5 mars 2009

La Chine rompt le silence sur l’Afghanistan



Dans l’environnement violent et létal dans lequel il a vécu et survécu pour conduire au bout du compte la marche de Pékin vers un socialisme aux caractéristiques chinoises, Deng Xiaoping avait de très grandes raisons d’être prudent. Eu égard à l’approche internationale de la Chine, voici ce que Deng disait : « Observons calmement ; assurons notre position ; faisons face aux affaires avec calme ; cachons nos capacités et attendons le bon moment ; faisons tout pour maintenir un profil bas ; et ne revendiquons jamais de leadership. »

Ainsi, la Chine n’a jamais fait connaître sa pensée sur le problème afghan. L’organe du Parti Communiste Chinois (PCC), le Quotidien du Peuple, vient à présent de rompre avec ce principe de base dans un commentaire hautement nuancé.

Aujourd’hui, alors que l’atmosphère menace de devenir très vite sulfureuse dans la région qui entoure l’Afghanistan, la situation devient très critique. Mais cela seul n’explique pas le moment choisi pour ce commentaire chinois, intitulé « Les ajustements de la stratégie anti-terroriste américaine seront-ils couronnés de succès ? »

Le contexte est particulièrement justifié. La Secrétaire d’Etat US, Hillary Clinton, vient juste de terminer une visite décisive en Chine. Pékin pousse manifestement un soupir de soulagement à propos du « sens de la certitude » dans les relations sino-américaines sous la présidence de Barack Obama. Qui plus est, Pékin a été séduite par le fait que Clinton a cité l’antique aphorisme chinois tongzhou gongji - « Lorsque nous sommes dans le même bateau, nous devons nous entraider » - comme étant l’esprit de notre époque troublée. Là, cela dépasse largement l’amour musclé que George W. Bush a témoigné à la Chine afin qu’elle « prenne des risques » dans le système international.

L’Afghanistan a sûrement fait partie des discussions entre Clinton et les dirigeants chinois, surtout que sa visite a coïncidé avec l’annonce d’Obama concernant un accroissement des troupes en Afghanistan.

Pêcher en eau trouble

Cependant, il y a deux autres messages sous-jacents. Les Etats-Unis changent manifestement de vitesse sur leur politique en Asie du Sud, comme le prouve la décision d’Obama de nommer Richard Holbrooke comme représentant spécial pour l’Afghanistan et le Pakistan. Et Holbrooke n’est pas étranger à Pékin.

Il est clair que Pékin, juste après la récente visite d’Holbrooke dans la région, a jugé que les relations entre les Etats-Unis et l’Inde entraient dans une nouvelle phase qualitative, laquelle a montré quelques signes de friction. Il est payant pour Pékin de pêcher en eaux troubles et d’accumuler plus de pression sur son voisin méridional.

Deuxièmement, le ministre russe des affaires étrangères a annoncé la semaine dernière que les invitations avaient été lancées pour la conférence, attendue depuis longtemps, de l’Organisation de la Coopération de Shanghai (OCS) sur l’Afghanistan, qui se tiendra à Moscou le 27 mars prochain. Le moment approche pour Pékin de prendre position sur le problème afghan. Les tergiversations formulées dans des homélies pieuses pourraient ne plus suffire.

La Chine a-t-elle le sens de la solidarité avec la Russie – ou avec les observateurs de l’OSC, tels que l’Inde et l’Iran ? Mais Pékin ne peut pas non plus se permettre de dissiper l’élan naissant d’un partenariat avec l’administration Obama. Et les Etats-Unis (ainsi que ses alliés) boycottent la conférence de l’OCS.

Dans la période à venir, nous pourrions donc assister à quelques numéros de contorsion étonnants de la part de Pékin. Le commentaire du Quotidien du Peuple a virtuellement appelé à l’extension du mandat d’Holbrooke, pour inclure le « problème indo-pakistanais ». Il est vrai que ce commentaire se retient de mentionner le Cachemire en tant que tel, mais il laisse peu à l’imagination que le Cachemire est précisément ce quoi il se référait – que les Etats-Unis devraient arbitrer une solution à ce que le Pakistan appelle la « question essentielle » dans ses relations tendues avec l’Inde.

Le commentaire chinois dit que le seul envoi de troupes américaines supplémentaires en Afghanistan ne peut aider Obama à atteindre ses « objectifs stratégiques », à moins que Washington ne stabilise l’Asie du Sud, en particulier le Pakistan et les relations indo-pakistanaises. L’éditorial se poursuit ainsi :
Il est clair que sans la coopération du Pakistan, les Etats-Unis ne peuvent pas gagner la guerre contre la terreur. Par conséquent, pour protéger ses propres intérêts dans la lutte contre le terrorisme en Asie du Sud, les Etats-Unis doivent garantir un environnement stable au Pakistan, à l’intérieur et à l’international, et apaiser les tensions entre le Pakistan et l’Inde. Vu sous cet angle, il est facile de comprendre pourquoi Obama a nommé Richard Holbrooke comme envoyé spécial pour les questions afghane et pakistanaise, et pourquoi l’Inde est incluse dans la première visite d’Holbrooke à l’étranger. En fait, le « problème afghan », le « problème pakistanais » et le « problème indo-pakistanais » sont tous liés. (italiques ajoutées).


Ces mots ont été clairement pesés et ces remarques inamicales ne risquent pas de passer inaperçues à New Delhi. Les diplomates indiens ont frappé un grand coup pour veiller à ce que le mandat d’Holbrooke n’inclut pas l’Inde, malgré l’ensemble des opinions, au sein des think-tanks et de l’establishment américains, qui insiste sur le fait que des tensions sous-jacentes dans les relations indo-pakistanaises se poursuivront tant que le problème du Cachemire n’aura pas été résolu. Pékin s’est maintenant jeté dans le débat et la Chine exprime ouvertement son soutien à la position pakistanaise.

Ce qui est intéressant est que Pékin ignore totalement la cause profonde de « l’anti-américanisme » qui prévaut au Pakistan et qui a beaucoup à voir avec l’interférence étasunienne dans les affaires intérieures de ce pays, en particulier le soutien des Etats-Unis aux dictatures militaires successives, ou avec la psyché blessée des Musulmans – ou avec la guerre brutale que mènent les Etats-Unis en Afghanistan. En effet, le commentaire chinois est resté silencieux sur la question centrale de l’occupation étrangère de l’Afghanistan.

Pékin ne peut pas ignorer que l’Inde verrait d’un mauvais œil une intervention au Cachemire par une tierce partie, tout comme la Chine est profondément allergique aux opinions mondiales concernant le Tibet ou le Xinjiang. Une explication possible pourrait être que Pékin redoute que l’Inde puisse jouer une fois encore la « carte tibétaine », alors qu’approche le 50ème anniversaire du soulèvement tibétain (le 10 mars prochain).

Dans la dernière ligne droite avant cet anniversaire, Pékin est en train sévir contre les nationalistes tibétains. La Chine aimerait sans doute avertir l’Inde qu’elle pourrait également sortir la « carte cachemirie ». Somme toute, les stratèges indiens devront donc analyser soigneusement l’éventail des motivations chinoises, en appelant, à ce stade, à une médiation des Etats-Unis dans les disputes indo-pakistanaises, talonnant de près les discussions entre Clinton et les dirigeants chinois à Pékin.

En dehors de l’Inde, Pékin identifie la Russie comme une autre puissance régionale qui impacte négativement la stratégie des Etats-Unis en vue de stabiliser l’Afghanistan. (Soit dit en passant, ce commentaire ignore complètement l’Iran, comme s’il n’était pas un facteur important sur l’échiquier afghan.) Ce commentaire dit : « … Les Etats-Unis doivent s’assurer que la Russie est apaisée. La région d’Asie Centrale, où se trouve l’Afghanistan, avait l’habitude d’être l’arrière cour de la Russie… Tandis que les relations entre les Etats-Unis et la Russie montrent des signes de rétablissement après l’arrivée d’Obama au pouvoir, les réactions de la Russie vis-à-vis de la décision étasunienne d’accroître ses troupes en Afghanistan sont plutôt subtiles. »

Alors, que fait Obama ? Pékin fait la supposition suivante : « La détermination de la Russie de ne pas permettre que les Etats-Unis jouissent d’un contrôle dominant dans l’affaire afghane est plutôt visible. La façon dont les Etats-Unis feront face à la relation ‘coopérative et concurrentielle’ avec la Russie dans l’affaire afghane testera la capacité des Etats-Unis à réaliser ses objectifs stratégiques en Afghanistan. »

Mais alors, la Chine est également une partie intéressée dans les deux questions aujourd’hui controversées des relations américano-russes : l’expansion de l’OTAN près de ses frontières d’Asie Centrale et le déploiement du bouclier étasunien antimissile. La Chine abhorre l’expansion de l’Otan près de ses frontières et s’oppose au bouclier antimissile qui réduirait à néant sa capacité de frappe nucléaire de qualité relativement inférieure.

Mais, ainsi que Deng l’aurait dit, pourquoi revendiquer le leadership de l’opposition à ces manœuvres étasuniennes lorsque Moscou fait déjà un travail merveilleux ?

Le commentaire du Quotidien du Peuple fait la distinction concernant les intérêts de la Russie en Afghanistan. Il conseille implicitement à Washington de ne pas prendre la conférence de l’OCS à venir comme une sorte de coalition sino-russe. Une fois encore, en affirmant que la fermeture de la base aérienne de Manas par les autorités kirghizes fait partie d’un « jeu stratégique entre les Etats-Unis et la Russie », le Quotidien du Peuple a effectivement démystifié la conférence de l’OCS à venir. Après tout, la raison d’être de cette conférence est que la situation afghane pose une menace à la sécurité de l’Asie Centrale. Mais le commentaire chinois n’aborde pas une seule fois cet aspect.

Bref, ce qui émerge est que peu importe la détermination de Moscou à défier le « monopole étasunien sur la résolution du conflit » en Afghanistan, la Chine ne se laissera pas entraînée dans un tel calcul. Comme Deng l’aurait dit, la Chine observera calmement et gardera un profil bas. Après tout, la Russie force le passage sur son arrière-cour afghane et, si elle réussit, non seulement l’OCS, mais également la Chine, seront les bénéficiaires nets. D’un autre côté, si les Etats-Unis snobent la Russie, cela ne fera qu’entamer le prestige de Moscou, pas celui de Pékin.

La Chine est-elle irrité qu’il y ait de nouveaux signes positifs dans les relations russo-américaines ? Il y a de quoi à ce que Moscou médite sur la raison pour laquelle le Quotidien du Peuple aurait rabâché la même chose sur l’animosité de la Russie vis-à-vis de l’influence des Etats-Unis en Asie Centrale, à un tel moment aussi délicat où l’administration Obama a décidé de ne pas faire de la fermeture de la base aérienne de Manas un élément des relations russo-américaines. Moscou trouverait embarrassant de se voir dépeint comme un « saccageur » de la stratégie d’Obama sur l’Afghanistan.

Etablir un contact avec les Islamistes

Ce qui est vraiment extraordinaire à propos du commentaire chinois est ses références indirectes à la question centrale des Taliban. Il y a des indications que Pékin n’aurait aucun problème en tant que tel si les Taliban, dans le cadre d’un règlement politique, étaient impliqués dans la structure du pouvoir en Afghanistan. De façon intéressante, ce commentaire conseille aux Etats-Unis d’être « pragmatiques vis-à-vis des conditions réelles de l’Afghanistan ». Il exprime également un soutien à l’argument selon lequel l’Afghanistan manque « pratiquement de toutes les préalables à la modernité ». Par ailleurs, il suggère que l’Afghanistan ne puisse pas être un Etat unitaire.

