25 novembre 2008

Obama soutient Wall Street, mais pas Main Street

Barack Obama n'est pas encore installé à la Maison Blanche, mais il a déjà annoncé qu'il poursuivra la politique économique de Bush en promettant des aides aux entreprises et des sacrifices aux Américains. Les Bourses applaudissent quand il déclare «Nous devons remettre les Américains au travail. En parallèle, il faudra garantir la stabilité de notre système financier.»
• Obama va appeler les Américains à des sacrifices budgétaires, AFP - Yahoo! Actualités.
• Les Bourses applaudissent le volontarisme du futur président, Le Monde - Yahoo! Actualités.


Le feuilleton des rumeurs de nominations et des nominations réelles continuent. L’establishment et Wall Street sont satisfaits des quelques noms connus de sa dream team.
• Obama nomme son directeur du bureau du Budget et défend un programme d'économies budgétaires, AP - Yahoo! Actualités.
• Etats-Unis/ Barack Obama prêt à passer le budget au peigne fin, AFP - Yahoo! Actualités.


Mais toutes ces annonces ne changeront guère le cours des choses, car d'ici le 20 janvier la crise va s'aggraver et Obama devra assumer les décisions de Bush - peu différentes sur le fond.
Il est donc pathétique, mais aussi significatif de la gravité de la situation, de voir Obama faire des messages hebdomadaires comme s’il était déjà président, ou bien comme les “causeries au coin du feu” de Roosevelt à partir de mars 1933. Mais Obama ne fait qu’annoncer des mesures pour fin janvier 2009, – qui, d’ailleurs, s’apparentent toutes dans l’esprit à certaines des initiatives du New Deal (grands travaux publics d’infrastructure); en effet, toutes les rigidités doctrinales sont en train d’être fortement secouées, lorsqu’on nous signale qu’un homme aussi proche de Wall Street et de la doctrine économique courante de l’américanisme que Lawrence Summers, nommé président du Conseil National de l’Economie, conseille de tout concentrer sur ce qui devient la tentative de contenir le chômage. Obama fait ce qu’il peut mais cela reste bien peu, au regard de la situation du pays qui semble s’effriter comme du sable entre les doigts.
[...]
Obama se précipite donc pour construire son administration, pour annoncer des mesures, pour sembler exercer le pouvoir, – mais “sembler” seulement, car la Constitution, cette admirable construction législative taillée dans le marbre du Droit, lui interdit plus. Les deux seules mesures qu’il peut prendre, détaillées par Reich, sont de constituer et de mettre au travail son équipe économique, et d’annoncer des mesures d’urgence pour le 20 janvier 2009 en fin d’après-midi.
[...]
C’est dire combien toutes les prévisions qu’on a faites, qu’on fait et qu’on continuera à faire les jours et les semaines prochaines sur l’administration Obama, ses intentions, ses buts, sa politique extérieure, etc., sont désormais soumis à une formidable hypothèque.
Urgence extraordinaire et impuissance extrême, Dedefensa.

24 novembre 2008

L'administration Obama (3)

Barack Obama dévoile petit à petit les membres de sa future administration. Cette stratégie fait le bonheur des médias qui distillent leurs spéculations selon la technique du feuilleton.

La nomination d'Hillary Clinton dans l'administration Obama se précise, AFP - Yahoo! Actualités.
La future administration Obama a continué à prendre forme vendredi avec en perspective des nominations à deux des postes les plus importants des Etats-Unis: Hillary Clinton à la tête de la diplomatie et Timothy Geithner au Trésor.
[...]
Parmi les dernières spéculations, la nomination de James Jones, ancien général et ancien commandant de l'Otan, au poste de conseiller à la sécurité nationale, était évoquée par la chaîne ABC News.


Barack Obama nomme Timothy Geithner comme futur secrétaire au Trésor, AP - Yahoo! Actualités - AFP - Google Actualités.
A 57 jours de son investiture, Barack Obama a annoncé lundi qu'il avait choisi le président de la Réserve fédérale de New York Timothy Geithner pour être son futur secrétaire au Trésor. La priorité de son équipe sera la préparation d'un plan de relance, a-t-il ajouté.


Barack Obama dévoile son plan de bataille pour l'économie, AFP - Yahoo! Actualités.
Le président élu américain Barack Obama a désigné officiellement lundi Timothy Geithner comme secrétaire au Trésor alors que la presse annonce déjà qu'un futur plan de relance économique pourrait atteindre 700 milliards de dollars pour lutter contre la récession.


Quel gouvernement pour Barack Obama ?, IRIS - Dailymotion.
Barthélémy Courmont, chercheur à l'IRIS, répond aux questions de l'IRIS :
- Obama est en train de nommer les personnalités clés de son futur gouvernement. Annoncent-elles un grand revirement de la politique américaine ou, comme certains l’ont critiqué, va-t-on se retrouver avec un cabinet Clinton bis, et donc finalement à peu de changement ?
- A quoi peut-on s’attendre avec une Hillary Clinton aux affaires étrangères ?
- Bush et Medvedev ont su faire preuve de pragmatisme lors de leur rencontre au Sommet de l'APEC. Pensez-vous que les relations russo-américaines sauront se détendre sous Obama, notamment sur la question du bouclier anti-missile ?


La transition d’Obama : un who’s who de la politique impérialiste, WSWS.
La contradiction entre les aspirations et les espoirs de millions d’Américains qui ont voté pour répudier la politique de guerre et de réaction sociale du gouvernement Bush et le caractère de classe du futur gouvernement Obama devient de plus en plus évidente depuis l’élection il y a deux semaines.
[...]
Tous ces développements éclairent une vérité politique fondamentale : Obama a été le choix de la faction de l’establishment politique américain qui a vu en lui la figure de proue idéale pour reconditionner et recalibrer la politique impérialiste des Etats-Unis.

Forum de coopération économique Asie-Pacifique

Le ralliement à la déclaration du G-20 au menu des dirigeants de l'Apec, AFP - Yahoo! Actualités.
Le ralliement à la déclaration du G-20 devait dominer les discussions samedi du 16e sommet du Forum de coopération économique Asie-Pacifique (Apec) que les dirigeants, dont l'Américain George W. Bush, le Russe Dmitri Medvedev et le Chinois Hu Jintao, mettront également à profit pour tenir des réunions bilatérales.


Le protectionnisme ne ferait qu'aggraver la crise, met en garde l'Apec, AFP - Yahoo! Actualités - Xinhua.
Les mesures de protectionnisme ne feraient qu'accentuer la crise économique actuelle ont prévenu samedi les dirigeants du 16e sommet du Forum de coopération économique Asie pacifique (Apec), dans une déclaration commune, dans laquelle ils appuient "fermement" la déclaration de Washington.


APEC : vers la création d'une zone de libre-échange Asie-Pacifique, RIA Novosti.
Les pays membres de l'APEC se sont par ailleurs engagés à ne pas créer de nouvelles barrières commerciales.

"Il existe un risque que le ralentissement de la croissance mondiale puisse entraîner l'adoption de mesures protectionnistes qui ne pourraient qu'aggraver la situation économique actuelle. Dans cette optique, nous appuyons la déclaration de Washington, et nous nous abstiendrons dans les douze prochains mois de créer de nouvelles barrières pour l'investissement ou le commerce des biens et services, d'introduire de nouvelles restrictions sur les exportations ou de recourir à des mesures incompatibles avec les règles de l'OMC, notamment visant à stimuler les exportations", souligne la déclaration.


