3 décembre 2008

Luttes pour le pouvoir en Thaïlande

A bien des égards ce qui se passe en Thaïlande mérite réflexion car les troubles qui sévissent depuis deux ans, s’aggravant brutalement ces derniers jours, soulignent non seulement les difficultés des démocraties en Asie, mais également les limites du principe majoritaire, conférant trop de pouvoir au plus grand nombre, déjà soulignées par Tocqueville ou Benjamin Constant. Evidemment on ne peut pas non plus éluder un autre aspect des choses : les troubles actuels expriment des luttes sourdes entre la mouvance populiste de Thaksin qui bouscule les habitudes, et l’oligarchie traditionnelle, soutenue par le Roi et dont les intérêts directs sont menacés par ce nouveau style de pouvoir.

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Le terrorisme, une arme de propagande (8)

Le gouvernement chinois, qui livre des armes au Pakistan (33% de ses équipements militaires), se montre prudent face aux attaques "étonnantes" à Bombay, mais se solidarise avec les États-Unis (la communauté internationale) et l'Inde "pour lutter contre le terrorisme".
Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Liu Jianchao a dit mardi que la Chine s'engageait à travailler avec la communauté internationale pour lutter contre le terrorisme.

Citant les attaques "étonnantes" à Mumbai, M. Liu a indiqué que le gouvernement chinois avait exprimé ses sympathies et ses condoléances au gouvernement indien et aux victimes.

"Le gouvernement chinois lutte fermement contre toutes les formes de terrorisme, et s'engage à coopérer avec la communauté internationale dont l'Inde pour combattre le terrorisme.

"La Chine souhaite que les parties concernées puissent trouver la vérité sur les attaques terroristes à Mumbai en menant des enquêtes le plus tôt possible", a souligné M. Liu.

Xinhua - Le Quotidien du peuple.


Le gouvernement russe, qui livre des armes à l'Inde (72% de ses équipements militaires), poursuit sa critique de l'inefficacité des États-Unis pour "former une coalition antiterroriste mondiale" [1].
Intervenant à la Douma lors de l'examen du projet de déclaration des députés russes à l'occasion des attentats de Mumbai (Bombay), capitale financière de l'Inde, M.Kossatchev a indiqué que la communauté internationale avait raté plus d'une chance de former une coalition antiterroriste mondiale.

Rien qu'en 2007, à l'issue de 14.500 attentats, 22.000 personnes ont été tuées et 272.000 autres blessées, a fait remarquer le député.

Le plus grand nombre de victimes a été enregistré en Irak où les terroristes sont de plus en plus nombreux, alors qu'auparavant, avant l'invasion des troupes des États-Unis et de leurs alliés, il n'y avait pas de terroristes dans ce pays, a noté le parlementaire.

"L'Irak est devenu le symbole des erreurs commises dans la lutte contre le terrorisme", a estimé M.Kossatchev.
Et d'ajouter que la situation en Afghanistan n'était guère plus réjouissante.

RIA Novosti.


L'administration américaine met à profit les dernières semaines du mandat Bush pour organiser une coalition contre le Pakistan en faisant un lien entre le groupe Lashkar-e-Taiba et Al-Qaïda... sans apporter la moindre preuve.
Le directeur du renseignement américain Mike McConnell a accusé sans le citer le Lashkar-e-Taïba, un groupe islamiste interdit basé au Pakistan et actif dans la région himalayenne du Cachemire, d'être à l'origine des attentats.
AFP - Yahoo! Actualités.

"Que la main d'Al-Qaïda soit ou non derrière ces attaques, c'est clairement le genre de terrorisme auquel participe Al-Qaïda", a dit Rice au cours d'une conférence de presse.
AP - Yahoo! Actualités.


Le président pakistanais Asif Ali Zardari réclame les preuves des accusations du gouvernement indien et lie la question afghane à la question pakistanaise [2].
M. Zardari a aussi affirmé n'avoir pas obtenu de preuves suffisantes que le seul survivant du commando soit un Pakistanais, comme l'affirme New Delhi. "Je doute fort (...) qu'il soit Pakistanais", a-t-il ajouté.

Le président pakistanais a jugé que si l'Inde tentait de frapper des bases terroristes en territoire pakistanais, ce serait "contre-productif".

"La menace pèse sur toute la région, pas seulement Bombay ou l'Inde", a-t-il souligné. "La menace pèse sur l'Etat pakistanais, il y a une menace sur l'Etat afghan. C'est une menace sur toute la région".

AFP - Yahoo! Actualités.


Face donc à la menace d'une guerre contre le Pakistan [3], les alliances se dessinent : la Russie encouragera les États-Unis à finir la guerre contre l'Afghanistan en l'étendant au Pakistan et la Chine jouera la carte diplomatique pour ne pas intervenir dans une guerre qui lui serait plus coûteuse que le statu quo.



[1] Voir : Le terrorisme, une arme de propagande (7), Monde en Question.
[2] Rappelons l'implication des services secrets américains (CIA) et pakistanais (ISI) dans la création, le financement (en provenance de l'Arabie Saoudite), la formation des Tâlebân et d'Al-Qaïda à la fin des années 1970 dans le cadre de l'affrontement global des USA avec l'URSS.
Source : BIARNÈS Pierre, Pour l'empire du monde - Les Américains aux frontières de la Russie et de la Chine, Ellipses, 2003 p.675 à 707 in Dossier Géopolitique.
Il n'est donc pas étonnant que les experts des services de renseignements des États-Unis en sachent davantage sur le groupe pakistanais Lashkar-e-Taiba que le président pakistanais lui-même [AP - Yahoo! Actualités].
Enfin, l'homophonie entre "Lashkar-e-Taiba" et "Al-Qaïda" facilite l'amalgame simplificateur.
[3] Voir : La guerre contre le Pakistan a commencé, Monde en Question.

La guerre contre le Pakistan a commencé

La propagande sur les attentats de Bombay prend toute sa dimension à la lecture de ces deux dépêches d'agences :
L'actuel président américain George W. Bush entrera dans l'histoire comme l'homme qui a déclenché la guerre en Irak, a estimé mardi devant les journalistes à Moscou le président du Comité pour les Affaires internationales de la Douma (Chambre basse du parlement russe), Konstantin Kossatchev.

"Toute l'aventure irakienne est la responsabilité personnelle du président américain George W. Bush, et je pense que c'est justement cela qui le fera entrer dans l'histoire et c'est à travers le prisme de la guerre que les années de sa présidence seront évaluées à l'avenir. Nul doute que cette évaluation sera négative", a indiqué le député.

Selon M.Kossatchev, toutes les tentatives de M.Bush d'attribuer la responsabilité de la guerre en Irak aux services de renseignement ne sont que des tentatives de rejeter sa propre faute sur autrui.

"La décision d'attaquer l'Irak était politique. Toutes les versions concernant les armes de destruction massive (ADM) et le prétendu soutien au terrorisme (en Irak) n'étaient qu'un prétexte recherché par des politiques américains", a souligné le parlementaire.

RIA Novosti.

Le risque d'attentats terroristes perpétrés à l'aide d'armes nucléaires ou biologiques augmente, notamment aux Etats-Unis, d'après un rapport d'une commission du Congrès américain disponible sur internet, selon lequel la menace provient particulièrement du Pakistan.

"Sans mesures très rapides et très fermes, il est plus que probable qu'une arme de destruction massive va être utilisée dans un attentat terroriste, quelque part dans le monde d'ici fin 2013," estime la Commission sur la prévention de la prolifération des armes de destruction massives et du terrorisme, instance bipartite créée par le Congrès en 2007.

"La marge de sécurité de l'Amérique diminue", relève ce rapport de la Commission, qui a interrogé plus de 200 experts depuis mai afin de remettre ses conclusions au Congrès et au président élu Barack Obama.

[...]

Les experts, qui doivent rencontrer mercredi le vice-président élu Joe Biden, exhortent M. Obama à prendre rapidement des "mesures conséquentes" pour réduire ce type de menace terroriste.

Le rapport presse la nouvelle administration de "faire particulièrement attention au Pakistan, placé géographiquement à la croisée des chemins du terrorisme et des armes de destruction massive".

Washington estime que les insurgés talibans et Al-Qaïda se sont reconstitués des refuges dans les zones tribales frontalières avec l'Afghanistan.

AFP - Yahoo! Actualités.

George W. Bush a lancé "la croisade contre le terrorisme" en Afghanistan en 2001, mais il "entrera dans l'histoire comme l'homme qui a déclenché la guerre en Irak" en 2003.

Barack Obama a promis d'intensifier la guerre contre l'Afghanistan jusqu'à la victoire... ou la défaite, mais il entrera probablement dans l'histoire comme l'homme qui a déclenché la guerre contre le Pakistan en 2009.

Serge LEFORT
02/12/2008

Note additive : Cette dépêche de l'agence israélienne Guysen est significative de ce qui se prépare.
Dans le cadre des efforts diplomatiques déployés par les Américains pour apaiser les esprits après les attentats de Bombay, le chef d'état-major interarmées américain, l'amiral Michael Mullen, s'est envolé mardi pour l'Inde et le Pakistan, où il s'entretiendra avec les dirigeants.

2 décembre 2008

La guerre américaine : escalade de l’Irak vers l’Afghanistan et le Pakistan

Le « sursaut » des troupes américaines en Irak, conçu par le général David Petraeus (Commandant en chef des troupes américaines en Irak et en Afghanistan, depuis peu à la tête des opérations militaires américaines dans une plus vaste région encore, englobant l’Iran, le Pakistan et l’ensemble du Golfe... [ndt]), a été présenté comme un grand succès. Les médias et les politiciens républicains et démocrates lui ont attribué le mérite d’empêcher la guerre désastreuse de l’impérialisme américain de devenir un autre Vietnam, c’est-à-dire une défaite honteuse. Pendant la campagne électorale, John McCain, un des premiers défenseurs du « sursaut », a essayé de profiter de son prétendu succès, autant qu’il l’a pu, proclamant que cela confirmait ses propres intuitions et connaissances militaires. Obama, qui a essayé d’exploiter l’impopularité massive de la guerre en se présentant comme un opposant de la première heure (malgré le fait qu’il ait voté tous les crédits de guerre), a néanmoins changé de cap pour louer les résultats du sursaut, disant même à Bill O’Reilley de Fox News que « le sursaut a réussi au-delà de nos rêves les plus fous ».

Maintenant, les militaires américains annoncent qu’ils prévoient un autre « sursaut » en Afghanistan. Et là aussi, ils sont applaudis avec enthousiasme par les médias, et naturellement par les Démocrates et les Républicains, dont beaucoup qualifient la guerre d’Afghanistan de « guerre juste ».

L’irak : un désastre déguisé en succès

Bien entendu, toutes les déclarations sur le succès du sursaut en Irak ne font que montrer le cynisme et la dépravation des politiciens américains et des médias.

Au début de l’année 2008, le renforcement des troupes américaines en Irak a augmenté leur nombre de 30 000. Ces troupes n’ont pas, contrairement à ce qu’on avait annoncé, amélioré la sécurité dans des zones ciblées de l’Irak. Au contraire, les troupes américaines ont procédé à une énorme intensification de la guerre contre le peuple irakien, et elles ont soutenu massivement les nettoyages ethniques et religieux. À Bagdad, les troupes américaines et leurs alliés irakiens ont bombardé et détruit des quartiers entiers, tuant des milliers de personnes et forçant des centaines de milliers à fuir. Les réfugiés de Bagdad ont rejoint un flot humain qui représente aujourd’hui un sixième de la population irakienne, soit près de cinq millions de personnes. Bagdad a été divisée et séparée par d’énormes hauts murs en enclaves sunnites et chiites, qui sont patrouillées par une police meurtrière, des bandes armées et des troupes féroces. En d’autres termes, Bagdad a été saignée à blanc... puis transformée en une prison.

La guerre s’est intensifiée dans d’autres parties du pays, plus particulièrement au sud autour de Bassora. En mars dernier, les militaires américains ont soutenu la désastreuse offensive lancée par l’armée irakienne contre une milice chiite rivale, l’Armée du Mahdi de Moqtada al-Sadr. L’armée irakienne est dominée par la milice Badr, l’aile militaire du parti chiite ISCI (Conseil islamique suprême d’Irak, autrefois appelé SCIRI). La bataille entre les deux rivales a fait tant de ravages que les Américains ont dû faire appel à des médiateurs iraniens pour négocier un cessez-le-feu temporaire.