Ces commentaires doivent être considérés à la lumière de la nouvelle pensée qui règne dans les milieux influents aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, selon laquelle une approche « de la base vers la hiérarchie », impliquant la diffusion de la puissance de l’Etat en faveur des leaderships locaux, pourrait être la réponse aux problèmes en Afghanistan et sera le meilleur moyen d’impliquer les taliban dans la structure du pouvoir dans les régions pachtounes.

Le PCC a innové en invitant une délégation de l’influent Djamaat-e-Islami (DI) pakistanais à visiter la Chine la semaine dernière. Durant cette visite qui a duré tout un week-end, les deux camps ont signé un protocole d’accord énonçant quatre principes pour les relations sino-pakistanaises, incluant l’indépendance, l’égalité, le respect mutuel et la non-interférence dans les affaires intérieures de chacun des deux pays.

Pendant ce temps, le DI a garanti le soutien total à l’unité nationale et géographique de la Chine et a complètement soutenu la position de la Chine concernant Taiwan, le Tibet et la question du Xinjiang. Pékin a ensuite rendu la pareille avec sa « position de principe » sur la question du Cachemire et a « réitéré que cette position et cette coopération vitale de la Chine se poursuivra ».

Le socialisme – même avec les caractéristiques chinoises – ne se mélange pas facilement avec l’Islamisme. Il n’y a aucun autre moyen d’expliquer la coopération du PCC avec le premier parti islamique du Pakistan qu’un accord faustien ayant pour toile de fond l’ascendance dans la région des forces de l’Islam militant.

Le Quotidien du Peuple admet que la conséquence de la stratégie étasunienne de « montée en puissance » en Afghanistan reste incertaine. Il prend note que les Etats-Unis font également un pas vers « un compromis avec les modérés au sein des Taliban », puisque le Président Hamid Karzaï, autrement, ne se serait pas aventuré dans cette voie. Le commentaire fait l’éloge d’une telle pensée comme étant une manifestation de l’utilisation de la « puissance habile », une idée « souvent mentionnée » par Clinton. Cela revient à dire que, tandis que l’accroissement des troupes étasuniennes est une « mesure forte », « une politique telle qu’aider le gouvernement afghan à consolider son régime pour stabiliser progressivement le pays serait la ‘mesure douce’. »

Pareillement, Pékin a conscience que l’agenda réel des Etats-Unis pourrait être stratégique, dans la mesure où l’Afghanistan est situé « au carrefour de l’Eurasie ». Tandis qu’écraser al-Qaïda constitue vraiment un objectif, la stratégie de Washington « accroîtra aussi la coopération et l’alliance de l’OTAN pour s’assurer que la première action militaire de l’OTAN hors de l’Europe n’échouera pas ». En retour, cela permettra aux Etats-Unis « d’élever le statut de leur leadership parmi leurs alliés et de renforcer leur présence au cœur de l’Eurasie en utilisant ces moyens ».

Il semble que la Chine n’ait aucun problème avec un tel agenda. La Chine « cachera ses capacités » - pour citer Deng – alors même que les Etats-Unis et la Russie entrent en collision et se contredisent mutuellement et que ces pays finiront par s’épuiser. Ainsi que le Quotidien du Peuple conclut, l’Afghanistan est connu comme le « tombeau des empires ». Par conséquent, la Chine doit se concentrer à assurer sa position et à attendre le bon moment – une stratégie que Deng aurait sûrement appréciée.

M K Bhadrakumar
25 février 2009
Traduit et publié par Questions Critiques.

La coopération d’Israël avec les régimes racistes et réactionnaires

Introduction

La coopération d’Israël avec les régimes racistes et dictatoriaux d’Afrique et d’Amérique latine ne date pas d’hier. Il existe des documents dévoilant le rôle de ce pays comme agent des États-Unis, grâce auquel, en contournant les décisions de l’Organisation des Nations Unies et bien souvent sa propre législation, Washington approvisionne en armes les régimes antipopulaires, les aidant ainsi à réprimer leurs peuples.

La question de l’alliance entre la République d’Afrique du Sud et Israël a été examinée lors de la Conférence internationale de Vienne en juillet 1983, en conformité avec une résolution adoptée par l’Assemblée générale de l’O.N.U. Cette conférence, organisée par le Comité spécial des Nations Unies contre l’apartheid en collaboration avec l’Organisation de la solidarité des peuples afro-asiatiques l’Organisation de l’unité syndicale africaine et le Conseil Mondial de la Paix, a écouté de nombreux rapports contenant tous des faits irréfutables, prouvant cette alliance criminelle. Tous les orateurs ont souligné que si les grands pays occidentaux sont les principaux coupables du main- tien de l’apartheid en Afrique du Sud, il ne faut pas oublier la « responsabilité particulière » d’Israël qui, au mépris des nombreuses résolutions de l’O.N.U., développe sa coopération avec le régime raciste de R.A.S., particulièrement dans les domaines militaire et nucléaire, et entretient avec lui une alliance objective. Les participants à la conférence ont également vivement critiqué la coopération d’Israël avec les régimes dictatoriaux d’Amérique latine.

Comme on peut le constater, la politique expansionniste d’Israël au Proche-Orient est complétée par une vaste activité militariste au-delà des limites de cette région. Lors d’une allocution au Centre des études stratégiques à Tel-Aviv, Ariel Sharon, ministre israélien de la Défense à l’époque, a déclaré sans détours que « les intérêts d’Israël ne se limitent pas aux pays arabes du Proche- et du Moyen-Orient, des régions de la Méditerranée et de la mer Rouge ». « Pour assurer la sécurité dans les années 80, a-t-il dit, ils doivent s’étendre à la Turquie, à l’Iran et à l’Afrique, notamment aux pays d’Afrique du Nord et d’Afrique centrale. »

Quelle foi accorder, à la lumière de telles déclarations, à la propagande israélienne officielle qui veut faire croire qu’Israël est une « petite puissance » et que son rôle dans les affaires internationales est « injustement exagéré » ? Il est vrai que Tel-Aviv a longtemps masqué son activité impérialiste sur la scène internationale, en s’affublant l’étiquette de « petit Etat ». Mais l’agression perpétrée contre les Arabes en juin 1967, suivie de l’occupation des terres arabes, a montré que les sionistes israéliens sont les ennemis de la paix et du progrès. Le monde entier a frémis devant le sourire rapace de cet Etat effectivement « petit », mais d’une agressivité extrême et bénéficiant de l’aide illimitée et de la protection des États-Unis.

L’accord de coopération « stratégique » entre Israël et les États-Unis a montré que les propos d’Ariel Sharon ne reflètent qu’imparfaitement les appétits des sionistes israéliens. En réalité, les tâches que leur ont confiées les États-Unis sont bien plus vastes. Israël exécute les ordres de ses maîtres partout où ceux-ci orientent son activité, il agit en qualité de force de choc dans la lutte contre les mouvements de libération nationale, les forces de la paix, du progrès et du socialisme.

Depuis longtemps déjà, les sionistes au pouvoir en Israël cherchent aussi à se faire passer pour des champions de « la démocratie et de la paix ».

De ce point de vue également, l’agression d’Israël contre les Arabes a contraint le sionisme à jeter le masque. Les peuples du monde entier ont vu à l’évidence qu’une plate-forme idéologique commune unissait les sionistes coopérant étroitement avec les racistes sud-africains. L’Assemblée générale de l’O.N.U. a en effet défini le sionisme comme une forme de racisme et de discrimination raciale.

Le rôle d’Israël en Amérique latine en qualité d’allié des régimes dictatoriaux et de promoteur de la politique des États-Unis, qui cherchent à maintenir leurs positions dans cette partie du continent américain au détriment des intérêts de ses peuples devient lui aussi de plus en plus clair. Israël est l’exécutant de la politique américaine au Chili, au Nicaragua, au Salvador, partout en somme où les États-Unis soutiennent les forces qui tentent de noyer dans le sang les mouvements populaires anti- impérialistes.

Le rôle d’Israël comme agent des États-Unis s’est tellement accru ces dernières années, particulièrement sous l’administration Reagan, que ce pays, pourtant situé à une distance considérable du continent américain, est entré à l’Organisation des États Américains en qualité… d’observateur, alors que Cuba, pays latino-américain, en a été exclu depuis longtemps sur instruction de Washington. En aidant Washington à faire couler le sang des Latino-Américains au Salvador et sur les frontières du Nicaragua, Israël rembourse en quelque sorte le sang (les soldats américains tombés au Liban. En demandant à Tel-Aviv de fournir les régimes dictatoriaux latino-américains en armes payées avec les milliards de dollars attribués à ces fins, l’administration Reagan peut ainsi étendre son intervention en Amérique centrale sans se soucier de l’opinion et du Congrès américains, et pas seulement d’eux.

La position d’Israël qui prétend au rôle de pays « en voie de développement » proposant son expérience à d’autres peuples ne résiste pas, elle non plus, à la critique. L’existence même d’Israël n’est possible que par le soutien et l’aide illimités des États-Unis. Les pays africains ne peuvent que rêver aux moyens financiers octroyés par les États-Unis à Israi1. Le développement de l’industrie de guerre, la production des armes destinées à satisfaire les besoins militaristes des États-Unis dans les pays du Proche-Orient, d’Afrique et d’Amérique latine sont un poste primordial de l’économie israélienne.

La vente des armes et des services afférents rapporte à Tel-Aviv plus d’un milliard de dollars par an. Mais ce n’est pas seulement une affaire juteuse, c’est aussi une politique bien définie, concertée avec les États-Unis, ce dont on se convainc facilement en consultant la liste des clients. On trouve, en effet, parmi eux le Salvador, le Chili, le Paraguay, le Guatemala, le Honduras et la R.A.S. Soucieux de l’opinion publique, les protecteurs américains s’efforcent de dissimuler leur coopération militaire avec ces pays. C’est donc Israël qui est chargé de ce « sale travail ».

Cela étant, le volume et la destination des fournitures militaires dans les régions que vise tout particulièrement Washington sont également concertés. Les États-Unis condamnent verbalement te terrorisme d’Etat, mais cela ne les empêche nullement de le pratiquer dans les relations internationales, en s’immisçant dans les affaires d’États souverains ou en soutenant les dictatures les plus odieuses. Les exportations israéliennes d’équipements militaires jouent alors un rôle tout particulier.

Créée avec l’aide de l’Occident, la machine militariste de l’Etat sioniste est principalement destinée à servir l’application d’une politique agressive vis-à-vis des peuples arabes. Mais les armes portant le label « Made in Israël » ne sèment pas seulement la mort et la destruction au Proche-Orient. Les patriotes chiliens sont abattus avec des mitraillettes israéliennes Uzi, les insurgés salvadoriens sont bombardés par des avions israéliens, le soi de la Namibie est labouré par les chars israéliens des tueurs sud-africains. Partout où une lutte est menée coutre les forces du progrès et de la liberté, Tel-Aviv arme la réaction comme un serviteur zélé de l’impérialisme.

