Il y a quelques jours un éminent groupe d'Arabes israéliens, c'est-à-dire des hommes et des femmes d'origine arabe qui sont citoyens d'Israël, certains musulmans, d'autres sans religion, ont lancé un appel à l'opinion publique pour initier un processus de réflexion et de débat sur la pertinence pour l'État d'Israël de cesser de se définir comme un « État juif » et de se transformer en une effective « démocratie consensuelle pour les arabes et juifs ». Les intellectuels, universitaires et leaders civils qui ont signé le document, membres d'une nouvelle élite politique et culturelle, comme Asad Ghanem, directeur du Département de Théorie Politique de l'Université d'Haifa, reprennent les idées centrales du rapport intitulé Une vision pour le futur des Arabes palestiniens en Israël et publié en décembre dernier par un groupe de maires arabes, qui représentent au moins 1 300 000 citoyens, approximativement le cinquième de la population.
Le rapport en appelle à reconnaître la population arabe israélienne comme un groupe dont les droits sont niés, mettant l'accent sur le fait que les symboles officiels de la nation israélienne comme certaines lois cardinales de sa normativité fondamentale sont essentiellement discriminatoires.
Comme il fallait s'y attendre, les réactions ont été contrastées et les positions se sont polarisées. La droite s'est empressée de condamner l'initiative comme une « cinquième colonne », une « phalange islamique incrustée en Israël ». Les organisations de centre-gauche, qui généralement prennent la défense des droits de la population arabe, y ont vu une proposition « irréelle et excessive ». Seuls quelques rares libéraux israéliens se sont déclarés favorables au document. Shuli Dichter, co-directeur de Sikkuny, une organisation arabo-juive qui observe les violations de l'équité civile, a salué l'effort comme une ouverture vers un « dialogue sérieux » pour la coexistence entre Arabes et Juifs en Israël.
En réalité, la majeure partie des Arabes israéliens sont convaincus, et à raison, qu'ils sont des citoyens de seconde classe qui ne disposent pas des mêmes droits que la population en général en matière d'emploi, d'éducation et de santé.
Mais l'initiative a divisé les Arabes eux-mêmes en Israël. Ghaleb Majadele, un député membre du Parti Travailliste, et le premier Arabe à occuper un portefeuille au sein du Pouvoir Exécutif, a critiqué la position parce qu'elle déclencherait une division de la gauche, rendant encore plus précaire sa situation.
En principe, la valeur de l'initiative est d'ordre symbolique et surtout identitaire. Que se passerait-il si l'État israélien fondait sa légitimité sur un ordre effectivement laïc, qui engloberait les droits des Arabes et des Juifs dans une définition strictement citoyenne ?
En premier lieu, on retournerait au principe plus ancien et vital de la signification d'être juif : une référence qui passe par l'auto-reconnaissance, non par une structure de pouvoir. En aucun lieu de la tradition, ni biblique ni civil, il n'est écrit qu'Israël doit être un État juif (non séculier), et moins encore, de ce fait, qu'il doive discriminer ceux qui ne le sont pas.
Personne mieux que les Juifs, avec leur histoire très triste, ne connaît la force que procure la reconnaissance de l'autre comme un pari pour abolir tout essentialisme. Le pari d'une identité qui finit par nier toute pulsion identitaire, et qui voit l'autre non à travers la peau ou la religion mais directement dans les yeux.
En second lieu, cela jetterait une douche froide sur le fondamentalisme islamique qui a fait de cet ordre uni-identitaire le bouc émissaire de sa propre logistique symbolique et théologique.
Ainsi s'ouvrirait la possibilité (et la réalité) de favoriser dans le Moyen-Orient une culture effectivement séculaire (et sécularisatrice). C'était l'utopie que caressait en son temps Edward Said, qui n'a jamais cru que l'insularité et la partition identitaires contenaient un quelconque type de solution à un conflit qui se prolonge depuis maintenant plus d'un demi-siècle. Ce fut cette utopie qui le sépara de Arafat, du Hamas, du Hezbollah et du tourbillon qui a enfoncé la Palestine dans le pire de ses cauchemars. Et on ne sait jamais quand une illusion finit par dicter ses desseins à la réalité. Assurément cela cesserait d'être une illusion.
Ilán Semo
10 février 2007
Publié par Tlaxcala selon La Jornada.
Lire aussi : Dossier Edward W. SAÏD, Monde en Question.
25 février 2009
La solution : un seul État
Après l’effondrement du gouvernement Netanyahu causé par l’accord de paix signé à Wye Plantation, le temps est venu de nous demander si tout le processus initié à Oslo en 1993 est bien le bon instrument qui permettra d’amener la paix entre les Palestiniens et les Israéliens. A mon avis, le processus de paix n’a fait, en réalité, qu’éteindre la petite flamme de la vraie réconciliation qui devra nécessairement intervenir si l’on veut que la guerre de cent ans entre le sionisme et le peuple palestinienne trouve une fin. Oslo a dressé le décor d’un divorce, mais la véritable paix ne peut découler que de l’instauration d’un État (unique) binational israélo-palestinien.
Je sais : difficile à imaginer. Le narratif officiel siono-israélien et le narratif palestinien sont, en effet, irréconciliables. Les Israéliens disent qu’ils ont livré une guerre de libération, qui leur a permis de conquérir leur indépendance ; les Palestiniens disent, quant à eux, que leur société a été détruite, et la plus grande partie de la population palestinienne chassée. Et, de fait, ce caractère irréconciliable était déjà évident pour plusieurs générations successives de leaders sionistes pionniers et de penseurs sionistes, de même qu’elle l’était, bien entendu, pour tous les Palestiniens.
«Le sionisme n’était pas aveugle à la présence des Arabes en Palestine», écrit l’éminent historien israélien Zeev Sternhell dans son dernier livre « Les mythes fondateurs d’Israël » [The Founding Myths of Israel]. «Même les personnalités sionistes qui n’avaient jamais visité la Palestine savaient qu’elle n’était pas vide d’habitants. En même temps, ni le mouvement sioniste à l’étranger, ni les pionniers qui étaient en train de coloniser le pays n’ont été capables de déterminer une politique vis-à-vis du mouvement national palestinien.
La raison véritable de cet état de fait était non pas un manque de compréhension du problème, mais bien un aveu très clair de la contradiction insurmontable entre les objectifs fondamentaux des deux camps. Si les intellectuels et les leaders sionistes on ignoré le dilemme des Arabes, ce fut essentiellement parce qu’ils savaient très bien que ce problème n’avait aucune solution à l’intérieur de la manière sioniste de penser.»
Ainsi, par exemple, Ben Gourion avait toujours été d’une grande clarté. «Il n’y a pas d’exemple, dans l’histoire», avait-il dit, en 1944, « d’un peuple disant : «nous sommes d’accord pour renoncer à notre pays, qu’un autre peuple vienne et qu’il s’installe ici et nous submerge numériquement !».
Un autre leader sioniste, Berl Katznelson, n’avait, de la même manière, aucune illusion quant à la possibilité de dépasser l’opposition entre les objectifs sionistes et les objectifs palestiniens. Et des partisans de la bi-nationalité, comme Martin Buber, Judah Magnes et Hannah Arendt étaient tout à fait conscients de ce à quoi ressemblerait le choc, au cas où la situation en arriverait au point de maturité nécessaire pour que l’explosion se produise, ce qu’elle fit, bien entendu.
Dépassant largement les juifs numériquement, les Arabes palestiniens, durant la période postérieure à la déclaration Balfour de 1917 et sous le mandat britannique, refusèrent tout ce qui aurait été susceptible de remettre en cause leur domination. Il est injuste de reprocher aux Palestiniens de ne pas avoir accepté le partage de leur pays, en 1947. Jusqu’en 1948, les juifs ne tinrent qu’environ 7 % des terres.
Pourquoi, se demandèrent les Arabes lorsque la résolution de partage de la Palestine fut adoptée, devrions-nous concéder 55 % de la Palestine aux juifs, qui étaient alors une minorité, en Palestine ?
Ni la déclaration Balfour ni le mandat n’avaient jamais concédé de manière spécifique que les Palestiniens avaient des droits politiques (par opposition aux droits civils et religieux) en Palestine. L’idée de l’inégalité entre les juifs et les Arabes était, par conséquent, inhérente à la politique britannique, et donc, par la suite, à la politique israélienne et américaine et, ce, dès l’origine.
Si ce conflit apparaît insoluble, c’est en raison du fait qu’il s’agit d’une concurrence sur la même terre, de la part de deux peuples qui ont toujours considéré qu’ils disposaient d’un titre valide à cette terre et qui espéraient que leur protagoniste finirait, avec le temps, par renoncer ou s’en aller. Un camp a gagné la guerre, et l’autre l’a perdue, mais la compétition est aussi vive que jamais.
Nous, les Palestiniens (je suis, en effet, Palestinien), nous posons la question de savoir pourquoi un juif né à Varsovie ou à New York aurait le droit de s’installer ici, en Palestine (d’après la « Loi du Retour » israélienne), alors que nous, nous qui sommes ceux qui vivent ici depuis des siècles, nous n’en avons pas le droit ? Après la guerre de juin 1967, le conflit entre nous fut encore exacerbé. Des années d’occupation militaire ont créé dans le camp le plus faible de la colère, de l’humiliation et de l’hostilité.
A son discrédit, Oslo n’a strictement rien changé à cette situation. Arafat et son inflation de partisans ont été transformés en gendarmes de la sécurité d’Israël, tandis que les Palestiniens devaient supporter l’humiliation d’un « homeland » lamentable et discontinu, représentant environ 10 % de la Cisjordanie et 60 % de la bande de Gaza.
Oslo requérait de nous que nous oubliions et que nous renoncions à notre histoire de perte, de peuple dépossédé par précisément ces gens qui enseignaient à tout un chacun l’importance qu’il y avait à ne pas oublier le passé. Ainsi, nous sommes les victimes des victimes, les réfugiés des réfugiés.
La raison d’être d’Israël, en tant qu’État, a toujours été qu’il devait y avoir un État séparé, un refuge, exclusivement réservé à des juifs. Oslo lui-même était basé sur le principe d’une séparation entre les juifs et les autres, comme le répétait inlassablement Yitzhak Rabin. Pourtant, ces cinquante années écoulées, en particulier après que les colonies israéliennes commencèrent à être implantées dans les territoires occupés en 1967, l’existence des juifs est devenue de plus en plus intriquée à celle de non-juifs.
L’effort visant à séparer s’est produit simultanément, et paradoxalement, avec l’effort visant à s’emparer de plus en plus de terres, lequel, à son tour, a signifié qu’Israël avait acquis de plus en plus de résidents palestiniens. En Israël stricto sensu, les Palestiniens sont à-peu-près un million, soit près de 20 % de la population. Entre Gaza, Jérusalem Est et la Cisjordanie, la région où la colonisation est la plus dense, vivent près de 2,5 millions de Palestiniens.
Israël a construit tout un système de routes « de contournement », contournant les villes et les villages palestiniens et connectant les colonies entre elles et évitant les Arabes.
Mais le territoire de la Palestine historique est tellement exigu, et les Israéliens et les Palestiniens sont tellement mêlés qu’en dépit de leur inégalité et de leur antipathie, cette séparation franche ne se réalisera jamais, ni elle ne fonctionnera jamais, car c’est impossible. On estime qu’aux environ de 2010 il y aura une parité démographique. Que va-t-il se produire, après ça ?
Manifestement, un système privilégiant les juifs israéliens ne satisfera ni ceux qui veulent un État entièrement juif, homogène, ni ceux qui vivent là-bas, mais ne sont pas juifs. Pour les premiers, les Palestiniens sont un obstacle dont il faudra, peu ou prou, se débarrasser.
Quant aux seconds, le fait d’être palestinien dans une cité juive signifie régresser à jamais à un statut subalterne. Mais les Palestiniens d’Israël ne veulent pas partir ; ils disent qu’ils sont déjà dans ce qui est leur pays, et ils refusent toute éventualité d’aller vivre dans un État palestinien séparé, au cas improbable où il en serait créé un. Pendant ce temps, les conditions draconiennes imposées à Arafat lui rendent difficile de soumettre les habitants hautement politisés de la bande de Gaza et de la Cisjordanie.
Ces Palestiniens ont des aspirations à l’autodétermination qui, contrairement aux calculs des Israéliens, ne montrent nul signe qu’elles s’éventeraient. Il est également évident qu’en tant que peuple arabe – et, étant donné les traités de paix froide signés respectivement entre Israël et l’Egypte et entre Israël et la Jordanie, c’est là un fait important –, les Palestiniens veulent, à tout prix, conserver leur identité de partie constitutive du monde arabo-islamique circonstant.
Pour toutes ces raisons, le problème tient au fait que l’autodétermination palestinienne en un État séparé est impraticable, exactement de la même manière qu’est impraticable le principe de la séparation entre une population arabe démographiquement mêlée et irréversiblement cohérente et une population juive. La question, je pense, n’est point tant celle d’imaginer des moyens permettant de continuer à tenter de les séparer, mais bien celle d’examiner s’il est possible, pour eux, de vivre ensemble, aussi justement et pacifiquement que possible.
La situation actuelle est une impasse décourageante, pour ne pas dire sanglante. Les sionistes tant à l’intérieur qu’à l’extérieur d’Israël ne renonceront pas à leur désir d’un État juif séparé ; les Palestiniens veulent la même chose, pour eux, bien qu’ils ont accepté plus ou moins Oslo. Pourtant, dans les deux cas, l’idée d’un État pour « nous » entre tout simplement en contradiction avec les faits : à moins de procéder à un nettoyage ethnique ou à un «transfert en masse» comme en 1948, Israël ne dispose d’aucun moyen qui lui permette de se débarrasser des Palestiniens, ou de les transférer », comme en 1948, ni les Palestiniens de se voir débarrasser des Israéliens. Ni un camp, ni l’autre, n’a d’option militaire viable contre l’autre : c’est la raison qui fait, je suis désolé de le dire, que les deux camps ont opté pour une paix qui s’efforce d’une manière tellement patente de réaliser ce que la guerre a été incapable de réaliser.
Plus persiste ces patterns actuels de colonisation israélienne et de confinement et de résistance des Palestiniens, et moins il y aura, vraisemblablement, de réelle sécurité pour l’un et l’autre camp. Il a toujours été manifestement absurde que l’obsession sécuritaire de Netanyahu ait été formulée exclusivement en termes de soumission des Palestiniens à ses exigences.
D’un côté, lui et Ariel Sharon ont accablé de plus en plus les Palestiniens de leurs incitations à grands-cris lancées aux colons de s’accaparer toutes les terres qu’ils pouvaient. D’un autre côté, Netanyahu escomptait que de telles méthodes induiraient les Palestiniens à accepter tout ce qu’Israël faisait, en l’absence de toute mesure de réciprocité de la part d’Israël.