Les autorités américaines présentent souvent la province d’Anbar comme la preuve du prétendu succès du sursaut. Anbar est au cœur de ce que les Américains appellent le triangle sunnite, c’est-à-dire de l’insurrection contre les Américains provenant de villes comme Ramadi et Faludja. Aujourd’hui, les Américains proclament que ces villes sont si tranquilles et si pacifiques que les militaires américains peuvent réduire en grande partie la présence de troupes. Ce que les autorités américaines ne disent pas, c’est que les Américains ont réduit ces villes à des décombres après des années et des années de guerre intensive. En d’autres termes, elles sont calmes... comme un cimetière.

Les Américains attribuent également au Mouvement du Réveil sunnite le mérite d’avoir contribué à la sécurité et de s’être opposé à l’insurrection. En fait, le Mouvement du Réveil n’est rien de plus que des bandes armées, formées d’environ 100 000 anciens baasistes, anciens officiers de Saddam Hussein et insurgés de la résistance irakienne de 2003-2007. Les Américains paient chaque membre de la milice armée 300 dollars par mois pour patrouiller les province d’Anbar, de Salahuddin, de Dyala et la plupart des quartiers sunnites de l’ouest de Bagdad. Ils leur ont promis qu’après la fin des paiements américains en septembre, un cinquième des hommes servant dans le Mouvement du Réveil serait intégré dans l’appareil d’État irakien.

C’était censé faire partie des efforts faits pour que tous les protagonistes résolvent pacifiquement leurs conflits et pour rendre l’État et le gouvernement irakiens – qui aujourd’hui sont dominés par le parti chiite, l’ISCI et sa milice Badr – plus ouverts, en y faisant entrer des milices et des partis rivaux, y compris le parti d’al-Sadr et les partis sunnites. Des élections provinciales devaient être organisées à une autre étape du processus de réconciliation pacifique. Ces élections étaient initialement prévues pour octobre, mais elles ont été reportées, une fois de plus, à janvier 2009 – c’est-à-dire, après les élections présidentielles américaines.

Les promesses de réconciliation se sont vite révélées complètement creuses. La police irakienne et les escadrons de la mort liés à l’ISCI et à la milice Badr ont intensifié leurs efforts pour consolider leur contrôle exclusif sur l’appareil d’État et sur le gouvernement en visant les chefs des factions et des partis rivaux. Pratiquement aucun membre du mouvement du Réveil sunnite n’a été recruté dans l’appareil d’État. Mais de nombreux chefs ont été assassinés et une liste a été dressée pour en arrêter six cents autres. En même temps, un éminent membre du Parlement irakien fidèle à Moqtada al-Sadr a été tué dans un attentat soigneusement planifié.

Pendant les derniers mois, il y a sans doute eu moins de spectaculaires attentats-suicides ou à la voiture piégée. Mais il y a eu plus de tués par des snipers et des bombes magnétiques faciles à fixer aux voitures des victimes et actionnées au moment choisi par l’assassin.

Les autorités américaines ont, de temps en temps, condamné publiquement cette nouvelle vague d’assassinats et d’arrestations. Mais dans la coulisse, elles continuent à travailler avec l’État irakien dominé par l’ISCI et la milice Badr, menaçant de violences encore pires si un des groupes visés essaie de riposter, et tenant ainsi ces groupes en respect.

Irak : une guerre sans fin

Le pays continue d’être agité par la violence et les conflits ethniques. À Mossoul, au nord de Bagdad, la milice kurde a mené une campagne de terreur contre la minorité chrétienne, assassinant une douzaine de chrétiens, mettant le feu à leurs maisons et provoquant l’exode de la ville de milliers de chrétiens. Au nord, dans la ville de Kirkouk, une importante région productrice de pétrole, la compétition est vive. À Kirkouk, il y a un mélange de différentes ethnies et confessions, comprenant des Kurdes, des sunnites et des Turkomans. Sous Saddam Hussein, des sunnites avaient été envoyés remplacer les Kurdes pour servir de base de soutien à Saddam. Depuis 2003, les autorités kurdes ont encouragé les Kurdes à revenir à Kirkouk pour remplacer les sunnites. Il y a ainsi un conflit sans fin sur la question de qui vit où, accompagné d’assassinats et d’attentats à la bombe. Cette situation est si explosive que les politiciens irakiens sont d’accord pour reporter les élections provinciales à venir à Kirkouk, craignant qu’une bataille électorale ne dégénère en une guerre civile ouverte.

De plus, les militaires turcs ont régulièrement mené des incursions dans la partie nord de l’Irak. Sous le prétexte de combattre la guérilla séparatiste kurde, le gouvernement turc essaie de se positionner pour mettre la main sur une partie des richesses pétrolières irakiennes.

L’Irak est toujours si dangereux que pratiquement aucun des cinq millions de réfugiés ne s’est senti suffisamment en sécurité pour revenir, malgré la dureté de la condition de réfugié. Les rares à être revenus ont été le plus souvent confrontés à la violente hostilité d’un gang ou d’un autre, qui leur laisse le choix habituel : partir ou mourir. Sans aucun doute, les quartiers et les villes mixtes, où des gens de différentes origines ethniques vivaient et se mariaient ensemble, font partie du passé.

La violence terrible de ces dernières années a permis aux compagnies pétrolières américaines d’avoir les mains libres pour exploiter les vastes richesses pétrolières du pays, quand l’opportunité se présentera enfin. Pendant ce temps, les Irakiens ordinaires sont abandonnés à eux-mêmes dans les plus infernales conditions : peu ou pas d’électricité, eaux usées et détritus en putréfaction partout, peu ou pas d’accès à l’eau potable, plusieurs épidémies de choléra l’année dernière, pas de soins médicaux, pas de travail... rien.

En fait, la seule question vraiment débattue dans l’appareil d’État américain est combien de troupes laisser en Irak pour garder et assurer le contrôle américain. Selon des fuites du dernier « National Intelligence analysis » américain, un document très attendu, produit par 16 agences de renseignement et qui n’est pas destiné à une publication officielle avant les élections – le niveau des troupes américaines, qui atteint actuellement 146 000, devrait rester comparable dans le futur proche, en raison de l’aspect explosif de la situation. En septembre, le président Bush a confirmé qu’il ne diminuerait pas le nombre des troupes américaines en Irak avant la fin de son mandat.

Néanmoins une autre guerre est en route, même si cela pèse sur l’armée. Démocrates et Républicains parlent les uns comme les autres d’intensifier la guerre en Afghanistan. Obama et McCain se sont même servis de leur campagne présidentielle pour préparer la population américaine à une forte augmentation des troupes en Afghanistan. Obama dit couramment qu’il considère l’Afghanistan comme sa priorité, ce qu’il appelle « le front principal de la guerre contre le terrorisme ». Et il ajoute : « Nous avons besoin de plus de troupes là-bas. Nous avons besoin de plus de ressources... C’est une guerre que nous devons gagner ». Selon McCain, « le statu quo est inacceptable. La sécurité en Afghanistan s’est détériorée et nos ennemis ont pris l’offensive ». En fait, dès août 2007, Obama avait franchi une sorte de Rubicon verbal en disant qu’il était également prêt à envoyer des troupes américaines au Pakistan, s’il obtenait ce qu’il a appelé des « informations justifiant une poursuite ». En d’autres termes, en qualifiant le « sursaut » américain en Irak de succès, les deux candidats disent qu’une fois président, ils feront une guerre plus importante en Afghanistan et même au Pakistan.

Afghanistan : le deuxième front

En Afghanistan, les Américains ont été confrontés à une insurrection croissante des talibans et de leurs alliés. Depuis 2006, les talibans basés au cœur du pays pashtoun au sud des montagnes de l’Hindu Kuch, ont étendu leur insurrection à l’ouest, au nord et au nord-ouest du pays, où ils ont obtenu l’appui d’autres minorités ethniques qui ne les soutenaient pas auparavant.

Au fur et à mesure que leurs forces augmentaient, les insurgés talibans ont pu aller au-delà de la tactique classique de l’attaque éclair de la guérilla et soutenir des combats importants avec des centaines et même des milliers de combattants. Cet été, les talibans ont mené une de leurs attaques les plus spectaculaires. En juillet, une importante force de combattants talibans a lancé une attaque audacieuse sur une base américaine éloignée dans la province de Kunar, près de la frontière pakistanaise. Neuf soldats américains ont été tués. Cette attaque suivait une autre tentative audacieuse de menacer une grande ville du sud, Kandahar. Les officiers de l’OTAN en Afghanistan ont commencé à comparer l’intensité des combats à ceux de la guerre de Corée.

L’insurrection a pu atteindre les faubourgs de la capitale, Kaboul. En raison de l’importante concentration de troupes étrangères à Kaboul, il est douteux que l’insurrection puisse rapidement la conquérir. Mais les talibans ont pu organiser plusieurs attaques démontrant ce dont ils étaient capables dans la ville, y compris le bombardement de l’ambassade indienne et l’attaque d’une tribune de revue de troupes dans laquelle était assis le président Karzaï.

Les Américains et leurs alliés de l’OTAN ont répondu à la poussée des talibans en renforçant les effectifs militaires. Les Américains sont passés de 20 000 à 33 000 soldats en deux ans et les autres pays de l’OTAN ont augmenté leurs effectifs de 20 000 à 37 000. Néanmoins, pour l’occupation militaire d’un pays de la taille de l’Afghanistan, cette force serait loin d’être suffisante. Il suffit de comparer avec l’Irak où il y a eu près de 200 000 soldats américains pendant le sursaut. De plus, l’Afghanistan est un pays dont la superficie est de 50 % supérieure à celle de l’Irak, et dont la population compte cinq millions d’habitants de plus. D’autres facteurs, comme le terrain beaucoup plus accidenté de l’Afghanistan avec une population rurale disséminée, posent aussi de gros problèmes aux Américains affrontant la montée en puissance de l’insurrection des talibans.

Comme d’habitude, les Américains et l’OTAN ont compensé leur faiblesse militaire sur le terrain en intensifiant la guerre dans les airs. En 2006, les frappes aériennes américaines et les bombardements ont été dix fois plus nombreux que l’année précédente. En 2007, les frappes aériennes ont presque doublé de nouveau. En même temps, les forces américaines et de l’OTAN ont intensifié les fouilles et les rafles de maison en maison sur une grande échelle.

Ces interventions brutales ont eu le résultat habituel. Au cours des quinze derniers mois, plus de civils ont été tués que pendant les quatre années précédentes. Et cela a fortement accru la colère et la haine des populations afghanes contre les forces d’occupation américaines et de l’OTAN – fournissant un réservoir grandissant de recrues pour l’insurrection talibane.

Un fief des Etats-Unis

La haine générale envers le gouvernement afghan, extrêmement corrompu et faible, dirigé par Hamid Karzaï, le président choisi par les Américains, a aussi contribué au renforcement des talibans. La plupart des ministères de Karzaï sont tenus par des seigneurs de guerre qui ont découpé le pays en fiefs privés. Son gouvernement, comme les talibans dans leurs zones, impose la charia, la loi islamique fondamentaliste. La cour suprême de Karzaï est un héritage direct des talibans.

Le gouvernement afghan n’est que la marionnette des États-Unis. Les principales décisions sur la marche du pays, à commencer par les finances du gouvernement, émanent ouvertement d’institutions basées à Washington. Les Américains décident qui dirige le pays, ce qu’est le budget du gouvernement et comment il est dépensé. « L'équivalent le plus proche, ce sont ces parties de l’Afrique coloniale où les États européens suscitaient des chefs auxquels ils attribuaient une autorité presque autocratique sur leurs sujets, mais dont le pouvoir n’était jamais assez grand pour aller contre les buts politiques de leurs protecteurs étrangers », écrivent Atiq Sarwari et Robert Cruise, deux spécialistes de l’Afghanistan vivant aux États-Unis.

Les États-Unis et le gouvernement Karzaï ont réussi à rendre l’Afghanistan, déjà un des pays les plus pauvres de la planète avant qu’ils s’en emparent, encore plus pauvre. L’Afghanistan est maintenant classé par les Nations Unies comme le cinquième pays le moins avancé du monde, perdant une place par rapport à 2004. Au moins la moitié de l’économie repose de nouveau sur la production de l’opium. En d’autres termes, l’Afghanistan est maintenant une économie de monoculture, avec deux plaies qui s’additionnent, une addiction à l’héroïne qui grimpe en flèche et le sida. Bien sûr, tout comme dans les autres États clients des États-Unis, tels la Colombie et le Mexique, des personnalités importantes du gouvernement afghan profitent beaucoup du trafic de drogue, tandis que les efforts américains pour éradiquer la drogue ne sont qu’une couverture pour mener la guerre non seulement contre les insurgés, mais surtout contre l’ensemble de la population. L’autre moteur économique principal est le commerce des armes, étant donné l’énorme présence militaire dans le pays.

