1 décembre 2008

Le terrorisme, une arme de propagande (6)

Pour que les choses soient claires :
1) Aucune cause ne justifie la prise en otage, la séquestration ni l'assassinat de civils.
2) Il règne un dramatique "deux poids deux mesures" sur l'emploi du mot "terrorisme" :
• Des Palestiniens tuent des civils israéliens, c'est du terrorisme. L'armée israélienne tue des civils palestiniens, c'est de la légitime défense.
• Des Afghans tuent des militaires américains, c'est du terrorisme. L'armée américaine tue des civils afghans, c'est une bavure.
3) La résistance est toujours qualifiée de terrorisme par l'occupant pour légitimer à la fois l'occupation et la répression.

Le blog Planète Asie titre "Les attaques de Bombay ou le 11-septembre indien". Comme d'autres médias, Le Monde diplomatique reprend les affirmations des services de renseignement britanniques. Ce média, lui aussi, sombrerait-il dans la manipulation du mot terrorisme ?
La troisième partie de l'article contredit le titre racoleur.
Mais l’échec le plus patent du pouvoir indien reste l’incessante discrimination contre les musulmans, la minorité la plus importante en Inde (près de 13,4 % de la population). Le rapport gouvernemental du comité Sachar publié en novembre 2006 affirme qu’ils arrivent quasi systématiquement en queue de peloton, quand on examine la plupart des indicateurs du développement humain. Les musulmans pauvres sont plus pauvres que les Hindous pauvres — même souvent derrière les hors castes. Ils sont moins éduqués et moins représentés dans le gouvernement, la fonction publique, etc. Ils sont la cible de manifestations de violence systématiquement fomentées par la droite hindoue ; ils sont souvent mal indemnisés quand procès il y a, et leurs bourreaux sont rarement arrêtés. Un processus de ghettoïsation est en train de détruire progressivement les anciens modes de vie et de relations entre les deux communautés. Il en résulte que les jeunes musulmans sont de plus en plus — et dangereusement — marginalisés.

Il faut également songer à la situation au Jammu-et-Cachemire. Les musulmans qui vivent majoritairement dans la vallée du Cachemire font l’objet d’attaques, de mauvais traitements, d’arrestations arbitraires et même de disparitions. Ils ont récemment organisé un mouvement de résistance menant une sorte d’intifada pacifique. Un des terroristes présents au Centre culturel juif, qui s’est exprimé à la télévision indienne via son portable, avait un accent cachemiri ; il a parlé des « mauvais traitements » infligés aux musulmans du Jammu-et-Cachemire.

Rien que depuis le début de l’année 2008, l’Inde a connu des attentats à Assam (le 30 octobre, une série d’explosions tuant plus de 64 personnes et en blessant des centaines), Delhi (le 13 puis le 30 septembre, 19 morts), Ahmedabad (le 26 juillet, 22 petites bombes ont tué 49 personnes), Bangalore (25 juillet, 7 bombes, 2 morts) et Jaipur (le 13 mai, 7 bombes ont tué 63 personnes) [3]. Ces explosions, ainsi que d’autres, étaient coordonnées dans le temps mais leur portée se limitait, au plan logistique, à la pose de petites charges explosives dans des poubelles, dans des lieux publics très fréquentés, souvent touristiques comme à Jaipur.

A partir du peu d’informations disponibles jusqu’à présent, ces attentats semblaient le fait de groupes autochtones, parfois pour des raisons locales. Assam, par exemple, compte une forte minorité de ressortissants du Bangladesh et un mouvement séparatiste. Et l’Etat du Maharashtra, dont Bombay est la capitale, abrite un mouvement puissant lié à la droite hindoue, dont l’objectif est de chasser les travailleurs immigrés venus du nord de l’Inde (en particulier de Bihar).

Toutefois, dans la plupart des cas, ce sont les musulmans qui sont soupçonnés d’être les auteurs des attentats. Et non plus des terroristes soupçonnés d’être manipulés par les services de renseignements de l’ISI, en liaison avec la guerre entre l’Inde et le Pakistan pour le partage du Cachemire. Cette année ont émergé des groupes islamistes autochtones tels que le Students Islamic Movement of India (SIMI) et le prétendu Mouvement des moudjahidines indiens, qui ont suscité une inquiétude croissante.

Il est impossible de dire actuellement s’il existe des liens entre ces mouvements et les « moudjahidines du Deccan ». Mais l’Inde, la plus grande démocratie séculaire, a noué des liens des plus en plus étroits avec les pays occidentaux — ce qu’elle n’avait pas fait dans le cadre de son Congrès des pères fondateurs. Cela peut suffire à en faire une cible pour les réseaux djihadistes internationaux. Elle est également présente en Afghanistan et les talibans, qui ont déjà attaqués l’ambassade indienne à Kaboul, ont laissé entendre qu’elle serait désormais une cible. Cependant, qu’il soit ou non prouvé que des agents extérieurs ont pris part aux attentats de Mumbai —qui ne sont que les dernières en date des atrocités subies par l’Inde, même si celles-ci ont bénéficié d’une plus grande attention internationale —, l’Inde doit affronter un problème bien réel avec sa propre minorité musulmane.

Planète Asie.


Il est intéressant de noter plusieurs faits :
• Le ministre indien de l’Intérieur, Shivraj Patil, a démissionné dimanche, RFI.
Il a indiqué qu'il se sentait dans l'obligation d'assumer la « responsabilité morale » de ces attaques qui ont fait 172 morts, selon un nouveau bilan revu à la baisse. Peu après, le conseiller à la sécurité nationale indienne a démissionné à son tour, selon des chaînes de télévision indiennes.

• La classe politique indienne est mise en cause après les attentats de Bombay, Reuters - Yahoo! Actualités.
Beaucoup reprochent aux membres du parti du Congrès aux commandes d'avoir été incapables de prévenir les attentats, tandis que d'autres reprochent au BJP de chercher à en tirer un bénéfice électoral, à l'approche des échéances législatives de mai.
[...]
"Nous sommes lassés des politiciens qui exploitent le terrorisme pour engranger des voix. Nous sommes lassés de leur incompétence. A nos yeux, ce sont tous les mêmes", tranche l'éditorialiste de l'Hindustan Times.

• Attentats de Bombay : le Pakistan attend des preuves tangibles, RIA Novosti.
Le Pakistan est disposé à coopérer avec l'Inde en matière d'arrestation des personnes impliquées dans les attentats de Mumbai (Bombay) et attend les preuves appropriées, a déclaré lundi le président pakistanais Asif Ali Zardari.
"Une fois ces preuves contre des personnes concrètes reçues, nous procèderons à toutes les mesures nécessaires", a-t-il indiqué dans une interview à la chaîne CNN-IBN.


Attentats de Bombay : l'information mutualisée, Media trend.
Alain Joannes sur son blog Journalistiques adopte une position radicalement différente sur le "journalisme citoyen". Pour lui (il s'appuie sur le recensement effectué par Amy Graham, consultante en communication de l'université du Colorado, Boulder, à propos des attentats de Bombay, qu'elle publie sur le site du Poynter Institute), "les journalistes citoyens ne produisent ni information ni analyse", ils sont incapables de "donner du sens à un événement soudain comme la tragédie de Bombay", "les photos des blogueurs n'ont aucun intérêt", etc.

Un exemple :
9.09 PM. Je viens d'entendre deux grosses explosions près de chez moi, à Cobala.
9.17 PM. Je ne comprends pas à quoi ça rime.
9.19 PM. Il y a eu des tirs au Taj et au Cafe Leopold.
9.23 PM. Dieu merci, toute ma famille est en sécurité à la maison. Heureusement que je suis rentré tôt du bureau.
10.46 PM. Je viens d'entendre un autre grand bruit. C'était quoi ? Des tirs, des grenades ?
Aujourd'hui l'Inde.


Les médias dominants reprennent en boucle les déclarations des autorités indiennes sans les discuter, sans les mettre en perspectives. Ils jouent à fond la carte de l’émotion sans poser les questions classiques : Qui fait Quoi, Où, Quand, Comment, Avec qui et Pour qui - grille de Quintilien - à laquelle on peut ajouter d’où vient l’information (témoins, autorités, autres médias, etc.).

Le terrorisme, une arme de propagande (5)

L'assaut sur Mumbai

Le Premier ministre indien, Manmohan Singh, a insisté sur le fait que les terroristes étaient basés à l'extérieur du pays. Les médias indiens ont fait l'écho de cette ligne en présentant le Pakistan (via le groupe indépendantiste Lashkar-e-Taiba) et Al-Qaïda comme les suspects habituels.

Mais il s'agit d'une version préméditée issue des fantasmes politiques de l'Inde. Sa fonction est de nier que les terroristes pourrait être d'origine locale, un produit de la radicalisation de jeunes musulmans indiens qui ont finalement renoncé au système politique indigène.

[...]

Pourquoi serait-on surpris que les auteurs soient des Indiens musulmans ? Il est visible qu'il y a eu beaucoup de colère dans les couches les plus pauvres de la communauté musulmane contre la discrimination systématique et les actes de violence perpétrés à leur encontre. Le pogrom anti-musulman au Gujarat en 2002 fut l'épisode le plus flagrant, appuyé par le gouvernement central de l'Etat et les collectivités locales de l'Etat.

De plus, le Cachemire fut pendant des décennies traité comme une colonie par les troupes indiennes : arrestations au hasard, torture et viol étaient le lot quotidien des Cachemiriens. Des conditions, pires qu'au Tibet, mais qui ont suscité peu de sympathie à l'Ouest où la défense des droits de l'homme est fortement instrumentalisée.

[...]

Rien de tout cela ne justifie le terrorisme, mais il devrait, au moins, forcer les dirigeants de l'Inde à regarder en face leur propre pays et la réalité. Les disparités économiques sont profondes. La notion absurde que les bienfaits du capitalisme mondial permettraient de résoudre la plupart des problèmes peuvent maintenant être considérée pour ce qu'elle a toujours été : une feuille de vigne pour cacher de nouveaux modes d'exploitation.

Tariq Ali
27/11/2008
Publié par Counterpunch.
Traduction Serge LEFORT pour Monde en Question.