A l’occasion de pourparlers menés à Washington par David Kimche, directeur général du ministère israélien des Affaires étrangères, la question de la création d’un fonds commun pour le financement de "l’assistance technique » israélienne à l’Amérique centrale a été abordée. Mais la discussion a porté en réalité sur l’accroissement du rôle d’Israël dans les « guerres secrètes » menées par les États-Unis dans la région.

La discrète « carte israélienne » est commode pour les Américains. Washington l’a déjà utilisée dans le passé lorsque les États-Unis ont été contraints de suspendre leurs livraisons d’armes aux régimes fantoches. Ainsi, au Nicaragua, l’armée de Somoza avait reçu d’Israël, au cours des derniers mois de la dictature, 100% de ses approvisionnements en armes et en munitions. Tel-Aviv a aussi fourni des armes d’infanterie à l’armée guatémaltèque et il livre du matériel militaire au Salvador. Au Honduras, ainsi que l’a écrit le journal israélien Haaretz, il constitue, avec les États-Unis, des stocks d’armes pour les « contras » nicaraguayens. Israël arme aussi l’organisation antisandiniste de Pastora qui opère à partir du Costa Rica.

Washington et Tel-Aviv sont satisfaits l’un de l’autre. Le premier se débarrasse du « sale travail » et la seconde tire un profit substantiel du commerce des armes. Et ce sont les peuples d’Amérique centrale qui font les frais de cette « division du travail ».

Dénonçant le caractère fallacieux des propagandes israélienne et sud-africaine, la Conférence internationale de Vienne a souligné la nécessité de diffuser une information véridique sur la véritable attitude de ces États et sur leur coopération. Elle a invité à « préparer, réaliser et publier » des ouvrages relatifs aux problèmes abordés clans cette brochure.

Conclusion

Le premier président des États-Unis, George Washington, avait prévenu que le plus grand danger qui puisse menacer l’Amérique est non pas extérieur mais intérieur. Ce danger est la « haine permanente » envers les autres peuples. Il est tout à fait justifié d’étendre ces propos du président américain aux plus proches amis des États-Unis de nos jours, Israël et la R.A.S., pays dans lesquels la haine des autres peuples est érigée en politique d’Etat. La coopération des U.S.A., d’Israël et de la R.A.S. constitue aujourd’hui un danger pour la paix et la sécurité et pas seulement au Proche-Orient et en Afrique. Etant donné que, partout dans le monde, les États-Unis mènent une politique de militarisme effréné, de terrorisme et d’exacerbation de la tension internationale, cette alliance dangereuse menace gravement la paix universelle. Et il est très important de souligner ici le danger que présentent aussi les tentatives d’Israël et de la R.A.S., qui appliquent une politique agressive à l’égard de leurs voisins, d’accession à l’armement nucléaire. C’est dans cette optique qu’il faut considérer la violation de la résolution du Conseil de sécurité de l’O.N.U. sur l’octroi de l’indépendance à la Namibie, pays dans les entrailles duquel le régime raciste de R.A.S. puise l’uranium qui lui permet de réaliser son ambitieux programme. C’est dans ce sens qu’il faut aussi considérer la coopération de Pretoria et de Tel-Aviv qui est le promoteur et l’exécutant des plans militaristes secrets des États-Unis et des monopoles impérialistes. Ce rôle d’Israël apparaît clairement dans la politique qu’il poursuit au Proche-Orient, en Afrique et en Amérique latine, une politique visant la consolidation des positions de l’impérialisme américain et l’affermissement de sa présence militaire.

Aujourd’hui, c’est l’aspect militaro-stratégique qui est primordial dans la consolidation de l’alliance d’Israël avec les régimes racistes et dictatoriaux. La conclusion de l’accord de coopération « stratégique » entre Israël et les États-Unis en atteste. En atteste également l’activité déployée par Pretoria en vue de constituer l’Organisation du Traité de l’Atlantique Sud (SATO) et aussi l’octroi aux forces navales américaines du droit d’utiliser une importante base navale à Simonstown. La politique de « partnership étroit » des États-Unis avec le régime raciste de R.A.S. en Afrique, les plans et l’assistance accordée secrètement par les U.S.A. à Israël pour que celui-ci aide les régimes dictatoriaux du Chili, du Salvador, du Honduras, du Guatemala ainsi que les contre-révolutionnaires nicaraguayens, montrent que l’impérialisme cherche partout la confrontation avec les forces de libération nationale, de la paix et du progrès. Personne aujourd’hui ne peut rester à l’écart parce que la lutte pour l’indépendance nationale, la liberté et le progrès, ainsi que la lutte contre ces phénomènes monstrueux de l’impérialisme que sont le racisme et l’apartheid, se rejoignent pour former sur tous les continents un mouvement en faveur de la paix et du désarmement nucléaire, pour l’élimination du danger de guerre.

De nos jours, les peuples du monde ne peuvent plus se fier uniquement aux paroles de paix de ceux qui éprouvent une « haine constante » pour autrui, des « élus de Dieu » qui prônent la discrimination raciale, l’apartheid et le génocide, de ceux qui minent les ports nicaraguayens, agressent comme des pirates la Grenade et mènent une guerre non déclarée contre les peuples du Salvador et de l’Angola. On ne peut défendre aujourd’hui l’indépendance et la paix, garantir le développement ultérieur qu’en opposant aux impérialistes la cohésion, la volonté de lutte et la vigilance, qu’en solidarité avec les forces de la paix, du progrès et du socialisme.

L’élimination des régimes racistes, la garantie de conditions pour un développement libre et indépendant du Nicaragua, la cessation de l’aide accordée à la junte antipopulaire du Salvador et de la coopération d’Israël avec les régimes racistes et dictatoriaux sont la condition sine qua non d’une paix solide et durable, de la sécurité de tous les peuples et États.

Anatoli Agarychev
1985
Publié par Le Grand Soir.

4 mars 2009

Mensonges étatiques

Le temps où la l'URSS soutenait politiquement les Palestiniens est révolu. Aujourd'hui, la Russie courtise Israël qui est un précieux fournisseur d'armes [1].

La guerre, menée contre les Palestiniens de Gaza par Shimon Peres, Ehud Olmert, Tzipi Livni et Ehud Barak, est présentée comme «une opération militaire dans la bande de Gaza» par RIA Novosti. Cette formulation est un déni de la réalité mais en même temps un aveu implicite de la colonisation. Car c'est en ces termes que l'armée française évoquait la guerre coloniale qu'elle menait contre le peuple algérien.

La Russie de Dmitri Medvedev (Président) et de Vladimir Poutine (Premier ministre) «joue un rôle important dans le processus de paix dans le secteur de Gaza»... en faveur d'Israël (RIA Novosti), qui «espère que la Russie contribuera à "déradicaliser" le Hamas et fera pression sur la Syrie et l'Iran» (RIA Novosti).

Dans le dossier "Offensive israélienne à Gaza", RIA Novosti reprend à son compte l'argumentation du gouvernement israélien, qui présente les résistants palestiniens comme des terroristes, sans jamais évoquer la colonisation et l'occupation militaire de la Palestine... depuis 1947.

Serge LEFORT
04/03/2009


[1] Mensonges médiatiques, Monde en Question Blogger - WordPress.

La République impériale

LE COUR GRANDMAISON Olivier, La République impériale - Politique et racisme d’Etat, Fayard, 2009.

Au tournant du XIXe siècle, les républicains favorables aux conquêtes coloniales ont réussi là où leurs prédécesseurs avaient échoué. Entre 1871 et 1913, les possessions françaises en outre-mer sont passées de moins d’un million de kilomètres carrés à treize millions. Quant aux « indigènes », leur nombre a progressé de sept à soixante-dix millions en 1938. Extraordinaire expansion. Elle est sans précédent dans l’histoire du pays qui, devenu la seconde puissance impériale du monde après la Grande-Bretagne, est confronté à des tâches multiples et complexes. Comment diriger un empire aussi vaste ? De quels instruments politiques, administratifs, juridiques – le droit colonial par exemple – et scientifiques la métropole a-t-elle besoin pour remplir les missions nouvelles qui sont les siennes désormais ? Quelles orientations – assimilation ou association – mettre en œuvre dans les territoires de la « Plus Grande France » ?

Telles sont quelques-unes des questions auxquelles cet ouvrage entend répondre. En effet, les conséquences de cette construction impériale sur les institutions, la vie politique, l’enseignement supérieur et secondaire, les sciences humaines, qui voient se développer en leur sein des sciences dites coloniales consacrées par la création d’une Académie ad hoc, et la littérature, mobilisée à des fins de propagande notamment, sont nombreuses. De là le surgissement inédit d’une véritable République impériale dotée de structures diverses, qui vivent par et pour les colonies, et d’un espace vital impérial jugé indispensable au développement de la métropole et à la vie de ses habitants.

Pour rendre compte de ce processus complexe et multiforme qui a longtemps affecté l’État et la société civile, nous avons forgé le concept d’impérialisation et eu recours à une approche dédisciplinarisée qui fait appel à de nombreux textes philosophiques, politiques, juridiques et littéraires.

Publié par Terra.
Télécharger le chapitre Chapitre II. De l’assimilation à « la politique d’association » au format PDF.

Lire aussi :
• Bibliographie Colonialisme, Monde en Question
• Colonialisme, Monde en Question Blogger - WordPress
• Colonialisme israélien, Monde en Question Blogger - WordPress

Les anarchistes

L’anarchisme serait-il à la mode ? On pourrait le croire en observant l’obsession de la police et des médias pour les « anarcho-autonomes », ou la place donnée aux drapeaux rouge et noir dans la révolte de la jeunesse grecque. Mais au fond, qu’est-ce que l’anarchisme ? Un cadre théorique, comme celui élaboré par Pierre-Joseph Proudhon, dont on célèbre ce mois-ci le bicentenaire de la naissance ? L’idéologie d’organisations engagées dans les combats de leur époque ? Un courant de pensée plus diffus qui irrigue luttes sociales et culturelles ? Toutes ces dimensions se combinent, ce qui explique peut-être le contraste frappant entre la faiblesse numérique des anarchistes et la petite musique persistante de leurs idées.

Lire le dossier publié par Le Monde diplomatique.

3 mars 2009

Guerre d'Israël contre le peuple Palestinien (17)



La colonisation en Cisjordanie pourrait s'intensifier, RFI.
Le gouvernement israélien sortant a préparé des plans de colonisation intensive visant à quasiment doubler le nombre de colons en Cisjordanie occupée, selon un rapport publié lundi. C'est le mouvement anti-colonisation la Paix Maintenant, qui a révélé ces plans.




Vers une augmentation du nombre de colons juifs dans les Territoires ?, Affaires-strategiques.
Selon un rapport du mouvement La Paix maintenant (Peace now), l’Etat hébreu prévoirait de construire plus 73.000 nouveaux logements destinés aux colons juifs, dans les prochaines années, en Cisjordanie, y compris à Bethléem et Jérusalem Est. Si ces plans étaient réalisés, le nombre de colons dans les Territoires palestiniens doublerait, passant de 300.000 à 580.000.
[...]
Selon un précédent rapport de l’organisation paru fin janvier, au moins 1257 nouvelles structures ont été construites en Cisjordanie en 2008, jugées illégales par Ehoud Olmert et la communauté internationale.


Israël envisagerait de doubler le nombre de colons en Cisjordanie, CCIPPP selon Le Monde.
Le gouvernement sortant israélien a préparé des plans de colonisation intensive visant à quasiment doubler le nombre de colons en Cisjordanie occupée, selon un rapport publié, lundi 2 mars, par le mouvement anti-colonisation La Paix maintenant.

