10 mars 2009

Films israéliens

Le 31e Cinéma du réel programme l'iconoclaste film israélien "Diffamation", AFP-Yahoo! Actualités.
Pour sa 31e édition, le festival international de documentaires Cinéma du réel montre, au Centre Pompidou à Paris, des films inédits et iconoclastes, à l'instar de "Diffamation" de l'Israélien Yoav Shamir, en compétition parmi une vingtaine d'oeuvres du monde entier.

Yoav Shamir, qui rencontrera le public à l'issue de la projection, tente d'y répondre à une question simple : "Qu'est-ce que l'antisémitisme aujourd'hui ?".

Bien qu'évoqué quotidiennement dans les débats politiques et les colonnes des journaux en Israël, affirme-t-il en préambule, l'antisémitisme demeure flou pour un jeune homme qui comme lui, est né et a grandi dans l'Etat juif.

Sur un ton irrévérencieux, Shamir mène une enquête sérieuse qui le mène notamment aux Etats-Unis au sein d'une organisation, la Ligue Antidiffamation (Anti defamation league), qui collecte et diffuse des statistiques sur les actes antisémites à travers le monde.

Il interroge aussi l'historien Norman Finkelstein, fils de survivants du ghetto de Varsovie et auteur d'un livre polémique "L'industrie de l'Holocauste", qui dénonce une instrumentalisation de la Shoah par les organisations juives américaines.

L'antisémitisme est-il un fléau endémique qui, aujourd'hui comme hier, peut mener insidieusement "du mot raciste au génocide" comme le dit l'ADL ? Peut-on préserver la mémoire de l'Holocauste sans entretenir dans la communauté juive un sentiment de victimisation, une certaine paranoïa, voire une insensibilité aux souffrances de l'autre ? Ou encore, peut-on critiquer la politique d'Israël vis-à-vis des Palestiniens sans être traité d'antisémite par de puissants lobbies de droite ?

Ces questions iconoclastes et bien d'autres sont au coeur de "Diffamation", dont les séquences les plus fortes montrent des lycéens israéliens en voyage d'études dans les vestiges de camps de la mort en Pologne.

Les enseignants et surtout l'agent des services secrets israéliens qui les accompagnent les mettent en garde contre tout contact avec une population locale qui "hait encore les juifs" et pourrait leur faire du mal, leur dit-on.

"En Israël, on fait en sorte que ces jeunes portent en eux le traumatisme de la Shoah. Dans le film, une adolescente dit «Je veux ressentir ce que ma grand-mère a vécu» et je trouve cela très triste", affirme Yoav Shamir dans un entretien à l'AFP.

"Israël est un pays magnifique, c'est mon pays et je veux y vivre, mais j'ai peur qu'il ne s'isole du monde, à force d'être régi par la peur", poursuit-il.

"J'espère que mon film ouvrira les yeux à certains, qu'il créera un débat".

Lire aussi :
• Defamation, Centre Pompidou
• Defamation (Diffamation), Cinéma du réel

L'aide à la reconstruction de Gaza

Lundi 2 mars s'est ouverte à Charm el-Cheikh, en Egypte, une conférence pour la reconstruction de Gaza, ravagé après les trois semaines de guerre menée en début d'année par Israël, réunissant les représentants de soixante-quinze pays donateurs, qui ont promis d'apporter une aide financière pouvant s'élever à 2,8 milliards de dollars.

Un représentant de l'Autorité palestinienne appartenant au Fatah a été admis à cette conférence, mais le Hamas, qui dirige pourtant le territoire de Gaza depuis 2007, n'a pas été invité à y participer.

Les destructions causées par l'armée israélienne ont été considérables, et ce petit territoire déjà surpeuplé est devenu un champ de ruines. Outre les 1 300 Palestiniens tués, le million de tonnes d'explosifs déversés sur la bande de Gaza ont détruit au moins16 000 habitations, des écoles, des hôpitaux, des tunnels permettant de passer en Egypte. Mais en plus l'état-major israélien a systématiquement visé les infrastructures existantes, les champs cultivés ainsi que les principales industries, rasant les centrales électriques, cimenteries, usines alimentaires ou autres, stations d'épuration d'eau, etc., dans le but évident d'empêcher tout redémarrage économique avant plusieurs années, et rendant les habitants de Gaza encore plus tributaires d'une aide humanitaire extérieure pour survivre.

Or, pour l'instant, les dizaines ou les centaines de millions d'euros promis par les pays donateurs, en premier lieu les États-Unis, l'Union européenne ou des pays arabes, restent des sommes purement fictives, lancées pour faire semblant de se soucier du sort des Gazaouis, tant ces promesses sont assorties de conditions. Israël a déjà déclaré qu'il était hors de question de laisser entrer librement des matériaux de construction, justifiant sa décision par la crainte que ces produits, indispensables pour toute reconstruction, puissent servir au Hamas pour fabriquer des bunkers ou des roquettes !

Quant aux autres États donateurs présents à la conférence, ils font assaut d'hypocrisie, déclarant qu'il faudrait qu'il y ait une entente entre les différents partis palestiniens (le Fatah et le Hamas), voire entre l'État d'Israël et les Palestiniens, avant que toute aide autre qu'humanitaire soit versée aux Palestiniens de Gaza. Sarkozy a donné le ton, se permettant ainsi de leur dicter les choix qu'ils devraient faire s'ils veulent profiter de la manne des pays riches : « Tous les Palestiniens doivent se rassembler dans un gouvernement d'union derrière le président Abbas », a-t-il déclaré, ajoutant aussi que le Hamas doit rechercher « une solution politique avec Israël ». Comme si cela ne dépendait que du Hamas !

En revanche aucun État, pas même les États arabes qui, telle l'Arabie saoudite, promettent d'aider à la reconstruction de Gaza, ne parle de faire pression sur Israël. Pendant toute la durée de cette guerre, tous ont laissé l'armée israélienne bombarder la bande de Gaza, anéantir les moyens d'existence déjà réduits de la population, expérimenter des armes nouvelles sur un peuple qui n'avait pas les moyens militaires de se défendre. Les grandes puissances en particulier assistent depuis des années sans rien dire au blocus économique imposé par Israël, qui étouffe la bande de Gaza et réduit ses habitants à un état de pauvreté extrême.

Dans ces conditions, la conférence de Charm el-Cheikh risque fort de n'être qu'une mascarade de plus, où les États qui ont laissé l'armée israélienne bombarder et ruiner Gaza se seront donné bonne conscience en parlant de verser une aide, dont personne ne sait ni quand ni comment elle parviendra à la population de ce territoire.

Marianne LAMIRAL
4 mars 2009
Publié par Lutte Ouvrière.

Boucliers humains : une pratique courante de l’armée israélienne

Les Palestiniens qui habitent dans un quartier à l’est de Jabaliya ont expliqué à « Haaretz » que des soldats de l’armée israélienne leur avaient imposé une multitude de tâches : créer à la masse des ouvertures dans les murs, pénétrer dans des maisons avant les soldats et s’assurer que des hommes armés avaient bien été tués. Réponse du porte-parole de l’armée israélienne : il n’y a jamais rien eu de tel, les combattants avaient reçu pour instructions de ne pas se servir de la population civile dans le cadre des combats.

Gaza

A la question « Qui est là ? », est venue la réponse : « Armée de défense d’Israël ». Majdi Abed Rabbo, 39 ans, officier du renseignement palestinien de l’Autorité Palestinienne à Ramallah, qui habite dans le quartier Izbet Abed Rabbo à l’est de Jabaliya, était descendu ouvrir la porte. Il s’est retrouvé face au fils des voisins, Mahmoud Daher, avec derrière lui un soldat qui lui enfonçait son fusil dans le dos. Le soldat a alors déplacé Mahmoud pour pointer son fusil sur Majdi. « Il m’a ordonné de baisser mon pantalon. Je l’ai baissé. Il m’a ordonné de relever ma chemise. Je l’ai relevée. Que je tourne sur moi-même. J’ai tourné sur moi-même », a raconté Majdi, et alors la pièce s’est remplie de soldats. « Douze ou quelque chose comme ça. »

C’était le lundi 5 janvier, entre neuf heures et demie et dix heures du matin, une quarantaine d’heures après le début de l’offensive terrestre israélienne. Dimanche soir, les soldats s’étaient installés dans la maison des Daher. Ils avaient d’abord rassemblé la famille au rez-de-chaussée. On entendait des tirs tout autour. Ensuite, ils les avaient tous fait monter dans une pièce du premier étage. Les membres de la famille s’étaient demandé pourquoi les soldats les faisaient monter – parents, enfants, deux bébés et la grand-mère âgée – dans une pièce inconfortable et froide mais ils n’avaient pas pu refuser. Ils ne savaient pas encore que leur transfert au premier étage les rapprochait des échanges de tirs. Ce n’est que plus tard qu’ils ont su que la maison vide, côté nord-est, du voisin Abou Hatem, dont les habitants sont partis depuis longtemps à l’étranger, abritait trois combattants d’Iz a-Din al Qassam. La haute maison de Majdi Abed Rabbo est contiguë à celle, étroite, d’Abou Hatem.

Avant cela, lundi matin, aux alentours de sept heures, les soldats avaient fait sortir de chez lui Shafik Daher, 53 ans, un directeur financier qui reçoit son salaire de Ramallah, et ses trois fils. Là se sont séparés les chemins du père et de ses fils. Les soldats ont conduit Shafik Daher à la maison voisine, côté est, celle de Jaber Zidane. La porte avait été défoncée. Il a trouvé les voisins serrés dans une seule pièce. La fouille, ici comme dans les quatre autres maisons où on lui a ordonné d’entrer ce jour-là, s’est déroulée de manière semblable : il marchait en tête, avec les soldats derrière lui. Un soldat tenait son fusil appuyé sur son épaule droite tout en lui empoignant de l’autre main l’épaule gauche. Chaque pièce. Chaque étage. Ensuite, ils ont rassemblés les membres de la famille Zidane dans une maison à l’est de chez eux, la maison de Tawfik Qatari. Les hommes, y compris les garçons de 14 et 16 ans, ont été menottés. Les uns, mains dans le dos, les autres, mains à l’avant.

Les soldats ont pris le contrôle de la maison de la famille Qatari le dimanche soir, 4 janvier. Elle aussi s’est retrouvée rassemblée au rez-de-chaussée. Avec tout autour des tirs en permanence. Les soldats s’étaient établis à un des étages au-dessus et avaient transformé la fenêtre donnant côté nord-est – proche de la maison d’Abou Hatem – en position de tir. « Il y avait un bon soldat qui nous a dit qu’il était dangereux de rester là où nous étions et qui nous a déplacés vers l’intérieur », ont-ils raconté.

La peur de Jamal

Vers neuf heures du matin, lundi, les soldats ont emmené de la maison des Al Qatari le fils Jamal. Durant les quatre jours qui suivront, Jamal circulera avec les soldats pour lesquels il remplira plusieurs tâches : il devra entrer le premier dans les maisons et demander aux gens de descendre. Une dizaine de maisons, estime-t-il. Il marchait devant l’énorme bulldozer de l’armée qui progressait dans le quartier et écrasait les rues. « J’ai peur que les soldats ne tirent sur moi », a-t-il dit à un soldat qui lui a répondu « n’aie pas peur ».

Pendant ce temps, lundi matin, Daher poursuivait ses missions de protection, de défense des soldats de l’armée de défense d’Israël. Il ignorait qu’au même moment, ses deux grands fils circulaient avec deux autres groupes de soldats, recevant l’ordre de créer des ouvertures dans les murs des maisons à l’aide de lourdes masses qu’on leur donnait. Il ne savait pas non plus qu’exactement au même moment, un soldat enfonçait son fusil dans le dos de son troisième fils, devant la porte de Majdi Abed Rabbo. Majdi lui-même, après avoir reçu l’ordre de faire une ouverture dans le mur qui sépare son toit de celui des voisins, a encore dû faire des brèches dans plusieurs maisons proches de la mosquée, pénétrer dans une voiture, examiner la maison des Zidane pour être ensuite amené dans la maison des Qatari où il a trouvé Shafik Daher qu’il a rassuré sur le sort de son fils.