Bush rencontre son homologue chinois Jintao en marge du sommet de l'Apec à Lima, AFP - Yahoo! Actualités - AFP - Aujourd'hui la Chine.
Le président George W. Bush et son homologue chinois Hu Jintao ont discuté vendredi à Lima des mesures destinées à accélérer le processus de dénucléarisation de la Corée du nord, a annoncé la Maison Blanche.

Rapport n°46 sur les forces d’occupation israéliennes de la Palestine

Entre le 13 et le 19 novembre, les forces d’occupation israéliennes de la Palestine ont :
• assassiné 4 Palestiniens dans la bande de Gaza ;
• blessé 6 Palestiniens, dont un mineur, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza ;
• simulé des raids aériens contre la bande de Gaza ;
• arrêté 44 civils palestiniens, dont 2 mineurs, en Cisjordanie ;
• arrêtés 4 civils palestiniens, dont 3 mineurs, sur les check-points de Cisjordanie ;
• arrêtés 15 pêcheurs palestiniens et 3 militants internationaux solidaires de la Palestine alors qu’ils naviguaient en face la bande de Gaza ;
• poursuivi la construction du mur d’apartheid, déclaré illégal par la Cour internationale de Justice, à l’intérieur de la Cisjordanie ;
• confisqué 22 dunums (2,2 ha) de terres agricoles dans le sud d’Hébron ;
• poursuivi la judaïsation de Jérusalem ;
• démoli 2 maisons et confisqué un mobile home à Jérusalem ;
• poursuivi la judaïsation du quartier Sheikh Jarrah au profit des groupes juifs extrémistes ;
• poursuivi les activités coloniales en Cisjordanie où les colons se sont montrés encore agressifs contre les Palestiniens et leurs biens ;
• maintenu un siège total des Territoires occupés et ont isolé la bande de Gaza du monde extérieur.

La bande de Gaza souffre d’une grave crise humanitaire.

Rapport complet : Info-Palestine.

Amérique latine très convoitée (1)

Nouveaux acteurs en Amérique latine (1) : l’Iran, Boulevard Exterieur.
Un article de Ian James, publié le 23 novembre 2008 dans le Washington Post, fait état des liens économiques de plus en plus étroits entre l’Iran et les pays d’Amérique latine opposés aux Etats-Unis : Venezuela, Nicaragua, Bolivie. Extraits (titre de l’article : ’’ Iran Builds Ties in Latin America, Based on Animosity Toward U.S’’).


Nouveaux acteurs en Amérique latine (2) : la Chine, Boulevard Exterieur.
Dans une récente discussion publique à Washington (30 octobre 2008), le think-tank Inter-American Dialogue s’est interrogé sur la montée en puissance de la Chine en Amérique latine. Symbole de cette montée en puissance : la récente entrée de la Chine dans les instances de gouvernance de la Banque inter-américaine de développement (IADB). Résumé du débat entre Gonzalo Paz et David Shambaugh de l’Université George Washington, et Evan Ellis, consultant du cabinet Booz Allen Hamilton.

Version policière des «sabotages SNCF» (2)

L'hebdomadaire d'extrême droite, Valeurs actuelles, a repris la version policière titrée "Sous la menace de l'ultragauche".

"Terroristes d'ultra-gauche" : Comment justice et presse prennent le train de la police, Politis.
Après les sabotages de lignes TGV le 8 novembre dernier, neuf personnes, bien vite présentées comme des "anarchistes d’ultra-gauche" par les médias et la police, ont été placées en garde à vue. Mais aucun élément n’est venu prouver leur culpabilité et de nombreuses questions restent en suspens.

Dimanche 16 novembre, neuf membres présumés d’une « cellule invisible » qualifiée « d’ultra-gauche, mouvance anarcho-autonome » par la ministre de l’Intérieur, ont été mis en examen pour « destructions en réunion en relation avec une entreprise terroriste ». Quatre d’entre-eux ont été mis en liberté sous contrôle judiciaire et cinq incarcérés. Sans qu’il existe, en l’état actuel de l’enquête, la moindre preuve qu’ils aient de près ou de loin participé aux actes de malveillance qui avaient perturbé une semaine plus tôt le trafic des TGV Nord, Est et Sud-Est. Ce qui n’a pas empêché la plupart des médias de répéter les vraies-fausses informations répandues par les policiers pour accréditer l’existence d’un « groupe de terroristes », basé à Tarnac en Corrèze, en train de préparer des sabotages. Quelques informations méritent pourtant d’être examinées de plus près, d’autant qu’elles n’ont pas été répercutées par la presse.
[...]
Le 13 novembre, un représentant du Parquet de Paris a déclaré : « Les éléments recueillis ne permettent pas de les présenter comme coupables, le délit d’opinion n’est pas criminalisé en France ». Le procureur de Paris, sur instructions, a estimé le contraire. Au début de l’enquête, le 8 au matin, les gendarmes ont annoncé disposer d’empreintes et de traces ADN. Dimanche, elles n’existaient plus. Les mises en examen, comme l’expliquent les avocats, ont donc été essentiellement faites sur des présomptions puisqu’en l’état actuel de l’enquête, il n’existe aucune preuve. Mais il est vrai que des policiers ont confié aux journalistes à propos de Julien : « Vous savez, il est très intelligent ». Ce qui constitue sans aucun doute une circonstance aggravante.


Nous sommes tous des « anarcho-autonomes », Le Mague.
Serviles, les médias lâchent les freins et vont d’amalgames en amalgames. Tout est bon pour semer le trouble dans des esprits mal informés. Les « experts » sont appelés à la rescousse. On revient alors pêle-mêle sur l’action des antinucléaires contre un train de déchets radioactifs, sur les revendications de SUD Rail, sur les manifs anti G8 ou anti-CPE, sur les faucheurs d’OGM, sur la mobilisation contre le fichier EDVIGE, sur la sortie d’un mauvais film sur La Bande à Baader... La désinformation à Très Grande Vitesse est en marche pour justifier la mise à l’index de personnes soupçonnées d’avoir mis à bout de bras des tiges en ferraille sur les caténaires de lignes TGV (dans lesquels courent 25 000 volts…). En fait, au-delà de ces arrestations, c’est finalement tout le mouvement social qui est visé.
[...]
Comment se terminera ce stupide conte de la folie ordinaire ? En 2007, des actes
similaires avaient eu lieu. Les mêmes conneries avaient été dites, mais les mystérieux
coupables n’ont jamais été arrêtés. En 2008, rebelote avec cette fois une répression
Très Grande Vitesse. Que penser de tout ça ? Le pouvoir estime que des « pensées
radicales » sont incompatibles avec la « démocratie ». Nous voilà prévenus. Nous qui,
en maintes occasions, avons lutté, protesté, manifesté, pétitionné, collé des affiches,
fait grève, écouté des chansons et des poèmes rebelles, surfé sur des sites Internet
engagés, rencontré des militants allemands, irlandais, espagnols, américains,
africains… Autant d’actes qui peuvent nous rendre vite suspects.


