veulent les Chinois, pour leur plus grande fierté.

3. Jusqu’où ira la Chine ? La réponse à cette question sera finalement donnée par les autres puissances qui font face au nouveau défi chinois.

En effet, les relations internationales se constituent fondamentalement d’actions et de réactions.

La réponse des autres puissances asiatiques. Elle est prudente. Notamment le Japon et l’Inde, qui risquent de voir les rapports de force déséquilibrés en leur défaveur.
- Le Japon craint d’être rattrapé puis dépassé économiquement, même si l’écart de richesse reste considérable entre les deux pays. Diplomatiquement, Tôkyô compte toujours sur le soutien de Washington mais cherche à s’autonomiser et continue d’équiper des Forces d’autodéfense peu nombreuses mais de mieux en mieux équipées. Reste la question du nucléaire militaire … Face à la Corée du Nord et à la Chine, le Japon a accepté le projet régional de BAM.
- L’Inde semble renouer avec des relations bilatérales plus chaleureuses depuis 2005 mais marquées par le double jeu : Pékin perpétue son alliance de revers avec le Pakistan et bloque le dossier indien à l’ONU par exemple, Dehli frappe à la porte de l’OCS tout en se rapprochant des Américains.

La réponse des Russes et des Européens.
- Les Russes voient tout l’intérêt économique qu’il y a à se rapprocher d’une Chine gourmande en énergie et en armes, et à tisser une alliance qui ferait contrepoids à l’hégémonisme américain. Faut-il s’inquiéter du 8/ 08 2008 ?
- Les Européens, de leur côté, peuvent et doivent utiliser le défi chinois pour mieux définir leur puissance et par là-même leur identité. La Chine est un partenaire commercial majeur, l’UE étant son premier client au monde.

La réponse des Américains. Ceux-ci sont divisés : faut-il craindre ou non l’ascension chinoise ? Certains voient d’un mauvais œil la « nouvelle alliance des autocraties » entre Chine et Russie pour reprendre la formule de Kagan et préparent la guerre à venir – au moins symbolique- avec Pékin… D’autres, optimistes, pensent que la Chine n’a d’autre stratégie que de réintégrer le concert des nations et de profiter de la mondialisation économique. Ce qui est sûr, c’est que la Chine veut rattraper les Etats-Unis et qu’elle s’en donne les moyens. Comme le disait Jiang Zemin, elle n’a d’autre choix pour un temps que de « danser avec le loup américain »… D’où la stratégie d’enveloppement actuelle.

Bref, la Chine a tout intérêt à poursuivre son développement dans un contexte de paix, elle a tout à gagner pour l’instant au maintien du statu quo : elle est en train de tirer tout les dividendes géopolitiques de sa formidable croissance économique et commerciale.

D’autant plus que cela lui permet de renouer avec ses traditions géostratégiques (Sun Tzu). Pas de péril jaune donc ! Contrairement à ce que pensent les Occidentaux, les Chinois n’affichent pas de volonté de puissance et de domination.

Autre tradition en revanche plus inquiétante, une politique de force à l’égard de ses multiples nationalités. La Chine n’est pas un état de droits mais un état de lois. La vraie confrontation pourrait avoir lieu à l’intérieur : la Chine contre les Chinois. Voilà le vrai péril.

Cédric Tellenne, professeur en ESC aux lycées Sainte Geneviève et Saint Jean de Douai
9 octobre 2008

Texte tiré de la conférence effectuée par des professeurs de classe préparatoire, au lycée Henti IV, pour présenter les enjeux géopolitiques de l’année à venir.
Publié par Géopolitique.

Les États-Unis désirent l'aide de la Chine, mais pour faire quoi ?

Après l’effondrement de l’Union soviétique, en 1991, il n’y eut plus de grands pays à oser contredire ces gens. Sauf la Chine, peut-être. Et encore, sans donner de la voix. N’empêche que Rice a quand même estimé que la Chine constituait un danger et qu’il fallait donc la traiter en tant que telle. Durant la campagne électorale de 2000, qui allait amener Bush Jr pour le première fois à la Maison-Blanche, Rice avait dit : « La Chine est pour nous une rival stratégique et non une partenaire stratégique. »

Mais, à partir de septembre 2005, la politique de confrontation est mise au point. Robert Zoellick tient un discours à l’adresse de la commission parlementaire américaine qui suit les relations entre les États-Unis et la Chine. Il dit : « Nous devons encourager la Chine à se muer en coparticipante qui se comportera de façon responsable. En tant que coparticipante responsable de la communauté internationale, la Chine serait plus qu’un membre, elle soutiendrait avec nous le système international qui a permis son succès. » De rivale stratégique à coparticipante responsable, c’est là toute une transition.

En décembre 2007, alors que le ciel au-dessus du système financier et industriel de l’Occident est chargé de sombres nuées d’orage, Zoellick déclare : « La Chine est un moteur de croissance dans le monde. Elle peut nous aider à éviter une récession mondiale. L’économie chinoise et l’économie mondiale sont liées l’une à l’autre. Nous devons dès maintenant agir conformément à notre concept de coparticipante responsable. »

Le 6 octobre de cette année 2008, Zoellick dit encore : « La crise financière mondiale est un appel à une collaboration plus étendue entre un plus grand nombre de pays. Le G7 ne fonctionne pas. » Le G7, c’est le club des sept pays les plus riches, sous la direction des États-Unis. Les autres États membres sont la Grande-Bretagne, l’Allemagne, le Japon, la France, l’Italie et le Canada. D’après Zoellick, la Chine devrait en être, mais aussi l’Inde, l’Afrique du Sud, la Russie, l’Arabie saoudite et le Brésil. Zoellick d’ajouter : « Le nouveau multilatéralisme doit s’adapter à la présente époque. Il doit assembler la force des divers acteurs et institutions. »

Les Américains sont dans une impasse en Afghanistan. Voilà sept ans qu’ils y font la guerre, sans la moindre perspective de victoire. En Irak, la situation n’offre pas la moindre perspective non plus. Les États-Unis injectent sans succès des centaines de milliards de dollars dans une guerre qu’on a justifiée par une série de mensonges à propos d’armes de destruction massive. La guerre a balayé Saddam Hussein, mais bien plus encore l’autorité morale des États-Unis dans le monde.

L’Amérique latine, l’Afrique et l’Asie en ont soupé, du concept de Washington. C’est la recette du Fonds monétaire international : dérégulation, démantèlement du secteur social, diminution des salaires et des allocations sociales, liberté maximale et impôts minimaux pour les entreprises occidentales. Cette recette n’a amené aucune amélioration à la situation économique de ces pays. C’est l’inverse, qui s’est produit : l’Argentine a presque connu la faillite et, dans plusieurs pays asiatiques, une crise dévastatrice a éclaté en 1997.

Ainsi, ces cinq dernières années, la Chine a-t-elle été de plus en plus aux premières loges, sur le plan international. De ce fait, la tactique de Robert Zoellick et consorts visant à faire de ce pays un coparticipant responsable n’a cessé de gagner des partisans, aux États-Unis.