Arafat, soutenu par Washington, de plus en plus répressif, jour après jour. Citant les règlements d’urgence adoptés par les Britanniques en 1936 à l’encontre des Palestiniens, il a décrété récemment, par exemple, que l’incitation à la violence et au conflit raciaux et religieux, mais même de critiquer le processus de paix en lui-même ( !). Il n’y a pas de constitution palestinienne, ni de loi fondamentale palestinienne : Arafat refuse tout simplement d’accepter que des limites soient imposées à son pouvoir, à la lumière du soutien américano-israélien dont il bénéficie. Qui, de fait, pense que tout cela pourrait amener à Israël la sécurité et la soumission totale et éternelle des Palestiniens ?
La violence, la haine et l’intolérance sont générées par l’injustice, la pauvreté et la frustration du sentiment de réalisation politique. A l’automne dernier, des centaines d’hectares de terres palestiniennes ont été expropriées par l’armée israélienne autour du village d’Umm al-Fahm, qui n’est pas en Cisjordanie, mais sur le territoire « israélien » de 1948. Cela a rappelé le fait que même en tant que citoyens israéliens, les Palestiniens sont traités en inférieurs, comme des gens appartenant fondamentalement à une sorte de sous-classe vivant dans les conditions de l’apartheid.
En même temps, Israël n’ayant pas non plus de constitution, et étant donné que les partis ultra-orthodoxes acquièrent de plus en plus de pouvoir politique, des groupes et des individus israéliens juifs ont commencé à s’organiser autour de la notion d’une démocratie laïque pleine et entière pour tous les citoyens israéliens. Le charismatique Azmi Bishara, un député arabe à la Knesset, a lui aussi évoqué l’élargissement du concept de citoyenneté en tant que moyen permettant de dépasser les frontières ethniques et les critères religieux qui font, de fait, aujourd’hui, d’Israël un État non-démocratique pour 20 % de sa population.
En Cisjordanie, à Jérusalem et à Gaza, la situation est profondément instable et susceptible d’être exploitée. Protégés par l’armée, les colons israéliens (qui sont près de 350 000) vivent comme des gens extraterritoriaux privilégiés, qui disposent de droit que les résidents palestiniens n’ont pas. (Par exemple, les Palestiniens de Cisjordanie ne peuvent pas aller à Jérusalem, et dans 70 % de ce territoire, ils sont toujours soumis à la loi militaire israélienne, leur terre pouvant être confisquée à tout instant). Israël contrôle les ressources hydriques des Palestiniens ainsi que leur sécurité, ainsi que toutes les sorties et entrées des territoires occupés. Même l’aéroport de Gaza, flambant neuf, est soumis au contrôle de la sécurité israélienne.
Inutile d’être un expert pour voir qu’il s’agit là d’une ordonnance efficace pour étendre le conflit, et non pas pour le limiter. Ici, il faut affronter la vérité en face, et non pas l’éviter, ou pire, la nier.
Il y a des Israéliens juifs, aujourd’hui, qui parlent, de manière candide, de je ne sais quel « post-sionisme », au motif que jusqu’à présent, après cinquante ans d’histoire israélienne, le sionisme classique n’a apporté ni la moindre solution à la présence palestinienne, ni une présence juive exclusive. Je ne vois pas d’autre solution que celle consistant à commencer, dès maintenant, à parler du partage de la terre qui nous a mis aux prises les uns avec les autres, de la partager d’une manière réellement démocratique, avec des droits égaux pour chaque citoyen. Il ne saurait y avoir nulle réconciliation tant que les deux peuples, ces deux communautés de souffrances, n’auront pas décidé que leur existence est une donnée séculière et qu’elle doit être envisagée en tant que telle.
Cela ne signifie en rien une atteinte à la vie juive en tant que vie juive ni un renoncement, par les Arabes palestiniens, à leurs aspirations et à leur existence politique. Au contraire, cela signifie l’autodétermination pour les deux peuples. Mais cela signifie surtout d’être désireux d’adoucir, de minimiser et en fin de compte de renoncer à tout statut spécial de l’un des deux peuples, au détriment de l’autre.
La loi du retour, pour les juifs, et le droit au retour des réfugiés palestiniens doivent être pris en compte et refaçonnés ensemble. Les deux notions d’un Grand Israël, en tant que terre du peuple juif qui leur aurait été donnée par Dieu lui-même et celle de la Palestine en tant que terre arabe qui ne saurait être aliénée de la patrie arabe doivent être réduites tant en matière de voilure que d’exclusivisme.
De manière significative, l’histoire millénaire de la Palestine présente, au minimum, deux précédents permettant de réfléchir en ces termes à la fois séculiers et modestes. Tout d’abord, la Palestine est, et elle a toujours été, le lieu de multiples histoires ; c’est une simplification abusive que de la penser comme principalement, ou a fortiori exclusivement juive, ou arabe. Si la présence juive est de longue date, elle n’est en aucun cas la principale.
Parmi les autres occupants des lieux, nous relèverons les Cananéens, les Moabites, les Jébuséens et les Philistins, dans l’antiquité, et les Romains, les Ottomans, les Byzantins et les Croisés, à l’ère moderne. La Palestine est multiculturelle, elle est multiethnique, elle est multi-religieuse. On ne trouverait quasiment pas de justification historique à une quelconque homogénéité, de même qu’il y a très peu de justification à de notions telles que la pureté nationale, ethnique et religieuse, de nos jours.
Ensuite, durant l’entre-deux-guerres, un petit groupe (petit en nombre, mais important) de penseurs juifs (Judah Magnes, Martin Buber, Hannah Arendt et d’autres) ont argué et ont promu un État binational. La logique du sionisme, bien entendu, a étouffé leurs efforts, mais l’idée est là, bien vivante, aujourd’hui, ici et là, parmi des juifs et des Arabes frustrés par les insuffisances et les déprédations manifestes du présent. L’essence de leur vision, c’est la coexistence et le partage, de manières qui requièrent une volonté innovatrice, audacieuse et théorique de transcender le marasme aride de l’assertion et du rejet. Une fois accomplie la reconnaissance de l’Autre en tant qu’égal à soi, je suis persuadé que la progression en avant devient non seulement possible, mais qu’elle a même un caractère passionnant.
Le premier pas, toutefois, est très difficile à faire, pour quiconque. Les juifs israéliens sont totalement isolés de la réalité palestinienne ; la plupart d’entre eux disent d’ailleurs que la réalité palestinienne ne les concerne pas réellement. Je me souviens de la première fois où je suis allé, en voiture, de Ramallah en Israël : j’eus l’impression de passer directement du Bangladesh en Californie du Sud. Et pourtant, la réalité n’est jamais aussi tranchée…
La génération de Palestiniens à laquelle j’appartiens, encore sonnée par le choc subi d’avoir tout perdu, en 1948, estime pratiquement impossible d’accepter que leurs maisons et leurs fermes leur aient été volées par quelqu’un d’autre. Je ne vois aucun moyen d’ignorer le fait qu’en 1948 un peuple en a chassé et déporté un autre, commettant de ce fait une très grave injustice.
Lire en parallèle l’histoire palestinienne et l’histoire juive, non seulement cela donne aux tragédies de l’Holocauste et de ce qui est arrivé, par voie de conséquence, aux Palestiniens, toute leur force, mais cela révèle de quelle manière, tout au long de la vie inter-reliée des Israéliens et des Palestiniens, depuis 1948, un des deux peuples – le peuple palestinien – a porté une part disproportionnée de la douleur et de la perte.
Cette formulation de la réalité historique ne pose aucun problème aux Israéliens religieux et de droite, ainsi qu’à ceux qui les soutiennent. « Oui », disent-ils, « nous avons gagné, mais c’est très bien comme cela. Cette terre est la terre d’Israël, et de personne d’autre ». J’ai entendu de tels propos, proférés par un soldat israélien assurant la protection d’un bulldozer en train de détruire un champ appartenant à un Palestinien, en Cisjordanie (tandis que son propriétaire, impuissant, assistait, effondré, à la scène), afin de construire une route de contournement.
Mais ces gens-là ne sont pas les seuls Israéliens. Pour d’autres Israéliens, des Israéliens qui veulent une paix, qui ne peut résulter, à leurs yeux, que de la réconciliation, on constate un mécontentement contre la mainmise de plus en plus importante des partis politiques religieux sur la vie israélienne, de manière générale, et contre les injustices du processus d’Oslo et les frustrations qu’elles génèrent. Beaucoup de ces Israéliens manifestent contre les expropriations de terres palestiniennes et les démolitions de maisons palestiniennes auxquelles procède leur gouvernement. Aussi éprouve-t-on un sentiment de volonté salutaire de rechercher la paix ailleurs que dans l’accaparement des terres et ailleurs que dans les attentats-suicides.
Pour certains Palestiniens, parce qu’ils sont le camp des faibles, des perdants, le fait de renoncer à une restauration pleine et entière de la Palestine arabe reviendrait à renoncer à leur propre histoire personnelle. La plupart des autres, toutefois, et en particulier la génération de mes enfants, sont sceptiques vis-à-vis de leurs aînés, et ils envisagent le futur d’une manière moins conventionnelle, ils veulent dépasser le conflit et ses pertes sans fin.
Evidemment, les establishments des deux communautés sont bien trop liés aux courants « pragmatiques » de pensée, ainsi qu’aux formations politiques actuels, pour s’aventurer dans quelque chose qui soit plus risqué, mais quelques autres (tant Palestiniens qu’Israéliens) ont commencé à formuler des alternatives radicales au statu quo. Ils refusent d’accepter les limitations d’Oslo, ce qu’un chercheur israélien a qualifié de « paix sans les Palestiniens », tandis que d’autres me disent que le véritable combat doit être mené autour de droits égaux pour les Arabes et pour les juifs, et non pas autour d’une entité palestinienne, séparée, nécessairement dépendante et faible.
Il faut commencer par développer quelque chose qui manque totalement tant à la réalité israélienne qu’à la réalité palestinienne, aujourd’hui : l’idée et la pratique de la citoyenneté, et non pas d’une communauté ethnique ou raciale, en tant que principal vecteur d’une coexistence. Dans un État moderne, tous ses membres en sont les citoyens en vertu de leur présence et du fait qu’ils partagent des droits et des responsabilités. La citoyenneté, par conséquent, confère à un juif israélien et à un Arabe palestinien les mêmes privilèges et les mêmes ressources.
Une constitution et une loi fondamentale, dès lors, devient indispensable si l’on veut quitter la case I du conflit, car chaque groupe aurait le même droit à l’autodétermination ; c’est-à-dire le droit de pratiquer sa vie commune de sa manière propre (juive, ou palestinienne), peut-être dans des cantons fédérés, avec une capitale commune, à Jérusalem, des accès égaux à la terre et des droits séculiers et juridiques inaliénables. Aucune des deux parties ne pourrait être prise en otage par des extrémistes religieux.
Pourtant, les sentiments de persécution, de souffrance et de victimisation sont tellement ancrés qu’il est presque impossible d’entreprendre des initiatives politiques qui amènent les juifs et les Arabes à adopter les mêmes principes généraux d’égalité civile, tout en évitant l’écueil du « nous, contre eux ». Les intellectuels palestiniens doivent exprimer leur cause directement aux Israéliens, lors de forums publics, dans les universités et dans les médias.
Le défi est à la fois en direction et au sein de la société civile, qui est depuis longtemps soumise à un nationalisme qui est devenu un obstacle sur la voie de la réconciliation. S’ajoute, à cela, le fait que la dégradation du discours – symbolisée par Arafat et Netanyahu se lançant des accusations à la face tandis que les droits des Palestiniens sont compromis par des préoccupations de « sécurité » exagérées – empêche toute perspective davantage généreuse et plus large d’émerger.
L’alternative est insupportablement simple : soit la guerre continue (parallèlement au coût exorbitant du processus de paix actuel), soit une issue de secours, fondée sur la paix et l’égalité (comme en Afrique du Sud, après l’apartheid) est recherchée activement, en dépit des obstacles innombrables. Une fois que nous aurons acté que les Palestiniens et les Israéliens sont là pour rester, la conclusion décente ne peut être que le besoin d’une coexistence pacifique et d’une réconciliation authentique. D’une autodétermination réelle. Malheureusement, l’injustice et la belligérance ne diminuent jamais d’elles-mêmes : il faut que tous ceux qui sont concernés s’y attaquent. Ensemble.
Edward Saïd
10 janvier 1999
Publié par ISM selon New York Times.
Lire aussi :
• SAÏD Edward, Israël-Palestine - L'égalité ou rien, La Fabrique, 1999.
• SAÏD Edward, D'Oslo à l'Irak, Fayard, 2005.
• La peur de la solution à Un État : Peres sert ses arguments bidon à Washington, ISM.
Je sais : difficile à imaginer. Le narratif officiel siono-israélien et le narratif palestinien sont, en effet, irréconciliables. Les Israéliens disent qu’ils ont livré une guerre de libération, qui leur a permis de conquérir leur indépendance ; les Palestiniens disent, quant à eux, que leur société a été détruite, et la plus grande partie de la population palestinienne chassée. Et, de fait, ce caractère irréconciliable était déjà évident pour plusieurs générations successives de leaders sionistes pionniers et de penseurs sionistes, de même qu’elle l’était, bien entendu, pour tous les Palestiniens.
«Le sionisme n’était pas aveugle à la présence des Arabes en Palestine», écrit l’éminent historien israélien Zeev Sternhell dans son dernier livre « Les mythes fondateurs d’Israël » [The Founding Myths of Israel]. «Même les personnalités sionistes qui n’avaient jamais visité la Palestine savaient qu’elle n’était pas vide d’habitants. En même temps, ni le mouvement sioniste à l’étranger, ni les pionniers qui étaient en train de coloniser le pays n’ont été capables de déterminer une politique vis-à-vis du mouvement national palestinien.
La raison véritable de cet état de fait était non pas un manque de compréhension du problème, mais bien un aveu très clair de la contradiction insurmontable entre les objectifs fondamentaux des deux camps. Si les intellectuels et les leaders sionistes on ignoré le dilemme des Arabes, ce fut essentiellement parce qu’ils savaient très bien que ce problème n’avait aucune solution à l’intérieur de la manière sioniste de penser.»
Ainsi, par exemple, Ben Gourion avait toujours été d’une grande clarté. «Il n’y a pas d’exemple, dans l’histoire», avait-il dit, en 1944, « d’un peuple disant : «nous sommes d’accord pour renoncer à notre pays, qu’un autre peuple vienne et qu’il s’installe ici et nous submerge numériquement !».
Un autre leader sioniste, Berl Katznelson, n’avait, de la même manière, aucune illusion quant à la possibilité de dépasser l’opposition entre les objectifs sionistes et les objectifs palestiniens. Et des partisans de la bi-nationalité, comme Martin Buber, Judah Magnes et Hannah Arendt étaient tout à fait conscients de ce à quoi ressemblerait le choc, au cas où la situation en arriverait au point de maturité nécessaire pour que l’explosion se produise, ce qu’elle fit, bien entendu.
