Il y a tout juste un an, en mars 2008, le Collectif « Mémoires coloniales » était créé sous l’impulsion du CADTM Belgique (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde). Qu’ils soient membres d’associations, écrivains, historiens, journalistes ou tout simplement citoyens résidant en Belgique, tous se sont unis dans ce collectif pour dénoncer la lecture officielle de l’Histoire coloniale belge, empreinte d’images d’Epinal et de discours trop souvent révisionnistes. Des actions s’appuyant sur le Manifeste pour une relecture de l’Histoire coloniale [1], véritable charte du collectif, sont alors menées depuis septembre pour d’une part, mettre en lumière les aspects négatifs et meurtriers de la colonisation belge et d’autre part, exiger une relecture globale de la colonisation soumise à la rigueur de la recherche historique (notamment par l’accès total aux archives), l’érection de monuments à la gloire de figures oubliées, l’annulation de la dette du Congo et des réparations pour la population congolaise.
La genèse du Collectif « Mémoires coloniales »
Les prémices du collectif belge « Mémoires coloniales » remontent à 2006 à Liège, plus précisément dans le hall de l’Hôtel de ville où se situe une stèle sur laquelle sont inscrits ces mots : « Aux 75 Liégeois morts pour la civilisation au Congo entre 1876 et 1908 ». Rappelons qu’à cette époque, le Congo était encore une possession personnelle de Léopold II : le territoire était annexé en échange de verroterie, la population horriblement exploitée dans les plantations de caoutchouc - entre autres - (pour mémoire, les « mains coupées » de ceux qui ne rapportaient pas leur quota de caoutchouc). Lorsqu’en octobre 2006, une conseillère de la commune « ose » demander le déplacement de cette plaque dans un musée, au motif que sa présence dans la maison communale constitue une offense envers les descendants du peuple congolais opprimé, elle se heurte immédiatement à des réactions hostiles au sein du Conseil communal et par voie de presse. Ses détracteurs, dont certains historiens, refusent même catégoriquement de débattre de la question de la colonisation car ce serait, selon eux, « instrumentaliser » l’Histoire. Choquées par ce conservatisme, une dizaine d’associations liégeoises décident alors de former une coalition pour ouvrir le débat sur la colonisation, considérant que l’Histoire coloniale de la Belgique n’est pas une affaire d’ « experts » et que tous les citoyens ont le droit de contester sa lecture officielle gravée sur les monuments comme sur cette stèle. En effet, la colonisation du Congo fait partie de l’Histoire de tous les citoyens et il est important de la relire à la lumière des connaissances dont on dispose aujourd’hui.
Cette coalition liégeoise décide de mener bataille auprès des autorités communales (bourgmestre, collège des échevins et conseil communal) en revendiquant, dans un premier temps, le déplacement de cette stèle dans un musée avec une note explicative sur les aspects négatifs et meurtriers de l’époque léopoldienne. Puis dans un second temps suite à des débat internes, cette revendication a quelque peu évolué puisqu’il n’est désormais plus question de déplacer la plaque mais seulement de lui adjoindre l’indispensable note explicative. Ce choix s’explique par le fait que la stèle constitue un témoignage historique qui ne doit pas être dissimulé car l’Histoire ne se cache pas. Mais cette Histoire n’est certainement pas figée, d’où la revendication légitime de la note explicative. Depuis 2007, cette position reste inchangée mais n’a toujours pas été suivie d’effets. Toutefois, la pression exercée par ces associations a conduit à des interpellations politiques de certains conseillers communaux pour que le conseil se saisisse de cette question. Un appel d’offre (très restreint puisque nous n’avons accès à aucune information sur son contenu) a donc été lancé début 2008 par le Conseil communal sur l’élaboration d’une note corrective. A suivre…
Parallèlement à ces interpellations politiques, la coalition a décidé de mettre cette question sur la place publique en organisant une conférence en juin 2007 qui rassembla plus de cent personnes dont des conseilleurs communaux liégeois. Cet intérêt des citoyens belges fut un des déclics dans la création du collectif « Mémoires coloniales ». En effet, Liège n’est pas un cas isolé. De nombreux monuments en Belgique, comme à Bruxelles, Ostende, Mons ou encore Namur présentent la colonisation comme un fait positif pour les populations colonisées et d’autres forces militantes existent en Belgique pour dénoncer cette propagande coloniale quotidienne. Mars 2008 marqua finalement l’acte de naissance du Collectif « Mémoires coloniales ».
La stratégie du Collectif « Mémoires coloniales » entre réflexion et actions
Pour contester la lecture de l’Histoire coloniale et sensibiliser l‘opinion publique belge qui a encore majoritairement un regard positif sur la colonisation ou tout simplement ignore le passé colonial belge [2], le collectif a décidé de construire son action de façon méthodique. C’est pourquoi en 2008, le collectif a choisi de travailler prioritairement sur le thème du patrimoine public colonial pour, d’une part, révéler au grand public les statues, monuments et noms de rues qui glorifient la colonisation et, d’autre part, réfléchir sur les différents modes de contestation à mettre en place.
Trois journées d’action et de réflexion ont alors été organisées en 2008 autour de ce thème. La première, qui eut lieu le 14 septembre, prit la forme d’une visite alternative de Bruxelles, intitulée « promenade coloniale [3] ». Cette promenade a permis de mettre en évidence l’omniprésence du Congo et du passé colonial belge dans le patrimoine public bruxellois. Tout au long du parcours, des panneaux explicatifs ont été déposés sur certains vestiges coloniaux pour informer la population sur les liens très étroits entre le Congo et son ancienne métropole. Soulignons que ces notes explicatives sont également au cœur de la stratégie du collectif pour sensibiliser la population. Parmi ces lieux de mémoire, citons entre autres l’ancien siège de la Forminière (compagnie d’exploitation forestière et minière du Congo belge) et celui de l’Union Minière du Haut Katanga (qui a notamment produit l’uranium pour les bombes à Hiroshima et Nagasaki). Le monument du cinquantenaire à la gloire de Léopold II a également été « visité » selon nos méthodes, c’est-à-dire par ces notes explicatives sans dégradation. Ce monument, qui commémore la guerre que Léopold II a mené contre les Zanzibarites à l’est du Congo, est particulièrement intéressant pour le collectif en raison d’une décision de justice progressiste. En effet, la justice belge saisie par le MRAX et la Ligue des droits de l’Homme, a décidé la suppression du mot « arabe » de ce monument. Auparavant, on pouvait y lire que les Belges avaient anéanti l’esclavagisme arabe. Cette décision de justice prouve donc que l’Histoire n’est pas figée et constitue de ce fait un argument supplémentaire pour exiger l’apposition de notes explicatives sur tous les monuments belges glorifiant la colonisation. La deuxième action eut lieu le samedi 27 septembre et se présentait, quant à elle, comme une journée de réflexion sur les monuments publics coloniaux [4]. Plusieurs interventions ont porté successivement sur le patrimoine colonial en Belgique et au Congo et leur relation avec le pouvoir politique, et sur les actions militantes menées dans différentes villes belges (Blankenberge, Ostende, Dixmude) contre certains vestiges coloniaux. La journée s’est clôturée par un débat sur les stratégies à adopter pour dénoncer la propagande coloniale gravée sur ces monuments. L’exigence de notes explicatives a, d’une part, été confirmée et d’autre part, l’assemblée a proposé que de nouveaux monuments soient érigés à la mémoire des figures oubliées comme, par exemple, les soldats congolais morts pendant les deux guerres mondiales. Cette revendication a été mise en application le 11 novembre avec la commémoration du soldat congolais inconnu au square Riga (Bruxelles), à l’issue de laquelle un monument leur a été symboliquement dédié. Un hommage à Paul Panda Farmana, (1888-1930), figure marquante de l’Histoire congolaise et africaine a également été rendu à cette occasion.
Les défis du collectif « Mémoires coloniales » entre ouverture et fermeté
Depuis sa création, le collectif se veut pluraliste. Il est ouvert à toute personne résidant en Belgique, quelles que soient sa nationalité, ses origines ou ses fonctions. Convaincu que l’Histoire est l’affaire de tous, le collectif a donc l’ambition d’être le plus large possible peu importe le niveau de connaissance sur la colonisation belge. Les réunions et les activités organisées par le collectif sont donc à la fois des lieux de formation et d’actions. Soulignons par exemple, que « les promenades coloniales » qui auront lieu également en 2009 seront l’occasion de toucher d’autres personnes et de former de nouveaux « guides [5] ». L’objectif est, en effet, de sensibiliser le plus grand nombre en jouant sur cet effet multiplicateur. Cette volonté d’informer massivement passe également par l’écho que peuvent donner les grands médias. Force est de constater que cette stratégie s‘est révélée payante puisque deux cartes blanches sont parues dans le quotidien Le Soir [6], un article de La Libre Belgique a mentionné les actions du collectif [7]
, plusieurs membres du collectif ont participé à deux émissions de télévision (TV Bruxelles [8] et RTL/Info [9]) et une émission radio (RTBF). Cette percée médiatique est incontestablement une des réussites du collectif jusqu’à présent. Un des grands défis à relever aujourd’hui est de tirer profit de cette petite notoriété pour impliquer de nouveaux acteurs en son sein et en particulier des citoyens d’origine congolaise. C’est pourquoi le collectif a organisé à l’Espace Matonge (haut lieu de la diaspora congolaise) à Bruxelles sa conférence en février dernier « Berlin II : vers un nouveau partage de l’Afrique ? [10] », pour faire écho à la semaine anti-coloniale organisée en France du 14 au 21 février 2009. Notons ici qu’une collaboration entre le collectif « Mémoires coloniales » et le collectif franco-congolais DEFIS s’est déjà concrétisée en novembre 2008 autour du centenaire du transfert du Congo de Léopold II à l’Etat belge en 1908 par un colloque à Paris.
Le collectif « Mémoires coloniales » est donc bien un espace ouvert de discussion pour l’élaboration d’actions à destination du grand public. Toutefois, le socle commun est explicitement l’engagement anti-colonialiste contenu dans le Manifeste pour une relecture de l’Histoire coloniale. Dès lors, une quelconque collaboration avec les partisans de la colonisation belge est impossible tout comme un débat interne sur les éventuels bienfaits de la colonisation. En effet, sans nier les éventuelles choses positives réalisées individuellement par certains coloniaux, le débat ne se situe pas là car l’objectif du collectif est centré sur la dénonciation du système d’oppression que fut la colonisation. Bien évidemment, la Belgique n’était pas le seul pays colonisateur mais force est de constater qu’aujourd’hui son attitude à l’égard de son passé est déplorable, comparé à certains pays (comme l’Australie ou le Canada envers les aborigène et les indiens) qui ont reconnu sans ambiguïté leur responsabilité dans les conditions de vie actuelles de ces peuples et leur ont présenté des excuses officielles.
La République Démocratique du Congo porte, en effet, toujours aujourd’hui le poids de la colonisation belge qui n’a jamais développé les infrastructures pour le bénéfice de la population congolaise. L’indépendance de 1960 n’a malheureusement pas brisé cette chaîne de l’oppression : le pillage des ressources naturelles du Congo, moteur de la colonisation, perdure encore aujourd’hui. Soulignons également que l’Etat belge et la Banque mondiale ont organisé en violation avec le droit international le transfert de la dette coloniale sur le dos du Congo au moment de son indépendance, avant de soutenir financièrement la dictature de Mobutu. La dette congolaise, qui fait le lien entre la période coloniale et la situation actuelle, est donc illégitime et doit être annulée sans condition. Cette injustice doit aujourd’hui être connue par tous pour que la pression citoyenne oblige les responsables politiques à rompre tous les liens néo-coloniaux et à réparer les dommages infligés au peuple congolais. Convaincu que le changement partira de la base, le collectif développera en 2009 des outils pédagogiques pour sensibiliser les étudiants sur la colonisation et ses conséquences.
Renaud Vivien
7 mars 2009
Publié par CADTM.
[1] CADTM.
[2] Un élève sur quatre ignore que le Congo a été une colonie belge ; dans l’enseignement professionnel plus d’un élève sur deux est dans ce cas, Ecole démocratique.
[3] Pour lire l’intégralité du compte rendu de la promenade coloniale : CADTM.
[4] CADTM.
[5] D’autres « promenades coloniales » seront organisées dès que le soleil sera de retour, une au musée de Tervuren et une dans le quartier des casernes à Bruxelles, où la plus part des noms de rues ont un lien avec les passé colonial.
[6] 4] CADTM.
[7] La Libre Belgique.
[8] Tele Bruxelles.
[9] RTL.
[10] CADTM.
12 mars 2009
Films sur la Palestine
A Nanterre du 25 au 31 mars, une semaine de films-débats sur la Palestine, UJFP.
Palestine et Cinéma : En veux-tu, en voilà !, EuroPalestine.
Palestine et Cinéma : En veux-tu, en voilà !, EuroPalestine.
Le procureur de la CPI envisage d'enquêter sur Israël
Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), l'Argentin Luis Moreno Ocampo, envisage d'enquêter sur Israël pour crimes de guerre après son intervention militaire qui a fait 1.300 morts à Gaza, a-t-il indiqué au journal dominical Perfil, à Buenos Aires.
"Nous évaluons le sujet, nous sommes dans une phase d'analyse. Je n'ai pas encore décidé si nous lancerons des investigations, mais il y a une possibilité que cela arrive", a expliqué M. Moreno Ocampo, quelques jours après avoir obtenu que la CPI émette un mandat d'arrêt international contre le président soudanais Omar el-Béchir, accusé de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité au Darfour.
Luis Moreno Ocampo a dit qu'il analysait les plaintes déposées devant la CPI par Ali Khasan, ministre de la Justice de l'Autorité palestinienne en janvier.
Le 27 décembre, Israël a déclenché une offensive dévastatrice de 22 jours dans la bande de Gaza, qui a fait plus de 1.300 morts palestiniens.
L'Autorité palestinienne accuse Israël d'avoir fait usage d'obus incendiaires au phosphore blanc dans des zones peuplées de civils au cours de cette opération.
"Khasan est venu dans mon bureau et a indiqué qu'il était important d'enquêter sur les crimes à Gaza", a poursuivi M. Moreno Ocampo, ajoutant qu'il attendait également sur ce sujet des documents de la Ligue arabe et d'Amnesty international.
Depuis le lancement de l'opération israélienne, la CPI a reçu 213 demandes d'intervention, auxquelles le bureau du procureur n'a pu donner suite, Israël n'étant pas signataire du traité de Rome, qui a instauré cette cour.
Cependant, M. Moreno Ocampo envisage désormais la possibilité de lancer des investigations sur la base de la plainte de l'Autorité palestinienne, ce qui constituerait un précédent historique puisque la Palestine n'a jamais été considérée comme un Etat indépendant par un organisme international, selon Perfil.
"Ils (les Palestiniens) nous ont promis de nous apporter d'autres éléments démontrant qu'ils sont un Etat, et que sur ce territoire un crime a été commis", a conclu le procureur.
Publié par AFP.
"Nous évaluons le sujet, nous sommes dans une phase d'analyse. Je n'ai pas encore décidé si nous lancerons des investigations, mais il y a une possibilité que cela arrive", a expliqué M. Moreno Ocampo, quelques jours après avoir obtenu que la CPI émette un mandat d'arrêt international contre le président soudanais Omar el-Béchir, accusé de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité au Darfour.
Luis Moreno Ocampo a dit qu'il analysait les plaintes déposées devant la CPI par Ali Khasan, ministre de la Justice de l'Autorité palestinienne en janvier.
Le 27 décembre, Israël a déclenché une offensive dévastatrice de 22 jours dans la bande de Gaza, qui a fait plus de 1.300 morts palestiniens.
L'Autorité palestinienne accuse Israël d'avoir fait usage d'obus incendiaires au phosphore blanc dans des zones peuplées de civils au cours de cette opération.
"Khasan est venu dans mon bureau et a indiqué qu'il était important d'enquêter sur les crimes à Gaza", a poursuivi M. Moreno Ocampo, ajoutant qu'il attendait également sur ce sujet des documents de la Ligue arabe et d'Amnesty international.
Depuis le lancement de l'opération israélienne, la CPI a reçu 213 demandes d'intervention, auxquelles le bureau du procureur n'a pu donner suite, Israël n'étant pas signataire du traité de Rome, qui a instauré cette cour.
Cependant, M. Moreno Ocampo envisage désormais la possibilité de lancer des investigations sur la base de la plainte de l'Autorité palestinienne, ce qui constituerait un précédent historique puisque la Palestine n'a jamais été considérée comme un Etat indépendant par un organisme international, selon Perfil.
"Ils (les Palestiniens) nous ont promis de nous apporter d'autres éléments démontrant qu'ils sont un Etat, et que sur ce territoire un crime a été commis", a conclu le procureur.
Publié par AFP.
Guerre d'Israël contre le peuple Palestinien (18)
Dépêches des 8 et 9 mars 2009, Info-Palestine - Toutes les dépêches.
La manifestation non-violente de Nal'in tourne au face à face avec les bulldozers israéliens, PNN.
Des dizaines de personnes ont manifesté vendredi, après la prière, près du site ou les bulldozers israéliens détruisent les champs d’oliviers dans le village de Nal’in (à l’ouest de Ramallah).
Le cortège non-violent a été rejoint par des militants internationaux et du International Solidarity Movement protestant contre l’occupation. Le mur coupe les terres périphériques de la ville. Pendant que la manifestation se tenait, les bulldozers poursuivaient les destructions.
Un périmètre de deux kilomètres et demi qui connecte directement les résidents à leurs terres a été bloque par l’armée israélienne.
Normalement, la marche vers la clôture est immédiatement bloquée par les grenades au gaz. Hier, par contre, les manifestants ont pu exceptionnellement rejoindre la clôture et même casser le fil de fer, en formant une ouverture, sans que les soldats les dérangent.
La réponse des forces israéliennes ne s'est pas faite attendre. Elles ont tiré des dizaines de bombes lacrymogènes afin d’empêcher la circulation des manifestants. Des jeunes gens ont alors commencé à jeter des pierres sur les bulldozers.
Dans le même temps, l'armée a envahi la ville par l’ouest, l’est et le sud afin de piéger les jeunes. Des centaines de résidents de Nal'in ont été écartés de la marche de protestation.
Les forces israéliennes ont alors fermé l’accès à la ville et pénétré dans les maisons et les écoles. Des gazs lacrymogènes ont eté lancés pendant tout l'après-midi.
Trois Palestiniens et une activiste suédoise ont été blessés par des balles réelles, tandis que cinq autres ont été grièvement blessés par des coups.
L’opposition a duré jusqu’à six heures du soir. Les manifestants ont déclaré qu’ils ne fléchiraient pas face à la destruction de leurs oliviers par l’armée israélienne.
Bouclage des territoires palestiniens pour la fête juive de Pourim, AP-Yahoo! Actualités.
L'armée israélienne a annoncé lundi le début du bouclage de trois jours de la Cisjordanie, en vue de la fête juive de Pourim, la fête des enfants qui débute au coucher du soleil et s'achèvera mercredi à minuit. Conséquence: environ 50.000 Palestiniens qui se rendent régulièrement en Israël pour leur travail ne sont pas autorisés à le faire.
Les bouclages, qui comprennent des interdictions de circuler à l'intérieur des territoires palestiniens, sont en général imposés pendant les fêtes juives, et les restrictions ensuite allégées, mais pas forcément levées totalement. Le passage sera autorisé en cas d'urgence humanitaire.
Lire aussi :
• Dossier Résistance à la colonisation de la Palestine
• Bibliographie Palestine/Israël
Israël mène une politique d'Apartheid
Hier soir se tenait à l’Alternative Information Center une conférence de Hazem Jamjoum, l’un des étudiants de Toronto à l’origine de la « semaine de l’apartheid israélien ». Crée en 2005, cet évènement est l’un des plus importants rendez-vous à l’échelle internationale des militants solidaires de la cause Palestinienne.
Tout au long de la soirée, Hazem Jamjoum a tenté de démontrer que l’occupation israélienne doit être qualifiée d’apartheid.
Qualifier l’action menée par Israël d’apartheid n’est pas nouveau. Le débat était déjà présent dans les années 80 mais avait été un peu mis de coté avec les accords d’Oslo, lequel devaient garantir l’autodétermination (au moins partielle) des Palestiniens des territoires occupés.
Cependant, dans un contexte actuel de poursuite intensive de la colonisation et des, la question revient à l’ordre du jour. politiques discriminatoires envers les réfugiés et les citoyens palestiniens d’Israël
Comme le souligne Hazem Jamjoum, l’'apartheid est un terme afrikaner qui signifie "séparer", "mettre à part," "tenir à l’écart". Le terme a été universalisé par la Convention sur l'Elimination et la Répression du crime d'apartheid. Cette dernière définit l'apartheid comme "une politique et un système de ségrégation et de discrimination raciale, telle qu'elle était pratiquée en Afrique du Sud" ayant pour but «d'établir et de maintenir la domination d'un groupe racial d'êtres humains sur un autre groupe racial d'êtres humains et d'opprimer systématiquement celui-ci." Si la convention se base sur l'expérience sud-africaine, elle ne s’y limite pas. L’apartheid se caractérise par un transfère de force des populations, un contrôle de la terre, des humiliations et meurtres.