Maintenant que le monde politique et les milieux des affaires des États-Unis regardent avec effroi et désespoir les tableaux des cours de Wall Street, c’est encore davantage le cas. Le 1er octobre dernier, la Chine avait une réserve de 1.900 milliards de dollars en devises étrangères. La majeure partie, 1.300 milliards, était constituée de dollars. (Ce sont d’ailleurs ces réserves qui, en grande partie, protègent la Chine contre la crise qui sévit en Occident.) Cette masse d’argent viendrait bien à point pour aider les autorités américaines et ouest-européennes via des injections de centaines de milliards de dollars dans le système financier.

Le 9 octobre, le chroniqueur Philip Stephens écrivait dans le Financial Times : « L’actuelle crise financière annonce le début d’un nouvel ordre politique mondial. Durant deux siècles, les États-Unis et l’Europe occidentale ont pu dominer sur le plan économique, politique et culturel. Ce temps est révolu. »

Maintenant que l’unipolarité américaine est révolue, une autre approche des États-Unis est nécessaire afin de sauver leur position de leader mondial. D’où le concept de « coparticipant – ou acteur – responsable ».

Qu’attendent les Américains de la Chine ? En bref, ceci : les États-Unis veulent que la Chine s’intègre dans les organisations et les règles du jeu qui déterminent l’ordre international actuel. Cela se concrétise sur de nombreux terrains.

L’objectif, de la sorte, est formulé : le concept de « coparticipation responsable » veut se servir de la Chine afin de renforcer l’ordre international existant, un ordre placé sous la direction des États-Unis et qui fonctionne selon les règles énoncées par les États-Unis et l’Europe. Comme l’écrit le vice-ministre Thomas Christensen : « La Chine ne peut réussir que si elle contribue à la bonne marche du système mondial, auquel elle doit tant. Je pense que la Chine se rend compte et se rendra compte de plus en plus que, plus elle deviendra une composante du système mondial, plus ses intérêts coïncideront avec ceux des autres acteurs, tels les Etats-Unis. »
Les Chinois se rendent compte que les Américains changent de politique afin de pouvoir garder leur propre rôle et ne pas modifier le caractère des relations économiques Nord-Sud. Wang Yiwei, de la section des Études internationales de l’université de Fudan, déclare : « Le concept de ‘coparticipation responsable’, c’est comme une longue ligne de pêche avec laquelle on veut attraper un gros poisson. Ce gros poisson, c’est le rapport à la Chine dans le cadre de l’ordre international dirigée par les États-Unis. » De son côté, Ruan Zongze, de l’Institut chinois des Études internationales écrit dans le quotidien du Parti communiste : « Le concept montre clairement que Washington ne veut toujours pas renoncer à ses efforts en vue de faire valoir partout dans le monde sa propre conception de la démocratie. En quel sens s’agit-il alors d’un changement fondamental de la politique étrangère américaine ? Peut-être ne sont-ce après tout que des mots dans le vent, comme Bob Dylan l’a chanté jadis… »

Les trois principes fondamentaux de la politique étrangère chinoise sont : tous les pays sont égaux, pas d’ingérence dans les affaires internes les uns des autres, des relations qui sont basées sur l'avantage mutuel. Il va de soi que ces trois principes vont carrément à l’encontre des objectifs et de la pratique de la politique étrangère américaine. Du point de vue américain, il y a les grandes puissances (et une puissance exceptionnellement grande étant les États-Unis eux-mêmes), tous les pays du monde doivent respecter les valeurs et les normes définies par la « communauté internationale » et les relations doivent avant toute chose servir les intérêts américains.

La Chine entend renforcer au maximum les relations avec les États-Unis, mais sur un pied d’égalité, sans que les États-Unis mettent le nez dans la politique intérieure chinoise, et en partant d’un avantage mutuel.

En avril 2006, Hu Jintao disait : « La toute première priorité de la Chine est son propre développement économique et l’amélioration de la prospérité et du bien-être de sa population. Ce faisant, la Chine sert au mieux les intérêts fondamentaux, tant de la population chinoise que des peuples du monde. Et, de la sorte, la Chine sert au mieux le rôle responsable et constructif consistant à promouvoir au mieux de ses possibilités le développement à l’échelle mondiale et la paix planétaire. »

Aujourd’hui, la Chine dit : notre contribution à la solution de la crise financière et économique consiste en nos efforts maximaux pour pousser vers l’avant le développement socioéconomique de la Chine. Le pays entend encore accroître considérablement la consommation interne en réduisant les tarifs de la TVA (alors que, pendant ce temps, le gouvernement belge augmente les accises sur l’essence), en doublant le revenu des 700 millions de paysans, en augmentant le salaire minimal, en améliorant la sécurité sociale… Cette année, l’économie chinoise va croître de plus de 9 pour cent. De la sorte, l’économie chinoise est le numéro un incontesté en tant que locomotive de l’économie mondiale.

FRANSSEN Peter
24 octobre 2008
Publié par Mondialisation

Semaine cruciale pour les marchés financiers

Crise économique : semaine cruciale pour les marchés financiers, AFP - Yahoo! Actualités
Les marchés financiers se préparent à une semaine très difficile face à une crise financière historique qui continue d'enfoncer l'économie mondiale dans la récession.

Dans l'attente du grand sommet du G20 de Washington le 15 novembre visant à réformer le système financier mondial, les inquiétudes continuaient de se propager à l'économie réelle dans le monde entier.

Le gouverneur de la Banque centrale de Chine a indiqué dimanche que la Chine, sans sous-estimer l'impact de la crise, disposait d'une économie assez forte pour la surmonter, mais dans le sud du pays des milliers d'usines sont menacées de fermeture à court terme.

En Amérique latine, les ministres des Finances et les présidents des banques centrales du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay) tiennent lundi une réunion de crise pour faire face à la tempête financière.

En revanche, les pays du Golfe ont "réaffirmé leur confiance dans la stabilité" du système financier régional, samedi à l'issue d'une réunion extraordinaire à Ryad.


« Les USA ont pillé les richesses du monde grâce à la domination du dollar », accuse une tribune publiée par le Quotidien du Peuple, ContreInfo
Le quotidien officiel du régime a publié vendredi une tribune accusant les USA d’avoir outrageusement tiré profit du statut « hégémonique » du dollar et appelle à une alliance entre l’Asie et l’Europe pour contrebalancer la domination américaine sur les échanges mondiaux.

« Durant cette panique, la triste réalité conduit les peuples a comprendre que les USA ont utilisé l’hégémonie du dollar pour piller la richesse mondiale », écrit Shi Jianxun, professeur d’économie à l’université Tongji de Shanghai.

M. Shi, qui a déjà par le passé exprimé de sévères critiques à l’encontre des USA, affirme que certaines nations ont subi de lourdes pertes en raison de la crise financière tandis que Washington ne se préoccupe que de préserver ses seuls intérêts.

« Les nations sont en train de perdre leur confiance dans le dollar US. La communauté internationale, agissant selon les règles de la démocratie et du doit au sein d’une organisation mondiale de la finance, doit de toute urgence transformer le système monétaire international basé sur le leadership économique mondial des USA et la domination du dollar, » propose M. Shi.

Il suggère que les échanges entre l’Asie et l’Europe soient désormais effectués en euros, yen et yuan, tout en n’expliquant pas comment la monnaie chinoise qui n’est aujourd’hui pas entièrement convertible pourrait jouer ce rôle.