Dépassant largement les juifs numériquement, les Arabes palestiniens, durant la période postérieure à la déclaration Balfour de 1917 et sous le mandat britannique, refusèrent tout ce qui aurait été susceptible de remettre en cause leur domination. Il est injuste de reprocher aux Palestiniens de ne pas avoir accepté le partage de leur pays, en 1947. Jusqu’en 1948, les juifs ne tinrent qu’environ 7 % des terres.
Pourquoi, se demandèrent les Arabes lorsque la résolution de partage de la Palestine fut adoptée, devrions-nous concéder 55 % de la Palestine aux juifs, qui étaient alors une minorité, en Palestine ?
Ni la déclaration Balfour ni le mandat n’avaient jamais concédé de manière spécifique que les Palestiniens avaient des droits politiques (par opposition aux droits civils et religieux) en Palestine. L’idée de l’inégalité entre les juifs et les Arabes était, par conséquent, inhérente à la politique britannique, et donc, par la suite, à la politique israélienne et américaine et, ce, dès l’origine.
Si ce conflit apparaît insoluble, c’est en raison du fait qu’il s’agit d’une concurrence sur la même terre, de la part de deux peuples qui ont toujours considéré qu’ils disposaient d’un titre valide à cette terre et qui espéraient que leur protagoniste finirait, avec le temps, par renoncer ou s’en aller. Un camp a gagné la guerre, et l’autre l’a perdue, mais la compétition est aussi vive que jamais.
Nous, les Palestiniens (je suis, en effet, Palestinien), nous posons la question de savoir pourquoi un juif né à Varsovie ou à New York aurait le droit de s’installer ici, en Palestine (d’après la « Loi du Retour » israélienne), alors que nous, nous qui sommes ceux qui vivent ici depuis des siècles, nous n’en avons pas le droit ? Après la guerre de juin 1967, le conflit entre nous fut encore exacerbé. Des années d’occupation militaire ont créé dans le camp le plus faible de la colère, de l’humiliation et de l’hostilité.
A son discrédit, Oslo n’a strictement rien changé à cette situation. Arafat et son inflation de partisans ont été transformés en gendarmes de la sécurité d’Israël, tandis que les Palestiniens devaient supporter l’humiliation d’un « homeland » lamentable et discontinu, représentant environ 10 % de la Cisjordanie et 60 % de la bande de Gaza.
Oslo requérait de nous que nous oubliions et que nous renoncions à notre histoire de perte, de peuple dépossédé par précisément ces gens qui enseignaient à tout un chacun l’importance qu’il y avait à ne pas oublier le passé. Ainsi, nous sommes les victimes des victimes, les réfugiés des réfugiés.
La raison d’être d’Israël, en tant qu’État, a toujours été qu’il devait y avoir un État séparé, un refuge, exclusivement réservé à des juifs. Oslo lui-même était basé sur le principe d’une séparation entre les juifs et les autres, comme le répétait inlassablement Yitzhak Rabin. Pourtant, ces cinquante années écoulées, en particulier après que les colonies israéliennes commencèrent à être implantées dans les territoires occupés en 1967, l’existence des juifs est devenue de plus en plus intriquée à celle de non-juifs.
L’effort visant à séparer s’est produit simultanément, et paradoxalement, avec l’effort visant à s’emparer de plus en plus de terres, lequel, à son tour, a signifié qu’Israël avait acquis de plus en plus de résidents palestiniens. En Israël stricto sensu, les Palestiniens sont à-peu-près un million, soit près de 20 % de la population. Entre Gaza, Jérusalem Est et la Cisjordanie, la région où la colonisation est la plus dense, vivent près de 2,5 millions de Palestiniens.
Israël a construit tout un système de routes « de contournement », contournant les villes et les villages palestiniens et connectant les colonies entre elles et évitant les Arabes.
Mais le territoire de la Palestine historique est tellement exigu, et les Israéliens et les Palestiniens sont tellement mêlés qu’en dépit de leur inégalité et de leur antipathie, cette séparation franche ne se réalisera jamais, ni elle ne fonctionnera jamais, car c’est impossible. On estime qu’aux environ de 2010 il y aura une parité démographique. Que va-t-il se produire, après ça ?
Manifestement, un système privilégiant les juifs israéliens ne satisfera ni ceux qui veulent un État entièrement juif, homogène, ni ceux qui vivent là-bas, mais ne sont pas juifs. Pour les premiers, les Palestiniens sont un obstacle dont il faudra, peu ou prou, se débarrasser.
Quant aux seconds, le fait d’être palestinien dans une cité juive signifie régresser à jamais à un statut subalterne. Mais les Palestiniens d’Israël ne veulent pas partir ; ils disent qu’ils sont déjà dans ce qui est leur pays, et ils refusent toute éventualité d’aller vivre dans un État palestinien séparé, au cas improbable où il en serait créé un. Pendant ce temps, les conditions draconiennes imposées à Arafat lui rendent difficile de soumettre les habitants hautement politisés de la bande de Gaza et de la Cisjordanie.
Ces Palestiniens ont des aspirations à l’autodétermination qui, contrairement aux calculs des Israéliens, ne montrent nul signe qu’elles s’éventeraient. Il est également évident qu’en tant que peuple arabe – et, étant donné les traités de paix froide signés respectivement entre Israël et l’Egypte et entre Israël et la Jordanie, c’est là un fait important –, les Palestiniens veulent, à tout prix, conserver leur identité de partie constitutive du monde arabo-islamique circonstant.
Pour toutes ces raisons, le problème tient au fait que l’autodétermination palestinienne en un État séparé est impraticable, exactement de la même manière qu’est impraticable le principe de la séparation entre une population arabe démographiquement mêlée et irréversiblement cohérente et une population juive. La question, je pense, n’est point tant celle d’imaginer des moyens permettant de continuer à tenter de les séparer, mais bien celle d’examiner s’il est possible, pour eux, de vivre ensemble, aussi justement et pacifiquement que possible.
La situation actuelle est une impasse décourageante, pour ne pas dire sanglante. Les sionistes tant à l’intérieur qu’à l’extérieur d’Israël ne renonceront pas à leur désir d’un État juif séparé ; les Palestiniens veulent la même chose, pour eux, bien qu’ils ont accepté plus ou moins Oslo. Pourtant, dans les deux cas, l’idée d’un État pour « nous » entre tout simplement en contradiction avec les faits : à moins de procéder à un nettoyage ethnique ou à un «transfert en masse» comme en 1948, Israël ne dispose d’aucun moyen qui lui permette de se débarrasser des Palestiniens, ou de les transférer », comme en 1948, ni les Palestiniens de se voir débarrasser des Israéliens. Ni un camp, ni l’autre, n’a d’option militaire viable contre l’autre : c’est la raison qui fait, je suis désolé de le dire, que les deux camps ont opté pour une paix qui s’efforce d’une manière tellement patente de réaliser ce que la guerre a été incapable de réaliser.
Plus persiste ces patterns actuels de colonisation israélienne et de confinement et de résistance des Palestiniens, et moins il y aura, vraisemblablement, de réelle sécurité pour l’un et l’autre camp. Il a toujours été manifestement absurde que l’obsession sécuritaire de Netanyahu ait été formulée exclusivement en termes de soumission des Palestiniens à ses exigences.
D’un côté, lui et Ariel Sharon ont accablé de plus en plus les Palestiniens de leurs incitations à grands-cris lancées aux colons de s’accaparer toutes les terres qu’ils pouvaient. D’un autre côté, Netanyahu escomptait que de telles méthodes induiraient les Palestiniens à accepter tout ce qu’Israël faisait, en l’absence de toute mesure de réciprocité de la part d’Israël.
Arafat, soutenu par Washington, de plus en plus répressif, jour après jour. Citant les règlements d’urgence adoptés par les Britanniques en 1936 à l’encontre des Palestiniens, il a décrété récemment, par exemple, que l’incitation à la violence et au conflit raciaux et religieux, mais même de critiquer le processus de paix en lui-même ( !). Il n’y a pas de constitution palestinienne, ni de loi fondamentale palestinienne : Arafat refuse tout simplement d’accepter que des limites soient imposées à son pouvoir, à la lumière du soutien américano-israélien dont il bénéficie. Qui, de fait, pense que tout cela pourrait amener à Israël la sécurité et la soumission totale et éternelle des Palestiniens ?
La violence, la haine et l’intolérance sont générées par l’injustice, la pauvreté et la frustration du sentiment de réalisation politique. A l’automne dernier, des centaines d’hectares de terres palestiniennes ont été expropriées par l’armée israélienne autour du village d’Umm al-Fahm, qui n’est pas en Cisjordanie, mais sur le territoire « israélien » de 1948. Cela a rappelé le fait que même en tant que citoyens israéliens, les Palestiniens sont traités en inférieurs, comme des gens appartenant fondamentalement à une sorte de sous-classe vivant dans les conditions de l’apartheid.
En même temps, Israël n’ayant pas non plus de constitution, et étant donné que les partis ultra-orthodoxes acquièrent de plus en plus de pouvoir politique, des groupes et des individus israéliens juifs ont commencé à s’organiser autour de la notion d’une démocratie laïque pleine et entière pour tous les citoyens israéliens. Le charismatique Azmi Bishara, un député arabe à la Knesset, a lui aussi évoqué l’élargissement du concept de citoyenneté en tant que moyen permettant de dépasser les frontières ethniques et les critères religieux qui font, de fait, aujourd’hui, d’Israël un État non-démocratique pour 20 % de sa population.
En Cisjordanie, à Jérusalem et à Gaza, la situation est profondément instable et susceptible d’être exploitée. Protégés par l’armée, les colons israéliens (qui sont près de 350 000) vivent comme des gens extraterritoriaux privilégiés, qui disposent de droit que les résidents palestiniens n’ont pas. (Par exemple, les Palestiniens de Cisjordanie ne peuvent pas aller à Jérusalem, et dans 70 % de ce territoire, ils sont toujours soumis à la loi militaire israélienne, leur terre pouvant être confisquée à tout instant). Israël contrôle les ressources hydriques des Palestiniens ainsi que leur sécurité, ainsi que toutes les sorties et entrées des territoires occupés. Même l’aéroport de Gaza, flambant neuf, est soumis au contrôle de la sécurité israélienne.
Inutile d’être un expert pour voir qu’il s’agit là d’une ordonnance efficace pour étendre le conflit, et non pas pour le limiter. Ici, il faut affronter la vérité en face, et non pas l’éviter, ou pire, la nier.
Il y a des Israéliens juifs, aujourd’hui, qui parlent, de manière candide, de je ne sais quel « post-sionisme », au motif que jusqu’à présent, après cinquante ans d’histoire israélienne, le sionisme classique n’a apporté ni la moindre solution à la présence palestinienne, ni une présence juive exclusive. Je ne vois pas d’autre solution que celle consistant à commencer, dès maintenant, à parler du partage de la terre qui nous a mis aux prises les uns avec les autres, de la partager d’une manière réellement démocratique, avec des droits égaux pour chaque citoyen. Il ne saurait y avoir nulle réconciliation tant que les deux peuples, ces deux communautés de souffrances, n’auront pas décidé que leur existence est une donnée séculière et qu’elle doit être envisagée en tant que telle.
Cela ne signifie en rien une atteinte à la vie juive en tant que vie juive ni un renoncement, par les Arabes palestiniens, à leurs aspirations et à leur existence politique. Au contraire, cela signifie l’autodétermination pour les deux peuples. Mais cela signifie surtout d’être désireux d’adoucir, de minimiser et en fin de compte de renoncer à tout statut spécial de l’un des deux peuples, au détriment de l’autre.
La loi du retour, pour les juifs, et le droit au retour des réfugiés palestiniens doivent être pris en compte et refaçonnés ensemble. Les deux notions d’un Grand Israël, en tant que terre du peuple juif qui leur aurait été donnée par Dieu lui-même et celle de la Palestine en tant que terre arabe qui ne saurait être aliénée de la patrie arabe doivent être réduites tant en matière de voilure que d’exclusivisme.
De manière significative, l’histoire millénaire de la Palestine présente, au minimum, deux précédents permettant de réfléchir en ces termes à la fois séculiers et modestes. Tout d’abord, la Palestine est, et elle a toujours été, le lieu de multiples histoires ; c’est une simplification abusive que de la penser comme principalement, ou a fortiori exclusivement juive, ou arabe. Si la présence juive est de longue date, elle n’est en aucun cas la principale.
Parmi les autres occupants des lieux, nous relèverons les Cananéens, les Moabites, les Jébuséens et les Philistins, dans l’antiquité, et les Romains, les Ottomans, les Byzantins et les Croisés, à l’ère moderne. La Palestine est multiculturelle, elle est multiethnique, elle est multi-religieuse. On ne trouverait quasiment pas de justification historique à une quelconque homogénéité, de même qu’il y a très peu de justification à de notions telles que la pureté nationale, ethnique et religieuse, de nos jours.
Ensuite, durant l’entre-deux-guerres, un petit groupe (petit en nombre, mais important) de penseurs juifs (Judah Magnes, Martin Buber, Hannah Arendt et d’autres) ont argué et ont promu un État binational. La logique du sionisme, bien entendu, a étouffé leurs efforts, mais l’idée est là, bien vivante, aujourd’hui, ici et là, parmi des juifs et des Arabes frustrés par les insuffisances et les déprédations manifestes du présent. L’essence de leur vision, c’est la coexistence et le partage, de manières qui requièrent une volonté innovatrice, audacieuse et théorique de transcender le marasme aride de l’assertion et du rejet. Une fois accomplie la reconnaissance de l’Autre en tant qu’égal à soi, je suis persuadé que la progression en avant devient non seulement possible, mais qu’elle a même un caractère passionnant.
Le premier pas, toutefois, est très difficile à faire, pour quiconque. Les juifs israéliens sont totalement isolés de la réalité palestinienne ; la plupart d’entre eux disent d’ailleurs que la réalité palestinienne ne les concerne pas réellement. Je me souviens de la première fois où je suis allé, en voiture, de Ramallah en Israël : j’eus l’impression de passer directement du Bangladesh en Californie du Sud. Et pourtant, la réalité n’est jamais aussi tranchée…
La génération de Palestiniens à laquelle j’appartiens, encore sonnée par le choc subi d’avoir tout perdu, en 1948, estime pratiquement impossible d’accepter que leurs maisons et leurs fermes leur aient été volées par quelqu’un d’autre. Je ne vois aucun moyen d’ignorer le fait qu’en 1948 un peuple en a chassé et déporté un autre, commettant de ce fait une très grave injustice.
Lire en parallèle l’histoire palestinienne et l’histoire juive, non seulement cela donne aux tragédies de l’Holocauste et de ce qui est arrivé, par voie de conséquence, aux Palestiniens, toute leur force, mais cela révèle de quelle manière, tout au long de la vie inter-reliée des Israéliens et des Palestiniens, depuis 1948, un des deux peuples – le peuple palestinien – a porté une part disproportionnée de la douleur et de la perte.