Hazem Jamjoum, qui travaille aujourd’hui pour le « Badil Ressource Center for Palestinian Residency » a multiplié les exemples qui prouvent à ses yeux qu’Israël est un régime d’apartheid. Il insiste notamment sur les destructions de maisons palestiniennes depuis 1948. Au cours des 60 dernières années, la politique d’expulsion d’Israël a forcé 70% des Palestiniens à vivre en tant que réfugiés et/ou personnes déplacées, ce qui en fait le plus long et important problème de réfugiés et de personnes déplacées dans le monde d'aujourd'hui. L'expulsion des Palestiniens de leurs foyers et de leurs terres est loin d’être chevée, le dernier exemple en date étant celui du quartier Al-Boustan à Jérusalem.
De même, l’existence de systèmes juridiques différents dans les territoires palestiniens occupés est révélatrice. Les juifs sont en effet soumis à la loi israélienne, tandis que les Palestiniens sont soumis à un complexe mélange de lois datant de l'Empire ottoman, britannique, jordanien et des ordres militaires israéliennes. La loi israélienne va donc au delà des frontières du territoire. Comme le déclarait Golda Meir, premier ministre de 1969 à 1974, «La frontière [d'Israël] est l'endroit où vivent les Juifs et non celui où il y a une ligne sur la carte."
Faire reconnaitre à la communauté internationale qu’Israël est coupable de crimes d’apartheid est fondamental selon Hazem Jamjou. En effet, cela reviendrait à reconnaitre qu’Israël viole le droit international et obligerait la communauté internationale à des sanctions économiques. En attendant, il appelle la société civile palestinienne à un boycott économique des produits israéliens.
Younes Salameh
04/03/2009
Publié par PNN.
Tout au long de la soirée, Hazem Jamjoum a tenté de démontrer que l’occupation israélienne doit être qualifiée d’apartheid.
Qualifier l’action menée par Israël d’apartheid n’est pas nouveau. Le débat était déjà présent dans les années 80 mais avait été un peu mis de coté avec les accords d’Oslo, lequel devaient garantir l’autodétermination (au moins partielle) des Palestiniens des territoires occupés.
Cependant, dans un contexte actuel de poursuite intensive de la colonisation et des, la question revient à l’ordre du jour. politiques discriminatoires envers les réfugiés et les citoyens palestiniens d’Israël
Comme le souligne Hazem Jamjoum, l’'apartheid est un terme afrikaner qui signifie "séparer", "mettre à part," "tenir à l’écart". Le terme a été universalisé par la Convention sur l'Elimination et la Répression du crime d'apartheid. Cette dernière définit l'apartheid comme "une politique et un système de ségrégation et de discrimination raciale, telle qu'elle était pratiquée en Afrique du Sud" ayant pour but «d'établir et de maintenir la domination d'un groupe racial d'êtres humains sur un autre groupe racial d'êtres humains et d'opprimer systématiquement celui-ci." Si la convention se base sur l'expérience sud-africaine, elle ne s’y limite pas. L’apartheid se caractérise par un transfère de force des populations, un contrôle de la terre, des humiliations et meurtres.
Hazem Jamjoum, qui travaille aujourd’hui pour le « Badil Ressource Center for Palestinian Residency » a multiplié les exemples qui prouvent à ses yeux qu’Israël est un régime d’apartheid. Il insiste notamment sur les destructions de maisons palestiniennes depuis 1948. Au cours des 60 dernières années, la politique d’expulsion d’Israël a forcé 70% des Palestiniens à vivre en tant que réfugiés et/ou personnes déplacées, ce qui en fait le plus long et important problème de réfugiés et de personnes déplacées dans le monde d'aujourd'hui. L'expulsion des Palestiniens de leurs foyers et de leurs terres est loin d’être chevée, le dernier exemple en date étant celui du quartier Al-Boustan à Jérusalem.
De même, l’existence de systèmes juridiques différents dans les territoires palestiniens occupés est révélatrice. Les juifs sont en effet soumis à la loi israélienne, tandis que les Palestiniens sont soumis à un complexe mélange de lois datant de l'Empire ottoman, britannique, jordanien et des ordres militaires israéliennes. La loi israélienne va donc au delà des frontières du territoire. Comme le déclarait Golda Meir, premier ministre de 1969 à 1974, «La frontière [d'Israël] est l'endroit où vivent les Juifs et non celui où il y a une ligne sur la carte."
Faire reconnaitre à la communauté internationale qu’Israël est coupable de crimes d’apartheid est fondamental selon Hazem Jamjou. En effet, cela reviendrait à reconnaitre qu’Israël viole le droit international et obligerait la communauté internationale à des sanctions économiques. En attendant, il appelle la société civile palestinienne à un boycott économique des produits israéliens.
Younes Salameh
04/03/2009
Publié par PNN.
Propagande sioniste du CRIF
Le CRIF : Un sale boulot pour les juifs français
Le CRIF vient encore une fois de tenir son devenu incontournable dîner. Il se permet aujourd'hui d'éliminer les partis politiques qui lui déplaisent parce qu'ils ne soutiennent pas inconditionnellement la politique israélienne. Sans doute cela signifie-t-il pour lui qu'ils sont antisémites, ou soutiennent des antisémites. Il est atterrant d'entendre les commentaires sur ces exclusions par la plupart des media et certains élus, qui viennent confirmer l'importance de l'événement. Il faut absolument en être sinon on est un paria antisémite.
Fonctionnant en véritable groupe de pression en France au service du gouvernement israélien et de son armée (ne participe-t-il pas régulièrement à des galas chargés d'honorer et de financer cette armée?), le CRIF passe donc ses messages politiques, et presque toute la presse les relaie allègrement. La France entière les reçoit... mais surtout le gouvernement français prend position publiquement et s'aligne.
Les messages du CRIF pour l'année 2009, l'année Gaza :
1 – la France doit être placée sous le signe de l'antisémitisme qui monte
Monsieur Prasquier, celui là même qui a osé affirmer, lors d'une manifestation de soutien à l'opération israélienne à Gaza, que 95% des juifs de France soutenaient ce massacre - une phrase considérée comme franchement antisémite par Jean François Khan dans Marianne -, n'est pas gêné de parler d'une «explosion de haine d'une virulence alarmante» lors des manifestations de soutien à la population de Gaza. Ainsi il ressort la vieille bonne carte, le Joker qui sert à faire taire sur Gaza.
S'il est vrai, problématique et dangereux que des pics d'actes ou propos antisémites sont constatés à chaque opération meurtrière de l'armée israélienne contre les Palestiniens de Cisjordanie ou de Gaza, le CRIF et ses présidents successifs depuis 2000 devraient cependant s'interroger sur leur rôle actif dans l'assimilation de tous les juifs français avec la politique israélienne d'aujourd'hui, d'occupation de colonisation, de blocus et de crimes de guerre ainsi que de violations des droits humains. Assimilation qui marche aux yeux de certains, les plus fragiles et les moins construits politiquement et qui favorise les passages à l'acte antisémites au lieu de l'action politique requise.
A l'inverse, il faut rappeler le rôle exemplaire du collectif national des associations pour une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens comme des innombrables collectifs de Province qui ont organisé et conduit dans toute la France les manifestations politiques contre l'opération israélienne sur la Bande de Gaza. Les communiqués et appels aux manifestations, les mots d'ordres et des services d'ordre qui ont fonctionné avec la règle qu'aucun slogan raciste ne serait admis. Même si le service d'ordre parisien a été débordé par le nombre incroyable de participants dans la première manifestation, il s'est renforcé dès la seconde et a travaillé avec deux lignes rouges : pas de fascistes dans nos manifestations et pas de racisme d'aucune sorte. C'est ainsi qu'il a sorti de force plusieurs groupes répondant à l'un ou l'autre de ces deux critères (ou aux deux) des manifestations où ils tentaient d'entrer.
Monsieur Prasquier parle de haine dans ces manifestations. Non, il n'y avait pas de haine, mais une immense colère contre la violence sans limite, «sauvage» selon le terme recommandé par Tsipi Livni pour l'action de ses soldats. Oui, c'est la colère, et aussi une immense douleur devant le sort des habitants de Gaza livrés aux criminels de guerre par nos dirigeants politiques et que nous étions, nous la société civile, des millions dans le monde à défendre, exigeant que les crimes soient punis. Et cette colère n'est pas près de se calmer, pas avant que les criminels de guerre ne soient présentés à La Haye. N'en déplaise au CRIF. La haine, nous l'avons vue dans les bombardements au phosphore de Gaza, sur les écoles, les hôpitaux et les lieux de culte, entendue dans les propos des dirigeants israéliens et les commentaires d'une grande partie de la presse et même, de certains soi-disant intellectuels de gauche en Israël.
Car en réalité le CRIF et Monsieur Prasquier ont un problème : leur minable et pathétique tactique d'allumage du contre-feu «antisémitisme» pour faire oublier Gaza, si elle marche avec une certaine classe politique, qui simule la sympathie - en grinçant des dents parfois, mais alliances et stratégies néo libérales ont leurs exigences ; et effectivement pour ceux là il faudrait faire oublier Gaza et mettre au pas les Palestiniens en les obligeant à accepter l'inacceptable, comme ils tentent de le faire ici en France-, elle n'a aucune chance de prendre sur la société civile qu'elle irrite gravement et qui ne renonce pas à défendre les droits que les pouvoirs attaquent là bas comme ici.
Cette tactique est encore une fois calquée sur celle des gouvernements israéliens : comme en 2002 Sharon avait appelé à l'émigration des juifs français victimes de l'antisémitisme, aujourd'hui l'une des 5 exigences de Lieberman pour accepter la coalition avec Netanyaou et/ou Livni est la création d'un cabinet gouvernemental chargé de l'intégration de l'immigration juive qui ne manquera pas d'arriver d'Europe et d'Amérique en raison de la poussée d'antisémitisme que l'on sait. Exigence acceptée d'ailleurs par les deux leaders politiques !
Pourtant la tentative est perdu d'avance, seuls les convaincus le seront, et nous ne marcherons pas dans la combine, c'est peut-être cela que Monsieur Prasquier appelle l'antisémitisme : le refus de se taire sur Gaza et la Palestine, quoiqu'il arrive. Et le refus de céder au chantage obscène. Si l'antisémitisme se développe en France ce sera grâce au CRIF et à Monsieur Prasquier et à leur tactique du gendarme, et aussi grâce à ces nombreux média larbins des petits chefs. Nous nous resterons du côté des droits et des opprimés, contre l'injustice, et la barbarie. Mais il est clair que Monsieur Prasquier et le CRIF ne font pas le pari de la société civile et du droit, mais celui du pouvoir et de la force.
2 - La France ne doit pas aller à Genève
Prasquier a utilisé, lui, l'expression israélienne consacrée pour désigner le quatrième Conseil des droits de l'homme de l'Organisation des nations unies qui se tiendra à Genève en Avril. Il l'a appelé comme le gouvernement israélien et ses soutiens : «Durban 2» , afin de clairement l'aligner sur le premier qui s'était tenu à Durban en août 2001 au moment de la seconde Intifada.
Dans le forum des ONG parallèle à ce conseil de représentants des Etats, des propos antisémites avaient été tenus. Et l'amalgame avait été fait par Israël entre ce qui avait circulé du fait de certaines ONG, et les recommandations officielles du Conseil des droits de l'homme, afin de les couvrir d'opprobre. Car ces recommandations parfaitement honorables avaient, très timidement, remarqué que la situation des Palestiniens des Territoires Occupés méritait l'attention, tout en prenant soin de rappeler la nécessaire garantie de Sécurité pour Israël. Mais en 2001 c' était déjà trop pour Israël, et la campagne anti Durban a servi à baîllonner toutes les critiques sur l'occupation et la colonisation et leur illégalité, sur les assassinats ciblés, les meurtres de civils, les emprisonnements sans jugement ... la liste serait trop longue.
Ainsi, il faut donc se débarrasser de cette conférence: une véritable conquête pour les peuples, une organisation de l'ONU qui repère sur tous les continents les violations des droits humains et le racisme, qui fait des recommandations à chaque Etat, et qui mesure de session en session l'avancement des situations. Tout cela se fera sans Israël bien sûr, sans le Canada qui a déjà cédé à l'intimidation, sans les Etats-Unis qui viennent de se retirer, et sans doute sans la France a pratiquement annoncé Monsieur Fillon, au dîner du CRIF.
De même Israël fait partie des sept Etats avec les Etats- Unis et la Chine qui se sont opposés à la création de la Cour Pénale Internationale. Hors de question d'avoir à rendre des comptes à quiconque, Israël se situe aujourd'hui dans l'exception, au dessus des lois et critiques. Normal, tout ce qu'il peut faire il le fait pour sa survie, c'est cet obsédant discours qu'il insuffle aux israéliens et à l'étranger. Tout acte ne se justifie-t-il pas par cette raison absolue et immanente de la survie? Et là quel tribunal ou quelle conférence internationale pourrait avoir quelque chose à dire? Il est important de mesurer à quel point ce concept est intégré jusque dans l'inconscient israélien, comme un «mantra», au point même que devant chaque «crise» - et la métaphore médicale prend ici tout son sens -, les journalistes et «intellectuels» israéliens reproduisent presque mot à mot leur partition pour soutenir l'insoutenable.
Pour la société civile française, et particulièrement pour les associations oeuvrant pour une paix fondée sur le droit entre Palestiniens et Israéliens, la participation à Genève en Avril comporte un double enjeu :
Parce que ce racisme, outre qu'il est totalement étranger à notre action et notre conception du monde, est un double piège : il veut transformer le conflit et ses enjeux de politiques en ethniques et religieux ; et du coup délégitimer un des combats contemporains les plus justes : celui de la reconnaissance des droits des palestiniens bafoués depuis plus de 60 ans. Et cela c'est le rêve du CRIF et d'Israël.
Michèle Sibony
4 mars 2009
Publié par UJFP.
Le CRIF, le ministère de l'Intérieur et notre Président de la République (lettre ouverte)
Lettre ouverte à Madame Michèle ALLIOT-MARIE, Ministre de l’Intérieur, de l’Outre-mer et des Collectivités territoriales.
J’apprends aujourd’hui, dans une dépêche de Reuters reprise par lemonde.fr (02.03.09 à 17h51) que le ministère de l’Intérieur travaille avec le CRIF pour établir des statistiques mensuelles des actes de l’antisémitisme.
Je suis athée. Je suis un démocrate convaincu. Je suis contre toute forme de racisme et de ségrégation, y compris et entre autre contre le racisme anti-Juif ; il n’y a pas un racisme meilleur que l’autre ni plus supportable que l’autre :
Préambule de la Constitution française : Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l’homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu’ils ont été définis par la Déclaration de 1789, confirmée et complétée par le préambule de la Constitution de 1946, ainsi qu’aux droits et devoirs définis dans la Charte de l’environnement de 2004.
Article premier de la déclaration des droits de l’homme de 1789 : Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.
Article 2 de la déclaration universelle des droits de l’homme : Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.
En d’autres termes, les droits de l’homme sont à la fois français et universels ou ils ne sont pas.
Or le CRIF dans la définition de ses objectifs telle qu’elle figure sur son site Internet, place en deuxième position « l’affirmation de sa solidarité envers Israël ». Et, comme tout le monde le sait, l’État d’Israël est fondé sur un concept de citoyenneté à étages ou à degrés qui différencie les personnes par l’appartenance raciale et/ou religieuse.
La collaboration de votre ministère, de l’Exécutif français avec le CRIF est donc contraire aux valeurs françaises républicaines :
- Ou bien on considère que « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits »
- Ou bien on considère que cela ne s’applique pas à certains humains, aux Palestiniens, nés en Palestine et descendants depuis plusieurs siècles de parents palestiniens.
Et vous, Madame la ministre de l’Intérieur où vous situez-vous ? Plus près de la République Française ou plus près du CRIF ?
D’une façon générale, y aurait-il un milieu acceptable où à la fois on peut être pour l’égalité universelle de tous les êtres humains et aussi pour la gradation des droits naturels des humains sur la base de la race et/ou de la religion ?
Votre ministère a dans un passé récent initié les procédures qui ont abouti à la déchéance de la nationalité française d’un citoyen de culte musulman de Lyon au motif qu’il avait considéré que selon lui, le Coran ne conçoit pas d’égalité entre les femmes et les hommes. Par analogie, quand pensez-vous déclarer illégale l’existence du CRIF qui admet l’inégalité des êtres humains, au moins ceux sous administration israélienne ?
Quand envisagez-vous de déchoir de la nationalité française les Français qui soutiennent l’inégalité de statut entre les Arabes et les Juifs en terre de Palestine ? Je parle des responsables du CRIF ?
Ou bien voulez-vous vendre en contrebande à la population française une idéologie basée sur l’inégalité des Français, à l’image de ce qui se fait en Israël dont vous soutenez le suppôt officiel en France, le CRIF ?
Le discours sur la démocratie et sur l’égalité des êtres humains sont-ils des attrape-nigauds qui maquillent les vieux démons de la France : l’esclavagisme, le colonialisme, l’impérialisme, habillés d’oripeaux plus récents ?
Sinon comment interpréter la collaboration entre votre ministère et cette organisation raciste pour établir des statistiques sociologiques ?
- Par la nécessaire rigueur scientifique des calculs ?
- Par l’objectivité des participants ?
- Pour truquer les chiffres entre complices consensuels ?
Je ne crois pas.
J’ai fait des études scientifiques poussées en statistiques : maths-sup, premier cycle de l’Institut Polytechnique de Kiev, École Pratique des Hautes Études en psychologie expérimentale. Je considère la méthode utilisée par le ministère de l’Intérieur comme inadéquate et partisane. Et j’aurais des propositions et des suggestions : Comment différencier l’anti-sionisme légitime des Français imbus des valeurs françaises républicaines les plus élevées des actes vraiment racistes ?
On peut être contre le Juif Enrico Macias parce qu’il fut un raciste de l’OAS en Algérie, parce qu’il est un raciste en France où il manifestait en faveur de l’État d’Israël au moment où ce pays se faisait condamner par l’assemblée Générale de l’ONU pour crimes de guerre.
Oui, on a le droit et le devoir d’être contre certains Juifs. Pas parce qu’ils sont Juifs, mais pour ce qu’ils font et disent.
Par exemple Monsieur Kouchner a eu des manquements déontologiques dans l’exercice de sa fonction et il a été stigmatisé par l’écrivain Pierre Péan. Mais Monsieur Kouchner a commis la bassesse de se défendre en attaquant l’écrivain d’anti-sémitisme : c’est bas. À suivre ce raisonnement, une personne d’origine juive peut commettre tous les écarts, on ne peut plus ni la critiquer ni la faire juger ni la condamner : on retrouve la citoyenneté à étages avec certains Français plus français que d’autres.
Ma première suggestion est donc d’associer équitablement toutes les composantes sociologiques de la Nation française au travail du ministère de l’Intérieur pur différencier les légitimes actes contre le sionisme des actes purement anti-Juifs : il faut faire appel à des associations issues de tous les cultes et de toutes les origines, réellement représentatives (pas des fantoches fabriqués, puis choisis par le ministère de l’Intérieur).
Pourquoi seulement le CRIF ? Pourquoi ne pas travailler ces statistiques avec aussi des associations juives anti-sionistes ? Pourquoi pas des associations chrétiennes ? pourquoi pas des association musulmanes ?
Un aréopage de telles associations serait plus objectif que le seul CRIF militant raciste pour distinguer les manifestations de l’anti-sionisme de l’antisémitisme véritable. Poussé par son idéologie sioniste, le CRIF identifie systématiquement le sionisme avec la judaïté. Or cela est totalement faux. En agissant ainsi, il se comporte, toutes choses égales par ailleurs, comme les fascistes italiens qui se présentaient comme les uniques et définitifs représentants de la latinité ou comme les Nazis allemands qui se trouvaient être les seuls représentants éternels de la germanité. Le sionisme est une idéologie marquée par son époque révolue, par les courants politiques du siècle dernier imbu de colonialisme. Si le sionisme représentait la judaïté, la majorité des Juifs du monde entier se seraient installés en Israël ; or on y trouve une minorité très minoritaire de Juifs : en pratique, le bluff sioniste ne marche pas et les sioniste du CRIF se limitent à engager des Juifs Français démoralisés pour une raison ou une autre à aller refaire leur vie ailleurs en commettant des crimes de guerres comme ceux condamnés par l’ONU.
Ma deuxième suggestion est que ce centre de mesure du racisme anti-Juif se consacre avec la même rigueur à la mesure du racisme anti-noir, anti-musulman, anti-Arabe, anti-Asiatique.
On sait bien que le vrai racisme en France et le plus répandu et le plus efficient économiquement, culturellement et politiquement, c’est le racisme anti-Arabes et anti-Musulmans. Justement parce que ces deux formes de racisme se trouvent à la confluence de la nécessité de défendre Israël et de la nécessité de faire survivre les anciennes idéologies prédatrices que l’on croirait d’un temps historique français révolu.