Arrêtez-nous, nous sommes des terroristes de l’ultra-gauche !, Le Blog de l’ultra-gauche.
Nous aussi, nous avons manifesté dans notre vie,
Nous avons même manifesté contre la guerre et pour la paix dans le monde,
Certains d’entre nous ont même manifesté à l’étranger, et certains aux Etats-Unis,

Nous aussi, nous habitons ou aimerions habiter un village de 300 habitants,
Nous avons même imaginé vivre et habiter à la campagne et devenir épiciers,
Certains d’entre nous aimeraient reprendre une vieille ferme et planter des carottes,

Nous aussi avons des ordinateurs portables et des connexions Internets,
Nous avons même créé des blogs politiques et associatifs,
Certains d’entre nous connaissent même des sites libertaires ou anarchistes,

Nous aussi, nous possédons une carte des chemins de fer et destinations de la SNCF,
Nous avons, pour les plus jeunes, une carte 12-25 ans pour voyager moins cher,
Certains d’entre nous ont même été importunés par les voies ferrés dans leur promenade du dimanche,

Nous aussi, nous avons des livres à la maison,
Nous avons même des livres politiques qui expliquent comment renverser le système capitaliste,
Certains d’entre nous ont même écrit des livres subversifs expliquant comment organiser une action militante

Nous aussi, nous aimons la nature,
Nous avons même toutes et tous pensé faire de l’escalade pour profiter des paysages de montagne,
Certains d’entre nous ont même, dangereux qu’ils sont, des mousquetons et un casque d’escalade,

Nous aussi, nous sommes allés à l’école,
Nous avons même essayé de faire des études, voire beaucoup d’études,
Certains d’entre nous ont même obtenus leur diplôme BAC+5.


Fabrication d’épouvantails, mode d’emploi

Stupeur et consternation ! Les terroristes «d’ultragauche» accusés par la ministre de l’Intérieur d’avoir saboté des caténaires de TGV, vivaient paisiblement à Tarnac, petit village de Corrèze. Ils y tenaient même l’épicerie-bar. Les habitants du village expriment tout le bien qu’ils pensaient de leurs commerçants uniques. Qu’à cela ne tienne. Les journaux télévisés unanimes brodent sur la clandestinité du groupe, «qui avait balancé ordinateurs et téléphones portables». Une épicerie, peut-être, mais «une épicerie tapie dans l’ombre», précisa fort sérieusement un journaliste de France 2.

Le journalisme policier est un art difficile. Il ne s’agit pas seulement de recueillir les confidences des enquêteurs, et de tenter tant bien que mal de séparer infos et intox. Il faut encore leur donner la forme d’un roman conforme à ce qu’attendent, selon les cas, les lecteurs, la hiérarchie du journal, ou le ministère. D’où la fabrication ultrarapide «d’épicerie tapie dans l’ombre», d’un «commando» composé d’un «cerveau» et de «lieutenants» réfugiés dans un «QG» ou de «nihilistes potentiellement très violents».

Fabrication, ou résurrection ? Aux plus âgés d’entre nous (disons, les quadragénaires bien avancés) les journaux télévisés de la semaine dernière auront au moins rappelé leur jeunesse. Aux «prêcheurs barbus des caves», aux «gangs ethniques des banlieues», a en effet succédé une autre catégorie de «méchants», bien oubliée, «la mouvance anarcho-autonome». Et resurgissent pêle-mêle les fantômes des glorieux prédécesseurs de MAM, Michel Poniatowski (ministre de Giscard), ou même Raymond Marcellin, titulaire du poste sous Pompidou.

Dans ce concours de fabrication d’épouvantails, notre confrère du Figaro, Christophe Cornevin, se classe hors catégorie. Les ultraépiciers de Tarnac, aux yeux du Figaro, étaient «en totale rupture de ban avec la société», «embarqués dans un mode de vie altermondialiste, vivotant pour certains du négoce de produits agricoles, fuyant le regard des rares riverains qui les entouraient, ces apprentis terroristes de la gauche ultra présentaient un profil bien particulier. Agés de 25 à35 ans pour le plus âgé, ces nihilistes considérés comme «potentiellement très violents» étaient articulés autour d’un petit «noyau dur» d’activistes déjà fichés pour divers actes de violences et de dégradation. A priori, aucun d’entre eux ne travaillait. «Cela ne correspondait pas à leur philosophie», lâche un enquêteur. Les femmes de la bande, quant à elles, sont plus volontiers dépeintes sous les traits de "filles de bonne famille issues de la bourgeoisie de province". Un profil somme toute guère étonnant au regard de la jeune fille chic en Burberry qui répondait au nom de Joëlle Aubron à l’époque d’Action Directe».

Paresse, lâcheté, violence, trahison de sa classe d’origine : tous ces traits de caractères individuellement, sont inquiétants. Regroupés, ils composent un tableau terrifiant. Le lendemain, le titre d’un article du même journaliste nous apprend que «l’ADN est au cœur de l’enquête». Mais au cœur de l’article… rien sur les preuves ADN.

A croire d’ailleurs que la fabrication d’épouvantails médiatiques est une spécialité en soi. Une recherche au sujet de Christophe Cornevin dans le moteur Google, donne une idée de l’ampleur des compétences du confrère. «Une dizaine de lascars sont affalés sur les bancs de la salle des pas perdus de la 23e chambre correctionnelle, écrit le journaliste. Agés de 17 à 22 ans, ils sont dans leur écrasante majorité originaires d’Afrique noire» (7 septembre 2007, article intitulé «L’essor des gangs africains dominés par le vol et la violence»). «Les barbus s’activent derrière les barreaux», titre Le Figaro en septembre. Détails : «Ces religieux clandestins se sont radicalisés en surfant sur Internet, confie un haut responsable de l’AP. Ils distillent des fragments de sourates pouvant faire référence à la violence et reprennent un discours moyenâgeux pour convertir leurs compagnons de cellule.»

Mais lorsque la tendance des épouvantails vire au modèle «trader fou», notre artisan sait aussi se reconvertir, comme dans cette description balzacienne des objets saisis lors d’une perquisition chez l’ancien trader de la Société générale Jérôme Kerviel : «Sur une table placée aux abords de l’impressionnant écran plat qui trône dans la pièce principale, ils ont notamment trouvé deux téléphones portables, un livre de réglementation bancaire, un numéro de la revue Investir intitulé «Comment s’enrichir en 2008», une canette entamée, une boîte de cigares Monte-Cristo et un exemplaire du Coran comprenant une version arabe et sa traduction en français.»

Ça ferait rire, si ça ne faisait pas peur. Ça ferait peur, si ça ne faisait pas rire.

Daniel Schneidermann
17/11/2008
Publié par Libération.

Terrorisme ou tragi-comédie

A l’aube du 11 novembre, 150 policiers, dont la plupart appartenaient aux brigades antiterroristes, ont encerclé un village de 350 habitants sur le plateau de Millevaches avant de pénétrer dans une ferme pour arrêter 9 jeunes gens (qui avaient repris l’épicerie et essayé de ranimer la vie culturelle du village). Quatre jours plus tard, les 9 personnes interpellées ont été déférées devant un juge antiterroriste et «accusées d’association de malfaiteurs à visée terroriste». Les journaux rapportent que le ministre de l’Intérieur et le chef de l’Etat «ont félicité la police et la gendarmerie pour leur diligence». Tout est en ordre en apparence. Mais essayons d’examiner de plus près les faits et de cerner les raisons et les résultats de cette «diligence».