Ces plans de colonisation, élaborés par le ministère de l’habitat et qui doivent encore être soumis par le prochain gouvernement de droite, prévoient la construction de 73 000 logements dans les prochaines années, dont 5 700 dans des quartiers de Jérusalem-Est annexée. Au total, les constructions dans les implantations de la Cisjordanie occupée pourraient accueillir au moins 280 000 habitants, indique le mouvement, qui a révélé ces plans.


Cisjordanie: Israël souhaite doubler le nombre de colons juifs (ONG), RIA Novosti.
Les autorités israéliennes souhaitent construire plus de 70.000 nouveaux logements dans les territoires palestiniens, ce qui pourrait déboucher sur un doublement du nombre de colons juifs en Cisjordanie, selon un rapport publié lundi par l'ONG israélienne La Paix maintenant.

Selon le rapport, dont les auteurs affirment avoir collecté des informations en libre accès, la poussée des colons pourrait s'accentuer encore davantage avec l'arrivée de la droite au pouvoir.

Les pacifistes se réfèrent notamment aux informations publiés sur le site officiel du ministère de la Construction et du Logement concernant les projets de construction de 73.300 logements (appartements et maisons unifamiliales). 15.000 logements ont déjà été approuvés, précise le document.

"Si ces plans se réalisent, avec quatre personnes par logement en moyenne, le nombre de colons juifs sur les territoires palestiniens pourrait doubler par rapport aux 300.000 personnes actuellement recensées", lit-on dans ce rapport publié à la veille de la première visite dans la région de la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton.

La "feuille de route", considérée par les Israéliens et les Palestiniens comme une base pour régler le conflit bilatéral, prescrit à l'Etat hébreu de "geler toute activité de colonisation, y compris la croissance naturelle des colonies".

La Cisjordanie compte actuellement 121 colonies juives, dont la plupart poursuivent les travaux de construction, selon des données de La Paix maintenant non démenties par les autorités israéliennes.


Quinze cents Palestiniens chassés de Jérusalem ?, Info-Palestine.
Cette fois nous ne nous laisserons pas faire. Nous constituons un front populaire et nous serons tenaces. Le Président du Conseil islamique de Jérusalem, le sheikh Al-Sabri a pris la tête d’une coalition d’organisations civiles palestiniennes mobilisées contre la destruction par Israël d’Al Bustan, un quartier arabe de la ville sainte situé à proximité de la mosquée Al Aksa.

Le 22 février, la municipalité de Jérusalem a en effet entamé la procédure censée déboucher sur l’expropriation de 88 des 100 immeubles situés dans ce quartier typique de la partie arabe de la ville. Au terme de ce processus, 1.500 Palestiniens seraient ainsi expulsés vers la Cisjordanie ou relogés dans le camp de réfugiés de Shouafat qui se trouve lui aussi de l’autre côté du mur de séparation. Coût de l’opération ? Trois cents millions de dollars.

Selon l’entourage du maire de Jérusalem Nir Barakat (indépendant de droite), l’expropriation d’Al Bustan se justifierait par le fait que la plupart des bâtiments du quartier auraient été construits sans permis. Or, Barakat et ses prédécesseurs ont pour politique de ne jamais accorder de permis de bâtir aux habitants des quartiers arabes de Jérusalem conquis en 1967. Donc, ceux qui construisent ou transforment un immeuble de Jérusalem-Est tombent d’office dans l’illégalité.

[...]

Le projet de la mairie de Jérusalem existe depuis 2001. Après quatre ans de négociations, les comités de quartier et les autorités israéliennes ont créé en 2005 un comité chargé d’établir un nouveau plan pour la zone. Mais leur projet prévoyant l’établissement d’un parc adossé à de nouveaux immeubles vient d’être rejeté, ce qui autorise la municipalité à entamer le processus d’expropriation.

« Il s’agit d’un dossier politique et non d’une simple question de gestion urbaine, affirme l’ingénieur. Si nous échouons, nous risquons d’assister au plus grand “transfert” de population palestinienne depuis 1967. » Et d’ajouter : « L’AP jettera toutes ses forces dans la balance pour empêcher cela. Elle ne négociera pas avec Israël à ce propos et elle envisage de saisir le Conseil de sécurité en espérant que les Etats-Unis n’y opposeront pas leur veto. »


Lire aussi :
• Dossier Résistance à la colonisation de la Palestine
• Bibliographie Palestine/Israël

Lettre ouverte à ceux qui envisagent de participer au banquet de CRIF

Madame, Monsieur,

Vous envisagez peut-être de vous rendre au dîner du CRIF, en pensant ainsi marquer votre refus de l'antisémitisme et votre sympathie pour les Juifs.

Nous pensons pouvoir dire qu'en agissant de la sorte vous iriez à l'encontre du but que vous vous seriez fixé.

Rappelons que le CRIF a organisé le 4 janvier dernier, en pleine offensive israélienne contre la population de la bande de Gaza, une manifestation de soutien à l'Etat d'Israël. En organisant cette manifestation le CRIF a non seulement exprimé son accord avec une politique criminelle mais en appelant les « Juifs de France » à soutenir la politique israélienne il a contribué explicitement et directement à « importer en France le conflit du Moyen Orient », faisant apparaître ainsi les Juifs comme les complices des crimes commis par les Israéliens contre les Palestiniens et prenant délibérément le risque de développer des sentiments antijuifs.

Dans ces conditions, accepter de participer aux agapes organisées par le CRIF, c'est à la fois soutenir les crimes perpétrés par l'armée israélienne contre les Palestiniens et contribuer à enfermer les «Juifs de France » dans une idéologie meurtrière.

Il est temps de comprendre que le CRIF d'aujourd'hui n'a plus rien à voir avec le CRIF des origines, né de la Résistance contre l'occupation nazie en France, que son appel aux Juifs de France à soutenir la politique israélienne revient à les enrôler au service d'une politique criminelle menée par un Etat étranger.

C'est pourquoi nous considérons que la participation au banquet de CRIF est devenue, sinon une manifestation d'antisémitisme, du moins une forme de mépris envers les Juifs en même temps qu'elle marque l'approbation de la politique israélienne de destruction de la société palestinienne.

Quant à l'émission sur Public Sénat, nous la considérerions comme une manifestation de propagande sioniste, voire en dernière analyse pour les raisons exposées ci-dessus antijuive et qui de ce fait ne devrait pas avoir sa place sur une chaîne de service public.

Le Bureau national de l'Union Juive Française pour la Paix
28 février 2009
Publié par UJFP.

Lettre des Femmes Palestiniennes au sénateur Mitchell

Cher Sénateur Mitchell,

Voici qu'une nouvelle fois nous vous souhaitons la bienvenue sur notre sol palestinien. Nous vous y accueillons en tant qu'émissaire d'un jeune président visionnaire qui a offert à notre monde assiégé une promesse d'espoir et de justice et qui tend une main conciliatrice à tous les peuples de la terre.

Nous vous souhaitons la bienvenue dans notre pays sachant que vous êtes un personnage important dont l'intégrité est reconnue de tous et qui a la volonté d'écouter et de comprendre. Qui sait suivre aussi son cœur et sa conscience.

Nous vous invitons à marcher de nouveau avec nous sur le chemin de Croix épineux qui est le destin de notre peuple depuis trop longtemps, afin que vous puissiez personnellement témoigner de l'aggravation de notre situation depuis votre dernière visite.

Durant cette visite vous apprendrez, Monsieur Mitchell, que la catastrophe de Gaza n'est que la partie visible de l'iceberg. C'est depuis l'installation d'Israël sur sa terre que le peuple palestinien a été soumis à de graves violences et des crimes de guerre. Depuis soixante ans, le soutien financier, moral et militaire inébranlable des Etats-Unis a permis à Israël de continuer en toute impunité à violer et à contourner le droit international et les résolutions des Nations Unies, aggravant ainsi les souffrances des Palestiniens. Par surcroît, en instrumentalisant la religion pour étayer ses positions, Israël a ouvert la voie à d'autres réponses religieuses, entraînant ainsi le monde dans un bourbier de querelles religieuses que des siècles de lutte pour les Lumières avaient réussi à surmonter.

C'est un état de choses lamentable, d'autant plus si on prend en considération la splendeur de la civilisation arabe au cours des siècles passés qui a enveloppé les peuples des trois religions dans la tolérance et le respect et qui, de plus, était devenue un havre de paix pour les Juifs fuyant la persécution en Europe.

L'Union générale des femmes palestiniennes représente des milliers de femmes en Palestine et à l'étranger. Fortement engagées pour l'établissement d'un monde harmonieux et juste où nos enfants pourraient connaître la paix et la sécurité aux côtés des autres enfants du monde, nous sommes très inquiètes pour l'avenir de l'humanité si la situation actuelle perdure. C'est pourquoi, nous comptons sur vous, M. Mitchell, pour comprendre la profondeur de la colère et du désespoir qui remplit les cœurs de notre peuple, surtout chez les jeunes.

Cela fait soixante ans que notre peuple se bat pour rétablir ses droits et pour faire régner la justice. Générations après
générations, on s'est adressé aux Nations Unies pour honorer les
résolutions. En vain. On a eu recours à des appels, des campagnes de solidarité et plusieurs autres moyens de résistance pacifique tels que des « sit-in », des manifestations, des marches et des grèves de la faim. En vain. Au contraire, leurs tentatives de protestation ont rencontré des violations des droits humains extrêmes, telles que des assassinats, des incarcérations, des couvre-feu, des restrictions sur la circulation,la confiscation des terres, démolitions de maisons, déracinement d'arbres et de cultures et, enfin, l'érection d'un mur monstrueux qui met en péril la continuité de notre terre et le tissu social et économique de notre peuple. Ce qui a renforcé les sentiments de colère et de désespoir est le fait que notre peuple a continué à être tenu pour responsable et se faire punir pour avoir été ainsi injustement volé de sa terre, ses vies et sa liberté alors que la communauté internationale a continué à se préoccuper de la sécurité d'Israël sans le moindre égard pour la sécurité des Palestiniens.

L'injustice, sénateur Mitchell, est à la racine de beaucoup de mal et la cause de bon nombre de guerres. En voyant le processus de paix devenir un processus de dépossession, nous faisons appel à vous en tant que quelqu'un qui connaît les dimensions de notre problème, pour vous attaquer aux causes qui sont à la racine du conflit au lieu de traiter les résultats qu'elles ont produits. Cela impliquerait de faire appliquer les droits inaliénables des Palestiniens tels qu'ils ont été affirmés, confirmés et réaffirmés dans quantité de résolutions des Nations Unies. Continuer à soigner une blessure purulente avec du sparadrap et des anti-douleurs ne sert à rien et ne servira jamais à rien. La pratique par Israël, moyennant l'agression et la conquête militaire, du fait accompli, doit se terminer. Et le fait que la communauté internationale couvre ces actes ne peut qu'aggraver la situation. Si Israël veut la sécurité, il lui faudra vivre en harmonie avec les peuples de la région et rétablir les droits et les terres des Palestiniens.

Nous espérons, M. Mitchell, que votre mission sous la nouvelle administration constituera un nouveau départ pour la politique américaine et nous sommes certaines que votre visite vous éclairera sur votre chemin vers l'accomplissement d'une paix juste dans notre région. Afin que nous puissions commencer à rêver d'un avenir meilleur et plus doux pour nos enfants et pour l'ensemble du monde.