Il n’y a aucune aide pour la population. Washington dépense environ 36 milliards de dollars par an pour cette guerre. Seuls cinq centimes par dollar sont actuellement réservés à l’aide et c’est à peine un centime qui arrive jusqu’à la population, alors que 40 % de cette aide sont absorbés par les profits et les salaires. C’est pourquoi la plupart des gens ne voient dans les organisations d’aide qu’un mécanisme pour obtenir de l’argent qui ne sert qu’à payer leur propre fonctionnement.

Kaboul elle-même est dans un état lamentable. Il y a l’électricité et l’eau courante au centre de la ville où résident le gouvernement, les bureaux des autorités militaires américaines et internationales et diverses organisations d’aide avec les habitations et les commerces pour leur personnel. Mais les Afghans pauvres vivent dans des cages à lapins délabrées, sans électricité et souvent sans accès à l’eau potable. Kaboul, ville construite pour 800 000 personnes, en abrite maintenant plus de quatre millions, pour la plupart entassées dans des constructions de fortune et dans des taudis de squatters. Il y a d’énormes cratères de bombes dus à des décennies de guerre.

Les conditions de vie sont déplorables. On estime le chômage à 80 % dans certaines parties du pays. Plus de 42 % de la population afghane vit dans une extrême pauvreté et le revenu moyen d’une famille afghane est d’environ 10 dollars par mois. Étant donné la hausse vertigineuse des prix de la nourriture et du pétrole cette année, la moitié de la population est incapable d’acheter la nourriture nécessaire pour garantir un niveau de santé minimum, selon l’institut Brookings. On rapporte que des parents vendent leurs enfants simplement pour joindre les deux bouts. Au printemps dernier, dans un district d’une province du Sud, les choses allaient si mal que les villageois ont commencé à manger de l’herbe. Oxfam a prévenu que cet hiver la faim pourrait tuer jusqu’à 80 % de la population dans certaines provinces du nord frappées d’une très sévère sécheresse.

La situation des femmes est particulièrement terrible. Après la Sierra Leone, l’Afghanistan a le plus haut taux de mortalité maternelle du monde.

Pris au piège

Habituellement, la presse explique le renforcement des talibans par l’aide étrangère – des djihadistes étrangers, de leurs soutiens au Pakistan et dans d’autres pays – et leur implication dans le commerce de l’opium. Néanmoins, ces facteurs seuls n’auraient pu faire des talibans autre chose que des pillards transfrontaliers. La guerre américaine, la répression et les conditions économiques et sociales absolument barbares, voilà ce qui, plus que tout, a poussé la population afghane vers les talibans, renforçant le soutien qu’ils ont dans le pays.

Ce renforcement se traduit aussi dans le fait que l’insurrection talibane attire cette catégorie de seigneurs de guerre qui ont une longue histoire de changement de camp dans leur quête du pouvoir. Cela inclut les forces de Gulbuddin Hekmatyar et de Jalaluddin Haqqani, et de son fils Sirajuddin. Hekmatyar, par exemple, est un ancien favori de la CIA. Quand il a perdu le pouvoir au début des années quatre-vingt-dix, il a bombardé la ville de Kaboul pendant quatre ans.

En d’autres termes, la population afghane est prise au piège, entre la dictature de l’impérialisme américain, avec le gouvernement vénal et corrompu de Karzaï, et les talibans, qui sans aucun doute imposeraient la même sorte de régime despotique qu’auparavant.

Une guerre qui s’étend

En intensifiant la guerre en Afghanistan, les militaires américains ont traversé la poreuse frontière vers les zones tribales du Pakistan voisin. Leurs attaques contre les zones tribales ont commencé par des attaques aériennes avec des hélicoptères, des missiles, des avions et des drones. Cet été, des unités de commando américaines ont organisé au Pakistan des raids et des assassinats. En juillet, l’administration Bush a confirmé qu’elle avait donné le feu vert à l’armée pour entrer au Pakistan.

Avec l’utilisation par l’impérialisme américain des mêmes méthodes au Pakistan qu’en Afghanistan, on risque d’obtenir le même résultat. En assassinant des civils, en leur infligeant la destruction gratuite de leurs villages, en en forçant des centaines de milliers d’entre eux à devenir des réfugiés, les incursions impérialistes américaines au Pakistan ne peuvent que provoquer plus de haine. Au lieu d’affaiblir l’insurrection, l’impérialisme américain risque fort de la propager – tout d’abord dans les zones tribales à la frontière de l’Afghanistan, puis dans d’autres régions du Pakistan.

Le Pakistan est déjà un baril de poudre. Le régime pakistanais despotique et corrompu, qui a été un des principaux bastions du soutien à l’impérialisme américain en Asie centrale pendant au moins les trois dernières décennies, est devenu de plus en plus parasitaire, imposant une pauvreté grandissante, une économie et des infrastructures en ruine à la grande masse des pauvres. Les attaques américaines sur les régions frontalières du Pakistan risquent de discréditer ce régime encore plus, rendant furieuses d’autres parties de la population, donc augmentant les risques d’une plus grande explosion sociale et d’une guerre plus importante au Pakistan, un pays de 170 millions d’habitants.

Cette extension de la guerre, de l’Irak à l’Afghanistan et à des parties du Pakistan, rappelle ce que les Américains ont fait, dans des circonstances historiques différentes, en Asie du Sud-est, il y a quarante ans. En poursuivant le Front de libération national vietnamien dans les pays voisins, le Laos et le Cambodge, l’impérialisme américain n’a fait que semer la guerre et la destruction.

Les États-unis ne sont pas au bout de leurs guerres au Moyen-Orient et en Asie centrale. Les guerres s’étendent. Tout comme la bourgeoisie américaine entraîne le monde dans la plus grande crise économique et financière depuis la Grande Dépression, elle alimente, au Moyen-Orient et en Asie centrale, une guerre régionale qui pourrait se généraliser.

Class Struggle - The Spark
15/10/2008
Publié et traduit par Union Communiste Internationaliste.

Le terrorisme, une arme de propagande (7)

Bombay, la piste pakistanaise, ContreInfo.
Une fois de plus, les enquêtes ont abouti à un lien entre les auteurs de ces attentats et le Pakistan. Les terroristes à l’œuvre aujourd’hui auraient débarqué à proximité de la « Porte de l’Inde » [Bombay] en canots pneumatiques. Leur équipement, leur entraînement et la sophistication de leurs plans, ainsi que l’identité d’un suspect arrêté à Chowpatty, tendraient à indiquer un lien avec le Pakistan.
Commentaires : Une fois de plus, les autorités indiennes ont accusé le Pakistan avant de faire la moindre enquête et d'apporter la moindre preuve. Curieusement d'ailleurs l'auteur de l'article utilise le mode affirmatif ("les enquêtes ont abouti à un lien entre les auteurs de ces attentats et le Pakistan") puis conditionnel ("tendraient à indiquer un lien avec le Pakistan").

L’ISI est réputée créer des problèmes à son propre gouvernement par des actions visant à faire avancer ses intérêts. Par conséquent, la possibilité que des éléments incontrôlés de l’ISI et des éléments djihadistes du Pakistan aient conspiré en vue de créer des tensions entre New Delhi et Islamabad ne peut pas être exclue. Cela autoriserait l’ISI à garder la haute main sur la politique du Pakistan en direction de l’Inde et lui permettrait d’affirmer à Washington que l’accroissement de la tension avec l’Inde interdit à Islamabad de jouer un rôle plus efficace sur son front ouest [ndlr : dans les zones tribales bordant l’Afghanistan].
Commentaires : C'est effectivement une hypothèse, mais en ce cas pourquoi accuser le gouvernement pakistanais ?

Alors que tous les éléments de preuve convergent vers une implication d’éléments pakistanais dans ces actes de terreur, New Delhi devrait cependant prendre garde à ne pas tomber dans le piège de la création tensions majeures entre l’Inde et le Pakistan, alors qu’un nouveau président s’installe à Washington et que l’Inde va tenir des élections générales dans les mois à venir. Le pays espère ce que les deux principaux partis politiques se réuniront pour formuler une stratégie commune pour contrecarrer la tentative des djihadistes de créer un « choc des civilisation » dans ce pays.
Commentaires : Les autorités indiennes n'ont apporté aucune preuve ! L'Inde attribue invariablement la responsabilité de ses problèmes internes au Pakistan - "la main de l'étranger". Or, il semble - selon les première dépêches d'agences - que le groupe, responsables des attentats soit indien (manipulé par qui ?).


Les médias dominants présente l'Inde comme "la plus grande démocratie du monde" sans rien dire de la politique du Parti national du Congrès (Indian National Congress) ni du BJP (Bharatiya Janata Party), dont le slogan est Hindu, hindi, hindoustani (Un peuple, une langue, un pays). Tout un programme !

Les marchands d'armes sont partie prenante du conflit qui oppose l'Inde au Pakistan depuis plus de 50 ans. Durant la décennie 1990
• le Pakistan a reçu 33% de ses équipements militaires de la Chine, 25% de l'Ukraine, 15% de la France, 9% du Royaume-Uni, 8% des États-Unis et 7% de l'Italie ;
• l'Inde a reçu 72% de ses équipements militaires de la Russie, 8% des Pays-Bas, 5% de l'Allemagne, 4% du Royaume-Uni et 3% de la France.

Source : BIARNÈS Pierre, Pour l'empire du monde - Les Américains aux frontières de la Russie et de la Chine, Ellipses, 2003 in Dossier Géopolitique.

Notons que la Chine est relativement silencieuse et prêche la modération entre les deux puissances nucléaires alors la Russie défend plutôt l'Inde, son client, et réaffirme sa participation à la croisade de Bush contre "le terrorisme islamique".

L'Inde face au terrorisme : se doter d'une stratégie efficace, RIA Novosti.
Le schéma de ce qui s'est passé dans la ville-clef indienne de Mumbai (anciennement Bombay) est à peu près clair : un méga acte de terrorisme perpétré par un groupe de kamikazes plus nombreux qu'à l'habitude et bien entraînés. Il avait pour sens et pour but immédiats de réaliser une démonstration de force, de semer la terreur, de démoraliser les autorités et la société indiennes. Cet attentat a été conçu concrètement selon le schéma de la guérilla urbaine, plusieurs cibles ayant été attaquées simultanément. Il est donc clair qu'il était fait pour réussir dans un premier temps, même si la plupart des assaillants étaient d'avance condamnés à périr ou à être fait prisonniers dans les vingt-quatre ou quarante-huit heures suivantes. Les organisateurs comprenaient, naturellement, que leur organisation des Moudjahiddines du Deccan (les Moudjahiddines indiens), encore inconnue hors de l'Inde, allait rapidement devenir plus visible, que le nom d'un nouveau Ben Laden serait révélé au monde. C'était également dans leurs intentions.

[...]

On ne peut échapper à la comparaison avec le 11 septembre 2001 et avec la manière dont l'Amérique a réagi à ce défi. Elle a pris des mesures tout à fait efficaces à l'intérieur du pays, qui ont exigé des dépenses colossales. L'Afghanistan, pays d'où émanait la menace, a été attaqué et son régime renversé. Mais, par la suite, le pays possédant l'armée la plus puissante au monde a manqué de ressources pour maintenir sous son contrôle absolu l'Afghanistan ainsi que les territoires du Pakistan y attenant. Cela n'aurait d'ailleurs rien d'étonnant si nous apprenions que l'attentat de Mumbai a été en partie préparé dans ce pays.

Ce qu'ont fait ensuite les Etats-Unis avec leurs alliés et leurs partenaires n'a qu'un rapport ténu avec la lutte antiterroriste. Surfant sur la vague de sympathie mondiale à leur égard, les Etats-Unis ont tenté de se servir de la lutte antiterroriste pour parvenir à des buts d'un tout autre ordre : affirmer leur domination globale. Après l'invasion de l'Irak, qui n'avait rien à voir avec le terrorisme, ils ont lancé l'élaboration d'un programme d'américanisation de fait de l'ensemble du monde musulman. Pour rien. En fin de compte, nous avons le déclin de l'Amérique (avec ou sans crise), un changement de leadership mondial. Quant au terrorisme, au terrorisme islamique en premier lieu, il est toujours là.