M. Shi espère que la rencontre au sommet qui a lieu en ce moment entre l’Asie et l’Europe puisse être le point de départ d’une nouvelle coopération, et propose un agenda de discussion.

« Comment l’Europe et l’Asie pourraient-elles se donner la main et agir ensemble face à cette crise financière comme on n’en rencontre qu’une par siècle déclenchée aux USA ; comment pourraient-elles bâtir un nouvel ordre financier international qui soit sûr et équitable ? »

« Le monde espère que ce sommet Asie-Europe se traduise par des résultats significatifs sur la coopération dans le domaine financier, » conclut-il.
         

Hu Jintao rencontre le Premier Ministre indien Singh, Xinhua
Le président chinois Hu Jintao a dit samedi au Premier ministre indien Manmohan Singh que les deux pays les plus peuplés du monde devaient considérer leurs liens bilatéraux dans une perspective prévoyante, stratégique et à long terme, et traiter de façon appropriée les préoccupations de l'autre.

M. Hu a indiqué que la Chine et l'Inde étaient deux pays très peuplés qui avaient pour tâche d'améliorer l'économie et les conditions de vie du peuple, et qu'ils devaient partager les intérêts communs face à la crise financière, aux changements climatiques, aux ressources énergétiques et à la sécurité alimentaire.


Crises financières : Law ou le capitalisme d’Etat (1), Histoire Mon Amour
Crises financières : Law ou le capitalisme d’Etat (2), Histoire Mon Amour

L’empire américain ébranlé

George W. Bush laisse son pays et le monde dans un état de confusion stratégique et économique saisissant. La volonté d'agir seul, la défiance à l'égard des institutions internationales et des règles multilatérales ont caractérisé ses deux mandats. La crise met en lumière de façon spectaculaire les impasses tragiques auxquelles ont conduit ses choix. L'empire est ébranlé. A son enlisement stratégique en Irak et en Afghanistan correspond désormais son enlisement économique. Certes, l'Amérique va rester la première puissance mondiale, mais elle sera beaucoup plus fragile. La Russie en est consciente, d'où l'opération en Géorgie l'été dernier. Sans guère de réaction américaine !

L'unilatéralisme est-il pour autant remis en cause ? Comme il prend sa source dans le sentiment de supériorité des valeurs libérales, on pourrait penser qu'il subit en ce moment de sérieux coups de boutoir. D'autant plus que l'autre contexte dans lequel l'unilatéralisme s'était déployé est en train de changer. C'est avec la disparition de l'Union soviétique que l'Amérique s'était sentie libre d'agir sur la scène internationale. C'est Bill Clinton qui a entamé des bombardements militaires sur l'Irak, contre l'avis de l'ONU, à partir de 1998 ! L'arrivée de Bush, le 11 septembre 2001 et la guerre d'Irak ont constitué une accentuation particulièrement vive de cet unilatéralisme mais en aucun cas une création. Colin Powell avait déclaré que les Etats-Unis seraient multilatéralistes quand ils le pourraient et unilatéralistes quand ils le devraient...

Il serait pourtant vain de croire que la crise va nous précipiter vers un monde multipolaire. Nous sommes encore loin de bouleversements géopolitiques majeurs. Car il n'y a pas de parité stratégique, seulement un effet de rattrapage des autres pôles de puissance : la Russie, avec sa résurrection fracassante, et la Chine, même malmenée par la crise. L'Europe, elle aussi, a refait son apparition : on s'avise, sur la toile de fond du séisme, que l'Etat a du bon, que le modèle classique du Vieux Continent peut s'ingénier à trouver des solutions. Résultat : pour les opinions du monde entier, la crédibilité des Etats-Unis est encore une fois atteinte. Leur caractère intouchable continue à s'éroder. Le futur président aura un gigantesque chantier devant lui pour restaurer aussi le crédit moral, stratégique de son pays.

Pascal BONIFACE
18 octobre 2008
Publié par IRIS.

Sur le même thème :

Quelle Amérique après 2008 ?, Géopolitique
I. Jamais depuis 1945 les USA n’ont semblé à ce point restreints dans leurs choix politiques.
II. Concrètement à quoi s’attendre ?

Selon toute probabilité, c’est une Amérique moins musclée, plus multilatérale qui se dessine. Mais une Amérique qui risque de devoir réagir à une série de tests sur les Limes de son Empire de la part de concurrents soucieux d’évaluer sa détermination : la Russie peut-être déjà dans le Caucase, l’Iran tenté de passer outre une menace devenue moins crédible, les pays du Sud plus déterminés à l’OMC. Même les Alliés peuvent être tentés de se reconstruire des marges d’autonomie, notamment dans le cadre de l’Alliance Atlantique.


ROCARD Michel : «Le déclin de l'empire romain a commencé comme ça», Le Temps
- Pourquoi le capitalisme s'est-il essoufflé?

- L'équilibre entre partenaires du jeu économique a changé. C'est le résultat de deux siècles d'histoire du capitalisme. Quand il est né - dans les années 1810-1840 - on s'est aperçu que le système était cruel et injuste. Assez vite naît une riposte du monde du travail, qui prend la forme des coopératives, des mutuelles, des syndicats, du mouvement socialiste. Leur souci est de se débarrasser du capitalisme. Mais le capitalisme a gagné.

- Y a-t-il des moyens d'en sortir?

- Tout commence par la prise de conscience et le diagnostic. Ce diagnostic doit être scientifique et internationalement partagé. Aussi longtemps que les chefs d'entreprises productives se laisseront intoxiquer par la propagande bancaire, alors que leurs intérêts sont souvent antagonistes, aussi longtemps que les médias nieront le diagnostic, il n'y aura pas de remède.
[...]
Il faudra aussi fournir un élément scientifique pour condamner l'espoir d'une rentabilité à 15%, alors que le PIB croît de 2% par an. Cet objectif de 15% est un objectif de guerre civile. Or, il a été formulé par les professionnels de l'épargne et personne n'a rien dit. Aujourd'hui, si on ne trouve pas d'inflexion, on est dans le mur. Le déclin du Bas-Empire romain a commencé comme ça...

- Vous êtes encore plus sévère envers l'économiste ultralibéral Milton Friedman...

- Friedman a créé cette crise ! Il est mort, et vraiment, c'est dommage. Je le verrais bien être traduit devant la Cour pénale internationale pour crimes contre l'humanité. Avec son idée que le fonctionnement des marchés est parfait, il a laissé toute l'avidité, la voracité humaine s'exprimer librement.


VÉDRINE Hubert, Renouveler le leadership américain, Le Monde diplomatique
Certains penseurs néoconservateurs commencent à mesurer les dégâts provoqués par l’administration Bush. Fareed Zakaria, journaliste centriste influent, qui avait en son temps soutenu la guerre en Irak, cherche à définir les contours du nouveau monde, et met en avant les atouts dont disposent les Etats-Unis pour maintenir leur leadership.