Source : PeaceReporter


Mumbai, le Pakistan en point de mire

Pourquoi cette obstination à présenter à l'opinion publique mondiale la tragédie de Mumbai comme «le 11 Septembre indien", la relance de la menace d'Al-Qaïda associée au Pakistan?
Pourquoi ne pas l'avoir associée au 11 Juillet 2006, lorsque plus de deux cents personnes sont mortes dans les attaques contre les stations de métro de Mumbai ?
Peut-être parce que à ce moment-là la guerre mondiale contre le terrorisme par les États-Unis avait encore mis l'accent sur l'Iraq, mais maintenant la ligne de mire se déplace sur le Pakistan. Les bombardements américains au Pakistan ont déjà commencé il y a trois mois, une escalade de l'intervention, loin d'être improbable, nécessiterait un large consensus international.
"L'attentat de Mumbai est une nouvelle étape terrifiante du djihad mondial", a déclaré au Washington Post un ancien agent de la CIA Bruce Reidel, maintenant un conseiller à Obama pour le Pakistan.
Le mantra hypnotique récité par les télévisions et les journaux a déjà commencé: "Al Qaida", "Pakistan", "11 Septembre", "Pakistan", "Oussama ben Laden", "Pakistan", "guerre contre le terrorisme", "Pakistan"...

Enrico Piovesana
28/11/2008
Publié par PeaceReporter.
Traduction Lou QUÉTIERO pour Monde en Question.

Le commentaire d'Olivier Berger

La main d'Al-Qaïda, la patte du Pakistan ou le bras émergent de djihadistes de l'intérieur ? Les trois à la fois ? Les attaques, qui plongent Bombay dans le chaos depuis trois jours, illustrent la complexité régionale. Loin de l'Irak et des délires de George W. Bush, l'épicentre du terrorisme islamiste s'enracine durablement.

Plus de soixante ans après, la décolonisation britannique n'a jamais été digérée par l'Inde et son ennemi voisin créé en 1947, le Pakistan. La guerre au Cachemire, zone réclamée par les deux parties, la course à la bombe nucléaire achevée par les deux pays en 1998, et de réguliers soupçons de manipulations d'extrémistes alimentent la rivalité.

[...]

Le nationalisme hindou (représenté par le parti extrémiste PJB, repassé dans l’opposition) est une réalité dans un pays où 900 millions d’habitants pratiquent cette religion. Les 150 millions de musulmans, ce qui fait de l’Inde la troisième puissance islamique du monde (derrière l’Indonésie et le Pakistan), souffrent régulièrement de violences. La destruction de la mosquée d’Ayodhya en 1992 avait fait deux mille morts. Des pogroms à Gujarat et sa capitale Ahmedabad en 2002 avaient provoqué autant de victimes et cent mille réfugiés. Les emplois dans les administrations leur sont souvent refusés. Cette discrimination commande un repli communautaire, avec ses dérives.

[...]

Dans ce dédale d'influences, les moudjahidines indiens, comme à Bombay, sont-ils cornaqués par l'ISI, par Al Qaïda, ou signalent-ils l'émergence d'un mouvement islamiste autochtone ? La réponse est entière, triple, trouble. De toute façon, redoutable.

Le rapprochement récent des pays européens (accord nucléaire avec la France fin septembre) et des États-Unis avec l'Inde, ou l'annonce faite par Barack Obama d'intégrer le Pakistan dans la lutte contre le terrorisme, prouvent que le "sous-continent" et ses voisins immédiats sont désormais les clés de l'équilibre mondial.

«Commencez par changer en vous ce que vous voulez changer autour de vous», disait le Mahatma Gandhi, père de la nation et apôtre de la non-violence [1].

Olivier Berger, La Voix du Nord
29/11/2008
Publié par La Voix du Nord.



[1] C'est précisément ce que ne fait pas le gouvernement indien qui attribue invariablement la responsabilité de ses problèmes internes au Pakistan.

30 novembre 2008

Le terrorisme, une arme de propagande (4)



Bombay : clés du massacre

Les attaques terroristes, perpétrées il ya deux jours à Bombay et attribuées par le gouvernement indien à des militants du Pakistan, sont sans aucun doute un acte barbare qui a causé plus d'une centaine de morts et plus de 300 blessés parmi les civils innocents et qui, quelle que soit la cause politique, religieuse ou nationale des agresseurs, a suscité une condamnation justifiée dans le monde entier.

Au-delà de la condamnation, il est cependant nécessaire d'analyser les contextes dans lesquels l'attaque sanglante a eu lieu. Il est nécessaire de rappeler que les sources d'activité terroriste en Inde se situent principalement dans les conflits ethniques, religieux et territoriaux hérités du colonialisme anglais [1] à la frontière indo-pakistanaise : le Cachemire, peuplé principalement de musulmans, et le Pendjab, où l'ethnie Sikh est majoritaire, est artificiellement divisé entre les deux pays.

Cet héritage n'a pas seulement conduit à quatre guerres désastreuses entre l'Inde et le Pakistan et une dangereuse course aux armements - les deux pays ont développé des armes atomiques -, il a également été la toile de fond de l'assassinat du Mahatma Gandhi et Indira Gandhi, et a provoqué une violence acharnée et cyclique dans le pays. Le précédent le plus proche est celui de Juillet 2006, lorsque les trains de banlieue à Bombay même ont été attaqués avec des bombes, ce qui a fait environ 190 morts.

D'un autre point de vue, il est significatif que le massacre perpétré à Bombay se produise sept ans après que le gouvernement des États-Unis ait appelé à la «guerre contre le terrorisme international», engagement qui signe plutôt le pillage néo-colonial et qui, en termes de de sécurité, ne s'est traduit par aucun résultat significatif.

Certes, les groupes qui ont recours au terrorisme en Inde ne sont pas nécessairement liées aux secteurs du fondamentalisme islamique qui ont organisé les attentats du 11 septembre 2001 à New York et Washington, mais il est vraiment paradoxal que une opération terroriste à grande échelle secoue le monde juste dans les derniers jours de la présidence de George W. Bush, qui s'est posé comme le grand croisé contre le terrorisme dans le monde, qui a ordonné l'invasion, la dévastation et l'occupation des deux pays - l'Afghanistan et l'Irak -, qui a piétiné les droits de l'homme aux États-Unis et à l'étranger, qui a construit des centres de tortures et des réseaux de séquestration, et a encouragé, par conséquent, une grave régression des avancées la civilisation dans le monde.

Pour ces raisons, le phénomène qu'on prétend combattre est encore en vie en Irak, en Afghanistan, en Inde et au sein de beaucoup d'autres nations - avec ou sans les troupes d'invasion américaines - et il est clair qu'on ne pourra pas y mettre fin avec des bombardements [2].

Editorial
28/11/2008
Publié par La Jornada.
Traduction Serge LEFORT pour Monde en Question.



[1] Le colonialisme anglais divisa pour régner en soutenant la Muslim League de Muhammad Ali Jinnah contre l'India National Congress de Jawarhartal Nehru dès 1906 et en partitionnant le pays en 1947. La partition entraîna de gigantesques déplacements, plus ou moins forcé, de population : 7 millions de musulmans vers le Pakistan et 10 millions d'hindous vers l'Inde sur fond de violences et de massacres qui ont fait plus de 500 000 morts.
Source : BIARNÈS Pierre, Pour l'empire du monde - Les Américains aux frontières de la Russie et de la Chine, Ellipses, 2003 in Dossier Géopolitique.
[2] C'est pourtant ce que va faire Barack Obama qui veut gagner la guerre à tout prix, en bombardant l'Afghanistan et le Pakistan et en massacrant comme de vulgaires terroristes la population civile.

29 novembre 2008

Le terrorisme, une arme de propagande (3)

Pour ceux qui douteraient que le terrorisme soit une construction idéologique voici un exemple significatif :
• L'agence Reuters a titré "Qui derrière les attentats de Bombay et pourquoi ?" le 27 novembre à 07h32.
• Le Monde a titré "Qui étaient les terroristes de Bombay ?" le 29 novembre à 16h00.
La différence n'est pas que sémantique, elle est avant tout idéologique.

La dépêche de l'agence Reuters fait référence à des témoins et à des sources gouvernementales, mais elle ne parle ni de "terroristes" ni d'"islamistes".
Selon des témoins, les assaillants étaient des jeunes gens parlant Hindi ou Urdu, ce qui laisse penser qu'il s'agit d'activistes indiens et non d'étrangers.

Ces attaques ont été revendiquées par les "Moudjahidine du Deccan", une organisation jusque-là peu connue. Le Deccan, ou Dekkan, est la partie centrale de l'Inde.

Selon des analystes, si l'authenticité de la revendication n'a pas encore été clairement établie, les attaques sont très probablement le fait des Moudjahidine indiens. Le groupe ayant revendiqué l'opération pourrait être un sous-groupe des Moudjahidine.


L'article du Monde reprend les déclarations tardives des autorités indiennes, qui veulent absolument écarter l'hypothèse d'un groupe indien pour privilégier, comme dans le passé, la version d'une intervention étrangère : de "terroristes islamistes" pakistanais.
Les autorités de l'Etat du Maharashtra ont d'abord parlé de 25 terroristes qui ont mené ces attaques coordonnées contre au moins dix sites à Bombay, mercredi, dont les hôtels de luxe Taj Mahal et Trident-Oberoi, la principale gare de la ville, un centre abritant une association juive et des hôpitaux. Ce chiffre a été officiellement ramené à entre dix et quinze hommes, samedi.
Commentaires : Faux ! L'agence indienne Press Trust of India (PTI) a parlé de 12 hommes, âgés entre 18 et 25 ans.

Selon les chaînes de télévision indiennes, il aurait affirmé que le but des attaques était de faire un "11-Septembre indien" en "réduisant en cendres les symboles de la puissance économique, le Taj et le Trident, afin qu'ils ne puissent être reconstruits".
Commentaires : Faux ! L'agence indienne Press Trust of India (PTI) a rapporté que "l'un des assailants a affirmé que le groupe réclamait la fin des persécutions contre les musulmans d'Inde".