Cette formulation de la réalité historique ne pose aucun problème aux Israéliens religieux et de droite, ainsi qu’à ceux qui les soutiennent. « Oui », disent-ils, « nous avons gagné, mais c’est très bien comme cela. Cette terre est la terre d’Israël, et de personne d’autre ». J’ai entendu de tels propos, proférés par un soldat israélien assurant la protection d’un bulldozer en train de détruire un champ appartenant à un Palestinien, en Cisjordanie (tandis que son propriétaire, impuissant, assistait, effondré, à la scène), afin de construire une route de contournement.
Mais ces gens-là ne sont pas les seuls Israéliens. Pour d’autres Israéliens, des Israéliens qui veulent une paix, qui ne peut résulter, à leurs yeux, que de la réconciliation, on constate un mécontentement contre la mainmise de plus en plus importante des partis politiques religieux sur la vie israélienne, de manière générale, et contre les injustices du processus d’Oslo et les frustrations qu’elles génèrent. Beaucoup de ces Israéliens manifestent contre les expropriations de terres palestiniennes et les démolitions de maisons palestiniennes auxquelles procède leur gouvernement. Aussi éprouve-t-on un sentiment de volonté salutaire de rechercher la paix ailleurs que dans l’accaparement des terres et ailleurs que dans les attentats-suicides.
Pour certains Palestiniens, parce qu’ils sont le camp des faibles, des perdants, le fait de renoncer à une restauration pleine et entière de la Palestine arabe reviendrait à renoncer à leur propre histoire personnelle. La plupart des autres, toutefois, et en particulier la génération de mes enfants, sont sceptiques vis-à-vis de leurs aînés, et ils envisagent le futur d’une manière moins conventionnelle, ils veulent dépasser le conflit et ses pertes sans fin.
Evidemment, les establishments des deux communautés sont bien trop liés aux courants « pragmatiques » de pensée, ainsi qu’aux formations politiques actuels, pour s’aventurer dans quelque chose qui soit plus risqué, mais quelques autres (tant Palestiniens qu’Israéliens) ont commencé à formuler des alternatives radicales au statu quo. Ils refusent d’accepter les limitations d’Oslo, ce qu’un chercheur israélien a qualifié de « paix sans les Palestiniens », tandis que d’autres me disent que le véritable combat doit être mené autour de droits égaux pour les Arabes et pour les juifs, et non pas autour d’une entité palestinienne, séparée, nécessairement dépendante et faible.
Il faut commencer par développer quelque chose qui manque totalement tant à la réalité israélienne qu’à la réalité palestinienne, aujourd’hui : l’idée et la pratique de la citoyenneté, et non pas d’une communauté ethnique ou raciale, en tant que principal vecteur d’une coexistence. Dans un État moderne, tous ses membres en sont les citoyens en vertu de leur présence et du fait qu’ils partagent des droits et des responsabilités. La citoyenneté, par conséquent, confère à un juif israélien et à un Arabe palestinien les mêmes privilèges et les mêmes ressources.
Une constitution et une loi fondamentale, dès lors, devient indispensable si l’on veut quitter la case I du conflit, car chaque groupe aurait le même droit à l’autodétermination ; c’est-à-dire le droit de pratiquer sa vie commune de sa manière propre (juive, ou palestinienne), peut-être dans des cantons fédérés, avec une capitale commune, à Jérusalem, des accès égaux à la terre et des droits séculiers et juridiques inaliénables. Aucune des deux parties ne pourrait être prise en otage par des extrémistes religieux.
Pourtant, les sentiments de persécution, de souffrance et de victimisation sont tellement ancrés qu’il est presque impossible d’entreprendre des initiatives politiques qui amènent les juifs et les Arabes à adopter les mêmes principes généraux d’égalité civile, tout en évitant l’écueil du « nous, contre eux ». Les intellectuels palestiniens doivent exprimer leur cause directement aux Israéliens, lors de forums publics, dans les universités et dans les médias.
Le défi est à la fois en direction et au sein de la société civile, qui est depuis longtemps soumise à un nationalisme qui est devenu un obstacle sur la voie de la réconciliation. S’ajoute, à cela, le fait que la dégradation du discours – symbolisée par Arafat et Netanyahu se lançant des accusations à la face tandis que les droits des Palestiniens sont compromis par des préoccupations de « sécurité » exagérées – empêche toute perspective davantage généreuse et plus large d’émerger.
L’alternative est insupportablement simple : soit la guerre continue (parallèlement au coût exorbitant du processus de paix actuel), soit une issue de secours, fondée sur la paix et l’égalité (comme en Afrique du Sud, après l’apartheid) est recherchée activement, en dépit des obstacles innombrables. Une fois que nous aurons acté que les Palestiniens et les Israéliens sont là pour rester, la conclusion décente ne peut être que le besoin d’une coexistence pacifique et d’une réconciliation authentique. D’une autodétermination réelle. Malheureusement, l’injustice et la belligérance ne diminuent jamais d’elles-mêmes : il faut que tous ceux qui sont concernés s’y attaquent. Ensemble.
Edward Saïd
10 janvier 1999
Publié par ISM selon New York Times.
Lire aussi :
• SAÏD Edward, Israël-Palestine - L'égalité ou rien, La Fabrique, 1999.
• SAÏD Edward, D'Oslo à l'Irak, Fayard, 2005.
• La peur de la solution à Un État : Peres sert ses arguments bidon à Washington, ISM.
24 février 2009
Valse avec Bachir
Le film Valse avec Bachir est un dessin animé documentaire retraçant la quête du réalisateur à la recherche de sa mémoire des massacres de 1982 au camp de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila à Beyrouth, au Liban. Il a été acclamé dans le monde entier.
Le film se présente, et c’est ainsi qu’il a été généralement accueilli, comme une narration honnête et introspective d’un parcours menant à une confrontation avec la culpabilité et la responsabilité. Plus d’un quart de siècle après les atrocités de Sabra et Chatila, au cours desquelles environ 2000 civils ont été brutalement assassinés, nous sommes témoins d’un moment de perversion : un film israélien, en apparence « contre la guerre », remporte plusieurs prix cinématographiques israéliens et internationaux dans le contexte, non seulement de la brutale occupation israélienne, des violations du droit international, du racisme et du refus de leurs droits aux réfugiés, mais aussi dans celui des récentes atrocités commises par les forces israéliennes à Gaza.
[...]
Dire que les Palestiniens sont absents dans Valse avec Bachir, dire qu’il s’agit d’un film qui ne traite pas des Palestiniens, mais des Israéliens qui ont fait leur service au Liban, traduit à peine la violence que ce film fait aux Palestiniens. Il n’y a rien d’intéressant ou de nouveau dans la manière dont on décrit les Palestiniens - ils n’ont pas de nom, ils ne parlent pas, ils sont anonymes. Mais ce ne sont pas simplement des victimes sans visage. Au contraire, les victimes de l’histoire racontée par Valse avec Bachir ce sont des soldats israéliens. Leur angoisse, les questions qu’ils se posent, leur confusion, leur douleur - voilà qui est censé nous émouvoir. L’animation en rotoscope est très bien faite, les expressions du visage sont tellement engageantes, subtiles et torturées, et nous nous surprenons à grimacer et haleter devant les épreuves et les tribulations des jeunes soldats israéliens et devant l’angoisse qu’ils vivent plus tard. Nous ne voyons pas d’ expression sur les visages des Palestiniens ; on ne s’attarde que sur des visages morts, anonymes. Alors que les Palestiniens ne sont jamais pleinement humains, les Israéliens le sont et sont de fait humanisés de bout en bout du film.
Nous voyons souvent les Palestiniens - pour autant qu’on les voie - explosant en morceaux ou gisant morts, mais il y a une scène où des femmes palestiniennes en deuil occupent une rue. Elles ne parlent pas ; elles pleurent et elles crient. Nous ne voyons pas les rides amères de leur deuil, nous ne voyons pas leurs larmes. La caméra zoome plutôt sur le visage de Folman-jeune qui les regarde : sa respiration devient plus haletante, et il fait fonction d’ancre émotionnelle dans la scène. Ceci est très typique du film en ce que la souffrance et les expériences des Palestiniens ne valent que pour l’effet qu’elles ont sur les soldats israéliens et jamais en tant que telles.
[...]
Ce n’est pas que l’absence des Palestiniens soit nécessairement un problème en soi. Il y a effectivement des films où l’absence est la clé et devient donc une présence d’autant plus significative. Dans le film d’Alfred Hitchcock Rebecca par exemple, l’absence obsédante du véritable personnage central, les traces qu’elle a laissées, les allusions qui y sont faites rendent Rebecca d’autant plus présente. Ce n’est pas le cas avec les Palestiniens de Valse avec Bachir. Ils sont périphériques à l’histoire de la vie émotionnelle des anciens combattants israéliens, une histoire de découverte de soi et de rédemption israéliennes. Effectivement, on se rend compte que le réalisateur n’a pas besoin de découvrir les événements de Sabra et Chatila pour pleinement comprendre le rôle qu’il a joué là-bas, ce qui s’est passé, sa responsabilité ou vérité. Sabra et Chatila sont plutôt des portails vers « d’autres camps ». Le psychologue - ami - philosophe - prêtre, - référence morale - dit à Folman que ceci concerne en fait « un autre massacre » « les autres camps ». À ce stade, on apprend que les parents de Folman étaient des survivants des camps. « Tu étais impliqué dans le massacre bien longtemps avant qu’il ne se produise » dit le psychologue « par le biais des souvenirs d’Auschwitz de tes parents". L’ami suggère comme solution que Folman aille à Sabra et Chatila pour découvrir ce qui s’est passé. Tout devient clair. Voilà le sens de Sabra et Chatila - un moyen, un mécanisme, un chapitre dans la découverte de soi des Israéliens, un moyen de faire la paix avec soi-même. Les Palestiniens sont doublement absents.
[...]
S’il n’est pas si facile de dire qui faisait le sale boulot et pour le compte de qui, Israël n’était quand même le sous-traitant de personne quand il a envahi le Liban. Le film ne nous montre ni les bombardements israéliens de Beyrouth, qui ont tué 18000 personnes et en on blessé 30.000, ni les violations commises contre les civils, ni la destruction de la résistance palestinienne et libanaise. Et qu’en est-il du fait que l’Organisation de libération de la Palestine et les résistants armés avaient été évacués plus de deux semaines avant les massacres et que c’est le lendemain du départ des forces multinationales de Beyrouth, que Sharon, le ministre israélien de la défense, a annoncé qu’il restait 2000 "terroristes" dans les camps ? La quête de Folman au sujet de la responsabilité dans Valse avec Bachir s’attache à l’allumage des balises lumineuses pendant que les phalangistes « nettoyaient » les camps. Dans Valse avec Bachir on ne dit pas que deux mois avant les massacres, Sharon avait annoncé qu’il comptait envoyer les phalangistes dans les camps, que l’armée israélienne avait encerclé et bloqué les camps, qu’elle avait bombardé les camps, que des francs-tireurs avaient visé les habitants des camps pendant les jours qui avaient précédé les massacres et qu’ensuite, ayant donné le feu vert aux phalangistes pour qu’ils entrent à Sabra et Chatila, l’armée israélienne avait empêché les Palestiniens de s’échapper des camps.
Le film place la responsabilité des massacres sans équivoque sur le dos des phalangistes libanais. Les soldats israéliens ont des réticences, mais ne font rien, les responsables israéliens sont informés et ne font rien : ce sont les phalangistes que l’on décrit comme des êtres brutaux et inutilement violents. Mais,ce n’est pas un film au sujet des Palestiniens, pas plus qu’un film sur les phalangistes libanais, c’est un film au sujet des Israéliens. Apparemment, l’argument c’est que les jeunes soldats israéliens sont moralement supérieurs à ces bêtes assoiffées de sang, non seulement parce que ce ne sont pas eux, mais les phalangistes qui ont effectivement massacré et exécuté les victimes, mais aussi parce qu’ils sont supérieurs de par leur simple existence.
[...]
Les suites immédiates de Sabra et Chatila montrent un moment rare, mais limité, où les Israéliens s’interrogent. Il semble bizarre qu’un film israélien aux prises avec la responsabilité des massacres supprime complètement ce moment de l’histoire israélienne et de sa mémoire collective. Après des manifestations réunissant plus de 300 000 personnes, le gouvernement israélien a établi la commission Kahan pour mener une enquête sur ce qui s’était passé à Sabra et Chatila. Les enquêteurs avaient plusieurs limitations et une de leurs conclusions a été que le ministre de la défense, Ariel Sharon, était indirectement, mais personnellement responsable des massacres ; on lui enleva son portefeuille ministériel. Bien entendu, le même Ariel Sharon a été plus tard élu et réélu comme premier ministre d’Israël.
[...]
En dernière analyse, c’est de cela que parle Valse avec Bachir : la dérobade devant la responsabilité. Ce n’est pas que l’introspection offerte par le film n’est que partielle et que nous serions simplement négatifs en nous disant insatisfaits. C’est parce que nous n’avons aucune idée du rôle joué par Israël au Liban, parce qu’il s’agit de racheter de façon éthique et morale le réalisateur et ses contemporains - et par extension le soi israélien, l’armée et la nation israélienne, la collectivité israélienne en d’autres termes - que ce film est un acte, non pas d’introspection limitée, mais une auto justification. Il essaie de démêler les scrupules pour que le soi retrouve sa stabilité tel qu’il est actuellement constitué ; le film ne pose pas de questions dérangeantes qui déstabiliseraient le soi. Et on nous rappelle le commentaire fait par le psychologue au début du film « nous ne nous rendons pas dans les endroits où nous ne voulons pas aller. La mémoire nous emmène là où nous voulons aller. » Cela explique peut-être comment, alors que Gaza était décimée, Israël acclamait et récompensait Valse avec Bachir ; outre les nombreux prix internationaux, le film a raflé six récompenses de l’académie israélienne du film. En fait, ces mêmes Israéliens qui se pressaient pour voir le film ont approuvé avec enthousiasme l’opération plomb fondu à Gaza. Selon un sondage diffusé le 14 janvier par l’université de Tel-Aviv, une majorité écrasante de 94 % des Israéliens juifs appuyait ou soutenait fortement l’opération.
Publié par Info-Palestine selon Electronic Intifada.
Lire aussi :
Wikipédia
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Le film se présente, et c’est ainsi qu’il a été généralement accueilli, comme une narration honnête et introspective d’un parcours menant à une confrontation avec la culpabilité et la responsabilité. Plus d’un quart de siècle après les atrocités de Sabra et Chatila, au cours desquelles environ 2000 civils ont été brutalement assassinés, nous sommes témoins d’un moment de perversion : un film israélien, en apparence « contre la guerre », remporte plusieurs prix cinématographiques israéliens et internationaux dans le contexte, non seulement de la brutale occupation israélienne, des violations du droit international, du racisme et du refus de leurs droits aux réfugiés, mais aussi dans celui des récentes atrocités commises par les forces israéliennes à Gaza.