Alors que tant d’analyses internationales sont convenues, biaisées et répétitives, que les Occidentaux peinent à sortir de leur nombrilisme, de leur myopie, de leurs phobies, celle de Fareed Zakaria, le brillant éditeur de Newsweek International, traite du cœur du sujet : la montée des pays émergents, ses conséquences pour l’Occident, les réponses possibles. Certes, nous ne sommes pas encore dans un « monde postaméricain » (The Post-American World), titre de son essai, mais déjà les Occidentaux ont perdu le monopole de l’histoire, si ce n’est la puissance ou l’influence qu’ils ont détenue, Européens puis Américains, depuis le XVIe siècle. Il est urgent qu’ils réfléchissent aux politiques à adopter face à ce bouleversement tectonique, faute de quoi ils s’enferreront, sous l’effet de la panique, comme l’a fait l’administration Bush, dans des politiques de force simplistes et vouées à l’échec.

Ces analyses limpides et lucides forment un réjouissant contraste avec la lourdeur manichéenne et la balourdise idéologique de l’administration américaine sortante, comme avec l’habituel jargon globaliste.

Mais l’originalité et la force principales de Zakaria résident surtout dans ses deux derniers chapitres : « American power » (« la puissance américaine ») et « American purpose » (« les buts américains »), où il traite des réponses à apporter à cette nouvelle donne.

A cela, Zakaria ajoute quelques conseils pour agir dans le monde qui vient : ils sont adressés à la prochaine administration américaine, mais méritent d’être médités par les Européens.

1. Choisir. Avoir une politique claire envers la Chine, la Russie, etc., ce qui n’est pas le cas aujourd’hui ; et vis-à-vis de l’Iran, par exemple, choisir entre changement de régime et changement politique ;

2. Construire, à la Roosevelt, des institutions et des mécanismes larges, des règles, sans se laisser enfermer dans une vision étroite des intérêts ;

3. Pratiquer et favoriser un ordre mondial ad hoc, un multilatéralisme à la carte. Mais Zakaria prévient que, même ainsi, l’Amérique aura à négocier avec les autres, et à faire des compromis ;

4. Penser l’asymétrie qu’exploitent de plus en plus les nouvelles forces politiques de contestation, difficiles à vaincre de façon classique, et en déduire des politiques plus intelligentes. Aux Etats-Unis, réconforter et utiliser les musulmans américains au lieu de les soupçonner et de les décourager ;

5. Se rappeler que c’est la légimité qui donne le pouvoir, et non l’inverse, et qu’elle dépend étroitement de la façon dont chaque peuple voit sa propre histoire.

Enfin, et surtout, se libérer de la peur. « L’Amérique, ironise Zakaria, est devenue une nation rongée par l’anxiété, la peur des terroristes et des Etats voyous, des musulmans, des Mexicains, des entreprises étrangères, du libre-échange, des immigrants, des organisations internationales. » Une situation paradoxale, selon lui : « La plus puissante nation de l’histoire du monde se sent assiégée par des forces qui échappent à son contrôle. » Il souligne d’ailleurs que cette rhétorique de la peur n’est pas pratiquée par le seul président Bush. Franklin D. Roosevelt déclarait déjà en 1933 : « La seule chose dont nous devrions avoir peur, c’est de la peur elle-même. »

25 octobre 2008

Nicolas Sarkozy porte-parole de Hu Jintao

Economie, Yahoo! Actualités

Chavez: «le camarade» Sarkozy se «rapproche du socialisme», 25 OCT. 8H36 AFP - Libération
«Sarkozy, tu es en train de te rapprocher du socialisme, bienvenu au club, ce sont des idées intéressantes», a lancé le Président vénézuélien, se référant aux positions défendues par Nicolas Sarkozy pour surmonter la crise.

Pour le président vénézuélien qui veut promouvoir un "socialisme du XXIe siècle", il est "impossible de refonder" le capitalisme. Il faut créer "un système nouveau, avec des différences ici et là, mais il faut que ce soit quelque chose de nouveau. Nous l'appelons sans doute socialisme, (...) tu l'appelleras nationalisme, eh bien, discutons-en", a lancé M. Chavez à l'adresse de son homologue français.


A Pékin, l'Europe et l'Asie se penchent sur une réforme profonde du système financier mondial, 25/10/2008 à 12h03 AFP - Aujourd'hui la Chine
"Les dirigeants s'engagent à entreprendre une réforme réelle et de fond des systèmes internationaux monétaire et financier", selon la déclaration publiée par la Chine sur le site de l'Asem, à l'issue du premier jour du sommet des chefs d'Etat ou de gouvernement des deux continents totalement accaparé par la crise financière.

"Ils sont convenus de prendre des mesures appropriées rapidement dans ce but, en consultation avec tous les intervenants et les institutions financières concernés", selon la déclaration des 27 pays de l'UE et 16 pays d'Asie représentant près de 60% du PIB mondial.

Cette déclaration a été publiée bien que le sommet se poursuive samedi mais alors qu'un vent de panique soufflait de nouveau sur les marchés financiers, avec les signes de plus en plus tangibles de récession.

Se disant "préoccupés par l'impact de la crise financière internationale qui s'étend à l'économie mondiale", les dirigeants ont également affirmé que "pour résoudre la crise financière, il est impératif de gérer de manière appropriée la relation entre l'innovation financière et (...) des politiques macro-économiques saines.

"Ils reconnaissent la nécessité d'améliorer la supervision et la régulation de tous les acteurs financiers" et appellent "tous les pays à suivre des politiques responsables dans les domaines monétaire, fiscal et de la réglementation financière."


La Chine sera présente au sommet du G20 du 15 novembre, 25/10/2008 à 12h24 AFP - Aujourd'hui la Chine
La Chine sera présente au sommet qui doit réunir le 15 novembre près de Washington les grandes puissances industrialisées et émergentes du G20 sur la crise financière, a assuré un responsable français en marge du sommet de l'Asie-Europe (Asem) à Pékin.

"Le président Hu (Jintao) a indiqué que la Chine serait heureuse de participer à ce sommet. Mais il n'a pas dit à quel niveau", a déclaré ce responsable pour qui "la participation de la Chine ne fait aucun doute". "Il semble évident que les Chinois sont mobilisés dans la préparation de ce sommet. Nous avons convenu d'échanger nos papiers (...) pour que nos amis chinois connaissent tous nos positions et qu'on puisse essayer d'avancer ensemble", a-t-il poursuivi devant la presse.


Réforme du capitalisme : M. Sarkozy veut des "décisions concrètes", 25.10.08 | 14h01 Le Monde - Yahoo! Actualités
M. Sarkozy, qui n'a parlé ni du dalaï-lama ni du prix Sakharov attribué au dissident chinois Hu Jia avec le président Hu Jintao, mais a évoqué à la tribune de l'ASEM l'universalité des droits de l'homme, a profité de sa visite pour commencer à effacer la brouille intervenue suite aux émeutes au Tibet. L'an prochain, les deux pays comptent fêter en grande pompe le 45e anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre Paris et Pékin.


Sarkozy : "Des décisions seront prises" lors du prochain G20, 25.10.2008 | 15:46 NouvelObs
Clôturant le sommet Asie-Europe de Pékin, le président en exercice de l'Union européenne a insisté sur le fait que le sommet du 15 novembre prochain serait "conclusif". Les 43 pays représentés ont appelé à une réforme en profondeur du système financier international et apporté leur entier soutien à la tenue du G20.