[...]

La coalition antiterroriste mondiale, ce capital que les Etats-Unis ont gaspillé avec une telle incompétence, peut tout à fait renaître maintenant sur de nouvelles bases. En 2001 d'ailleurs, les Indiens avaient tenté de rappeler au monde que New York n'était pas la seule cible visée par les menaces et que les racines du Mal mondial se situaient justement aux confins de leur pays, mais ils n'avaient pas été entendus. Il est possible qu'il en soit autrement aujourd'hui. Notons, à ce propos, que le programme de la visite en Inde que le président russe Dmitri Medvedev devrait effectuer dans les premiers jours de décembre sera quelque peu modifié, à moins que celle-ci ne soit annulée.

Interview complète de Christophe Jaffrelot

Que sait-on sur les Moudjahidin du Deccan, le groupe qui a revendiqué les attaques ayant ensanglanté Bombay mercredi 26 novembre ?

- On ne sait pas grand chose à leur sujet. Ils tirent leur nom de la région du Deccan, un plateau situé au centre de l’Inde. Mais on peut supputer qu’ils sont liés – ou qu’ils ressemblent – au groupe des Moudjahidin indiens. Ces derniers revendiquent depuis un an des attentats quasi mensuels sur le territoire indien : ce sont eux qui ont frappé à New-Delhi en septembre, à Ahmedabad en juillet, à Jaipur en mai etc., chaque fois faisant plusieurs dizaines de victimes. A la différence des autres groupes, les Moudjahidin indiens revendiquent leurs attentats, au risque d’être reconnus.

Et à chaque fois qu’ils l’ont été – ou presque –, il s’est avéré qu’il s’agissait d’Indiens nés en Inde, assez éduqués, et ayant un lien plus ou moins direct avec le SIMI, le Mouvement étudiant islamique d’Inde, une organisation qui a été interdite après avoir fait l’apologie de Ben Laden. Le SIMI est un mouvement qui a été initié aux techniques terroristes par des mouvements pakistanais – notamment le Lakshar-e-Taiba – et dont les premiers attentats, au début des années 2000, ont été menés conjointement avec ce mouvement pakistanais ou d’autres – éventuellement issus du Bangladesh. Mais, depuis 2007, il semble que ces groupes indiens se soient émancipés des Pakistanais pour mener leurs propres opérations, ce qui n’exclut pas la poursuite d’une collaboration.

Que sait-on de leurs revendications ?

- Les Moudjahidin du Deccan réclament la libération des combattants islamiques et demandent que les musulmans d’Inde puissent vivre en paix. Cela rappelle la démarche des Moudjahidin indiens qui signent chaque fois leurs actes par une lettre assez longue, dans laquelle ils disent se venger des Hindous, et notamment du massacre perpétré en 2002 au Gujarat, au cours duquel quelque 2000 musulmans avaient été tués. On peut donc comprendre ces attaques de Bombay comme de nouvelles représailles et un appel aux autorités indiennes pour qu’elles fassent justice aux musulmans alors que les "bourreaux" du Gujarat n’ont toujours pas été punis. Cet aspect est très important, car on est loin d’un mouvement djihadiste panislamique voulant faire de l’Inde une terre de l’islam. Ce ne sont pas des talibans, ils ne veulent pas établir la charia dans le pays. Ce qui se passe à Bombay semble plutôt relever d’une configuration nationale, indienne, ayant pour toile de fond le face à face entre hindous et musulmans que les hindous ont eux-mêmes envenimé.

A cet égard, la balle est dans le camp du gouvernement indien depuis longtemps déjà. Car il est vrai que les musulmans sont victimes de discrimination en Inde, que cet Etat qui est censé, selon sa constitution, traiter également hindous, musulmans et toutes les autres religions en vertu du "sécularisme" officiel, est loin d’être juste, en réalité, à l’égard des musulmans. Un véritable conflit social, entre des communautés dont le critère de distinction est la religion, sert de contexte à ces violences.

Mais pourquoi ce mode opératoire ? Pourquoi s’attaquer par le biais de commandos militaires à des cibles notamment touristiques ?

- C’est en effet un mode opératoire inédit. Auparavant, les Moudjahidin indiens perpétraient des attentats à la bombe, anonymes. Dans le cas présent, ils ont aussi frappé aveuglément, mais via une opération militaire et surtout ils ont innové en cherchant à faire des otages, notamment Occidentaux. Pourquoi ? A mon sens, ils cherchaient, après avoir mené pendant des années des attentats contre des Indiens sans que le sort des musulmans ne change, une couverture médiatique maximale à l’international. Et ils l’ont eu. Il est même troublant de constater, comme au moment du tsunami de 2004 d’ailleurs, à quel point la mort d’Occidentaux est médiatisée comparée à celle d’Indiens ou d’autres nationalités – car les attentats de Bombay de 2006 avaient fait plus de morts, mais peu de journaux Européens en avaient parlé.

Si ce sont, selon votre hypothèse, des Indiens qui sont derrière ces attaques, pourquoi l’Inde s’est-elle empressée d’accuser le Pakistan ?

- L’Inde a du mal à admettre qu’elle n’a pas été capable de régler la question nationale, 60 ans après l’indépendance de 1947. Il est plus simple d’attribuer ses malheurs aux étrangers, à commencer par le Pakistan, parfait bouc-émissaire, que de balayer devant sa porte. C’est une stratégie très ancienne. Depuis novembre 2007, on s’est aperçu que les attentats avaient à chaque fois été perpétrés par des Indiens mais nul n’en tire vraiment les conséquences.

Certes, le Premier ministre a nommé une Commission chargé d’enquêter sur la condition socio-économique des Musulmans. Cette Commission a rendu son rapport il y a deux ans. On y constate que les Musulmans connaissent un retard croissant en termes éducatifs et économiques, mais le gouvernement n’a pris aucune mesure. Il est vrai qu’il est soumis aux pressions des nationalistes hindous, toujours prompts à dénoncer le moindre "favoritisme" en faveur des minorités. Le Premier ministre Manmohan Singh est coincé, en quelque sorte, à quelques mois d’élections générales importantes alors qu’il est déjà acculé à la défensive par les échecs de l’Etat sur le terrain. Car les autorités ont bel et bien failli sur le terrain du renseignement : l’Inde n’a pas l’expertise qu’elle devrait avoir pour faire face à la mouvance islamiste. Comment se fait-il que le chef de la police de Bombay se soit fait tuer dès le début d’une opération où il n’aurait pas dû se trouver en première ligne ? Ceci dit, cela n’exclut pas une aide logistique venue des groupes pakistanais.

En accusant ainsi le Pakistan, au moment même où les relations entre les deux pays se réchauffent, l’Inde ne prend-elle pas un gros risque diplomatique ?

- Je ne pense pas que cela aura de graves conséquences immédiates. Le président pakistanais Asif Ali Zardari fait tout pour donner des gages de bonne volonté. Il a tenu des discours très courageux, notamment en qualifiant de "terroristes" les séparatistes du Cachemire indien. On n’avait jamais entendu cela auparavant. Il cherche ainsi à montrer à Barack Obama, très méfiant à l’égard du Pakistan qu’il estime être la cause de tous les maux de la région, qu’il peut compter sur lui. Toutefois la réaction indienne aux attaques de Bombay donne un coup de froid aux relations entre les deux voisins.

Interview de Christophe Jaffrelot par Sarah Halifa-Legrand
27/11/2008
Publié par NouvelObs.


Lire aussi :
• Résumé des accusations des autorités indiennes, NouvelObs.
• Interview de Max-Jean Zins, L'Express.
• Interview de Christophe Jaffrelot (audio), RFI.
• "On peut craindre des représailles de nationalistes hindous", Le Monde.
• La peur de la vengeance hindoue, Ouest-France.

• Christophe Jaffrelot, Wikipédia.
• Christophe Jaffrelot, CERI.
• Christophe Jaffrelot, BiblioMonde.
• Christophe Jaffrelot, Cultures & Conflits.
• Comment la guerre en Afghanistan change-t-elle la donne entre le Pakistan, l'Inde et les Etats-Unis ?, Diploweb.

• Inde, Yahoo! Actualités.
• Inde, Alvinet Actualité.
• Pakistan, Yahoo! Actualités.
• Pakistan, Alvinet Actualité.

JAFFRELOT Christophe, Les émeutes entre hindous et musulmans I, Cultures & Conflits.
A la différence des violences ponctuelles opposant des hindous à des sikhs ou à des chrétiens, les émeutes entre hindous et musulmans constituent une donnée ancienne, voire structurelle de l'univers social et politique indien. Certains récits de voyageurs en apportent d'ailleurs le témoignage dès le XIVème siècle.

JAFFRELOT Christophe, Les émeutes entre hindous et musulmans II, Cultures & Conflits.
Si le caractère très ancien et les facteurs religieux des émeutes entre hindous et musulmans ont pu accréditer une interprétation culturaliste du phénomène, cette analyse s'est rapidement trouvée relayée par une approche économiciste et microsociologique mettant l'accent sur les rivalités socio-économiques locales comme ressort des violences. Cette lecture, sans doute pertinente dans les années 1960-1970, ne permet guère de rendre compte des émeutes de la dernière décennie qui s'expliquent d'abord dans une perspective politique. Le " complexe d'infériorité majoritaire " des hindous face à une communauté musulmane perçue comme adossée à une internationale islamique et favorisée par le pouvoir a en effet été exploitée par des groupes nationalistes hindous, notamment dans de] contextes préélectoraux : l'institution hindoue que constitue la procession s'est par exemple trouvée politisée et transformée en démonstration de force à l'origine de nombreuses émeutes. Par ailleurs, les pouvoirs locaux ou régionaux ont davantage tendu à gérer ces tensions au mieux de leurs intérêts, surtout dans les zones où l'Etat de droit était déjà en déclin. Les violences des dernières années suggèrent donc un modèle politico-idéologique où l'émeute se situe au carrefour de facteurs internationaux (l'impact du " panislamisme ") nationaux (la propagande nationaliste hindoue) et locaux (le degré de criminalisation de la politique).

JAFFRELOT Christophe, Les pièges de l'instrumentalisme... et de la répression, Cultures & Conflits.
La scène publique de l'Inde est dominée depuis la fin des années 1980 par un conflit entre Hindous et Musulmans dont l'objet est le site d'Ayodhya, lieu saint pour les Hindous qui souhaiteraient y édifier un temple à la place de la mosquée. Ce conflit ne saurait se résumer exclusivement, loin s'en faut, à un affrontement religieux, où le facteur "culturel" serait seul en mesure d'expliquer son existence. Toutefois les succès électoraux des mouvements nationalistes hindous, en 1990 et 1991, et notamment ceux du BJP, parti du peuple indien, s'expliquent en partie par leur "stratégie instrumentaliste" centrée autour du conflit et de l'enjeu d'Ayodhya. Cette stratégie qui impliquait que le BJP poursuive ses efforts de mobilisation est entrée en contradiction avec son aspiration à devenir un parti de gouvernement susceptible de conquérir le pouvoir central. La crise de décembre 1992, provoquée par la destruction de la mosquée, a révélé les limites de cette stratégie même si au demeurant la répression orchestrée par New Delhi les a transformé en victimes.

GAYER Laurent et JAFFRELOT Christophe, Milices armées d'Asie du Sud, Presses de Sciences Po, 2008, BiblioMonde.
Le nombre de victimes de guerres civiles, guérillas ou répressions militaires ne cesse d'augmenter dans le sous-continent indien, malgré l’absence de guerres interétatiques depuis dix ans. Ces conflits impliquent des milices au style paramilitaire, dont cet ouvrage dévoile l’idéologie, la sociologie et les stratégies.

Très influentes en Inde et au Népal, les organisations maoïstes se disent révolutionnaires. Mais le peuple qu’elles aspirent à libérer se compose souvent de basses castes et de tribus, si bien que leur guérilla apparaît plus ethnique qu’universaliste.

Elles rejoignent en cela les mouvements d’émancipation nationale dont la vocation est d’obtenir l’indépendance politique de communautés linguistiques, religieuses ou tribales. Mais, au Sri Lanka, au Cachemire ou en Birmanie, ces groupes sont aussi des mouvements d’oppression nationale.