Les raisons d’abord : les jeunes gens qui ont été interpellés «étaient suivis par la police en raison de leur appartenance à l’ultra-gauche et à la mouvance anarcho autonome». Comme le précise l’entourage de la ministre de l’Intérieur, «ils tiennent des discours très radicaux et ont des liens avec des groupes étrangers». Mais il y a plus : certains des interpellés «participaient de façon régulière à des manifestations politiques», et, par exemple, «aux cortèges contre le fichier Edvige et contre le renforcement des mesures sur l’immigration». Une appartenance politique (c’est le seul sens possible de monstruosités linguistiques comme «mouvance anarcho autonome»), l’exercice actif des libertés politiques, la tenue de discours radicaux suffisent donc pour mettre en marche la Sous direction antiterroriste de la police (Sdat) et la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). Or, qui possède un minimum de conscience politique ne peut que partager l’inquiétude de ces jeunes gens face aux dégradations de la démocratie qu’entraînent le fichier Edvige, les dispositifs biométriques et le durcissement de règles sur l’immigration.

Quant aux résultats, on s’attendrait à ce que les enquêteurs aient retrouvé dans la ferme de Millevaches des armes, des explosifs, et des cocktails Molotov. Tant s’en faut. Les policiers de la Sdat sont tombés sur «des documents précisant les heures de passage des trains, commune par commune, avec horaire de départ et d’arrivée dans les gares». En bon français : un horaire de la SNCF. Mais ils ont aussi séquestré du «matériel d’escalade». En bon français : une échelle, comme celles qu’on trouve dans n’importe quelle maison de campagne.

Il est donc temps d’en venir aux personnes des interpellés et, surtout, au chef présumé de cette bande terroriste, «un leader de 33 ans issu d’un milieu aisé et parisien, vivant grâce aux subsides de ses parents». Il s’agit de Julien Coupat, un jeune philosophe qui a animé naguère, avec quelques-uns de ses amis, Tiqqun, une revue responsable d’analyses politiques sans doute discutables, mais qui compte aujourd’hui encore parmi les plus intelligentes de cette période. J’ai connu Julien Coupat à cette époque et je lui garde, d’un point de vue intellectuel, une estime durable.

Passons donc à l’examen du seul fait concret de toute cette histoire. L’activité des interpellés serait à mettre en liaison avec les actes de malveillance contre la SNCF qui ont causé le 8 novembre le retard de certains TGV sur la ligne Paris-Lille. Ces dispositifs, si l’on en croit les déclarations de la police et des agents de la SNCF eux-mêmes, ne peuvent en aucun cas provoquer des dommages aux personnes : ils peuvent tout au plus, en entravant l’alimentation des pantographes des trains, causer le retard de ces derniers. En Italie, les trains sont très souvent en retard, mais personne n’a encore songé à accuser de terrorisme la société nationale des chemins de fer. Il s’agit de délits mineurs même si personne n’entend les cautionner. Le 13 novembre, un communiqué de la police affirmait avec prudence qu’il y a peut-être «des auteurs des dégradations parmi les gardés a vue, mais qu’il n’est pas possible d’imputer une action à tel ou tel d’entre eux».

La seule conclusion possible de cette ténébreuse affaire est que ceux qui s’engagent activement aujourd’hui contre la façon (discutable au demeurant) dont on gère les problèmes sociaux et économiques sont considérés ipso facto comme des terroristes en puissance, quand bien même aucun acte ne justifierait cette accusation. Il faut avoir le courage de dire avec clarté qu’aujourd’hui, dans de nombreux pays européens (en particulier en France et en Italie), on a introduit des lois et des mesures de police qu’on aurait autrefois jugées barbares et antidémocratiques et qui n’ont rien à envier à celles qui étaient en vigueur en Italie pendant le fascisme. L’une de ces mesures est celle qui autorise la détention en garde à vue pour une durée de quatre-vingt-seize heures d’un groupe de jeunes imprudents peut-être, mais auxquels «il n’est pas possible d’imputer une action». Une autre tout aussi grave est l’adoption de lois qui introduisent des délits d’association dont la formulation est laissée intentionnellement dans le vague et qui permettent de classer comme «à visée» ou «à vocation terroriste» des actes politiques qu’on n’avait jamais considérés jusque-là comme destinés à produire la terreur.

Giorgio Agamben
19/11/2008
Traduit de l’italien par Martin Rueff.
Publié par Libération.

Écouter :
Eric Hazan, interview (I), interview (II), interview (III), Mediapart - Dailymotion.

Lire :
• Dossier "mouvance anarcho-autonome", Infokiosques.net.
• Articles "Anarcho-autonome", WordPress.
• Les «anarcho-autonomes», le fantasme du réseau et la réalité des écrits, Médiapart - Le Blog de l’ultra-gauche.
Julien Coupat n'est pas un "terroriste", Betapolitique.
• Quand Cantat chante, Le Monolecte.
• Action directe : justice sans fin, Le Monde diplomatique.
Les propos d'Alexandre Adler dans les colonnes du Figaro, qui comparent le NPA (Nouveau parti anticapitaliste de Besancenot) au NSDAP (Parti national-socialiste des travailleurs allemands de Hitler) sont sidérants :
La responsabilité principale de l’ascension de Hitler vient des élites conservatrices catholiques et protestantes : malgré la répulsion que leur inspirait le nazisme, de temps à autre, ces élites inconsolables de l’Empire de Guillaume II ne pouvaient s’empêcher de tenir les nazis pour des patriotes, certes un peu vulgaires et excités. (…) Cette même baisse des défenses immunitaires existe aujourd’hui à gauche. (…) Tant que les dirigeants du Parti socialiste se donneront tort de leur effective modération, ils considéreront Besancenot et la théorie de petites brutes imbéciles qui font masse autour de lui comme des représentants plus purs et plus intègres des idées qu’ils défendaient dans leur jeunesse. Si nous voulons éviter que la crise nous confronte bientôt à un parti social fasciste de masse, aux connotations manifestement antisémites, c’est au Parti socialiste, en première ligne, de réagir énergiquement. (…) S’il manque à son devoir, l’explosion est à brève échéance. (Le Figaro, 4 octobre 2008).

• Michèle Alliot-Marie et la menace terroriste, Les blogs du Diplo.
• Islam : L’ennemi fabriqué, Silvia Cattori.
• La « bande » a bon dos - Un nouveau pétard mouillé pour justifier les lois liberticides, Solidarité avec les 5 solidaires.

23 novembre 2008

On licencie pour "garder nos marges de profit"

Obama promet de créer 2,5 millions d'emplois d'ici 2011 alors qu'il avoue que "la plupart des experts pensent que nous pourrions perdre des millions d'emplois l'année prochaine" [AP - Yahoo! Actualités].

En attendant qu'il prenne ses fonctions à la Maison Blanche, le 20 janvier prochain, les entreprises américaines licencient massivement. Depuis le début de 2008, 1,2 million emplois ont été perdus aux États-Unis. Au cours de la semaine précédant le 15 novembre, 542 000 nouveaux chômeurs ont un recours aux prestations d'assurance-emploi, selon des chiffres avancés par le département du Travail américain. L'Administration Bush poursuit la politique qui a conduit au désastre.
Il a semblé jusqu'ici beaucoup plus utile à Hank Paulson de voler au secours d'AIG à hauteur de 150 milliards de dollars pour préserver éventuellement quelques dizaines de milliers d'emplois plutôt que de soutenir les Big Three qui représentent, directement ou indirectement, 2,5 à trois millions d'emplois. Ceux-ci pourraient pourtant être perdus en seulement quelques mois, ce qui constituerait un signal conjoncturel et social aux conséquences désastreuses, sans commune mesure avec la faillite de Lehman Brothers. C'est à se demander si l'administration Bush sera capable -- avant de lâcher le devant de la scène -- de démontrer qu'elle sait tirer les conséquences de ses erreurs passées.