Forcé d’obéir

Vers deux heures de l’après-midi, un soldat l’a emmené dehors, lui a indiqué la maison d’Abou Hatem et lui a dit, selon son témoignage : « Dans cette maison, il y avait des hommes armés. Nous les avons tués. Ôte-leur leurs vêtements et prends-leur leurs armes ». Il a d’abord refusé en disant que ce n’était pas son boulot. « Obéis aux ordres », lui a-t-on dit. Il a obéi et est descendu, de chez lui, dans la maison d’Abou Hatem, en criant en arabe qu’il était le propriétaire. Il a découvert trois hommes armés d’Iz a-Din al Qassam, parfaitement vivants. Ils lui ont dit de ne pas revenir, « car nous te tirerons dessus ».

Il a rejoint les soldats qui lui ont ordonné d’ôter ses vêtements, de tourner sur lui-même, puis il a dit que les trois étaient vivants. Surpris, l’officier a demandé à vérifier son identité et a découvert qu’il appartenait au renseignement palestinien d’Abou Mazen. Il a été menotté, mis sur le côté et il a entendu des coups de feu. Il a alors de nouveau été envoyé pour vérifier, avec les mêmes menaces et la même assurance que les trois hommes avaient maintenant été tués. Il les a retrouvés, l’un d’entre eux était blessé et les deux autres « OK ». Un des combattants du Hamas lui a dit : « Dit à cet officier que s’il est un homme, qu’il monte ».

Les soldats n’ont pas apprécié ce qu’ils entendaient. L’un d’eux aurait juré, selon lui. Il a de nouveau été menotté et mis sur le côté. Il commençait à faire un peu sombre. Il a entendu le bruit d’un hélicoptère puis celui d’un missile qui explose et un soldat lui a dit : maintenant nous les avons tués, au missile. Vas-y. Il est allé et a vu que c’était sa maison à lui que le missile avait touché. « Tu es fou ? », lui a demandé le soldat. « Non », lui a dit Majdi Abed Rabbo, « le missile a touché ma maison » et tout est cassé là-bas : l’eau fuit, des morceaux de bétons traînent et tout autour, les tirs sont incessants, « pas naturels » et les bruits d’explosions nombreux, plus le bruit d’un hélicoptère et d’une explosion.

De nouveau se déshabiller

Quand il a reçu l’ordre d’aller vérifier pour la troisième fois si les trois étaient morts, il faisait noir. Les soldats lui ont éclairé le chemin. Il a découvert deux des hommes sous les décombres et le troisième avec son arme à la main. Il était aux alentours de minuit, dans la nuit de lundi à mardi. Il a rejoint les soldats, s’est de nouveau déshabillé, fait un tour sur lui-même, puis a dit que les trois étaient vivants. « Tu es fou ? », lui ont-ils encore demandé. « Non, je ne suis pas fou, je vous dis ce que j’ai vu ». Affamé, assoiffé et avec une migraine terrible, il a été ramené à la maison des Qatari.

A six heures et demie du matin, voilà qu’on l’emmène de nouveau dehors, devant ce qui avait été sa maison. Des soldats ont apporté un mégaphone et, d’après son témoignage, ils se sont mis à crier : « Vous, les hommes en armes, vous avez un quart d’heure pour vous rendre ; descendez, ôtez vos vêtements, la Croix Rouge est ici, les journalistes sont ici ; nous soignerons le blessé ». Les soldats ont lâché un chien dans la maison démolie. Un des hommes armés lui a tiré dessus et l’a tué. Les soldats les ont à nouveau appelés à sortir de la maison. Il n’y a pas eu de réponse. « Alors le bulldozer est arrivé et il a attaqué ma maison, il a commencé à la démolir sous mes yeux ».

Les soldats l’ont ramené à la maison des Qatari quand le bulldozer a commencé à démolir la maison d’Abou Hatem. Il y avait des coups de feu. Quand, deux heures plus tard, on l’a fait sortir, avec un autre groupe d’hommes, il a trouvé deux des hommes armés « morts, étalés sur le béton démoli ». Il n’a pas vu le troisième. « Qu’est-ce que c’est pour une armée qui ne peut pas faire irruption dans une maison où il y a des hommes armés ? », s’est-il demandé.

Ils sont 20 à avoir été utilisés comme protection

Huit habitants d’Izbet Abed Rabbo ont eu une conversation avec « Haaretz » et ont témoigné s’être vus ordonner d’accompagner des soldats de l’armée israélienne dans des missions d’entrée par effraction et de fouille de maisons, et cela en plus des membres des familles restés dans leurs maisons pendant que l’armée utilisait celles-ci comme positions de tir ou comme bases. A Izbet Abed Rabbo, on estime qu’une vingtaine d’habitants au moins ont été contraints à diverses missions « d’accompagnement et de protection » comme celles décrites ci-dessus et d’autres, pour des durées variables, entre le 5 et le 12 janvier.

Le porte-parole de l’armée israélienne a fait savoir en réponse : « L’armée israélienne est une armée morale et ses soldats opèrent dans l’esprit de l’armée israélienne et de ses valeurs, et nous proposons d’examiner convenablement les déclarations des parties palestiniennes intéressées. Les forces de l’armée israélienne ont sans ambiguïté pour instruction de ne pas se servir de la population civile dans le cadre des combats, à quelque fin que ce soit, et évidemment pas comme ‘boucliers humains’. De l’examen mené devant les commandants des forces qui étaient présentes dans le secteur concerné, il ne ressort aucune preuve des cas évoqués. Tous ceux qui tentent d’accuser l’armée israélienne d’actes de ce genre créent une image erronée et trompeuse de l’armée israélienne et de ses combattants qui opèrent conformément aux standards moraux et au droit international. »

Amira Hass
20/02/2009
Publié par EuroPalestine selon Ha'aretz.

Pourquoi faut-il critiquer le Meretz et la Paix Maintenant ?

Plusieurs lecteurs du site du Centre d’information alternative ont demandé pourquoi, durant le massacre israélien de la bande de Gaza le mois dernier, je n’avais pas réservé mes accusations au gouvernement et aux partis politiques de ce gouvernement, mais que j’avais ajouté le mouvement de la Paix Maintenant et le parti Meretz à ceux qu’il fallait critiquer et blâmer.
La réponse est malheureusement toute simple : parce qu’ils ont ouvertement et inconditionnellement soutenu l’agression, et qu’ainsi ils ont défendu la logique du gouvernement.

Selon la Paix Maintenant et le Meretz, l’agression contre le peuple de Gaza était justifiée, voire nécessaire. Répétant comme des perroquets les arguments du gouvernement, que « Gaza » était une menace pour la sécurité d’Israël et qu’une attaque préventive représentait la seule façon de protéger l’existence même d’Israël. A l’instar de la droite, la gauche sioniste n’a guère fait de distinction entre la population gazaouie, le gouvernement Hamas et les groupes marginaux qui tiraient de pathétiques roquettes sur Sderot. « Gaza » est une entité terroriste et doit être éradiquée, ou au moins sévèrement punie. «Gaza delenda est» (Gaza doit être détruite).

Ce n’est que le 15 janvier que le secrétaire général de la Paix Maintenant, Yariv Openheimer, a publié une déclaration appelant le gouvernement à «cesser immédiatement l’attaque contre le centre de Gaza [...]. Les conditions sont maintenant réunies pour un cessez-le-feu et toute journée supplémentaire de combat est moralement illégitime.» Trois jours plus tard, après le cessez-le-feu, la Paix Maintenant publiait une nouvelle déclaration. «Nous devons utiliser le choc subi par le Hamas et le mettre hors d’état de nuire en signant un accord avec Abu Mazen». La même semaine, la Paix Maintenant payait une annonce dans Haaretz titrée : «Maintenant il est temps de parler». Autrement dit : le massacre de Gaza était totalement justifié, mais il fallait le faire suivre de négociations avec Mahmoud Abbas.

Dans un article publié sur le site du Meretz, Daniel Caletti, ancien militant de la Paix Maintenant/Meretz, écrit : «Le pire fut, bien sûr, la trahison ultime du Meretz [...] quand il a soutenu la dernière guerre contre Gaza et les massacres d’enfants. Le député Haim Oron a même interdit à ses collègues de la Knesset de manifester contre cette guerre sanglante.» Pendant les débats sur l’effondrement du Meretz aux dernières élections, Caletti a expliqué : «Les vrais électeurs de gauche ont quitté le Meretz pour voter Hadash, alors que les pseudos électeurs de gauche ont déserté pour aller vers le Kadima pour ‘renforcer Tzipi’ ».

Il faut ajouter que cette nouvelle trahison de la gauche sioniste n’a pas été approuvée par toute la direction du Meretz et que des dirigeants comme Mossi Raz et Galia Golan ont participé à des manifestations contre le massacre de Gaza et n’ont pas caché à quel point ils avaient honte de la position de leur mouvement.

Le fiasco électoral du Meretz confirme que la gauche sioniste est arrivée à sa fin. La gauche non sioniste a désormais la responsabilité historique de construire un nouveau foyer politique pour les milliers d’orphelins de la Paix Maintenant/Meretz qui n’ont pas choisi de rejoindre le Kadima sous le prétexte que ce serait le moindre mal. Et nous le devons sans renoncer en rien aux principes, mais aussi sans sectarisme irresponsable.

Michel Warschawski
27 février 2009
Publié par Info-Palestine.

9 mars 2009

Dissident dans la révolution

WEISSMAN Susan, Dissident dans la Révolution, Syllepse, 2006.

Victor Serge a été le témoin des grandes tragédies et des espoirs qui ont marqué le 20e siècle. Susan Weissman s’attache dans cette biographie à nous faire découvrir un Serge inattendu : elle nous fait suivre pas à pas le développement de la pensée et de l’action de l’auteur de S’il est minuit dans le siècle.

Russe élevé en Belgique, son parcours se poursuit à Paris où l’entraîne ses convictions anarchistes. Il y fréquente la célèbre bande à Bonnot et, après une lourde condamnation, il rejoint Barcelone où couve l’insurrection.Attiré comme par un aimant par la révolution des soviets, il gagne Petrograd où il découvre une révolution en danger. Il devient rapidement proche des bolcheviks dont il rencontre les plus éminents dirigeants, Lénine et Trotski notamment, et participe à la lutte désespérée de cette révolution pour briser son isolement et son étranglement.

Victor Serge est aussi le témoin accusateur de la montée victorieuse du cancer bureaucratique stalinien, qui détruit de l’intérieur la Russie soviétique et la révolution.Arrêté, déporté, il est sauvé d’une mort certaine grâce à une campagne internationale. Exilé à Paris, il est pris dans la tourmente du Front populaire, de la révolution espagnole et des procès de Moscou. Quand les chars nazis déferlent sur la France, il prend la route de son dernier exil : le Mexique.

Révolutionnaire épris de liberté et d’humanisme, Victor Serge a développé une vision critique, voire iconoclaste, du processus soviétique, ce qui l’a conduit à de nombreux désaccords avec Léon Trotski dont il partageait le combat pour un socialisme démocratique dans la Russie stalinienne et dans le monde capitaliste.

Syllepse

Lire aussi sur Dissident dans la Révolution :
À babord !
La Bataille socialiste
Émancipation
Gavroche

Lire aussi sur Victor Serge :
Archive Internet des Marxistes
A Contretemps
Alternative libertaire
Bellaciao
Cgecaf
Wikipédia

8 mars 2009

"Moi, juif anti-sioniste..."

Tandis qu'à Gaza un fragile cessez-le-feu se maintient depuis le 18 janvier, les négociations se poursuivent pour la mise en place d'une trêve durable entre le Hamas et Israël, de nombreuses voix s'élèvent et demandent des comptes à Israël. Celle de Pierre Stambul, membre du bureau national de l'Union Juive Française pour la Paix, en est l'une d'elles.

Dans cet entretien, il explique comment l'impunité dont a joui Israël jusqu'à présent a permis le crime.


Le Matin : L'UJFP fait partie de ces voix juives qui s'élèvent en France et en Europe pour critiquer la politique d'occupation israélienne et condamner fermement l'agression criminelle contre la population de Gaza qui a fait plus de 1300 morts, notamment des centaines d'enfants. Comment votre action est-elle perçue en France ?

Dans les manifestations de soutien au peuple de Gaza, les militant-e-s de l’UJFP ont défilé sous leurs banderoles, avec des mots d’ordre : « juifs et arabes ensemble contre l’occupation ». À Paris, il y a (à toutes les manifestations) une grande banderole commune à l’UJFP et l’ATMF (Association des Travailleurs Maghrébins de France). Il y avait aussi une pancarte : « Israéliens contre l’Apartheid » portée par des Israéliens de Paris.