C’est encore le cas des mouvements nationalistes ou religieux en Inde, au Pakistan et au Bangladesh, où les milices islamistes, nationalistes hindoues ou sikhes exercent un contrôle brutal sur leur communauté au moyen d’une véritable police culturelle.

Milices et États entretiennent des relations complexes. Parfois en passe de devenir de véritables États dans l’État, les milices sont également instrumentalisées par les puissances publiques pour relayer leur autorité au niveau local.

Interview de Christophe Jaffrelot

Extraits

Si ce sont, selon votre hypothèse, des Indiens qui sont derrière ces attaques, pourquoi l’Inde s’est-elle empressée d’accuser le Pakistan ?

- L’Inde a du mal à admettre qu’elle n’a pas été capable de régler la question nationale, 60 ans après l’indépendance de 1947. Il est plus simple d’attribuer ses malheurs aux étrangers, à commencer par le Pakistan, parfait bouc-émissaire, que de balayer devant sa porte. C’est une stratégie très ancienne. Depuis novembre 2007, on s’est aperçu que les attentats avaient à chaque fois été perpétrés par des Indiens mais nul n’en tire vraiment les conséquences.
Certes, le Premier ministre a nommé une Commission chargé d’enquêter sur la condition socio-économique des Musulmans. Cette Commission a rendu son rapport il y a deux ans. On y constate que les Musulmans connaissent un retard croissant en termes éducatifs et économiques, mais le gouvernement n’a pris aucune mesure. Il est vrai qu’il est soumis aux pressions des nationalistes hindous, toujours prompts à dénoncer le moindre "favoritisme" en faveur des minorités. Le Premier ministre Manmohan Singh est coincé, en quelque sorte, à quelques mois d’élections générales importantes alors qu’il est déjà acculé à la défensive par les échecs de l’Etat sur le terrain. Car les autorités ont bel et bien failli sur le terrain du renseignement : l’Inde n’a pas l’expertise qu’elle devrait avoir pour faire face à la mouvance islamiste. Comment se fait-il que le chef de la police de Bombay se soit fait tuer dès le début d’une opération où il n’aurait pas dû se trouver en première ligne ? Ceci dit, cela n’exclut pas une aide logistique venue des groupes pakistanais.

En accusant ainsi le Pakistan, au moment même où les relations entre les deux pays se réchauffent, l’Inde ne prend-elle pas un gros risque diplomatique ?

- Je ne pense pas que cela aura de graves conséquences immédiates. Le président pakistanais Asif Ali Zardari fait tout pour donner des gages de bonne volonté. Il a tenu des discours très courageux, notamment en qualifiant de "terroristes" les séparatistes du Cachemire indien. On n’avait jamais entendu cela auparavant. Il cherche ainsi à montrer à Barack Obama, très méfiant à l’égard du Pakistan qu’il estime être la cause de tous les maux de la région, qu’il peut compter sur lui. Toutefois la réaction indienne aux attaques de Bombay donne un coup de froid aux relations entre les deux voisins.

Interview de Christophe Jaffrelot par Sarah Halifa-Legrand
27/11/2008
Publié par NouvelObs.


Lire aussi :
• Christophe Jaffrelot, Wikipédia.
• Christophe Jaffrelot, CERI.
• Christophe Jaffrelot, BiblioMonde.
• Comment la guerre en Afghanistan change-t-elle la donne entre le Pakistan, l'Inde et les Etats-Unis ?, Diploweb.
• Inde, Yahoo! Actualités.
• Inde, Alvinet Actualité.
• Pakistan, Yahoo! Actualités.
• Pakistan, Alvinet Actualité.

1 décembre 2008

Le terrorisme, une arme de propagande (6)

Pour que les choses soient claires :
1) Aucune cause ne justifie la prise en otage, la séquestration ni l'assassinat de civils.
2) Il règne un dramatique "deux poids deux mesures" sur l'emploi du mot "terrorisme" :
• Des Palestiniens tuent des civils israéliens, c'est du terrorisme. L'armée israélienne tue des civils palestiniens, c'est de la légitime défense.
• Des Afghans tuent des militaires américains, c'est du terrorisme. L'armée américaine tue des civils afghans, c'est une bavure.
3) La résistance est toujours qualifiée de terrorisme par l'occupant pour légitimer à la fois l'occupation et la répression.

Le blog Planète Asie titre "Les attaques de Bombay ou le 11-septembre indien". Comme d'autres médias, Le Monde diplomatique reprend les affirmations des services de renseignement britanniques. Ce média, lui aussi, sombrerait-il dans la manipulation du mot terrorisme ?
La troisième partie de l'article contredit le titre racoleur.
Mais l’échec le plus patent du pouvoir indien reste l’incessante discrimination contre les musulmans, la minorité la plus importante en Inde (près de 13,4 % de la population). Le rapport gouvernemental du comité Sachar publié en novembre 2006 affirme qu’ils arrivent quasi systématiquement en queue de peloton, quand on examine la plupart des indicateurs du développement humain. Les musulmans pauvres sont plus pauvres que les Hindous pauvres — même souvent derrière les hors castes. Ils sont moins éduqués et moins représentés dans le gouvernement, la fonction publique, etc. Ils sont la cible de manifestations de violence systématiquement fomentées par la droite hindoue ; ils sont souvent mal indemnisés quand procès il y a, et leurs bourreaux sont rarement arrêtés. Un processus de ghettoïsation est en train de détruire progressivement les anciens modes de vie et de relations entre les deux communautés. Il en résulte que les jeunes musulmans sont de plus en plus — et dangereusement — marginalisés.

Il faut également songer à la situation au Jammu-et-Cachemire. Les musulmans qui vivent majoritairement dans la vallée du Cachemire font l’objet d’attaques, de mauvais traitements, d’arrestations arbitraires et même de disparitions. Ils ont récemment organisé un mouvement de résistance menant une sorte d’intifada pacifique. Un des terroristes présents au Centre culturel juif, qui s’est exprimé à la télévision indienne via son portable, avait un accent cachemiri ; il a parlé des « mauvais traitements » infligés aux musulmans du Jammu-et-Cachemire.

Rien que depuis le début de l’année 2008, l’Inde a connu des attentats à Assam (le 30 octobre, une série d’explosions tuant plus de 64 personnes et en blessant des centaines), Delhi (le 13 puis le 30 septembre, 19 morts), Ahmedabad (le 26 juillet, 22 petites bombes ont tué 49 personnes), Bangalore (25 juillet, 7 bombes, 2 morts) et Jaipur (le 13 mai, 7 bombes ont tué 63 personnes) [3]. Ces explosions, ainsi que d’autres, étaient coordonnées dans le temps mais leur portée se limitait, au plan logistique, à la pose de petites charges explosives dans des poubelles, dans des lieux publics très fréquentés, souvent touristiques comme à Jaipur.

A partir du peu d’informations disponibles jusqu’à présent, ces attentats semblaient le fait de groupes autochtones, parfois pour des raisons locales. Assam, par exemple, compte une forte minorité de ressortissants du Bangladesh et un mouvement séparatiste. Et l’Etat du Maharashtra, dont Bombay est la capitale, abrite un mouvement puissant lié à la droite hindoue, dont l’objectif est de chasser les travailleurs immigrés venus du nord de l’Inde (en particulier de Bihar).

Toutefois, dans la plupart des cas, ce sont les musulmans qui sont soupçonnés d’être les auteurs des attentats. Et non plus des terroristes soupçonnés d’être manipulés par les services de renseignements de l’ISI, en liaison avec la guerre entre l’Inde et le Pakistan pour le partage du Cachemire. Cette année ont émergé des groupes islamistes autochtones tels que le Students Islamic Movement of India (SIMI) et le prétendu Mouvement des moudjahidines indiens, qui ont suscité une inquiétude croissante.

Il est impossible de dire actuellement s’il existe des liens entre ces mouvements et les « moudjahidines du Deccan ». Mais l’Inde, la plus grande démocratie séculaire, a noué des liens des plus en plus étroits avec les pays occidentaux — ce qu’elle n’avait pas fait dans le cadre de son Congrès des pères fondateurs. Cela peut suffire à en faire une cible pour les réseaux djihadistes internationaux. Elle est également présente en Afghanistan et les talibans, qui ont déjà attaqués l’ambassade indienne à Kaboul, ont laissé entendre qu’elle serait désormais une cible. Cependant, qu’il soit ou non prouvé que des agents extérieurs ont pris part aux attentats de Mumbai —qui ne sont que les dernières en date des atrocités subies par l’Inde, même si celles-ci ont bénéficié d’une plus grande attention internationale —, l’Inde doit affronter un problème bien réel avec sa propre minorité musulmane.

Planète Asie.


Il est intéressant de noter plusieurs faits :
• Le ministre indien de l’Intérieur, Shivraj Patil, a démissionné dimanche, RFI.
Il a indiqué qu'il se sentait dans l'obligation d'assumer la « responsabilité morale » de ces attaques qui ont fait 172 morts, selon un nouveau bilan revu à la baisse. Peu après, le conseiller à la sécurité nationale indienne a démissionné à son tour, selon des chaînes de télévision indiennes.

• La classe politique indienne est mise en cause après les attentats de Bombay, Reuters - Yahoo! Actualités.
Beaucoup reprochent aux membres du parti du Congrès aux commandes d'avoir été incapables de prévenir les attentats, tandis que d'autres reprochent au BJP de chercher à en tirer un bénéfice électoral, à l'approche des échéances législatives de mai.
[...]
"Nous sommes lassés des politiciens qui exploitent le terrorisme pour engranger des voix. Nous sommes lassés de leur incompétence. A nos yeux, ce sont tous les mêmes", tranche l'éditorialiste de l'Hindustan Times.

• Attentats de Bombay : le Pakistan attend des preuves tangibles, RIA Novosti.
Le Pakistan est disposé à coopérer avec l'Inde en matière d'arrestation des personnes impliquées dans les attentats de Mumbai (Bombay) et attend les preuves appropriées, a déclaré lundi le président pakistanais Asif Ali Zardari.
"Une fois ces preuves contre des personnes concrètes reçues, nous procèderons à toutes les mesures nécessaires", a-t-il indiqué dans une interview à la chaîne CNN-IBN.


Attentats de Bombay : l'information mutualisée, Media trend.
Alain Joannes sur son blog Journalistiques adopte une position radicalement différente sur le "journalisme citoyen". Pour lui (il s'appuie sur le recensement effectué par Amy Graham, consultante en communication de l'université du Colorado, Boulder, à propos des attentats de Bombay, qu'elle publie sur le site du Poynter Institute), "les journalistes citoyens ne produisent ni information ni analyse", ils sont incapables de "donner du sens à un événement soudain comme la tragédie de Bombay", "les photos des blogueurs n'ont aucun intérêt", etc.

Un exemple :
9.09 PM. Je viens d'entendre deux grosses explosions près de chez moi, à Cobala.
9.17 PM. Je ne comprends pas à quoi ça rime.
9.19 PM. Il y a eu des tirs au Taj et au Cafe Leopold.
9.23 PM. Dieu merci, toute ma famille est en sécurité à la maison. Heureusement que je suis rentré tôt du bureau.
10.46 PM. Je viens d'entendre un autre grand bruit. C'était quoi ? Des tirs, des grenades ?
Aujourd'hui l'Inde.


Les médias dominants reprennent en boucle les déclarations des autorités indiennes sans les discuter, sans les mettre en perspectives. Ils jouent à fond la carte de l’émotion sans poser les questions classiques : Qui fait Quoi, Où, Quand, Comment, Avec qui et Pour qui - grille de Quintilien - à laquelle on peut ajouter d’où vient l’information (témoins, autorités, autres médias, etc.).

Le terrorisme, une arme de propagande (5)

L'assaut sur Mumbai

Le Premier ministre indien, Manmohan Singh, a insisté sur le fait que les terroristes étaient basés à l'extérieur du pays. Les médias indiens ont fait l'écho de cette ligne en présentant le Pakistan (via le groupe indépendantiste Lashkar-e-Taiba) et Al-Qaïda comme les suspects habituels.

Mais il s'agit d'une version préméditée issue des fantasmes politiques de l'Inde. Sa fonction est de nier que les terroristes pourrait être d'origine locale, un produit de la radicalisation de jeunes musulmans indiens qui ont finalement renoncé au système politique indigène.

[...]