Union Générale des Femmes Palestiniennes
Publié par UJPF.

2 mars 2009

La guerre de Gaza et l’impasse politique israélienne

La guerre menée par l’armée israélienne à la population de Gaza du 27 décembre au 18 janvier, soit durant trois semaines, a laissé derrière elle sans doute près de 1 500 morts et des milliers de blessés, et dévasté le territoire. Cinq mille maisons ont été détruites et vingt mille endommagées, de même qu’une grande partie des entreprises industrielles ou agricoles et des infrastructures les plus élémentaires.

La population de ce territoire déjà soumis depuis des années à un blocus draconien est maintenant en grande partie réduite à vivre dans les ruines, dépendant de l’aide humanitaire que les autorités israéliennes ou égyptiennes ne laissent passer qu’au compte-gouttes. L’opération a sans aucun doute encore augmenté la haine que les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie, mais aussi les autres populations arabes, peuvent nourrir à l’égard des dirigeants israéliens et aussi de certains dirigeants arabes. Et elle a certainement aussi grandi le prestige du Hamas, que les dirigeants israéliens prétendaient ainsi anéantir.

« Plomb durci » contre la population gazaouie

La raison invoquée pour cette opération baptisée « plomb durci » a été, on le sait, les roquettes tirées par des combattants palestiniens du Hamas contre le territoire israélien. Ces attaques visant la population civile israélienne – bien sûr injustifiées, mais de toute façon artisanales et dérisoires – ont fourni le prétexte à un bombardement massif de la population de Gaza avec les moyens les plus modernes et les plus meurtriers. L’armée israélienne, malgré les mensonges officiels, a choisi sciemment une riposte « disproportionnée » – suivant en cela les théories de certains stratèges israéliens et américains selon lesquels il faut attaquer de façon imprévisible, et apparemment irrationnelle, pour frapper d’autant plus de terreur la population visée.

« Aucun pays ne peut accepter sans réagir que l’on tire ainsi contre son territoire », ont répété à l’envi les représentants israéliens pour justifier leur offensive par les tirs de roquettes du Hamas, oubliant sans vergogne le fait que, réciproquement, aucun peuple ne pourrait accepter de continuer à vivre en état de siège comme le fait le peuple gazaoui, depuis des années, sans perspective d’en sortir. C’est la politique des dirigeants israéliens qui fait naître sans cesse de nouvelles vocations de combattants prêts à prendre les armes pour tenter de lui répondre, que ce soit par des tirs de roquettes ou par des attentats-suicides, que ce soit sous l’étiquette du Hamas ou celle des différentes « brigades de martyrs » créées pour cet objectif. Les dirigeants israéliens le savent très bien, mais visiblement, cela ne les gêne pas.

Qu’il s’agisse des dirigeants de Kadima, Ehud Olmert et Tzipi Livni, ou du travailliste Ehud Barak, les dirigeants israéliens oublient aussi de rappeler que ce sont eux qui, en fait, ont rompu la trêve instaurée avec le Hamas et qui durait depuis six mois. Malgré cette trêve, l’armée israélienne a encore renforcé le blocus qu’elle imposait au territoire depuis que, en janvier 2006, les élections palestiniennes ont donné la majorité au parti islamiste, sanctionnant ainsi le peuple palestinien pour son choix électoral. Dans une situation de plus en plus insupportable pour une population privée des ressources les plus élémentaires, ce n’est qu’après un bombardement de la bande de Gaza en novembre 2008, qui fit six morts et qui visait des responsables du Hamas, que les tirs de roquettes ont repris depuis Gaza contre le territoire israélien.

En lançant leur offensive le 27 décembre, les dirigeants israéliens n’ont donc fait que poursuivre une politique d’affrontement qui est la leur depuis longtemps et que cachait bien mal la feuille de vigne d’un prétendu « processus de paix » de toute façon fantomatique. Ils l’ont fait aussi pour une raison plus conjoncturelle, du fait de l’approche des élections législatives israéliennes du 10 février, les principaux partis n’envisageant la compétition politique dans ce cadre que sur le thème de la « fermeté ».

En effet, face à une opinion israélienne que tous ont contribué à convaincre qu’il n’y a d’issue pour elle qu’en menant une guerre à outrance contre tous ses voisins, aussi bien le parti travailliste que Kadima, le Likoud ou le parti d’extrême droite Israël Beitenou de Lieberman se sont fait concurrence en cherchant à se montrer chacun plus dur et plus dénué de scrupules dans l’usage de la violence à l’égard des Palestiniens. C’était faire payer aux hommes, aux femmes et aux enfants de Gaza le prix d’un calcul ignoble, dans lequel plus de sang était répandu et plus les responsables du massacre escomptaient récolter de voix.

Le résultat est que, côté israélien, cette opération militaire a sans doute encore contribué à l’évolution à droite dont ont témoigné les élections. Celles-ci ont été marquées par les progrès de l’extrême droite raciste de Lieberman, mais aussi du Likoud de Benyamin Netanyahou qui lui aussi a fait étalage de sa fermeté et même de son hostilité à la reprise du « processus de paix ». La « centriste » Tzipi Livni, tout en étant arrivée en tête, ne semble pouvoir constituer une majorité qu’en devenant l’otage de la droite voire de l’extrême droite. Enfin le parti travailliste de Barak a recueilli le plus mauvais résultat de son histoire bien que son chef ait cherché lui aussi, en tant que ministre de la Défense, à faire étalage de sa détermination guerrière : en n’imaginant de concourir que sur ce terrain, son parti ne pouvait qu’être dépassé sur sa droite.

Avec l’offensive contre Gaza, les dirigeants israéliens ont démontré encore un peu plus leur cynisme, leur mépris des peuples voisins et même simplement de la vie, au point d’entacher dans le monde entier, y compris dans des pays où l’opinion lui est traditionnellement favorable, l’image d’un État contre lequel pèsent maintenant des accusations de crimes de guerre. Au terme de ces élections, et quelle que soit la coalition gouvernementale qui en sortira finalement, ils apparaissent plus prisonniers que jamais de leur logique jusqu’au-boutiste. S’enfonçant un peu plus dans une politique qui mène à l’impasse, ils y enfoncent malheureusement avec eux la population israélienne et l’ensemble du Moyen-Orient. Mais visiblement, cela non plus ne gêne guère des dirigeants dont la perspective se limite au dérisoire jeu politicien israélien et aux gains qu’il peut procurer, régulièrement compromis dans des affaires de corruption personnelle et qui se sentent assurés, quoi qu’ils fassent, du soutien des USA et de l’aide financière américaine.

Un changement dans la politique impérialiste ?

Il est vrai que la politique israélienne dépend de facteurs internationaux au moins autant que des facteurs politiques locaux. Elle dépend d’abord évidemment de la stratégie de l’impérialisme américain dans toute la région moyen-orientale. Chacun s’interroge donc aujourd’hui sur ce que signifiera pour celle-ci, et notamment pour le conflit israélo-palestinien, le « changement » promis par le nouveau président américain Obama. Mais ce changement, si même changement il y a, semble devoir mettre longtemps à se concrétiser.

La recherche d’un règlement des conflits par le biais d’un accord avec l’Iran, déjà évoquée sous l’administration Bush par le même secrétaire d’État à la Défense Robert Gates qui fait aujourd’hui partie de l’équipe Obama, ne va pas pour l’instant au-delà de quelques ouvertures verbales. D’autre part, malgré tous les commentaires en ce sens, les dirigeants américains savent fort bien que l’explication du conflit entre Israël et les Palestiniens et d’autres mouvements arabes ne peut se résumer à l’action de l’Iran ou de la Syrie et à leur soutien plus ou moins important au Hamas ou au Hezbollah libanais. Le conflit israélo-palestinien demeurerait évidemment même si, dans le cadre d’un accord avec les États-Unis, la Syrie et l’Iran décidaient de ne plus soutenir ces derniers mouvements ; et c’est bien pourquoi Obama est resté bien peu prolixe sur la façon dont il envisage de le régler.

Bien entendu, la guerre de Gaza et les élections israéliennes passées, des voix se font entendre pour réclamer la remise sur pied d’un « processus de paix ». Les dirigeants européens, mais aussi et surtout les dirigeants arabes les plus liés à la politique impérialiste comme l’Égyptien Moubarak ou les dirigeants saoudiens, inquiets du danger de déstabilisation que fait peser sur eux la politique israélienne, ou bien les dirigeants turcs, proposent invariablement leurs bons offices pour une négociation. Cependant on sait maintenant depuis des années que le but d’une telle négociation baptisée « processus de paix » n’est pas vraiment la recherche d’un règlement, mais seulement d’en entretenir l’illusion.

L’idée qu’au terme d’infinies négociations les dirigeants américains et israéliens pourraient être convaincus de changer de politique fournit en effet un alibi aux dirigeants palestiniens et arabes les plus prêts à collaborer avec le régime israélien et à soutenir la politique impérialiste. Mais quant à faire que ce « processus de paix » puisse aller jusqu’à la paix tout court, il y a un grand pas. Il faudrait pour cela que les dirigeants israéliens, par exemple, soient prêts à affronter la partie la plus extrémiste de leur opinion, notamment celle constituée par les colons de Cisjordanie et tous ceux qui les soutiennent au nom de l’idéologie du « grand Israël ». On ne peut guère s’attendre à un tel courage politique de leur part, et il est tout aussi peu probable que la nouvelle administration américaine exerce sur les dirigeants israéliens les pressions nécessaires pour les y forcer – ce dont elle aurait cependant tout à fait les moyens, la survie du régime israélien dépendant en très grande partie du soutien américain.

Avec le temps, il devient même de plus en plus difficile de convaincre les dirigeants israéliens de rétablir un « processus de paix » – sans même parler d’aller vers la paix elle-même. Dans leurs assauts de démagogie et de surenchères guerrières, ils sont de moins en moins capables de payer le prix de concessions, même purement verbales et ne les engageant à rien. On peut donc se demander si le « changement » promis par Obama par rapport à la politique de son prédécesseur Bush ira jusqu’à chercher à les en convaincre et à prendre le risque d’en payer lui-même le prix politique, par exemple en devant affronter le lobby favorable à Israël qui, invariablement, dénonce toute pression sur celui-ci comme un « lâchage » inadmissible de cet allié des États-Unis. Et, bien plus fondamentalement encore, il faudrait pour cela que l’impérialisme américain juge qu’il y a intérêt, et c’est bien tout le problème.

Un allié privilégié pour l’impérialisme

Le projet sioniste d’établir une colonie juive en Palestine, au cœur d’une région économiquement sous-développée et d’une population arabe traversée comme les autres par des aspirations nationales et sociales, n’a pu réussir en son temps que parce qu’il a coïncidé avec les intérêts impérialistes. L’impérialisme britannique d’abord, projetant d’établir sa domination sur une région qu’il voulait soustraire à l’empire ottoman, a accordé son soutien à « un foyer national juif en Palestine » par la fameuse déclaration Balfour de 1917. L’impérialisme américain a pris son relais à partir de 1948, d’abord en appuyant la création d’Israël puis en soutenant invariablement, depuis plus d’un demi-siècle, cet État et sa politique.