Pour les manifestants qui ne nous connaissaient pas, ça a été à la fois une grande surprise et une grande satisfaction. Nos interventions au micro ont été très chaudement applaudies avec émotion et nous avons reçu beaucoup plus d’invitations que d’habitude pour venir parler ou expliquer. Aussi bien devant des publics issus de l’immigration que devant des associations engagées pour la Palestine et même devant des publics de Français d’origine juive qui partagent notre condamnation totale du crime qui vient de se dérouler. Pour l’UJFP, la découverte réciproque avec les Musulmans et les Français d’origine arabe est très importante.

Du côté des médias français, globalement, ils continuent de nous ignorer, mais nous avons quand même été interviewés ou filmés à quelques occasions pendant les manifestations.

Du côté du CRIF et des institutions communautaires juives, nous sommes plus que jamais des traîtres « ayant la haine de soi ». Notre existence les irrite.

Ce qui vient de se passer contre le peuple de Gaza confirme notre raison d’être et nos analyses : le sionisme est un obstacle à la paix. La politique de destruction consciente et obstinée menée par tous les gouvernements israéliens contre la Palestine est un crime. Elle est aussi suicidaire à terme pour les Israéliens. Le totalitarisme de ceux qui prétendent que tous les Juifs doivent soutenir les crimes de Tsahal est inacceptable.

Le Matin : Le crime à Gaza a été rendu possible grâce au soutien renforcé de l'Union Européenne notamment de la France. Comment analysez-vous ce « permis de tuer » qui a été accordé à Israël ?

Tzipi Livni est allée chercher chez Moubarak mais surtout chez Sarkozy le permis de tuer dont elle avait besoin et elle l’a eu sans problème. C’est au forceps que Sarkozy et Kouchner ont obtenu le « rehaussement » des relations entre l’Europe et Israël contre l’avis du Parlement européen. La responsabilité occidentale est totale. C’est l’Europe qui a financé le port ou l’aéroport de Gaza et l’Europe s’est tue quand l’armée israélienne les a pulvérisés. L’Europe a participé au blocus de Gaza, déclaré « entité hostile » par l’occupant. L’Europe a décidé de punir les Palestiniens « d’avoir mal voté » en boycottant le Hamas vainqueur des élections palestiniennes. L’Europe permet que les produits des colonies de Cisjordanie arrivent sans taxe chez le consommateur européen.

C’est l’impunité d’Israël qui permet la poursuite du crime. L’Union Européenne et Sarkozy vont bien au-delà de l’impunité. Ils sont complices. La présidence tchèque est allée jusqu’à affirmer que le carnage à Gaza était une action purement « défensive » d’Israël. Pourquoi ? Sans doute, les chefs d’Etats européens adhèrent aux idées de « choc des civilisations » et de « guerre du bien contre le mal » chères à l’ancien président Bush. Israël est devenu une tête de pont de l’Occident au Proche-Orient. Il est significatif de voir qu’en Europe, même ceux qui sont les héritiers politiques des pires antisémites (je pense à certains gouvernements de Pologne ou des Pays Baltes) rivalisent dans le soutien à Israël. Plus de 60 ans après le génocide nazi, il y a consensus chez les dirigeants européens pour faire payer un crime européen (l’antisémitisme, le génocide) aux Palestiniens qui n’ont aucune responsabilité dans ce crime.

Le Matin : Durant les trois semaines de bombardements, de nombreuses manifestations ont eu lieu un peu partout dans les villes françaises, des manifestations d'une ampleur sans précédent. Qu'est-ce qui explique une telle mobilisation selon vous ?

L’UJFP est la « composante juive » du mouvement de soutien au peuple palestinien en France. Depuis quelque temps, on désespérait à l’intérieur de ce mouvement de se retrouver toujours entre nous, d’être ignorés des médias. Et puis le massacre de Gaza a provoqué une gigantesque indignation. On a compté le 17 janvier plus de 350000 manifestants dans 100 villes de France. C’est énorme. Pour la population arabe vivant en France que nous avions beaucoup de mal à toucher et à mobiliser, il ne fait pas de doute que le lien s’est fait entre les discriminations subies quotidiennement (travail, salaires, logement, conditions sociales, ghettoïsation, racisme …) et le sort du peuple palestinien.

De façon générale, en France, l’opinion s’est retournée. Il y a 40 ans, elle était massivement pro israélienne. Plus personne ne considère les Israéliens comme des victimes. Là-dessus les dirigeants politiques qui, honteusement, accourent aux repas ou aux manifestations du CRIF ou qui affichent l’effigie du soldat Shalit sur leurs mairies ne tiennent pas compte de ce retournement de l’opinion en faveur de la Palestine. À nous de savoir transformer ce qui est surtout pour l’instant de la compassion en solidarité active.

Le Matin : Ces manifestations, souvent impulsées par des mouvements ou associations, ont drainé de nombreux Arabes, notamment des jeunes de quartiers, peu coutumiers de ce genre d'expression citoyenne. Quelle analyse faites-vous de ce phénomène ? Peut-on parler à ce sujet d'une intrusion nouvelle de cette catégorie de la population dans le champ du politique et de la solidarité internationale ?

La population arabe vivant en France est très diverse. Il y a les laïques, les religieux, les associations de quartiers, les associations de jeunes … Cette population ne s’est jamais bien sentie représentée par des associations françaises, y compris celles qui se battent pour la Palestine. Il y a donc eu en l’espace de quelques jours une véritable appropriation de ce conflit. La première manifestation pour Gaza à Marseille le jour de l’attaque israélienne était appelée par l’UJFP. Nous attendions 200 personnes, il y en a eu 20 fois plus. Les jeunes qui manifestaient pour la première fois sur la question palestinienne étaient nombreux. Bien sûr, il n’est pas sûr qu’ils restent mobilisés durablement alors que cette guerre séculaire est très loin d’une solution équitable. Et puis, la découverte de la solidarité internationale est parfois compliquée. Il y avait dans les manifestations des pancartes « étoile de David = croix gammée ». Tous les membres de l’UJFP sont allés discuter, expliquer que l’étoile de David nous avait été volée par l’Etat sioniste, mais que c’était aussi l’insigne avec lequel nos grands-parents étaient partis à la chambre à gaz. Dans la plupart des cas, les pancartes ont été retirées, leurs auteurs s’excusant et ne voulant pas nous choquer.

Depuis les manifestations, les liens qui se sont établis ont des suites. L’UJFP participe régulièrement à des rencontres, débats ou soirées culturelles avec des associations arabes ou des associations de quartier.

Le Matin : l'UJFP fait partie de ces centaines de mouvements et ONG qui ont déposé une plainte contre Israël auprès du TPI pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Pensez-vous que cette démarche a des chances d'aboutir ?

Je ne suis pas juriste et je suis donc incapable de savoir quelles suites auront ces actions juridiques. Déjà l’UJFP (avec l’AIC, organisation à la fois israélienne et palestinienne qu’animent Michel Warschawski et Nasser Ibrahim) avait déposé plainte auprès du procureur de la Cour internationale de La Haye (M. Ocampo) contre l’Etat d’Israël pour les crimes commis il y a 3 ans au Liban. Notre plainte n’avait pas été acceptée pour des raisons de forme.

Je vais donc répondre sur la question des principes. Pour nous, il est invraisemblable que la même communauté internationale qui trouve normale de juger ceux qui ont commis des crimes en Yougoslavie, au Rwanda ou au Darfour, reste silencieuse après le carnage de Gaza. Nous exigeons donc l’inculpation de Livni, Olmert, Barak ou des généraux israéliens. Pour l’instant nous privilégions une plainte collective auprès de la Cour Pénale Internationale.

Au-delà d’un recours à une justice internationale, il y a la création d’un « tribunal Russel » à l’image de celui qui avait contribué à retourner l’opinion publique mondiale contre les crimes de l’impérialisme américain au Viêt-Nam.

Et puis, un certain nombre de pays acceptent d’instruire des crimes qui n’ont pas été commis sur leur territoire. Les plaintes se multiplient et un plusieurs dignitaires israéliens ont désormais peur de voyager. Ils savent qu’ils risquent l’arrestation (comme Pinochet autrefois). Toutes ces initiatives juridiques doivent s’ajouter. Elles vont dans une direction simple : c’est l’impunité d’Israël qui permet la poursuite du crime. C’est pourquoi l’UJFP soutient aussi le BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) contre Israël tant que durera l’occupation.

Le Matin : En Israël il existe des mouvements pour la paix qui se sont exprimés courageusement durant l'agression contre Gaza. Quelle est la réalité de ces mouvements de contestation et leur impact sur la société ?

La frontière en Israël passe clairement entre les sionistes et les anticolonialistes. Tous les partis politiques sionistes (y compris le Meretz, le parti de la « gauche » sioniste -- comme si on pouvait être de gauche et sioniste --), le mouvement « la paix maintenant », les écrivains censés être une « conscience morale » (Oz, Yehoshua, Grossman), tous ont approuvé l’attaque contre Gaza comme ils avaient approuvé celle contre le Liban.

L’attaque contre Gaza a provoqué une très grande émotion chez les Palestiniens d’Israël. Il y a eu plus de 100000 manifestants à Sakhnine, ville palestinienne de Galilée. Les Palestiniens forment 20% de la population israélienne. Les discriminations et les humiliations qu’ils subissent dans un « Etat Juif » qui les considère comme des citoyens de seconde zone ou qui voudrait les expulser (voir le programme de Lieberman) les radicalisent. Aux élections, deux de leurs trois partis ont failli être interdits puisqu’ils sont antisionistes.

Chez les Juifs Israéliens, au plus fort de la guerre, il y a eu 12000 manifestants solidaires avec Gaza. Ce camp anticolonialiste rassemble des personnalités étonnantes (Michel Warschawski, Nurit Peled, Uri Avnery, Amira Hass, Gideon Lévy …), des historiens, des cinéastes, des associations (anarchistes contre le mur, femmes en noir, refuzniks, Taayush, Betselem, Rabbins contre l’occupation…). Bien sûr, ils sont minoritaires. Ils ont radicalement rompu avec l’idéologie totalitaire qui prétend parler au nom de tous les Juifs. Ils doivent tout réinventer. Ils ont choisi la rencontre et l’action permanente avec les Palestiniens. Ils ne représentent que 10 ou 15 % de l’opinion publique juive et ils ne sont pas (sauf le Hadash = parti communiste) au Parlement. Je les compare volontiers aux porteurs de valises français pendant la guerre d’Algérie. Certes très minoritaires mais ils ont permis le retournement de l’opinion. Ces anticolonialistes sont les seuls à rendre possible à terme une paix fondée sur l’égalité des droits et la justice.

Sur l’impact. Il faut savoir qu’un livre comme celui de Shlomo Sand (« Comment le peuple juif fut inventé ») qui met par terre l’idéologie sioniste (en expliquant qu’il n’y a eu ni exil ni retour) est un best-seller en Israël. Il faut savoir aussi que 3 mois avant l’attaque contre Gaza, une liste dirigée un jeune communiste refuznik antisioniste et comportant des Palestiniens avait obtenu 36% des voix aux élections municipales de Tel-Aviv.

Le Matin : Comment expliquez-vous le malaise d'une partie de la gauche française et son aveuglement à l'égard d'Israël, ses hésitations à prendre position dans le sens du droit international, de la justice et de la morale humaine ?

L’histoire bégaie. En 1956, une bonne partie de la gauche française votait les pleins pouvoirs aux militaires en pleine guerre d’Algérie et couvrait la gégène sous la surveillance tranquille des « socialistes » Lejeune ou Lacoste. Et c’est un gouvernement « de gauche » (Guy Mollet) qui attaquait Nasser aux côtés de l’armée israélienne. Une partie de cette gauche a toujours été colonialiste et manifeste vis-à-vis des Arabes un racisme certain teinté de condescendance paternaliste.

Vis-à-vis d’Israël, les socialistes français ont toujours considéré les travaillistes comme un parti frère. Leur admiration pour les kibboutz, pour ce pays « démocratique », pour ces « Israéliens qui ont transformé le désert en jardin » reprennent tous les stéréotypes de la propagande sioniste. Cette gauche et les dirigeants israéliens appartiennent au même monde, qui n’est pas celui de l’égalité, du partage ou du refus des discriminations.