Si le gouvernement est sincère dans sa volonté de faire disparaître la ségrégation et le racisme, il ne ferait pas de distinction entre le racisme acceptable et le racisme inacceptable. Il mettrait le paquet « tous azimuts ».
Je suggère que les mêmes récepteurs d’actes racistes, les mêmes critères de définition soient retenus pour toutes les formes de racisme dans tous les secteurs de la société où ces phénomènes risquent d’apparaître. C’est là une précision relative à ma deuxième suggestion.
La troisième suggestion intéresse tout le gouvernement.
Ce soir lundi 2 mars, le Président de la République s’est rendu au dîner du CRIF et cela donne un poids particulier à cette lettre ouverte :
Monsieur Sarkozy, alors qu’il était candidat pour la magistrature suprême avait annoncé publiquement son ascendance partiellement juive. Il a aussi expliqué qu’il était partiellement un nouveau Français. Cela ouvrait la voie à quelques questions.
Allait-il agir pour une plus grande égalité réelle d’autres Français nouveaux, plus anciens que lui : les Sénégalais sous administration française avant la ville de Lille et la Corse, les Algériens avant les Savoyards, les Marocains, les Tunisiens avant Nice ? Ou bien allait-il se consacrer à récupérer les électeurs du Front National et à les garder ?
Autre question politique obligatoire :
Monsieur le Président de la République française se positionnait-il comme un pro-sioniste ou comme un anti-sioniste attaché aux valeurs républicaines universelles d’égalité de tous les êtres humains ? Et s’il se déclarait comme un « ami d’Israël », c’est-à-dire un ami de la nationalité à degrés ou à étages, comment allait-il gérer l’existence normale en France de Français attachés aux valeurs républicaines et anti-sionistes ?
Selon la Constitution française, le candidat à la présidence de la République est le candidat d’un parti ou d’une alliance de partis qui font campagne pour lui. Mais une fois élu, il devient le président de tous les Français.
Mais si l’on considère une partie des Français comme moins Français que d’autres, peut-on encore parler de « Président de la France » ? De « Président de tous les Français » ? À moins de nous expliquer autrement que par des déclarations péremptoires comment les valeurs de la France républicaines et les valeurs racistes fondatrices d’Israël peuvent être amies.
Pour le Président de la France, il ne doit plus y avoir ni de « Français-Gaulois » ni de Français Juifs, ni de Français d’Outre-mer, ni de Français Noirs africains, ni de Français Arabes, ni de Français Asiatiques. La France est un État né sur la base d’une population qui lors d’un époque de prédation internationale s’est ouverte au monde, elle est devenue un empire, puis elle est devenue un État basé sur des concepts : « est Français quiconque a la nationalité française » avait dit Monsieur Chevènement, alors ministre de l’Intérieur et c’était tellement juste !
Donc jouer avec le soutien au sionisme et la chasse exagérée aux terroristes islamiques intégristes peut mener à des dérives très graves : récemment, après une tentative de voyage à Gaza, j’ai été convoqué pour une audition par votre service anti-terroristes islamiques intégristes ; or je suis notoirement athée ! Alors si le ridicule pouvait tuer… votre DST se serait volatilisée !
Ou bien envisage-t-on de me déchoir de ma nationalité française pour cause de trop grand attachement aux valeurs républicaines françaises, moi dont les ancêtres sont sous administration française bien avant ceux de mon Président de la République ?
Madame la ministre de l’Intérieur, la situation des calendriers politiques US et Français font que Bush, le consommateur averti de bretzels qui donnent le vertige alcoolique est parti alors que nos futures élections présidentielles ne viendront qu’en 2012. Si Bush était encore là, il aurait pu adopter votre nouveau concept sioniste de « terroriste islamiste intégriste athée ». Mais là, je vous conseille plutôt de tourner la page et de penser à suggérer à votre gouvernement d’appliquer sérieusement les véritables valeurs françaises – et c’est là ma dernière suggestion :
La richesse d’un pays ce n’est ni ses minerais, ni son capital financier, ce sont les hommes qui le composent, leur santé, leur niveau d’instruction, leur participation à la vie publique. Or la France est riche de plus de 60 millions de personnes et parmi elles beaucoup ont une santé insatisfaisante, un logement insalubre, et un niveau d’instruction insuffisant. Dans le même temps nous avons parmi les meilleurs ingénieurs du monde, nous avons beaucoup de richesses mais qui sont dans les mains privées où elles ne servent pas toujours l’intérêt général. Alors faisons se rencontrer les deux : les forces du travail et de création et les élites dirigeantes ; investissons dans nos quartiers populaires pour en faire des zones d’innovations et de croissance. Et que votre gouvernement laisse enfin tomber les phobies anti-terroristes déplacées, inventées pour stigmatiser une partie du peuple français aux yeux de l’autre, c’est-à-dire pour diviser le peuple français et l’affaiblir dans la concurrence internationale.
La lutte à outrance contre le terrorisme fictif, fantasmé est devenue ringarde. Mis surtout n’allons pas faire de la prédation chez les autres pour fabriquer nous-mêmes nos futurs terroristes. Respectons la volonté des peuples, le peuple palestinien ou égyptien en premier et cessons de soutenir des dictateurs ou des fantoches contre leurs peuples. Pensons à nous enrichir par notre travail et non pas par des rapines militaires internationales..
Madame la Ministre, je suis conscient que les propos que je tiens sortent de la norme habituelle ; j’ai décidé de faire comme notre Président de la République et de vous dire clairement ce que tout le monde pense. C’est une vertu républicaine, nourrie de valeurs républicaines authentiques.
Voilà pour quelle raison, l’information relative à la collaboration de l’État et du CRIF me choque en tant que Français ; l’ancien Secrétaire Général de l’ONU, ancien secrétaire général de la francophonie, très grand ami de la France, l’ancien ministre des affaires étrangères du gouvernement modéré de Moubarak, le Chrétien, Monsieur Boutros Boutros Ghali a écrit dans son livre « Quand viendra la nouvelle lune », alors qu’il résidait en France en 2002 :
« La France n’a pas rompu avec son passé colonial : ses nouveaux territoires ont pour nom les « banlieues chaudes » ou les « quartiers sensibles » des grandes villes françaises. Les cinq millions de Musulmans de France sont des citoyens de seconde zone. Et le phénomène Le Pen s’alimente de cette crise ethnique. Le vrai problème n’est pas tant d’éliminer l’extrême droite que d’en finir avec une politique de l’autruche, qui se pare de grands principes républicains d’égalité et de fraternité. Pas un seul député musulman à l’assemblée. Pas un seul préfet musulman. Et sur les quelques trente six mille maires que compte la France, je serais curieux de savoir combien sont musulmans. Dans la mesure où les statistiques n’intègrent pas les différences de race et de religion, il est difficile de connaître le pourcentage de chômage parmi les musulmans. Mais il est à parier qu’il est élevé. »
Est-il nécessaire d’ajouter à ce tableau la proportion de Musulmans et d’Africains non musulmans dans les prisons ?
Tout est dit : la ségrégation institutionnelle, ses effets économiques et politiques. Et c’est la prorogation de cela que veut le CRIF pour garder une plus grande influence en faveur d’Israël : il veut la décadence de la France au profit d’Israël. Il est urgent de se démarquer de ces positions anti-françaises, au service de l’étranger. Et cette urgence concerne en premier lieu notre Président de la République, son gouvernement et votre ministère de l’Intérieur et malheureusement notre appareil judiciaire aussi.
Abdellah OUAHHABI
02/03/09
Publié par Le Grand Soir.
Lire aussi : Laurent Mucchielli, Le « retour de l’antisémitisme » : discours rituel au dîner annuel du CRIF, 3 mars 2009.
J'accuse le CRIF
Enième amalgame entre soutien aux Palestiniens et antisémitisme lors du dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France.
La relaxe de Siné peut bien résonner comme un signal fort à leur adresse, il en faudrait plus pour calmer ceux qui ont coutume d’utiliser l’accusation d’antisémitisme comme une arme de terrorisme intellectuel - ce qui dessert in fine les juifs, en renforçant le vrai antisémitisme, comme l’explique Philippe Cohen dans son retentissant coup de colère contre Bernard Kouchner. Quelques jours après l’énoncé du verdict déboutant la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme se tenait en effet le dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF). Son président, Richard Prasquier, y a déclaré durant son discours : "Les manifestations prétendaient soutenir la population de Gaza contre les attaques d’Israël, contre qui aucun qualificatif n’a été épargné : génocidaire, nazi, honte de l’humanité. Mais il y a eu aussi ces cris de "mort aux juifs !", cette insulte monstrueuse de l’étoile de David impunément identifiée sur les banderoles à la croix gammée, il y a eu ces maquettes de fusées Qasam glorieusement transportées dans les rues de Paris par des militants cagoulés. Pour bien des organisateurs, nous l’avons compris, l’objectif réel était de glorifier le Hamas. Nous sommes dans un pays libre : manifestations de soutien à la population palestinienne, manifestations d’hostilité à la politique israélienne, tout cela est normal. Mais comment admettre qu’on défile sous les drapeaux de ce mouvement architerroriste qu’est le Hamas avec des banderoles de haine et des slogans de mort ? Je comprends celui qui vient aider des populations en détresse et qui se laisse manipuler ; mais comment croire ces militants politiques aguerris de l’extrême gauche qui prétendent n’avoir rien vu et rien entendu de ces débordements ? Sur les photos on ne les voit pourtant pas fermer les yeux ou se boucher les oreilles !" Quant à François Fillon qui lui succédait à la tribune, il en a remis une louche : "Nous n’acceptons pas que des manifestations prétendument pacifistes dégénèrent en débordements de violence, cautionnés par la complaisance de certains responsables politiques", s’est-il ainsi vertueusement indigné.
Lisons ce qu’en dit Dominique Vidal, journaliste du Monde diplomatique, fils d’un survivant d’Auschwitz et d’une jeune fille juive cachée pendant la guerre par des paysans chrétiens du Chambon-sur-Lignon : "Là où la légitimité s’arrête, c’est quand M. Prasquier — malheureusement suivi par le premier ministre — dénonce comme antisémites les participants aux défilés de solidarité avec Gaza, allant jusqu’à exclure de son dîner les Verts et le Parti communiste français — PCF —, accusés de « ne pas s’être élevés contre le kidnapping (sic) des manifestations par des mouvements islamistes, avec des slogans antijuifs ». Quiconque y a pris part sait pourtant que ces débordements furent à la fois marginaux et unanimement condamnés. Quand, à l’issue d’un cortège du CRIF, le 7 avril 2002, les nervis du Betar et de la Ligue de défense juive (LDJ) s’en prirent aux passants d’origine arabe, accusa-t-on M. Roger Cukierman, alors président du CRIF, d’avoir conduit une « ratonnade » ? Question toujours d’actualité : qui protège la LDJ, interdite aux Etats-Unis et en Israël, mais autorisée en France malgré ses violences récurrentes ?" Excellente question ! Plus de détails sur le Bétar et la LDJ sont exposés dans notre billet consacré à l’affaire Rudy H.
Comme le précise Dominique Vidal, les communistes et les Verts n’ont donc pas été conviés cette année au dîner du CRIF. Sans doute sont-ce eux qui sont visés par Fillon dénonçant "certains responsables politiques", avec ceux du NPA, mais la LCR dont le nouveau parti émane n’a de toute façon jamais été invitée - "on n’y serait jamais allé », s’esclaffe Alain Krivine, cité par Libération. Juif lui-même, mais farouche adversaire de la politique menée par l’Etat d’Israël. Comment le PCF réagit-il au boycott dont il est la cible ? Sa responsable, Marie-George Buffet, juge que le CRIF "fait une confusion" : "Les familles de Justes sont très nombreuses au sein du PCF qui s’est toujours battu contre le racisme et l’antisémitisme. Il y a une situation au Moyen-Orient, avec le comportement inadmissible du gouvernement israélien, mais aussi la lutte formidable des pacifistes israéliens et la résistance courageuse du peuple palestinien pour obtenir un Etat. Et puis, il y a la communauté juive en France et l’histoire du Parti communiste qui a toujours été aux côtés des juifs de France dans la résistance contre l’occupant nazi." Pour les Verts, la réaction est plus offensive, par la voix de Martine Billard, députée de Paris d’ordinaire habituée du dîner, qui accuse les responsables du CRIF de "faire un trait d’égalité entre Israël et les juifs" et de "prêter ainsi le flanc à cette dérive, hélas, d’antisémitisme inadmissible". Et de fait : que lit-on sur le site de l’organisation communautariste, à la rubrique Présentation générale ? "Les grands axes prioritaires du CRIF sont : La lutte contre toutes les formes d’antisémitisme, de racisme, d’intolérance et d’exclusion ; l’affirmation de sa solidarité envers Israël et son soutien à une solution pacifique au conflit du Proche-Orient ; la préservation de la mémoire de la Shoah, afin que les futures générations n’oublient pas les victimes juives de la barbarie nazie." Glissons sur les points 1 et 3 pour déplorer que le deuxième "grand axe prioritaire" soit "l’affirmation de sa solidarité envers Israël". Pour faire bonne figure, le texte précise "son soutien à une solution pacifique au conflit du Proche-Orient", mais il faut alors objecter que les deux termes sont incompatibles : depuis soixante ans, les dirigeants israéliens ont tout fait sauf favoriser la "solution pacifique" que le CRIF appelle de ses voeux - ils la torpillent même consciencieusement et avec une belle constance.
La "solidarité avec Israël" revendiquée par l’organisation juive française est-elle distincte du soutien aux dirigeants de l’Etat hébreu ? Evidemment pas, comme l’a prouvé une nouvelle fois la récente attaque sur Gaza, qui a donné lieu à une manifestation en sa faveur organisée par le CRIF. "Le 4 janvier 2009, nous avons manifesté dans la dignité et le calme notre solidarité à l’égard de l’Etat d’Israël comme c’est notre droit de citoyens français, a rappelé Prasquier lors de son discours. Nous n’avons pas manifesté contre les Palestiniens", a ajouté l’hypocrite. Le 4 janvier, les Gazaouis mouraient sous les bombes. Et le CRIF d’aller manifester sa solidarité avec l’Etat d’Israël au moment où son armée attaque Gaza : n’est-ce pas manifester contre les Palestiniens que de soutenir le massacre dont ils sont victimes (pas loin de 1500 morts), alors même qu’il est en train d’être perpétré ? En clair, l’organisation de Prasquier ne manifeste pas contre les Palestiniens mais en faveur de ceux qui les tuent : la nuance est subtile ! Les propos du président du CRIF sont exemplaires d’un fanatisme chevillé au corps dès lors qu’il est question d’Israël : "Certains osent suggérer ou même écrire que par leur attachement à Israël, les juifs de France, et le CRIF en particulier, se rendent eux-mêmes responsables des débordements antisémites, disait-il toujours dans la même allocution. Cette phraséologie fielleuse, nous l’avons connue dans notre histoire. "Ne soyez plus ceci ou cela, en gros ne soyez plus juif, et il n’y aura plus d’hostilité contre vous", nous disait-on alors. Aujourd’hui on nous enjoint hypocritement : "Soyez contre Israël, sinon il sera normal que nous soyons, ou que les autres soient, antisémites." C’est ainsi qu’Arthur, sous prétexte d’être juif et de soutenir Israël est interdit de spectacle par des manifestants extrémistes*." Imposture intellectuelle que ce discours ! Il ne s’agit pas d’être "contre Israël" mais contre, en l’occurrence, les exactions perpétrées vis-à-vis d’une population civile, et de façon plus générale l’oppression subie depuis soixante ans par le peuple palestinien. Et aussi contre la violation par l’Etat d’Israël des résolutions de l’ONU, l’édification illégale du mur de séparation d’avec les territoires palestiniens, la construction de nouvelles colonies, illégales elles aussi... Mais non, sous prétexte d’ "attachement à Israël", le CRIF cautionne et encourage tout cela. Si on le lui reproche, on est bien sûr aussitôt taxé d’antisémitisme. Et là où ça devient problématique, c’est que cette organisation est censée exprimer la voix des juifs français. Ce sont donc bien ses responsables, en manifestant constamment ce soutien aveugle aux dirigeants de Tel Aviv, qui entretiennent le sentiment que "tous les juifs soutiennent les persécutions infligées aux Palestiniens", ce qui est bien sûr faux. Oui, le CRIF est coupable de désigner l’ensemble des juifs de France comme ennemis déclarés du peuple palestinien, en traçant, suivant la formule de Martine Billard, "un trait d’égalité entre Israël et les juifs". Et que penser de la sortie du grand rabbin de France, Gilles Bernheim, déclarant durant la manifestation organisée par le CRIF que "la seule préoccupation de l’armée israélienne est de préserver, avec amour et courage, l’idée d’humanité pour tous les hommes", en pleine offensive sur Gaza (propos recueillis par Libération) ? Irresponsable provocation ! Tout ceci ne justifie nullement l’antisémitisme, qui représente évidemment une abjection. Tentons un instant de pénétrer un cerveau antisémite. Que lui donne à penser l’attitude réitérée du Conseil représentatif des institutions juives de France ? Que les juifs soutiennent toujours les juifs, quels que soient leurs crimes, par solidarité juive. Et que si l’on combat l’Etat d’Israël, il faut s’attaquer aux juifs.
Pour l’amour de l’Humanité en général et celui d’Alix et Juliette Bonnet en particulier, j’accuse le CRIF de mettre en danger mes enfants, comme tous les autres enfants juifs de France, en ouvrant une voie royale à l’antisémitisme.
L’Union juive française pour la paix rejoint cette position, qui a adressé aux dirigeants du CRIF une lettre ouverte : "Les masques sont tombés et maintenant, ça suffit ! Vous n’avez absolument aucun droit de parler, ni en notre nom ni au nom de tous les nôtres qui ont été parqués dans les ghettos, assassinés dans les pogroms, anéantis dans les camps de la mort, mais qui aussi ont été de toutes les luttes, de celles de l’Internationale pour un monde meilleur à celles de la Résistance à l’envahisseur nazi, contre le colonialisme et pour la liberté, la justice, la dignité et l’égalité des droits.
Vous avez applaudi, encouragé les crimes de l’armée israélienne écrasant sous les bombes la population dans ce que vous appelez « entité hostile », réduisant en tas de gravats ses maisons, dévastant ses cultures, prenant pour cible les écoles, les mosquées, les hôpitaux les ambulances et même un cimetière….Dès lors vous vous êtes placés dans le camp des tenants de l’apartheid, des oppresseurs et des nouveaux barbares , et le sang de leurs victimes rejaillit sur vous.Ce faisant, vous avez perdu tout sentiment humain, toute compassion devant cette détresse, vous nous avez outragés et salis en assimilant tous les Juifs à des supporters d’une bande de criminels de guerre comme vous avez déshonoré la mémoire de Rachi, d’Edmond Fleg, d’Emmanuel Lévinas et de tant d’autres, enfin de tout ce que le judaïsme français comportait de richesse humaine, d’intelligence et de lumières.Vous avez voulu faire d’un conflit colonial et géopolitique un conflit communautaire et en prétendant que « 95 % des Juifs français approuvent l’intervention israélienne », vous attisez l’antisémitisme dont vous prétendez vous inquiéter de la résurgence, en pompiers pyromanes."
* : Au sujet d’Arthur, les manifestants de Vals-les-Bains (Ardèche) n’ont pas interdit le "comique" de spectacle, ils sont venus protester contre son soutien à l’agression perpétrée sur les Gazaouis en réclamant l’arrêt des bombardements. Après plus d’une heure de manifestation et le départ des militants, c’est Arthur lui-même qui a annulé son spectacle, expliquant aux spectateurs qu’il n’avait "plus le cœur à rire". Il a ensuite déclaré : "jamais je n’aurais imaginé, que dans mon propre pays, (...) on puisse manifester contre moi uniquement parce que je suis juif", accusant la manifestation incriminée d’antisémitisme. Faux et archifaux ! Il ne fut pas la cible de manifestants uniquement parce qu’il est juif, comme il le prétend sans honte, mais en tant que soutien de la politique - criminelle ! - du gouvernement israélien. Claude Raymond, membre de l’Union juive française pour la paix, parmi les manifestants ce soir-là, recadre le débat dans Le Dauphiné libéré : "Arthur est un sioniste convaincu qui apporte son soutien financier et tient des propos sionistes insupportables". Voilà bien ce que lui reprochaient les manifestants. Peut-on taxer d’antisémitisme des membres de l’Union juive française pour la paix ? Pour les Torquemada pro-israéliens, sans aucun doute : même les juifs sont anti-juifs dès lors qu’ils n’applaudissent pas la politique d’Israël.
PS : nous consacrerons un second billet à ce dîner du CRIF, disséquant celui-là le discours indigne qui y fut tenu par le Premier ministre François Fillon, dont une seule phrase est citée dans le présent article. Or le reste mérite amplement le détour.
Olivier Bonnet
09/09/2009
Publié par AgoraVox - Yahoo! Actualités.
Le CRIF vient encore une fois de tenir son devenu incontournable dîner. Il se permet aujourd'hui d'éliminer les partis politiques qui lui déplaisent parce qu'ils ne soutiennent pas inconditionnellement la politique israélienne. Sans doute cela signifie-t-il pour lui qu'ils sont antisémites, ou soutiennent des antisémites. Il est atterrant d'entendre les commentaires sur ces exclusions par la plupart des media et certains élus, qui viennent confirmer l'importance de l'événement. Il faut absolument en être sinon on est un paria antisémite.