L'activité industrielle a dégringolé de +3,8 à -37,5 dans la région de Philadelphie en octobre, selon l'enquête mensuelle publiée jeudi par la Réserve fédérale locale -- alors que les économistes prévoyaient un repli limité de l'indice à -10 environ.

Pour couronner le tout, le département du Travail confirme tous les signaux de dégradation du marché de l'emploi observés dans la quasi-totalité des secteurs d'activité, avec la multiplication des plans de licenciements. Les inscriptions hebdomadaires au chômage ont ainsi grimpé de 27 000 à 542 000 au cours de la semaine achevée le 15 novembre.

[...]

Après le "too big to fail" (trop gros pour disparaître), c'est le "trop gros pour être sauvé" qui semble constituer un obstacle psychologique majeur pour les sénateurs républicains qui prétendent défendre les principes libéraux qui ont fait -- et c'est désormais du passé décomposé -- la fortune de l'Amérique.

Ils n'éprouvent en revanche nulle réticence à voter chaque année des rallonges de plusieurs dizaines de milliards de dollars pour financer les vaines guerres impériales de l'Amérique, comme les baptise depuis leur origine Bill Bonner.

Ces sénateurs républicains ont en effet les moyens d'opposer un veto à un plan de sauvetage de 25 milliards de dollars qui pourrait éviter la perte de 2,5 millions à 3,5 millions d'emplois avant la fin 2009.

[...]

Un jusqu'au-boutisme dans le chaos économique après l'effondrement du système financier qui semble satisfaire la fibre apocalyptique de nombreux sénateurs et représentants qui ont suivi (ou même encouragé) G.W. Bush dans les pires mésaventures géopolitiques de l'après 11 septembre 2001 et qui ont ruiné le crédit de l'Amérique -- dans tous les sens du terme.

Le secteur automobile US sera-t-il sauvé comme l'Islande ?, Chronique Agora.


Pendant les Trente Glorieuses du néo-libéralisme, les entreprises licenciaient pour accroître leurs profits. Aujourd'hui, elles licencient pour préserver leurs profits comme l'explique cyniquement Arent Jan Hesselink, porte-parole de Philips.
"Dans la division médicale, les contours d'un programme d'optimisation ont été récemment annoncés", a indiqué à l'AFP Arent Jan Hesselink, porte-parole de Philips.

"Dans ce secteur, environ 5% de tous les emplois vont devoir disparaître, malheureusement. Il y a dans la division 32.000 emplois, donc si on calcule on en arrive à environ 1.600", a-t-il ajouté.

"Nous voulons prendre des mesures qui nous permettront, même dans une période où l'économie est moins forte, de garder nos marges de profit à niveau et de même les améliorer là où c'est possible", a expliqué le porte-parole.

Le groupe a enregistré au troisième trimestre un bénéfice net en hausse de 7,8% à 357 millions d'euros grâce à la vente de sa participation dans le fabricant de semi-conducteurs TSMC.

Le groupe d'électronique néerlandais Philips supprime environ 1.600 emplois, AFP - Yahoo! Actualités.


Partout, aux États-Unis comme en Chine ou en Europe, les gouvernements suivent la même politique : ils financent les entreprises qui font du chantage aux licenciements pour maintenir leurs profits.
Les Pays-Bas ont annoncé vendredi des mesures pour soutenir leurs entreprises d'un montant de six milliards d'euros, soit 1% de leur produit intérieur brut (PIB), quelques jours avant la présentation d'un plan de relance européen qui fait débat.
[...]
Outre l'Allemagne, qui a déjà annoncé un plan national de 32 milliards d'euros sur deux ans, d'autres capitales européennes, comme Paris, Madrid ou Bruxelles ont déjà pris d'importantes mesures de soutien de l'économie.
AFP - Yahoo! Actualités.

Lire aussi :
• Ford demande 40 milliards d'euros à l'Union européenne, France 24.
• L'État allemand doit-il sauver Opel ?, France 24.
• L'Etat doit aider l'industrie automobile à sortir de la crise, euro|topics.
• General Motors : le CA prêt à envisager la faillite, contre l'avis du PDG, AFP - Yahoo! Actualités.
• Laisser mourir Detroit afin de punir les syndicats ?, Le Monde diplomatique.
• Citigroup vacille et l’Amérique s’angoisse, Libération.
• Citigroup : sauvetage, rachat ? le marché attend une annonce avant lundi, AFP - Yahoo! Actualités.
• Toyota supprime 3.000 postes temporaires au Japon, AFP - Aujourd'hui le Japon.
• La Chine surveille les éventuels licenciements de masse et les contestations salariales, China.org.
• La Chine appelle au contrôle des licenciements de masse et des conflits du travail à grande échelle, Xinhua - Le Quotidien du Peuple.


Pour aller plus loin : LANGLET Denis, L’industrie dans la tourmente de la finance, L’Harmattan
Alors que les sommets internationaux se succèdent et que les gouvernants du monde entier promettent des jours meilleurs, les plans sociaux tombent. Dans l’automobile, dans l’aéronautique, dans les banques et compagnies d’assurance, mais aussi dans les petites et moyennes entreprises, des centaines de milliers de travailleurs, de salariés, sont confrontés à la perte de leur emploi ou au chômage partiel, à la difficulté croissante de « faire leur fin de mois ».

L’étude produite par Denis Langlet dans son ouvrage « L’industrie dans la tourmente de la finance » est un matériau qui tombe à pic pour démontrer que toutes les déclarations n’engageront que ceux qui auront décidé de bien vouloir y croire. Il s’agit d’un livre explicatif, extrêmement documenté, dans lequel toute affirmation est étayée [1].
La Sociale.

Serge LEFORT
22/11/2006


[1] L'auteur rappelle opportunément que la gauche, PS et PCF, ont impulsé la déréglementation néo-libérale à partir de 1982.

22 novembre 2008

La fin de l'Empire américain (1)

Le Washington Times a publié un article révélant les principaux points d’un nouveau rapport général du National Intelligence Council (NIC) sur les prévisions à long terme de la situation politique générale du monde d’ici à 2025.

[...]

D’une façon générale et par rapport à NIC 2004, le rapport NIC 2008 prévoit le changement fondamental du passage du monde “unipolaire” (puissance US dominante) à un monde “multipolaire”.

Le rapport prévoit également un deuxième changement fondamental au niveau de l’énergie, sans s’attarder fondamentalement, semble-t-il, à l’évolution parallèle de la crise climatique, sinon pour ses possibles/probables conséquences catastrophiques. [...] ce qui est remarquable c’est le changement d’appréciation qui est en parallèle avec le premier changement signalé : la perte de l’hégémonie US est accompagnée par la fin des réserves disponibles de pétrole, ou bien est-ce le contraire, – comme si, effectivement, les deux étaient liées, comme si l’hégémonie US avait tenu essentiellement à l’hégémonie du pétrole dans notre civilisation machiniste.

Au niveau de l’économie générale, le rapport envisage des changements importants, largement influencés, ou confirmés c’est selon, par les événements des derniers mois. Principalement, il envisage le déclin du dollar et, par conséquent, la fin de son rôle hégémonique. Il envisage la montée d’une structure économique concurrente au capitalisme du laissez-faire, voire son remplacement par le “capitalisme d’Etat”.

[...]