Ils auraient également effectué des repérages dans l'enceinte des hôtels, en stockant des armes et des munitions à l'intérieur des bâtiments et en filmant plusieurs endroits, à tel point qu'ils avaient quelque fois une meilleure connaissance des lieux que les forces de police indiennes, selon la presse indienne. Cela expliquerait comment trois terroristes ont réussi à tenir tête aux militaires pendant plusieurs jours à l'intérieur du Taj.
Commentaires : Cette explication est risible, mais vise à justifier l'incurie de la police, l'armée et les commandos des forces spéciales (voir les questions d'hier).


Une dépêche de l'AP (agence de presse américaine) fait état des affirmations des services de renseignement britanniques, reprises inconditionnellement par le très médiatique Kouchner, de l'hypothèse d'un "responsable américain du contre-terrorisme" et de l'accusation du Premier ministre indien Manmohan Singh.
La revendication et le mode opératoire orientent les soupçons vers des djihadistes locaux proches ou s'inspirant d'Al-Qaïda.

A Mumbai, "certains détails rappellent des opérations commises par le passé par des groupes comme Lashkar-e-Taiba ou Jaish-e-Mohammed", a expliqué un responsable américain du contre-terrorisme ayant lui aussi requis l'anonymat. Ces groupes islamistes pakistanais luttent contre l'armée indienne pour l'indépendance ou le rattachement du Cachemire indien au Pakistan.

Le Premier ministre indien Manmohan Singh a pour sa part montré du doigt des "forces extérieures". Le Pakistan, fréquemment accusé par New Delhi de complicité avec les terroristes frappant l'Inde, a de son côté condamné les attentats de Mumbai. "Je dis de manière catégorique que le Pakistan n'est pas impliqué dans ces événements sanglants", a assuré le ministre de la Défense Ahmed Mukhtar.


Il est intéressant de remarquer que les affirmations des services de renseignement britanniques sont attribuées aux auteurs des attentats par les médias dominants.
L'assaut coordonné de plusieurs lieux accueillant principalement des Occidentaux dans la capitale économique indienne évoque les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis (2.751 morts), ceux du 11 mars 2004 à Madrid (191 morts) ou ceux du 16 mai 2003 à Casablanca (45 morts dont les kamikazes), imputés à la nébuleuse Al-Qaïda.
AP - Yahoo! Actualités

Les auteurs des attentats de Bombay qui ont fait au moins 195 morts voulaient réaliser un "11-Septembre indien" et se sont aussi inspirés de l'attentat contre l'hôtel Marriott d'Islamabad, rapporte la presse.
Challenges

Le même média transforment les "Moudjahidine du Deccan" en "fedayine" palestiniens ! «Le recours à une dizaine de "fedayine" bien entraînés et armés jusqu'aux dents porte la marque de groupes d'activistes basés au Pakistan tels que le Lashkar-e-Taiba.» La différence n'est pas que sémantique, elle est avant tout idéologique.

Un article, publié aujourd'hui par WSWS, est un résumé relativement factuel (excepté le titre) des faits connus (les détails restent fragmentaires et contradictoires) et des hypothèses sur les commanditaires de cette opération. Extraits :
On ne sait toujours pas quelles organisations sont responsables de ces attaques. Un groupe auparavant inconnu se faisant appeler les moudjahidins Deccan a revendiqué la responsabilité ce jeudi. Comme dans les précédentes affaires de terrorisme, le gouvernement indien a immédiatement désigner le Pakistan.
[...]
À ce stade, toutefois, aucune preuve concluante n'a été fourni qui démontrerait quelle organisation est responsable.
[...]
Il est possible, toutefois, que des éléments dissidents de l'ISI pakistanais ou de l'armée ait incité les attentats de Mumbai pour attiser délibérément les tensions entre l'Inde et l'instable gouvernement pakistanais.
[...]
Il est également possible qu'un groupe séparatiste du Cachemire, tels que Lashkar-e-Taiba soit responsable des attaques.
[...]
Enfin, il n'est exclu que les attentats de Mumbai soient l'œuvre de groupes islamistes basés en Inde même, qui ont été renforcés par des décennies de discrimination à l'égard de la minorité musulmane.


Rappelons enfin que Barack Obama s'est empressé d'apporter son soutien à l'Inde pour "traquer et détruire les réseaux terroristes" (AFP - Yahoo! Actualités). Position logique puisqu'il a promis de gagner la guerre en Afghanistan au prix d'une déstabilisation de toute la région.



De l'utilisation du mot "terroriste"

Ce que l'on devra, entre autres, au président sortant Bush, c'est cet usage du mot "terroriste", sans pour autant qu'il en définisse un contour bien défini, sauf qu'il va finir par désigner tout ce qui est contre l'Amérique, dans quelque domaine que ce soit, et par extension contre lequel il faut lutter. D'une façon plus perverse, il va devenir ce qui fait peur et permettre donc aux dirigeants de faire peur, en l'agitant comme un chiffon rouge, une muleta, dans laquelle on va se ruer tête baissée...

Les Etats Unis étant le phare du monde, comme chacun sait, tous les pays vont donc se ruer sur cette appellation non définie de tout ce qui fait peur, de tout ce qui s'oppose, de tout ce qui résiste à un Etat, et même, au bout du compte, de tout ce qui est incompréhensible et surtout injustifiable ! La notion de terrorisme est donc désormais mondialisée, elle aussi !

Il y a des mots comme ça qui ont leur heure de "gloire" ! Dans notre histoire à nous, nous avons eu des "hérétiques", des "sorcières", des "activistes", des "gauchistes" et même un régime appelé "la Terreur"... Toute catégorie justifiant bien sûr de les exterminer.

Je ne suis pas en train d'excuser l'action violente, là, mais de dire qu'il y a des violences peut être plus "terroristes" que d'autres !

Ainsi, cette bande qui détruit le réseau SNCF des TGV va être qualifiée de terroriste... Ah ! Bon... OK.

Cette bande d'opposants - ou je ne sais trop quoi - à un pouvoir en Inde, ce sera aussi des terroristes qui prennent en otage des touristes et qui tuent aveuglément... Ah ! Bon... OK.

Je ne vois pas bien le rapport entre les deux, mais la définition du terroriste, on l'a dit, est très très extensible !

Sauf que... par exemple, cette bande de spéculateurs qui affame des pays, en spéculant sur les denrées alimentaires, ce sera ...des "actionnaires" ! Il est vrai qu'ils n'agissent pas à la mitraillette, eux, mais je ne vois pas bien la différence. En nombre de morts, ça fait ... beaucoup, pourtant !!!

Je râle, je râle, mais bon, même si on veut mettre en prison des gamins de 12 ans, je devrais être contente, puisqu'on ne les désigne pas (pas encore !) comme des terroristes !!! Juste, on veut les coller en taule, les sortir de devant nos yeux, ces mômes qui nous renvoient, à nous adultes, notre responsabilité dans le mauvais exemple qu'on leur donne ! Mais ça, chut ! Il manquerait plus que ça, que ces petites frappes nous fassent nous poser des questions !

Publié par Le Post - Yahoo! Actualités.



Lire aussi :
• Terrorisme, Yahoo! Actualités.
• Terrorisme, NouvelObs. Les liens proposés sont le seul intérêt de ce média.
• Inde, Yahoo! Actualités.
• Pakistan, Yahoo! Actualités.

Le terrorisme, une arme de propagande (2)

Les dépêches d'agence, publiées par Yahoo!, permettent de se rendre compte que les médias dominants fabriquent un événement "le terrorisme islamiste" sans preuves [1]. Cela ressemble, en plus grand, à la version policière des «sabotages SNCF». Alors que les faits sont complexes, confus et contradictoires, les médias simplifient pour nous raconter l'histoire du loup et du chaperon rouge...

Les faits connus sont complexes, confus et contradictoires :
1) La qualification d'"acte terroriste" vient du chef de la police de l'Etat de Maharashtra.
2) L'imputation d'"acte terroriste" à des "islamistes pakistanais" est classique depuis des années en Inde.
3) Les Moudjahidin du Deccan, qui a revendiqué la série d'attaques, est un groupe du centre de l'Inde.
4) Les autorités indiennes ont accusé, sans fournir de preuves, le Pakistan d'être impliqué.
5) Les services de renseignement russe, le ministre britannique des Affaires étrangères, David Miliband et son homologue français Bernard Kouchner ont accusé, sans fournir de preuves, Al-Qaïda d'être impliqué.

Les faits connus posent question :
1) Comment une douzaine d'hommes jeunes (entre 18 et 25 ans selon les témoins), même bien armés, ont-ils résisté si longtemps à la police, l'armée et les commandos des forces spéciales ?
2) Comment un groupe d'hommes, arrivés par bateau du Pakistan, a-t-il "stocké à l'avance des armes et des explosifs à l'hôtel Oberoi/Trident" ?
3) Pourquoi les autorités indiennes se sont empressées d'attribuer les attaques à" un groupe basé en dehors de l'Inde" alors que des témoins évoquent "des jeunes gens parlant Hindi ou Urdu" et que l'un d'eux a affirmé que "le groupe réclamait la fin des persécutions contre les musulmans d'Inde" ?

26 novembre, 19h04 Une fusillade à Bombay fait deux morts et dix blessés, Reuters - Yahoo! Actualités.
Au moins deux personnes ont péri et une dizaine d'autres ont été blessées dans une fusillade déclenchée par plusieurs inconnus près d'une gare de Bombay, a rapporté la police indienne.

26 novembre, 19h19 Les fusillades à Bombay sont sans doute un acte terroriste, Reuters - Yahoo! Actualités.
Un responsable de la police a estimé qu'il semblait s'agir d'un acte terroriste. "Cela semble être un attentat, de nombreux endroits sont encerclés par des hommes armés", a déclaré A.K Sharma, responsable de la police ferroviaire de la ville, à une chaîne de télévision.

26 novembre, 20h02 Attentats meurtriers dans au moins sept sites de Bombay, Reuters - Yahoo! Actualités.
Le chef de la police de l'Etat de Maharashtra, A.N Roy, a déclaré que ces fusillades semblaient être un acte terroriste coordonné.