Fonctionnant en véritable groupe de pression en France au service du gouvernement israélien et de son armée (ne participe-t-il pas régulièrement à des galas chargés d'honorer et de financer cette armée?), le CRIF passe donc ses messages politiques, et presque toute la presse les relaie allègrement. La France entière les reçoit... mais surtout le gouvernement français prend position publiquement et s'aligne.
Les messages du CRIF pour l'année 2009, l'année Gaza :
1 – la France doit être placée sous le signe de l'antisémitisme qui monte
Monsieur Prasquier, celui là même qui a osé affirmer, lors d'une manifestation de soutien à l'opération israélienne à Gaza, que 95% des juifs de France soutenaient ce massacre - une phrase considérée comme franchement antisémite par Jean François Khan dans Marianne -, n'est pas gêné de parler d'une «explosion de haine d'une virulence alarmante» lors des manifestations de soutien à la population de Gaza. Ainsi il ressort la vieille bonne carte, le Joker qui sert à faire taire sur Gaza.
S'il est vrai, problématique et dangereux que des pics d'actes ou propos antisémites sont constatés à chaque opération meurtrière de l'armée israélienne contre les Palestiniens de Cisjordanie ou de Gaza, le CRIF et ses présidents successifs depuis 2000 devraient cependant s'interroger sur leur rôle actif dans l'assimilation de tous les juifs français avec la politique israélienne d'aujourd'hui, d'occupation de colonisation, de blocus et de crimes de guerre ainsi que de violations des droits humains. Assimilation qui marche aux yeux de certains, les plus fragiles et les moins construits politiquement et qui favorise les passages à l'acte antisémites au lieu de l'action politique requise.
A l'inverse, il faut rappeler le rôle exemplaire du collectif national des associations pour une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens comme des innombrables collectifs de Province qui ont organisé et conduit dans toute la France les manifestations politiques contre l'opération israélienne sur la Bande de Gaza. Les communiqués et appels aux manifestations, les mots d'ordres et des services d'ordre qui ont fonctionné avec la règle qu'aucun slogan raciste ne serait admis. Même si le service d'ordre parisien a été débordé par le nombre incroyable de participants dans la première manifestation, il s'est renforcé dès la seconde et a travaillé avec deux lignes rouges : pas de fascistes dans nos manifestations et pas de racisme d'aucune sorte. C'est ainsi qu'il a sorti de force plusieurs groupes répondant à l'un ou l'autre de ces deux critères (ou aux deux) des manifestations où ils tentaient d'entrer.
Monsieur Prasquier parle de haine dans ces manifestations. Non, il n'y avait pas de haine, mais une immense colère contre la violence sans limite, «sauvage» selon le terme recommandé par Tsipi Livni pour l'action de ses soldats. Oui, c'est la colère, et aussi une immense douleur devant le sort des habitants de Gaza livrés aux criminels de guerre par nos dirigeants politiques et que nous étions, nous la société civile, des millions dans le monde à défendre, exigeant que les crimes soient punis. Et cette colère n'est pas près de se calmer, pas avant que les criminels de guerre ne soient présentés à La Haye. N'en déplaise au CRIF. La haine, nous l'avons vue dans les bombardements au phosphore de Gaza, sur les écoles, les hôpitaux et les lieux de culte, entendue dans les propos des dirigeants israéliens et les commentaires d'une grande partie de la presse et même, de certains soi-disant intellectuels de gauche en Israël.
Car en réalité le CRIF et Monsieur Prasquier ont un problème : leur minable et pathétique tactique d'allumage du contre-feu «antisémitisme» pour faire oublier Gaza, si elle marche avec une certaine classe politique, qui simule la sympathie - en grinçant des dents parfois, mais alliances et stratégies néo libérales ont leurs exigences ; et effectivement pour ceux là il faudrait faire oublier Gaza et mettre au pas les Palestiniens en les obligeant à accepter l'inacceptable, comme ils tentent de le faire ici en France-, elle n'a aucune chance de prendre sur la société civile qu'elle irrite gravement et qui ne renonce pas à défendre les droits que les pouvoirs attaquent là bas comme ici.
Cette tactique est encore une fois calquée sur celle des gouvernements israéliens : comme en 2002 Sharon avait appelé à l'émigration des juifs français victimes de l'antisémitisme, aujourd'hui l'une des 5 exigences de Lieberman pour accepter la coalition avec Netanyaou et/ou Livni est la création d'un cabinet gouvernemental chargé de l'intégration de l'immigration juive qui ne manquera pas d'arriver d'Europe et d'Amérique en raison de la poussée d'antisémitisme que l'on sait. Exigence acceptée d'ailleurs par les deux leaders politiques !
Pourtant la tentative est perdu d'avance, seuls les convaincus le seront, et nous ne marcherons pas dans la combine, c'est peut-être cela que Monsieur Prasquier appelle l'antisémitisme : le refus de se taire sur Gaza et la Palestine, quoiqu'il arrive. Et le refus de céder au chantage obscène. Si l'antisémitisme se développe en France ce sera grâce au CRIF et à Monsieur Prasquier et à leur tactique du gendarme, et aussi grâce à ces nombreux média larbins des petits chefs. Nous nous resterons du côté des droits et des opprimés, contre l'injustice, et la barbarie. Mais il est clair que Monsieur Prasquier et le CRIF ne font pas le pari de la société civile et du droit, mais celui du pouvoir et de la force.
2 - La France ne doit pas aller à Genève
Prasquier a utilisé, lui, l'expression israélienne consacrée pour désigner le quatrième Conseil des droits de l'homme de l'Organisation des nations unies qui se tiendra à Genève en Avril. Il l'a appelé comme le gouvernement israélien et ses soutiens : «Durban 2» , afin de clairement l'aligner sur le premier qui s'était tenu à Durban en août 2001 au moment de la seconde Intifada.
Dans le forum des ONG parallèle à ce conseil de représentants des Etats, des propos antisémites avaient été tenus. Et l'amalgame avait été fait par Israël entre ce qui avait circulé du fait de certaines ONG, et les recommandations officielles du Conseil des droits de l'homme, afin de les couvrir d'opprobre. Car ces recommandations parfaitement honorables avaient, très timidement, remarqué que la situation des Palestiniens des Territoires Occupés méritait l'attention, tout en prenant soin de rappeler la nécessaire garantie de Sécurité pour Israël. Mais en 2001 c' était déjà trop pour Israël, et la campagne anti Durban a servi à baîllonner toutes les critiques sur l'occupation et la colonisation et leur illégalité, sur les assassinats ciblés, les meurtres de civils, les emprisonnements sans jugement ... la liste serait trop longue.
Ainsi, il faut donc se débarrasser de cette conférence: une véritable conquête pour les peuples, une organisation de l'ONU qui repère sur tous les continents les violations des droits humains et le racisme, qui fait des recommandations à chaque Etat, et qui mesure de session en session l'avancement des situations. Tout cela se fera sans Israël bien sûr, sans le Canada qui a déjà cédé à l'intimidation, sans les Etats-Unis qui viennent de se retirer, et sans doute sans la France a pratiquement annoncé Monsieur Fillon, au dîner du CRIF.
De même Israël fait partie des sept Etats avec les Etats- Unis et la Chine qui se sont opposés à la création de la Cour Pénale Internationale. Hors de question d'avoir à rendre des comptes à quiconque, Israël se situe aujourd'hui dans l'exception, au dessus des lois et critiques. Normal, tout ce qu'il peut faire il le fait pour sa survie, c'est cet obsédant discours qu'il insuffle aux israéliens et à l'étranger. Tout acte ne se justifie-t-il pas par cette raison absolue et immanente de la survie? Et là quel tribunal ou quelle conférence internationale pourrait avoir quelque chose à dire? Il est important de mesurer à quel point ce concept est intégré jusque dans l'inconscient israélien, comme un «mantra», au point même que devant chaque «crise» - et la métaphore médicale prend ici tout son sens -, les journalistes et «intellectuels» israéliens reproduisent presque mot à mot leur partition pour soutenir l'insoutenable.
Pour la société civile française, et particulièrement pour les associations oeuvrant pour une paix fondée sur le droit entre Palestiniens et Israéliens, la participation à Genève en Avril comporte un double enjeu :
- exiger la condamnation des violations des droits humains par Israël dans les Territoires Occupés et à Gaza, ainsi que de ses pratiques légales discriminantes à l'égard de ses citoyens d'origine palestinienne ;
- l'exiger ensemble, français de toutes origines, en même temps que nous réaffirmerons notre violente répulsion contre toute forme de racisme.
Parce que ce racisme, outre qu'il est totalement étranger à notre action et notre conception du monde, est un double piège : il veut transformer le conflit et ses enjeux de politiques en ethniques et religieux ; et du coup délégitimer un des combats contemporains les plus justes : celui de la reconnaissance des droits des palestiniens bafoués depuis plus de 60 ans. Et cela c'est le rêve du CRIF et d'Israël.
Michèle Sibony
4 mars 2009
Publié par UJFP.
Le CRIF, le ministère de l'Intérieur et notre Président de la République (lettre ouverte)
Lettre ouverte à Madame Michèle ALLIOT-MARIE, Ministre de l’Intérieur, de l’Outre-mer et des Collectivités territoriales.
J’apprends aujourd’hui, dans une dépêche de Reuters reprise par lemonde.fr (02.03.09 à 17h51) que le ministère de l’Intérieur travaille avec le CRIF pour établir des statistiques mensuelles des actes de l’antisémitisme.
Je suis athée. Je suis un démocrate convaincu. Je suis contre toute forme de racisme et de ségrégation, y compris et entre autre contre le racisme anti-Juif ; il n’y a pas un racisme meilleur que l’autre ni plus supportable que l’autre :
Préambule de la Constitution française : Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l’homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu’ils ont été définis par la Déclaration de 1789, confirmée et complétée par le préambule de la Constitution de 1946, ainsi qu’aux droits et devoirs définis dans la Charte de l’environnement de 2004.
Article premier de la déclaration des droits de l’homme de 1789 : Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.
Article 2 de la déclaration universelle des droits de l’homme : Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.
En d’autres termes, les droits de l’homme sont à la fois français et universels ou ils ne sont pas.
Or le CRIF dans la définition de ses objectifs telle qu’elle figure sur son site Internet, place en deuxième position « l’affirmation de sa solidarité envers Israël ». Et, comme tout le monde le sait, l’État d’Israël est fondé sur un concept de citoyenneté à étages ou à degrés qui différencie les personnes par l’appartenance raciale et/ou religieuse.
La collaboration de votre ministère, de l’Exécutif français avec le CRIF est donc contraire aux valeurs françaises républicaines :
- Ou bien on considère que « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits »
- Ou bien on considère que cela ne s’applique pas à certains humains, aux Palestiniens, nés en Palestine et descendants depuis plusieurs siècles de parents palestiniens.
Et vous, Madame la ministre de l’Intérieur où vous situez-vous ? Plus près de la République Française ou plus près du CRIF ?
D’une façon générale, y aurait-il un milieu acceptable où à la fois on peut être pour l’égalité universelle de tous les êtres humains et aussi pour la gradation des droits naturels des humains sur la base de la race et/ou de la religion ?
Votre ministère a dans un passé récent initié les procédures qui ont abouti à la déchéance de la nationalité française d’un citoyen de culte musulman de Lyon au motif qu’il avait considéré que selon lui, le Coran ne conçoit pas d’égalité entre les femmes et les hommes. Par analogie, quand pensez-vous déclarer illégale l’existence du CRIF qui admet l’inégalité des êtres humains, au moins ceux sous administration israélienne ?
Quand envisagez-vous de déchoir de la nationalité française les Français qui soutiennent l’inégalité de statut entre les Arabes et les Juifs en terre de Palestine ? Je parle des responsables du CRIF ?
Ou bien voulez-vous vendre en contrebande à la population française une idéologie basée sur l’inégalité des Français, à l’image de ce qui se fait en Israël dont vous soutenez le suppôt officiel en France, le CRIF ?
Le discours sur la démocratie et sur l’égalité des êtres humains sont-ils des attrape-nigauds qui maquillent les vieux démons de la France : l’esclavagisme, le colonialisme, l’impérialisme, habillés d’oripeaux plus récents ?
Sinon comment interpréter la collaboration entre votre ministère et cette organisation raciste pour établir des statistiques sociologiques ?
- Par la nécessaire rigueur scientifique des calculs ?
- Par l’objectivité des participants ?
- Pour truquer les chiffres entre complices consensuels ?
Je ne crois pas.
J’ai fait des études scientifiques poussées en statistiques : maths-sup, premier cycle de l’Institut Polytechnique de Kiev, École Pratique des Hautes Études en psychologie expérimentale. Je considère la méthode utilisée par le ministère de l’Intérieur comme inadéquate et partisane. Et j’aurais des propositions et des suggestions : Comment différencier l’anti-sionisme légitime des Français imbus des valeurs françaises républicaines les plus élevées des actes vraiment racistes ?
On peut être contre le Juif Enrico Macias parce qu’il fut un raciste de l’OAS en Algérie, parce qu’il est un raciste en France où il manifestait en faveur de l’État d’Israël au moment où ce pays se faisait condamner par l’assemblée Générale de l’ONU pour crimes de guerre.
Oui, on a le droit et le devoir d’être contre certains Juifs. Pas parce qu’ils sont Juifs, mais pour ce qu’ils font et disent.
Par exemple Monsieur Kouchner a eu des manquements déontologiques dans l’exercice de sa fonction et il a été stigmatisé par l’écrivain Pierre Péan. Mais Monsieur Kouchner a commis la bassesse de se défendre en attaquant l’écrivain d’anti-sémitisme : c’est bas. À suivre ce raisonnement, une personne d’origine juive peut commettre tous les écarts, on ne peut plus ni la critiquer ni la faire juger ni la condamner : on retrouve la citoyenneté à étages avec certains Français plus français que d’autres.
Ma première suggestion est donc d’associer équitablement toutes les composantes sociologiques de la Nation française au travail du ministère de l’Intérieur pur différencier les légitimes actes contre le sionisme des actes purement anti-Juifs : il faut faire appel à des associations issues de tous les cultes et de toutes les origines, réellement représentatives (pas des fantoches fabriqués, puis choisis par le ministère de l’Intérieur).
Pourquoi seulement le CRIF ? Pourquoi ne pas travailler ces statistiques avec aussi des associations juives anti-sionistes ? Pourquoi pas des associations chrétiennes ? pourquoi pas des association musulmanes ?
Un aréopage de telles associations serait plus objectif que le seul CRIF militant raciste pour distinguer les manifestations de l’anti-sionisme de l’antisémitisme véritable. Poussé par son idéologie sioniste, le CRIF identifie systématiquement le sionisme avec la judaïté. Or cela est totalement faux. En agissant ainsi, il se comporte, toutes choses égales par ailleurs, comme les fascistes italiens qui se présentaient comme les uniques et définitifs représentants de la latinité ou comme les Nazis allemands qui se trouvaient être les seuls représentants éternels de la germanité. Le sionisme est une idéologie marquée par son époque révolue, par les courants politiques du siècle dernier imbu de colonialisme. Si le sionisme représentait la judaïté, la majorité des Juifs du monde entier se seraient installés en Israël ; or on y trouve une minorité très minoritaire de Juifs : en pratique, le bluff sioniste ne marche pas et les sioniste du CRIF se limitent à engager des Juifs Français démoralisés pour une raison ou une autre à aller refaire leur vie ailleurs en commettant des crimes de guerres comme ceux condamnés par l’ONU.
Ma deuxième suggestion est que ce centre de mesure du racisme anti-Juif se consacre avec la même rigueur à la mesure du racisme anti-noir, anti-musulman, anti-Arabe, anti-Asiatique.
On sait bien que le vrai racisme en France et le plus répandu et le plus efficient économiquement, culturellement et politiquement, c’est le racisme anti-Arabes et anti-Musulmans. Justement parce que ces deux formes de racisme se trouvent à la confluence de la nécessité de défendre Israël et de la nécessité de faire survivre les anciennes idéologies prédatrices que l’on croirait d’un temps historique français révolu.
Si le gouvernement est sincère dans sa volonté de faire disparaître la ségrégation et le racisme, il ne ferait pas de distinction entre le racisme acceptable et le racisme inacceptable. Il mettrait le paquet « tous azimuts ».
Je suggère que les mêmes récepteurs d’actes racistes, les mêmes critères de définition soient retenus pour toutes les formes de racisme dans tous les secteurs de la société où ces phénomènes risquent d’apparaître. C’est là une précision relative à ma deuxième suggestion.
La troisième suggestion intéresse tout le gouvernement.
Ce soir lundi 2 mars, le Président de la République s’est rendu au dîner du CRIF et cela donne un poids particulier à cette lettre ouverte :
Monsieur Sarkozy, alors qu’il était candidat pour la magistrature suprême avait annoncé publiquement son ascendance partiellement juive. Il a aussi expliqué qu’il était partiellement un nouveau Français. Cela ouvrait la voie à quelques questions.
Allait-il agir pour une plus grande égalité réelle d’autres Français nouveaux, plus anciens que lui : les Sénégalais sous administration française avant la ville de Lille et la Corse, les Algériens avant les Savoyards, les Marocains, les Tunisiens avant Nice ? Ou bien allait-il se consacrer à récupérer les électeurs du Front National et à les garder ?
Autre question politique obligatoire :
Monsieur le Président de la République française se positionnait-il comme un pro-sioniste ou comme un anti-sioniste attaché aux valeurs républicaines universelles d’égalité de tous les êtres humains ? Et s’il se déclarait comme un « ami d’Israël », c’est-à-dire un ami de la nationalité à degrés ou à étages, comment allait-il gérer l’existence normale en France de Français attachés aux valeurs républicaines et anti-sionistes ?
Selon la Constitution française, le candidat à la présidence de la République est le candidat d’un parti ou d’une alliance de partis qui font campagne pour lui. Mais une fois élu, il devient le président de tous les Français.
Mais si l’on considère une partie des Français comme moins Français que d’autres, peut-on encore parler de « Président de la France » ? De « Président de tous les Français » ? À moins de nous expliquer autrement que par des déclarations péremptoires comment les valeurs de la France républicaines et les valeurs racistes fondatrices d’Israël peuvent être amies.
Pour le Président de la France, il ne doit plus y avoir ni de « Français-Gaulois » ni de Français Juifs, ni de Français d’Outre-mer, ni de Français Noirs africains, ni de Français Arabes, ni de Français Asiatiques. La France est un État né sur la base d’une population qui lors d’un époque de prédation internationale s’est ouverte au monde, elle est devenue un empire, puis elle est devenue un État basé sur des concepts : « est Français quiconque a la nationalité française » avait dit Monsieur Chevènement, alors ministre de l’Intérieur et c’était tellement juste !
Donc jouer avec le soutien au sionisme et la chasse exagérée aux terroristes islamiques intégristes peut mener à des dérives très graves : récemment, après une tentative de voyage à Gaza, j’ai été convoqué pour une audition par votre service anti-terroristes islamiques intégristes ; or je suis notoirement athée ! Alors si le ridicule pouvait tuer… votre DST se serait volatilisée !
Ou bien envisage-t-on de me déchoir de ma nationalité française pour cause de trop grand attachement aux valeurs républicaines françaises, moi dont les ancêtres sont sous administration française bien avant ceux de mon Président de la République ?
Madame la ministre de l’Intérieur, la situation des calendriers politiques US et Français font que Bush, le consommateur averti de bretzels qui donnent le vertige alcoolique est parti alors que nos futures élections présidentielles ne viendront qu’en 2012. Si Bush était encore là, il aurait pu adopter votre nouveau concept sioniste de « terroriste islamiste intégriste athée ». Mais là, je vous conseille plutôt de tourner la page et de penser à suggérer à votre gouvernement d’appliquer sérieusement les véritables valeurs françaises – et c’est là ma dernière suggestion :
La richesse d’un pays ce n’est ni ses minerais, ni son capital financier, ce sont les hommes qui le composent, leur santé, leur niveau d’instruction, leur participation à la vie publique. Or la France est riche de plus de 60 millions de personnes et parmi elles beaucoup ont une santé insatisfaisante, un logement insalubre, et un niveau d’instruction insuffisant. Dans le même temps nous avons parmi les meilleurs ingénieurs du monde, nous avons beaucoup de richesses mais qui sont dans les mains privées où elles ne servent pas toujours l’intérêt général. Alors faisons se rencontrer les deux : les forces du travail et de création et les élites dirigeantes ; investissons dans nos quartiers populaires pour en faire des zones d’innovations et de croissance. Et que votre gouvernement laisse enfin tomber les phobies anti-terroristes déplacées, inventées pour stigmatiser une partie du peuple français aux yeux de l’autre, c’est-à-dire pour diviser le peuple français et l’affaiblir dans la concurrence internationale.