L’attaque contre Gaza a été rendue possible en Israël par une propagande efficace visant à faire passer le Hamas (après le Hezbollah 3 ans avant) comme des sauvages terroristes qu’on a le droit de tuer. Cette propagande a parfaitement fonctionné aussi en France. On a l’impression que cette gauche n’accepte que des Arabes européanisés, mais qu’elle n’a toujours pas fait son deuil de ses années d’errements colonialistes.

Le Matin : Quels commentaires faites-vous sur le résultat des élections législatives et la percée de l'extrême droite ? Qu'est-ce que cela augure pour l'avenir dans cette région du monde ?

Ce qui vient de se passer en Israël, c’est un peu comme si l’OAS avait gagné la guerre d’Algérie et que les élections se jouent entre Le Pen, Mégret et De Villiers. Le sionisme a gommé les différences idéologiques. Il y a 80 ans, l’idéologue de la « droite » sioniste, Vladimir Jabotinsky, prônait déjà le « transfert », c’est-à-dire le nettoyage ethnique et l’expulsion des Palestiniens au-delà du Jourdain. La « gauche » sioniste, alors majoritaire ne le disait pas mais dans les faits, elle a participé à tous les crimes contre les Palestiniens : la Naqba, la colonisation, la répression de l’Intifada, le mur, les guerres …

Ce sont trois factions héritières de Jabotinsky qui ont gagné les élections israéliennes et il faut vraiment que les médias soient « à la botte » pour qualifier Kadima, le parti fondé par le criminel de guerre Sharon de « centriste ». Kadima est pour un Etat Palestinien, mais sans Jérusalem, sans la vallée du Jourdain, sans Ariel, sans Maale Adoumim, sans les blocs de colonies. Bref des bantoustans éclatés. Nétanyahou est contre tout Etat Palestinien, mais comme ceux-ci forment 47% de la population entre Méditerranée et Jourdain, il s’apprête à officialiser l’Apartheid. Et Lieberman confond allègrement Israël et la boite de nuit où il était videur. Il veut que les Palestiniens « prêtent allégeance » au dieu sionisme. Sinon, il réalisera les buts de Jabotinsky.

Comme Israël est totalement incapable, sur ces bases, de négocier ou même de faire semblant, ce gouvernement ne durera probablement pas très longtemps.

Il faut ajouter que l’un des dommages collatéraux de l’attaque contre Gaza a été l’affaiblissement politique, peut-être définitif de Mahmoud Abbas, très critiqué pour avoir maintenu un cadre de « négociations » sans issue. Il est significatif que, incapable de proposer quoi que ce soit sur la Palestine, Nétanyahou avance comme point n°1 de son programme … une attaque contre l’Iran.

Le Matin : L’arrivée d’Obama à la Maison-Blanche peut-elle modifier la donne ?

Je répondrai en mon nom personnel, car il y a eu des manifestations d’enthousiasme, à mon sens tout à fait excessives, dans l’UJFP lors de l’élection d’Obama.

D’abord il y a les faits. Si Obama avait voulu empêcher le crime commis à Gaza, un mot suffisait et il n’a rien dit. L’argument « il n’y a qu’un seul président » ne tient pas. Avant d’être élu, Obama a visité l’AIPAC, le lobby sioniste américain (sinon, il n’aurait pas été élu, disent certains). Son principal conseiller, Rahm Emanuel, est un sioniste convaincu dont le père est un militant du Likoud. La nomination d’Hillary Clinton aux affaires étrangères n’est pas de bon augure. Le journaliste Charles Enderlin qui a raconté heure par heure l’échec des négociations de Camp David montre Clinton agressant Arafat au moment de la rupture en lui annonçant qu’il est « fini » et qu’on lui fera porter la responsabilité de l’échec. Et c’est ce qui s’est passé. L’alliance américano-israélienne n’est pas fortuite et dans cette alliance, le rapport de force est en faveur des Israéliens. Israël est devenu une tête de pont de l’Occident au Proche-Orient. Perdre Israël, c’est perdre l’Egypte, l’Arabie Saoudite, la route du pétrole. Les Israéliens en étaient tellement persuadés que, le premier jour de la guerre de 1967, ils ont coulé un navire de guerre américain, le Liberty. Le message était clair : « nous allons faire la guerre, la gagner, coloniser et non seulement vous n’allez pas nous empêcher de le faire mais vous allez nous réarmer ». C’est bien ce qui s’est passé. Enfin, aux Etats-Unis, il y a 50 millions de « chrétiens sionistes ». Pour ces millénaristes, les Arabes, c’est Armageddon, c’est le mal. Les Juifs doivent les expulser de terre sainte puis se convertir sous peine de disparition. Ces sectes antisémites ont joué un rôle majeur dans le financement de la colonisation. Obama, pas plus qu’un autre, n’est prêt à les affronter.

S’il y a un changement avec Obama, il viendra d’ailleurs. Il ne doit pas être d’accord avec la marginalisation de l’Autorité Palestinienne ou avec l’idée d’une attaque contre l’Iran.

Interview de Pierre Stambul
Propos recueillis par Keltoum Staali
Publié par UJFP.

Le dîner du CRIF

Pendant que le calvaire subi par les habitants de Gaza se poursuit, que la dépossession des Palestiniens de leur terre s'aggrave y compris en Cisjordanie occupée, le CRIF, qui a soutenu de A à Z le carnage et les destructions commis par l'armée israélienne, se permet d'inviter le gratin de la République à ses agapes et, dans une ambiance joyeuse et amicale , chaque élu, ministre ou responsable de parti (on sait que tous n'y étaient pas) y est allé de son couplet pour exprimer sa solidarité avec la « communauté juive ». C'est le spectacle désolant auquel nous avons pu assister en direct sur la chaîne publique Public Sénat.

Ainsi cette « communauté juive » que le CRIF prétend représenter dans son ensemble, est censée soutenir sans complexes à la fois la politique israélienne et celle du gouvernement français. Cette idée, sous tendue par ce reportage est non seulement fausse mais aussi dangereuse.

Fausse parce que les sociologues et les historiens dans leurs études n’ont jamais fait apparaître de comportements spécifiques des personnes juives ou d’origine juive dans tous les domaines de la vie sociale et politique française.

Dangereuse parce que cette idée accréditerait le fait qu'en même temps qu'ils sont censés soutenir une politique criminelle parce que menée « en leur nom », les Juifs constitueraient un groupe à part dans la société française, avec un traitement bienveillant réservé à eux seuls.

Mais fini les embrassades, les sourires. Les rires se figent, l'heure est grave. Mr Prasquier, le Président, parle : le drame actuel, ce n'est pas la situation catastrophique au Proche-Orient, ce n'est même pas la crise économique ou écologique, c'est... une forte poussée de l'antisémitisme, comme si la « nuit de cristal » s'abattait sur la France. Qui en sont les responsables d'après lui ? Simple, les milliers de manifestants protestant contre l'intervention israélienne.

Actes antisémites ? Certes, il y en a eu au mois de Janvier, mais qui n'avaient rien à voir avec les manifestations de solidarité, et toutes les organisations participantes les ont dénoncés vigoureusement. Les quelques individus appartenant à une mouvance de l’extrême droite xénophobe qui ont tenté de s’immiscer dans une de ces manifestations ont été rejetés avec une non moins extrême fermeté. Il y a eu aussi récemment des actes racistes contre des mosquées, des profanations de tombes musulmanes, des agressions de jeunes maghrébins mais ceci a été passé sous silence.

La stratégie est claire et n'est pas nouvelle, c’est celle des pompiers pyromanes : faire taire toute critique de la politique israélienne en l'assimilant à de l'antisémitisme, sous le prétexte mensonger que « tous les Juifs » soutiennent cette politique.

Il faut en finir avec cette propagande honteuse et indigne.

Pas de crime en notre nom !

Le Bureau National de l'Union Juive Française pour la paix
5 mars 2009
Publié par UJFP.

Lire aussi : Dérapages du CRIF, Le Monde diplomatique.

7 mars 2009

L’objectif final est le transfert des Arabes israéliens

«La jeunesse est en train de remplacer l’espoir d’un avenir meilleur par le mythe d’une fin héroïque. Et pour une fin héroïque, Lieberman fait l’affaire.»

Le nettoyage ethnique et Israël

L’un des développements les plus troublants au Moyen-Orient est ce consensus grandissant parmi les Israéliens considérant comme acceptable l’expulsion - dans la bouche de ses partisans, le «transfert» - des citoyens arabes soit vers un Etat palestinien toujours non constitué, soit vers les pays voisins de Jordanie ou d’Egypte.

Une telle opinion n’est certainement pas nouvelle chez les extrémistes israéliens, et elle a été défendue par des organisations juives racistes comme le Kach, le parti du défunt rabbin Meir Kahane, et par des organisations comme l’Union nationale qui a doublé sa représentation à la Knesset aux dernières élections.

Mais le «transfert» n’est plus l’apanage des extrémistes, il est de plus en plus intégré dans le dialogue politique dominant. «Ma solution pour conserver l’Etat juif et démocratique d’Israël est d’avoir deux Etats-nations, avec quelques concessions, et des lignes rouges précises,» déclarait la dirigeante du Kadima et ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni à un groupe d’élèves d’un lycée de Tel Aviv en décembre dernier, «et entre autres choses, je serai capable de m’adresser aux résidents palestiniens d’Israël, ceux que nous appelons les Arabes israéliens, et de leur dire : ‘Votre solution nationale est située ailleurs’.»

Un tel discours a des conséquences

Selon l’Association israélienne pour les Droits civils, les incidents anti-arabes sont en nette progression. «La société israélienne atteint de nouveaux sommets dans le racisme qui portent atteinte à la liberté d’expression et à la vie privée,» dit Sami Michael, président de l’organisation. Entre autres conclusions de l’association :

  • pour quelque 55% des Israéliens juifs, l’Etat devrait encourager l’émigration arabe ;
  • 78% des Israéliens juifs sont opposés à la participation de partis arabes au gouvernement ;
  • 56% sont d’accord avec l’affirmation, «Les Arabes ne peuvent pas atteindre le niveau juif de développement culturel» ;
  • 75% pensent que les Arabes sont enclins à être violents. Chez les Arabes israéliens, 54% pensent la même chose des juifs.
  • 75% des Israéliens juifs disent qu’ils n’aimeraient pas vivre dans le même immeuble que des Arabes.

La crispation entre la démocratie israélienne et le caractère juif du pays a été au centre de la campagne du parti Yisrael Beiteinu d’Avigdor Lieberman aux dernières élections. Son parti a augmenté sa représentation à la Knesset de 11 à 15 sièges, et il est maintenant le 3ème plus grand parti au parlement.

Lieberman, qui vit dans une colonie de Cisjordanie près de Bethléhem, réclame «un serment de fidélité» de la part des Arabes israéliens pour, soit expulser ceux qui refusent, soit leur nier tous les droits de citoyenneté. Lors d’un débat à la Knesset en mars dernier, Lieberman déclarait aux députés arabes, «Vous n’êtes ici que temporairement. Un jour, nous nous occuperons de vous.»

De telles opinions progressent, surtout parmi les jeunes Israéliens juifs chez lesquels un enseignement politisé de l’histoire et un désespoir grandissant à propos de l’avenir ont suscité un fort glissement à droite.

Récemment dans Ha’aretz, Yotam Feldman a écrit un article sur ses visites dans des lycées d’Israël, où les élèves admettent librement leur haine des Arabes et ne se soucient aucunement de voir la démocratie se dégrader.

«Serge Liebliyanich, un élève des grandes classes, fait un lien entre la préparation au service militaire à l’école et le soutien des élèves en faveur de la droite», écrit Feldman, «Cela nous motive contre les Arabes. Vous voulez vous engager dans l’armée et ainsi vous pouvez vous colleter avec eux... J’aime ce que dit Lieberman sur les Arabes. Bibi (Benjamin Netanyau, dirigeant du parti de droite, Likoud) ne veut pas aller aussi loin.»

Feldman a réalisé un sondage dans 10 lycées et il a constaté que le parti Yisrael Beiteinu y était le plus populaire, suivi par le Likoud. Le parti de gauche Meretz arrive en queue de liste.

Pour une part, il faut blâmer la politisation du système éducatif.