Pourquoi serait-on surpris que les auteurs soient des Indiens musulmans ? Il est visible qu'il y a eu beaucoup de colère dans les couches les plus pauvres de la communauté musulmane contre la discrimination systématique et les actes de violence perpétrés à leur encontre. Le pogrom anti-musulman au Gujarat en 2002 fut l'épisode le plus flagrant, appuyé par le gouvernement central de l'Etat et les collectivités locales de l'Etat.

De plus, le Cachemire fut pendant des décennies traité comme une colonie par les troupes indiennes : arrestations au hasard, torture et viol étaient le lot quotidien des Cachemiriens. Des conditions, pires qu'au Tibet, mais qui ont suscité peu de sympathie à l'Ouest où la défense des droits de l'homme est fortement instrumentalisée.

[...]

Rien de tout cela ne justifie le terrorisme, mais il devrait, au moins, forcer les dirigeants de l'Inde à regarder en face leur propre pays et la réalité. Les disparités économiques sont profondes. La notion absurde que les bienfaits du capitalisme mondial permettraient de résoudre la plupart des problèmes peuvent maintenant être considérée pour ce qu'elle a toujours été : une feuille de vigne pour cacher de nouveaux modes d'exploitation.

Tariq Ali
27/11/2008
Publié par Counterpunch.
Traduction Serge LEFORT pour Monde en Question.


Source : PeaceReporter


Mumbai, le Pakistan en point de mire

Pourquoi cette obstination à présenter à l'opinion publique mondiale la tragédie de Mumbai comme «le 11 Septembre indien", la relance de la menace d'Al-Qaïda associée au Pakistan?
Pourquoi ne pas l'avoir associée au 11 Juillet 2006, lorsque plus de deux cents personnes sont mortes dans les attaques contre les stations de métro de Mumbai ?
Peut-être parce que à ce moment-là la guerre mondiale contre le terrorisme par les États-Unis avait encore mis l'accent sur l'Iraq, mais maintenant la ligne de mire se déplace sur le Pakistan. Les bombardements américains au Pakistan ont déjà commencé il y a trois mois, une escalade de l'intervention, loin d'être improbable, nécessiterait un large consensus international.
"L'attentat de Mumbai est une nouvelle étape terrifiante du djihad mondial", a déclaré au Washington Post un ancien agent de la CIA Bruce Reidel, maintenant un conseiller à Obama pour le Pakistan.
Le mantra hypnotique récité par les télévisions et les journaux a déjà commencé: "Al Qaida", "Pakistan", "11 Septembre", "Pakistan", "Oussama ben Laden", "Pakistan", "guerre contre le terrorisme", "Pakistan"...

Enrico Piovesana
28/11/2008
Publié par PeaceReporter.
Traduction Lou QUÉTIERO pour Monde en Question.

Le commentaire d'Olivier Berger

La main d'Al-Qaïda, la patte du Pakistan ou le bras émergent de djihadistes de l'intérieur ? Les trois à la fois ? Les attaques, qui plongent Bombay dans le chaos depuis trois jours, illustrent la complexité régionale. Loin de l'Irak et des délires de George W. Bush, l'épicentre du terrorisme islamiste s'enracine durablement.

Plus de soixante ans après, la décolonisation britannique n'a jamais été digérée par l'Inde et son ennemi voisin créé en 1947, le Pakistan. La guerre au Cachemire, zone réclamée par les deux parties, la course à la bombe nucléaire achevée par les deux pays en 1998, et de réguliers soupçons de manipulations d'extrémistes alimentent la rivalité.

[...]

Le nationalisme hindou (représenté par le parti extrémiste PJB, repassé dans l’opposition) est une réalité dans un pays où 900 millions d’habitants pratiquent cette religion. Les 150 millions de musulmans, ce qui fait de l’Inde la troisième puissance islamique du monde (derrière l’Indonésie et le Pakistan), souffrent régulièrement de violences. La destruction de la mosquée d’Ayodhya en 1992 avait fait deux mille morts. Des pogroms à Gujarat et sa capitale Ahmedabad en 2002 avaient provoqué autant de victimes et cent mille réfugiés. Les emplois dans les administrations leur sont souvent refusés. Cette discrimination commande un repli communautaire, avec ses dérives.

[...]

Dans ce dédale d'influences, les moudjahidines indiens, comme à Bombay, sont-ils cornaqués par l'ISI, par Al Qaïda, ou signalent-ils l'émergence d'un mouvement islamiste autochtone ? La réponse est entière, triple, trouble. De toute façon, redoutable.

Le rapprochement récent des pays européens (accord nucléaire avec la France fin septembre) et des États-Unis avec l'Inde, ou l'annonce faite par Barack Obama d'intégrer le Pakistan dans la lutte contre le terrorisme, prouvent que le "sous-continent" et ses voisins immédiats sont désormais les clés de l'équilibre mondial.

«Commencez par changer en vous ce que vous voulez changer autour de vous», disait le Mahatma Gandhi, père de la nation et apôtre de la non-violence [1].

Olivier Berger, La Voix du Nord
29/11/2008
Publié par La Voix du Nord.



[1] C'est précisément ce que ne fait pas le gouvernement indien qui attribue invariablement la responsabilité de ses problèmes internes au Pakistan.

30 novembre 2008

Le terrorisme, une arme de propagande (4)



Bombay : clés du massacre

Les attaques terroristes, perpétrées il ya deux jours à Bombay et attribuées par le gouvernement indien à des militants du Pakistan, sont sans aucun doute un acte barbare qui a causé plus d'une centaine de morts et plus de 300 blessés parmi les civils innocents et qui, quelle que soit la cause politique, religieuse ou nationale des agresseurs, a suscité une condamnation justifiée dans le monde entier.

Au-delà de la condamnation, il est cependant nécessaire d'analyser les contextes dans lesquels l'attaque sanglante a eu lieu. Il est nécessaire de rappeler que les sources d'activité terroriste en Inde se situent principalement dans les conflits ethniques, religieux et territoriaux hérités du colonialisme anglais [1] à la frontière indo-pakistanaise : le Cachemire, peuplé principalement de musulmans, et le Pendjab, où l'ethnie Sikh est majoritaire, est artificiellement divisé entre les deux pays.

Cet héritage n'a pas seulement conduit à quatre guerres désastreuses entre l'Inde et le Pakistan et une dangereuse course aux armements - les deux pays ont développé des armes atomiques -, il a également été la toile de fond de l'assassinat du Mahatma Gandhi et Indira Gandhi, et a provoqué une violence acharnée et cyclique dans le pays. Le précédent le plus proche est celui de Juillet 2006, lorsque les trains de banlieue à Bombay même ont été attaqués avec des bombes, ce qui a fait environ 190 morts.

D'un autre point de vue, il est significatif que le massacre perpétré à Bombay se produise sept ans après que le gouvernement des États-Unis ait appelé à la «guerre contre le terrorisme international», engagement qui signe plutôt le pillage néo-colonial et qui, en termes de de sécurité, ne s'est traduit par aucun résultat significatif.

Certes, les groupes qui ont recours au terrorisme en Inde ne sont pas nécessairement liées aux secteurs du fondamentalisme islamique qui ont organisé les attentats du 11 septembre 2001 à New York et Washington, mais il est vraiment paradoxal que une opération terroriste à grande échelle secoue le monde juste dans les derniers jours de la présidence de George W. Bush, qui s'est posé comme le grand croisé contre le terrorisme dans le monde, qui a ordonné l'invasion, la dévastation et l'occupation des deux pays - l'Afghanistan et l'Irak -, qui a piétiné les droits de l'homme aux États-Unis et à l'étranger, qui a construit des centres de tortures et des réseaux de séquestration, et a encouragé, par conséquent, une grave régression des avancées la civilisation dans le monde.

Pour ces raisons, le phénomène qu'on prétend combattre est encore en vie en Irak, en Afghanistan, en Inde et au sein de beaucoup d'autres nations - avec ou sans les troupes d'invasion américaines - et il est clair qu'on ne pourra pas y mettre fin avec des bombardements [2].

Editorial
28/11/2008
Publié par La Jornada.
Traduction Serge LEFORT pour Monde en Question.



[1] Le colonialisme anglais divisa pour régner en soutenant la Muslim League de Muhammad Ali Jinnah contre l'India National Congress de Jawarhartal Nehru dès 1906 et en partitionnant le pays en 1947. La partition entraîna de gigantesques déplacements, plus ou moins forcé, de population : 7 millions de musulmans vers le Pakistan et 10 millions d'hindous vers l'Inde sur fond de violences et de massacres qui ont fait plus de 500 000 morts.
Source : BIARNÈS Pierre, Pour l'empire du monde - Les Américains aux frontières de la Russie et de la Chine, Ellipses, 2003 in Dossier Géopolitique.
[2] C'est pourtant ce que va faire Barack Obama qui veut gagner la guerre à tout prix, en bombardant l'Afghanistan et le Pakistan et en massacrant comme de vulgaires terroristes la population civile.

29 novembre 2008

Le terrorisme, une arme de propagande (3)

Pour ceux qui douteraient que le terrorisme soit une construction idéologique voici un exemple significatif :
• L'agence Reuters a titré "Qui derrière les attentats de Bombay et pourquoi ?" le 27 novembre à 07h32.
• Le Monde a titré "Qui étaient les terroristes de Bombay ?" le 29 novembre à 16h00.
La différence n'est pas que sémantique, elle est avant tout idéologique.

La dépêche de l'agence Reuters fait référence à des témoins et à des sources gouvernementales, mais elle ne parle ni de "terroristes" ni d'"islamistes".
Selon des témoins, les assaillants étaient des jeunes gens parlant Hindi ou Urdu, ce qui laisse penser qu'il s'agit d'activistes indiens et non d'étrangers.

Ces attaques ont été revendiquées par les "Moudjahidine du Deccan", une organisation jusque-là peu connue. Le Deccan, ou Dekkan, est la partie centrale de l'Inde.

Selon des analystes, si l'authenticité de la revendication n'a pas encore été clairement établie, les attaques sont très probablement le fait des Moudjahidine indiens. Le groupe ayant revendiqué l'opération pourrait être un sous-groupe des Moudjahidine.


L'article du Monde reprend les déclarations tardives des autorités indiennes, qui veulent absolument écarter l'hypothèse d'un groupe indien pour privilégier, comme dans le passé, la version d'une intervention étrangère : de "terroristes islamistes" pakistanais.
Les autorités de l'Etat du Maharashtra ont d'abord parlé de 25 terroristes qui ont mené ces attaques coordonnées contre au moins dix sites à Bombay, mercredi, dont les hôtels de luxe Taj Mahal et Trident-Oberoi, la principale gare de la ville, un centre abritant une association juive et des hôpitaux. Ce chiffre a été officiellement ramené à entre dix et quinze hommes, samedi.
Commentaires : Faux ! L'agence indienne Press Trust of India (PTI) a parlé de 12 hommes, âgés entre 18 et 25 ans.

Selon les chaînes de télévision indiennes, il aurait affirmé que le but des attaques était de faire un "11-Septembre indien" en "réduisant en cendres les symboles de la puissance économique, le Taj et le Trident, afin qu'ils ne puissent être reconstruits".
Commentaires : Faux ! L'agence indienne Press Trust of India (PTI) a rapporté que "l'un des assailants a affirmé que le groupe réclamait la fin des persécutions contre les musulmans d'Inde".

Ils auraient également effectué des repérages dans l'enceinte des hôtels, en stockant des armes et des munitions à l'intérieur des bâtiments et en filmant plusieurs endroits, à tel point qu'ils avaient quelque fois une meilleure connaissance des lieux que les forces de police indiennes, selon la presse indienne. Cela expliquerait comment trois terroristes ont réussi à tenir tête aux militaires pendant plusieurs jours à l'intérieur du Taj.
Commentaires : Cette explication est risible, mais vise à justifier l'incurie de la police, l'armée et les commandos des forces spéciales (voir les questions d'hier).


Une dépêche de l'AP (agence de presse américaine) fait état des affirmations des services de renseignement britanniques, reprises inconditionnellement par le très médiatique Kouchner, de l'hypothèse d'un "responsable américain du contre-terrorisme" et de l'accusation du Premier ministre indien Manmohan Singh.
La revendication et le mode opératoire orientent les soupçons vers des djihadistes locaux proches ou s'inspirant d'Al-Qaïda.

A Mumbai, "certains détails rappellent des opérations commises par le passé par des groupes comme Lashkar-e-Taiba ou Jaish-e-Mohammed", a expliqué un responsable américain du contre-terrorisme ayant lui aussi requis l'anonymat. Ces groupes islamistes pakistanais luttent contre l'armée indienne pour l'indépendance ou le rattachement du Cachemire indien au Pakistan.