26 novembre, 20h28 Série d'attentats à Bombay, au moins 18 morts, Reuters - Yahoo! Actualités.
"Il s'agit d'attaques terroristes dans au moins sept endroits. Des terroristes, dont on ignore tout, se sont mis à ouvrir le feu à l'arme automatique, à l'aveuglette", a expliqué A.N Roy, chef de la police de l'Etat indien de Maharashtra, à la télévision locale.
"En certains endroits, ils ont même lancé des grenades. Il y a eu des explosions en plusieurs endroits", a-t-il ajouté. Certains agresseurs, dit-il, sont toujours retranchés dans des bâtiments.
[...]
L'Inde a subi une série d'attentats à la bombe ces dernières années, dont certains à Bombay même. La majeure partie ont été imputés à des islamistes, même si la police a également arrêté des extrémistes hindous qui seraient responsables de certains actes terroristes.

26 novembre, 22h37 Les Moudjahidin du Deccan revendiquent la série d'attentats à Mumbai, AP - Yahoo! Actualités.
Un groupe peu connu des autorités indiennes, les Moudjahidin du Deccan, a revendiqué la série d'attaques perpétrées à Mumbai (ex-Bombay), selon des informations de presse [l'agence indienne Press Trust of India (PTI)].

27 novembre, 07h32 Qui derrière les attentats de Bombay et pourquoi ?, Reuters - Yahoo! Actualités.
Des hommes équipés d'armes automatiques et de grenades ont attaqué mercredi soir deux hôtels de luxe, des hôpitaux et un restaurant renommé à Bombay, faisant plus de 100 morts et près de 300 blessés.

QUI EST DERRIÈRE CES ATTAQUES?

Selon des témoins, les assaillants étaient des jeunes gens parlant Hindi ou Urdu, ce qui laisse penser qu'il s'agit d'activistes indiens et non d'étrangers.

Ces attaques ont été revendiquées par les "Moudjahidine du Deccan", une organisation jusque-là peu connue. Le Deccan, ou Dekkan, est la partie centrale de l'Inde.

Selon des analystes, si l'authenticité de la revendication n'a pas encore été clairement établie, les attaques sont très probablement le fait des Moudjahidine indiens. Le groupe ayant revendiqué l'opération pourrait être un sous-groupe des Moudjahidine.

QUI SONT LES MOUDJAHIDINE INDIENS?

Selon la police, les Moudjahidine indiens sont une branche du Mouvement étudiant islamique d'Inde (SIMI), une organisation aujourd'hui interdite. Ces musulmans indiens pourraient avoir reçu un entrainement et un soutien logistique d'organisations d'activistes au Pakistan et au Bangladesh.

Le SIMI est tenu par la police pour responsable de la quasi-totalité des attentats à la bombe commis en Inde ces dernières années, y compris les explosions dans les trains de banlieue à Bombay qui ont fait 187 morts il y a deux ans.

Les Moudjahidine indiens pourraient aussi avoir dans leurs rangs d'anciens membres de l'Harkat ul Djihad al Islami, un groupe activiste du Bangladesh.

POURQUOI LES SOUPÇONNER DES ATTAQUES DE BOMBAY?

Ces deux derniers années, les Moudjahidine ont fait des revendications plutôt crédibles de la plupart des attentats commis contre des cibles civiles en Inde.

Les attaques de Bombay ont été bien préparées et coordonnées avec beaucoup de soin, et ont concerné un nombre élevé de participants. Un tel degré de préparation est la marque de fabrique des Moudjahidine.

En mai, les Moudjahidine indiens ont spécifiquement menacé de s'en prendre aux sites touristiques si le gouvernement indien continuait de soutenir les Etats-Unis dans l'arène internationale.

EN QUOI LES ATTENTATS DE BOMBAY DIFFÈRENT-ILS DES PRÉCÉDENTS

Dans tous les attentats précédents impliquant les Moudjahidine indiens, il s'agissait d'explosions de bombes en série.

Cette fois, la coordination était toujours aussi importante, mais elle concernait des hommes armés. La tactique employée, une attaque de style militaire sur des cibles faciles, en privilégiant les étrangers et la prise d'otages, est exceptionnelle et ne correspond pas aux méthodes utilisées habituellement par les activistes dans des attentats contre des civils.

De telles attaques ont toutefois eu lieu dans le passé, notamment lors d'une opération contre la ville saoudienne de Khobar, en mai 2004.

Le commando avait donné l'assaut à deux installations pétrolières et à un centre hébergeant des travailleurs étrangers. Il avait pris plus de 50 otages et en avaient tué 22. Les assaillants avaient pris soin de demander aux captifs s'ils étaient musulmans ou chrétiens avant de choisir ceux qu'ils allaient exécuter.

27 novembre, 08h14 Les principaux attentats en Inde depuis 2005, AP - Yahoo! Actualités.
Voici quelques-uns des principaux attentats perpétrés en Inde depuis 2005, la plupart étant attribués à des militants islamistes :

26 novembre 2008: Au moins 101 personnes ont été tuées et 120 autres blessées dans une série d'attaques coordonnées à l'arme automatique et à la grenade à Mumbai (ex-Bombay) contre deux hôtels de luxe, un restaurant fréquenté par des touristes, des hôpitaux et une gare ferroviaire bondée. Cette série d'attaques a été revendiquée par les Moudjahidin du Deccan, un groupe islamiste inconnu jusque là.

- 13 septembre 2008: Au moins cinq explosions dans des quartiers commerçants très fréquentés font 21 morts et 100 à New Delhi, la capitale du pays.

- 26 juillet 2008: Seize petites bombes explosent à Ahmedabad et font 45 morts.

- 25 juillet 2008: L'explosion de sept petites bombes fait deux morts à Bangalore, la capitale de la haute technologie indienne.

- 13 mai 2008: Sept bombes explosent dans des rues et des marchés bondés devant des temples hindous de Jaïpur, tuant 80 personnes.

- 24 novembre 2007: Des explosions quasi-simultanées visent plusieurs tribunaux à Lucknow, Varanasi et Faizabad et font 16 morts.

- 25 août 2007: 43 personnes sont tuées dans trois explosions dans un parc et une échoppe à Hyderabad.

- 18 mai 2007: Une bombe explose durant la prière du vendredi dans une mosquée historique d'Hyderabad et tue 11 fidèles. Peu après la police blesse mortellement cinq personnes dans des affrontements avec des musulmans protestant contre cet attentat.

- 19 février 2007: Deux bombes explosent dans un train effectuant la liaison entre l'Inde et le Pakistan, déclenchant un incendie qui fait 68 morts.

- 11 juillet 2006: Sept déflagrations visent des gares et des trains de banlieue à Mumbai, tuant 187 personnes.

- 7 mars 2006: Trois explosions secouent un temple hindou et une gare dans la ville sainte hindoue de Varanasi et font 20 morts.

- 29 octobre 2005: 62 personnes sont tuées par trois explosions sur des marchés de New Delhi peu avant la fête religieuse hindoue de Diwali.

27 novembre, 08h19 Terrorisme en Inde : 100 morts dans une série d'attaques à Bombay, AFP - Yahoo! Actualités.
Le chef de la division antiterroriste de Bombay, Hemant Karkare, a été tué ainsi qu'au moins 10 autres membres des forces de sécurité.
[...]
Le président élu américain Barack Obama a estimé que les Etats-Unis devaient renforcer leurs liens avec l'Inde et d'autres pays pour "traquer et détruire les réseaux terroristes", selon un communiqué de l'équipe de transition. Le département d'Etat a précisé n'avoir pas connaissance de victimes américaines. Le chef de la diplomatie britannique David Miliband a condamné les attentats, tandis que l'Union européenne (UE) exprimait son "horreur et indignation". La Maison Blanche a convoqué mercredi une réunion de responsables du contre-terrorisme et du renseignement et s'est dite prête à aider le gouvernement indien.

27 novembre, 12h06 Le Pakistan condamne les attentats de Mumbai, AFP - Yahoo! Actualités.
Le Pakistan, fréquemment accusé par New Delhi de complicité avec les terroristes frappant l'Inde, a condamné jeudi les attentats de Mumbai et exhorté à la coopération contre les militants extrémistes.

27 novembre, 17h37 Le Pakistan dément fermement être impliqué dans les attaques de Bombay, AFP - Yahoo! Actualités.
"Nous sommes tout à fait affirmatifs: le Pakistan n'est pas impliqué", a déclaré le ministre, Ahmed Mukhtar, dans un entretien téléphonique.
[...]
Le Premier ministre indien Manmohan Singh avait affirmé auparavant que les attaques coordonnées de mercredi soir avaient été menées par un groupe basé "en dehors" de l'Inde, invoquant des Etats "voisins".
"Par le passé, ils (les responsables indiens) avaient déjà réagi de la sorte lors de précédentes attaques, mais il a été ensuite prouvé qu'ils avaient tort", a estimé le ministre pakistanais de la Défense.
"Notre expérience du passé nous enseigne que l'on devrait se garder de tirer des conclusions hâtives", avait auparavant déclaré le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Shah Mehmood Qureshi, depuis l'Inde, où il se trouve pour des pourparlers de paix entre les deux puissances nucléaires de l'Asie du Sud, qui se sont affrontées dans trois guerres depuis leur création en 1947.
[...]
Jeudi, un haut responsable des services de renseignement russes a également affirmé que certains des assaillants de Bombay étaient liés à Al-Qaïda, évoquant le Lashkar-i-Tayyiba, qui leur aurait fourni un entraînement dans des camps à la frontière entre le Pakistan et l'Inde.
Le réseau d'Oussama Ben Laden, grâce à l'aide des talibans pakistanais, a reconstitué ses forces dans les zones tribales du nord-ouest du Pakistan, frontalières avec l'Afghanistan, où l'armée pakistanaise les combat.

27 novembre, 20h06 Attaques de Bombay: un hôtel pratiquement libéré des islamistes, le Pakistan accusé, AFP - Yahoo! Actualités.
Un haut responsable militaire indien a affirmé que les assaillants étaient venus du Pakistan, souvent accusé par l'Inde de soutenir des activistes musulmans à l'origine d'attentats sur son sol. Islamabad a aussitôt rejeté ces accusations.
Le Premier ministre indien Manmohan Singh avait peu avant accusé un groupe basé "en dehors" du pays d'être responsable de ces attaques coordonnées, dans une allusion voilée au Pakistan.