Commentaires : Nicolas Sarkozy fut le meilleur allié de Dmitri Medvedev dans le conflit de l'Ossétie du sud et est le meilleur porte-parole de Hu Jintao dans la crise financière mondiale.


La Chine appelle à une plus grande régulation du système financier mondial, 25/10/2008 à 19h03 AFP - Aujourd'hui la Chine
Le Premier ministre chinois Wen Jiabao a appelé samedi à une plus grande régulation du système financier mondial, à l'issue d'un sommet Asie-Europe (Asem) à Pékin dominé par la crise financière internationale.

"Nous devons gérer correctement les relations entre l'innovation financière et la régulation. Nous avons besoin d'innovation financière pour mieux servir l'économie, mais avons encore plus besoin d'une plus grande régulation financière pour assurer la stabilité financière", a déclaré M. Wen lors d'une conférence de presse à l'issue du sommet bisannuel qui a réuni vendredi et samedi plus d'une quarantaine de dirigeants asiatiques et européens.

"L'économie virtuelle doit être coordonnée avec l'économie réelle, il ne faut pas que les problèmes de l'économie virtuelle influencent le développement de l'économie réelle", a-t-il jugé, ajoutant que les mesures prises pour faire face à la crise actuelle n'étaient pas "suffisantes".

M. Wen a confirmé que son pays prendrait une part "active" au sommet qui doit réunir le 15 novembre à Washington les grandes puissances industrialisées et émergentes du G20 sur la crise financière.

"Nous discuterons avec les dirigeants du monde de mesures pour faire face à la crise financière de manière pragmatique et commune", a-t-il dit, affirmant qu'il fallait montrer de la "confiance, de la coopération et de la responsabilité".


La dynamique de la crise et de l'Histoire déchaînée, Dedefensa
L’offensive française et sarkozyste est moins une initiative politique classique qu’une utilisation effrénée en même temps qu’habile et vertueuse en un certain sens (les thèses françaises s’accordent à une conception française très profonde que la crise confirme) de quelque chose qui nous dépasse et nous emporte tous. Mettez un petit surfeur sur un “tsunami” comme il y a une fois par siècle (dixit Greenspan) et voyez ce que peuvent faire 26 gaillards contre lui, à supposer qu’ils en aient l’envie, la force et le courage, – ce qui est une supposition fort généreuse… De Gaulle aurait dit, comme il disait du temps de la guerre d’Algérie, que c’est “le sens de l’Histoire”. L’Histoire, aujourd’hui, est déchainée.

24 octobre 2008

La Chine est très courtisée

Sommet du G20 : Sarkozy souhaite un "front commun" Asie-Europe, AFP - Aujourd'hui la Chine
Le président français Nicolas Sarkozy a souhaité vendredi que le sommet Asie-Europe qui s'ouvre à Pékin soit l'occasion pour les deux continents de présenter un "front commun d'initiatives" en vue de la réunion du G20 prévue le 15 novembre sur la crise financière.

"Je voudrais que soit mis à profit ce sommet de 43 pays pour préparer la réunion de Washington du 15 novembre. J'ai voulu cette réunion et je souhaite que nous puissions présenter un front commun d'initiatives pour que les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets", a déclaré M. Sarkozy à l'ouverture d'un entretien bilatéral avec son homologue chinois Hu Jintao.

"Ce sommet est particulièrement bienvenu, au moment où le monde traverse une crise financière sans précédent. J'ai la conviction que l'Asie comme l'Europe doivent travailler ensemble pour réguler de façon différente le système financier mondial", a-t-il poursuivi.


L'Europe et l'Asie s'engagent à se coordonner face à la crise, Reuters - Yahoo! Actualités
Les chefs d'Etat et de gouvernement de 43 pays d'Europe et d'Asie se sont engagés vendredi à Pékin à coopérer pour réformer le système financier et monétaire international, à trois semaines d'un sommet des principales économies du monde aux Etats-Unis.

Le Japon, comme membre du G8, la Chine et l'Inde, en tant que pays émergents, devraient participer aux côtés des pays européens du G8 (France, Grande-Bretagne, Allemagne et Italie) au sommet du 15 novembre aux Etats-Unis.

23 octobre 2008

Fillon affronte sa majorité à propos de la prime transport (2)

Les médias dominants, qui dramatisent le feuilleton de la crise financière pour nous faire accepter les décisions en faveur des banques et des entreprises, ne s'intéressent guère aux affaires sociales comme celle de la prime transport.

Les quotidiens se contentent, comme souvent, de reprendre quasi tel que (technique du copier-coller) les dépêches d'agence, en partie publiées par Yahoo! Actualités.

Au lecteur de juger quel média rend mieux compte de cet événement dans ses multiples dimensions (économique, politique et sociale) et dans le contexte de la crise financière américaine et mondiale.

François Fillon ne veut pas abandonner la prime transport, Le Monde avec AFP | 22.10.08 | 07h43 • Mis à jour le 22.10.08 | 15h53
François Fillon a annoncé, mercredi 22 octobre, aux parlementaires de la majorité sa volonté de mettre en place la prime transport, malgré le vote de la commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale.

"La crise ne demande pas moins de solidarité mais au contraire plus de solidarité. (...) C'est pour cela que nous voulons que l'aide au transport soit mise en place", a déclaré le premier ministre lors d'un discours à Matignon. "Le gouvernement est tout à fait décidé à faire respecter cet engagement", a-t-il souligné.

Les députés ont décidé, mardi, en commission des affaires sociales de supprimer l'article du projet de budget 2009 pour la Sécurité sociale instaurant la prime transport annoncée par le gouvernement. Tourefois, cette décision doit encore faire l'objet d'un vote en séance publique lors de l'examen, la semaine prochaine, du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS).

L'aide au transport pour les trajet domicile-travail, incluse par le gouvernement dans le PLFSS, s'articule en deux volets : l'extension de la prise en charge obligatoire de 50 % des titres de transports collectifs, actuellement en vigueur en Ile-de-France, et la prise en charge facultative des frais d'utilisation d'un véhicule personnel, dans la limite de 200 euros par an.

"Le dispositif proposé ne se justifie pas ou plus, en particulier parce qu'il vaut mieux privilégier le salaire direct et que les prix du pétrole ont baissé", peut-on lire dans l'amendement du président UMP de la commission, Pierre Méhaignerie, et du rapporteur du budget de la "Sécu", Yves Bur (UMP). Dans un amendement identique, le député Dominique Tian dénonce "une nouvelle taxe qui frappe l'appareil productif dans un contexte de crise financière systémique, de récession au sein de l'économie réelle et de poussée de l'inflation qui obère le pouvoir d'achat".


Les députés taclent la prime transport, France Info avec agences - 22 OCTOBRE 2008 07:55
C’était l’une des annonces phare du gouvernement. La prime transport a été supprimée du projet de de budget 2009 pour la Sécu. Un trait de plume tiré par les députés en commission des Affaires sociales. Mais la mesure a encore une chance de revenir via le vote en séance.

Les permanences des députés risquent de voir défiler du monde dans les prochains jours. La suppression de la prime transport hier en commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale a en effet peu de chance d’être populaire.
Plus exactement, c’est l’article qui l’instaure qui a été rayé du projet de loi de budget pour la Sécu. C’était pourtant l’une des mesures sociales phares du gouvernement. Une surprise qui ne doit rien au hasard.