La lutte à outrance contre le terrorisme fictif, fantasmé est devenue ringarde. Mis surtout n’allons pas faire de la prédation chez les autres pour fabriquer nous-mêmes nos futurs terroristes. Respectons la volonté des peuples, le peuple palestinien ou égyptien en premier et cessons de soutenir des dictateurs ou des fantoches contre leurs peuples. Pensons à nous enrichir par notre travail et non pas par des rapines militaires internationales..
Madame la Ministre, je suis conscient que les propos que je tiens sortent de la norme habituelle ; j’ai décidé de faire comme notre Président de la République et de vous dire clairement ce que tout le monde pense. C’est une vertu républicaine, nourrie de valeurs républicaines authentiques.
Voilà pour quelle raison, l’information relative à la collaboration de l’État et du CRIF me choque en tant que Français ; l’ancien Secrétaire Général de l’ONU, ancien secrétaire général de la francophonie, très grand ami de la France, l’ancien ministre des affaires étrangères du gouvernement modéré de Moubarak, le Chrétien, Monsieur Boutros Boutros Ghali a écrit dans son livre « Quand viendra la nouvelle lune », alors qu’il résidait en France en 2002 :
« La France n’a pas rompu avec son passé colonial : ses nouveaux territoires ont pour nom les « banlieues chaudes » ou les « quartiers sensibles » des grandes villes françaises. Les cinq millions de Musulmans de France sont des citoyens de seconde zone. Et le phénomène Le Pen s’alimente de cette crise ethnique. Le vrai problème n’est pas tant d’éliminer l’extrême droite que d’en finir avec une politique de l’autruche, qui se pare de grands principes républicains d’égalité et de fraternité. Pas un seul député musulman à l’assemblée. Pas un seul préfet musulman. Et sur les quelques trente six mille maires que compte la France, je serais curieux de savoir combien sont musulmans. Dans la mesure où les statistiques n’intègrent pas les différences de race et de religion, il est difficile de connaître le pourcentage de chômage parmi les musulmans. Mais il est à parier qu’il est élevé. »
Est-il nécessaire d’ajouter à ce tableau la proportion de Musulmans et d’Africains non musulmans dans les prisons ?
Tout est dit : la ségrégation institutionnelle, ses effets économiques et politiques. Et c’est la prorogation de cela que veut le CRIF pour garder une plus grande influence en faveur d’Israël : il veut la décadence de la France au profit d’Israël. Il est urgent de se démarquer de ces positions anti-françaises, au service de l’étranger. Et cette urgence concerne en premier lieu notre Président de la République, son gouvernement et votre ministère de l’Intérieur et malheureusement notre appareil judiciaire aussi.
Abdellah OUAHHABI
02/03/09
Publié par Le Grand Soir.
Lire aussi : Laurent Mucchielli, Le « retour de l’antisémitisme » : discours rituel au dîner annuel du CRIF, 3 mars 2009.
J'accuse le CRIF
Enième amalgame entre soutien aux Palestiniens et antisémitisme lors du dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France.
La relaxe de Siné peut bien résonner comme un signal fort à leur adresse, il en faudrait plus pour calmer ceux qui ont coutume d’utiliser l’accusation d’antisémitisme comme une arme de terrorisme intellectuel - ce qui dessert in fine les juifs, en renforçant le vrai antisémitisme, comme l’explique Philippe Cohen dans son retentissant coup de colère contre Bernard Kouchner. Quelques jours après l’énoncé du verdict déboutant la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme se tenait en effet le dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF). Son président, Richard Prasquier, y a déclaré durant son discours : "Les manifestations prétendaient soutenir la population de Gaza contre les attaques d’Israël, contre qui aucun qualificatif n’a été épargné : génocidaire, nazi, honte de l’humanité. Mais il y a eu aussi ces cris de "mort aux juifs !", cette insulte monstrueuse de l’étoile de David impunément identifiée sur les banderoles à la croix gammée, il y a eu ces maquettes de fusées Qasam glorieusement transportées dans les rues de Paris par des militants cagoulés. Pour bien des organisateurs, nous l’avons compris, l’objectif réel était de glorifier le Hamas. Nous sommes dans un pays libre : manifestations de soutien à la population palestinienne, manifestations d’hostilité à la politique israélienne, tout cela est normal. Mais comment admettre qu’on défile sous les drapeaux de ce mouvement architerroriste qu’est le Hamas avec des banderoles de haine et des slogans de mort ? Je comprends celui qui vient aider des populations en détresse et qui se laisse manipuler ; mais comment croire ces militants politiques aguerris de l’extrême gauche qui prétendent n’avoir rien vu et rien entendu de ces débordements ? Sur les photos on ne les voit pourtant pas fermer les yeux ou se boucher les oreilles !" Quant à François Fillon qui lui succédait à la tribune, il en a remis une louche : "Nous n’acceptons pas que des manifestations prétendument pacifistes dégénèrent en débordements de violence, cautionnés par la complaisance de certains responsables politiques", s’est-il ainsi vertueusement indigné.
Lisons ce qu’en dit Dominique Vidal, journaliste du Monde diplomatique, fils d’un survivant d’Auschwitz et d’une jeune fille juive cachée pendant la guerre par des paysans chrétiens du Chambon-sur-Lignon : "Là où la légitimité s’arrête, c’est quand M. Prasquier — malheureusement suivi par le premier ministre — dénonce comme antisémites les participants aux défilés de solidarité avec Gaza, allant jusqu’à exclure de son dîner les Verts et le Parti communiste français — PCF —, accusés de « ne pas s’être élevés contre le kidnapping (sic) des manifestations par des mouvements islamistes, avec des slogans antijuifs ». Quiconque y a pris part sait pourtant que ces débordements furent à la fois marginaux et unanimement condamnés. Quand, à l’issue d’un cortège du CRIF, le 7 avril 2002, les nervis du Betar et de la Ligue de défense juive (LDJ) s’en prirent aux passants d’origine arabe, accusa-t-on M. Roger Cukierman, alors président du CRIF, d’avoir conduit une « ratonnade » ? Question toujours d’actualité : qui protège la LDJ, interdite aux Etats-Unis et en Israël, mais autorisée en France malgré ses violences récurrentes ?" Excellente question ! Plus de détails sur le Bétar et la LDJ sont exposés dans notre billet consacré à l’affaire Rudy H.
Comme le précise Dominique Vidal, les communistes et les Verts n’ont donc pas été conviés cette année au dîner du CRIF. Sans doute sont-ce eux qui sont visés par Fillon dénonçant "certains responsables politiques", avec ceux du NPA, mais la LCR dont le nouveau parti émane n’a de toute façon jamais été invitée - "on n’y serait jamais allé », s’esclaffe Alain Krivine, cité par Libération. Juif lui-même, mais farouche adversaire de la politique menée par l’Etat d’Israël. Comment le PCF réagit-il au boycott dont il est la cible ? Sa responsable, Marie-George Buffet, juge que le CRIF "fait une confusion" : "Les familles de Justes sont très nombreuses au sein du PCF qui s’est toujours battu contre le racisme et l’antisémitisme. Il y a une situation au Moyen-Orient, avec le comportement inadmissible du gouvernement israélien, mais aussi la lutte formidable des pacifistes israéliens et la résistance courageuse du peuple palestinien pour obtenir un Etat. Et puis, il y a la communauté juive en France et l’histoire du Parti communiste qui a toujours été aux côtés des juifs de France dans la résistance contre l’occupant nazi." Pour les Verts, la réaction est plus offensive, par la voix de Martine Billard, députée de Paris d’ordinaire habituée du dîner, qui accuse les responsables du CRIF de "faire un trait d’égalité entre Israël et les juifs" et de "prêter ainsi le flanc à cette dérive, hélas, d’antisémitisme inadmissible". Et de fait : que lit-on sur le site de l’organisation communautariste, à la rubrique Présentation générale ? "Les grands axes prioritaires du CRIF sont : La lutte contre toutes les formes d’antisémitisme, de racisme, d’intolérance et d’exclusion ; l’affirmation de sa solidarité envers Israël et son soutien à une solution pacifique au conflit du Proche-Orient ; la préservation de la mémoire de la Shoah, afin que les futures générations n’oublient pas les victimes juives de la barbarie nazie." Glissons sur les points 1 et 3 pour déplorer que le deuxième "grand axe prioritaire" soit "l’affirmation de sa solidarité envers Israël". Pour faire bonne figure, le texte précise "son soutien à une solution pacifique au conflit du Proche-Orient", mais il faut alors objecter que les deux termes sont incompatibles : depuis soixante ans, les dirigeants israéliens ont tout fait sauf favoriser la "solution pacifique" que le CRIF appelle de ses voeux - ils la torpillent même consciencieusement et avec une belle constance.
La "solidarité avec Israël" revendiquée par l’organisation juive française est-elle distincte du soutien aux dirigeants de l’Etat hébreu ? Evidemment pas, comme l’a prouvé une nouvelle fois la récente attaque sur Gaza, qui a donné lieu à une manifestation en sa faveur organisée par le CRIF. "Le 4 janvier 2009, nous avons manifesté dans la dignité et le calme notre solidarité à l’égard de l’Etat d’Israël comme c’est notre droit de citoyens français, a rappelé Prasquier lors de son discours. Nous n’avons pas manifesté contre les Palestiniens", a ajouté l’hypocrite. Le 4 janvier, les Gazaouis mouraient sous les bombes. Et le CRIF d’aller manifester sa solidarité avec l’Etat d’Israël au moment où son armée attaque Gaza : n’est-ce pas manifester contre les Palestiniens que de soutenir le massacre dont ils sont victimes (pas loin de 1500 morts), alors même qu’il est en train d’être perpétré ? En clair, l’organisation de Prasquier ne manifeste pas contre les Palestiniens mais en faveur de ceux qui les tuent : la nuance est subtile ! Les propos du président du CRIF sont exemplaires d’un fanatisme chevillé au corps dès lors qu’il est question d’Israël : "Certains osent suggérer ou même écrire que par leur attachement à Israël, les juifs de France, et le CRIF en particulier, se rendent eux-mêmes responsables des débordements antisémites, disait-il toujours dans la même allocution. Cette phraséologie fielleuse, nous l’avons connue dans notre histoire. "Ne soyez plus ceci ou cela, en gros ne soyez plus juif, et il n’y aura plus d’hostilité contre vous", nous disait-on alors. Aujourd’hui on nous enjoint hypocritement : "Soyez contre Israël, sinon il sera normal que nous soyons, ou que les autres soient, antisémites." C’est ainsi qu’Arthur, sous prétexte d’être juif et de soutenir Israël est interdit de spectacle par des manifestants extrémistes*." Imposture intellectuelle que ce discours ! Il ne s’agit pas d’être "contre Israël" mais contre, en l’occurrence, les exactions perpétrées vis-à-vis d’une population civile, et de façon plus générale l’oppression subie depuis soixante ans par le peuple palestinien. Et aussi contre la violation par l’Etat d’Israël des résolutions de l’ONU, l’édification illégale du mur de séparation d’avec les territoires palestiniens, la construction de nouvelles colonies, illégales elles aussi... Mais non, sous prétexte d’ "attachement à Israël", le CRIF cautionne et encourage tout cela. Si on le lui reproche, on est bien sûr aussitôt taxé d’antisémitisme. Et là où ça devient problématique, c’est que cette organisation est censée exprimer la voix des juifs français. Ce sont donc bien ses responsables, en manifestant constamment ce soutien aveugle aux dirigeants de Tel Aviv, qui entretiennent le sentiment que "tous les juifs soutiennent les persécutions infligées aux Palestiniens", ce qui est bien sûr faux. Oui, le CRIF est coupable de désigner l’ensemble des juifs de France comme ennemis déclarés du peuple palestinien, en traçant, suivant la formule de Martine Billard, "un trait d’égalité entre Israël et les juifs". Et que penser de la sortie du grand rabbin de France, Gilles Bernheim, déclarant durant la manifestation organisée par le CRIF que "la seule préoccupation de l’armée israélienne est de préserver, avec amour et courage, l’idée d’humanité pour tous les hommes", en pleine offensive sur Gaza (propos recueillis par Libération) ? Irresponsable provocation ! Tout ceci ne justifie nullement l’antisémitisme, qui représente évidemment une abjection. Tentons un instant de pénétrer un cerveau antisémite. Que lui donne à penser l’attitude réitérée du Conseil représentatif des institutions juives de France ? Que les juifs soutiennent toujours les juifs, quels que soient leurs crimes, par solidarité juive. Et que si l’on combat l’Etat d’Israël, il faut s’attaquer aux juifs.
Pour l’amour de l’Humanité en général et celui d’Alix et Juliette Bonnet en particulier, j’accuse le CRIF de mettre en danger mes enfants, comme tous les autres enfants juifs de France, en ouvrant une voie royale à l’antisémitisme.
L’Union juive française pour la paix rejoint cette position, qui a adressé aux dirigeants du CRIF une lettre ouverte : "Les masques sont tombés et maintenant, ça suffit ! Vous n’avez absolument aucun droit de parler, ni en notre nom ni au nom de tous les nôtres qui ont été parqués dans les ghettos, assassinés dans les pogroms, anéantis dans les camps de la mort, mais qui aussi ont été de toutes les luttes, de celles de l’Internationale pour un monde meilleur à celles de la Résistance à l’envahisseur nazi, contre le colonialisme et pour la liberté, la justice, la dignité et l’égalité des droits.
Vous avez applaudi, encouragé les crimes de l’armée israélienne écrasant sous les bombes la population dans ce que vous appelez « entité hostile », réduisant en tas de gravats ses maisons, dévastant ses cultures, prenant pour cible les écoles, les mosquées, les hôpitaux les ambulances et même un cimetière….Dès lors vous vous êtes placés dans le camp des tenants de l’apartheid, des oppresseurs et des nouveaux barbares , et le sang de leurs victimes rejaillit sur vous.Ce faisant, vous avez perdu tout sentiment humain, toute compassion devant cette détresse, vous nous avez outragés et salis en assimilant tous les Juifs à des supporters d’une bande de criminels de guerre comme vous avez déshonoré la mémoire de Rachi, d’Edmond Fleg, d’Emmanuel Lévinas et de tant d’autres, enfin de tout ce que le judaïsme français comportait de richesse humaine, d’intelligence et de lumières.Vous avez voulu faire d’un conflit colonial et géopolitique un conflit communautaire et en prétendant que « 95 % des Juifs français approuvent l’intervention israélienne », vous attisez l’antisémitisme dont vous prétendez vous inquiéter de la résurgence, en pompiers pyromanes."
* : Au sujet d’Arthur, les manifestants de Vals-les-Bains (Ardèche) n’ont pas interdit le "comique" de spectacle, ils sont venus protester contre son soutien à l’agression perpétrée sur les Gazaouis en réclamant l’arrêt des bombardements. Après plus d’une heure de manifestation et le départ des militants, c’est Arthur lui-même qui a annulé son spectacle, expliquant aux spectateurs qu’il n’avait "plus le cœur à rire". Il a ensuite déclaré : "jamais je n’aurais imaginé, que dans mon propre pays, (...) on puisse manifester contre moi uniquement parce que je suis juif", accusant la manifestation incriminée d’antisémitisme. Faux et archifaux ! Il ne fut pas la cible de manifestants uniquement parce qu’il est juif, comme il le prétend sans honte, mais en tant que soutien de la politique - criminelle ! - du gouvernement israélien. Claude Raymond, membre de l’Union juive française pour la paix, parmi les manifestants ce soir-là, recadre le débat dans Le Dauphiné libéré : "Arthur est un sioniste convaincu qui apporte son soutien financier et tient des propos sionistes insupportables". Voilà bien ce que lui reprochaient les manifestants. Peut-on taxer d’antisémitisme des membres de l’Union juive française pour la paix ? Pour les Torquemada pro-israéliens, sans aucun doute : même les juifs sont anti-juifs dès lors qu’ils n’applaudissent pas la politique d’Israël.
PS : nous consacrerons un second billet à ce dîner du CRIF, disséquant celui-là le discours indigne qui y fut tenu par le Premier ministre François Fillon, dont une seule phrase est citée dans le présent article. Or le reste mérite amplement le détour.
Olivier Bonnet
09/09/2009
Publié par AgoraVox - Yahoo! Actualités.
10 mars 2009
Films israéliens
Le 31e Cinéma du réel programme l'iconoclaste film israélien "Diffamation", AFP-Yahoo! Actualités.
Lire aussi :
• Defamation, Centre Pompidou
• Defamation (Diffamation), Cinéma du réel
Pour sa 31e édition, le festival international de documentaires Cinéma du réel montre, au Centre Pompidou à Paris, des films inédits et iconoclastes, à l'instar de "Diffamation" de l'Israélien Yoav Shamir, en compétition parmi une vingtaine d'oeuvres du monde entier.
Yoav Shamir, qui rencontrera le public à l'issue de la projection, tente d'y répondre à une question simple : "Qu'est-ce que l'antisémitisme aujourd'hui ?".
Bien qu'évoqué quotidiennement dans les débats politiques et les colonnes des journaux en Israël, affirme-t-il en préambule, l'antisémitisme demeure flou pour un jeune homme qui comme lui, est né et a grandi dans l'Etat juif.
Sur un ton irrévérencieux, Shamir mène une enquête sérieuse qui le mène notamment aux Etats-Unis au sein d'une organisation, la Ligue Antidiffamation (Anti defamation league), qui collecte et diffuse des statistiques sur les actes antisémites à travers le monde.
Il interroge aussi l'historien Norman Finkelstein, fils de survivants du ghetto de Varsovie et auteur d'un livre polémique "L'industrie de l'Holocauste", qui dénonce une instrumentalisation de la Shoah par les organisations juives américaines.
L'antisémitisme est-il un fléau endémique qui, aujourd'hui comme hier, peut mener insidieusement "du mot raciste au génocide" comme le dit l'ADL ? Peut-on préserver la mémoire de l'Holocauste sans entretenir dans la communauté juive un sentiment de victimisation, une certaine paranoïa, voire une insensibilité aux souffrances de l'autre ? Ou encore, peut-on critiquer la politique d'Israël vis-à-vis des Palestiniens sans être traité d'antisémite par de puissants lobbies de droite ?
Ces questions iconoclastes et bien d'autres sont au coeur de "Diffamation", dont les séquences les plus fortes montrent des lycéens israéliens en voyage d'études dans les vestiges de camps de la mort en Pologne.
Les enseignants et surtout l'agent des services secrets israéliens qui les accompagnent les mettent en garde contre tout contact avec une population locale qui "hait encore les juifs" et pourrait leur faire du mal, leur dit-on.
"En Israël, on fait en sorte que ces jeunes portent en eux le traumatisme de la Shoah. Dans le film, une adolescente dit «Je veux ressentir ce que ma grand-mère a vécu» et je trouve cela très triste", affirme Yoav Shamir dans un entretien à l'AFP.
"Israël est un pays magnifique, c'est mon pays et je veux y vivre, mais j'ai peur qu'il ne s'isole du monde, à force d'être régi par la peur", poursuit-il.
"J'espère que mon film ouvrira les yeux à certains, qu'il créera un débat".
Lire aussi :
• Defamation, Centre Pompidou
• Defamation (Diffamation), Cinéma du réel
L'aide à la reconstruction de Gaza
Lundi 2 mars s'est ouverte à Charm el-Cheikh, en Egypte, une conférence pour la reconstruction de Gaza, ravagé après les trois semaines de guerre menée en début d'année par Israël, réunissant les représentants de soixante-quinze pays donateurs, qui ont promis d'apporter une aide financière pouvant s'élever à 2,8 milliards de dollars.
Un représentant de l'Autorité palestinienne appartenant au Fatah a été admis à cette conférence, mais le Hamas, qui dirige pourtant le territoire de Gaza depuis 2007, n'a pas été invité à y participer.
Les destructions causées par l'armée israélienne ont été considérables, et ce petit territoire déjà surpeuplé est devenu un champ de ruines. Outre les 1 300 Palestiniens tués, le million de tonnes d'explosifs déversés sur la bande de Gaza ont détruit au moins16 000 habitations, des écoles, des hôpitaux, des tunnels permettant de passer en Egypte. Mais en plus l'état-major israélien a systématiquement visé les infrastructures existantes, les champs cultivés ainsi que les principales industries, rasant les centrales électriques, cimenteries, usines alimentaires ou autres, stations d'épuration d'eau, etc., dans le but évident d'empêcher tout redémarrage économique avant plusieurs années, et rendant les habitants de Gaza encore plus tributaires d'une aide humanitaire extérieure pour survivre.
Or, pour l'instant, les dizaines ou les centaines de millions d'euros promis par les pays donateurs, en premier lieu les États-Unis, l'Union européenne ou des pays arabes, restent des sommes purement fictives, lancées pour faire semblant de se soucier du sort des Gazaouis, tant ces promesses sont assorties de conditions. Israël a déjà déclaré qu'il était hors de question de laisser entrer librement des matériaux de construction, justifiant sa décision par la crainte que ces produits, indispensables pour toute reconstruction, puissent servir au Hamas pour fabriquer des bunkers ou des roquettes !