Il n’y a évidemment là rien de fortuit. Israël n’est certes pas le seul État allié de l’impérialisme au Moyen-Orient. Au fond, tous les États de la région le sont à des degrés divers. L’Arabie saoudite et les Émirats, l’Égypte et la Jordanie, par exemple, le sont particulièrement pour l’impérialisme américain. Mais Israël est le seul État qui peut appuyer cette alliance sur un consensus profond de sa population. En grande partie d’origine européenne, disposant d’un niveau de vie supérieur à celui de tous les pays voisins, vivant dans un État dont la création même au cœur du monde arabe reste contestée, celle-ci se sent pour toutes ces raisons dans une situation de population assiégée. Toute la politique de ses dirigeants, depuis la création d’Israël, a d’ailleurs visé à entretenir ce sentiment, en recourant à la fois à une politique d’affrontement et à un arsenal idéologique mêlant le nationalisme et un sentimentalisme lié à l’histoire juive, le messianisme religieux et les références bibliques, ou tout simplement le racisme anti-arabe et le culte de la force militaire, tout cela appuyé sur le maintien à tout prix du caractère exclusivement juif de l’État. Cela a fourni la base sociale de la politique de l’État israélien.

À la fois expression des appétits de sa propre bourgeoisie et en général de ceux de l’impérialisme dans la région, cette sorte de sous-impérialisme se montre d’autant plus agressif que sa base économique est plus limitée et son existence plus fragile. Par bien des aspects, la politique d’Israël se réduit à celle de l’état-major, où une grande partie des dirigeants politiques israéliens ont d’ailleurs commencé leur carrière, et d’une armée à laquelle l’État consacre une grande partie de ses ressources, sans compter l’aide déterminante que lui apportent les puissances occidentales. Cet état-major dispose de relais dans un personnel politique qui lui est lié, mais aussi par ce biais d’une base dans la population qu’il peut mobiliser dans des guerres successives, toujours sous prétexte de la défendre contre le danger extérieur.

Au-delà des raisons politiques conjoncturelles, c’est toute cette situation qui rend hypothétique un règlement du conflit israélo-palestinien et israélo-arabe en général. Les grandes lignes d’un règlement un peu durable sont connues : celui-ci impliquerait l’évacuation de la plus grande partie des territoires occupés depuis 1967 par Israël et une normalisation progressive des relations avec ses voisins, normalisation à laquelle ceux-ci sont prêts. Mais la politique agressive des dirigeants israéliens, la menace permanente qu’elle constitue contre tous les peuples et les États de la région pour les contraindre à accepter la situation d’une région balkanisée, colonisée et mise en coupe réglée par les grandes compagnies occidentales, pétrolières en particulier, sont bien trop utiles aux dirigeants impérialistes. Ils n’ont guère de raison d’envisager sérieusement de pousser les dirigeants israéliens à régler les conflits en cours et pour cela à en payer le prix politique auprès de la partie de l’opinion qu’ils ont contribué à convaincre de refuser toute concession.

Toute la politique des dirigeants israéliens et de leurs soutiens les amène ainsi à entretenir en permanence des conflits, qu’ils ne peuvent jamais vraiment gagner, mais qu’ils ne veulent pas non plus régler. Cette situation risque donc de perdurer, même s’il est possible qu’une nouvelle trêve soit conclue, qu’un mirage de « processus de paix » soit remis sur pied ou même qu’il y ait des tentatives de règlement partiel ou provisoire de certains conflits, comme les accords d’Oslo de 1993 en ont fourni l’exemple. La population israélienne continuera ainsi d’être mobilisée pour cette guerre permanente avec ses voisins, jouant le rôle peu enviable de gardienne de l’apartheid à laquelle les Palestiniens sont de plus en plus condamnés, avec tout ce que cela implique pour elle de dégradation politique et morale. Il est triste de voir cette population, issue en partie des rescapés des camps de la mort nazis, accorder maintenant un crédit croissant aux démagogues racistes à la Lieberman qui prônent ouvertement une politique de « purification ethnique » à l’égard des Arabes.

Le développement des courants intégristes islamistes, comme celui du Hamas ou d’autres, au sein de la population palestinienne, n’est que la réciproque du même phénomène. Les dirigeants israéliens n’ont pas seulement encouragé les courants islamistes à leur naissance, afin de battre en brèche l’influence des dirigeants nationalistes palestiniens et pour tenter de contrer le soulèvement populaire de l’Intifada, mais toute leur politique a abouti à discréditer les dirigeants palestiniens qui étaient les plus prêts à s’engager avec eux dans la voie d’un « processus de paix ». Aujourd’hui, cette importance du Hamas, à laquelle ils ont eux-mêmes contribué, leur sert à justifier leur politique en prétendant, contre l’évidence, qu’ils n’ont pas d’interlocuteur possible du côté palestinien.

L’intérêt commun des peuples palestinien et israélien

Ainsi, depuis plus de soixante ans, le peuple palestinien paye très cher le fait de s’être trouvé à une sorte de carrefour des intérêts et de la stratégie de l’impérialisme. Il risque de continuer à le payer longtemps, que ce soit sous l’aspect des offensives meurtrières d’Israël, de la misère et de l’enfermement, ou bien de la dictature des courants islamistes et de la régression sociale qui l’accompagne. Il n’y a guère à espérer que les appels réitérés faits par les responsables palestiniens et arabes à l’ONU ou aux dirigeants américains et européens, qui n’en ont cure, puissent modifier cette situation. Il est vrai que de ce point de vue, la population palestinienne ne semble guère avoir d’illusion et semble surtout déterminée à tenir quoi qu’il arrive, comme elle le fait depuis soixante ans, convaincue qu’un jour ou l’autre l’histoire lui donnera raison.

En attendant, la clé de la situation est bien dans la population israélienne dont ses dirigeants ont un besoin essentiel pour mener leur politique militariste et pour garder leur crédibilité d’alliés de l’impérialisme. En fait, cette population israélienne ne supporte d’ailleurs d’être enrôlée dans des guerres que parce qu’à chaque fois ses dirigeants lui promettent qu’elles vont être rapides et qu’elles régleront définitivement les problèmes. Mais comme on l’a vu dans les différentes guerres menées au Liban, comme on l’a vu aussi lors de la première Intifada, le prolongement du conflit et l’absence du succès promis font naître rapidement les critiques, voire la révolte d’une partie des soldats. C’est pourquoi l’état-major cherche à mener des offensives évitant les pertes israéliennes et pas trop prolongées dans le temps. Mais elles sont aussi peu efficaces et ne peuvent éviter que les problèmes ressurgissent rapidement ensuite.

Il existe heureusement au sein de la population israélienne des femmes et des hommes qui, malgré toute la pression qui les entoure, militent courageusement contre la politique de guerre de leurs dirigeants. À chaque conflit où on les appelle à se battre contre le peuple voisin, des soldats refusent même de servir. Même si c’est une très petite minorité, elle mérite d’être saluée car au fond, comme bien souvent dans ce type de situation, c’est cette minorité qui indique une voie.

En effet il n’y aura pas d’issue à la situation actuelle tant que les dirigeants israéliens pourront trouver, au sein de leur population, un appui de masse pour leur politique de guerre. Or il n’est pas dit qu’ils le trouvent toujours car la situation est au fond insupportable aussi, à plus ou moins long terme, pour la population israélienne elle-même. Tôt ou tard, celle-ci devra comprendre qu’il n’y a pas d’avenir pour elle si elle ne trouve pas la voie et les moyens de vivre en paix et de coopérer avec les peuples voisins, dans le plein respect de leurs droits.

Cela signifiera bien sûr, pour la population israélienne, rompre avec la politique impérialiste que ses dirigeants lui ont toujours dictée. Mais c’est son intérêt, tout comme c’est l’intérêt des Palestiniens, et de tous les peuples victimes de la politique des dirigeants d’Israël, de préparer à leur façon une telle rupture en refusant d’assimiler la population de ce pays à la politique que lui imposent ses dirigeants.

Lutte de Classe n°118
16 février 2009
Publié par Union Communiste Internationaliste.

"Nous n’avons plus que la persévérance"

«Depuis plus de soixante ans que je vis avec les Israéliens,
tout ce que je peux vous dire c’est qu’il n’y a plus qu’à espérer
que Dieu mette un peu de pitié dans le cœur des juifs.
»
Abu Issam, Eglise de la Nativité, Nazareth.

Gaza est bombardée depuis vingt et un jours et enfin il y a quelque chance que la septième guerre israélo-arabe se termine. Plus de 1 100 Palestiniens ont été tués, dont un tiers d’enfants, et plus de 5 000 ont été blessés. Israël a utilisé des gaz au phosphore, attaqué des ambulances et des hôpitaux, détruit les immeubles de l’UNRWA et de la Croix-Rouge, limité l’entrée de l’aide humanitaire et semé la terreur dans chaque maison, dans chaque rue de la bande de Gaza. La cause palestinienne est de retour sur la scène internationale, et partout dans le monde des foules sont descendues dans les rues pour demander l’arrêt de cette guerre. L’horreur de Gaza a aussi bien galvanisé la rue arabe que les manifestants en Europe, aux Etats-Unis, en Amérique latine et en Australie. Mais malgré toutes ces manifestations, la rage des peuples n’a eu aucun impact sur les gouvernements. Personne, pas même l’Onu, n’a la volonté de mettre fin à cet enfer...

Les derniers sondages en Israël révèlent que 91 % des Israéliens approuvent leur gouvernement. Les Etats arabes, eux, ont été incapables d’adopter une position commune. Ils se demandent lequel d’entre eux va endosser la cause palestinienne, l’Egypte, la Syrie ou le Qatar, les modérés ou le camp de la résistance. La moitié des Etats arabes participent à une réunion extraordinaire sur le conflit à Doha quand d’autres insistent pour en discuter en marge du sommet économique qui se déroule au Koweit. La tragédie palestinienne et leur impuissance à y mettre fin illustre la faiblesse de leur pouvoir dans la région, ainsi que la fin du nationalisme arabe en tant que concept significatif. Entre-temps, le chef de l’Autorité palestinienne a déclaré que c’était le Hamas qui avait provoqué cette attaque ; ainsi la victime excusait-elle son bourreau. Il n’a eu aucune honte à dire que la résistance n’a plus de sens dès lors qu’elle cause la mort de civils. Il semble avoir oublié que la cause palestinienne n’a pour elle que sa résistance légitime. C’est cette résistance contre l’occupation, contre la dépossession depuis plus de soixante ans, contre un processus de colonisation dont chacun connaît l’illégalité, que le monde civilisé a condamné - à défaut de le sanctionner -, qui fait la différence. Elle met au premier plan la cause palestinienne, devant les milliers de personnes tuées au Congo, les morts quotidiennes en Somalie ou encore les victimes du tsunami.