Mariam Darmoni-Sharviot, ancien professeur de civisme qui a participé à la mise en œuvre des recommandations de la Commission Kremnitzar en 1995 sur l’enseignement et la démocratie, a déclaré à Feldman : «Quand je parlais dans un cours de civisme de la minorité arabe, et sur son caractère unique d’avoir été une majorité devenue minorité, mes élèves soutiennent que ce n’est pas vrai qu’ils (les Arabes) aient représenté une majorité.» Et lorsque elle se retrouvait avec les enseignants, qu’elle leur demandait pourquoi les élèves ignoraient que les Arabes étaient une majorité en 1947, les professeurs devenaient alors «évasifs et disaient que cela ne faisait pas partie de leur matière».

Pour une part, les élèves reflètent la culture qui les entoure.

«La société israélienne parle deux langages» dit le ministre de l’Enseignement Yuli Tamir. «Nous nous considérons comme une société démocratique, et pourtant nous négligeons souvent des choses qui sont à la base même de la démocratie... Si les élèves voient la Knesset exclure les partis arabes, décision à laquelle je suis catégoriquement opposé, comment s’attendre à ce qu’ils intègrent les valeurs démocratiques ?».

Tous les grands partis israéliens ont voté le retrait de deux partis arabes pour les élections, la Liste arabe unifiée-Ta’al et Balad, parce qu’ils s’étaient opposés à la guerre à Gaza. Balad appelle aussi à l’égalité des droits pour tous les Israéliens. Pour le porte-parole du Kadima, Maya Jacobs, «Balad vise à liquider Israël en tant qu’Etat juif et à le transformer en un Etat pour tous ses citoyens». Le parti travailliste les a rejoints pour interdire Balad, mais pas Ta’al.

La Cour suprême israélienne a annulé la décision et les deux partis ont fini par avoir sept élus à la Knesset aux récentes élections.

«L’objectif final est là,» dit Dominic Moran, premier correspondant de INS Security Watch au Moyen-Orient, «il s’agit de rompre le peu de liens qui unissent juifs et Arabes, au point que l’idée de transférer la population arabe israélienne de l’autre côté des frontières de l’Etat, cheval de bataille du Yisrael Beiteinu, gagne de plus de plus en légitimité.»

Ce virage à droite reflète aussi une crise économique où la pauvreté est à la hausse, et le coût de l’entretien des colonies dans les Territoires occupés et de l’armée israélienne devient un fardeau écrasant. La Paix Maintenant estime que le coût de l’occupation atteint 1,4 milliard de dollars annuellement, sans compter le mur de séparation. Le budget militaire d’Israël est d’un peu moins de 10 milliards de dollars par an. Selon Ha’aretz, la guerre de Gaza a coûté 374 millions de dollars.

Quelque 16% de la population juive sont tombés au-dessous du seuil de pauvreté, un chiffre qui comprend 50% d’Arabes israéliens.

«La réalité israélienne ne peut plus dissimuler ce qu’elle a tenu caché jusqu’à présent : aujourd’hui, aucune mère un tant soit peu sensible ne peut honnêtement dire à son enfant : ‘l’année prochaine, les choses iront mieux’» déclare un professeur de philosophie, Ilan Gur-Ze’ev. «La jeunesse est en train de remplacer l’espoir d’un avenir meilleur par le mythe d’une fin héroïque. Et pour une fin héroïque, Lieberman fait l’affaire.»

La tension entre les communautés se manifeste principalement dans les Territoires occupés, où l’expansion acharnée des colonies et l’humiliation constante de centaines de barrages routiers israéliens nourrissent la colère des Palestiniens. Décembre dernier, des colons à Hébron ont attaqué des Palestiniens après que le gouvernement israélien ait fait évacuer un immeuble appartenant à des Arabes qu’occupait un groupe de familles juives. En réaction, les colons ont lancé «l’opération Etiquette» pour infliger une punition aux Palestiniens si le gouvernement de Tel Aviv prenait des mesures contre les colons. Les émeutiers ont brûlé des voitures, profané un cimetière musulman, et abattu deux Arabes.

Les déchaînements de colons en Cisjordanie ne sont pas nouveaux, même s’ils ne sont pratiquement pas couverts par les médias aux USA. Mais une tendance inquiétante se manifeste avec l’apparition de colons extrémistes en Israël. Fin de l’année dernière, Baruch Marzel, colon de Cisjordanie et disciple de Kahane, a menacé d’organiser une marche dans Umm al-Fahm, une grande ville israélo-arabe près de Haïfa [1].

«Nous avons un cancer capable d’emporter l’Etat d’Israël» a dit Marzel au Forward «et ces gens [les Arabes] représentent au cœur d’Israël une force capable de détruire Israël de l’intérieur. Je vais dire à ces gens que la terre d’Israël est la nôtre.»

Les Arabes israéliens accusent les colons - certains de ces extrémistes sont des colons qui ont quitté Gaza il y a trois ans - d’avoir joué un rôle dans les émeutes pendant le Yom Kippour l’année dernière, dans la ville mixte d’Acre et d’avoir obligé des familles arabes à quitter leur maison dans la partie est de la ville. Les Arabes représentent environ 14% de la population de la ville d’Acre et 20% de celle d’Israël.

Le rabbin Dov Lior, président du Conseil rabbinique de Cisjordanie, a décrété, «Il est absolument interdit d’employer des Arabes et de leur louer des maisons en Israël.»

Le centre juridique Adallah, pour la défense des droits de la minorité arabe, presse le procureur général israélien, Mernachem Mazuz, d’enquêter sur «l’incitation au racisme qui se déchaîne contre les Arabes en général et les habitants (arabes) d’Acre en particulier.»

Le 15 octobre, trois jours après les émeutes d’Acre, deux appartements arabes à Tel Aviv ont été attaqués avec des cocktails molotov. Sept hommes juifs ont été arrêtés. Les habitants arabes de Lod et de Haïfa se sont plaints d’avoir fait l’objet de pression pour les obliger à déménager.

Dans le cas de Lod, les autorités municipales expriment ouvertement leurs intentions. Le porte-parole de la municipalité, Yoram Ben-Aroch, a nié toute discrimination dans la ville contre les Arabes, mais il a déclaré au Forward que les autorités municipales voulaient que Lod devienne «une ville plus juive. Nous devons renforcer le caractère juif de Lod et les religieux comme les sionistes ont un grand rôle à jouer dans ce renforcement.»

Cependant, l’anarchie grandissante chez les colons de Cisjordanie et les nationalistes juifs commence à ébranler les autorités de Tel Aviv. Après que des extrémistes de droite aient tenté d’assassiner le professeur Zeev Sternhell, un militant de la Paix Maintenant, le directeur du Shin Bet, Yuval Diskin, a déclaré que les services de Renseignements se disaient «très préoccupés» à propos de la «droite extrémiste» et de sa volonté à recourir à la violence. Même le Premier ministre Ehud Olmert s’est exprimé en disant, «Nous ne sommes pas disposés à vivre avec un nombre significatif de personnes qui rejettent toute autorité» et il a qualifié l’opération Etiquette de «pogrom».

Jusqu’à présent cependant, le gouvernement et le Shin Bet n’ont pas fait grand-chose pour freiner la marée montante du terrorisme de droite, qui vise aussi bien les juifs que les Arabes.

Pour Ahmad Tibi, du parti arabe Ta’al, même si les Israéliens arabes se sentent menacés par ce que Neve Gordon, scientifique politique à l’université Ben Gourion, appelle un «mouvement vers une politique xénophobe», Tibi avertit, «c’est la majorité juive qui devrait avoir peur de ce phénomène.»

Conn Hallinan
3 mars 2009
Publié par Info-Palestine selon Counterpunch.


[1] Voir sur ce point également : Une délégation israélienne de solidarité à Hébron de Michel Warschawski.

Zone fermée

Ce film d'animation illustre les effets du bouclage de Gaza.



Lire aussi : Israël : Un film illustre les effets du bouclage de Gaza, Global Voices.

15 criminels de guerre israéliens

Le procureur de Téhéran Saïd Mortazavi a établi une première liste de quinze criminels de guerre israéliens, pour lesquels l’Iran a demandé à l’organisation internationale de police criminelle (Interpol) de lancer des mandats d’arrêt.

La procédure a été initiée par des plaintes de Palestiniens de Gaza victimes des crimes de l’armée israélienne, transmises aux autorités judiciaires iraniennes, indique la chaîne iranienne PressTV.

Tous sont soupçonnés, sur le fondement des témoignages recueillis, d’avoir grossièrement violé le droit international et humanitaire, en particulier les Conventions de Genève.

Voici la liste de ces individus :

  • Ehud Olmert (Premier Ministre)
  • Ehud Barak (ministre de la Défense)
  • Tzipi Livni (ministre des Affaires étrangères)
  • Gabi Ashkenazi (général, chef d’Etat-major des armées)
  • Ido Nehoshtan (général, chef de l’armée de l’air)
  • Yoav Galant (général, chef de l’opération « Plomb durci »)
  • Amos Yadlin (général, chef du renseignement militaire)
  • Oren Cohen (lieutenant-colonel, brigade Golani)
  • Ron Ashrov (colonel, brigade Givati)
  • Hertzi Halevy (colonel, Brigade parachutiste)
  • Yigal Slovik (colonel, Brigade blindée 401)
  • Avi Blot (lieutenant-colonel, Brigade parachutiste)
  • Yoav Mordechai (lieutenant-colonel, Brigade Golani)
  • Tomer Tsiter (colonel, brigade Givati)
  • Avi Peled (colonel, 51ème Bataillon)

Publié par EuroPalestine.

Conférence internationale sur la Palestine

Les participants à la conférence internationale de soutien à la Palestine sur le thème « Appui à la Palestine, symbole de résistance ; Gaza, victime d’un crime » qui se tient à Téhéran a permis de faire le point sur tous les moyens permettant de faire face aux crimes du régime israélien.
Farah al Muallim, vice-président du Parlement du Kenya, a déclaré qu’ « il n'y aura pas de paix tant que le peuple palestinien continuera à lutter » et que « le retour des palestiniens dans leurs territoires fait partie des priorités. »


Une conférence internationale de soutien aux Palestiniens, qui a porté essentiellement sur les crimes de guerre perpétré par le régime israélien dans la bande de Gaza, a débuté dans la capitale iranienne, Téhéran.

Rassemblant des juristes des principales associations de défense des droits de l’homme du monde entier, la conférence qui a pour thème : « La Palestine : une manifestation de la Résistance / Gaza : victime d’un crime » a débuté à Téhéran, le 4 mars.

Cet événement s’est déroulé sur deux journées et s’est focalisé vraisemblablement sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité perpétrés par Israël durant sa campagne militaire de trois semaines contre la bande de Gaza.

Cette conférence a accueilli des représentants d’Amnesty International, d’Human Rights Watch, de la Croix Rouge, de l’UNICEF et du Conseil des Droits de l’Homme de Genève.

Parmi les participants, on notera la présence de hauts responsables des principales formations palestiniennes, telles que le Hamas, le Fatah et le Djihad islamique.

Des juristes, des politologues et des personnalités religieuses, rassemblés pour cette conférence, ont débattu des façons de traîner les hauts responsables politiques et militaires d’Israël devant les tribunaux, afin de leur faire rendre des comptes sur leurs atrocités perpétrées à Gaza.

A l’ordre du jour, également : le débat sur une série de documents que l’Iran a récemment communiqués à Interpol, impliquant quinze responsables israéliens.

Lundi dernier, Interpol a commencé à étudier la requête de l’Iran visant à l’arrestation de quinze officiers supérieurs israéliens impliqués dans des crimes de guerre perpétrés durant l’offensive israélienne contre la bande de Gaza.

L’Iran a transmis ce dossier à Interpol dimanche dernier, l’exhortant à publier une note d’alerte sécuritaire à l’encontre des quinze individus cités, dont le Premier ministre israélien Ehud Olmert, le ministre de la Défense Ehud Barak, la ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni et le chef d’état-major, le lieutenant-général Gabi Ashkenazi.

Le régime israélien a essuyé de très graves critiques pour la manière dont il a mené son offensive militaire à Gaza. Durant l’assaut, Tel-Aviv a pris pour cible des écoles, des mosquées, des bâtiments de l’Onu, des journalistes et des personnels hospitaliers.

Israël a recouru de manière flagrante à des armes prohibées, telles que les bombes au phosphore, contre la population de l’étroit territoire côtier, empêchant les secouristes de se rendre sur les zones bombardées pour porter assistance aux blessés.