Quant aux autres États donateurs présents à la conférence, ils font assaut d'hypocrisie, déclarant qu'il faudrait qu'il y ait une entente entre les différents partis palestiniens (le Fatah et le Hamas), voire entre l'État d'Israël et les Palestiniens, avant que toute aide autre qu'humanitaire soit versée aux Palestiniens de Gaza. Sarkozy a donné le ton, se permettant ainsi de leur dicter les choix qu'ils devraient faire s'ils veulent profiter de la manne des pays riches : « Tous les Palestiniens doivent se rassembler dans un gouvernement d'union derrière le président Abbas », a-t-il déclaré, ajoutant aussi que le Hamas doit rechercher « une solution politique avec Israël ». Comme si cela ne dépendait que du Hamas !
En revanche aucun État, pas même les États arabes qui, telle l'Arabie saoudite, promettent d'aider à la reconstruction de Gaza, ne parle de faire pression sur Israël. Pendant toute la durée de cette guerre, tous ont laissé l'armée israélienne bombarder la bande de Gaza, anéantir les moyens d'existence déjà réduits de la population, expérimenter des armes nouvelles sur un peuple qui n'avait pas les moyens militaires de se défendre. Les grandes puissances en particulier assistent depuis des années sans rien dire au blocus économique imposé par Israël, qui étouffe la bande de Gaza et réduit ses habitants à un état de pauvreté extrême.
Dans ces conditions, la conférence de Charm el-Cheikh risque fort de n'être qu'une mascarade de plus, où les États qui ont laissé l'armée israélienne bombarder et ruiner Gaza se seront donné bonne conscience en parlant de verser une aide, dont personne ne sait ni quand ni comment elle parviendra à la population de ce territoire.
Marianne LAMIRAL
4 mars 2009
Publié par Lutte Ouvrière.
Un représentant de l'Autorité palestinienne appartenant au Fatah a été admis à cette conférence, mais le Hamas, qui dirige pourtant le territoire de Gaza depuis 2007, n'a pas été invité à y participer.
Les destructions causées par l'armée israélienne ont été considérables, et ce petit territoire déjà surpeuplé est devenu un champ de ruines. Outre les 1 300 Palestiniens tués, le million de tonnes d'explosifs déversés sur la bande de Gaza ont détruit au moins16 000 habitations, des écoles, des hôpitaux, des tunnels permettant de passer en Egypte. Mais en plus l'état-major israélien a systématiquement visé les infrastructures existantes, les champs cultivés ainsi que les principales industries, rasant les centrales électriques, cimenteries, usines alimentaires ou autres, stations d'épuration d'eau, etc., dans le but évident d'empêcher tout redémarrage économique avant plusieurs années, et rendant les habitants de Gaza encore plus tributaires d'une aide humanitaire extérieure pour survivre.
Or, pour l'instant, les dizaines ou les centaines de millions d'euros promis par les pays donateurs, en premier lieu les États-Unis, l'Union européenne ou des pays arabes, restent des sommes purement fictives, lancées pour faire semblant de se soucier du sort des Gazaouis, tant ces promesses sont assorties de conditions. Israël a déjà déclaré qu'il était hors de question de laisser entrer librement des matériaux de construction, justifiant sa décision par la crainte que ces produits, indispensables pour toute reconstruction, puissent servir au Hamas pour fabriquer des bunkers ou des roquettes !
Quant aux autres États donateurs présents à la conférence, ils font assaut d'hypocrisie, déclarant qu'il faudrait qu'il y ait une entente entre les différents partis palestiniens (le Fatah et le Hamas), voire entre l'État d'Israël et les Palestiniens, avant que toute aide autre qu'humanitaire soit versée aux Palestiniens de Gaza. Sarkozy a donné le ton, se permettant ainsi de leur dicter les choix qu'ils devraient faire s'ils veulent profiter de la manne des pays riches : « Tous les Palestiniens doivent se rassembler dans un gouvernement d'union derrière le président Abbas », a-t-il déclaré, ajoutant aussi que le Hamas doit rechercher « une solution politique avec Israël ». Comme si cela ne dépendait que du Hamas !
En revanche aucun État, pas même les États arabes qui, telle l'Arabie saoudite, promettent d'aider à la reconstruction de Gaza, ne parle de faire pression sur Israël. Pendant toute la durée de cette guerre, tous ont laissé l'armée israélienne bombarder la bande de Gaza, anéantir les moyens d'existence déjà réduits de la population, expérimenter des armes nouvelles sur un peuple qui n'avait pas les moyens militaires de se défendre. Les grandes puissances en particulier assistent depuis des années sans rien dire au blocus économique imposé par Israël, qui étouffe la bande de Gaza et réduit ses habitants à un état de pauvreté extrême.
Dans ces conditions, la conférence de Charm el-Cheikh risque fort de n'être qu'une mascarade de plus, où les États qui ont laissé l'armée israélienne bombarder et ruiner Gaza se seront donné bonne conscience en parlant de verser une aide, dont personne ne sait ni quand ni comment elle parviendra à la population de ce territoire.
Marianne LAMIRAL
4 mars 2009
Publié par Lutte Ouvrière.
Boucliers humains : une pratique courante de l’armée israélienne
Les Palestiniens qui habitent dans un quartier à l’est de Jabaliya ont expliqué à « Haaretz » que des soldats de l’armée israélienne leur avaient imposé une multitude de tâches : créer à la masse des ouvertures dans les murs, pénétrer dans des maisons avant les soldats et s’assurer que des hommes armés avaient bien été tués. Réponse du porte-parole de l’armée israélienne : il n’y a jamais rien eu de tel, les combattants avaient reçu pour instructions de ne pas se servir de la population civile dans le cadre des combats.
Gaza
A la question « Qui est là ? », est venue la réponse : « Armée de défense d’Israël ». Majdi Abed Rabbo, 39 ans, officier du renseignement palestinien de l’Autorité Palestinienne à Ramallah, qui habite dans le quartier Izbet Abed Rabbo à l’est de Jabaliya, était descendu ouvrir la porte. Il s’est retrouvé face au fils des voisins, Mahmoud Daher, avec derrière lui un soldat qui lui enfonçait son fusil dans le dos. Le soldat a alors déplacé Mahmoud pour pointer son fusil sur Majdi. « Il m’a ordonné de baisser mon pantalon. Je l’ai baissé. Il m’a ordonné de relever ma chemise. Je l’ai relevée. Que je tourne sur moi-même. J’ai tourné sur moi-même », a raconté Majdi, et alors la pièce s’est remplie de soldats. « Douze ou quelque chose comme ça. »
C’était le lundi 5 janvier, entre neuf heures et demie et dix heures du matin, une quarantaine d’heures après le début de l’offensive terrestre israélienne. Dimanche soir, les soldats s’étaient installés dans la maison des Daher. Ils avaient d’abord rassemblé la famille au rez-de-chaussée. On entendait des tirs tout autour. Ensuite, ils les avaient tous fait monter dans une pièce du premier étage. Les membres de la famille s’étaient demandé pourquoi les soldats les faisaient monter – parents, enfants, deux bébés et la grand-mère âgée – dans une pièce inconfortable et froide mais ils n’avaient pas pu refuser. Ils ne savaient pas encore que leur transfert au premier étage les rapprochait des échanges de tirs. Ce n’est que plus tard qu’ils ont su que la maison vide, côté nord-est, du voisin Abou Hatem, dont les habitants sont partis depuis longtemps à l’étranger, abritait trois combattants d’Iz a-Din al Qassam. La haute maison de Majdi Abed Rabbo est contiguë à celle, étroite, d’Abou Hatem.
Avant cela, lundi matin, aux alentours de sept heures, les soldats avaient fait sortir de chez lui Shafik Daher, 53 ans, un directeur financier qui reçoit son salaire de Ramallah, et ses trois fils. Là se sont séparés les chemins du père et de ses fils. Les soldats ont conduit Shafik Daher à la maison voisine, côté est, celle de Jaber Zidane. La porte avait été défoncée. Il a trouvé les voisins serrés dans une seule pièce. La fouille, ici comme dans les quatre autres maisons où on lui a ordonné d’entrer ce jour-là, s’est déroulée de manière semblable : il marchait en tête, avec les soldats derrière lui. Un soldat tenait son fusil appuyé sur son épaule droite tout en lui empoignant de l’autre main l’épaule gauche. Chaque pièce. Chaque étage. Ensuite, ils ont rassemblés les membres de la famille Zidane dans une maison à l’est de chez eux, la maison de Tawfik Qatari. Les hommes, y compris les garçons de 14 et 16 ans, ont été menottés. Les uns, mains dans le dos, les autres, mains à l’avant.
Les soldats ont pris le contrôle de la maison de la famille Qatari le dimanche soir, 4 janvier. Elle aussi s’est retrouvée rassemblée au rez-de-chaussée. Avec tout autour des tirs en permanence. Les soldats s’étaient établis à un des étages au-dessus et avaient transformé la fenêtre donnant côté nord-est – proche de la maison d’Abou Hatem – en position de tir. « Il y avait un bon soldat qui nous a dit qu’il était dangereux de rester là où nous étions et qui nous a déplacés vers l’intérieur », ont-ils raconté.
La peur de Jamal
Vers neuf heures du matin, lundi, les soldats ont emmené de la maison des Al Qatari le fils Jamal. Durant les quatre jours qui suivront, Jamal circulera avec les soldats pour lesquels il remplira plusieurs tâches : il devra entrer le premier dans les maisons et demander aux gens de descendre. Une dizaine de maisons, estime-t-il. Il marchait devant l’énorme bulldozer de l’armée qui progressait dans le quartier et écrasait les rues. « J’ai peur que les soldats ne tirent sur moi », a-t-il dit à un soldat qui lui a répondu « n’aie pas peur ».
Pendant ce temps, lundi matin, Daher poursuivait ses missions de protection, de défense des soldats de l’armée de défense d’Israël. Il ignorait qu’au même moment, ses deux grands fils circulaient avec deux autres groupes de soldats, recevant l’ordre de créer des ouvertures dans les murs des maisons à l’aide de lourdes masses qu’on leur donnait. Il ne savait pas non plus qu’exactement au même moment, un soldat enfonçait son fusil dans le dos de son troisième fils, devant la porte de Majdi Abed Rabbo. Majdi lui-même, après avoir reçu l’ordre de faire une ouverture dans le mur qui sépare son toit de celui des voisins, a encore dû faire des brèches dans plusieurs maisons proches de la mosquée, pénétrer dans une voiture, examiner la maison des Zidane pour être ensuite amené dans la maison des Qatari où il a trouvé Shafik Daher qu’il a rassuré sur le sort de son fils.
Forcé d’obéir
Vers deux heures de l’après-midi, un soldat l’a emmené dehors, lui a indiqué la maison d’Abou Hatem et lui a dit, selon son témoignage : « Dans cette maison, il y avait des hommes armés. Nous les avons tués. Ôte-leur leurs vêtements et prends-leur leurs armes ». Il a d’abord refusé en disant que ce n’était pas son boulot. « Obéis aux ordres », lui a-t-on dit. Il a obéi et est descendu, de chez lui, dans la maison d’Abou Hatem, en criant en arabe qu’il était le propriétaire. Il a découvert trois hommes armés d’Iz a-Din al Qassam, parfaitement vivants. Ils lui ont dit de ne pas revenir, « car nous te tirerons dessus ».
Il a rejoint les soldats qui lui ont ordonné d’ôter ses vêtements, de tourner sur lui-même, puis il a dit que les trois étaient vivants. Surpris, l’officier a demandé à vérifier son identité et a découvert qu’il appartenait au renseignement palestinien d’Abou Mazen. Il a été menotté, mis sur le côté et il a entendu des coups de feu. Il a alors de nouveau été envoyé pour vérifier, avec les mêmes menaces et la même assurance que les trois hommes avaient maintenant été tués. Il les a retrouvés, l’un d’entre eux était blessé et les deux autres « OK ». Un des combattants du Hamas lui a dit : « Dit à cet officier que s’il est un homme, qu’il monte ».
Les soldats n’ont pas apprécié ce qu’ils entendaient. L’un d’eux aurait juré, selon lui. Il a de nouveau été menotté et mis sur le côté. Il commençait à faire un peu sombre. Il a entendu le bruit d’un hélicoptère puis celui d’un missile qui explose et un soldat lui a dit : maintenant nous les avons tués, au missile. Vas-y. Il est allé et a vu que c’était sa maison à lui que le missile avait touché. « Tu es fou ? », lui a demandé le soldat. « Non », lui a dit Majdi Abed Rabbo, « le missile a touché ma maison » et tout est cassé là-bas : l’eau fuit, des morceaux de bétons traînent et tout autour, les tirs sont incessants, « pas naturels » et les bruits d’explosions nombreux, plus le bruit d’un hélicoptère et d’une explosion.
De nouveau se déshabiller
Quand il a reçu l’ordre d’aller vérifier pour la troisième fois si les trois étaient morts, il faisait noir. Les soldats lui ont éclairé le chemin. Il a découvert deux des hommes sous les décombres et le troisième avec son arme à la main. Il était aux alentours de minuit, dans la nuit de lundi à mardi. Il a rejoint les soldats, s’est de nouveau déshabillé, fait un tour sur lui-même, puis a dit que les trois étaient vivants. « Tu es fou ? », lui ont-ils encore demandé. « Non, je ne suis pas fou, je vous dis ce que j’ai vu ». Affamé, assoiffé et avec une migraine terrible, il a été ramené à la maison des Qatari.
A six heures et demie du matin, voilà qu’on l’emmène de nouveau dehors, devant ce qui avait été sa maison. Des soldats ont apporté un mégaphone et, d’après son témoignage, ils se sont mis à crier : « Vous, les hommes en armes, vous avez un quart d’heure pour vous rendre ; descendez, ôtez vos vêtements, la Croix Rouge est ici, les journalistes sont ici ; nous soignerons le blessé ». Les soldats ont lâché un chien dans la maison démolie. Un des hommes armés lui a tiré dessus et l’a tué. Les soldats les ont à nouveau appelés à sortir de la maison. Il n’y a pas eu de réponse. « Alors le bulldozer est arrivé et il a attaqué ma maison, il a commencé à la démolir sous mes yeux ».
Les soldats l’ont ramené à la maison des Qatari quand le bulldozer a commencé à démolir la maison d’Abou Hatem. Il y avait des coups de feu. Quand, deux heures plus tard, on l’a fait sortir, avec un autre groupe d’hommes, il a trouvé deux des hommes armés « morts, étalés sur le béton démoli ». Il n’a pas vu le troisième. « Qu’est-ce que c’est pour une armée qui ne peut pas faire irruption dans une maison où il y a des hommes armés ? », s’est-il demandé.
Ils sont 20 à avoir été utilisés comme protection
Huit habitants d’Izbet Abed Rabbo ont eu une conversation avec « Haaretz » et ont témoigné s’être vus ordonner d’accompagner des soldats de l’armée israélienne dans des missions d’entrée par effraction et de fouille de maisons, et cela en plus des membres des familles restés dans leurs maisons pendant que l’armée utilisait celles-ci comme positions de tir ou comme bases. A Izbet Abed Rabbo, on estime qu’une vingtaine d’habitants au moins ont été contraints à diverses missions « d’accompagnement et de protection » comme celles décrites ci-dessus et d’autres, pour des durées variables, entre le 5 et le 12 janvier.
Le porte-parole de l’armée israélienne a fait savoir en réponse : « L’armée israélienne est une armée morale et ses soldats opèrent dans l’esprit de l’armée israélienne et de ses valeurs, et nous proposons d’examiner convenablement les déclarations des parties palestiniennes intéressées. Les forces de l’armée israélienne ont sans ambiguïté pour instruction de ne pas se servir de la population civile dans le cadre des combats, à quelque fin que ce soit, et évidemment pas comme ‘boucliers humains’. De l’examen mené devant les commandants des forces qui étaient présentes dans le secteur concerné, il ne ressort aucune preuve des cas évoqués. Tous ceux qui tentent d’accuser l’armée israélienne d’actes de ce genre créent une image erronée et trompeuse de l’armée israélienne et de ses combattants qui opèrent conformément aux standards moraux et au droit international. »
Amira Hass
20/02/2009
Publié par EuroPalestine selon Ha'aretz.
Gaza
A la question « Qui est là ? », est venue la réponse : « Armée de défense d’Israël ». Majdi Abed Rabbo, 39 ans, officier du renseignement palestinien de l’Autorité Palestinienne à Ramallah, qui habite dans le quartier Izbet Abed Rabbo à l’est de Jabaliya, était descendu ouvrir la porte. Il s’est retrouvé face au fils des voisins, Mahmoud Daher, avec derrière lui un soldat qui lui enfonçait son fusil dans le dos. Le soldat a alors déplacé Mahmoud pour pointer son fusil sur Majdi. « Il m’a ordonné de baisser mon pantalon. Je l’ai baissé. Il m’a ordonné de relever ma chemise. Je l’ai relevée. Que je tourne sur moi-même. J’ai tourné sur moi-même », a raconté Majdi, et alors la pièce s’est remplie de soldats. « Douze ou quelque chose comme ça. »
C’était le lundi 5 janvier, entre neuf heures et demie et dix heures du matin, une quarantaine d’heures après le début de l’offensive terrestre israélienne. Dimanche soir, les soldats s’étaient installés dans la maison des Daher. Ils avaient d’abord rassemblé la famille au rez-de-chaussée. On entendait des tirs tout autour. Ensuite, ils les avaient tous fait monter dans une pièce du premier étage. Les membres de la famille s’étaient demandé pourquoi les soldats les faisaient monter – parents, enfants, deux bébés et la grand-mère âgée – dans une pièce inconfortable et froide mais ils n’avaient pas pu refuser. Ils ne savaient pas encore que leur transfert au premier étage les rapprochait des échanges de tirs. Ce n’est que plus tard qu’ils ont su que la maison vide, côté nord-est, du voisin Abou Hatem, dont les habitants sont partis depuis longtemps à l’étranger, abritait trois combattants d’Iz a-Din al Qassam. La haute maison de Majdi Abed Rabbo est contiguë à celle, étroite, d’Abou Hatem.
Avant cela, lundi matin, aux alentours de sept heures, les soldats avaient fait sortir de chez lui Shafik Daher, 53 ans, un directeur financier qui reçoit son salaire de Ramallah, et ses trois fils. Là se sont séparés les chemins du père et de ses fils. Les soldats ont conduit Shafik Daher à la maison voisine, côté est, celle de Jaber Zidane. La porte avait été défoncée. Il a trouvé les voisins serrés dans une seule pièce. La fouille, ici comme dans les quatre autres maisons où on lui a ordonné d’entrer ce jour-là, s’est déroulée de manière semblable : il marchait en tête, avec les soldats derrière lui. Un soldat tenait son fusil appuyé sur son épaule droite tout en lui empoignant de l’autre main l’épaule gauche. Chaque pièce. Chaque étage. Ensuite, ils ont rassemblés les membres de la famille Zidane dans une maison à l’est de chez eux, la maison de Tawfik Qatari. Les hommes, y compris les garçons de 14 et 16 ans, ont été menottés. Les uns, mains dans le dos, les autres, mains à l’avant.
Les soldats ont pris le contrôle de la maison de la famille Qatari le dimanche soir, 4 janvier. Elle aussi s’est retrouvée rassemblée au rez-de-chaussée. Avec tout autour des tirs en permanence. Les soldats s’étaient établis à un des étages au-dessus et avaient transformé la fenêtre donnant côté nord-est – proche de la maison d’Abou Hatem – en position de tir. « Il y avait un bon soldat qui nous a dit qu’il était dangereux de rester là où nous étions et qui nous a déplacés vers l’intérieur », ont-ils raconté.
La peur de Jamal
Vers neuf heures du matin, lundi, les soldats ont emmené de la maison des Al Qatari le fils Jamal. Durant les quatre jours qui suivront, Jamal circulera avec les soldats pour lesquels il remplira plusieurs tâches : il devra entrer le premier dans les maisons et demander aux gens de descendre. Une dizaine de maisons, estime-t-il. Il marchait devant l’énorme bulldozer de l’armée qui progressait dans le quartier et écrasait les rues. « J’ai peur que les soldats ne tirent sur moi », a-t-il dit à un soldat qui lui a répondu « n’aie pas peur ».
Pendant ce temps, lundi matin, Daher poursuivait ses missions de protection, de défense des soldats de l’armée de défense d’Israël. Il ignorait qu’au même moment, ses deux grands fils circulaient avec deux autres groupes de soldats, recevant l’ordre de créer des ouvertures dans les murs des maisons à l’aide de lourdes masses qu’on leur donnait. Il ne savait pas non plus qu’exactement au même moment, un soldat enfonçait son fusil dans le dos de son troisième fils, devant la porte de Majdi Abed Rabbo. Majdi lui-même, après avoir reçu l’ordre de faire une ouverture dans le mur qui sépare son toit de celui des voisins, a encore dû faire des brèches dans plusieurs maisons proches de la mosquée, pénétrer dans une voiture, examiner la maison des Zidane pour être ensuite amené dans la maison des Qatari où il a trouvé Shafik Daher qu’il a rassuré sur le sort de son fils.