Les explications de Cécile Aspe. (0'51")

Un mauvais coup, pour Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière. (0'45")

Une étape, pour Jean-Eudes Dumesnil-Dubuisson, secrétaire général de la CGPME. (0'32")

Si les opposants à la prime transports, qui se recrutent dans les rangs du Medef et de la CGPME, les deux principaux syndicats du patronat français, estiment avoir remporté une victoire, ils sont encore loin d’avoir gagné la guerre de la prime transport.
Car déjà en commission, le débat a été âpre. Il devrait l’être plus encore la semaine prochaine, lors de la discussion du projet en séance publique du projet de loi de financement de la sécurité sociale. La prime transport pourrait bien alors revenir dans le texte par la voie d’un amendement. Ses partisans y comptent bien.

Benoît Apparu, député UMP de la Marne, espère bien voir la prime transport revenir. (0'34")

L’aide au transport pour les trajets domicile-travail, incluse par le gouvernement dans le PLFSS, s’articule en deux volets : l’extension de la prise en charge obligatoire de 50% des titres de transports collectifs, actuellement en vigueur en Ile-de-France, et la prise en charge facultative des frais d’utilisation d’un véhicule personnel, dans la limite de 200 euros par an.
Ses opposants estiment qu’avec la baisse des prix du pétrole, elle ne se justifie pas et qu’elle risque d’handicaper les entreprises.


La prime transport enterrée par les députés ?, France Info 22 OCTOBRE 2008 09:20
La "prime transport", réclamée à corps et à cri par l’opposition, est retoquée par les députés. Martine Aubry, invitée ce matin sur notre antenne, fustige l’abandon d’une énième promesse présidentielle, après celle du pouvoir d’achat et de la France des propriétaires. Mais Frédéric Lefèbvre, porte-parole de l’UMP, déclare ce matin que cette prime doit être rétablie, sur i-télé . Quant à Hervé Morin, le ministre de la Défense, il estime qu’il faut laisser du temps au temps : "on a un mois pour voir".

Autre sujet, le projet de loi sur l’avenir de l’audiovisuel public et notamment son financement est présenté aujourd’hui en conseil des Ministres. Et François Hollande ne décolère pas. “C’est le début de la fin de l’audiovisuel public” ! déclare-t-il.

Les explications de Marie-Eve Malouines, chef du service politique (2'14")


Les députés UMP rejettent la prime de transport : même quelques euros, c'est encore trop, Lutte Ouvrière Hebdo mise en ligne le 22 octobre 2008 à 11:52
Le 22 octobre, en commission des Affaires sociales de l'Assemblée, les députés de la majorité ont décidé de supprimer la prime de transport annoncée en juin par le gouvernement. Il s'agissait d'étendre la prise en charge par les entreprises, obligatoire et à hauteur de 50 %, des titres de transports collectifs, comme c'est déjà le cas en Ile-de-France, et la prise en charge, partielle et facultative, des frais d'utilisation de son véhicule personnel.

Ces gens-là, qui se prétendent les représentants de la population, trouvent excessif que les travailleurs, qui ont besoin de leur voiture pour se rendre au travail, puissent toucher quelques euros de compensation par mois. Pour se justifier, ils invoquent le fait que le prix du pétrole a baissé.

Les prix des carburants sont pourtant loin d'avoir retrouvé leurs niveaux d'avant la dernière flambée. Quant aux tarifs des transports en commun, ils n'ont jamais baissé !

La décision des députés de l'UMP a été immédiatement saluée par des représentants du patronat, confirmant, si besoin était, la complicité des uns et des autres. Et le caractère écœurant de leur monde de bourgeois.


François Fillon veut maintenir la prime transports, NouvelObs avec AFP | 22.10.2008 | 12:43
Annoncée par le gouvernement, l'aide au transport pour les trajets domicile-travail a été supprimée par les députés en commission. "Il vaut mieux privilégier le salaire direct et les prix du pétrole ont baissé", avance l'amendement du président UMP de la commission, Pierre Méhaignerie.

Le Premier ministre François Fillon a annoncé mercredi 22 octobre aux parlementaires de la majorité sa volonté de mettre en place la prime transport, supprimée mardi par la commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale. "La crise ne demande pas moins de solidarité mais au contraire plus de solidarité (...) c'est pour ça que nous voulons que l'aide aux transports soit mise en place", a dit le chef du gouvernement qui entend tenir cet "engagement" qu'il avait lui-même pris en juin, au plus fort de l'augmentation du prix de l'essence.
Les députés avaient décidé hier en commission de supprimer l'article du projet de budget 2009 pour la Sécurité sociale instaurant la prime transports. Il doit faire l'objet d'un vote en séance publique la semaine prochaine lors de l'examen, la semaine prochaine, du projet de loi de financement de la Sécurité Sociale (PLFSS).

Copé en désaccord avec l'amendement

Un peu plus tôt, c'était le patron des députés UMP Jean-François Copé qui a exprimé son "désaccord" avec la suppression de la prime. "Nous sommes tout à fait favorables au dispositif de prime transport voulu par le gouvernement. Sur le fond, je suis donc en désaccord avec l'amendement" au budget Sécu pour 2009 le supprimant, a déclaré à l'AFP Jean-François Copé. "Mais il n'est pas question de faire un psychodrame avec ça. Nous en débattrons tranquillement au sein du groupe UMP", a-t-il ajouté.

"Un impact négatif en matière d'emploi"

L'aide au transport pour les trajets domicile-travail, incluse par le gouvernement dans le PLFSS, s'articule en deux volets : l'extension de la prise en charge obligatoire de 50% des titres de transports collectifs, actuellement en vigueur en Ile-de-France, et la prise en charge facultative des frais d'utilisation d'un véhicule personnel, dans la limite de 200 euros par an.
"Le dispositif proposé ne se justifie pas ou plus, en particulier parce qu'il vaut mieux privilégier le salaire direct et que les prix du pétrole ont baissé", peut-on lire dans l'amendement du président UMP de la commission, Pierre Méhaignerie, et du rapporteur du budget Sécu, Yves Bur (UMP).
Dans un amendement identique, Dominique Tian (UMP) dénonce lui "une nouvelle taxe qui frappe l'appareil productif dans un contexte de crise financière systémique, de récession au sein de l'économie réelle et de poussée de l'inflation qui obère le pouvoir d'achat".
La prime transport pourrait, selon lui, avoir "un impact négatif en matière d'emploi".


Fillon tient à la prime transport, Libération source AFP 22 OCT. 14H47
Nouveau désordre dans la politique de la majorité. Le Premier ministre François Fillon a annoncé aujourd'hui aux parlementaires de la majorité sa volonté de mettre en place la prime transport, supprimée hier par la commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale.

«La crise ne demande pas moins de solidarité, mais au contraire plus de solidarité (...) c'est pour ça que nous voulons que l'aide aux transports soit mise en place», a dit le chef du gouvernement qui entend tenir cet «engagement» qu'il avait lui-même pris en juin, au plus fort de l'augmentation du prix de l'essence.

Le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) doit faire l'objet d'un vote en séance publique à l'Assemblée nationale la semaine prochaine.