Les opérations militaires israéliennes à Gaza ont entraîné la mort de plus de 1.330 Palestiniens, plus de 5.450 personnes ayant été blessées, et plus de 70.000 ayant perdu leur maison. Trois civils israéliens ont été tués durant ce conflit.

Publié par IRNA.

Le sel de la mer

Il est des films qui marquent et laissent en vous une trace qui ne s'oublie pas. Soit par le sujet qu'il traite, la manière dont il l'aborde ou l'effet profond qu'il instille en chacun. L'an dernier, Le Sel de la mer faisait incontestablement partie de cette catégorie-là et imposa sa surprise aux trop rares qui le virent. Puisqu'il racontait la douleur des territoires occupés, leur absence d'horizon mais aussi la révolte qui en découlait. Parce que simplement il exprimait l'humanité insoutenable d'une condition à l'aune des murs de sa prison. Dès lors, sa sortie en DVD aidant, il semblait opportun de revenir sur le très beau film d'Annemarie Jacir et d'en dégager quelques uns des bienfaits. Et assurément le plus important de ses traits, le portrait qu'il dresse d'une Palestine occupée et meurtrie.



Le présent d'une Palestine emmurée

En narrant le devenir de Soraya, jeune américaine désireuse de renouer avec le sol que sa famille avait dû quitter, Le Sel de la mer impose de suite sa volonté : montrer la difficulté quotidienne de vivre dans les territoires occupés et le dénuement moral qui en résulte. En effet, pour les êtres qui vivent à Ramallah comme va le faire Soraya, l'espoir ne passera que par une radicalité subie chaque jour et le désespoir de promesses incertaines. Promesses que chaque jour les contrôles, les attentes et les humiliations viennent démentir, anéantir. Car avant d'être un drame amoureux sensible et un film remarquable sur la difficulté d'être, Le Sel de la mer se donne pour mission de raconter ses frontières physiques et mentales, ses douleurs d'être perpétuellement enfermé. Ainsi, au soleil d'un Proche Orient où tout parait réuni pour bien vivre, ce métrage documente le quotidien dramatique d'un peuple harassé et son impossibilité à échapper. Donnant à comprendre les dérives sans jamais les excuser, le film à tendance biographique qu'Annemarie Jacir signe s'impose incontestablement comme l'une des plus intenses fictions sur le sujet. Par sa faculté à narrer la claustration, la désolation mais aussi l'insécurité. Et tout autant par ses capacités à ouvrir des brèches dans cette réalité. Par l'illégalité certes mais surtout par le surgissement d'une liberté arrachée au sort et qui mènera les protagonistes de l'Histoire à aller se baigner.

Car Le Sel de la mer a pour richesse essentielle de ne jamais désespérer, de rechercher l'horizontalité et plus encore de guetter la mer comme la métaphorique promesse d'une vie heureuse, rêvée. Et c'est justement cet idyllique état qu'atteindra le film à mesure que sa folle escapade réussit. Or, si l'envol de ses personnages mène le métrage jusqu'au rivage d'une mer qu'ils n'avaient jamais vus, il pose aussi la géométrie d'une soumission, l'implacable de leur occupation. Dès lors, le Sel de la mer n'est plus seulement le récit d'évasion qu'il engage à ses débuts ou celui d'une libération, c'est aussi l'affirmation d'une identité sur fond de mémoire et de ressenti.

Le souvenir du conflit et la douleur d'une identité refusée

A mesure qu'il se construit, Le Sel de la mer laisse en effet une place considérable à l'identité, son élaboration et la passion qu'elle imprime. Ainsi, dés son ouverture, Soraya décide par fidélité aux siens et par quête personnelle, quitte les Etats-Unis et Brooklyn pour connaître ses racines et renouer avec une identité qu'elle n'a finalement jamais connue en tant que fille d'expatriés. De fait, directement héritière d'un exil vécu dès la naissance de l'Etat hébreux et d'un conflit rapporté par ses proches, elle se confronte avec violence à une réalité bien éloignée de ce qu'elle a connu jusqu'alors. Mais tout autant, elle avance en se reportant aux mémoires de ceux qui lui racontent ou lui ont raconté ce qu'était la Palestine, cette patrie qu'ils furent obligés de quitter ou dans laquelle ils sont forcés de rester, engoncés et malmenés. Ainsi, en prise avec l'écriture de son passé et des racines qui la déterminent, Soraya élabore sa double identité, schizophrène dans un sens et outrée surtout par les conditions de vie qu'elle s'est in fine choisie.

En effet, à chaque minute, le conflit affleure et se cristallise dans la monstration d'existences empêchées de vivre pleinement. Et tout autant s'affirme-t-il plus fort dans la parenthèse de liberté qu'il ouvre une fois les check-points franchis. Le Sel de la mer s'emplit effectivement d'une charge politique intense et radicale au fur et à mesure que nos palestiniens échappés et clandestins s'approchent de la maison qui fut celle des parents de Soraya, maison qui est aujourd'hui occupée par une jeune artiste israélienne. De fait, le métrage d'Annemarie Jacir développe alors toutes les rancoeurs, les souffrances et les clichés qui empoisonnent les relations entre israéliens et palestiniens à l'aune du droit de propriété de cette demeure modeste mais fantasmée.

Situant cette demeure comme un lieu métaphorique à posséder absolument et vis-à-vis duquel on exhibe la mémoire de sa propriété, Le Sel de la mer exhibe alors toute l'intime sensibilité à une lutte déjà vieille de plus de six décennies. Et l'aventure de Soraya dans les ruines de Dawayma donne une ampleur encore plus grande à la tragédie historique qui s'est nouée dans ces contrées. Parce qu'elle fait écho à l'un des plus grands massacres subis par les palestiniens en 1948 mais surtout parce qu'elle se double de la perspective heureuse d'une naissance à venir, celle qui potentiellement réconcilierait tout. Le passé et le présent, Israël, la Palestine et son avenir.

De fait, digne continuateur du triptyque Paradise Now - Désengagement -Free zone et contre-point complémentaire à Une Jeunesse comme les autres, Le Sel de la mer gagne son pari de raconter le conflit israélo-palestinien avec sincérité, intensité et poésie. Le tout sans jamais nier son rapport à la constitution des identités et leur impossible nécessité. Par conséquent, précieux et d'une belle sagesse, Le Sel de la mer contribue tout d'abord à enrichir le regard de cinéphiles et de citoyens qui sont autant de lointains spectateurs d'une insupportable terreur qui nous concerne définitivement. Mais plus encore, révèle-t-il la force du cinéma et son utilité dans l'explication d'un tel conflit et l'expression de ses différentes opinions, elles qui sont par trop caricaturées lorsqu'elles nous sont rapportées par d'autres médias. C'est donc pour cela que Le Sel de la mer impose son visionnage et procurera à ceux qui méconnaissent une telle situation le plus impactant des éclairages.

Jean-Baptiste Guegan
06/03/2009
Publié par DVDrama.

Lire aussi :
Acide Critique
AlloCiné
Les blogs du Diplo
CCIPPP
Dailymotion
Un écho d'Israël
Le Monde - Info-Palestine
RFI
Télérama

6 mars 2009

Le yiddishland révolutionnaire

BROSSAT Alain et KLINGBERG Sylvia, Le yiddishland révolutionnaire, Syllepse, 2009.

Ils sont montés sur toutes les barricades du siècle, des avenues de Petrograd aux ruelles du ghetto de Varsovie, de la lutte antifranquiste à la Résistance antinazie : les révolutionnaires du Yiddishland. Pour la plupart enfants de la misère juive d’Europe orientale et centrale, ils ont été élevés dans la crainte de Dieu et le respect des traditions religieuses, puis emportés par le grand courant de l’Utopie révolutionnaire. Militants socialistes, communistes, bundistes, sionistes, ouvriers, trotskystes…, ils incarnaient l’activité multiple, le radicalisme d’une classe ouvrière juive qui entrevoyait le Messie dans les plis du drapeau rouge.

Aujourd’hui, l’univers dont ils sont issus a disparu, démantelé, disloqué par le génocide nazi. Là où Hitler n’était pas parvenu à conduire à son terme son œuvre de mort, Staline et ses épigones l’ont parachevée. Au-delà de l’irrémédiable coupure, il ne reste que des survivants, et le travail de la mémoire du Yiddishland rouge.
Ce livre retrace le combat de ces militants, leurs trajectoires singulières, l’oscillation entre les grandes espérances et le doute, les illusions perdues. Un regard juif et rouge porté sur l’histoire de ce siècle.

Lire aussi :
• Film - LILENSTEIN Nat, Les révolutionnaires du Yiddishland, Kuiv Productions – Antenne 2.
• Photographie - Il était une fois le Yiddishland …, RFI.

5 mars 2009

La Chine rompt le silence sur l’Afghanistan



Dans l’environnement violent et létal dans lequel il a vécu et survécu pour conduire au bout du compte la marche de Pékin vers un socialisme aux caractéristiques chinoises, Deng Xiaoping avait de très grandes raisons d’être prudent. Eu égard à l’approche internationale de la Chine, voici ce que Deng disait : « Observons calmement ; assurons notre position ; faisons face aux affaires avec calme ; cachons nos capacités et attendons le bon moment ; faisons tout pour maintenir un profil bas ; et ne revendiquons jamais de leadership. »

Ainsi, la Chine n’a jamais fait connaître sa pensée sur le problème afghan. L’organe du Parti Communiste Chinois (PCC), le Quotidien du Peuple, vient à présent de rompre avec ce principe de base dans un commentaire hautement nuancé.

Aujourd’hui, alors que l’atmosphère menace de devenir très vite sulfureuse dans la région qui entoure l’Afghanistan, la situation devient très critique. Mais cela seul n’explique pas le moment choisi pour ce commentaire chinois, intitulé « Les ajustements de la stratégie anti-terroriste américaine seront-ils couronnés de succès ? »

Le contexte est particulièrement justifié. La Secrétaire d’Etat US, Hillary Clinton, vient juste de terminer une visite décisive en Chine. Pékin pousse manifestement un soupir de soulagement à propos du « sens de la certitude » dans les relations sino-américaines sous la présidence de Barack Obama. Qui plus est, Pékin a été séduite par le fait que Clinton a cité l’antique aphorisme chinois tongzhou gongji - « Lorsque nous sommes dans le même bateau, nous devons nous entraider » - comme étant l’esprit de notre époque troublée. Là, cela dépasse largement l’amour musclé que George W. Bush a témoigné à la Chine afin qu’elle « prenne des risques » dans le système international.

L’Afghanistan a sûrement fait partie des discussions entre Clinton et les dirigeants chinois, surtout que sa visite a coïncidé avec l’annonce d’Obama concernant un accroissement des troupes en Afghanistan.

Pêcher en eau trouble

Cependant, il y a deux autres messages sous-jacents. Les Etats-Unis changent manifestement de vitesse sur leur politique en Asie du Sud, comme le prouve la décision d’Obama de nommer Richard Holbrooke comme représentant spécial pour l’Afghanistan et le Pakistan. Et Holbrooke n’est pas étranger à Pékin.

Il est clair que Pékin, juste après la récente visite d’Holbrooke dans la région, a jugé que les relations entre les Etats-Unis et l’Inde entraient dans une nouvelle phase qualitative, laquelle a montré quelques signes de friction. Il est payant pour Pékin de pêcher en eaux troubles et d’accumuler plus de pression sur son voisin méridional.

Deuxièmement, le ministre russe des affaires étrangères a annoncé la semaine dernière que les invitations avaient été lancées pour la conférence, attendue depuis longtemps, de l’Organisation de la Coopération de Shanghai (OCS) sur l’Afghanistan, qui se tiendra à Moscou le 27 mars prochain. Le moment approche pour Pékin de prendre position sur le problème afghan. Les tergiversations formulées dans des homélies pieuses pourraient ne plus suffire.

La Chine a-t-elle le sens de la solidarité avec la Russie – ou avec les observateurs de l’OSC, tels que l’Inde et l’Iran ? Mais Pékin ne peut pas non plus se permettre de dissiper l’élan naissant d’un partenariat avec l’administration Obama. Et les Etats-Unis (ainsi que ses alliés) boycottent la conférence de l’OCS.