Le Premier ministre indien Manmohan Singh a pour sa part montré du doigt des "forces extérieures". Le Pakistan, fréquemment accusé par New Delhi de complicité avec les terroristes frappant l'Inde, a de son côté condamné les attentats de Mumbai. "Je dis de manière catégorique que le Pakistan n'est pas impliqué dans ces événements sanglants", a assuré le ministre de la Défense Ahmed Mukhtar.


Il est intéressant de remarquer que les affirmations des services de renseignement britanniques sont attribuées aux auteurs des attentats par les médias dominants.
L'assaut coordonné de plusieurs lieux accueillant principalement des Occidentaux dans la capitale économique indienne évoque les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis (2.751 morts), ceux du 11 mars 2004 à Madrid (191 morts) ou ceux du 16 mai 2003 à Casablanca (45 morts dont les kamikazes), imputés à la nébuleuse Al-Qaïda.
AP - Yahoo! Actualités

Les auteurs des attentats de Bombay qui ont fait au moins 195 morts voulaient réaliser un "11-Septembre indien" et se sont aussi inspirés de l'attentat contre l'hôtel Marriott d'Islamabad, rapporte la presse.
Challenges

Le même média transforment les "Moudjahidine du Deccan" en "fedayine" palestiniens ! «Le recours à une dizaine de "fedayine" bien entraînés et armés jusqu'aux dents porte la marque de groupes d'activistes basés au Pakistan tels que le Lashkar-e-Taiba.» La différence n'est pas que sémantique, elle est avant tout idéologique.

Un article, publié aujourd'hui par WSWS, est un résumé relativement factuel (excepté le titre) des faits connus (les détails restent fragmentaires et contradictoires) et des hypothèses sur les commanditaires de cette opération. Extraits :
On ne sait toujours pas quelles organisations sont responsables de ces attaques. Un groupe auparavant inconnu se faisant appeler les moudjahidins Deccan a revendiqué la responsabilité ce jeudi. Comme dans les précédentes affaires de terrorisme, le gouvernement indien a immédiatement désigner le Pakistan.
[...]
À ce stade, toutefois, aucune preuve concluante n'a été fourni qui démontrerait quelle organisation est responsable.
[...]
Il est possible, toutefois, que des éléments dissidents de l'ISI pakistanais ou de l'armée ait incité les attentats de Mumbai pour attiser délibérément les tensions entre l'Inde et l'instable gouvernement pakistanais.
[...]
Il est également possible qu'un groupe séparatiste du Cachemire, tels que Lashkar-e-Taiba soit responsable des attaques.
[...]
Enfin, il n'est exclu que les attentats de Mumbai soient l'œuvre de groupes islamistes basés en Inde même, qui ont été renforcés par des décennies de discrimination à l'égard de la minorité musulmane.


Rappelons enfin que Barack Obama s'est empressé d'apporter son soutien à l'Inde pour "traquer et détruire les réseaux terroristes" (AFP - Yahoo! Actualités). Position logique puisqu'il a promis de gagner la guerre en Afghanistan au prix d'une déstabilisation de toute la région.



De l'utilisation du mot "terroriste"

Ce que l'on devra, entre autres, au président sortant Bush, c'est cet usage du mot "terroriste", sans pour autant qu'il en définisse un contour bien défini, sauf qu'il va finir par désigner tout ce qui est contre l'Amérique, dans quelque domaine que ce soit, et par extension contre lequel il faut lutter. D'une façon plus perverse, il va devenir ce qui fait peur et permettre donc aux dirigeants de faire peur, en l'agitant comme un chiffon rouge, une muleta, dans laquelle on va se ruer tête baissée...

Les Etats Unis étant le phare du monde, comme chacun sait, tous les pays vont donc se ruer sur cette appellation non définie de tout ce qui fait peur, de tout ce qui s'oppose, de tout ce qui résiste à un Etat, et même, au bout du compte, de tout ce qui est incompréhensible et surtout injustifiable ! La notion de terrorisme est donc désormais mondialisée, elle aussi !

Il y a des mots comme ça qui ont leur heure de "gloire" ! Dans notre histoire à nous, nous avons eu des "hérétiques", des "sorcières", des "activistes", des "gauchistes" et même un régime appelé "la Terreur"... Toute catégorie justifiant bien sûr de les exterminer.

Je ne suis pas en train d'excuser l'action violente, là, mais de dire qu'il y a des violences peut être plus "terroristes" que d'autres !

Ainsi, cette bande qui détruit le réseau SNCF des TGV va être qualifiée de terroriste... Ah ! Bon... OK.

Cette bande d'opposants - ou je ne sais trop quoi - à un pouvoir en Inde, ce sera aussi des terroristes qui prennent en otage des touristes et qui tuent aveuglément... Ah ! Bon... OK.

Je ne vois pas bien le rapport entre les deux, mais la définition du terroriste, on l'a dit, est très très extensible !

Sauf que... par exemple, cette bande de spéculateurs qui affame des pays, en spéculant sur les denrées alimentaires, ce sera ...des "actionnaires" ! Il est vrai qu'ils n'agissent pas à la mitraillette, eux, mais je ne vois pas bien la différence. En nombre de morts, ça fait ... beaucoup, pourtant !!!

Je râle, je râle, mais bon, même si on veut mettre en prison des gamins de 12 ans, je devrais être contente, puisqu'on ne les désigne pas (pas encore !) comme des terroristes !!! Juste, on veut les coller en taule, les sortir de devant nos yeux, ces mômes qui nous renvoient, à nous adultes, notre responsabilité dans le mauvais exemple qu'on leur donne ! Mais ça, chut ! Il manquerait plus que ça, que ces petites frappes nous fassent nous poser des questions !

Publié par Le Post - Yahoo! Actualités.



Lire aussi :
• Terrorisme, Yahoo! Actualités.
• Terrorisme, NouvelObs. Les liens proposés sont le seul intérêt de ce média.
• Inde, Yahoo! Actualités.
• Pakistan, Yahoo! Actualités.

Le terrorisme, une arme de propagande (2)

Les dépêches d'agence, publiées par Yahoo!, permettent de se rendre compte que les médias dominants fabriquent un événement "le terrorisme islamiste" sans preuves [1]. Cela ressemble, en plus grand, à la version policière des «sabotages SNCF». Alors que les faits sont complexes, confus et contradictoires, les médias simplifient pour nous raconter l'histoire du loup et du chaperon rouge...

Les faits connus sont complexes, confus et contradictoires :
1) La qualification d'"acte terroriste" vient du chef de la police de l'Etat de Maharashtra.
2) L'imputation d'"acte terroriste" à des "islamistes pakistanais" est classique depuis des années en Inde.
3) Les Moudjahidin du Deccan, qui a revendiqué la série d'attaques, est un groupe du centre de l'Inde.
4) Les autorités indiennes ont accusé, sans fournir de preuves, le Pakistan d'être impliqué.
5) Les services de renseignement russe, le ministre britannique des Affaires étrangères, David Miliband et son homologue français Bernard Kouchner ont accusé, sans fournir de preuves, Al-Qaïda d'être impliqué.

Les faits connus posent question :
1) Comment une douzaine d'hommes jeunes (entre 18 et 25 ans selon les témoins), même bien armés, ont-ils résisté si longtemps à la police, l'armée et les commandos des forces spéciales ?
2) Comment un groupe d'hommes, arrivés par bateau du Pakistan, a-t-il "stocké à l'avance des armes et des explosifs à l'hôtel Oberoi/Trident" ?
3) Pourquoi les autorités indiennes se sont empressées d'attribuer les attaques à" un groupe basé en dehors de l'Inde" alors que des témoins évoquent "des jeunes gens parlant Hindi ou Urdu" et que l'un d'eux a affirmé que "le groupe réclamait la fin des persécutions contre les musulmans d'Inde" ?

26 novembre, 19h04 Une fusillade à Bombay fait deux morts et dix blessés, Reuters - Yahoo! Actualités.
Au moins deux personnes ont péri et une dizaine d'autres ont été blessées dans une fusillade déclenchée par plusieurs inconnus près d'une gare de Bombay, a rapporté la police indienne.

26 novembre, 19h19 Les fusillades à Bombay sont sans doute un acte terroriste, Reuters - Yahoo! Actualités.
Un responsable de la police a estimé qu'il semblait s'agir d'un acte terroriste. "Cela semble être un attentat, de nombreux endroits sont encerclés par des hommes armés", a déclaré A.K Sharma, responsable de la police ferroviaire de la ville, à une chaîne de télévision.

26 novembre, 20h02 Attentats meurtriers dans au moins sept sites de Bombay, Reuters - Yahoo! Actualités.
Le chef de la police de l'Etat de Maharashtra, A.N Roy, a déclaré que ces fusillades semblaient être un acte terroriste coordonné.

26 novembre, 20h28 Série d'attentats à Bombay, au moins 18 morts, Reuters - Yahoo! Actualités.
"Il s'agit d'attaques terroristes dans au moins sept endroits. Des terroristes, dont on ignore tout, se sont mis à ouvrir le feu à l'arme automatique, à l'aveuglette", a expliqué A.N Roy, chef de la police de l'Etat indien de Maharashtra, à la télévision locale.
"En certains endroits, ils ont même lancé des grenades. Il y a eu des explosions en plusieurs endroits", a-t-il ajouté. Certains agresseurs, dit-il, sont toujours retranchés dans des bâtiments.
[...]
L'Inde a subi une série d'attentats à la bombe ces dernières années, dont certains à Bombay même. La majeure partie ont été imputés à des islamistes, même si la police a également arrêté des extrémistes hindous qui seraient responsables de certains actes terroristes.

26 novembre, 22h37 Les Moudjahidin du Deccan revendiquent la série d'attentats à Mumbai, AP - Yahoo! Actualités.
Un groupe peu connu des autorités indiennes, les Moudjahidin du Deccan, a revendiqué la série d'attaques perpétrées à Mumbai (ex-Bombay), selon des informations de presse [l'agence indienne Press Trust of India (PTI)].

27 novembre, 07h32 Qui derrière les attentats de Bombay et pourquoi ?, Reuters - Yahoo! Actualités.
Des hommes équipés d'armes automatiques et de grenades ont attaqué mercredi soir deux hôtels de luxe, des hôpitaux et un restaurant renommé à Bombay, faisant plus de 100 morts et près de 300 blessés.

QUI EST DERRIÈRE CES ATTAQUES?

Selon des témoins, les assaillants étaient des jeunes gens parlant Hindi ou Urdu, ce qui laisse penser qu'il s'agit d'activistes indiens et non d'étrangers.

Ces attaques ont été revendiquées par les "Moudjahidine du Deccan", une organisation jusque-là peu connue. Le Deccan, ou Dekkan, est la partie centrale de l'Inde.

Selon des analystes, si l'authenticité de la revendication n'a pas encore été clairement établie, les attaques sont très probablement le fait des Moudjahidine indiens. Le groupe ayant revendiqué l'opération pourrait être un sous-groupe des Moudjahidine.

QUI SONT LES MOUDJAHIDINE INDIENS?

Selon la police, les Moudjahidine indiens sont une branche du Mouvement étudiant islamique d'Inde (SIMI), une organisation aujourd'hui interdite. Ces musulmans indiens pourraient avoir reçu un entrainement et un soutien logistique d'organisations d'activistes au Pakistan et au Bangladesh.

Le SIMI est tenu par la police pour responsable de la quasi-totalité des attentats à la bombe commis en Inde ces dernières années, y compris les explosions dans les trains de banlieue à Bombay qui ont fait 187 morts il y a deux ans.

Les Moudjahidine indiens pourraient aussi avoir dans leurs rangs d'anciens membres de l'Harkat ul Djihad al Islami, un groupe activiste du Bangladesh.

POURQUOI LES SOUPÇONNER DES ATTAQUES DE BOMBAY?

Ces deux derniers années, les Moudjahidine ont fait des revendications plutôt crédibles de la plupart des attentats commis contre des cibles civiles en Inde.

Les attaques de Bombay ont été bien préparées et coordonnées avec beaucoup de soin, et ont concerné un nombre élevé de participants. Un tel degré de préparation est la marque de fabrique des Moudjahidine.

En mai, les Moudjahidine indiens ont spécifiquement menacé de s'en prendre aux sites touristiques si le gouvernement indien continuait de soutenir les Etats-Unis dans l'arène internationale.