28 novembre, 01h24 Attaques de Bombay: 39 personnes libérées, le Pakistan accusé, AFP - Yahoo! Actualités.
Selon l'agence de presse indienne PTI, citant des sources officielles, trois extrémistes, dont un ressortissant pakistanais, ont été arrêtés dans l'hôtel Taj Mahal.
[...]
Le Pakistanais a déclaré aux enquêteurs indiens, selon PTI, que le groupe de 12 extrémistes auquel il appartenait avait été conduit par un navire marchand à environ 10 milles nautiques de la limite des eaux territoriales indiennes et avait gagné Bombay à bord d'un petit hors-bord.
[...]
Le ministre britannique des Affaires étrangères, David Miliband, a estimé que les violences de Bombay portaient "certaines empreintes" d'Al-Qaïda. Son homologue français Bernard Kouchner a lui aussi évoqué Al-Qaïda, déclarant que les agresseurs étaient soupçonnés de faire partie de la "nébuleuse" de ce réseau terroriste international.

28 novembre, 10h40 Attentats de Mumbai : Bernard Kouchner ne croit "sûrement pas" à une responsabilité du Pakistan, AP - Yahoo! Actualités.
"La nature des terroristes n'étant pas précisément définie, nous ne savons pas exactement, mais enfin je crois pouvoir affirmer que ce n'est pas la responsabilité du gouvernement pakistanais", a affirmé le ministre des Affaires Etrangères sur France Inter.

Les auteurs des attaques à Mumbai, "une opération militaire montée certainement de longue date", "sont peut-être des Pakistanais", sans doute "reliés à Al Qaïda", ou éventuellement "des groupes qui ont été entretenus par des services de l'armée pakistanaise qui était en lien avec les Talibans", a reconnu le ministre, mais cela ne pourrait "sûrement pas" être du fait du gouvernement pakistanais "qui politiquement aurait décidé quoi que ce soit".

"C'est parce que M. (Asif Ali) Zardari, le nouveau président, vient de changer, et la tête de l'armée et la tête des services secrets, que nous avions confiance", a déclaré le chef du Quai d'Orsay, estimant que le président pakistanais était "déterminé à se battre contre ce terrorisme qui (a) assassiné sa femme". "Il y avait un mouvement d'espoir, c'est peut-être ça aussi qu'on a voulu détruire", a-t-il noté.

"Depuis l'élection du président Zardari, le mari de Benazir Buttho, elle-même assassinée par le même genre de personnes, les rapports s'amélioraient (entre l'Inde et le Pakistan, NDLR) et des perspectives de paix avaient été établies", a-t-il souligné.

Le Pakistan est "le maillon faible et le maillon indispensable", selon M. Kouchner, "c'est pour ça qu'il faut aider absolument le Pakistan, aider ce nouveau gouvernement". Le ministre a déclaré que des représentants pakistanais étaient attendus à une réunion à Paris "dans quelques jours" avec d'autres pays "voisins de l'Afghanistan". "Evidemment, ça s'impose encore plus après ce carnage", a-t-il souligné.

28 novembre, 12h19 Le chef des services de renseignements pakistanais va participer à l'enquête sur les attentats de Mumbai, AP - Yahoo! Actualités.
Le Pakistan va envoyer le chef de ses tout-puissants services de renseignements en Inde pour participer à l'enquête sur les attentats de Mumbai, a annoncé vendredi le gouvernement pakistanais dans un communiqué.
Cette implication du chef de l'ISI (Inter Services Intelligence) se fait à la demande du Premier ministre indien Manmohan Singh, précise le gouvernement.

28 novembre, 14h20 Inde : la bataille continue à Bombay contre les extrémistes islamistes, AFP - Yahoo! Actualités.
Vers 18H00 GMT, on ignorait combien d'assaillants restaient en liberté et combien d'otages étaient encore retenus, après la libération de dizaines d'entre eux, notamment des ressortissants étrangers.
[...]
Selon un bilan encore provisoire, au moins 130 personnes ont été tuées et plus de 370 blessées dans ces attaques et les tirs qui ont suivi. La mort d'au moins 17 étrangers a été jusqu'à présent confirmée.
Outre les cinq otages israéliens tués au centre juif, on compte deux Américains, deux Français, deux Australiens, un Britannique, un Japonais, un Allemand, un Canadien, un Italien et un Singapourien, selon leurs autorités nationales respectives.
[...]
Neuf assaillants ont été tués au cours des opérations et un autre arrêté, et 15 hommes des forces de sécurité tués, a déclaré le vice-Premier ministre de l'Etat du Maharashtra, R.R. Patil.
[...]
L'un des assaillants de l'Oberoi/Trident, interrogé par une télévision, a affirmé que le groupe réclamait la fin des "persécutions" contre les musulmans d'Inde, une forte minorité de 150 millions de personnes, victimes de violences par le passé, dans ce pays de 1,2 milliard d'habitants, hindous en majorité.

29 novembre, 04h01 Inde: des islamistes toujours retranchés dans un hôtel, au moins 155 morts à Bombay, AFP - Yahoo! Actualités.
Les islamistes avaient stocké à l'avance des armes et des explosifs à l'hôtel Oberoi/Trident, a déclaré un responsable indien à l'AFP.


Inde, Yahoo! Actualités.
Pakistan, Yahoo! Actualités.


[1] Lire :
• VERON Eliseo, Construire l'événement - Les médias et l'accident de Three Mile Island, Minuit, 1981.
• Modèle de propagande, Wikipédia.
• Dossier Noam CHOMSKY, Monde en Question.
• Dossier Edward BERNAYS, Monde en Question.
• Dossier Eliseo VERON, Monde en Question.
• Dossier Propagande, Monde en Question.
• Dossier Médias, Monde en Question.
• Dossier AFP, Monde en Question.

Anéantir le droit du travail

Le cri d'alarme de Bruno LABATUT-COUAIRON, inspecteur du travail et Président de la CFTC de l'Inspection du travail.
Ah, cette sacrée crise qu'on voudrait rendre responsable de tous nos maux ! C'est en son nom qu'on devra bientôt travailler jusqu'à 70 ans, 60 heures par semaine et tous les jours de la semaine en étant payé, au forfait, une misère.

Pourquoi dis-je «bientôt» ? La loi du 20 août de cette année, portant «rénovation de la démocratie sociale et réforme du temps de travail», prévoit déjà l'application du forfait jour aux catégories de salariés qui bénéficient «d'une réelle autonomie dans l'organisation de leur emploi du temps».
En clair : jusqu'ici, seuls certains cadres pour lesquels aucune préquantification du temps de travail n'était possible, pouvaient se voir appliquer le «forfait jour» : on ne paye plus le nombre d'heures travaillées, on paye un nombre de jours dans l'année sans plus aucune référence horaire.
Conséquence : les cadres explosent les compteurs horaires (qu'ils n'ont pas !), et aucun contrôle n'est possible puisqu'ils sont payés au forfait. Le but : ne pas payer d'heure supplémentaire, les fameux 25% par heure au-delà de 35 heures sans dépasser 48 heures par semaine, maximum hebdomadaire absolu de la durée du travail, c'est un temps révolu !
Seule compensation qui pouvait consoler les cadres : ils disposaient d'une autonomie dans leur travail et de salaires plus élevé qu'un salarié rémunéré sur une base horaire.

La durée du travail n'est donc plus contrôlable en France. Désormais, le forfait jour pourra être imposé par l'employeur dès qu'il estimera que le salarié bénéficie d'une «réelle autonomie dans l'organisation de son emploi du temps». En somme : corvéables à merci, les salariés ne se verront plus payer aucune heure supplémentaire.

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Lire sur le même thème :
• Gérard Filoche nous explique en 6mn les dangers du nouveau Code du Travail, Dailymotion.
• 8 conférences de Gérard Filoche pour tout comprendre sur la refonte du droit du travail, Dailymotion.
• Massacre du code du travail dans le silence général, Libération - Démocratie & Socialisme.
• Casse du Code du travail - détails article par article, Démocratie & Socialisme.
• Analyse globale comparée du projet de Virville et réécriture, Démocratie & Socialisme.
• 130 ans d'histoire sociale démantelée, rognée, détruite, Démocratie & Socialisme.
• Le Code du travail n'a pas été réécrit « à droits constants », Démocratie & Socialisme.

28 novembre 2008

Les SDF victimes d'une vaste attaque terroriste

Comment parler à la fois des SDF, de la crise (guerre) économique, du terrorisme et de la propagande ? Jean-Pierre Martin l'a fait avec intelligence et humour :
La région parisienne a connu cette nuit sa sixième victime en une semaine. Après les morts du bois de Vincennes et de Gennevilliers, c'est cette fois en plein coeur de Paris que l'irréparable a été commis. L'homme a été retrouvé sur le trottoir, inerte. Mort de froid. Comme les précédentes victimes. La brigade criminelle a été chargée de l'enquête, et ses investigations mènent tout droit à la piste terroriste. "Même s'il faut rester très prudent, on s'oriente vers la thèse du terrorisme. On a d'abord pensé à un tueur en série, mais l'opération semble trop vaste pour ne pas y voir la marque d'une puissante organisation" affirmait ce matin le juge d'instruction.

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Le terrorisme, une arme de propagande (1)

Tous les médias dominants reprennent en chœur le même discours sur les "attentats terroristes" à Bombay, la spéculation d'une implication de la nébuleuse Al-Qaïda et donc de groupes islamistes. Ainsi, les musulmans sont les auteurs, désignés par avance, d'une série de fusillades et d'explosions qui ont débuté mercredi à Bombay.

La terreur semée à Bombay peut avoir servi, simultanément, plusieurs intérêts. Rappelons que :

1) La violence armée est fréquente en Inde. Elle a déjà fait plusieurs centaines de morts depuis le début de l'année.

2) Tous les groupes baptisés "islamistes" ont été fabriqué au début des années 1980 non seulement par l'ISI (services secrets pakistanais) mais aussi par la CIA (services secrets américains).

Accuser aujourd'hui les groupes baptisés "islamistes" ou les services secrets pakistanais, revient à avouer l'intérêt des États-Unis qui veulent leur victoire en Afghanistan au prix d'une déstabilisation de toute la région.

3) "Le terrorisme mondial" est une expression de la propagande, créée par les USA en septembre 2001 et reprise par la Russie, la Chine et l'Europe, pour justifier une guerre perpétuelle...