Dans la période à venir, nous pourrions donc assister à quelques numéros de contorsion étonnants de la part de Pékin. Le commentaire du Quotidien du Peuple a virtuellement appelé à l’extension du mandat d’Holbrooke, pour inclure le « problème indo-pakistanais ». Il est vrai que ce commentaire se retient de mentionner le Cachemire en tant que tel, mais il laisse peu à l’imagination que le Cachemire est précisément ce quoi il se référait – que les Etats-Unis devraient arbitrer une solution à ce que le Pakistan appelle la « question essentielle » dans ses relations tendues avec l’Inde.

Le commentaire chinois dit que le seul envoi de troupes américaines supplémentaires en Afghanistan ne peut aider Obama à atteindre ses « objectifs stratégiques », à moins que Washington ne stabilise l’Asie du Sud, en particulier le Pakistan et les relations indo-pakistanaises. L’éditorial se poursuit ainsi :
Il est clair que sans la coopération du Pakistan, les Etats-Unis ne peuvent pas gagner la guerre contre la terreur. Par conséquent, pour protéger ses propres intérêts dans la lutte contre le terrorisme en Asie du Sud, les Etats-Unis doivent garantir un environnement stable au Pakistan, à l’intérieur et à l’international, et apaiser les tensions entre le Pakistan et l’Inde. Vu sous cet angle, il est facile de comprendre pourquoi Obama a nommé Richard Holbrooke comme envoyé spécial pour les questions afghane et pakistanaise, et pourquoi l’Inde est incluse dans la première visite d’Holbrooke à l’étranger. En fait, le « problème afghan », le « problème pakistanais » et le « problème indo-pakistanais » sont tous liés. (italiques ajoutées).


Ces mots ont été clairement pesés et ces remarques inamicales ne risquent pas de passer inaperçues à New Delhi. Les diplomates indiens ont frappé un grand coup pour veiller à ce que le mandat d’Holbrooke n’inclut pas l’Inde, malgré l’ensemble des opinions, au sein des think-tanks et de l’establishment américains, qui insiste sur le fait que des tensions sous-jacentes dans les relations indo-pakistanaises se poursuivront tant que le problème du Cachemire n’aura pas été résolu. Pékin s’est maintenant jeté dans le débat et la Chine exprime ouvertement son soutien à la position pakistanaise.

Ce qui est intéressant est que Pékin ignore totalement la cause profonde de « l’anti-américanisme » qui prévaut au Pakistan et qui a beaucoup à voir avec l’interférence étasunienne dans les affaires intérieures de ce pays, en particulier le soutien des Etats-Unis aux dictatures militaires successives, ou avec la psyché blessée des Musulmans – ou avec la guerre brutale que mènent les Etats-Unis en Afghanistan. En effet, le commentaire chinois est resté silencieux sur la question centrale de l’occupation étrangère de l’Afghanistan.

Pékin ne peut pas ignorer que l’Inde verrait d’un mauvais œil une intervention au Cachemire par une tierce partie, tout comme la Chine est profondément allergique aux opinions mondiales concernant le Tibet ou le Xinjiang. Une explication possible pourrait être que Pékin redoute que l’Inde puisse jouer une fois encore la « carte tibétaine », alors qu’approche le 50ème anniversaire du soulèvement tibétain (le 10 mars prochain).

Dans la dernière ligne droite avant cet anniversaire, Pékin est en train sévir contre les nationalistes tibétains. La Chine aimerait sans doute avertir l’Inde qu’elle pourrait également sortir la « carte cachemirie ». Somme toute, les stratèges indiens devront donc analyser soigneusement l’éventail des motivations chinoises, en appelant, à ce stade, à une médiation des Etats-Unis dans les disputes indo-pakistanaises, talonnant de près les discussions entre Clinton et les dirigeants chinois à Pékin.

En dehors de l’Inde, Pékin identifie la Russie comme une autre puissance régionale qui impacte négativement la stratégie des Etats-Unis en vue de stabiliser l’Afghanistan. (Soit dit en passant, ce commentaire ignore complètement l’Iran, comme s’il n’était pas un facteur important sur l’échiquier afghan.) Ce commentaire dit : « … Les Etats-Unis doivent s’assurer que la Russie est apaisée. La région d’Asie Centrale, où se trouve l’Afghanistan, avait l’habitude d’être l’arrière cour de la Russie… Tandis que les relations entre les Etats-Unis et la Russie montrent des signes de rétablissement après l’arrivée d’Obama au pouvoir, les réactions de la Russie vis-à-vis de la décision étasunienne d’accroître ses troupes en Afghanistan sont plutôt subtiles. »

Alors, que fait Obama ? Pékin fait la supposition suivante : « La détermination de la Russie de ne pas permettre que les Etats-Unis jouissent d’un contrôle dominant dans l’affaire afghane est plutôt visible. La façon dont les Etats-Unis feront face à la relation ‘coopérative et concurrentielle’ avec la Russie dans l’affaire afghane testera la capacité des Etats-Unis à réaliser ses objectifs stratégiques en Afghanistan. »

Mais alors, la Chine est également une partie intéressée dans les deux questions aujourd’hui controversées des relations américano-russes : l’expansion de l’OTAN près de ses frontières d’Asie Centrale et le déploiement du bouclier étasunien antimissile. La Chine abhorre l’expansion de l’Otan près de ses frontières et s’oppose au bouclier antimissile qui réduirait à néant sa capacité de frappe nucléaire de qualité relativement inférieure.

Mais, ainsi que Deng l’aurait dit, pourquoi revendiquer le leadership de l’opposition à ces manœuvres étasuniennes lorsque Moscou fait déjà un travail merveilleux ?

Le commentaire du Quotidien du Peuple fait la distinction concernant les intérêts de la Russie en Afghanistan. Il conseille implicitement à Washington de ne pas prendre la conférence de l’OCS à venir comme une sorte de coalition sino-russe. Une fois encore, en affirmant que la fermeture de la base aérienne de Manas par les autorités kirghizes fait partie d’un « jeu stratégique entre les Etats-Unis et la Russie », le Quotidien du Peuple a effectivement démystifié la conférence de l’OCS à venir. Après tout, la raison d’être de cette conférence est que la situation afghane pose une menace à la sécurité de l’Asie Centrale. Mais le commentaire chinois n’aborde pas une seule fois cet aspect.

Bref, ce qui émerge est que peu importe la détermination de Moscou à défier le « monopole étasunien sur la résolution du conflit » en Afghanistan, la Chine ne se laissera pas entraînée dans un tel calcul. Comme Deng l’aurait dit, la Chine observera calmement et gardera un profil bas. Après tout, la Russie force le passage sur son arrière-cour afghane et, si elle réussit, non seulement l’OCS, mais également la Chine, seront les bénéficiaires nets. D’un autre côté, si les Etats-Unis snobent la Russie, cela ne fera qu’entamer le prestige de Moscou, pas celui de Pékin.

La Chine est-elle irrité qu’il y ait de nouveaux signes positifs dans les relations russo-américaines ? Il y a de quoi à ce que Moscou médite sur la raison pour laquelle le Quotidien du Peuple aurait rabâché la même chose sur l’animosité de la Russie vis-à-vis de l’influence des Etats-Unis en Asie Centrale, à un tel moment aussi délicat où l’administration Obama a décidé de ne pas faire de la fermeture de la base aérienne de Manas un élément des relations russo-américaines. Moscou trouverait embarrassant de se voir dépeint comme un « saccageur » de la stratégie d’Obama sur l’Afghanistan.

Etablir un contact avec les Islamistes

Ce qui est vraiment extraordinaire à propos du commentaire chinois est ses références indirectes à la question centrale des Taliban. Il y a des indications que Pékin n’aurait aucun problème en tant que tel si les Taliban, dans le cadre d’un règlement politique, étaient impliqués dans la structure du pouvoir en Afghanistan. De façon intéressante, ce commentaire conseille aux Etats-Unis d’être « pragmatiques vis-à-vis des conditions réelles de l’Afghanistan ». Il exprime également un soutien à l’argument selon lequel l’Afghanistan manque « pratiquement de toutes les préalables à la modernité ». Par ailleurs, il suggère que l’Afghanistan ne puisse pas être un Etat unitaire.

Ces commentaires doivent être considérés à la lumière de la nouvelle pensée qui règne dans les milieux influents aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, selon laquelle une approche « de la base vers la hiérarchie », impliquant la diffusion de la puissance de l’Etat en faveur des leaderships locaux, pourrait être la réponse aux problèmes en Afghanistan et sera le meilleur moyen d’impliquer les taliban dans la structure du pouvoir dans les régions pachtounes.

Le PCC a innové en invitant une délégation de l’influent Djamaat-e-Islami (DI) pakistanais à visiter la Chine la semaine dernière. Durant cette visite qui a duré tout un week-end, les deux camps ont signé un protocole d’accord énonçant quatre principes pour les relations sino-pakistanaises, incluant l’indépendance, l’égalité, le respect mutuel et la non-interférence dans les affaires intérieures de chacun des deux pays.

Pendant ce temps, le DI a garanti le soutien total à l’unité nationale et géographique de la Chine et a complètement soutenu la position de la Chine concernant Taiwan, le Tibet et la question du Xinjiang. Pékin a ensuite rendu la pareille avec sa « position de principe » sur la question du Cachemire et a « réitéré que cette position et cette coopération vitale de la Chine se poursuivra ».

Le socialisme – même avec les caractéristiques chinoises – ne se mélange pas facilement avec l’Islamisme. Il n’y a aucun autre moyen d’expliquer la coopération du PCC avec le premier parti islamique du Pakistan qu’un accord faustien ayant pour toile de fond l’ascendance dans la région des forces de l’Islam militant.

Le Quotidien du Peuple admet que la conséquence de la stratégie étasunienne de « montée en puissance » en Afghanistan reste incertaine. Il prend note que les Etats-Unis font également un pas vers « un compromis avec les modérés au sein des Taliban », puisque le Président Hamid Karzaï, autrement, ne se serait pas aventuré dans cette voie. Le commentaire fait l’éloge d’une telle pensée comme étant une manifestation de l’utilisation de la « puissance habile », une idée « souvent mentionnée » par Clinton. Cela revient à dire que, tandis que l’accroissement des troupes étasuniennes est une « mesure forte », « une politique telle qu’aider le gouvernement afghan à consolider son régime pour stabiliser progressivement le pays serait la ‘mesure douce’. »

Pareillement, Pékin a conscience que l’agenda réel des Etats-Unis pourrait être stratégique, dans la mesure où l’Afghanistan est situé « au carrefour de l’Eurasie ». Tandis qu’écraser al-Qaïda constitue vraiment un objectif, la stratégie de Washington « accroîtra aussi la coopération et l’alliance de l’OTAN pour s’assurer que la première action militaire de l’OTAN hors de l’Europe n’échouera pas ». En retour, cela permettra aux Etats-Unis « d’élever le statut de leur leadership parmi leurs alliés et de renforcer leur présence au cœur de l’Eurasie en utilisant ces moyens ».

Il semble que la Chine n’ait aucun problème avec un tel agenda. La Chine « cachera ses capacités » - pour citer Deng – alors même que les Etats-Unis et la Russie entrent en collision et se contredisent mutuellement et que ces pays finiront par s’épuiser. Ainsi que le Quotidien du Peuple conclut, l’Afghanistan est connu comme le « tombeau des empires ». Par conséquent, la Chine doit se concentrer à assurer sa position et à attendre le bon moment – une stratégie que Deng aurait sûrement appréciée.

M K Bhadrakumar
25 février 2009
Traduit et publié par Questions Critiques.

La coopération d’Israël avec les régimes racistes et réactionnaires

Introduction

La coopération d’Israël avec les régimes racistes et dictatoriaux d’Afrique et d’Amérique latine ne date pas d’hier. Il existe des documents dévoilant le rôle de ce pays comme agent des États-Unis, grâce auquel, en contournant les décisions de l’Organisation des Nations Unies et bien souvent sa propre législation, Washington approvisionne en armes les régimes antipopulaires, les aidant ainsi à réprimer leurs peuples.