Cela fait deux semaines que je suis arrivée à Birzeit, dans le bantoustan de Ramallah en Cisjordanie. Je ne m’attendais pas à une guerre, je voulais voir ma famille, poursuivre mon travail à l’université de Birzeit, conserver le lien entre l’intérieur du pays et l’extérieur, bref l’éternelle histoire palestinienne. Je suis arrivée et j’ai trouvé les gens collés à la télévision, regardant se dérouler l’horreur à Gaza, aussi impuissants que des habitants de Boston, d’Australie ou de Londres. La guerre nous a rendus fous de rage, elle m’a rendue folle de rage, mais le pire a été le constat d’impuissance partout autour de moi. Les gens manifestent dans les rues, à Ramallah et à Birzeit, aujourd’hui tout autant que lorsqu’Al-Qaradawi appelait tous les musulmans à faire de vendredi dernier un jour de colère et de solidarité avec Gaza. Mais les manifestants qui sont descendus dans les rues de Ramallah n’étaient pas plus nombreux que ceux de Boston, sans parler de ceux de Sakhnin et de Baqa à l’intérieur de la Ligne verte. Aujourd’hui il y a eu des manifestations partout en Cisjordanie après la mort de Saaed Siam hier à Gaza. Comme tous les autres téléspectateurs du monde, j’ai vu des jeunes lancer des pierres aux soldats israéliens à Jérusalem-est et à Hébron. Ceux qui lançaient des pierres au checkpoint de Kalandia se sont trouvés devant un nouveau mur érigé devant le mur existant. Israël continue à construire des prisons dans des prisons.

Même si M. Khaled Mechaal, le chef du Hamas à Damas, en appelle à une troisième intifada dans toute la Palestine, rien de tel ne s’est produit. La colère de la Cisjordanie, qui a nourri la première et la seconde intifada, est tombée, ou plutôt elle a été étouffée dans l’œuf. La police palestinienne veille à ce qu’il n’y ait aucun foyer de rébellion. Durant la manifestation de Ramallah, les policiers, armés de mitrailleuses, formaient des rangs encore plus impressionnants que dans les manifestations londoniennes. Les membres des services secrets, vêtus de blousons bleus fournis par l’aide américaine, étaient omniprésents. Toute une troupe de partisans du Fatah ne dépassant pas 18 ans a envahi les rangs des manifestants. Et dès que quelques jeunes se sont mis à scander le nom de Hamas ils ont été arrêtés. Quand les étudiants palestiniens ont manifesté à l’université de Birzeit et ont commencé à marcher en direction du checkpoint Atarah, les forces de sécurité palestiniennes leur ont tiré dessus et les ont battus. Toutes les caractéristiques d’une police d’Etat sont en place, avant même qu’un Etat palestinien puisse prétendre à l’existence.

La lutte des Palestiniens se délite et la Palestine risque de n’être bientôt plus qu’une idée. Les gens sont en colère mais sans direction, sans leadership. Tout le monde essaie de faire quelque chose, mais rien ne se transforme en projet d’émancipation politique. J’ai attendu la mobilisation des partisans du Hamas en Cisjordanie, mais ils sont tous dans la clandestinité, ou alors dans les prisons palestiniennes, ou dans les camps israéliens. Depuis le 27 décembre, l’Autorité palestinienne a arrêté plus de sept cents sympathisants du Hamas, parmi lesquels les maires et les députés du Conseil législatif palestinien (CLP). J’étais persuadée que les forces progressistes se manifesteraient, mais jusqu’ici elles n’ont fait qu’adresser un message de soutien à Gaza. Les intellectuels ont continué à se réunir, ils ont appelé à l’unité nationale, condamné la corruption, le silence et même la complaisance de l’Autorité palestinienne. Beaucoup ont encore une fois demandé la dissolution de l’Autorité palestinienne, d’autres ont à nouveau souligné les graves conséquences économiques et politiques qu’entraînerait une telle décision. Personne ne veut prendre le risque d’un scénario à l’irakienne, d’une guerre civile qui ne dit pas son nom. Les forces progressistes se sont jointes à Mustafa Barghouti (chef de l’Initiative palestinienne), aux représentants du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), du Parti du peuple et du Front démocratique de libération de la Palestine (FDLP) ainsi qu’à des groupes islamiques indépendants pour condamner la guerre d’Israël à Gaza. Les manifestations hebdomadaires à l’intérieur de la Ligne verte étaient stimulantes mais aucun lien n’a été établi entre l’intérieur et l’extérieur de la Ligne verte pour vaincre le Mur. Eux aussi manquent de direction ou de leadership.

Car malgré tous les sacrifices à Gaza, les manifestations en Cisjordanie et le soutien populaire international que les atrocités de Gaza ont suscité, il semble qu’il n’y ait pas de force politique capable ou désireuse de mettre à profit cette mobilisation pour bâtir un projet politique clair. Il n’y a pas d’organisation équivalente à la Direction nationale unifiée qui a mené la première intifada. A la différence de la seconde intifada, il n’y a pas de brigade Al-Aqsa, ni de tentative de la part de militants du Fatah de se constituer comme parti national distinct du Fatah en tant qu’institution gouvernante dominante pour conserver leur indépendance politique. Le Hamas demeure le seul parti de masse de la résistance, aux côtés de tous ceux qui croient encore en la résistance. Mais il est trop pris par la guerre, par ses deux guerres, celle contre Israël et celle contre l’Autorité palestinienne. Les autres partis sont trop faibles ou dans l’incapacité de s’organiser. Tout comme le Palestinien moyen, ils ne peuvent qu’exprimer leur colère et leur désillusion par des manifestations.

Pendant ce temps, l’Autorité palestinienne continue de négocier sur les ruines du processus de paix d’Oslo. Elle se débrouille grâce à l’aide militaire américaine, à son allégeance à la domination israélienne et aux promesses arabes de financer les salaires des soldats, des travailleurs et des policiers palestiniens. Elle a spéculé sur le silence d’un tiers de la population qui dépend des revenus qu’elle lui procure, sur la peur de beaucoup de voir se répéter l’invasion israélienne de 2002 et sur la capacité de sa police à réduire l’opposition au silence. Elle s’est convaincue et en a convaincu d’autres qu’elle est dirigée par un groupe de technocrates ayant pour unique objectif de prouver que les Palestiniens sont capables d’assurer leur propre sécurité et de s’auto-administrer. Ils adhèrent totalement à la directive de Dayton : le rôle de la police palestinienne n’est pas de combattre l’occupation mais de maintenir l’ordre en Palestine. L’Autorité attend toujours l’Etat qui lui a été promis, sur une terre morcelée, avec un peuple divisé et des villages assiégés. Mais c’est un Etat qui, s’il existe un jour, formera une confédération avec la Jordanie. D’ici là, elle attend l’effondrement du Hamas, ou sa reddition. Elle attend d’aller reconstruire Gaza et d’organiser de nouvelles élections financées par l’Union européenne. Sa direction n’a jamais paru si fragile, sa légitimité aussi éphémère.

La situation dans le monde arabe ne fait qu’accentuer la gravité de la situation palestinienne. Où que j’aille, quelle que soit la personne avec qui je parle, domine un sentiment d’incrédulité dans le niveau de division entre les pays arabes. A force de tergiverser pour savoir lequel d’entre eux prendra en charge le dossier palestinien, les pays arabes se sont décrédibilisés encore plus dans la région et sur la scène internationale. M. Recep Tayyip Erdogan en Turquie a été plus critique envers Israël qu’aucun dirigeant arabe. M. Mahmoud Ahmadinejad en Iran a dû rappeler à l’Autorité que Gaza est d’abord palestinienne, ensuite arabe et enfin musulmane. La Turquie et l’Iran reviennent jouer un rôle de premier plan au Moyen-Orient, tandis que l’Egypte et l’Arabie saoudite sont dépassés, dans leur tentative de surmonter la peur d’un islam politique qu’ils ont pourtant créé. Cette guerre sonne le glas d’une politique arabe crédible. Elle inaugure un nouveau Moyen-Orient dont la pensée et le discours restent à découvrir. Un nouveau Moyen-Orient que même M. Bush n’a jamais imaginé.

Le sens même de la politique a changé. Ce qu’elle signifie, ce qu’elle cherche à faire, comment elle va libérer : rien n’est évident désormais. Partout règnent le désespoir et l’impuissance. Les gens d’ici n’en savent pas plus que quiconque à l’étranger. En fait, personne ne sait ce qui se passe ni ce qui va se passer. Tout le monde attend. Quoi, ce n’est pas encore très clair : que Dieu ait pitié ? Que ceux qui sont au pouvoir restent ou partent ? Que ceux de l’extérieur prennent les choses en main ? Qu’un leader miraculeux émerge ? Que M. Obama trouve une solution ? Personne ne sait. Nous revenons à une politique de la persévérance, que les Palestiniens n’ont jamais abandonnée. Cette fois-ci, pourtant, nous n’avons plus qu’elle. Est-ce suffisant ? Est-ce que nous n’allons pas perdre encore plus, n’y a t-il rien d’autre au service de la cause que la seule persévérance ?

Ici, personne ne sait. Personne ne sait et personne en ce moment ne veut savoir. Tout ce qu’on veut c’est la fin de cette guerre, que la vie redevienne à peu près normale dans cet éternel état d’exception, pour que cette farce du processus de paix et son Etat palestinien promis soient enterrés, pour qu’une nouvelle génération émerge. Ce que les Palestiniens savent c’est qu’ils sont ici pour rester, sur cette terre atomisée, dans ces bantoustans fragmentés, avec ces oliveraies qui résistent, jusqu’à ce que la miséricorde divine descende sur eux.

Leila Farsakh
Birzeit, 17 janvier 2009
Publié par Le Monde diplomatique.

1 mars 2009

Mensonges médiatiques

Après la guerre de l'État d'Israël contre le peuple Palestinien à Gaza, les médias dominants continuent de relayer le point de vue des dirigeants israéliens jusqu'à tordre les faits pour les faire entrer dans leur logique du récit. La propagande d'aujourd'hui est beaucoup plus subtile que celle d'hier. Les médias ont appris à déformer les faits par petites touches.
"Moussa Abou Marzouk, numéro deux du bureau politique du Hamas qui vit en exil en Damas, s'est rendu vendredi pour quelques heures dans la bande de Gaza, où il a pénétré par le point de passage de Rafah, à la frontière avec l'Egypte, a-t-on appris samedi de sources palestiniennes et égyptiennes."
Source : Reuters-Yahoo! Actualités

"Moussa Abou Marzouk, l'un des principaux dirigeants du Hamas basé en Syrie, a effectué une visite secrète à Gaza avant de revenir en Egypte, où s’ouvre lundi, à Charm el-Cheikh, la conférence des donateurs pour Gaza."
Source : RFI

Selon le correspondant de RFI à Ramallah, la visite discrète de Moussa Abou Marzouk à Gaza devient secrète. Une "tenue secrète jusqu’à ce qu’il quitte la bande de Gaza", ajoute-t-il plus loin. Mais il se garde bien de citer la source de ce secret de polichinelle. Car le soi-disant secret perd tout son sel quand on sait que l'information vient "de sources palestiniennes et égyptiennes".

Il est naturellement plus vendeur de titrer "Le N°2 du Hamas en visite secrète à Gaza" que "Visite discrète à Gaza du numéro deux du Hamas". En fait, RFI nous raconte une autre histoire... celle d'un méchant du Hamas qui viendrait clandestinement à Gaza.

Une autre manière très efficace de manipuler les faits est de garder le silence. Quel média dominant a évoqué que "l'armée russe se dotera de drones israéliens" ? A ma connaissance aucun, sinon l'agence russe RIA Novosti [1]. La vente des armes entre les différents pays est un sujet tabou, sauf quand il s'agit des méchants du Hamas qui s'arment pour résister à l'occupation israélienne.

Serge LEFORT
01/03/2009


[1] L'information remonte pourtant au 13 novembre 2008 : Army Recognition.