Une prime transport malgré tout ?, France Info avec agences - 22 OCTOBRE 2008 15:34
François Fillon a assuré que la "prime transport" serait mise en place en dépit de son rejet par la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale. Elle avait été supprimée hier du projet de budget 2009 pour la Sécu.

"La crise ne demande pas moins de solidarité mais au contraire plus de solidarité. (...) C’est pour cela que nous voulons que l’aide au transport soit mise en place", a déclaré le Premier ministre lors d’un discours à Matignon devant les parlementaires de la majorité. "Le gouvernement est tout à fait décidé à faire respecter cet engagement", a-t-il souligné.

Les entreprises devraient prendre en charge 50% des titres de transports collectifs, comme c’est déjà le cas en Ile-de-France (0'54")

Le patron des députés UMP Jean-François Copé a également exprimé son "désaccord" avec cette suppression, tout en soulignant qu’il ne fallait pas en faire "un psychodrame" mais en "débattre tranquillement" au sein du groupe UMP.

La commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale a adopté hier soir un amendement supprimant l’article 18 du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2009 qui généralise la "prime transport", mesure promise le 12 juin par François Fillon. L’amendement a été présenté par Pierre Méhaignerie, président UMP de la commission des Affaires sociales, et Yves Bur, rapporteur UMP du projet de budget de la Sécurité sociale, qui estiment que le dispositif ne se justifie plus au vu de la baisse des prix du pétrole. L’amendement sera soumis au vote des députés la semaine prochaine en séance publique.

Ce matin les syndicats ont unanimement réagi contre cet amendement. Jean Claude Mailly pour Force Ouvrière dénonce une "véritable provocation". La CFDT parle d’une décision "méprisante" pour les salariés.

Ecoutez la réaction de Martine Aubry, la maire PS de Lille était l’invitée ce matin de la Question du Jour sur France Info (0'44")

Le Medef lui, a soutenu l’amendement des deux députés UMP. "Compte tenu de la situation économique et financière mondiale, il serait aberrant de faire peser 200 millions d’euros de plus sur les entreprises françaises alors qu’elles subissent déjà le plus fort taux de prélèvements obligatoires en Europe", a argumenté le Medef dans un communiqué.

La prime transport prévoit que les employeurs versent à leurs salariés une aide forfaitaire annuelle de 200 euros, facultative et exonérée de charges, ou optent pour la prise en charge à 50% des abonnements de transport collectif.


Prime transport : la volte-face du gouvernement, France Info 22 OCTOBRE 2008 18:45
La prime transport sera bel et bien mise en place ! C’est le Premier ministre, François FILLON, qui l’affirme au lendemain de son rejet par la commission des Affaires sociales de l’Assemblée.

Cette mesure devait se traduire par une aide aux salariés pour leur déplacement domicile/ travail. Les entreprises devraient prendre en charge 50% des titres de transports collectifs, comme c’est déjà le cas en Île-de-France.
La prime transport prévoit aussi que les employeurs versent à leurs salariés une aide forfaitaire annuelle de 200 euros... pour les aider à payer le carburant.
Tout s’est joué hier, en commission des affaires sociales de l’Assemblée, une décision qui a créé un tollé du côté des syndicats et de l’opposition.

Yves Bur a défendu ce midi sur notre antenne la suppression de ce qu’il considère comme étant une niche sociale. Il met en avant la baisse actuelle du prix du pétrole et affirme qu’il défend les salaires. _ Et malgré la mise au point de François Fillon, Pierre Méhaignerie persiste. La prime transport ne se justifie plus puisque le prix du pétrole baisse... et il affirme qu’il défend ainsi les salaires.
Louise Bodet du service politique revient sur cette affaire.

Ecouter ses explications, avec Catherine Pottier (3'50")

Fillon affronte sa majorité à propos de la prime transport (1)

17 octobre, 20h38
Dans une dépêche consacrée aux patrons du G8, on apprend :
La patronne des patrons français a rappelé qu'elle avait demandé au Premier ministre de retirer le projet de prime transport pour 2009 et a plaidé pour un gel de l'augmentation des cotisations retraites.
Reuters - Yahoo! Actualités

21 octobre, 21h40
Le coup fourré se précise :
Les députés [UMP] ont décidé mardi, en commission [c'est-à-dire en séance non publique] des Affaires sociales, de supprimer l'article du projet de budget 2009 pour la Sécu instaurant la prime transport annoncée par le gouvernement, a-t-on appris de source parlementaire.

"Le dispositif proposé ne se justifie pas ou plus, en particulier parce qu'il vaut mieux privilégier le salaire direct et que les prix du pétrole ont baissé", peut-on lire dans l'amendement du président UMP de la commission, Pierre Méhaignerie, et du rapporteur du budget Sécu, Yves Bur (UMP).

Dans un amendement identique, Dominique Tian (UMP) dénonce lui "une nouvelle taxe qui frappe l'appareil productif dans un contexte de crise financière systémique, de récession au sein de l'économie réelle et de poussée de l'inflation qui obère le pouvoir d'achat".
La prime transport pourrait, selon lui, avoir "un impact négatif en matière d'emploi".
AFP - Yahoo! Actualités

21 octobre, 21 h 42
Dans la dépêche, intitulée "Fiscalité accrue pour "parachutes dorés" et stock-options" puis "Le budget Sécu pour 2009 adopté en commission", on peut lire l'amorce d'un retournement :
La commission avait adopté d'autres amendements comme celui qui supprime l'article 18 du texte qui proposait de généraliser l'obligation pour l'employeur de prendre en charge, à hauteur d'au moins 50%, le prix des abonnements -la "prime transport"- aux transports souscrits par les salariés.

Mais le Premier ministre, François Fillon, a annoncé mercredi qu'il tenait à ce que cette mesure soit votée. L'amendement de suppression, qui sera examiné en séance la semaine prochaine, devrait alors être retiré.
Reuters - Yahoo! Actualités

22 octobre, 10 h 57
Les syndicats réagissent :
"C'est à la fois une véritable provocation et un véritable mépris pour l'ensemble des salariés français", a souligné Jean-Claude Mailly [Force Ouvrière].

La CFDT s'est élevée contre "un signe de mépris" à l'encontre des salariés dans une situation difficile.
Reuters - Yahoo! Actualités
AFP - Yahoo! Actualités

22 octobre, 11 h 45
L'affaire se complique :
Fillon veut remettre au pas ses troupes : mission impossible ?
Ce mercredi François Fillon reçoit les parlementaires UMP à Matignon. Le Premier ministre en aurait-il marre de la dispersion dans les rangs de l'UMP ?
Ces derniers temps les parlementaires ont en effet multiplié les désavoeux de la politique du gouvernement..
1. Ça coince sur la prime transport
2. Sur la réforme de la loi SRU
3. Sur le RSA
4. Sur l'action de l'Etat face à la crise
LePost - Yahoo! Actualités [un produit manufacturé par Le Monde]

Quelle explication est-elle la bonne ?
- Celle de l'AFP :
22 octobre, 17 h 14
François Fillon a voulu mercredi calmer l'indignation provoquée par la suppression, en commission des Finances de l'Assemblée, de la prime transport dans le projet de budget 2009 de la Sécu, réaffirmant sa volonté de mettre en place cette aide aux salariés.
AFP - Yahoo! Actualités
- Celle de Reuters :
22 octobre, 17 h 15
François Fillon a mis le holà aux dissonances de la majorité sur la prime transport en assurant que ce dispositif serait mis en oeuvre malgré l'hostilité d'une partie des députés UMP.
Reuters - Yahoo! Actualités

Plus vraisemblablement celle de Reuters après la lecture de la dépêche AFP du 22 octobre, 19 h 59 :
Le Premier ministre François Fillon a lancé mercredi quelques piques en direction du chef de file des députés UMP à l'Assemblée nationale, Jean-François Copé...
AFP - Yahoo! Actualités

Source : dépêches d'agence publiées par Yahoo! Actualités.