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Dire que les Palestiniens sont absents dans Valse avec Bachir, dire qu’il s’agit d’un film qui ne traite pas des Palestiniens, mais des Israéliens qui ont fait leur service au Liban, traduit à peine la violence que ce film fait aux Palestiniens. Il n’y a rien d’intéressant ou de nouveau dans la manière dont on décrit les Palestiniens - ils n’ont pas de nom, ils ne parlent pas, ils sont anonymes. Mais ce ne sont pas simplement des victimes sans visage. Au contraire, les victimes de l’histoire racontée par Valse avec Bachir ce sont des soldats israéliens. Leur angoisse, les questions qu’ils se posent, leur confusion, leur douleur - voilà qui est censé nous émouvoir. L’animation en rotoscope est très bien faite, les expressions du visage sont tellement engageantes, subtiles et torturées, et nous nous surprenons à grimacer et haleter devant les épreuves et les tribulations des jeunes soldats israéliens et devant l’angoisse qu’ils vivent plus tard. Nous ne voyons pas d’ expression sur les visages des Palestiniens ; on ne s’attarde que sur des visages morts, anonymes. Alors que les Palestiniens ne sont jamais pleinement humains, les Israéliens le sont et sont de fait humanisés de bout en bout du film.
Nous voyons souvent les Palestiniens - pour autant qu’on les voie - explosant en morceaux ou gisant morts, mais il y a une scène où des femmes palestiniennes en deuil occupent une rue. Elles ne parlent pas ; elles pleurent et elles crient. Nous ne voyons pas les rides amères de leur deuil, nous ne voyons pas leurs larmes. La caméra zoome plutôt sur le visage de Folman-jeune qui les regarde : sa respiration devient plus haletante, et il fait fonction d’ancre émotionnelle dans la scène. Ceci est très typique du film en ce que la souffrance et les expériences des Palestiniens ne valent que pour l’effet qu’elles ont sur les soldats israéliens et jamais en tant que telles.
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Ce n’est pas que l’absence des Palestiniens soit nécessairement un problème en soi. Il y a effectivement des films où l’absence est la clé et devient donc une présence d’autant plus significative. Dans le film d’Alfred Hitchcock Rebecca par exemple, l’absence obsédante du véritable personnage central, les traces qu’elle a laissées, les allusions qui y sont faites rendent Rebecca d’autant plus présente. Ce n’est pas le cas avec les Palestiniens de Valse avec Bachir. Ils sont périphériques à l’histoire de la vie émotionnelle des anciens combattants israéliens, une histoire de découverte de soi et de rédemption israéliennes. Effectivement, on se rend compte que le réalisateur n’a pas besoin de découvrir les événements de Sabra et Chatila pour pleinement comprendre le rôle qu’il a joué là-bas, ce qui s’est passé, sa responsabilité ou vérité. Sabra et Chatila sont plutôt des portails vers « d’autres camps ». Le psychologue - ami - philosophe - prêtre, - référence morale - dit à Folman que ceci concerne en fait « un autre massacre » « les autres camps ». À ce stade, on apprend que les parents de Folman étaient des survivants des camps. « Tu étais impliqué dans le massacre bien longtemps avant qu’il ne se produise » dit le psychologue « par le biais des souvenirs d’Auschwitz de tes parents". L’ami suggère comme solution que Folman aille à Sabra et Chatila pour découvrir ce qui s’est passé. Tout devient clair. Voilà le sens de Sabra et Chatila - un moyen, un mécanisme, un chapitre dans la découverte de soi des Israéliens, un moyen de faire la paix avec soi-même. Les Palestiniens sont doublement absents.
[...]
S’il n’est pas si facile de dire qui faisait le sale boulot et pour le compte de qui, Israël n’était quand même le sous-traitant de personne quand il a envahi le Liban. Le film ne nous montre ni les bombardements israéliens de Beyrouth, qui ont tué 18000 personnes et en on blessé 30.000, ni les violations commises contre les civils, ni la destruction de la résistance palestinienne et libanaise. Et qu’en est-il du fait que l’Organisation de libération de la Palestine et les résistants armés avaient été évacués plus de deux semaines avant les massacres et que c’est le lendemain du départ des forces multinationales de Beyrouth, que Sharon, le ministre israélien de la défense, a annoncé qu’il restait 2000 "terroristes" dans les camps ? La quête de Folman au sujet de la responsabilité dans Valse avec Bachir s’attache à l’allumage des balises lumineuses pendant que les phalangistes « nettoyaient » les camps. Dans Valse avec Bachir on ne dit pas que deux mois avant les massacres, Sharon avait annoncé qu’il comptait envoyer les phalangistes dans les camps, que l’armée israélienne avait encerclé et bloqué les camps, qu’elle avait bombardé les camps, que des francs-tireurs avaient visé les habitants des camps pendant les jours qui avaient précédé les massacres et qu’ensuite, ayant donné le feu vert aux phalangistes pour qu’ils entrent à Sabra et Chatila, l’armée israélienne avait empêché les Palestiniens de s’échapper des camps.
Le film place la responsabilité des massacres sans équivoque sur le dos des phalangistes libanais. Les soldats israéliens ont des réticences, mais ne font rien, les responsables israéliens sont informés et ne font rien : ce sont les phalangistes que l’on décrit comme des êtres brutaux et inutilement violents. Mais,ce n’est pas un film au sujet des Palestiniens, pas plus qu’un film sur les phalangistes libanais, c’est un film au sujet des Israéliens. Apparemment, l’argument c’est que les jeunes soldats israéliens sont moralement supérieurs à ces bêtes assoiffées de sang, non seulement parce que ce ne sont pas eux, mais les phalangistes qui ont effectivement massacré et exécuté les victimes, mais aussi parce qu’ils sont supérieurs de par leur simple existence.
[...]
Les suites immédiates de Sabra et Chatila montrent un moment rare, mais limité, où les Israéliens s’interrogent. Il semble bizarre qu’un film israélien aux prises avec la responsabilité des massacres supprime complètement ce moment de l’histoire israélienne et de sa mémoire collective. Après des manifestations réunissant plus de 300 000 personnes, le gouvernement israélien a établi la commission Kahan pour mener une enquête sur ce qui s’était passé à Sabra et Chatila. Les enquêteurs avaient plusieurs limitations et une de leurs conclusions a été que le ministre de la défense, Ariel Sharon, était indirectement, mais personnellement responsable des massacres ; on lui enleva son portefeuille ministériel. Bien entendu, le même Ariel Sharon a été plus tard élu et réélu comme premier ministre d’Israël.
[...]
En dernière analyse, c’est de cela que parle Valse avec Bachir : la dérobade devant la responsabilité. Ce n’est pas que l’introspection offerte par le film n’est que partielle et que nous serions simplement négatifs en nous disant insatisfaits. C’est parce que nous n’avons aucune idée du rôle joué par Israël au Liban, parce qu’il s’agit de racheter de façon éthique et morale le réalisateur et ses contemporains - et par extension le soi israélien, l’armée et la nation israélienne, la collectivité israélienne en d’autres termes - que ce film est un acte, non pas d’introspection limitée, mais une auto justification. Il essaie de démêler les scrupules pour que le soi retrouve sa stabilité tel qu’il est actuellement constitué ; le film ne pose pas de questions dérangeantes qui déstabiliseraient le soi. Et on nous rappelle le commentaire fait par le psychologue au début du film « nous ne nous rendons pas dans les endroits où nous ne voulons pas aller. La mémoire nous emmène là où nous voulons aller. » Cela explique peut-être comment, alors que Gaza était décimée, Israël acclamait et récompensait Valse avec Bachir ; outre les nombreux prix internationaux, le film a raflé six récompenses de l’académie israélienne du film. En fait, ces mêmes Israéliens qui se pressaient pour voir le film ont approuvé avec enthousiasme l’opération plomb fondu à Gaza. Selon un sondage diffusé le 14 janvier par l’université de Tel-Aviv, une majorité écrasante de 94 % des Israéliens juifs appuyait ou soutenait fortement l’opération.
Publié par Info-Palestine selon Electronic Intifada.
Lire aussi :
23 février 2009
Déportation de Palestiniens
La municipalité israélienne de Jérusalem a remis à plus de 100 familles palestiniennes des notifications de la démolition de leurs maisons dans le quartier Silwan de la région Boustan de la ville occupée de Jérusalem, sous prétexte de construction sans permis.
La procédure d’expulsion, qui se présente comme la plus large depuis 1967 va causer le déplacement de plus de 1500 Palestiniens de Jérusalem, et le retrait de leur droit de résidence dans la ville.
Dans le même contexte, l’Organisation chrrétienne et islamique pour la protection des lieux saints de Jérusalem a accusé Tel Aviv de mener une « guerre » sur la ville de Jérusalem pour l’élimination des quartiers arabes et demande un soutien arabe et international pour sauver la ville sainte des tentatives de « judaïsation ». [...]
Le secrétaire général de l’organisation Hassan Khatir, a déclaré que les habitants du quartier « Hay Al Boustan » au sud de la mosquée d’Al Aqsa sont en grand danger et que leur expusion est devenue certaine.
Ce dernier a ajouté que les autorités d’occupation ont réussi à faire fuir des dizaines de milliers de chrétiens à cause des dures conditions de vie imposées aux Palestiniens en général ; dans la ville sainte seul 1% de la population est chrétienne après avoir atteint parfois plus de 5%.
Il a également déclaré : « Nous profiterons de la visite du pape prévue le 8 Mai prochain pour attirer son attention sur le complot sioniste qui vise à vider la terre sainte de toute présence chrétienne ».
Publié par Info-Palestine.
La procédure d’expulsion, qui se présente comme la plus large depuis 1967 va causer le déplacement de plus de 1500 Palestiniens de Jérusalem, et le retrait de leur droit de résidence dans la ville.
Dans le même contexte, l’Organisation chrrétienne et islamique pour la protection des lieux saints de Jérusalem a accusé Tel Aviv de mener une « guerre » sur la ville de Jérusalem pour l’élimination des quartiers arabes et demande un soutien arabe et international pour sauver la ville sainte des tentatives de « judaïsation ». [...]
Le secrétaire général de l’organisation Hassan Khatir, a déclaré que les habitants du quartier « Hay Al Boustan » au sud de la mosquée d’Al Aqsa sont en grand danger et que leur expusion est devenue certaine.
Ce dernier a ajouté que les autorités d’occupation ont réussi à faire fuir des dizaines de milliers de chrétiens à cause des dures conditions de vie imposées aux Palestiniens en général ; dans la ville sainte seul 1% de la population est chrétienne après avoir atteint parfois plus de 5%.
Il a également déclaré : « Nous profiterons de la visite du pape prévue le 8 Mai prochain pour attirer son attention sur le complot sioniste qui vise à vider la terre sainte de toute présence chrétienne ».
Publié par Info-Palestine.
Sur les élections israéliennes
Pour la gauche sioniste, fin de l’histoire et une énorme responsabilité pour la gauche non sioniste pour la construction d’une alternative crédible.
1 - Moins d’un mois après le massacre de Gaza, la démocratie israélienne a fonctionné comme si de rien n’était ; la droite et la gauche se positionnaient pour ou contre la tuerie pendant que les citoyens israéliens remplissaient leur devoir civique avec leur bulletin de vote. D’une main on massacre, de l’autre on vote : plusieurs d’entre nous qui avaient senti qu’il y avait là quelque chose d’obscène, sont pourtant allés voter comme tous les autres.
2 - La campagne électorale fut, sans aucun doute, la plus vide et la plus ennuyeuse de ces quatre dernières décennies : aucun suspense, pas de confrontations, pas de débats. Les trois grands partis politiques présentaient pratiquement le même programme, tant en politique intérieure et économique - néolibéralisme classique, comme si la crise économique internationale ne touchait pas l’Etat juif - que sur les questions concernant le monde arabe et plus particulièrement les Palestiniens. Il n’est pas étonnant que l’intérêt porté par l’opinion à ces élections fut extrêmement faible.
3 - Le Likoud a doublé son nombre de voix, mais ce n’est pas une surprise : ses résultats catastrophiques des dernières élections avaient reflété une conjoncture et une situation exceptionnelles (la scission voulue par Arial Sharon) auxquelles le départ de Sharon avait mis fin. Pour le parti de Netanyahu, c’est un retour à son niveau normal.
4 - De l’autre côté, l’effondrement de la gauche sioniste est une défaite historique, elle tombe de 23 sièges (ce qui était déjà faible) à 15 sièges, moins d’un tiers du nombre de sièges qu’elle avait il y a dix ans. Comme l’a noté Gideon Levy (Ha’aretz du 12 février) : après que cette gauche ait adopté le discours politique de la droite et appliqué sa politique, l’opinion israélienne n’a pas compris pourquoi il lui aurait fallu soutenir un clone de la droite et elle a décidé de la rayer de la scène politique. Pour toujours. Fin de l’histoire et une énorme responsabilité pour la gauche non sioniste pour la construction d’une alternative crédible pour les anciens partisans du Meretz qui sont aujourd’hui sans appartenance politique.
5 - Le parti raciste d’extrême droite Israel Beitenu, d’Avigdor Lieberman, a obtenu 15 sièges (à ajouter aux religieux d’extrême droite qui ont conservé leur représentativité) : Lieberman va jouer un rôle central dans la politique israélienne de ces prochaines années, quelque chose qui fait peur à tous les démocrates israéliens.
6 - Malgré le succès de Lieberman, les partis religieux juifs - qu’il faut aujourd’hui considérer d’extrême droite - n’ont pas perdu de voix. Autrement dit, l’extrême droite est plus forte aujourd’hui que dans la Knesset précédente.
7 - Les trois partis arabes (Front démocratique, Alliance démocratique nationale et Liste arabe unifiée) ont ajouté un nouveau député à la Knesset aux 9 qu’ils avaient obtenus aux dernières élections, confirmation de la volonté générale de la population palestinienne, préférant se donner ses propres représentants plutôt que s’abstenir.
8 - La droite obtient une nette majorité (65 sièges sur 120), même sans Ehud Barak qui sera toujours prêt à déserter avec quelques autres membres du parti travailliste pour entrer dans une coalition conduite par Netanyahu, et former facilement un gouvernement de droite. Tout indique cependant, en raison de l’absence d’écarts entre les trois grands partis, qu’il y aura un gouvernement d’union nationale. Comme cela fut le cas la plupart du temps depuis 1967.
9 - Il est temps de le dire haut et fort : c’est à cause du suicide politique de la gauche sioniste que le droite a gagné la bataille des âmes et des valeurs de la population israélienne. Devant nous, se présente un long et lent processus de construction d’une alternative qui, si elle veut être perçue comme telle, devra développer une véritable vision alternative. Soit, une gauche juive/arabe antisioniste, soit, le monopole de la droite pour au moins une génération.
Michel Warschawski
18 février 2009
Publié par Info-Palestine selon Alternative Information Center.
Michel Warschawski
18 février 2009
Publié par Info-Palestine selon Alternative Information Center.
Tribunal Russell sur la Palestine
La guerre récemment menée par le gouvernement et l’armée israélienne à Gaza, déjà victime d’un blocus, remet en évidence la responsabilité toute particulière des Etats-Unis et de l’Union Européenne dans la perpétuation de l’injustice faite au peuple palestinien, privé de ses droits fondamentaux.