Boycott Apartheid Israël



Boycott d’Israël : Appel à une campagne commune

Jamais, depuis 1948, La Palestine n’a été aussi disloquée, martyrisée, isolée. Nous posons solennellement la question : qui viendra au secours du peuple palestinien ?

Ce secours ne viendra pas d’Obama, qui a réussi l’exploit de ne pas dire un mot en trois semaines contre le massacre, et dont l’administration soutient Israël économiquement et militairement. Il ne viendra pas de Sarkozy, qui a reçu Shimon Peres et Tzipi Livni en grande pompe à Paris, avant d’accuser le Hamas d’être responsable des tueries perpétrées par l’armée israélienne contre toute une population. Il ne viendra pas de l’Union européenne, qui apporte son soutien au blocus de Gaza, et voudrait procéder au renforcement de ses relations avec Israël. Il ne viendra pas des Etats arabes, à commencer par la dictature égyptienne de Moubarak, qui collabore activement au blocus de Gaza. Il ne viendra pas, enfin, de l’ONU, où les grandes puissances disposent d’un droit de veto.

Alors, que faire ? La réponse, nous l’avons eue tout au long du mois de janvier, au cours duquel des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les villes de France pour exprimer leur soutien au peuple palestinien. Nous l’avons eue en Grèce, où des milliers de manifestants ont interdit l’acheminement de 3000 tonnes de munitions destinées aux criminels de guerre israéliens. Nous l’avons eue en Norvège, en Australie et en Afrique du Sud, où des organisations syndicales des transports et de la distribution ont amorcé un boycott effectif d’Israël. Ceux qui peuvent aider le peuple palestinien, ce sont les travailleurs, les étudiants, les jeunes, entraînant pour cela leurs associations, leurs syndicats, leurs partis et leurs organisations.

[...]

C’est pourquoi nous lançons un appel aux organisations syndicales, aux partis et organisations du mouvement ouvrier, aux associations, aux élus locaux, pour qu’ils s’associent à une grande campagne visant à organiser le boycott effectif d’Israël - dans les transports, la distribution et le commerce, les universités, les laboratoires... et contre toute initiative de soutien et de propagande en faveur d’Israël. Nous proposons à tous les militants, sections syndicales, courants de pensée d’organiser avec nous des meetings et des actions communes. Nous invitons tous et toutes à se joindre à nous, à s’organiser pour qu’un tel boycott se réalise.

Publié par EuroPalestine



Achetez Palestinien

Achetez Palestinien : Présentation à Ramallah du plan de l’Autorité Palestinienne destiné à soutenir les produits palestiniens locaux.

Cette action, a t-il dit, "est un moyen pacifique de lutter contre les projets d'implantation de colonies israéliennes, c’est aussi quelque chose à laquelle les gens ordinaires peuvent facilement participer."

L'initiative a pour but d’aider à améliorer la qualité des produits palestiniens, à en réduire leurs prix et à augmenter la capacité des producteurs palestiniens à faire concurrence aux produits mondiaux, tant dans le pays qu'à l'étranger.

«Notre vision est d'avoir des produits nationaux capables de rivaliser sur les marchés locaux et étrangers", a déclaré Al-Huseini. "Nous avons également pour objectif de renforcer la fidélité de la clientèle des marques palestiniennes", a t-il dit à des hommes politiques et à hommes d'affaires réunis samedi dans le bâtiment du gouvernement à Ramallah.

Publié par ISM selon Maan News.

Lire aussi :
• Articles Boycott, EuroPalestine
• Articles Boycott, ISM
• Dossier Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question
• Bibliographie Palestine/Israël, Monde en Question

28 février 2009

Israël, l'autre conflit

SCHATTNER Marius, Israël, l'autre conflit - Laïcs contre religieux, André Versaille, 2008.

Le conflit entre laïcs et religieux en Israël touche au coeur de l’identité d’un État qui se veut à la fois « juif et démocratique ». Vieux de plus d’un siècle, il est perçu en Israël comme une menace interne pour l’avenir de la société. Pour les uns, l’État est voué à sombrer dans l’intégrisme, ce qui ne peut que le conduire à sa perte. Pour les autres, Israël va perdre toute attache juive, donc sa raison d’être. Pourtant la société israélienne s’est construite à travers ce conflit et devrait continuer à le faire aussi longtemps qu’il ne dépasse pas certaines limites. Mais si elle peut accepter que des ultra orthodoxes ferment des rues pour forcer au respect du repos sabbatique ou manifestent contre la tenue d’une « gay pride » dans la ville sainte de Jérusalem, il n’en va pas de même quand un ultra nationaliste religieux assassine le Premier ministre Yitzhak Rabin parce qu’il est prêt à retirer Israël des territoires occupés, commettant ainsi pire qu’une trahison, un sacrilège. Plus généralement, qu’est ce qui fait qu’un « vivre ensemble » entre « laïcs et religieux », en Israël ou ailleurs, devient impossible ? Ce livre cherche une réponse à travers « l’histoire » de cette confrontation et ses racines, en insistant sur quelques temps forts : l’émergence du mouvement sioniste, la création de l’État en 1948, la montée du nationalisme religieux après 1967 et son déclin, illustré par le retrait de Gaza en 2005, dont l’auteur a été le témoin direct. Cet essai s’efforce de démêler ce qui relève au sens strict de la tradition religieuse de ce qui témoigne de dérives nationalistes. La question se pose tout autant de savoir pourquoi la religion juive, dans sa forme dominante en Israël, se prête à une telle alliance avec la droite nationaliste, alors qu’une autre lecture est possible, les textes sacrés étant toujours sujets à de multiples interprétations.



Les temps de crise favorisent les simplifications. Ainsi, le relatif consensus qu’a suscité, au moins pour le temps des opérations, l’attaque israélienne sur la bande de Gaza a pu donner l’image d’un pays arc-bouté sur ses certitudes et un sentiment obsidional. Naturellement, la réalité est bien plus complexe : si les voix dissonantes portaient moins, elles étaient pourtant bien là.

C’est précisément le propos de Marius Schattner, correspondant de l’AFP à Jérusalem, que de restituer cette complexité. Bien davantage qu’un désaccord sur la forme que doivent prendre les institutions israéliennes et la part respective que l’un et l’autre camp prétend y tenir, le conflit entre laïcs et religieux révèle une fracture très profonde qui n’a en réalité jamais été réduite. Cette fracture tient à la forme et à la destination, la signification que doit prendre l’Etat d’Israël.

Les relations initialement conflictuelles entre sionisme et orthodoxie

Adoptant une perspective historique, Marius Schattner remonte donc aux sources du mouvement sioniste, né au XIXème siècle, qui porte en germe un rejet de la vision traditionnelle du judaïsme. [...]

C’est pourquoi les précurseurs et les premiers représentants du sionisme – Herzl mais aussi Eliezer Ben Yehouda, artisan de la renaissance de l’hébreu, ou Ahad Ha’am – se heurtent très vite à l’orthodoxie. [...]

De la communion nationale à la dérive nationaliste

La création de l’Etat d’Israël en 1948 marque pourtant un tournant dans les relations entre le judaïsme orthodoxe et le sionisme, qui acquiert dès lors le statut d’idéologie d’Etat. Alors qu’une fraction du monde orthodoxe a maintenu jusqu’à ce jour une opposition radicale au projet sioniste – notamment le petit groupe des Neturei Karta, dont la présence à une exposition iranienne sur l’Holocauste a fait scandale en 2005 – la majorité s’est ralliée à l’Etat, favorisant ainsi l’émergence d’un "sionisme religieux". Cette évolution s’explique à la fois par des raisons historiques et pragmatiques. [...]

La convergence devient communion avec la guerre des Six Jours : la conquête de la Cisjordanie ou "Judée-Samarie" assoit la légitimité religieuse de l’Etat, tandis que les colons qui vont s’installer sur le territoire nouvellement occupé, en dépit des règles internationales, jouissent d’une sympathie dépassant largement les cercles religieux. Cet unanimisme durera ce que durent les roses : bientôt, l’épisode de la guerre du Kippour et surtout de la paix séparée avec l’Egypte, l’évacuation des colonies du Sinaï menée par Ariel Sharon, "l’enfant chéri "des colons, marginalisent la frange la plus extrémiste de la droite religieuse. L’alliance explosive entre nationalisme et intransigeance religieuse aboutit, en février 1994, au massacre de 29 palestiniens à Hébron par Baruch Goldstein, un colon fanatisé, suivi en 1995 de l’assassinat de Rabin par un jeune proche des milieux d’extrême-droite. L’attitude ambiguë de certains groupes religieux et le climat de haine que ceux-ci ont contribué à installer contribuent ainsi à enfoncer un coin entre la droite religieuse extrême et l’opinion publique. L’image du colon haineux, armé d’une kalachnikov, supplante celle du pionnier idéalisé des kibboutz.

Une question toujours ouverte

[...] La tension dynamique entre l’identité religieuse d’Israël et son identité nationale demeure posée, avec en creux celle du rapport à l’Autre – au premier chef les Palestiniens. Le poids des religieux a empêché la rédaction d’une Constitution – selon eux, une loi autre que la Torah ne saurait régir l’Etat juif. L’Etat d’Israël a pourtant été défini comme "juif et démocratique », mais la droite religieuse a toujours donné précellence au deuxième terme. Pourtant, Marius Schattner se réfère aux voix de penseurs comme Ahad Ha’am ou Yeshayahou Leibowitz qui, en dépit de leurs attitudes diamétralement opposées à l’égard de la laïcité, ont refusé de cautionner l’oppression au nom de l’Etat. A l’alliance douteuse entre religion et nationalisme exacerbée s’opposerait, par-delà l’opposition entre laïcs et religieux, un "consensus conflictuel entre les Lumières et un certain judaïsme de la Torah, fondé sur un double rejet de la barbarie".

Un travail particulièrement riche

Loin de se contenter d’une description des relations toujours conflictuelles entre un mouvement d’inspiration laïque, le sionisme, et le judaïsme orthodoxe, Marius Schattner, s’appuyant sur une bibliographie considérable, donne constamment la parole aux représentants les plus éminents des différentes écoles de pensée. [...]

Le religieux est-il soluble dans le politique ?

Enfin, les difficultés proprement théoriques et morales qu’a posées la confrontation d’une idéologie séculière et inspirée des nationalismes européens, le sionisme, et d’une pensée religieuse qui s’est toute entière édifiée sur l’absence d’Etat suggèrent des parallèles intéressants avec l’histoire de la pensée chiite. Le chiisme partage en effet avec le judaïsme ces deux traits : il se fonde sur l’attente d’un Messie et, durant presque un millénaire, s’est trouvé dans une position minoritaire et relativement dispersée au sein du monde musulman. [...] Ces deux moments historiques éminemment singuliers que sont la Révolution islamique et la création de l’Etat d’Israël ont ouvert des débats politico-idéologiques étonnamment similaires.

Thomas FOURQUET
27/02/2009
Nonfiction

Lire aussi :
• COHEN Mitchell, Du rêve sioniste à la réalité israélienne, La Découverte, 1990.
• KLEIN Claude, l'État des Juifs de Théodore Herzl - Essai sur le sionisme aujourd'hui, La Découverte, 1990.
• LEIBOWITZ Yeshayahou, La mauvaise conscience d'Israël - Entretiens avec Joseph Algazy, Le Monde, 1994
• RABKIN Yakov M., Au nom de la Torah - Une histoire de l'opposition juive au sionisme, Presses de l'Université Laval, 2004.