22 octobre 2008

Crise mondiale : la guerre continue

Revue de presse européenne, euro|topics
Le président français Nicolas Sarkozy s'est prononcé devant le Parlement européen en faveur d'un "gouvernement économique européen". Sa demande d'une nationalisation partielle des groupes les plus importants est particulièrement controversée. La presse européenne s'interroge sur la réponse de la présidence du Conseil de l'UE à la crise financière.


Revue de presse française, NouvelObs
L'ECLAIR DES PYRENEES
Mort et enterré (du moins pour quelques décennies) le dogme ultralibéral selon lequel les marchés tout puissants sont censés s'autoréguler. Le cataclysme financier que le monde vient de vivre a rappelé que le capitalisme de marché ne peut fonctionner sans confiance, c'est-à-dire sans morale et donc sans gendarmes, sans autorités de régulation extérieures. C'est une des grandes surprises de la crise actuelle : les chefs d'Etat ont su faire preuve d'un pragmatisme à toute épreuve. A l'image du président Sarkozy et du premier ministre britannique qui est passé de la dérégulation à la quasi nationalisation des grandes banques londoniennes. Même les esprits les plus rigides, comme Bush et Merkel, se sont coulés dans le moule keynésien et en sont déjà à la deuxième étape de cette réhabilitation de l'Etat : la relance budgétaire de l'économie venant compléter le sauvetage du système bancaire.


Le Sommet Asie-Europe aura un record de participation, Le Quotidien du Peuple
Le président Hu Jintao va assister à un certain nombre d'activités importantes de l'évènement, tandis que le Premier ministre Wen Jiabao présidera le sommet et sera l'hôte d'accueil d'un dîner pour souhaiter la bienvenue aux dirigeants du monde en visite, a dit Liu.

Il a ajouté que le sommet, intitulé «L'action et la vision: vers une solution gagnant-gagnant », va tenter de trouver un plan commun aux pays européens et asiatiques pour lutter contre les trois grands défis auxquels le monde est en train de faire face : les turbulences financières, le problème de l'énergie et de la sécurité alimentaire.

«La crise financière a suscité l'inquiétude dans tous les pays. Les dirigeants vont profiter du sommet pour en faire une plate-forme, où ils mèneront des discussions approfondies sur l'extension de la coopération, le renforcement de la confiance des investisseurs et la stratégie face aux difficultés", a-t-il dit.


Paulson appelle la Chine à ne pas abandonner les réformes économiques, Aujourd'hui la Chine
Le secrétaire américain au Trésor Henry Paulson a appelé mardi la Chine à ne pas abandonner les réformes économiques, indiquant que Pékin avait "une belle occasion" de tirer les leçons des erreurs des Etats-Unis à l'occasion de la crise financière et économique.


Entretien de Hu Jintao et George W. Bush sur la crise financière, Aujourd'hui la Chine
Face à la tempête boursière et à la crise financière, George W. Bush a cédé aux demandes européennes et accepté non pas un mais plusieurs sommets, dont le premier pourrait avoir lieu à New York dès novembre.


Le sommet sur la crise financière aura lieu le 15 novembre près de Washington, NouvelObs
Ce premier sommet, avec la participation des dirigeants du G20, viserait à "discuter des causes de la crise financière", "passer en revue les progrès accomplis" pour résoudre la crise, "développer des principes de réformes nécessaires pour faire en sorte que (la crise) ne se reproduise pas", et "charger des groupes de travail de formuler des recommandations que les dirigeants envisageraient au cours d'un prochain sommet", selon un haut responsable de l'administration, qui a voulu garder l'anonymat.

Le G20 rassemble le G7 (Allemagne, Canada, France, Italie, Japon, Royaume-Uni) plus l'Afrique du sud, l'Arabie saoudite, l'Argentine, l'Australie, le Brésil, la Chine, la Corée du Sud, l'Inde, l'Indonésie, le Mexique, la Russie et la Turquie. Le 20e membre est l'Union européenne, représentée par le pays qui en assure la présidence tournante (la France jusqu'au 31 décembre).


Paulson contre Paulsen : la crise boursière est-elle une opportunité ?, Chronique Agora
Il serait donc juste -- et prudent -- de se demander dans quelle sorte de guerre on s'engage. Le marché de 2008 est-il comme celui de 1974 -- un marché qui perd 45% par rapport à son point culminant puis qui progresse, plus ou moins, durant les 30 années suivantes ? Ou est-il comme celui de 1929 -- un marché qui chute de 40%, rebondit quelque peu, puis perd à nouveau 50% pour atteindre son niveau le plus bas ?

On se rend compte que bon nombre des investisseurs héroïques actuels sont ceux qui ont raflé toutes les médailles d'honneur pendant les précédentes campagnes de marchés baissiers. Mais on sait aussi que les vieux soldats utilisent parfois d'anciennes tactiques pour livrer de nouvelles batailles. Et le marché baissier de 2008 semble être un tout nouveau type de guerre. Tellement nouveau, en fait, que l'on a rien vu de pareil depuis les années 30.


VELIZADE Ilgar, Crise mondiale: la guerre en suspens ?, RIA Novosti
Alors que les grandes puissances mondiales sont préoccupées par la recherche de moyens optimaux de sortir de la crise économique globale, il y a bien des raisons de supposer que des pays "rétifs" tels que le Venezuela, la Corée du Nord ou l'Iran, qui ont senti que les principaux centres de force leur accordaient moins d'attention, tâcheront d'en profiter pour tirer quelque avantage de cette situation.

Effectivement, la crise mondiale oblige de nombreux Etats à s'occuper, qu'ils le veuillent ou non, de leurs propres problèmes, ce qui relègue au second plan le règlement des grandes questions internationales. Dans ce contexte, il est inutile d'attendre un règlement rapide tant des problèmes apparus récemment (conflit dans le Caucase du Sud) que de ceux ayant déjà une longue histoire derrière eux (problème palestinien). Il n'est pas difficile de deviner qu'en perspective, cette situation peut avoir des conséquences très lourdes pour un système de la stabilité internationale déjà fragile.

Des problèmes globaux tels que la lutte contre la misère dans les pays les plus pauvres, la crise alimentaire globale et la lutte contre toutes sortes d'épidémies pourraient se retrouver privés de l'attention nécessaire.

Mais, paradoxalement, la menace de déclenchement de guerres importantes se réduit considérablement dans ce contexte. Mener une guerre n'est plus avantageux. Mais dans ce cas, on ne sait plus trop que choisir entre un mauvais arrangement et un bon procès.