Forcé d’obéir
Vers deux heures de l’après-midi, un soldat l’a emmené dehors, lui a indiqué la maison d’Abou Hatem et lui a dit, selon son témoignage : « Dans cette maison, il y avait des hommes armés. Nous les avons tués. Ôte-leur leurs vêtements et prends-leur leurs armes ». Il a d’abord refusé en disant que ce n’était pas son boulot. « Obéis aux ordres », lui a-t-on dit. Il a obéi et est descendu, de chez lui, dans la maison d’Abou Hatem, en criant en arabe qu’il était le propriétaire. Il a découvert trois hommes armés d’Iz a-Din al Qassam, parfaitement vivants. Ils lui ont dit de ne pas revenir, « car nous te tirerons dessus ».
Il a rejoint les soldats qui lui ont ordonné d’ôter ses vêtements, de tourner sur lui-même, puis il a dit que les trois étaient vivants. Surpris, l’officier a demandé à vérifier son identité et a découvert qu’il appartenait au renseignement palestinien d’Abou Mazen. Il a été menotté, mis sur le côté et il a entendu des coups de feu. Il a alors de nouveau été envoyé pour vérifier, avec les mêmes menaces et la même assurance que les trois hommes avaient maintenant été tués. Il les a retrouvés, l’un d’entre eux était blessé et les deux autres « OK ». Un des combattants du Hamas lui a dit : « Dit à cet officier que s’il est un homme, qu’il monte ».
Les soldats n’ont pas apprécié ce qu’ils entendaient. L’un d’eux aurait juré, selon lui. Il a de nouveau été menotté et mis sur le côté. Il commençait à faire un peu sombre. Il a entendu le bruit d’un hélicoptère puis celui d’un missile qui explose et un soldat lui a dit : maintenant nous les avons tués, au missile. Vas-y. Il est allé et a vu que c’était sa maison à lui que le missile avait touché. « Tu es fou ? », lui a demandé le soldat. « Non », lui a dit Majdi Abed Rabbo, « le missile a touché ma maison » et tout est cassé là-bas : l’eau fuit, des morceaux de bétons traînent et tout autour, les tirs sont incessants, « pas naturels » et les bruits d’explosions nombreux, plus le bruit d’un hélicoptère et d’une explosion.
De nouveau se déshabiller
Quand il a reçu l’ordre d’aller vérifier pour la troisième fois si les trois étaient morts, il faisait noir. Les soldats lui ont éclairé le chemin. Il a découvert deux des hommes sous les décombres et le troisième avec son arme à la main. Il était aux alentours de minuit, dans la nuit de lundi à mardi. Il a rejoint les soldats, s’est de nouveau déshabillé, fait un tour sur lui-même, puis a dit que les trois étaient vivants. « Tu es fou ? », lui ont-ils encore demandé. « Non, je ne suis pas fou, je vous dis ce que j’ai vu ». Affamé, assoiffé et avec une migraine terrible, il a été ramené à la maison des Qatari.
A six heures et demie du matin, voilà qu’on l’emmène de nouveau dehors, devant ce qui avait été sa maison. Des soldats ont apporté un mégaphone et, d’après son témoignage, ils se sont mis à crier : « Vous, les hommes en armes, vous avez un quart d’heure pour vous rendre ; descendez, ôtez vos vêtements, la Croix Rouge est ici, les journalistes sont ici ; nous soignerons le blessé ». Les soldats ont lâché un chien dans la maison démolie. Un des hommes armés lui a tiré dessus et l’a tué. Les soldats les ont à nouveau appelés à sortir de la maison. Il n’y a pas eu de réponse. « Alors le bulldozer est arrivé et il a attaqué ma maison, il a commencé à la démolir sous mes yeux ».
Les soldats l’ont ramené à la maison des Qatari quand le bulldozer a commencé à démolir la maison d’Abou Hatem. Il y avait des coups de feu. Quand, deux heures plus tard, on l’a fait sortir, avec un autre groupe d’hommes, il a trouvé deux des hommes armés « morts, étalés sur le béton démoli ». Il n’a pas vu le troisième. « Qu’est-ce que c’est pour une armée qui ne peut pas faire irruption dans une maison où il y a des hommes armés ? », s’est-il demandé.
Ils sont 20 à avoir été utilisés comme protection
Huit habitants d’Izbet Abed Rabbo ont eu une conversation avec « Haaretz » et ont témoigné s’être vus ordonner d’accompagner des soldats de l’armée israélienne dans des missions d’entrée par effraction et de fouille de maisons, et cela en plus des membres des familles restés dans leurs maisons pendant que l’armée utilisait celles-ci comme positions de tir ou comme bases. A Izbet Abed Rabbo, on estime qu’une vingtaine d’habitants au moins ont été contraints à diverses missions « d’accompagnement et de protection » comme celles décrites ci-dessus et d’autres, pour des durées variables, entre le 5 et le 12 janvier.
Le porte-parole de l’armée israélienne a fait savoir en réponse : « L’armée israélienne est une armée morale et ses soldats opèrent dans l’esprit de l’armée israélienne et de ses valeurs, et nous proposons d’examiner convenablement les déclarations des parties palestiniennes intéressées. Les forces de l’armée israélienne ont sans ambiguïté pour instruction de ne pas se servir de la population civile dans le cadre des combats, à quelque fin que ce soit, et évidemment pas comme ‘boucliers humains’. De l’examen mené devant les commandants des forces qui étaient présentes dans le secteur concerné, il ne ressort aucune preuve des cas évoqués. Tous ceux qui tentent d’accuser l’armée israélienne d’actes de ce genre créent une image erronée et trompeuse de l’armée israélienne et de ses combattants qui opèrent conformément aux standards moraux et au droit international. »
Amira Hass
20/02/2009
Publié par EuroPalestine selon Ha'aretz.
Pourquoi faut-il critiquer le Meretz et la Paix Maintenant ?
Plusieurs lecteurs du site du Centre d’information alternative ont demandé pourquoi, durant le massacre israélien de la bande de Gaza le mois dernier, je n’avais pas réservé mes accusations au gouvernement et aux partis politiques de ce gouvernement, mais que j’avais ajouté le mouvement de la Paix Maintenant et le parti Meretz à ceux qu’il fallait critiquer et blâmer.
La réponse est malheureusement toute simple : parce qu’ils ont ouvertement et inconditionnellement soutenu l’agression, et qu’ainsi ils ont défendu la logique du gouvernement.
Selon la Paix Maintenant et le Meretz, l’agression contre le peuple de Gaza était justifiée, voire nécessaire. Répétant comme des perroquets les arguments du gouvernement, que « Gaza » était une menace pour la sécurité d’Israël et qu’une attaque préventive représentait la seule façon de protéger l’existence même d’Israël. A l’instar de la droite, la gauche sioniste n’a guère fait de distinction entre la population gazaouie, le gouvernement Hamas et les groupes marginaux qui tiraient de pathétiques roquettes sur Sderot. « Gaza » est une entité terroriste et doit être éradiquée, ou au moins sévèrement punie. «Gaza delenda est» (Gaza doit être détruite).
Ce n’est que le 15 janvier que le secrétaire général de la Paix Maintenant, Yariv Openheimer, a publié une déclaration appelant le gouvernement à «cesser immédiatement l’attaque contre le centre de Gaza [...]. Les conditions sont maintenant réunies pour un cessez-le-feu et toute journée supplémentaire de combat est moralement illégitime.» Trois jours plus tard, après le cessez-le-feu, la Paix Maintenant publiait une nouvelle déclaration. «Nous devons utiliser le choc subi par le Hamas et le mettre hors d’état de nuire en signant un accord avec Abu Mazen». La même semaine, la Paix Maintenant payait une annonce dans Haaretz titrée : «Maintenant il est temps de parler». Autrement dit : le massacre de Gaza était totalement justifié, mais il fallait le faire suivre de négociations avec Mahmoud Abbas.
Dans un article publié sur le site du Meretz, Daniel Caletti, ancien militant de la Paix Maintenant/Meretz, écrit : «Le pire fut, bien sûr, la trahison ultime du Meretz [...] quand il a soutenu la dernière guerre contre Gaza et les massacres d’enfants. Le député Haim Oron a même interdit à ses collègues de la Knesset de manifester contre cette guerre sanglante.» Pendant les débats sur l’effondrement du Meretz aux dernières élections, Caletti a expliqué : «Les vrais électeurs de gauche ont quitté le Meretz pour voter Hadash, alors que les pseudos électeurs de gauche ont déserté pour aller vers le Kadima pour ‘renforcer Tzipi’ ».
Il faut ajouter que cette nouvelle trahison de la gauche sioniste n’a pas été approuvée par toute la direction du Meretz et que des dirigeants comme Mossi Raz et Galia Golan ont participé à des manifestations contre le massacre de Gaza et n’ont pas caché à quel point ils avaient honte de la position de leur mouvement.
Le fiasco électoral du Meretz confirme que la gauche sioniste est arrivée à sa fin. La gauche non sioniste a désormais la responsabilité historique de construire un nouveau foyer politique pour les milliers d’orphelins de la Paix Maintenant/Meretz qui n’ont pas choisi de rejoindre le Kadima sous le prétexte que ce serait le moindre mal. Et nous le devons sans renoncer en rien aux principes, mais aussi sans sectarisme irresponsable.
Michel Warschawski
27 février 2009
Publié par Info-Palestine.
La réponse est malheureusement toute simple : parce qu’ils ont ouvertement et inconditionnellement soutenu l’agression, et qu’ainsi ils ont défendu la logique du gouvernement.
Selon la Paix Maintenant et le Meretz, l’agression contre le peuple de Gaza était justifiée, voire nécessaire. Répétant comme des perroquets les arguments du gouvernement, que « Gaza » était une menace pour la sécurité d’Israël et qu’une attaque préventive représentait la seule façon de protéger l’existence même d’Israël. A l’instar de la droite, la gauche sioniste n’a guère fait de distinction entre la population gazaouie, le gouvernement Hamas et les groupes marginaux qui tiraient de pathétiques roquettes sur Sderot. « Gaza » est une entité terroriste et doit être éradiquée, ou au moins sévèrement punie. «Gaza delenda est» (Gaza doit être détruite).
Ce n’est que le 15 janvier que le secrétaire général de la Paix Maintenant, Yariv Openheimer, a publié une déclaration appelant le gouvernement à «cesser immédiatement l’attaque contre le centre de Gaza [...]. Les conditions sont maintenant réunies pour un cessez-le-feu et toute journée supplémentaire de combat est moralement illégitime.» Trois jours plus tard, après le cessez-le-feu, la Paix Maintenant publiait une nouvelle déclaration. «Nous devons utiliser le choc subi par le Hamas et le mettre hors d’état de nuire en signant un accord avec Abu Mazen». La même semaine, la Paix Maintenant payait une annonce dans Haaretz titrée : «Maintenant il est temps de parler». Autrement dit : le massacre de Gaza était totalement justifié, mais il fallait le faire suivre de négociations avec Mahmoud Abbas.
Dans un article publié sur le site du Meretz, Daniel Caletti, ancien militant de la Paix Maintenant/Meretz, écrit : «Le pire fut, bien sûr, la trahison ultime du Meretz [...] quand il a soutenu la dernière guerre contre Gaza et les massacres d’enfants. Le député Haim Oron a même interdit à ses collègues de la Knesset de manifester contre cette guerre sanglante.» Pendant les débats sur l’effondrement du Meretz aux dernières élections, Caletti a expliqué : «Les vrais électeurs de gauche ont quitté le Meretz pour voter Hadash, alors que les pseudos électeurs de gauche ont déserté pour aller vers le Kadima pour ‘renforcer Tzipi’ ».
Il faut ajouter que cette nouvelle trahison de la gauche sioniste n’a pas été approuvée par toute la direction du Meretz et que des dirigeants comme Mossi Raz et Galia Golan ont participé à des manifestations contre le massacre de Gaza et n’ont pas caché à quel point ils avaient honte de la position de leur mouvement.
Le fiasco électoral du Meretz confirme que la gauche sioniste est arrivée à sa fin. La gauche non sioniste a désormais la responsabilité historique de construire un nouveau foyer politique pour les milliers d’orphelins de la Paix Maintenant/Meretz qui n’ont pas choisi de rejoindre le Kadima sous le prétexte que ce serait le moindre mal. Et nous le devons sans renoncer en rien aux principes, mais aussi sans sectarisme irresponsable.
Michel Warschawski
27 février 2009
Publié par Info-Palestine.
9 mars 2009
Dissident dans la révolution
WEISSMAN Susan, Dissident dans la Révolution, Syllepse, 2006.

Victor Serge a été le témoin des grandes tragédies et des espoirs qui ont marqué le 20e siècle. Susan Weissman s’attache dans cette biographie à nous faire découvrir un Serge inattendu : elle nous fait suivre pas à pas le développement de la pensée et de l’action de l’auteur de S’il est minuit dans le siècle.
Russe élevé en Belgique, son parcours se poursuit à Paris où l’entraîne ses convictions anarchistes. Il y fréquente la célèbre bande à Bonnot et, après une lourde condamnation, il rejoint Barcelone où couve l’insurrection.Attiré comme par un aimant par la révolution des soviets, il gagne Petrograd où il découvre une révolution en danger. Il devient rapidement proche des bolcheviks dont il rencontre les plus éminents dirigeants, Lénine et Trotski notamment, et participe à la lutte désespérée de cette révolution pour briser son isolement et son étranglement.
Victor Serge est aussi le témoin accusateur de la montée victorieuse du cancer bureaucratique stalinien, qui détruit de l’intérieur la Russie soviétique et la révolution.Arrêté, déporté, il est sauvé d’une mort certaine grâce à une campagne internationale. Exilé à Paris, il est pris dans la tourmente du Front populaire, de la révolution espagnole et des procès de Moscou. Quand les chars nazis déferlent sur la France, il prend la route de son dernier exil : le Mexique.
Révolutionnaire épris de liberté et d’humanisme, Victor Serge a développé une vision critique, voire iconoclaste, du processus soviétique, ce qui l’a conduit à de nombreux désaccords avec Léon Trotski dont il partageait le combat pour un socialisme démocratique dans la Russie stalinienne et dans le monde capitaliste.
Syllepse
Lire aussi sur Dissident dans la Révolution :
• À babord !
• La Bataille socialiste
• Émancipation
• Gavroche
Lire aussi sur Victor Serge :
• Archive Internet des Marxistes
• A Contretemps
• Alternative libertaire
• Bellaciao
• Cgecaf
• Wikipédia
Victor Serge a été le témoin des grandes tragédies et des espoirs qui ont marqué le 20e siècle. Susan Weissman s’attache dans cette biographie à nous faire découvrir un Serge inattendu : elle nous fait suivre pas à pas le développement de la pensée et de l’action de l’auteur de S’il est minuit dans le siècle.
Russe élevé en Belgique, son parcours se poursuit à Paris où l’entraîne ses convictions anarchistes. Il y fréquente la célèbre bande à Bonnot et, après une lourde condamnation, il rejoint Barcelone où couve l’insurrection.Attiré comme par un aimant par la révolution des soviets, il gagne Petrograd où il découvre une révolution en danger. Il devient rapidement proche des bolcheviks dont il rencontre les plus éminents dirigeants, Lénine et Trotski notamment, et participe à la lutte désespérée de cette révolution pour briser son isolement et son étranglement.
Victor Serge est aussi le témoin accusateur de la montée victorieuse du cancer bureaucratique stalinien, qui détruit de l’intérieur la Russie soviétique et la révolution.Arrêté, déporté, il est sauvé d’une mort certaine grâce à une campagne internationale. Exilé à Paris, il est pris dans la tourmente du Front populaire, de la révolution espagnole et des procès de Moscou. Quand les chars nazis déferlent sur la France, il prend la route de son dernier exil : le Mexique.
Révolutionnaire épris de liberté et d’humanisme, Victor Serge a développé une vision critique, voire iconoclaste, du processus soviétique, ce qui l’a conduit à de nombreux désaccords avec Léon Trotski dont il partageait le combat pour un socialisme démocratique dans la Russie stalinienne et dans le monde capitaliste.
Syllepse
Lire aussi sur Dissident dans la Révolution :
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8 mars 2009
"Moi, juif anti-sioniste..."
Tandis qu'à Gaza un fragile cessez-le-feu se maintient depuis le 18 janvier, les négociations se poursuivent pour la mise en place d'une trêve durable entre le Hamas et Israël, de nombreuses voix s'élèvent et demandent des comptes à Israël. Celle de Pierre Stambul, membre du bureau national de l'Union Juive Française pour la Paix, en est l'une d'elles.
Dans cet entretien, il explique comment l'impunité dont a joui Israël jusqu'à présent a permis le crime.
Le Matin : L'UJFP fait partie de ces voix juives qui s'élèvent en France et en Europe pour critiquer la politique d'occupation israélienne et condamner fermement l'agression criminelle contre la population de Gaza qui a fait plus de 1300 morts, notamment des centaines d'enfants. Comment votre action est-elle perçue en France ?
Dans les manifestations de soutien au peuple de Gaza, les militant-e-s de l’UJFP ont défilé sous leurs banderoles, avec des mots d’ordre : « juifs et arabes ensemble contre l’occupation ». À Paris, il y a (à toutes les manifestations) une grande banderole commune à l’UJFP et l’ATMF (Association des Travailleurs Maghrébins de France). Il y avait aussi une pancarte : « Israéliens contre l’Apartheid » portée par des Israéliens de Paris.
Pour les manifestants qui ne nous connaissaient pas, ça a été à la fois une grande surprise et une grande satisfaction. Nos interventions au micro ont été très chaudement applaudies avec émotion et nous avons reçu beaucoup plus d’invitations que d’habitude pour venir parler ou expliquer. Aussi bien devant des publics issus de l’immigration que devant des associations engagées pour la Palestine et même devant des publics de Français d’origine juive qui partagent notre condamnation totale du crime qui vient de se dérouler. Pour l’UJFP, la découverte réciproque avec les Musulmans et les Français d’origine arabe est très importante.
Du côté des médias français, globalement, ils continuent de nous ignorer, mais nous avons quand même été interviewés ou filmés à quelques occasions pendant les manifestations.
Du côté du CRIF et des institutions communautaires juives, nous sommes plus que jamais des traîtres « ayant la haine de soi ». Notre existence les irrite.
Ce qui vient de se passer contre le peuple de Gaza confirme notre raison d’être et nos analyses : le sionisme est un obstacle à la paix. La politique de destruction consciente et obstinée menée par tous les gouvernements israéliens contre la Palestine est un crime. Elle est aussi suicidaire à terme pour les Israéliens. Le totalitarisme de ceux qui prétendent que tous les Juifs doivent soutenir les crimes de Tsahal est inacceptable.
Le Matin : Le crime à Gaza a été rendu possible grâce au soutien renforcé de l'Union Européenne notamment de la France. Comment analysez-vous ce « permis de tuer » qui a été accordé à Israël ?
Tzipi Livni est allée chercher chez Moubarak mais surtout chez Sarkozy le permis de tuer dont elle avait besoin et elle l’a eu sans problème. C’est au forceps que Sarkozy et Kouchner ont obtenu le « rehaussement » des relations entre l’Europe et Israël contre l’avis du Parlement européen. La responsabilité occidentale est totale. C’est l’Europe qui a financé le port ou l’aéroport de Gaza et l’Europe s’est tue quand l’armée israélienne les a pulvérisés. L’Europe a participé au blocus de Gaza, déclaré « entité hostile » par l’occupant. L’Europe a décidé de punir les Palestiniens « d’avoir mal voté » en boycottant le Hamas vainqueur des élections palestiniennes. L’Europe permet que les produits des colonies de Cisjordanie arrivent sans taxe chez le consommateur européen.
C’est l’impunité d’Israël qui permet la poursuite du crime. L’Union Européenne et Sarkozy vont bien au-delà de l’impunité. Ils sont complices. La présidence tchèque est allée jusqu’à affirmer que le carnage à Gaza était une action purement « défensive » d’Israël. Pourquoi ? Sans doute, les chefs d’Etats européens adhèrent aux idées de « choc des civilisations » et de « guerre du bien contre le mal » chères à l’ancien président Bush. Israël est devenu une tête de pont de l’Occident au Proche-Orient. Il est significatif de voir qu’en Europe, même ceux qui sont les héritiers politiques des pires antisémites (je pense à certains gouvernements de Pologne ou des Pays Baltes) rivalisent dans le soutien à Israël. Plus de 60 ans après le génocide nazi, il y a consensus chez les dirigeants européens pour faire payer un crime européen (l’antisémitisme, le génocide) aux Palestiniens qui n’ont aucune responsabilité dans ce crime.
Le Matin : Durant les trois semaines de bombardements, de nombreuses manifestations ont eu lieu un peu partout dans les villes françaises, des manifestations d'une ampleur sans précédent. Qu'est-ce qui explique une telle mobilisation selon vous ?
L’UJFP est la « composante juive » du mouvement de soutien au peuple palestinien en France. Depuis quelque temps, on désespérait à l’intérieur de ce mouvement de se retrouver toujours entre nous, d’être ignorés des médias. Et puis le massacre de Gaza a provoqué une gigantesque indignation. On a compté le 17 janvier plus de 350000 manifestants dans 100 villes de France. C’est énorme. Pour la population arabe vivant en France que nous avions beaucoup de mal à toucher et à mobiliser, il ne fait pas de doute que le lien s’est fait entre les discriminations subies quotidiennement (travail, salaires, logement, conditions sociales, ghettoïsation, racisme …) et le sort du peuple palestinien.