Quand RFI titre "La chasse aux islamistes se poursuit à Bombay" alors que la revendication vient "d'un groupe islamiste inconnu", ce média aux ordres avoue l'intérêt de cette opération. On nous refait le coup du "11 septembre" sur fond de crise (guerre) économique.
Les attentats qui ont endeuillé Bombay, la capitale économique de l'Inde, doivent inciter les autorités indiennes et l'ensemble de la communauté internationale à renforcer la lutte contre le terrorisme et les migrations clandestines, a déclaré vendredi à RIA Novosti le sénateur russe Mikhaïl Marguelov.

[...]

M.Marguelov estime que dans le contexte actuel de crise financière mondiale, dont les conséquences ne font que commencer à se manifester, il convient de s'attendre à un regain d'activité terroriste partout dans le monde.

"La baisse générale inévitable du niveau de vie se répercutera de manière catastrophique sur les pays du tiers monde et ne manquera pas de radicaliser certaines couches de la population, en contribuant à la propagation du fondamentalisme, du terrorisme, du nationalisme et du fanatisme religieux à travers le monde", a indiqué le sénateur.


Lire aussi :
• Inde - Dossier d'actualité, Yahoo! Actualités.
• Revue de presse indienne, NouvelObs.
• Revue de presse européenne, euro|topics.
• Revue de presse française, NouvelObs.
• Revue de presse française, Xinhua.
• L'Agence de Presse chinoise Xinhua recense les condamnations sans commenter l'événement.

Le chômage, une arme de destruction massive

Chaque jour, les agences de presse annoncent une hausse des chiffres du chômage sous prétexte de la crise financière. Prétexte car beaucoup d'entreprises profitent de la crise pour demander de nouvelles aides de l'État, licencier massivement et tailler à la hache les droits sociaux.

L'article d'Elie Cohen "Faut-il sauver Detroit ?", publié par Telos, est édifiant. Il semble plaider pour un "sauvetage urgent" de Ford, GM et Chrysler par l'État (ce qui est contraire au dogme néo-libéral) :
Le séisme industriel, social et politique que provoquerait une faillite des "big 3" (Ford, GM et Chrysler) plaide pour un sauvetage urgent. Qui pourrait accepter d'un cœur léger la destruction à terme d'un million d'emplois, une perte de revenus de 150 milliards de dollars et une explosion du chômage dans le Michigan l'Indiana et l'Ohio ? Les dirigeants industriels et syndicaux font même valoir qu'au delà des pertes de revenus et d'emplois bien rémunérés et bien couverts socialement c'est l'ensemble du secteur manufacturier qui serait en péril. Et d'ajouter que pour un emploi manufacturier dans l'automobile, ce sont au total 10 emplois induits dans l'industrie, les services l'immobilier qui sont en cause.

Puis, après avoir détaillé les raisons de la faillite de Ford, GM et Chrysler aux États-Unis, il préconise une aide de l'État, mais pour "mener à bien" un plan de licenciements pudiquement appelé "restructuration" (le comble du cynisme) :
Ce sombre bilan industriel milite donc clairement pour laisser les big 3 faire faillite et bénéficier du régime du Chapter 11 pour mener à bien leur restructuration. [...]

Fermer une usine sur deux pour éliminer les surcapacités, effacer le surcoût social (GM a deux fois plus de retraités à sa charge que de salariés actifs), supprimer au moins une marque sur deux, réduire drastiquement le réseau de distribution, redonner leur liberté aux filiales étrangères performantes peut être réalisé bien plus efficacement à l'abri des protections du Chapter 11 qu'en faisant survivre des entités économiques et des managements faillis dans leur forme actuelle.


Les économistes sont des gens curieux, qui hurlent avec les loups alors qu'ils prétendent faire des analyses que leur science ne leur permet pas de faire. Dans ces temps de crise, on consulte un économiste comme autrefois la Pythie. A défaut de s'exprimer en vers, ils - du moins certains d'entre eux - occupent les médias de préférence télévisuelles. Ce sont toujours les mêmes, non parce qu'ils ont une compétence particulière, mais parce qu'ils sont certainement plus aptes que d'autres à dire une chose et son contraire.
• Les disqualifiés, par Frédéric Lordon, Le Monde diplomatique.
• Paroles d'experts, Le Monde diplomatique.


Aux États-Unis comme en Europe, la population semble tétanisée par la peur de la crise. En Chine, les travailleurs se révoltent :
Tout a commencé par une dispute sur les salaires dans cette fabrique de jouets du sud de la Chine, mais l'incident a vite tourné à l'émeute quand des ouvriers licenciés aidés par des chômeurs ont retourné une voiture de police, saccagé l'usine et démoli les ordinateurs des bureaux.
[...]
"Quand les temps sont difficiles au plan économique, un petit incident peut prendre de l'ampleur" notait un cadre du parti communiste, Guo Chenming, chargé de contrôler la situation à l'extérieur de la fabrique.
Les ouvriers ont commencé à perdre patience mercredi, quand le propriétaire hongkongais de l'usine, Kader Holding, a annoncé qu'il allait licencier 216 travailleurs migrants sur les 6.500 personnes employées par l'usine. Quelque 80 ouvriers de longue date ont estimé qu'ils étaient trompés sur leur prime de départ, et ont mobilisé 500 personnes, principalement des amis et des chômeurs, d'après Guo.
Les travailleurs ont affronté les gardes de sécurité, retourné le véhicule de police, brisé les phares des motos de la police, et forcé le passage pour entrer dans l'usine, toujours selon Guo. La compagnie ajoute qu'ils ont détruits 10 ordinateurs.
AP - Yahoo! Actualités.


Voir sur Google maps la carte des suppressions d'emplois annoncés depuis septembre 2008 en France.

27 novembre 2008

La fin de l'Empire américain (2)

Les médias ont peu parlé du rapport "Global Trends 2025 - a Transformed World" publié par le National Intelligence Council (PDF).

Source : National Intelligence Council


La revue de presse de Google Actualités est pauvre. La presse chinoise est muette. L'agence russe RIA Novosti a, par contre, publié une analyse d'Andreï Fediachine :
Tout ce qui est le plus alarmant dans ce rapport est consacré à l'Amérique.
[...]
Pour la Russie, les experts ont trouvé non pas une bonne prévision, mais carrément plusieurs. Si l'on met de côté la "diminution" de notre population, annoncée par le Conseil pour 2025, qui passera des 141 millions d'habitants actuels à 130 millions (ce que nous savons déjà, sans lui), les Russes continueront d'être aidés par leur gaz et leur pétrole, et même par le réchauffement global attendu. Selon les experts, l'Union européenne ne sera pas parvenue, en 2025, à diversifier ses fournisseurs de ressources énergétiques et conservera sa dépendance vis-à-vis des importations, et donc vis-à-vis des livraisons de gaz naturel russe. L'augmentation de la consommation européenne est prévue à hauteur de 60%. En 2025, 57% de l'ensemble des réserves mondiales de gaz seront concentrées en Russie, en Irak et au Qatar. De nombreux producteurs actuels de pétrole auront perdu leurs positions, et près de 40% du pétrole produit sera concentré entre les mains de 6 Etats. Ceux-ci sont cités dans l'ordre suivant : Russie, Arabie saoudite, Iran, Koweït, Emirats arabes unis, Irak. Si l'on prend en compte la totalité des réserves de gaz et de pétrole, il y aura en 2025 deux grandes Puissances énergétiques mondiales : la Russie et l'Iran.

[...]

Si l'on en croit le rapport, les Etats-Unis vont continuer de perdre leur poids et leur influence jusqu'à la fin du premier quart du XXIe siècle, tout en demeurant une grande puissance ; mais ils perdront leur influence dominante et ne seront qu'un "égal parmi leurs pairs". Il en sera de même du dollar. La niche d'influence libérée par l'Amérique sera comblée par le Brésil, l'Inde, la Chine et, comme le dit le rapport, la "Péninsule coréenne" (les deux Corées étant, visiblement, alors réunies). Une certaine "forme d'union" est même pronostiquée pour ces trois dernières. Le monde sera multipolaire, les modèles occidentaux du libéralisme économique, de la démocratie perdront leur force d'attraction (c'est ce qui se produit déjà). L'Union européenne aura cédé elle aussi de son influence et sera devenue un "géant creux".

[...]

Ces rapports ne sont pas des prévisions ou des pronostics précis, mais plutôt un rappel aux administrations américaines de ce qui pourrait arriver si elles ne pratiquent pas telle ou telle politique. C'est à la fois une base de réflexion et un instrument pour faire avancer cette réflexion dans une direction donnée.

Pour savoir si un avenir aussi effroyable nous attend véritablement, et dans quelle mesure le NIC est objectif dans ses évaluations, il n'est pas mauvais de rappeler ce qu'il est véritablement. Le Conseil national du renseignement est le principal "brain trust" auprès du directeur de la CIA, Michael McConnell, lequel a en charge l'analyse stratégique à moyen et long termes. C'est de lui que dépend directement le patron actuel de cette "agence Nostradamus", Thomas Fingar. Le Conseil "ravitaille" toute la direction américaine, et sa principale marchandise, ce sont les Evaluations du renseignement national (National Intelligence Estimates), dont une grande partie, naturellement, est tenue secrète, mais dont des "extraits" sont toujours distillés à la presse. Le Conseil, comme aiment à le dire ses collaborateurs, a pour vocation d'"analyser l'horizon". Cela le conduit parfois à s'aventurer bien au-delà de la ligne d'horizon fictive, pour des raisons purement politiques. Le NIC, comme cela se produit fréquemment avec n'importe quelle organisation de renseignement créée auprès des administrations, et pour elles, "se démarque d'avec la ligne politique" de manière modérée. Ce n'est absolument pas une particularité endémique propre à l'Amérique : c'est la caractéristique génétique de quasiment toutes les formations de ce type. De celles-là même qui, "ayant mûri" (or, le NIC a été créé en 1979), ont bien compris avec le temps que ce que l'on attend d'elles, ce ne sont pas des prophéties à la Nostradamus, mais "ce qu'on a besoin d'entendre".