Il y a urgence de mobiliser les opinions publiques pour que les Nations Unies et les Etats membres prennent les mesures indispensables pour mettre fin à l’impunité de l’Etat d’Israël, et pour aboutir à un règlement juste et durable de ce conflit.
A l’appel de Ken Coates, Nurit Peled et Leila Shahid, et sous le parrainage d’une centaine de personnalités internationalement reconnues, il a ainsi été décidé d’organiser un Tribunal Russell sur la Palestine à partir du 4 mars 2009 à Bruxelles.
La Présidence de la Conférence a été confiée à Stéphane Hessel – Ambassadeur de France et Ken Loach, cinéaste britannique.
Parmi les Intervenants :
- Ken Coates – Président de la Fondation Bertrand Russell pour la Paix
- Nurit Peled – Prix Sakharov pour la liberté de pensée
- Leila Shahid – Déléguée Générale de la Palestine auprès de l'Union Européenne, de la Belgique et du Luxembourg
- Pierre Galand - Président du Comité Européen de Coordination des ONG sur la question de Palestine (CECP)
Publié par Mediapart.
La conférence se tiendra le 4 Mars 2009 à 10h30
Centre de Presse International – Salle Polak
Résidence Palace
rue de la Loi 155
1040 Bruxelles - Métro Schuman
Contact Presse Tel / fax : 00 32 (0)2 2310174
Tel portable : 00 32 (0) 479 12 95 32
e-mail : TRP
Il y a urgence de mobiliser les opinions publiques pour que les Nations Unies et les Etats membres prennent les mesures indispensables pour mettre fin à l’impunité de l’Etat d’Israël, et pour aboutir à un règlement juste et durable de ce conflit.
A l’appel de Ken Coates, Nurit Peled et Leila Shahid, et sous le parrainage d’une centaine de personnalités internationalement reconnues, il a ainsi été décidé d’organiser un Tribunal Russell sur la Palestine à partir du 4 mars 2009 à Bruxelles.
La Présidence de la Conférence a été confiée à Stéphane Hessel – Ambassadeur de France et Ken Loach, cinéaste britannique.
Parmi les Intervenants :
- Ken Coates – Président de la Fondation Bertrand Russell pour la Paix
- Nurit Peled – Prix Sakharov pour la liberté de pensée
- Leila Shahid – Déléguée Générale de la Palestine auprès de l'Union Européenne, de la Belgique et du Luxembourg
- Pierre Galand - Président du Comité Européen de Coordination des ONG sur la question de Palestine (CECP)
Publié par Mediapart.
La conférence se tiendra le 4 Mars 2009 à 10h30
Centre de Presse International – Salle Polak
Résidence Palace
rue de la Loi 155
1040 Bruxelles - Métro Schuman
Contact Presse Tel / fax : 00 32 (0)2 2310174
Tel portable : 00 32 (0) 479 12 95 32
e-mail : TRP
20 février 2009
Boycott Apartheid Israël (4)
Le boycott des produits israéliens s'étend en Europe, Basta !.
« Enough. It’s time for a boycott ». L’appel est de l’essayiste canadienne Naomi Klein, dans le quotidien britannique The Guardian. Suite à l’offensive contre Gaza et aux bombardements de sa population, les appels au boycott des produits israéliens se multiplient, de la Scandinavie à l’Irlande. Les multinationales européennes qui comptent des filiales dans les colonies de Cisjordanie sont également visées. Souhaitant ne pas être associées aux violations des droits humains, certaines grandes marques ont déjà plié bagages. En France, ces appels au boycott sont encore embryonnaires.
Lire aussi :
• Articles "Boycott" - ISM
• Dossier Résistance à la colonisation de la Palestine
• Bibliographie Palestine/Israël
Guerre d'Israël contre le peuple Palestinien (16)
Jayyous : 65 arrestations, y compris du Stop the Wall Campaign, PNN.
Le village de Jayyous, dans le nord-ouest de la Cisjordanie, est en état de siège mercredi. Dès ce matin, les forces israéliennes ont imposé un couvre-feu sur le village à nord-est du Qalqiliya.
Les soldats ont perquisitionné plusieurs dizaines de maisons et ont pris possession de leurs toits, utilisés comme postes d’observation, où ont été hissés des drapeaux israéliens.
Au même temps, les Israéliens ont rassemblé beaucoup de jeunes dans l’école de Jayyous.
Environ 65 personnes ont été arrêtées et amenées ailleurs dans des véhicules militaires, après la première phase des interrogatoires dans la cour de l'école. Parmi les personnes arrêtées il y a le fils du maire du village et responsable du Youth Committe of the Stop the Wall Campaign.
Les membres du mouvement de résistance non-violente indiquent que la répression contre les résidents du village est augmentée au cours des deux dernières semaines et font appel à une large participation à la manifestation de vendredi.
Gauche visée dans l’ouest de Bethléem, PNN.
Les forces israéliennes ont lancé une campagne généralisée de raids et d'arrestations dans le village d’Housan, dans le sud-ouest de Bethléem, au cours des premières heures du mardi.
Les soldats ont envahi la ville et réveillé les résidents. Douze véhicules ont fermé l'entrée du village. Des barrages militaires ont été installés dans les rues.
Le couvre-feu a été déclaré dans le village, et les unités des FOI ont perquisitionné plusieurs maisons, obligeant les résidents à sortir dans la rue, sous la pluie, pendant plus de trois heures.
Après quatre heures, les soldats ont arrêté une douzaine de jeunes hommes, poussés dans les jeeps, menottés et les yeux bandés. Plusieurs d’entre eux ont été battus.
100 mille palestiniens dont 56 mille enfants sont devenus sans abri dans la Bande de Gaza, Mondialisation.
Une organisation humaine internationale chargée des affaires des enfants a dit que plus de 100 mille personnes dont 56 mille enfants sont devenus sans abri dans la Bande de Gaza, alors que plusieurs d'entre eux vivent dans des tentes et chez d'autres familles, un mois après l'arrêt la guerre sioniste contre les habitants de la Bande de Gaza.
L'organisation "Coalition pour sauver l'enfant" a dit dans son rapport, que plus de 500 mille palestiniens dont 280 mille enfants ont été obligés de quitter leurs maisons pendant la guerre sioniste contre Gaza.
La directrice de l'organisation a souligné dans une déclaration de presse qu'on a vu de nombreux quartiers qui ont été démolis lors de cette guerre et se sont transformés à des villes de tentes, où les habitants ne possèdent ni eaux pour boire, ni salles de bain.
De son côté, l'UNRWA a déclaré qu'elle a distribué des aides urgentes à des dizaines de milliers de palestiniens qui sont devenus sans abris dans la Bande de Gaza.
L'ONU a dit lors de son appel urgent pour la reconstruction de la Bande de Gaza, que l'occupation israélienne a démoli plus de 4000 maisons palestiniennes et a causé de grands dommages à plus de 17000 autres, alors que des dizaines de milliers de palestiniens sans abris vivent des conditions très difficiles.
Info Gaza n°437 du 12 au 18 février, CCIPPP.
Les Forces d’occupation israéliennes (FOI) ont maintenu le siège total sur les 1,5 million civils vivant dans la bande de Gaza. Parmi les mesures de « punition collective » les postes frontières sont sous contrôle des FOI depuis plus de deux ans, imposant par là même des restrictions sévères sur les déplacements des gens et sur les mouvements des marchandises. De ce fait les denrées alimentaires de base et les médicaments ne sont plus assurés et le seuil de pauvreté touche aujourd’hui 80 % de la population. Le secteur économique est entièrement anéanti et le secteur médical en particulier reste tout spécialement affecté par l’offensive militaire. Les centres de santé primaire, de prévention et de détection, les centre de soins mentaux, les hôpitaux et toutes les institutions de santé sont dans l’incapacité de répondre à la demande.
Rapport n° 7 sur les violations israéliennes des droits humains, Info-Palestine.
Dans la semaine du 12 au 18 février 2009, les forces d’occupation israéliennes ont poursuivi leurs agressions contres les Palestiniens et leurs biens dans les Territoires palestiniens, et un siège total de la bande de Gaza.
- Les FOI ont tué 3 Palestiniens, dont 2 mineurs ;
- blessé 15 Palestiniens, la plupart étant des civils, dont 6 mineurs et une femme ;
- mené 43 incursions en Cisjordanie dans les communautés palestiniennes ;
- arrêté 82 civils, dont 17 mineurs et une femme ;
- envahi et vandalisé une station radio à Hébron ;
- fermé une association de bienfaisance à Tulkarem.
- La colonisation s’est poursuivie avec les agressions des colons contre les Palestiniens :
- les FOI et les colons ont commencé la construction d’une nouvelle route réservée aux Israéliens au sud d’Hébron ;
- les FOI ont confisqué 1 700 dunums (17 ha) de terres à Bethléhem pour construire 2 500 nouveaux logements pour les colons israéliens ;
- arraché au moins 20 oliviers dans le village de Ni’lin, à l’ouest de Ramallah.- Les bombardements sur la bande de Gaza se sont poursuivis :
- un atelier a été détruit dans le nord de la Bande ;
- un poste de police de Khan Yunis a été à maintes reprises bombardé ;
- les raids aériens ont continué sur la frontière avec l’Egypte, obligeant la population à évacuer la zone ;
- le siège total de la bande de Gaza a été maintenu.
Lire aussi :
• Dossier Résistance à la colonisation de la Palestine
• Bibliographie Palestine/Israël
19 février 2009
Ces « amis » français d'Israël qui flirtent avec l'antisémitisme
Dans ce texte inédit, le politologue Vincent Geisser essaye d’analyser les ressorts de la position pro-Israël défendue par de nombreux responsables politiques, intellectuels et leaders d’opinion en France. Adhésion affective ou calcul politique ? Position réfléchie ou simple opportunisme ? Culpabilité ou peur de déplaire ? Parmi les explications avancées, il y voit entre autres l’expression d’une forme inversée d’antisémitisme qui consiste à ethniciser à outrance l’appartenance au judaïsme et à fantasmer l’idée d’une « puissance juive » dans l’Hexagone. En somme, judéophobes viscéraux et pro-Israéliens radicaux partagent le même préjugé : les Juifs formeraient une puissance occulte, qu’il faut combattre pour les uns, soutenir pour les autres. Au risque de surprendre, l’antisémitisme goy est sans aucun doute l’un des ressorts méconnus de ce soutien très franchouillard à l’Etat d’Israël.
Une fascination malsaine pour l’Etat d’Israël
Contrairement à une idée reçue, le premier soutien d’Israël en France procède moins de l’action d’un quelconque « lobby » mais d’abord de la lâcheté et de l’hypocrisie de nombreux leaders d’opinion qui fantasment la puissance de la communauté juive. Leur relation à Israël se greffe moins sur un amour sincère pour l’Etat hébreu que sur une représentation ethnicisante de la communauté juive qui flirte parfois avec l’antisémitisme et débouche sur une posture politique : « Je suis avec Eux pour ne pas avoir d’ennuis ». Le problème est que ce « Eux » tend à la fois à essentialiser l’appartenance au judaïsme, à particulariser le rapport des Juifs de France à l’identité nationale (ils seraient des Français pas tout à fait comme les autres) et à assimiler, sur un mode simpliste, identité juive/Etat d’Israël.
En somme, cette forme de soutien « très franchouillard » à Israël conduit à faire des Juifs de France une « tribu » au sein de la Nation française, et renoue indirectement avec les vieux thèmes antisémites du siècle dernier. Du coup, loin de normaliser l’Etat d’Israël en le considérant comme un « Etat comme les autres » - soumis aux mêmes règles du droit international que les Etats souverains – ce type de soutien verse dans une relation malsaine qui consiste à faire de l’Etat hébreu une sorte de « monstre géopolitique », que l’on s’interdit surtout de critiquer. Pire, elle en vient à assimiler totalement identité juive et nationalité israélienne, en venant à accréditer l’idée que les Juifs de France formeraient une sorte de « tribu d’Israël » au sein même de la Nation française.
La principale conséquence d’une telle représentation communautarisante à l’excès du judaïsme, c’est finalement de dépolitiser toute lecture ou interprétation du conflit, en le réduisant en un affrontement religieux séculaire entre « Juifs » et « Arabo-musulmans ». Loin de faire reculer l’antisémitisme franco-français, cette posture communautarisante participe à l’entretenir, en confortant l’idée que la France serait constituée d’une Majorité culturelle (catho-laïque) et de deux minorités, l’une juive (minorité majorée), l’autre musulmane (minorité minorée), que l’on continue à traiter comme des parties exogènes du corps national. On en arrive à cette figure paradoxale d’un sentiment pro-Israélien, se greffant sur une attitude globalement antisémite qui, si elle ne se traduit pas dans les actes, est, malgré tout, fortement ancrée dans les esprits franchouillards.
On comprend dès lors le succès, ces dernières années, du thème de « l’antisémitisme arabo-musulman » qui fonctionne chez de nombreux Goys comme une entreprise de déculpabilisation collective, sur le registre : « Nous aimons Israël, les Juifs sont nos amis et les vrais antisémites sont les ‘petits Beurs’ de banlieues qui pour des raisons religieuses s’en prennent aux synagogues ».
La boucle est bouclée : la désignation d’un ennemi commun (le Beur antisémite, le musulman antisioniste) permet de faire l’économie de toute réflexion critique sur les ressorts de l’antisémitisme franco-français (qui sont loin d’être éteints) et, surtout, de refouler toute lecture raisonnée et raisonnable de la politique de l’Etat d’Israël, selon l’idée : « Ce n’est pas notre affaire, c’est l’affaire des Juifs et des Arabes ! ».
Du notable de province au leader national : le tabou israélien
Tout observateur averti de la vie politique française ne peut qu’être frappé par l’inconsistance totale du discours de nos responsables politiques sur la question d’Israël. Quand ils n’adoptent pas purement et simplement une forme de mutisme (la peur de parler), les leaders politiques se réfugient souvent dans un discours prétendument pacifiste et équilibré sur le couplet désormais classique : « Nous sommes pour la sécurité totale d’Israël et aussi…pour la création d’un Etat palestinien ».
Là aussi, on pourrait croire que les leaders politiques français adhèrent majoritairement à la vision idyllique d’« Israël, seule démocratie dans un océan de dictatures et de tyrannies arabes » ou encore à la représentation mythique d’« Israël, incarnation suprême de l’Occidentalité menacée par le despotisme arabo-musulman ». Il est vrai, qu’aux lendemains de la Seconde guerre mondiale et de la découverte des horreurs de la Shoah, le soutien occidental a Israël a pu jouer le rôle de purification démocratique et d’exorcisme humaniste pour des Etats européens qui s’étaient très largement compromis par leur collaboration active ou passive avec le national-socialisme. Encore aujourd’hui, il est incontestable que le soutien à Israël participe de ce même processus de purification symbolique des sociétés européennes, coupables d’avoir « laisser faire » ou, pire, d’avoir participer, à l’entreprise d’extermination de six millions de Juifs.