EN QUOI LES ATTENTATS DE BOMBAY DIFFÈRENT-ILS DES PRÉCÉDENTS

Dans tous les attentats précédents impliquant les Moudjahidine indiens, il s'agissait d'explosions de bombes en série.

Cette fois, la coordination était toujours aussi importante, mais elle concernait des hommes armés. La tactique employée, une attaque de style militaire sur des cibles faciles, en privilégiant les étrangers et la prise d'otages, est exceptionnelle et ne correspond pas aux méthodes utilisées habituellement par les activistes dans des attentats contre des civils.

De telles attaques ont toutefois eu lieu dans le passé, notamment lors d'une opération contre la ville saoudienne de Khobar, en mai 2004.

Le commando avait donné l'assaut à deux installations pétrolières et à un centre hébergeant des travailleurs étrangers. Il avait pris plus de 50 otages et en avaient tué 22. Les assaillants avaient pris soin de demander aux captifs s'ils étaient musulmans ou chrétiens avant de choisir ceux qu'ils allaient exécuter.

27 novembre, 08h14 Les principaux attentats en Inde depuis 2005, AP - Yahoo! Actualités.
Voici quelques-uns des principaux attentats perpétrés en Inde depuis 2005, la plupart étant attribués à des militants islamistes :

26 novembre 2008: Au moins 101 personnes ont été tuées et 120 autres blessées dans une série d'attaques coordonnées à l'arme automatique et à la grenade à Mumbai (ex-Bombay) contre deux hôtels de luxe, un restaurant fréquenté par des touristes, des hôpitaux et une gare ferroviaire bondée. Cette série d'attaques a été revendiquée par les Moudjahidin du Deccan, un groupe islamiste inconnu jusque là.

- 13 septembre 2008: Au moins cinq explosions dans des quartiers commerçants très fréquentés font 21 morts et 100 à New Delhi, la capitale du pays.

- 26 juillet 2008: Seize petites bombes explosent à Ahmedabad et font 45 morts.

- 25 juillet 2008: L'explosion de sept petites bombes fait deux morts à Bangalore, la capitale de la haute technologie indienne.

- 13 mai 2008: Sept bombes explosent dans des rues et des marchés bondés devant des temples hindous de Jaïpur, tuant 80 personnes.

- 24 novembre 2007: Des explosions quasi-simultanées visent plusieurs tribunaux à Lucknow, Varanasi et Faizabad et font 16 morts.

- 25 août 2007: 43 personnes sont tuées dans trois explosions dans un parc et une échoppe à Hyderabad.

- 18 mai 2007: Une bombe explose durant la prière du vendredi dans une mosquée historique d'Hyderabad et tue 11 fidèles. Peu après la police blesse mortellement cinq personnes dans des affrontements avec des musulmans protestant contre cet attentat.

- 19 février 2007: Deux bombes explosent dans un train effectuant la liaison entre l'Inde et le Pakistan, déclenchant un incendie qui fait 68 morts.

- 11 juillet 2006: Sept déflagrations visent des gares et des trains de banlieue à Mumbai, tuant 187 personnes.

- 7 mars 2006: Trois explosions secouent un temple hindou et une gare dans la ville sainte hindoue de Varanasi et font 20 morts.

- 29 octobre 2005: 62 personnes sont tuées par trois explosions sur des marchés de New Delhi peu avant la fête religieuse hindoue de Diwali.

27 novembre, 08h19 Terrorisme en Inde : 100 morts dans une série d'attaques à Bombay, AFP - Yahoo! Actualités.
Le chef de la division antiterroriste de Bombay, Hemant Karkare, a été tué ainsi qu'au moins 10 autres membres des forces de sécurité.
[...]
Le président élu américain Barack Obama a estimé que les Etats-Unis devaient renforcer leurs liens avec l'Inde et d'autres pays pour "traquer et détruire les réseaux terroristes", selon un communiqué de l'équipe de transition. Le département d'Etat a précisé n'avoir pas connaissance de victimes américaines. Le chef de la diplomatie britannique David Miliband a condamné les attentats, tandis que l'Union européenne (UE) exprimait son "horreur et indignation". La Maison Blanche a convoqué mercredi une réunion de responsables du contre-terrorisme et du renseignement et s'est dite prête à aider le gouvernement indien.

27 novembre, 12h06 Le Pakistan condamne les attentats de Mumbai, AFP - Yahoo! Actualités.
Le Pakistan, fréquemment accusé par New Delhi de complicité avec les terroristes frappant l'Inde, a condamné jeudi les attentats de Mumbai et exhorté à la coopération contre les militants extrémistes.

27 novembre, 17h37 Le Pakistan dément fermement être impliqué dans les attaques de Bombay, AFP - Yahoo! Actualités.
"Nous sommes tout à fait affirmatifs: le Pakistan n'est pas impliqué", a déclaré le ministre, Ahmed Mukhtar, dans un entretien téléphonique.
[...]
Le Premier ministre indien Manmohan Singh avait affirmé auparavant que les attaques coordonnées de mercredi soir avaient été menées par un groupe basé "en dehors" de l'Inde, invoquant des Etats "voisins".
"Par le passé, ils (les responsables indiens) avaient déjà réagi de la sorte lors de précédentes attaques, mais il a été ensuite prouvé qu'ils avaient tort", a estimé le ministre pakistanais de la Défense.
"Notre expérience du passé nous enseigne que l'on devrait se garder de tirer des conclusions hâtives", avait auparavant déclaré le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Shah Mehmood Qureshi, depuis l'Inde, où il se trouve pour des pourparlers de paix entre les deux puissances nucléaires de l'Asie du Sud, qui se sont affrontées dans trois guerres depuis leur création en 1947.
[...]
Jeudi, un haut responsable des services de renseignement russes a également affirmé que certains des assaillants de Bombay étaient liés à Al-Qaïda, évoquant le Lashkar-i-Tayyiba, qui leur aurait fourni un entraînement dans des camps à la frontière entre le Pakistan et l'Inde.
Le réseau d'Oussama Ben Laden, grâce à l'aide des talibans pakistanais, a reconstitué ses forces dans les zones tribales du nord-ouest du Pakistan, frontalières avec l'Afghanistan, où l'armée pakistanaise les combat.

27 novembre, 20h06 Attaques de Bombay: un hôtel pratiquement libéré des islamistes, le Pakistan accusé, AFP - Yahoo! Actualités.
Un haut responsable militaire indien a affirmé que les assaillants étaient venus du Pakistan, souvent accusé par l'Inde de soutenir des activistes musulmans à l'origine d'attentats sur son sol. Islamabad a aussitôt rejeté ces accusations.
Le Premier ministre indien Manmohan Singh avait peu avant accusé un groupe basé "en dehors" du pays d'être responsable de ces attaques coordonnées, dans une allusion voilée au Pakistan.

28 novembre, 01h24 Attaques de Bombay: 39 personnes libérées, le Pakistan accusé, AFP - Yahoo! Actualités.
Selon l'agence de presse indienne PTI, citant des sources officielles, trois extrémistes, dont un ressortissant pakistanais, ont été arrêtés dans l'hôtel Taj Mahal.
[...]
Le Pakistanais a déclaré aux enquêteurs indiens, selon PTI, que le groupe de 12 extrémistes auquel il appartenait avait été conduit par un navire marchand à environ 10 milles nautiques de la limite des eaux territoriales indiennes et avait gagné Bombay à bord d'un petit hors-bord.
[...]
Le ministre britannique des Affaires étrangères, David Miliband, a estimé que les violences de Bombay portaient "certaines empreintes" d'Al-Qaïda. Son homologue français Bernard Kouchner a lui aussi évoqué Al-Qaïda, déclarant que les agresseurs étaient soupçonnés de faire partie de la "nébuleuse" de ce réseau terroriste international.

28 novembre, 10h40 Attentats de Mumbai : Bernard Kouchner ne croit "sûrement pas" à une responsabilité du Pakistan, AP - Yahoo! Actualités.
"La nature des terroristes n'étant pas précisément définie, nous ne savons pas exactement, mais enfin je crois pouvoir affirmer que ce n'est pas la responsabilité du gouvernement pakistanais", a affirmé le ministre des Affaires Etrangères sur France Inter.

Les auteurs des attaques à Mumbai, "une opération militaire montée certainement de longue date", "sont peut-être des Pakistanais", sans doute "reliés à Al Qaïda", ou éventuellement "des groupes qui ont été entretenus par des services de l'armée pakistanaise qui était en lien avec les Talibans", a reconnu le ministre, mais cela ne pourrait "sûrement pas" être du fait du gouvernement pakistanais "qui politiquement aurait décidé quoi que ce soit".

"C'est parce que M. (Asif Ali) Zardari, le nouveau président, vient de changer, et la tête de l'armée et la tête des services secrets, que nous avions confiance", a déclaré le chef du Quai d'Orsay, estimant que le président pakistanais était "déterminé à se battre contre ce terrorisme qui (a) assassiné sa femme". "Il y avait un mouvement d'espoir, c'est peut-être ça aussi qu'on a voulu détruire", a-t-il noté.

"Depuis l'élection du président Zardari, le mari de Benazir Buttho, elle-même assassinée par le même genre de personnes, les rapports s'amélioraient (entre l'Inde et le Pakistan, NDLR) et des perspectives de paix avaient été établies", a-t-il souligné.

Le Pakistan est "le maillon faible et le maillon indispensable", selon M. Kouchner, "c'est pour ça qu'il faut aider absolument le Pakistan, aider ce nouveau gouvernement". Le ministre a déclaré que des représentants pakistanais étaient attendus à une réunion à Paris "dans quelques jours" avec d'autres pays "voisins de l'Afghanistan". "Evidemment, ça s'impose encore plus après ce carnage", a-t-il souligné.

28 novembre, 12h19 Le chef des services de renseignements pakistanais va participer à l'enquête sur les attentats de Mumbai, AP - Yahoo! Actualités.
Le Pakistan va envoyer le chef de ses tout-puissants services de renseignements en Inde pour participer à l'enquête sur les attentats de Mumbai, a annoncé vendredi le gouvernement pakistanais dans un communiqué.
Cette implication du chef de l'ISI (Inter Services Intelligence) se fait à la demande du Premier ministre indien Manmohan Singh, précise le gouvernement.

28 novembre, 14h20 Inde : la bataille continue à Bombay contre les extrémistes islamistes, AFP - Yahoo! Actualités.
Vers 18H00 GMT, on ignorait combien d'assaillants restaient en liberté et combien d'otages étaient encore retenus, après la libération de dizaines d'entre eux, notamment des ressortissants étrangers.
[...]
Selon un bilan encore provisoire, au moins 130 personnes ont été tuées et plus de 370 blessées dans ces attaques et les tirs qui ont suivi. La mort d'au moins 17 étrangers a été jusqu'à présent confirmée.
Outre les cinq otages israéliens tués au centre juif, on compte deux Américains, deux Français, deux Australiens, un Britannique, un Japonais, un Allemand, un Canadien, un Italien et un Singapourien, selon leurs autorités nationales respectives.
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Neuf assaillants ont été tués au cours des opérations et un autre arrêté, et 15 hommes des forces de sécurité tués, a déclaré le vice-Premier ministre de l'Etat du Maharashtra, R.R. Patil.
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L'un des assaillants de l'Oberoi/Trident, interrogé par une télévision, a affirmé que le groupe réclamait la fin des "persécutions" contre les musulmans d'Inde, une forte minorité de 150 millions de personnes, victimes de violences par le passé, dans ce pays de 1,2 milliard d'habitants, hindous en majorité.

29 novembre, 04h01 Inde: des islamistes toujours retranchés dans un hôtel, au moins 155 morts à Bombay, AFP - Yahoo! Actualités.
Les islamistes avaient stocké à l'avance des armes et des explosifs à l'hôtel Oberoi/Trident, a déclaré un responsable indien à l'AFP.


Inde, Yahoo! Actualités.
Pakistan, Yahoo! Actualités.


[1] Lire :
• VERON Eliseo, Construire l'événement - Les médias et l'accident de Three Mile Island, Minuit, 1981.
• Modèle de propagande, Wikipédia.
• Dossier Noam CHOMSKY, Monde en Question.
• Dossier Edward BERNAYS, Monde en Question.
• Dossier Eliseo VERON, Monde en Question.
• Dossier Propagande, Monde en Question.
• Dossier Médias, Monde en Question.
• Dossier AFP, Monde en Question.