Le rapport fait diverses “projections” sur des situations nationales, donnant un grand rôle de puissance à la Chine, mais aussi à la Russie; prévoyant une réunification des deux Corées et une “course à l’armement nucléaire” au Moyen-Orient, etc. Ces “projections” sont en général très conventionnelles et n’apportent aucune idée très nouvelle.

Effectivement, ce qui apparaît avec NIC 2008, c’est, pourrait-on dire, “la fin de la confiance” des USA en eux-mêmes, et c’est bien entendu le point psychologique principal de ce document.


Source : FNAC


Ce rapport n’envisage pas, parce que la chose est inenvisageable à un circuit de pensée bureaucratique et américaniste, l’importance de la dynamique des relations, et la dynamique de l’influence qui en découle. Il conçoit la supplantation d’une puissance brute par une autre (disons les USA par la Chine) mais n’envisage pas l’hypothèse que le déclin de la puissance US est peut-être, aussi, et surtout si la tendance se confirme, le déclin de la conception américaniste de la puissance, voire le déclin de l’idée de “puissance” telle que l’envisage Guglielmo Ferrero en 1917 lorsqu’il oppose “idéal de perfection” et “idéal de puissance” pour caractériser la grande Guerre.

[...]

Le caractère le plus frappant de cette “projection” qui se refuse même à l’être tout à fait est bien l’incertitude, et la latitude laissée aux lecteurs de NIC 2008 d’imaginer “autre chose”, et de voir survenir effectivement “autre chose”. Ce refus de la certitude du lendemain est la marque de la crise psychologique de l’américanisme, cette conception du monde effectivement marquée par la certitude de ses lendemains. S’il est suggéré, seule touche d’encouragement pour ne pas désespérer Washington, que de bons dirigeants pourraient modifier cette prévision apparemment pessimisme, nous suggérerions que cela pourrait être aussi bien la porte laissée ouverte à un développement beaucoup plus pessimiste, à une dégradation beaucoup plus rapide. Le rapport NIC 2008 aura comme effet de préparer les psychologies à cette possibilité, qui devrait être appréciée désormais comme une probabilité. NIC 2008 nous dit implicitement que la résolution éventuelle de la crise en cours, ou la fin de la crise en cours, ne débouche pas sur une restauration de l'“ordre ancien” mais ne fait que préparer à l'enchaînement des crises à suivre, – une étape dans le processus de la chute du système, pour faire bref.

Publié par Dedefensa.

Lire aussi :
• La chute de l'empire américain, c'est maintenant !, Allociné.
• Le déclin de l’empire américain ?, AgoraVox.
• BELLO Walden, La fin de l'empire. La désagrégation du système américain, Payot - Alternatives Economiques - Alternatives.

Le capitalisme chinois (2)

En Chine comme ailleurs, la crise financière se transforme en crise économique et a des conséquences sur l'emploi.

En mars, Tian Chengping, ministre du Travail et de la Sécurité sociale, avait prévenu que la situation de l'emploi du pays serait "très grave" cette année pour des raisons structurelles [Xinhua] :
Quelque 20 millions de nouveaux travailleurs rejoignent chaque année la population active dans les régions urbaines et rurales et la Chine aura un large contingent de nouvelles forces de travail pendant une assez longue période, a-t-il indiqué en marge de la première session de la 11e Assemblée populaire nationale de Chine.
Cependant, les villes et les bourgs ne peuvent offrir que 12 millions d'emplois chaque année, et une grande quantité de travailleurs migrants affluent vers les villes, a-t-il rappelé.

En novembre, Yin Weimin, ministre des Ressources humaines et de la Sécurité sociale, a qualifié la situation de l'emploi du pays de "morose" pour des raisons conjoncturelles [Xinhua et Xinhua] :
La mauvaise situation économique mondiale pèse sur le marché de l'emploi du pays depuis octobre, le chômage s'abattant sur certaines entreprises, en particulier les petites et moyennes entreprises à forte intensité de main-d'oeuvre qui ont dû fermer ou suspendre leurs opérations.

Yin Weimin exhortait les autorités locales à faire de leur mieux pour répondre de manière appropriée aux licenciements de masse et aux conflits du travail plus fréquents [Xinhua], il s'inquiète aujourd'hui "des troubles de la main-d'oeuvre" en commentant "la récente agitation parmi les travailleurs" [Xinhua].

Par ailleurs, Meng Jianzhu, ministre de la Sécurité publique a appelé la police à améliorer les méthodes de maintien de l'ordre [Xinhua] :
La police doit être consciente du défi apporté par la crise financière globale et faire de son mieux pour maintenir la stabilité sociale, a indiqué Meng Jianzhu, en appelant la police à améliorer les méthodes de maintien de l'ordre en utilisant "une pensée harmonieuse pour atténuer les conflits et une attitude harmonieuse pour traiter le peuple".
"Le peuple doit être conscient de l'autorité et de la dignité de la loi, ainsi que de l'affection des autorités de la sécurité publique", a-t-il poursuivi.

Le croisement de ces dépêches l'Agence de Presse chinoise Xinhua montre que :
• En quelques mois et d'un ministre à l'autre, la cause du chômage qui était structurelle est devenue miraculeusement conjoncturelle.
• Le gouvernement "communiste" se méfie de la réaction des travailleurs chinois, qu'il qualifie de "troubles" et d'"agitation".
• Yin Weimin, ministre des Ressources humaines et de la Sécurité sociale, a les mêmes préoccupations que Meng Jianzhu, ministre de la Sécurité publique pour maintenir l'ordre social.

Serge LEFORT
21/11/2006

20 novembre 2008

L’objectif d’Israël : mettre Gaza à genoux

La question demeure : qu’attend Israël des Gazaouis une fois qu’ils seront dans la misère totale et dans une insécurité de plus en plus grande face aux représailles militaires israéliennes ?

Le dernier resserrement de l’étranglement israélien sur Gaza - l’arrêt de tout approvisionnement dans la bande de Gaza pendant plus d’une semaine - a eu des conséquences immédiates et désastreuses pour les un million cinq cent mille Palestiniens qui vivent dans la bande de Gaza.

Le refus d’autoriser les carburants a obligé la seule centrale électrique de Gaza à fermer, un arrêt qui a poussé les Palestiniens à sortir dans les rues avec des bougies pour protester, la semaine dernière. On s’attend maintenant à une crise de l’eau et du sanitaire.

Et jeudi, les Nations unies ont annoncé qu’elles n’avaient plus les produits alimentaires de base pour ravitailler 750 000 Gazaouis qui en ont un besoin désespéré. « C’est devenu un blocus contre les Nations unies elles-mêmes » déclare un porte-parole.

Y ajoutant un coup supplémentaire, la banque Hapoalim, une grande banque israélienne, a déclaré qu’elle refusera toute transaction avec Gaza d’ici la fin du mois, imposant de fait un blocus financier sur une économie qui dépend du shekel israélien. D’autres banques envisagent de suivre, coincées par la déclaration d’Israël de septembre 2007 déclarant Gaza « entité ennemie ».

Il y aura probablement bien peu de témoins à la descente de Gaza dans un hiver de ténèbres et de famine. La semaine dernière, tous les journalistes se sont vus refusé l’accès à Gaza, de même qu’un groupe de hauts diplomates européens. Quelques jours plus tôt, de nombreux universitaires et médecins qui devaient participer à une conférence d’évaluation des dommages causés sur la santé mentale des Gazaouis ont été eux aussi refoulés.