C’est un sentiment de culpabilité parfaitement légitime et qui doit nous inciter à rester vigilants par rapport aux discours et aux actes antisémites qui refleurissent aujourd’hui, notamment dans les nouvelles démocraties d’Europe orientale mais aussi dans de nombreux pays arabo-musulmans, dont les régimes en faillite sont tentés d’utiliser la haine du Juif à des fins populistes. Toutefois, l’hypothèse de purification démocratique et d’expiation humaniste des crimes européens ne saurait expliquer à elle seule le soutien des responsables politiques français à l’Etat d’Israël.
Il y aussi des raisons bassement matérielles qui relèvent précisément de ce complexe de l’antisémitisme pro-israélien. Celui-ci procède d’un rapport profondément ambivalent aux communautés juives locales, comme si celles-ci étaient dotées d’un pouvoir magique de punition, de représailles et, encore davantage, de disqualification politique. L’identification Juifs de France/Etat d’Israël est si fortement ancrée dans l’esprit de nos responsables politiques français, qu’ils la vivent comme une sorte d’épée de Damoclès placée en permanence sur leur tête.
Car, - et c’est probablement l’une des raisons principales de cette israélophilie très « franchouillarde », les leaders politiques, à l’échelon national, comme sur le plan local, fantasment très largement l’existence d’un « lobby juif ». Nous assistons probablement à un tournant de notre démocratie française, où l’utopie d’une communauté de citoyens, si chère aux penseurs universalistes, est en train de décliner au profit d’une conception segmentaire de la représentation nationale.
Celle-ci débouche sur unepraxis politique : pour être efficace électoralement, il faut parler aux dites « communautés » et notamment à celles qui sont perçues comme les plus influentes, d’où l’importance démesurée accordée aux prétendus « conseils représentatifs », aux voyages en Israël et aux fameux « dîners », où se précipitent, dans la plus pure hypocrisie, tous nos politiques, du petit notable provincial au secrétaire national de parti.
En définitive, par leurs discours, leurs attitudes et leurs comportements, de nombreux responsables politiques français, y compris à l’échelon le plus modeste (maire, conseiller municipal, conseiller général…), contribuent à accréditer l’existence d’un « lobby juif », renforçant ainsi les pulsions antisémites qui se manifestent dans certains secteurs de l’opinion publique.
Ces Beurs pro-Israël qui fantasment le « lobby juif »
Dès le milieu des années 1980, dans le sillage de l’antiracisme médiatique, s’est manifestée chez certains courants de la mouvance beur une sorte d’attirance irrationnelle pour ce que certains appelaient à l’époque le « modèle juif ». Celle-ci était fondée sur le présupposé que les « Juifs avaient réussi à s’organiser et qu’il fallait donc faire comme eux ! ». Encore une fois, ce « Eux » renvoyait les Juifs de France à une forme d’extériorité au corps national mais, dans le même temps, à une sorte de proximité avec les Beurs (« nos cousins feujs »), qu’ils convenaient donc d’imiter.
Ces mouvements beurs ont mis un point d’honneur à développer des relations étroites avec les organisations communautaires juives, à la fois comme parrains et passeurs, comme si celles-ci étaient incontournables pour accéder aux médias et aux cercles de décideurs : « Fais toi parrainer par un cousin, tu auras plus de chances de réussir ! ».
Cette croyance présente chez certains Beurgeois participe du fantasme de la « puissance juive » qui n’est plus simplement l’expression des Goys gaulois mais aussi des Goys beurs, croyance qui les a souvent incité à développer un discours pro-israélien, non par adhésion lucide à la politique de l’Etat hébreu mais par mimétisme communautaire. Rien n’est en soi choquant qu’un citoyen français d’origine maghrébine et arabe soit favorable à l’Etat d’Israël. Dans un Etat démocratique comme la France qui, a fortiori, se réclame de la culture laïque et républicaine, il apparaît totalement légitime qu’un citoyen français puisse se déterminer en fonction de ses convictions personnelles et non de sa supposée ethnicité ou de son appartenance religieuse.
Fort heureusement, il existe en France de nombreux « Juifs » qui soutiennent le droit du peuple palestinien à avoir un Etat et de nombreux « Arabes » qui défendent le droit à l’existence de l’Etat d’Israël. En revanche, ce qui paraît plus choquant, d’un point de vue éthique, ce sont ces élites Beurs qui versent dans une israélophilie à base ethnique, nourrissant finalement les mêmes fantasmes que les pires antisémites. Ces Beurs pro-Israël en arrivent à véhiculer une rhétorique totalement manichéenne sur la situation politique au Moyen-Orient (Démocratie israélienne versus despotisme arabe ; Israéliens pacifistes versus terroristes arabo-musulmans ; gentil CRIF versus méchants barbus islamistes, etc.).
Ces discours pro-israéliens sonnent d’autant plus faux qu’ils se fondent sur aucune analyse politique rigoureuse, si ce n’est que sur le « complexe du Goy beur » qui veut paraître à tout prix intégré (et non intégriste) et se donnait par-là l’illusion qu’en étant pro-israélien, il gravira d’autant plus rapidement les différents échelons du système politique français.
Les « Frères » et le complexe du CRIF
Dans les milieux religieux musulmans français, les discours pro-israéliens sont rarissimes, pour ne pas dire inexistants. Si la prudence est de mise sur les questions géopolitiques et internationales – notamment depuis la création du Conseil français du culte musulman (CFCM) – les prises de positions officielles des organisations musulmanes en appellent le plus souvent à la solidarité avec la Palestine et au soutien humanitaire des « frères palestiniens ».
Leur rhétorique repose principalement sur le registre de l’émotion et la fibre religieuse, la Palestine étant présentée comme le symbole d’une oumma musulmane martyrisée et meurtrie. Toutefois, cette palestinophilie musulmane n’est pas non plus exempte d’une représentation ethnicisante de la société française, avec une véritable fascination pour certaines organisations comme le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) qui, rappelons-le, est d’abord une organisation politique et non une fédération religieuse.
Les grandes associations musulmanes françaises ont d’ailleurs passé davantage de temps à essayer de construire des relations avec une organisation politique et ouvertement pro-israélienne – en occurrence le CRIF ne s’en cache pas – qu’à jeter les bases d’un véritable dialogue interreligieux avec les rabbins de France ou les croyants ordinaires.
L’une des explications de cette orientation politique réside précisément dans ce fantasme communautaire qui a très largement touché les milieux religieux musulmans : dialoguer avec le CRIF, c’est se donner l’illusion d’acquérir une crédibilité et une légitimité auprès des pouvoirs publics français (« être un musulman propre sur soi »), quitte d’ailleurs à perdre son âme.
D’aucuns diraient que cette fascination musulmane à l’égard du CRIF traduit également la volonté secrète de certaines associations islamiques de s’ériger, à moyen terme, en véritable « lobby musulman » de France, en signant leur CRIM (Conseil représentatif des institutions musulmanes) ! Résultat : le dialogue judéo-musulman ne s’est jamais aussi mal porté qu’aujourd’hui, moins en raison d’ailleurs des événements internationaux que de l’attirance malsaine des grandes organisations islamiques pour un « modèle communautariste » totalement contre-productif pour la cohésion sociale et la démocratie française.
Dans tous les cas, le CRIF a eu le dernier mot : les Frères lavés pour un temps du « péché d’islamisme » sont redevenus aujourd’hui « les intégristes » sous-marins du Hamas en France… A choisir les « mauvais » interlocuteurs, on finit toujours par se brûler la djellaba.
Les Goys et Israël : un « Etat d’exception » ?
Les Français parviendront-ils un jour à surmonter ce « complexe du Goy » ? Il est clair, qu’en l’état actuel, la situation apparaît compromise, et cela d’autant plus que ce complexe se fonde sur un sentiment profondément ambivalent à l’égard des Juifs de France et de l’Etat d’Israël, échappant à toutes les catégories normales du raisonnement et de la critique.
L’Etat hébreu reste perçu majoritairement comme un « Etat d’exception », suscitant finalement plus de crainte que d’admiration. Comme nous l’avons analysé tout au long de cet article, le sentiment pro-israélien, exprimé par de nombreux élites politiques, intellectuels ou éditorialistes français, est moins le signe d’une adhésion claire et consciente à la politique de l’Etat d’Israël que le produit d’une lecture ethnicisante et stigmatisante de la réalité sociale, dont certains traits convergent avec les préjugés antisémites.
Il n’est d’ailleurs pas étonnant que des activistes antisémites d’hier, anciens militants des groupes de l’extrême droite radicale (Ordre nouveau, Parti des forces nouvelles, etc.) deviennent aujourd’hui les premiers défenseurs de l’Etat d’Israël, non pas tant qu’ils aient mûri mais, parce qu’ils ont reconverti leur antisémitisme négatif en vision sémitisée du monde, avec d’un côté, les « gentils Juifs » - et par extension les « gentils Israéliens » et, de l’autre, les « méchants Arabo-musulmans ».
Pour autant, leur grille d’analyse n’a pas véritablement changé, contribuant à traiter les « Juifs » de France sur le mode de l’exceptionnalité communautaire, car dans l’esprit de nombreux Goys, les Juifs et les Israéliens sont, certes, des « amis », mais, des amis fort étranges.
Antisémites hier, pro-israéliens aujourd’hui, et demain ?
Vincent Geisser
18 février 2009
Publié par Oumma.
Une fascination malsaine pour l’Etat d’Israël
Contrairement à une idée reçue, le premier soutien d’Israël en France procède moins de l’action d’un quelconque « lobby » mais d’abord de la lâcheté et de l’hypocrisie de nombreux leaders d’opinion qui fantasment la puissance de la communauté juive. Leur relation à Israël se greffe moins sur un amour sincère pour l’Etat hébreu que sur une représentation ethnicisante de la communauté juive qui flirte parfois avec l’antisémitisme et débouche sur une posture politique : « Je suis avec Eux pour ne pas avoir d’ennuis ». Le problème est que ce « Eux » tend à la fois à essentialiser l’appartenance au judaïsme, à particulariser le rapport des Juifs de France à l’identité nationale (ils seraient des Français pas tout à fait comme les autres) et à assimiler, sur un mode simpliste, identité juive/Etat d’Israël.
En somme, cette forme de soutien « très franchouillard » à Israël conduit à faire des Juifs de France une « tribu » au sein de la Nation française, et renoue indirectement avec les vieux thèmes antisémites du siècle dernier. Du coup, loin de normaliser l’Etat d’Israël en le considérant comme un « Etat comme les autres » - soumis aux mêmes règles du droit international que les Etats souverains – ce type de soutien verse dans une relation malsaine qui consiste à faire de l’Etat hébreu une sorte de « monstre géopolitique », que l’on s’interdit surtout de critiquer. Pire, elle en vient à assimiler totalement identité juive et nationalité israélienne, en venant à accréditer l’idée que les Juifs de France formeraient une sorte de « tribu d’Israël » au sein même de la Nation française.
La principale conséquence d’une telle représentation communautarisante à l’excès du judaïsme, c’est finalement de dépolitiser toute lecture ou interprétation du conflit, en le réduisant en un affrontement religieux séculaire entre « Juifs » et « Arabo-musulmans ». Loin de faire reculer l’antisémitisme franco-français, cette posture communautarisante participe à l’entretenir, en confortant l’idée que la France serait constituée d’une Majorité culturelle (catho-laïque) et de deux minorités, l’une juive (minorité majorée), l’autre musulmane (minorité minorée), que l’on continue à traiter comme des parties exogènes du corps national. On en arrive à cette figure paradoxale d’un sentiment pro-Israélien, se greffant sur une attitude globalement antisémite qui, si elle ne se traduit pas dans les actes, est, malgré tout, fortement ancrée dans les esprits franchouillards.
On comprend dès lors le succès, ces dernières années, du thème de « l’antisémitisme arabo-musulman » qui fonctionne chez de nombreux Goys comme une entreprise de déculpabilisation collective, sur le registre : « Nous aimons Israël, les Juifs sont nos amis et les vrais antisémites sont les ‘petits Beurs’ de banlieues qui pour des raisons religieuses s’en prennent aux synagogues ».
La boucle est bouclée : la désignation d’un ennemi commun (le Beur antisémite, le musulman antisioniste) permet de faire l’économie de toute réflexion critique sur les ressorts de l’antisémitisme franco-français (qui sont loin d’être éteints) et, surtout, de refouler toute lecture raisonnée et raisonnable de la politique de l’Etat d’Israël, selon l’idée : « Ce n’est pas notre affaire, c’est l’affaire des Juifs et des Arabes ! ».
Du notable de province au leader national : le tabou israélien
Tout observateur averti de la vie politique française ne peut qu’être frappé par l’inconsistance totale du discours de nos responsables politiques sur la question d’Israël. Quand ils n’adoptent pas purement et simplement une forme de mutisme (la peur de parler), les leaders politiques se réfugient souvent dans un discours prétendument pacifiste et équilibré sur le couplet désormais classique : « Nous sommes pour la sécurité totale d’Israël et aussi…pour la création d’un Etat palestinien ».
Là aussi, on pourrait croire que les leaders politiques français adhèrent majoritairement à la vision idyllique d’« Israël, seule démocratie dans un océan de dictatures et de tyrannies arabes » ou encore à la représentation mythique d’« Israël, incarnation suprême de l’Occidentalité menacée par le despotisme arabo-musulman ». Il est vrai, qu’aux lendemains de la Seconde guerre mondiale et de la découverte des horreurs de la Shoah, le soutien occidental a Israël a pu jouer le rôle de purification démocratique et d’exorcisme humaniste pour des Etats européens qui s’étaient très largement compromis par leur collaboration active ou passive avec le national-socialisme. Encore aujourd’hui, il est incontestable que le soutien à Israël participe de ce même processus de purification symbolique des sociétés européennes, coupables d’avoir « laisser faire » ou, pire, d’avoir participer, à l’entreprise d’extermination de six millions de Juifs.
C’est un sentiment de culpabilité parfaitement légitime et qui doit nous inciter à rester vigilants par rapport aux discours et aux actes antisémites qui refleurissent aujourd’hui, notamment dans les nouvelles démocraties d’Europe orientale mais aussi dans de nombreux pays arabo-musulmans, dont les régimes en faillite sont tentés d’utiliser la haine du Juif à des fins populistes. Toutefois, l’hypothèse de purification démocratique et d’expiation humaniste des crimes européens ne saurait expliquer à elle seule le soutien des responsables politiques français à l’Etat d’Israël.
Il y aussi des raisons bassement matérielles qui relèvent précisément de ce complexe de l’antisémitisme pro-israélien. Celui-ci procède d’un rapport profondément ambivalent aux communautés juives locales, comme si celles-ci étaient dotées d’un pouvoir magique de punition, de représailles et, encore davantage, de disqualification politique. L’identification Juifs de France/Etat d’Israël est si fortement ancrée dans l’esprit de nos responsables politiques français, qu’ils la vivent comme une sorte d’épée de Damoclès placée en permanence sur leur tête.