Le NIC doit effectuer de ce point de vue une tâche peu enviable. Il doit, en principe, coordonner et "unifier" l'analyse de tous les centres de renseignement américains - la CIA, la Direction du renseignement du département de la Défense (le GRU russe), le renseignement politique du Département d'Etat, les renseignements de l'Armée, de l'Aviation, de la Marine, du Service des frontières, du ministère des Finances, du ministère de l'Energie et, pour finir, le FBI (qui s'occupe du contre-espionnage). Et c'est en cela que réside le principal "hic". Toutes les administrations tirent, naturellement, la couverture à elles, s'efforçant de pousser le président, les ministères, le Congrès vers les mesures ou les lois dont elles ont besoin. C'est la raison pour laquelle des discussions très chaudes surgissent toujours autour de l'élaboration du principal "produit" du NIC, ce que l'on appelle les Evaluations du renseignement national, et autour également des analyses de renseignement thématiques. Il s'agit de documents analytiques ciblés sur n'importe quels thèmes, allant par exemple de l'arme nucléaire, la Russie, ou Israël, à l'évaluation des conséquences possibles d'une mauvaise récolte de riz en Asie. Il peut y avoir plusieurs de ces évaluations par an. Les patrons de ces administrations sont plongés dans la plus grande effervescence s'ils viennent à apprendre que leurs évaluations, pour une raison ou pour une autre, n'ont pas été retenues dans la variante finale des "Evaluations". Il en va à peu près de même pour ces fameuses "Tendances globales".

Etats-Unis ; le renseignement d'accord pour enterrer l'avenir, RIA Novosti.


Commentaires : Encore une fois, RIA Novosti se révèle plus pertinent que les médias dominants français, qui se contentent de copier-coller un communiqué de presse ou une dépêche d'agence.
La fin de l'Empire américain (1) Monde en Question.

La fabrication du consentement

CHOMSKY Noam et HERMAN Edward, La Fabrication du consentement - De la propagande médiatique en démocratie, Agone, 2008

L’ouvrage de Noam Chomsky et Edward Herman, Manufacturing consent, vient de reparaître dans sa version intégrale sous le titre La fabrication du consentement.
Acrimed

Dossier Noam CHOMSKY, Monde en Question.
Dossier Médias, Monde en Question.

Les USA veulent leur victoire en Afghanistan

Nos “sources dans les milieux de la défense à Bruxelles”, à partir de constats très récents sur place, à un niveau significatif des consultations, permettent d’observer une forte poussée pour l’“américanisation“ des structures de cette guerre. L’appréciation générale est qu’il existe un processus de marginalisation accélérée de l’OTAN en tant que telle. [...] La tâche vitale de l’information (médias) est en train d’être prise en main par les Américains et, elle aussi, “américanisée”, c’est-à-dire complètement soumise au contrôle de la propagande militaire US, comme ce fut le cas en Irak. Il n’y aura donc plus de mauvaises nouvelles de la guerre, comme on lit dans les journaux européens, et l’on pourra songer à remporter la victoire. Il s’agit d’un processus complet d’“américanisation” de la guerre.

[...]

Le Pentagone continuera son escapade hors de tout contrôle. La puissance US continuera sa pente d’auto-dévastation, sous le regard intéressé des Russes avec lesquels il faudra s’arranger sur le “front” européen pour qu’ils permettent les voies d’accès du ravitaillement vers l’Afghanistan par la Russie. Obama rencontre effectivement une de ces occurrences où il se trouvera tragiquement pris en sandwich entre les réalités exigées par le système et ses promesses électorales, mais des promesses qu’il est très difficile d’oublier comme c’est l’habitude parce que la crise économique et sociale ne souffre pas d’attendre.

[...]

Bien, on ne fait ici qu’évoquer un des scénarios possibles. Mais on le fait en notant combien il est logique qu’il soit développé, combien il est déjà en train d’être développé, notamment grâce à l’opportun général Petraeus. On le fait en remarquant également qu’à chaque perspective risquée, même involontaire, d’Obama, on retrouve le Pentagone avec le CMI en sautoir, ou l’inverse, et déjà au travail pour préparer la présidence Obama. C’est le noeud gordien de cette présidence éventuellement “révolutionnaire”, qui va commencer évidemment par être une présidence verrouillé... Ne perdez jamais espoir, camarades : plus elle sera verrouillée, plus la crise fera pression sur elle, plus il sera peut-être nécessaire qu’elle devienne “révolutionnaire” pour espérer s’en sortir (voir notre très sympathique “American Gorbatchev” [1]).

En Afghanistan, la victoire sera “made in USA” ou ne sera pas, Dedefensa.

Commentaires : C'est Georges Bush qui a commencé la guerre en Afghanistan, mais c'est Barack Obama qui sera “le président de la guerre en Afghanistan” comme Lyndon Johnson fut le président de la guerre au Viêt Nam.


[1] Lire aussi : Après la chute de l'URSS, celle des USA ?, Monde en Question.

26 novembre 2008

Titanic financier

Pendant que Barack Obama, constitutionnellement incapable d'agir avant le 20 janvier 2009, multiplie les conférences de presse pour occuper les médias, la crise financière et économique s'approfondit chaque jour. Ainsi, l'OCDE a prévu pour 2009 une récession qui sera la plus grave depuis le début des années 80, tandis que le PIB américain reculait de 0,5% au troisième trimestre. Barack Obama a appelé les Américains à se serrer la ceinture, mais ce qu'ils font déjà. Or la baisse des "dépenses de consommation des ménages" (dans la novlangue des économistes) a provoqué un recul de 3,7% de la croissance de l'économie américaine [AFP - Yahoo! Actualités - AP - Yahoo! Actualités].

Dans ce contexte, il est intéressant de lire le point de vue du politologue Igor Panarine dans une interview publiée lundi dernier par le quotidien russe Izvestia, qui évoque un risque d'éclatement des Etats-Unis (RIA Novosti).
M. Panarine est persuadé que les Etats-Unis se scinderont d'ici l'automne 2009 en six parties: la côte pacifique, les Etats hispanophones, la côte atlantique, les cinq Etats peuplés par des Indiens et le Nord pro-canadien.

"D'abord, il s'agira du littoral pacifique des Etats-Unis. Il suffit de citer San Francisco où 53% des habitants sont d'origine chinoise. Cette région passe progressivement sous l'influence de la Chine, c'est évident. Le Sud est peuplé par des Mexicains, et l'espagnol est par endroits une langue officielle, alors que le Texas lutte ouvertement pour son indépendance. La côte atlantique est ethniquement et mentalement tout à fait différente par rapport au reste du pays. Enfin, il y a les Etats dépressifs du centre. Je vous rappelle que cinq Etats du centre des Etats-Unis, peuplés par des Indiens, revendiquent leur indépendance. Le nord du pays est sous l'influence du Canada", explique-t-il.

[...]

"Les problèmes financiers s'aggraveront aux Etats-Unis. Des millions d'Américains ont déjà perdu leurs épargnes, alors que l'inflation et le chômage sont en hausse. General Motors et Ford sont au bord de la faillite, ce qui veut dire que des villes entières se retrouveront sans emploi", prédit-il.

"La grogne monte, elle n'a été enrayée jusqu'à présent que par la campagne électorale et l'espoir d'un miracle Obama. Mais, d'ici le printemps, il sera clair qu'il n'y aura pas de miracles", estime-t-il.

Selon M. Panarine, après le crash de Wall Street, les Etats-Unis céderont leur place de régulateur mondial à la Chine et à la Russie, deux pays disposant d'énormes réserves de change.

Pour éviter des bouleversements en raison d'une éventuelle paralysie économique aux Etats-Unis, la Russie devrait développer le rouble en tant que monnaie régionale et créer une bourse du pétrole en roubles, conseille le politologue.

"Nous devons couper toutes les cordes qui nous lient au Titanic financier qui va sombrer très vite", résume-t-il.

Commentaires : Même si Dedefensa reprend l'hypothèse de l’éclatement des Etats-Unis, le plus important est la seconde partie, qui est une thématique de Dmitri Medvedev à savoir la création d'une "monnaie régionale" (RIA Novosti) et d'une "bourse du pétrole en roubles" (RIA Novosti).

Par ailleurs, l'hypothèse “American Gorbatchev” se précise...

La valse des sommets

Après les Sommets du G20, de l'UE-Russie ou Russie-UE, de l'APEC, Dmitri Medvedev annonce l'organisation du Sommet du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) en Russie en 2009 [RIA Novosti].

Ce Sommet du BRIC sera particulièrement important car il tracera les contours d'une nouvelle organisation mondiale sans les États-Unis.

Lire aussi :
• Sommets, Monde en Question.
• G20, Wikipédia.
• G20, Google Actualités .
• G20, Yahoo! Actualités.
• Sommet du G20, RIA Novosti.
• UE-Russie, Google Actualités .
• UE-Russie, Yahoo! Actualités.
• Sommet Russie-UE, RIA Novosti.
• Coopération économique pour l'Asie-Pacifique, Wikipédia.
• APEC, Google Actualités .
• APEC, Yahoo! Actualités.
• Sommet de l'APEC, RIA Novosti.
• BRIC, Wikipédia.
• BRIC, Google Actualités .
• BRIC, Yahoo! Actualités.

La guerre des classes


François RUFFIN, La Guerre des classes, Fayard, 2008

Alors que la gauche française paraît en cours de recomposition, notamment avec l’émergence d’un futur nouveau parti anticapitaliste, et que les membres du PS en appellent à la « rénovation », la droite — faisant pourtant face à une conjoncture économique désastreuse, qui devrait favoriser le renforcement de la gauche – s’assume telle qu’elle est. L’UMP ne cache en effet rien de ses liens avec les puissances de l’argent et de son indifférence quant aux affaires sociales et aux plus démunis (chômeurs, travailleurs précaires, sans-papiers, etc.) ; et cependant, elle triomphe. Faute d’opposition. Faute d’un réel « courage » à gauche, celui qui ne consisterait pas à renier toujours plus ses idéaux et son vocabulaire. Faute, au fond, d’assumer son passé et son fonds idéologique. Dans La guerre des classes, François Ruffin joint analyse et observations de terrain, pour éclairer les causes du long renoncement politique du PS, qui a entraîné dans son sillage toute la gauche, mais aussi pour rappeler la gauche à ses fondements.

La guerre des classes, Les mots sont importants
La guerre des classes, Monde en Question

Amérique latine très convoitée (2)

Les présidents chinois et russe ont fait, chacun de son côté et à des dates différentes, une tournée pour conquérir les marchés latinos-américains - avant le sommet de l'APEC pour Hu Jintao et après le sommet pour Dmitri Medvedev.