Israël prétend que ce qui a provoqué les récentes restrictions des aides et du carburant à Gaza, c’est la violation par le Hamas d’un cessez-le-feu de 5 mois avec ses tirs de roquettes depuis la bande de Gaza. Mais Israël a contribué à la remise en cause de l’accord de cessez-le-feu : pendant que le monde était accaparé par les élections présidentielles américaines, l’armée a envahi Gaza, tuant 6 Palestiniens et provoquant ainsi les tirs de roquettes.


Source : monde-magouilles


La catastrophe humanitaire qui frappe Gaza est pour une grande part sans lien avec les derniers cycles agressions/représailles entre Hamas et Israël. Il y a près d’un an, Karen Koning AbuZayd, commissaire générale de l’office des Nations unies pour les réfugiés lançait un avertissement : « Gaza est sur le point de devenir le premier territoire à être intentionnellement réduit à un état de misère sordide. »

Elle accusait directement Israël de l’étranglement de Gaza, mais elle visait aussi la communauté internationale comme complice. Les uns et les autres ont commencé à bloquer les aides début 2006, après l’élection du Hamas à la tête de l’Autorité palestinienne (AP).

Les Etats-Unis et l’Europe ont approuvé cette mesure sur le principe qu’il fallait forcer les gens de Gaza à revoir leur soutien au Hamas. La logique se voulait la même que celle qui avait conduit aux sanctions contre l’Iraq sous Saddam Hussein au cours des années 90 : quand les civils de Gaza en auront assez de souffrir, ils se soulèveront contre le Hamas et se donneront de nouveaux dirigeants acceptables par Israël et l’Occident.

Comme l’a dit Mme AbuZayd, ce moment a marqué le début d’une complicité de la communauté internationale avec la politique de punition collective de la bande de Gaza, au mépris de la Quatrième Convention de Genève qui définit de tels traitements à l’égard des civils comme un crime de guerre.

Le blocus a été maintenu depuis, sans relâche, même si le résultat escompté n’a pas été obtenu dans la bande de Gaza plus qu’il ne l’avait été en Iraq. Au contraire, le Hamas a assis son pouvoir et cimenté la séparation physique de la bande de Gaza d’avec la Cisjordanie dominée par le Fatah.

Loin de reconsidérer sa politique, la direction israélienne a réagi en resserrant l’étau toujours plus fort, à un point tel que la société de Gaza est maintenant sur le point de s’effondrer.

Il est vrai pourtant que ce n’est qu’indirectement que la catastrophe qui grandit et qui est provoquée sur Gaza est liée à l’accession du Hamas au pouvoir et aux tirs de roquettes.

Ce qui préoccupe le plus Israël, c’est ce que représente chacun de ces développements, à savoir le refus des habitants de Gaza d’abandonner leur résistance contre l’occupation continue d’Israël. Les deux fournissent à Israël un prétexte pour se dégager des protections auxquelles ont droit les civils de Gaza en vertu du droit international, afin de les soumettre.

A un moment embarrassant, les médias israéliens ont révélé ce week-end que l’un des premiers actes d’Ismail Haniyeh en tant que Premier ministre Hamas, élu en 2006, avait été d’envoyer un message à la Maison-Blanche de Bush en lui proposant une trêve de longue durée en échange de la fin de l’occupation israélienne. Sa proposition n’a même pas été réceptionnée.

Au lieu de cela et d’après le Jerusalem Post, les décideurs israéliens ont cherché à renforcer l’impression qu’ « il était inutile pour Israël de renverser le Hamas car la population (de Gaza) est Hamas ». Sur cette base, la punition collective se trouve justifiée puisqu’il n’y a pas de vrais civils à Gaza. Israël est en guerre avec chaque homme, chaque femme et chaque enfant, individuellement.

Montrant à quel point cette opinion est partagée, le cabinet a débattu la semaine dernière d’une nouvelle stratégie pour rayer des villages gazouis dans une tentative pour arrêter les tirs de roquettes, une redite des tactiques d’ailleurs remises en question qu’Israël a utilisées au Sud Liban dans sa guerre de 2006. Les habitants seraient avertis avant le début des bombardements aveugles.

En réalité, la volonté d’Israël de boucler la bande de Gaza et d’en terroriser la population civile est même antérieure à la victoire électorale du Hamas. On peut la situer à l’époque du désengagement d’Ariel Sharon en été 2005, quand le règne du Fatah sur l’Autorité palestinienne était incontesté.

La façon dont Mr Sharon envisageait l’isolement de Gaza fut révélée peu après le retrait, en décembre 2005, quand ses officiels ont proposé, pour la première fois, de couper l’électricité à la bande de Gaza.

Cette politique n’a pas été appliquée, soulignent les médias locaux à l’époque, à la fois parce que ces collaborateurs avaient pensé que cette violation de la loi internationale serait dénoncée par les autres nations et qu’il était à craindre qu’une telle démarche entamerait les chances du Fatah de gagner les élections, le mois d’après.

Avec le résultat du vote, toutefois, Israël s’est trouvé le prétexte dont il avait besoin pour commencer à dégager sa responsabilité à l’égard de sa population civile. Il a déplacé sa relation avec Gaza d’une situation d’occupant à une situation de partie ennemie en guerre. Une politique de punition collective qui était manifestement illégale à la fin 2005 devenait alors une procédure d’exploitation standard d’Israël.

Les discussions - de plus en plus véhémentes de la part des officiels, culminant en février avec l’observation tristement célèbre du vice-ministre de la Défense Matan Vailnai à propos de créer une « shoah », ou un Holocauste, à Gaza - sont allées de pair avec les mesures prises par Israël. L’armée a bombardé la centrale électrique de Gaza en juin 2006 et depuis, a progressivement coupé les fournitures de carburant. En janvier, Mr Vilnai a fait valoir qu’Israël devait se dégager de « toute responsabilité » à l’égard de Gaza et deux mois plus tard, Israël signait un accord avec l’Egypte pour que celle-cie construise une centrale électrique pour Gaza dans le Sinaï.

Toutes ces initiatives sont conçues avec le même objectif en tête : convaincre le monde que l’occupation de la bande de Gaza par Israël est terminée, et qu’Israël est en droit alors d’ignorer les lois de l’occupation et d’utiliser une force implacable contre Gaza.

Les ministres ont fait la queue pour exprimer les uns après les autres de tels sentiments. Ehud Olmert, par exemple, a déclaré que les Gazaouis ne devaient pas être autorisés à « vivre une vie normale » ; Avi Dichter a estimé qu’une punition devait être infligée « quel qu’en soit le coût pour les Palestiniens » ; Meir Sheetrit a soutenu qu’Israël devait « décider d’un quartier à Gaza et le raser » - politique qui fut discutée par les ministres la semaine dernière.

Conjointement, Israël a fermé relativement les yeux sur le commerce clandestin croissant avec les tunnels de Gaza vers l’Egypte. La qualité de vie matérielle des Gazaouis retombe plus lourdement sur les épaules égyptiennes de jour en jour.

La question demeure : qu’attend Israël des Gazaouis une fois qu’ils seront dans la misère totale et dans une insécurité de plus en plus grande face aux représailles militaires israéliennes ?

Eyal Sarraj, directeur du Programme de santé mentale de la communauté de Gaza, a déclaré cette année que l’objectif à long terme d’Israël était d’obliger l’Egypte à cesser ses contrôles le long de sa courte frontière avec la bande de Gaza.

Après que la frontière sera ouverte, a-t-il prévenu : « Attendre l’exode ».