Car, - et c’est probablement l’une des raisons principales de cette israélophilie très « franchouillarde », les leaders politiques, à l’échelon national, comme sur le plan local, fantasment très largement l’existence d’un « lobby juif ». Nous assistons probablement à un tournant de notre démocratie française, où l’utopie d’une communauté de citoyens, si chère aux penseurs universalistes, est en train de décliner au profit d’une conception segmentaire de la représentation nationale.
Celle-ci débouche sur unepraxis politique : pour être efficace électoralement, il faut parler aux dites « communautés » et notamment à celles qui sont perçues comme les plus influentes, d’où l’importance démesurée accordée aux prétendus « conseils représentatifs », aux voyages en Israël et aux fameux « dîners », où se précipitent, dans la plus pure hypocrisie, tous nos politiques, du petit notable provincial au secrétaire national de parti.
En définitive, par leurs discours, leurs attitudes et leurs comportements, de nombreux responsables politiques français, y compris à l’échelon le plus modeste (maire, conseiller municipal, conseiller général…), contribuent à accréditer l’existence d’un « lobby juif », renforçant ainsi les pulsions antisémites qui se manifestent dans certains secteurs de l’opinion publique.
Ces Beurs pro-Israël qui fantasment le « lobby juif »
Dès le milieu des années 1980, dans le sillage de l’antiracisme médiatique, s’est manifestée chez certains courants de la mouvance beur une sorte d’attirance irrationnelle pour ce que certains appelaient à l’époque le « modèle juif ». Celle-ci était fondée sur le présupposé que les « Juifs avaient réussi à s’organiser et qu’il fallait donc faire comme eux ! ». Encore une fois, ce « Eux » renvoyait les Juifs de France à une forme d’extériorité au corps national mais, dans le même temps, à une sorte de proximité avec les Beurs (« nos cousins feujs »), qu’ils convenaient donc d’imiter.
Ces mouvements beurs ont mis un point d’honneur à développer des relations étroites avec les organisations communautaires juives, à la fois comme parrains et passeurs, comme si celles-ci étaient incontournables pour accéder aux médias et aux cercles de décideurs : « Fais toi parrainer par un cousin, tu auras plus de chances de réussir ! ».
Cette croyance présente chez certains Beurgeois participe du fantasme de la « puissance juive » qui n’est plus simplement l’expression des Goys gaulois mais aussi des Goys beurs, croyance qui les a souvent incité à développer un discours pro-israélien, non par adhésion lucide à la politique de l’Etat hébreu mais par mimétisme communautaire. Rien n’est en soi choquant qu’un citoyen français d’origine maghrébine et arabe soit favorable à l’Etat d’Israël. Dans un Etat démocratique comme la France qui, a fortiori, se réclame de la culture laïque et républicaine, il apparaît totalement légitime qu’un citoyen français puisse se déterminer en fonction de ses convictions personnelles et non de sa supposée ethnicité ou de son appartenance religieuse.
Fort heureusement, il existe en France de nombreux « Juifs » qui soutiennent le droit du peuple palestinien à avoir un Etat et de nombreux « Arabes » qui défendent le droit à l’existence de l’Etat d’Israël. En revanche, ce qui paraît plus choquant, d’un point de vue éthique, ce sont ces élites Beurs qui versent dans une israélophilie à base ethnique, nourrissant finalement les mêmes fantasmes que les pires antisémites. Ces Beurs pro-Israël en arrivent à véhiculer une rhétorique totalement manichéenne sur la situation politique au Moyen-Orient (Démocratie israélienne versus despotisme arabe ; Israéliens pacifistes versus terroristes arabo-musulmans ; gentil CRIF versus méchants barbus islamistes, etc.).
Ces discours pro-israéliens sonnent d’autant plus faux qu’ils se fondent sur aucune analyse politique rigoureuse, si ce n’est que sur le « complexe du Goy beur » qui veut paraître à tout prix intégré (et non intégriste) et se donnait par-là l’illusion qu’en étant pro-israélien, il gravira d’autant plus rapidement les différents échelons du système politique français.
Les « Frères » et le complexe du CRIF
Dans les milieux religieux musulmans français, les discours pro-israéliens sont rarissimes, pour ne pas dire inexistants. Si la prudence est de mise sur les questions géopolitiques et internationales – notamment depuis la création du Conseil français du culte musulman (CFCM) – les prises de positions officielles des organisations musulmanes en appellent le plus souvent à la solidarité avec la Palestine et au soutien humanitaire des « frères palestiniens ».
Leur rhétorique repose principalement sur le registre de l’émotion et la fibre religieuse, la Palestine étant présentée comme le symbole d’une oumma musulmane martyrisée et meurtrie. Toutefois, cette palestinophilie musulmane n’est pas non plus exempte d’une représentation ethnicisante de la société française, avec une véritable fascination pour certaines organisations comme le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) qui, rappelons-le, est d’abord une organisation politique et non une fédération religieuse.
Les grandes associations musulmanes françaises ont d’ailleurs passé davantage de temps à essayer de construire des relations avec une organisation politique et ouvertement pro-israélienne – en occurrence le CRIF ne s’en cache pas – qu’à jeter les bases d’un véritable dialogue interreligieux avec les rabbins de France ou les croyants ordinaires.
L’une des explications de cette orientation politique réside précisément dans ce fantasme communautaire qui a très largement touché les milieux religieux musulmans : dialoguer avec le CRIF, c’est se donner l’illusion d’acquérir une crédibilité et une légitimité auprès des pouvoirs publics français (« être un musulman propre sur soi »), quitte d’ailleurs à perdre son âme.
D’aucuns diraient que cette fascination musulmane à l’égard du CRIF traduit également la volonté secrète de certaines associations islamiques de s’ériger, à moyen terme, en véritable « lobby musulman » de France, en signant leur CRIM (Conseil représentatif des institutions musulmanes) ! Résultat : le dialogue judéo-musulman ne s’est jamais aussi mal porté qu’aujourd’hui, moins en raison d’ailleurs des événements internationaux que de l’attirance malsaine des grandes organisations islamiques pour un « modèle communautariste » totalement contre-productif pour la cohésion sociale et la démocratie française.
Dans tous les cas, le CRIF a eu le dernier mot : les Frères lavés pour un temps du « péché d’islamisme » sont redevenus aujourd’hui « les intégristes » sous-marins du Hamas en France… A choisir les « mauvais » interlocuteurs, on finit toujours par se brûler la djellaba.
Les Goys et Israël : un « Etat d’exception » ?
Les Français parviendront-ils un jour à surmonter ce « complexe du Goy » ? Il est clair, qu’en l’état actuel, la situation apparaît compromise, et cela d’autant plus que ce complexe se fonde sur un sentiment profondément ambivalent à l’égard des Juifs de France et de l’Etat d’Israël, échappant à toutes les catégories normales du raisonnement et de la critique.
L’Etat hébreu reste perçu majoritairement comme un « Etat d’exception », suscitant finalement plus de crainte que d’admiration. Comme nous l’avons analysé tout au long de cet article, le sentiment pro-israélien, exprimé par de nombreux élites politiques, intellectuels ou éditorialistes français, est moins le signe d’une adhésion claire et consciente à la politique de l’Etat d’Israël que le produit d’une lecture ethnicisante et stigmatisante de la réalité sociale, dont certains traits convergent avec les préjugés antisémites.
Il n’est d’ailleurs pas étonnant que des activistes antisémites d’hier, anciens militants des groupes de l’extrême droite radicale (Ordre nouveau, Parti des forces nouvelles, etc.) deviennent aujourd’hui les premiers défenseurs de l’Etat d’Israël, non pas tant qu’ils aient mûri mais, parce qu’ils ont reconverti leur antisémitisme négatif en vision sémitisée du monde, avec d’un côté, les « gentils Juifs » - et par extension les « gentils Israéliens » et, de l’autre, les « méchants Arabo-musulmans ».
Pour autant, leur grille d’analyse n’a pas véritablement changé, contribuant à traiter les « Juifs » de France sur le mode de l’exceptionnalité communautaire, car dans l’esprit de nombreux Goys, les Juifs et les Israéliens sont, certes, des « amis », mais, des amis fort étranges.
Antisémites hier, pro-israéliens aujourd’hui, et demain ?
Vincent Geisser
18 février 2009
Publié par Oumma.
Le racisme, machine à abrutir
La tribune de Pierre Jourde « Le Juif, coupable universel », parue dans Le Monde du 22 janvier, débute ainsi :
Cette tribune raciste, qui voudrait interdire toute critique de la politique des gouvernements israéliens, toute critique de l'occupation coloniale depuis 60 ans et toute critique des crimes de guerre, perpétués au nom des juifs d'Israël et du monde, relève d'une rhétorique qui consiste à faire passer le bourreau pour la victime. Cette rhétorique est usée...
En déclenchant la guerre à Gaza contre la population palestinienne, les dirigeants israéliens sont allés trop loin et, comme l'a dit Pierre Stambul, les dirigeants israéliens "ont perdu politiquement et idéologiquement cette guerre". Il faut lire et relire les critiques qui viennent d'Israéliens.
Cette tribune raciste reflète l'absence de moral de ceux qui, en France ou ailleurs dans le monde, soutiennent inconditionnellement les gouvernements israéliens, mais elle reflète aussi l'absence d'arguments en faveur d'une politique criminelle contre les Palestiniens et politicide pour les Israéliens.
Le plus risible de la fausse diatribe de Pierre Jourde est le dernier paragraphe, qui reprend le mythe de la terre promise... "un désert" qui n'attendait que "une poignée de juifs" pour se peupler et se transformer "en pays prospère".
Le racisme médiatique n'est pas un épiphénomène. Il conduit une guerre d'anéantissement contre la culture. Il y a beaucoup de combats à mener... contre le racisme [3].
Serge LEFORT
19/02/2009
Lire aussi :
• 02/02/2009, Faysal Riad, Pierre Jourde ou le communautarisme blanc, Les mots sont importants
• 03/02/2009, Pierre Jourde ou le racisme sans estomac, Les Indigènes du Royaume
• 17/02/2009, Cédric Baylocq , Gaza, le critique, et la critique, Oumma
[1] Philosophie d'un massacre : André Glucksmann et Bernard-Henri Lévy, apologistes des crimes de guerre israéliens, Oumma).
[2] Cette expression fait référence à l'article Sublime, forcément sublime, Christine V. de Marguerite Duras à propos de l'affaire Grégory, publié le 17 juillet 1985 par Libération. Elle désigna alors abusivement la mère, Christine Vuillemin, comme la meurtrière du petit Grégory et elle justifia le crime de la femme parce qu'elle subissait "la loi de l'homme" !
[3] Cette phrase comme le titre font référence à l'article La machine à abrutir de Pierre Jourde, publié par Le Monde diplomatique.
Lire aussi :
• 09/02/2006, La guerre des images, Monde en Question
• 14/02/2006, Deux poids deux mesures, Monde en Question
• 03/03/2006, La lepénisation des médias, Monde en Question
• 15/03/2006, Salubrité publique, Monde en Question
• 07/10/2006, La liberté d'expression... du racisme, Monde en Question
• 03/02/2006, La caricature de la "liberté de la presse", Monde en Question
• 04/02/2006, Revue de presse - La caricature de la "liberté de la presse" (1), Monde en Question
• 11/02/2006, Revue de presse - La caricature de la "liberté de la presse" (2), Monde en Question
• 18/02/2006, Revue de presse - La caricature de la "liberté de la presse" (3), Monde en Question
Depuis l'entrée de Tsahal dans la bande de Gaza, les médias parlent benoîtement d'"importation du conflit", de "violences intercommunautaires". Elles sont tout de même un peu à sens unique, les violences "intercommunautaires". Cela consiste, en gros, à ce que des jeunes gens d'origine arabo-musulmane s'en prennent à des juifs, manifestant par là leur soutien à leurs "frères" palestiniens opprimés. Ils n'ont d'ailleurs pas attendu le conflit de Gaza pour pratiquer ce sport, et l'agression ou l'injure adressée aux juifs est devenue un phénomène récurrent.En quelques mots l'auteur plante le décor de ses fantasmes, il reprend l'expression "arabo-musulman" typiquement raciste des médias dominants et, après d'autres [1], il voudrait nous faire croire que le soutien au peuple Palestinien, massacré par l'armée israélienne, serait antisémite, forcément antisémite [2].
Cette tribune raciste, qui voudrait interdire toute critique de la politique des gouvernements israéliens, toute critique de l'occupation coloniale depuis 60 ans et toute critique des crimes de guerre, perpétués au nom des juifs d'Israël et du monde, relève d'une rhétorique qui consiste à faire passer le bourreau pour la victime. Cette rhétorique est usée...
En déclenchant la guerre à Gaza contre la population palestinienne, les dirigeants israéliens sont allés trop loin et, comme l'a dit Pierre Stambul, les dirigeants israéliens "ont perdu politiquement et idéologiquement cette guerre". Il faut lire et relire les critiques qui viennent d'Israéliens.
Cette tribune raciste reflète l'absence de moral de ceux qui, en France ou ailleurs dans le monde, soutiennent inconditionnellement les gouvernements israéliens, mais elle reflète aussi l'absence d'arguments en faveur d'une politique criminelle contre les Palestiniens et politicide pour les Israéliens.
Le plus risible de la fausse diatribe de Pierre Jourde est le dernier paragraphe, qui reprend le mythe de la terre promise... "un désert" qui n'attendait que "une poignée de juifs" pour se peupler et se transformer "en pays prospère".
Le racisme médiatique n'est pas un épiphénomène. Il conduit une guerre d'anéantissement contre la culture. Il y a beaucoup de combats à mener... contre le racisme [3].
Serge LEFORT
19/02/2009
Lire aussi :
• 02/02/2009, Faysal Riad, Pierre Jourde ou le communautarisme blanc, Les mots sont importants
• 03/02/2009, Pierre Jourde ou le racisme sans estomac, Les Indigènes du Royaume
• 17/02/2009, Cédric Baylocq , Gaza, le critique, et la critique, Oumma
[1] Philosophie d'un massacre : André Glucksmann et Bernard-Henri Lévy, apologistes des crimes de guerre israéliens, Oumma).
[2] Cette expression fait référence à l'article Sublime, forcément sublime, Christine V. de Marguerite Duras à propos de l'affaire Grégory, publié le 17 juillet 1985 par Libération. Elle désigna alors abusivement la mère, Christine Vuillemin, comme la meurtrière du petit Grégory et elle justifia le crime de la femme parce qu'elle subissait "la loi de l'homme" !
[3] Cette phrase comme le titre font référence à l'article La machine à abrutir de Pierre Jourde, publié par Le Monde diplomatique.
Lire aussi :
• 09/02/2006, La guerre des images, Monde en Question
• 14/02/2006, Deux poids deux mesures, Monde en Question
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• 15/03/2006, Salubrité publique, Monde en Question
• 07/10/2006, La liberté d'expression... du racisme, Monde en Question
• 03/02/2006, La caricature de la "liberté de la presse", Monde en Question
• 04/02/2006, Revue de presse - La caricature de la "liberté de la presse" (1), Monde en Question
• 11/02/2006, Revue de presse - La caricature de la "liberté de la presse" (2), Monde en Question
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