Pékin resserre ses liens avec les économies latino-américaines, Le Monde.
A la veille de la tournée, Pékin a publié "un document politique éclairant les objectifs chinois envers l'Amérique latine et les Caraïbes". Ce livre blanc insiste sur "les ressources abondantes et l'extraordinaire potentiel de développement" de cette région, dont la Chine est devenue le troisième partenaire commercial.
Outre le développement des échanges et la signature d'accords de libre-échange, le document évoque un accroissement de la coopération en matière de défense et de sécurité [1].


La Chine souhaite établir un partenariat global et coopératif avec les pays d'Amérique latine et les Caraïbes, Xinhua - Le Quotidien du Peuple.
Le gouvernement chinois considère ses relations avec l'Amérique latine et les Caraïbes d'un point de vue stratégique et souhaite établir et développer un partenariat complet et coopératif basé sur les principes de l'égalité, des bénéfices mutuels et du développement commun avec les pays d'Amérique latine et des Caraïbes.


Départ d'un haut responsable militaire chinois pour l'Amérique latine, Xinhua - Le Quotidien du Peuple.
Xu Caihou, vice-président de la Commission militaire centrale de Chine, a quitté Beijing dimanche pour effectuer des visites amicales au Venezuela, au Chili et au Brésil.
Xu a été invité par le ministre vénézuélien de la Défense nationale Gustavo Rangel Briceno, le ministre chilien de la Défense nationale Jose Goni et le ministre brésilien de la Défense nationale Nelson Jobim.
"Il s'agit d'une importante activité diplomatique pour les forces armées, qui vise à renforcer la compréhension mutuelle et les échanges militaires", a indiqué Qian Lihua, directeur du Bureau des Affaires étrangères du ministère chinois de la Défense nationale.

Les militaires s'échangent « leurs pratiques standards », Xinhua - Le Quotidien du Peuple.
"Ces échanges entre la Chine et les pays d'Amérique latine sont tout à fait normaux entre les forces armées.

"Dans les échanges militaires avec l'Amérique latine, la Chine a toujours fermement adhéré au principe du bénéfice de la paix régionale et mondiale et de la stabilité, ne visant aucun tiers parti, sans jamais mettre en péril les intérêts des autres pays", a-t-il dit.
[...]
La Chine a déjà procédé à des échanges militaires avec 18 pays d'Amérique latine, a dit Qian.
"Les échanges militaires et la coopération sont une partie importante de la relation de la Chine avec l'Amérique latine, et ils jouent un rôle positif dans la promotion de son développement", a-t-il conclu.


Exercices navals russo-vénézuéliens

Source : Monde en Question


La Russie reprend pied en Amérique latine, Le Monde.
Qualifiée par la presse moscovite de "seconde découverte de l'Amérique", la tournée de M. Medvedev marque le retour de la Russie dans une région longtemps considérée comme "l'arrière-cour" des Etats-Unis, mais dont Washington s'est largement désintéressé depuis les attentats du 11 septembre 2001. Avide de faire contrepoids à l'influence américaine, Moscou entend reprendre pied dans la zone. "Et cette fois, nous revenons pour toujours", assure un porte-parole de la diplomatie russe, Alexeï Sazonov.
[...]
L'implantation de la Russie dans la région a trois dimensions : politique, économique et militaire. Point culminant de la tournée : Dmitri Medvedev assistera depuis le Venezuela aux premiers exercices navals conjoints en mer des Caraïbes.


La crise aidera les fabricants d'armes russes à s'implanter en Amérique latine, RIA Novosti.
La plupart des pays d'Amérique latine achètent traditionnellement des avions, des navires de guerre et d'autre armement aux Etats-Unis. Le Brésil préfère ces dernières années commander pour l'armée le matériel qu'il produit. Pourtant, l'armement russe pourrait dans les conditions de la crise rivaliser non sans succès avec des analogues américains, européens ou brésiliens. Les avions, les hélicoptères, les VTT, les systèmes de DCA et les armes d'infanterie russes coutent de 20-40% moins cher que leurs équivalents européens et américains, tandis que leur qualité est tout à fait comparable. De plus, le matériel russe est plus facile à maîtriser pour des équipages avec un niveau de formation limité et moins compliqué à réparer avec des moyens de fortune.


Medvedev à la conquête de l'Amérique latine, RIA Novosti.
En fait, l'odeur du pétrole et du gaz a accompagné la tournée du président russe. Le Brésil n'a pas fait exception. Cet Etat, qui fait partie du BRIC et qui est considéré comme un "continent à part", ne peut pas laisser indifférente la Russie, d'autant que Moscou est disposé à étendre les liens bilatéraux. Le déplacement de Medvedev au quartier général de la plus grande compagnie pétrolière publique du pays, Petrobras, sera l'un des plus importants événements de sa visite, de même que ses rencontres avec les dirigeants des entreprises publiques et privées spécialisées dans l'énergie, l'industrie minière, le secteur agroindustriel et la sphère bancaire. Gazprom inaugurera l'année prochaine sa représentation au Brésil. Moscou et Brasilia seraient prêts à élargir leur coopération dans le domaine spatial et pourraient construire conjointement un cosmodrome à proximité de l'équateur.

Le Venezuela, quant à lui, est "le premier parmi les égaux". Moscou a établi une "coopération stratégique" avec Hugo Chavez. Les deux pays créent une banque commune avec un capital de 4 milliards de dollars pour financer la construction de raffineries de pétrole. La Russie est prête à aider le Venezuela à créer des centrales nucléaires, Rusal a annoncé la construction d'une usine d'aluminium, VAZ est prêt à y implanter des usines automobiles. Depuis 2005, Caracas a signé avec Moscou douze contrats sur les livraisons d'armes, allant des fusils d'assaut Kalachnikov, des chars T-90 et des voitures de transport blindées aux chasseurs Su et aux hélicoptères, pour un montant total de 4 milliards de dollars. A présent, il souhaite acheter des sous-marins et des navires russes. Dmitri Medvedev et Hugo Chavez "inaugurent", le 25 novembre, les premiers exercices navals russo-vénézuéliens de grande envergure qui "taquineront" les Etats-Unis jusqu'au 30 novembre.

Cuba devait absolument figurer sur la liste medvédévienne des pays à visiter. Les relations entre Moscou et La Havane semblent connaître un essor. Les négociations à Cuba devraient aboutir à une entente sur la prospection et la mise en valeur conjointes de gisements pétroliers dans la partie cubaine du golfe du Mexique. Un forage d'essai vient d'y être organisé.

Le voyage de Medvedev illustre bien l'évolution du processus de désidéologisation des relations entre la Russie et l'Amérique latine. Celles-ci étaient déjà marquées auparavant par un puissant élément national-pragmatique (les Russes ont, en effet, fait de la voiture soviétique Lada l'automobile la plus vendue au Chili à l'époque de Pinochet [2]). A présent, cet élément national-pragmatique se renforce. On peut à cet égard remercier George W. Bush.


Commentaires : Le Monde se révèle beaucoup plus pudique que les agences de presse chinoise ou russe à propos des questions stratégiques et militaires.



[1] Les termes diplomatiques "la coopération en matière de défense et de sécurité" signifient la vente d'armes.
[2] Que cette information vienne de la presse russe devrait faire réfléchir les staliniens français.

25 novembre 2008

Obama soutient Wall Street, mais pas Main Street

Barack Obama n'est pas encore installé à la Maison Blanche, mais il a déjà annoncé qu'il poursuivra la politique économique de Bush en promettant des aides aux entreprises et des sacrifices aux Américains. Les Bourses applaudissent quand il déclare «Nous devons remettre les Américains au travail. En parallèle, il faudra garantir la stabilité de notre système financier.»
• Obama va appeler les Américains à des sacrifices budgétaires, AFP - Yahoo! Actualités.
• Les Bourses applaudissent le volontarisme du futur président, Le Monde - Yahoo! Actualités.


Le feuilleton des rumeurs de nominations et des nominations réelles continuent. L’establishment et Wall Street sont satisfaits des quelques noms connus de sa dream team.
• Obama nomme son directeur du bureau du Budget et défend un programme d'économies budgétaires, AP - Yahoo! Actualités.
• Etats-Unis/ Barack Obama prêt à passer le budget au peigne fin, AFP - Yahoo! Actualités.


Mais toutes ces annonces ne changeront guère le cours des choses, car d'ici le 20 janvier la crise va s'aggraver et Obama devra assumer les décisions de Bush - peu différentes sur le fond.
Il est donc pathétique, mais aussi significatif de la gravité de la situation, de voir Obama faire des messages hebdomadaires comme s’il était déjà président, ou bien comme les “causeries au coin du feu” de Roosevelt à partir de mars 1933. Mais Obama ne fait qu’annoncer des mesures pour fin janvier 2009, – qui, d’ailleurs, s’apparentent toutes dans l’esprit à certaines des initiatives du New Deal (grands travaux publics d’infrastructure); en effet, toutes les rigidités doctrinales sont en train d’être fortement secouées, lorsqu’on nous signale qu’un homme aussi proche de Wall Street et de la doctrine économique courante de l’américanisme que Lawrence Summers, nommé président du Conseil National de l’Economie, conseille de tout concentrer sur ce qui devient la tentative de contenir le chômage. Obama fait ce qu’il peut mais cela reste bien peu, au regard de la situation du pays qui semble s’effriter comme du sable entre les doigts.
[...]
Obama se précipite donc pour construire son administration, pour annoncer des mesures, pour sembler exercer le pouvoir, – mais “sembler” seulement, car la Constitution, cette admirable construction législative taillée dans le marbre du Droit, lui interdit plus. Les deux seules mesures qu’il peut prendre, détaillées par Reich, sont de constituer et de mettre au travail son équipe économique, et d’annoncer des mesures d’urgence pour le 20 janvier 2009 en fin d’après-midi.
[...]
C’est dire combien toutes les prévisions qu’on a faites, qu’on fait et qu’on continuera à faire les jours et les semaines prochaines sur l’administration Obama, ses intentions, ses buts, sa politique extérieure, etc., sont désormais soumis à une formidable hypothèque.
Urgence extraordinaire et impuissance extrême, Dedefensa.