Jonathan Cook
17 novembre 2008
Publié par Info-Palestine, The National et Counterpunch.

Jonathan Cook est écrivain et journaliste. Ses derniers livres : Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the Plan to Remake the Middle East (Pluto Press) et Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair (Zed Books). Son site, son e-mail.

19 novembre 2008

Obama et la guerre économique

Le numéro 2 d'Al-Qaïda traite Obama d'"esclave noir" au service des Blancs, AFP - Yahoo! Actualités
L'enregistrement intitulé "le départ de Bush et l'arrivée d'Obama" qualifie le premier Noir à accéder à la présidence et d'autres Noirs occupant ou ayant occupé d'importantes fonctions aux Etats-Unis "d'esclaves noirs domestiques", qui vivaient dans la maison de leurs maîtres blancs.

"Ce que Malcolm X disait au sujet des esclaves employés de maison s'applique à vous et à des gens comme vous", a dit Zawahiri mentionnant l'ancien secrétaire d'Etat Colin Powell et son successeur Condoleezza Rice.

Commentaires :
1) Supposons que cette information, fournie par le centre américain de surveillance de sites islamistes (SITE Institute), soit authentique.
2) Libération titre cette dépêche AFP "Quand le numéro 2 d'Al-Qaeda insulte Obama" sans préciser la nature de l'insulte.
3) Espérons que Libération ou d'autres ne fassent pas du racisme à l'envers pour faire taire toute critique d'Obama.


Les spéculations sur la composition de la future administration d'Obama vont toujours bon train [1] alors que l'information la plus importante est justement l'absence de communication à ce sujet depuis la victoire d'Obama le 4 novembre. Les spéculations courent aussi sur la future politique étrangère de l'administration d'Obama [2] alors que le "changement" n'est pas attendu dans ce domaine.

En attendant, les marchés américains creusent leurs pertes à la suite à de nouvelles statistiques inquiétantes qui confirment la dégradation de l’économie (Le Journal des Finances) et la Chine devient le plus grand pays détenteur de dettes publiques des Etats-Unis (Le Quotidien du Peuple - AFP - Yahoo! Actualités) et souhaite poursuivre le dialogue économique stratégique avec les États-Unis (Xinhua - Le Quotidien du Peuple).

On en sait un peu plus aujourd'hui sur les accords que Hu Jintao a signé avec Raúl Castro (AFP - Yahoo! Actualités) :
Dans le cadre des accords conclus entre les deux présidents, la Chine accorde un crédit de 70 millions de dollars pour la modernisation des hôpitaux de la capitale cubaine, un don de 10 M USD pour des projets socio-économiques, et accepte de restructurer la dette cubaine contractée dans les années 1990.

Commentaires : Un don exige un contre-don, mais ne connaissons pas les termes de l'échange sinon la volonté politique de contrer les États-Unis en "Amérique Latine, une zone que Washington considère comme sa chasse gardée" (AFP - Aujourd'hui la Chine).


Sur le G20, cet article de la presse russe est riche d'enseignements (RIA Novosti) :
Samedi dernier encore, Dmitri Medvedev savourait aux côtés des participants du sommet de Washington le triomphe sur les divergences et déclarait que la Russie était satisfaite des décisions adoptées lors du sommet. Cependant, le premier ministre russe a remis en question dès le lundi suivant un des principaux résultats du sommet : la parole de "gentleman" de renoncer au protectionnisme.

[...]

Medvedev a confirmé hier, en ouvrant une séance du Conseil d'Etat consacrée à la lutte anticrise à Ijevsk, que la Russie appliquerait les accords intervenus au sommet du G20. Il a toutefois évoqué au cours de la réunion les intérêts nationaux, un soutien à l'industrie automobile russe et une aide aux exportations, une tâche ardue "dans un contexte où les Etats appliqueront des mesures protectionnistes malgré toutes sortes d'engagements".

Soit le président russe avait déjà cette idée en tête en signant les décisions du G20, soit il y a réfléchi après son retour en Russie. A Ijevsk, les problèmes de l'industrie automobile russe semblent plus proches que vus de Washington. Pourtant, rien n'est vraiment surprenant ni spécifiquement russe dans cette situation: la grande politique suppose un certain cynisme ainsi qu'un talent à retourner sa chemise et à faire son mea culpa. Des collègues plus expérimentés sont toujours là pour rattraper le coup.

Lire aussi : Après le Sommet du G20, Monde en Question.




[1] De puissants lobbyistes, une banquière ayant mis la clé sous la porte, des spéculateurs, des membres du complexe militaro-industriel… Elle est belle l’équipe de transition de Barack Obama !, Bakchich.
[2] Obama, les mollahs et le big bargain, affaires-strategiques.info.

Le capitalisme chinois (1)

Alors que tout le monde évoque le dynamisme de l'économie chinoise, sur le mode de l'extase [1] ou de la peur teintée de racisme [2], il est bon de rappeler que le développement de la Chine se fait grâce à l'exploitation des travailleurs chinois. Ainsi, la Guangdong Real Faith Enterprises Group Co. a "réduit les coûts de production" en supprimant les heures supplémentaires et a "modernisé sa structure industrielle" en fermant une partie de ses usines dans les secteurs du meuble et de la chaussure [3].

La Chine est très présente en Afrique et en Amérique latine où elle défend ses intérêts en multipliant les accords d'investissements et d'exploitation, l'aide économique et l'investissement direct. Après le Sommet du G20 à Washington, Hu Jintao a entamé une tournée latino-américaine. Il est aujourd'hui à La Havane «pour renforcer les liens avec un pays "frère"».

La Chine ne pratique pas pour autant un néo-colonialisme. «La Chine, sur le plan politique, s’en tient toujours à la politique de non-ingérence dans les affaires intérieures et souligne, dans le domaine économique, à la coopération d’entraide mutuelle et au "gagnant-gagnant".» C'est plus vrai pour avec les pays d'Amérique latine qu'avec ceux d'Afrique [4] Cette réserve faite, il ne faut pas espérer que la Chine se comporte différemment qu'une grande puissance. Sa référence langagière au socialisme est une arme idéologique pour faire taire une opposition de gauche, mais ne change rien sur le fond.

18/11/2008
Serge LEFORT

[1] Certains staliniens, qui n'ont rien appris de l'histoire, croient naïvement que "la Chine est plus communiste que les communistes français". Le même site fait l'éloge constant de la dictature de Fidel Castro.
Sur le régime castriste :
• 35 ans après la victoire de la révolution castriste - Cuba de nouveau seule face à l'impérialisme, Lutte de Classe n°10.
• Jorge Edwards, Memoria Chilena.
• La dérive populiste, Monde en Question.
[2] Du "péril jaune" à "l’invasion des produits chinois", Monde en Question.
[3] Crise financière : les nouvelles stratégies des entreprises privées chinoises, Xinhua - Le Quotidien du Peuple.
Sur la Chine :
• La Chine et l'économie de marché : un grand bond en avant ou un grand pas en arrière ?, Lutte de Classe n°12.
• La Chine : quel développement ?, Lutte de Classe n°87.
• Géopolitique et géostratégie d'une puissance mondiale qui se dévoile : la Chine du début du XXIème siècle, Quindi.
[4] Qui pratique le « néocolonialisme » en Afrique ?, ChinAfrique.
L'Afrique est une rubrique à part du site de l'Agence de Presse Xinhua et un dossier spécial est consacré à la visite de Wu Bangguo en Afrique, Xinhua.