La question de l’alliance entre la République d’Afrique du Sud et Israël a été examinée lors de la Conférence internationale de Vienne en juillet 1983, en conformité avec une résolution adoptée par l’Assemblée générale de l’O.N.U. Cette conférence, organisée par le Comité spécial des Nations Unies contre l’apartheid en collaboration avec l’Organisation de la solidarité des peuples afro-asiatiques l’Organisation de l’unité syndicale africaine et le Conseil Mondial de la Paix, a écouté de nombreux rapports contenant tous des faits irréfutables, prouvant cette alliance criminelle. Tous les orateurs ont souligné que si les grands pays occidentaux sont les principaux coupables du main- tien de l’apartheid en Afrique du Sud, il ne faut pas oublier la « responsabilité particulière » d’Israël qui, au mépris des nombreuses résolutions de l’O.N.U., développe sa coopération avec le régime raciste de R.A.S., particulièrement dans les domaines militaire et nucléaire, et entretient avec lui une alliance objective. Les participants à la conférence ont également vivement critiqué la coopération d’Israël avec les régimes dictatoriaux d’Amérique latine.

Comme on peut le constater, la politique expansionniste d’Israël au Proche-Orient est complétée par une vaste activité militariste au-delà des limites de cette région. Lors d’une allocution au Centre des études stratégiques à Tel-Aviv, Ariel Sharon, ministre israélien de la Défense à l’époque, a déclaré sans détours que « les intérêts d’Israël ne se limitent pas aux pays arabes du Proche- et du Moyen-Orient, des régions de la Méditerranée et de la mer Rouge ». « Pour assurer la sécurité dans les années 80, a-t-il dit, ils doivent s’étendre à la Turquie, à l’Iran et à l’Afrique, notamment aux pays d’Afrique du Nord et d’Afrique centrale. »

Quelle foi accorder, à la lumière de telles déclarations, à la propagande israélienne officielle qui veut faire croire qu’Israël est une « petite puissance » et que son rôle dans les affaires internationales est « injustement exagéré » ? Il est vrai que Tel-Aviv a longtemps masqué son activité impérialiste sur la scène internationale, en s’affublant l’étiquette de « petit Etat ». Mais l’agression perpétrée contre les Arabes en juin 1967, suivie de l’occupation des terres arabes, a montré que les sionistes israéliens sont les ennemis de la paix et du progrès. Le monde entier a frémis devant le sourire rapace de cet Etat effectivement « petit », mais d’une agressivité extrême et bénéficiant de l’aide illimitée et de la protection des États-Unis.

L’accord de coopération « stratégique » entre Israël et les États-Unis a montré que les propos d’Ariel Sharon ne reflètent qu’imparfaitement les appétits des sionistes israéliens. En réalité, les tâches que leur ont confiées les États-Unis sont bien plus vastes. Israël exécute les ordres de ses maîtres partout où ceux-ci orientent son activité, il agit en qualité de force de choc dans la lutte contre les mouvements de libération nationale, les forces de la paix, du progrès et du socialisme.

Depuis longtemps déjà, les sionistes au pouvoir en Israël cherchent aussi à se faire passer pour des champions de « la démocratie et de la paix ».

De ce point de vue également, l’agression d’Israël contre les Arabes a contraint le sionisme à jeter le masque. Les peuples du monde entier ont vu à l’évidence qu’une plate-forme idéologique commune unissait les sionistes coopérant étroitement avec les racistes sud-africains. L’Assemblée générale de l’O.N.U. a en effet défini le sionisme comme une forme de racisme et de discrimination raciale.

Le rôle d’Israël en Amérique latine en qualité d’allié des régimes dictatoriaux et de promoteur de la politique des États-Unis, qui cherchent à maintenir leurs positions dans cette partie du continent américain au détriment des intérêts de ses peuples devient lui aussi de plus en plus clair. Israël est l’exécutant de la politique américaine au Chili, au Nicaragua, au Salvador, partout en somme où les États-Unis soutiennent les forces qui tentent de noyer dans le sang les mouvements populaires anti- impérialistes.

Le rôle d’Israël comme agent des États-Unis s’est tellement accru ces dernières années, particulièrement sous l’administration Reagan, que ce pays, pourtant situé à une distance considérable du continent américain, est entré à l’Organisation des États Américains en qualité… d’observateur, alors que Cuba, pays latino-américain, en a été exclu depuis longtemps sur instruction de Washington. En aidant Washington à faire couler le sang des Latino-Américains au Salvador et sur les frontières du Nicaragua, Israël rembourse en quelque sorte le sang (les soldats américains tombés au Liban. En demandant à Tel-Aviv de fournir les régimes dictatoriaux latino-américains en armes payées avec les milliards de dollars attribués à ces fins, l’administration Reagan peut ainsi étendre son intervention en Amérique centrale sans se soucier de l’opinion et du Congrès américains, et pas seulement d’eux.

La position d’Israël qui prétend au rôle de pays « en voie de développement » proposant son expérience à d’autres peuples ne résiste pas, elle non plus, à la critique. L’existence même d’Israël n’est possible que par le soutien et l’aide illimités des États-Unis. Les pays africains ne peuvent que rêver aux moyens financiers octroyés par les États-Unis à Israi1. Le développement de l’industrie de guerre, la production des armes destinées à satisfaire les besoins militaristes des États-Unis dans les pays du Proche-Orient, d’Afrique et d’Amérique latine sont un poste primordial de l’économie israélienne.

La vente des armes et des services afférents rapporte à Tel-Aviv plus d’un milliard de dollars par an. Mais ce n’est pas seulement une affaire juteuse, c’est aussi une politique bien définie, concertée avec les États-Unis, ce dont on se convainc facilement en consultant la liste des clients. On trouve, en effet, parmi eux le Salvador, le Chili, le Paraguay, le Guatemala, le Honduras et la R.A.S. Soucieux de l’opinion publique, les protecteurs américains s’efforcent de dissimuler leur coopération militaire avec ces pays. C’est donc Israël qui est chargé de ce « sale travail ».

Cela étant, le volume et la destination des fournitures militaires dans les régions que vise tout particulièrement Washington sont également concertés. Les États-Unis condamnent verbalement te terrorisme d’Etat, mais cela ne les empêche nullement de le pratiquer dans les relations internationales, en s’immisçant dans les affaires d’États souverains ou en soutenant les dictatures les plus odieuses. Les exportations israéliennes d’équipements militaires jouent alors un rôle tout particulier.

Créée avec l’aide de l’Occident, la machine militariste de l’Etat sioniste est principalement destinée à servir l’application d’une politique agressive vis-à-vis des peuples arabes. Mais les armes portant le label « Made in Israël » ne sèment pas seulement la mort et la destruction au Proche-Orient. Les patriotes chiliens sont abattus avec des mitraillettes israéliennes Uzi, les insurgés salvadoriens sont bombardés par des avions israéliens, le soi de la Namibie est labouré par les chars israéliens des tueurs sud-africains. Partout où une lutte est menée coutre les forces du progrès et de la liberté, Tel-Aviv arme la réaction comme un serviteur zélé de l’impérialisme.

A l’occasion de pourparlers menés à Washington par David Kimche, directeur général du ministère israélien des Affaires étrangères, la question de la création d’un fonds commun pour le financement de "l’assistance technique » israélienne à l’Amérique centrale a été abordée. Mais la discussion a porté en réalité sur l’accroissement du rôle d’Israël dans les « guerres secrètes » menées par les États-Unis dans la région.

La discrète « carte israélienne » est commode pour les Américains. Washington l’a déjà utilisée dans le passé lorsque les États-Unis ont été contraints de suspendre leurs livraisons d’armes aux régimes fantoches. Ainsi, au Nicaragua, l’armée de Somoza avait reçu d’Israël, au cours des derniers mois de la dictature, 100% de ses approvisionnements en armes et en munitions. Tel-Aviv a aussi fourni des armes d’infanterie à l’armée guatémaltèque et il livre du matériel militaire au Salvador. Au Honduras, ainsi que l’a écrit le journal israélien Haaretz, il constitue, avec les États-Unis, des stocks d’armes pour les « contras » nicaraguayens. Israël arme aussi l’organisation antisandiniste de Pastora qui opère à partir du Costa Rica.

Washington et Tel-Aviv sont satisfaits l’un de l’autre. Le premier se débarrasse du « sale travail » et la seconde tire un profit substantiel du commerce des armes. Et ce sont les peuples d’Amérique centrale qui font les frais de cette « division du travail ».

Dénonçant le caractère fallacieux des propagandes israélienne et sud-africaine, la Conférence internationale de Vienne a souligné la nécessité de diffuser une information véridique sur la véritable attitude de ces États et sur leur coopération. Elle a invité à « préparer, réaliser et publier » des ouvrages relatifs aux problèmes abordés clans cette brochure.

Conclusion

Le premier président des États-Unis, George Washington, avait prévenu que le plus grand danger qui puisse menacer l’Amérique est non pas extérieur mais intérieur. Ce danger est la « haine permanente » envers les autres peuples. Il est tout à fait justifié d’étendre ces propos du président américain aux plus proches amis des États-Unis de nos jours, Israël et la R.A.S., pays dans lesquels la haine des autres peuples est érigée en politique d’Etat. La coopération des U.S.A., d’Israël et de la R.A.S. constitue aujourd’hui un danger pour la paix et la sécurité et pas seulement au Proche-Orient et en Afrique. Etant donné que, partout dans le monde, les États-Unis mènent une politique de militarisme effréné, de terrorisme et d’exacerbation de la tension internationale, cette alliance dangereuse menace gravement la paix universelle. Et il est très important de souligner ici le danger que présentent aussi les tentatives d’Israël et de la R.A.S., qui appliquent une politique agressive à l’égard de leurs voisins, d’accession à l’armement nucléaire. C’est dans cette optique qu’il faut considérer la violation de la résolution du Conseil de sécurité de l’O.N.U. sur l’octroi de l’indépendance à la Namibie, pays dans les entrailles duquel le régime raciste de R.A.S. puise l’uranium qui lui permet de réaliser son ambitieux programme. C’est dans ce sens qu’il faut aussi considérer la coopération de Pretoria et de Tel-Aviv qui est le promoteur et l’exécutant des plans militaristes secrets des États-Unis et des monopoles impérialistes. Ce rôle d’Israël apparaît clairement dans la politique qu’il poursuit au Proche-Orient, en Afrique et en Amérique latine, une politique visant la consolidation des positions de l’impérialisme américain et l’affermissement de sa présence militaire.

Aujourd’hui, c’est l’aspect militaro-stratégique qui est primordial dans la consolidation de l’alliance d’Israël avec les régimes racistes et dictatoriaux. La conclusion de l’accord de coopération « stratégique » entre Israël et les États-Unis en atteste. En atteste également l’activité déployée par Pretoria en vue de constituer l’Organisation du Traité de l’Atlantique Sud (SATO) et aussi l’octroi aux forces navales américaines du droit d’utiliser une importante base navale à Simonstown. La politique de « partnership étroit » des États-Unis avec le régime raciste de R.A.S. en Afrique, les plans et l’assistance accordée secrètement par les U.S.A. à Israël pour que celui-ci aide les régimes dictatoriaux du Chili, du Salvador, du Honduras, du Guatemala ainsi que les contre-révolutionnaires nicaraguayens, montrent que l’impérialisme cherche partout la confrontation avec les forces de libération nationale, de la paix et du progrès. Personne aujourd’hui ne peut rester à l’écart parce que la lutte pour l’indépendance nationale, la liberté et le progrès, ainsi que la lutte contre ces phénomènes monstrueux de l’impérialisme que sont le racisme et l’apartheid, se rejoignent pour former sur tous les continents un mouvement en faveur de la paix et du désarmement nucléaire, pour l’élimination du danger de guerre.

De nos jours, les peuples du monde ne peuvent plus se fier uniquement aux paroles de paix de ceux qui éprouvent une « haine constante » pour autrui, des « élus de Dieu » qui prônent la discrimination raciale, l’apartheid et le génocide, de ceux qui minent les ports nicaraguayens, agressent comme des pirates la Grenade et mènent une guerre non déclarée contre les peuples du Salvador et de l’Angola. On ne peut défendre aujourd’hui l’indépendance et la paix, garantir le développement ultérieur qu’en opposant aux impérialistes la cohésion, la volonté de lutte et la vigilance, qu’en solidarité avec les forces de la paix, du progrès et du socialisme.

L’élimination des régimes racistes, la garantie de conditions pour un développement libre et indépendant du Nicaragua, la cessation de l’aide accordée à la junte antipopulaire du Salvador et de la coopération d’Israël avec les régimes racistes et dictatoriaux sont la condition sine qua non d’une paix solide et durable, de la sécurité de tous les peuples et États.

Anatoli Agarychev
1985
Publié par Le Grand Soir.