De façon générale, en France, l’opinion s’est retournée. Il y a 40 ans, elle était massivement pro israélienne. Plus personne ne considère les Israéliens comme des victimes. Là-dessus les dirigeants politiques qui, honteusement, accourent aux repas ou aux manifestations du CRIF ou qui affichent l’effigie du soldat Shalit sur leurs mairies ne tiennent pas compte de ce retournement de l’opinion en faveur de la Palestine. À nous de savoir transformer ce qui est surtout pour l’instant de la compassion en solidarité active.
Le Matin : Ces manifestations, souvent impulsées par des mouvements ou associations, ont drainé de nombreux Arabes, notamment des jeunes de quartiers, peu coutumiers de ce genre d'expression citoyenne. Quelle analyse faites-vous de ce phénomène ? Peut-on parler à ce sujet d'une intrusion nouvelle de cette catégorie de la population dans le champ du politique et de la solidarité internationale ?
La population arabe vivant en France est très diverse. Il y a les laïques, les religieux, les associations de quartiers, les associations de jeunes … Cette population ne s’est jamais bien sentie représentée par des associations françaises, y compris celles qui se battent pour la Palestine. Il y a donc eu en l’espace de quelques jours une véritable appropriation de ce conflit. La première manifestation pour Gaza à Marseille le jour de l’attaque israélienne était appelée par l’UJFP. Nous attendions 200 personnes, il y en a eu 20 fois plus. Les jeunes qui manifestaient pour la première fois sur la question palestinienne étaient nombreux. Bien sûr, il n’est pas sûr qu’ils restent mobilisés durablement alors que cette guerre séculaire est très loin d’une solution équitable. Et puis, la découverte de la solidarité internationale est parfois compliquée. Il y avait dans les manifestations des pancartes « étoile de David = croix gammée ». Tous les membres de l’UJFP sont allés discuter, expliquer que l’étoile de David nous avait été volée par l’Etat sioniste, mais que c’était aussi l’insigne avec lequel nos grands-parents étaient partis à la chambre à gaz. Dans la plupart des cas, les pancartes ont été retirées, leurs auteurs s’excusant et ne voulant pas nous choquer.
Depuis les manifestations, les liens qui se sont établis ont des suites. L’UJFP participe régulièrement à des rencontres, débats ou soirées culturelles avec des associations arabes ou des associations de quartier.
Le Matin : l'UJFP fait partie de ces centaines de mouvements et ONG qui ont déposé une plainte contre Israël auprès du TPI pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Pensez-vous que cette démarche a des chances d'aboutir ?
Je ne suis pas juriste et je suis donc incapable de savoir quelles suites auront ces actions juridiques. Déjà l’UJFP (avec l’AIC, organisation à la fois israélienne et palestinienne qu’animent Michel Warschawski et Nasser Ibrahim) avait déposé plainte auprès du procureur de la Cour internationale de La Haye (M. Ocampo) contre l’Etat d’Israël pour les crimes commis il y a 3 ans au Liban. Notre plainte n’avait pas été acceptée pour des raisons de forme.
Je vais donc répondre sur la question des principes. Pour nous, il est invraisemblable que la même communauté internationale qui trouve normale de juger ceux qui ont commis des crimes en Yougoslavie, au Rwanda ou au Darfour, reste silencieuse après le carnage de Gaza. Nous exigeons donc l’inculpation de Livni, Olmert, Barak ou des généraux israéliens. Pour l’instant nous privilégions une plainte collective auprès de la Cour Pénale Internationale.
Au-delà d’un recours à une justice internationale, il y a la création d’un « tribunal Russel » à l’image de celui qui avait contribué à retourner l’opinion publique mondiale contre les crimes de l’impérialisme américain au Viêt-Nam.
Et puis, un certain nombre de pays acceptent d’instruire des crimes qui n’ont pas été commis sur leur territoire. Les plaintes se multiplient et un plusieurs dignitaires israéliens ont désormais peur de voyager. Ils savent qu’ils risquent l’arrestation (comme Pinochet autrefois). Toutes ces initiatives juridiques doivent s’ajouter. Elles vont dans une direction simple : c’est l’impunité d’Israël qui permet la poursuite du crime. C’est pourquoi l’UJFP soutient aussi le BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) contre Israël tant que durera l’occupation.
Le Matin : En Israël il existe des mouvements pour la paix qui se sont exprimés courageusement durant l'agression contre Gaza. Quelle est la réalité de ces mouvements de contestation et leur impact sur la société ?
La frontière en Israël passe clairement entre les sionistes et les anticolonialistes. Tous les partis politiques sionistes (y compris le Meretz, le parti de la « gauche » sioniste -- comme si on pouvait être de gauche et sioniste --), le mouvement « la paix maintenant », les écrivains censés être une « conscience morale » (Oz, Yehoshua, Grossman), tous ont approuvé l’attaque contre Gaza comme ils avaient approuvé celle contre le Liban.
L’attaque contre Gaza a provoqué une très grande émotion chez les Palestiniens d’Israël. Il y a eu plus de 100000 manifestants à Sakhnine, ville palestinienne de Galilée. Les Palestiniens forment 20% de la population israélienne. Les discriminations et les humiliations qu’ils subissent dans un « Etat Juif » qui les considère comme des citoyens de seconde zone ou qui voudrait les expulser (voir le programme de Lieberman) les radicalisent. Aux élections, deux de leurs trois partis ont failli être interdits puisqu’ils sont antisionistes.
Chez les Juifs Israéliens, au plus fort de la guerre, il y a eu 12000 manifestants solidaires avec Gaza. Ce camp anticolonialiste rassemble des personnalités étonnantes (Michel Warschawski, Nurit Peled, Uri Avnery, Amira Hass, Gideon Lévy …), des historiens, des cinéastes, des associations (anarchistes contre le mur, femmes en noir, refuzniks, Taayush, Betselem, Rabbins contre l’occupation…). Bien sûr, ils sont minoritaires. Ils ont radicalement rompu avec l’idéologie totalitaire qui prétend parler au nom de tous les Juifs. Ils doivent tout réinventer. Ils ont choisi la rencontre et l’action permanente avec les Palestiniens. Ils ne représentent que 10 ou 15 % de l’opinion publique juive et ils ne sont pas (sauf le Hadash = parti communiste) au Parlement. Je les compare volontiers aux porteurs de valises français pendant la guerre d’Algérie. Certes très minoritaires mais ils ont permis le retournement de l’opinion. Ces anticolonialistes sont les seuls à rendre possible à terme une paix fondée sur l’égalité des droits et la justice.
Sur l’impact. Il faut savoir qu’un livre comme celui de Shlomo Sand (« Comment le peuple juif fut inventé ») qui met par terre l’idéologie sioniste (en expliquant qu’il n’y a eu ni exil ni retour) est un best-seller en Israël. Il faut savoir aussi que 3 mois avant l’attaque contre Gaza, une liste dirigée un jeune communiste refuznik antisioniste et comportant des Palestiniens avait obtenu 36% des voix aux élections municipales de Tel-Aviv.
Le Matin : Comment expliquez-vous le malaise d'une partie de la gauche française et son aveuglement à l'égard d'Israël, ses hésitations à prendre position dans le sens du droit international, de la justice et de la morale humaine ?
L’histoire bégaie. En 1956, une bonne partie de la gauche française votait les pleins pouvoirs aux militaires en pleine guerre d’Algérie et couvrait la gégène sous la surveillance tranquille des « socialistes » Lejeune ou Lacoste. Et c’est un gouvernement « de gauche » (Guy Mollet) qui attaquait Nasser aux côtés de l’armée israélienne. Une partie de cette gauche a toujours été colonialiste et manifeste vis-à-vis des Arabes un racisme certain teinté de condescendance paternaliste.
Vis-à-vis d’Israël, les socialistes français ont toujours considéré les travaillistes comme un parti frère. Leur admiration pour les kibboutz, pour ce pays « démocratique », pour ces « Israéliens qui ont transformé le désert en jardin » reprennent tous les stéréotypes de la propagande sioniste. Cette gauche et les dirigeants israéliens appartiennent au même monde, qui n’est pas celui de l’égalité, du partage ou du refus des discriminations.
L’attaque contre Gaza a été rendue possible en Israël par une propagande efficace visant à faire passer le Hamas (après le Hezbollah 3 ans avant) comme des sauvages terroristes qu’on a le droit de tuer. Cette propagande a parfaitement fonctionné aussi en France. On a l’impression que cette gauche n’accepte que des Arabes européanisés, mais qu’elle n’a toujours pas fait son deuil de ses années d’errements colonialistes.
Le Matin : Quels commentaires faites-vous sur le résultat des élections législatives et la percée de l'extrême droite ? Qu'est-ce que cela augure pour l'avenir dans cette région du monde ?
Ce qui vient de se passer en Israël, c’est un peu comme si l’OAS avait gagné la guerre d’Algérie et que les élections se jouent entre Le Pen, Mégret et De Villiers. Le sionisme a gommé les différences idéologiques. Il y a 80 ans, l’idéologue de la « droite » sioniste, Vladimir Jabotinsky, prônait déjà le « transfert », c’est-à-dire le nettoyage ethnique et l’expulsion des Palestiniens au-delà du Jourdain. La « gauche » sioniste, alors majoritaire ne le disait pas mais dans les faits, elle a participé à tous les crimes contre les Palestiniens : la Naqba, la colonisation, la répression de l’Intifada, le mur, les guerres …
Ce sont trois factions héritières de Jabotinsky qui ont gagné les élections israéliennes et il faut vraiment que les médias soient « à la botte » pour qualifier Kadima, le parti fondé par le criminel de guerre Sharon de « centriste ». Kadima est pour un Etat Palestinien, mais sans Jérusalem, sans la vallée du Jourdain, sans Ariel, sans Maale Adoumim, sans les blocs de colonies. Bref des bantoustans éclatés. Nétanyahou est contre tout Etat Palestinien, mais comme ceux-ci forment 47% de la population entre Méditerranée et Jourdain, il s’apprête à officialiser l’Apartheid. Et Lieberman confond allègrement Israël et la boite de nuit où il était videur. Il veut que les Palestiniens « prêtent allégeance » au dieu sionisme. Sinon, il réalisera les buts de Jabotinsky.
Comme Israël est totalement incapable, sur ces bases, de négocier ou même de faire semblant, ce gouvernement ne durera probablement pas très longtemps.
Il faut ajouter que l’un des dommages collatéraux de l’attaque contre Gaza a été l’affaiblissement politique, peut-être définitif de Mahmoud Abbas, très critiqué pour avoir maintenu un cadre de « négociations » sans issue. Il est significatif que, incapable de proposer quoi que ce soit sur la Palestine, Nétanyahou avance comme point n°1 de son programme … une attaque contre l’Iran.
Le Matin : L’arrivée d’Obama à la Maison-Blanche peut-elle modifier la donne ?
Je répondrai en mon nom personnel, car il y a eu des manifestations d’enthousiasme, à mon sens tout à fait excessives, dans l’UJFP lors de l’élection d’Obama.
D’abord il y a les faits. Si Obama avait voulu empêcher le crime commis à Gaza, un mot suffisait et il n’a rien dit. L’argument « il n’y a qu’un seul président » ne tient pas. Avant d’être élu, Obama a visité l’AIPAC, le lobby sioniste américain (sinon, il n’aurait pas été élu, disent certains). Son principal conseiller, Rahm Emanuel, est un sioniste convaincu dont le père est un militant du Likoud. La nomination d’Hillary Clinton aux affaires étrangères n’est pas de bon augure. Le journaliste Charles Enderlin qui a raconté heure par heure l’échec des négociations de Camp David montre Clinton agressant Arafat au moment de la rupture en lui annonçant qu’il est « fini » et qu’on lui fera porter la responsabilité de l’échec. Et c’est ce qui s’est passé. L’alliance américano-israélienne n’est pas fortuite et dans cette alliance, le rapport de force est en faveur des Israéliens. Israël est devenu une tête de pont de l’Occident au Proche-Orient. Perdre Israël, c’est perdre l’Egypte, l’Arabie Saoudite, la route du pétrole. Les Israéliens en étaient tellement persuadés que, le premier jour de la guerre de 1967, ils ont coulé un navire de guerre américain, le Liberty. Le message était clair : « nous allons faire la guerre, la gagner, coloniser et non seulement vous n’allez pas nous empêcher de le faire mais vous allez nous réarmer ». C’est bien ce qui s’est passé. Enfin, aux Etats-Unis, il y a 50 millions de « chrétiens sionistes ». Pour ces millénaristes, les Arabes, c’est Armageddon, c’est le mal. Les Juifs doivent les expulser de terre sainte puis se convertir sous peine de disparition. Ces sectes antisémites ont joué un rôle majeur dans le financement de la colonisation. Obama, pas plus qu’un autre, n’est prêt à les affronter.
S’il y a un changement avec Obama, il viendra d’ailleurs. Il ne doit pas être d’accord avec la marginalisation de l’Autorité Palestinienne ou avec l’idée d’une attaque contre l’Iran.
Interview de Pierre Stambul
Propos recueillis par Keltoum Staali
Publié par UJFP.
Dans cet entretien, il explique comment l'impunité dont a joui Israël jusqu'à présent a permis le crime.
Le Matin : L'UJFP fait partie de ces voix juives qui s'élèvent en France et en Europe pour critiquer la politique d'occupation israélienne et condamner fermement l'agression criminelle contre la population de Gaza qui a fait plus de 1300 morts, notamment des centaines d'enfants. Comment votre action est-elle perçue en France ?
Dans les manifestations de soutien au peuple de Gaza, les militant-e-s de l’UJFP ont défilé sous leurs banderoles, avec des mots d’ordre : « juifs et arabes ensemble contre l’occupation ». À Paris, il y a (à toutes les manifestations) une grande banderole commune à l’UJFP et l’ATMF (Association des Travailleurs Maghrébins de France). Il y avait aussi une pancarte : « Israéliens contre l’Apartheid » portée par des Israéliens de Paris.
Pour les manifestants qui ne nous connaissaient pas, ça a été à la fois une grande surprise et une grande satisfaction. Nos interventions au micro ont été très chaudement applaudies avec émotion et nous avons reçu beaucoup plus d’invitations que d’habitude pour venir parler ou expliquer. Aussi bien devant des publics issus de l’immigration que devant des associations engagées pour la Palestine et même devant des publics de Français d’origine juive qui partagent notre condamnation totale du crime qui vient de se dérouler. Pour l’UJFP, la découverte réciproque avec les Musulmans et les Français d’origine arabe est très importante.
Du côté des médias français, globalement, ils continuent de nous ignorer, mais nous avons quand même été interviewés ou filmés à quelques occasions pendant les manifestations.
Du côté du CRIF et des institutions communautaires juives, nous sommes plus que jamais des traîtres « ayant la haine de soi ». Notre existence les irrite.
Ce qui vient de se passer contre le peuple de Gaza confirme notre raison d’être et nos analyses : le sionisme est un obstacle à la paix. La politique de destruction consciente et obstinée menée par tous les gouvernements israéliens contre la Palestine est un crime. Elle est aussi suicidaire à terme pour les Israéliens. Le totalitarisme de ceux qui prétendent que tous les Juifs doivent soutenir les crimes de Tsahal est inacceptable.
Le Matin : Le crime à Gaza a été rendu possible grâce au soutien renforcé de l'Union Européenne notamment de la France. Comment analysez-vous ce « permis de tuer » qui a été accordé à Israël ?
Tzipi Livni est allée chercher chez Moubarak mais surtout chez Sarkozy le permis de tuer dont elle avait besoin et elle l’a eu sans problème. C’est au forceps que Sarkozy et Kouchner ont obtenu le « rehaussement » des relations entre l’Europe et Israël contre l’avis du Parlement européen. La responsabilité occidentale est totale. C’est l’Europe qui a financé le port ou l’aéroport de Gaza et l’Europe s’est tue quand l’armée israélienne les a pulvérisés. L’Europe a participé au blocus de Gaza, déclaré « entité hostile » par l’occupant. L’Europe a décidé de punir les Palestiniens « d’avoir mal voté » en boycottant le Hamas vainqueur des élections palestiniennes. L’Europe permet que les produits des colonies de Cisjordanie arrivent sans taxe chez le consommateur européen.
C’est l’impunité d’Israël qui permet la poursuite du crime. L’Union Européenne et Sarkozy vont bien au-delà de l’impunité. Ils sont complices. La présidence tchèque est allée jusqu’à affirmer que le carnage à Gaza était une action purement « défensive » d’Israël. Pourquoi ? Sans doute, les chefs d’Etats européens adhèrent aux idées de « choc des civilisations » et de « guerre du bien contre le mal » chères à l’ancien président Bush. Israël est devenu une tête de pont de l’Occident au Proche-Orient. Il est significatif de voir qu’en Europe, même ceux qui sont les héritiers politiques des pires antisémites (je pense à certains gouvernements de Pologne ou des Pays Baltes) rivalisent dans le soutien à Israël. Plus de 60 ans après le génocide nazi, il y a consensus chez les dirigeants européens pour faire payer un crime européen (l’antisémitisme, le génocide) aux Palestiniens qui n’ont aucune responsabilité dans ce crime.
Le Matin : Durant les trois semaines de bombardements, de nombreuses manifestations ont eu lieu un peu partout dans les villes françaises, des manifestations d'une ampleur sans précédent. Qu'est-ce qui explique une telle mobilisation selon vous ?
L’UJFP est la « composante juive » du mouvement de soutien au peuple palestinien en France. Depuis quelque temps, on désespérait à l’intérieur de ce mouvement de se retrouver toujours entre nous, d’être ignorés des médias. Et puis le massacre de Gaza a provoqué une gigantesque indignation. On a compté le 17 janvier plus de 350000 manifestants dans 100 villes de France. C’est énorme. Pour la population arabe vivant en France que nous avions beaucoup de mal à toucher et à mobiliser, il ne fait pas de doute que le lien s’est fait entre les discriminations subies quotidiennement (travail, salaires, logement, conditions sociales, ghettoïsation, racisme …) et le sort du peuple palestinien.
De façon générale, en France, l’opinion s’est retournée. Il y a 40 ans, elle était massivement pro israélienne. Plus personne ne considère les Israéliens comme des victimes. Là-dessus les dirigeants politiques qui, honteusement, accourent aux repas ou aux manifestations du CRIF ou qui affichent l’effigie du soldat Shalit sur leurs mairies ne tiennent pas compte de ce retournement de l’opinion en faveur de la Palestine. À nous de savoir transformer ce qui est surtout pour l’instant de la compassion en solidarité active.
Le Matin : Ces manifestations, souvent impulsées par des mouvements ou associations, ont drainé de nombreux Arabes, notamment des jeunes de quartiers, peu coutumiers de ce genre d'expression citoyenne. Quelle analyse faites-vous de ce phénomène ? Peut-on parler à ce sujet d'une intrusion nouvelle de cette catégorie de la population dans le champ du politique et de la solidarité internationale ?
La population arabe vivant en France est très diverse. Il y a les laïques, les religieux, les associations de quartiers, les associations de jeunes … Cette population ne s’est jamais bien sentie représentée par des associations françaises, y compris celles qui se battent pour la Palestine. Il y a donc eu en l’espace de quelques jours une véritable appropriation de ce conflit. La première manifestation pour Gaza à Marseille le jour de l’attaque israélienne était appelée par l’UJFP. Nous attendions 200 personnes, il y en a eu 20 fois plus. Les jeunes qui manifestaient pour la première fois sur la question palestinienne étaient nombreux. Bien sûr, il n’est pas sûr qu’ils restent mobilisés durablement alors que cette guerre séculaire est très loin d’une solution équitable. Et puis, la découverte de la solidarité internationale est parfois compliquée. Il y avait dans les manifestations des pancartes « étoile de David = croix gammée ». Tous les membres de l’UJFP sont allés discuter, expliquer que l’étoile de David nous avait été volée par l’Etat sioniste, mais que c’était aussi l’insigne avec lequel nos grands-parents étaient partis à la chambre à gaz. Dans la plupart des cas, les pancartes ont été retirées, leurs auteurs s’excusant et ne voulant pas nous choquer.
Depuis les manifestations, les liens qui se sont établis ont des suites. L’UJFP participe régulièrement à des rencontres, débats ou soirées culturelles avec des associations arabes ou des associations de quartier.
Le Matin : l'UJFP fait partie de ces centaines de mouvements et ONG qui ont déposé une plainte contre Israël auprès du TPI pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Pensez-vous que cette démarche a des chances d'aboutir ?
Je ne suis pas juriste et je suis donc incapable de savoir quelles suites auront ces actions juridiques. Déjà l’UJFP (avec l’AIC, organisation à la fois israélienne et palestinienne qu’animent Michel Warschawski et Nasser Ibrahim) avait déposé plainte auprès du procureur de la Cour internationale de La Haye (M. Ocampo) contre l’Etat d’Israël pour les crimes commis il y a 3 ans au Liban. Notre plainte n’avait pas été acceptée pour des raisons de forme.
Je vais donc répondre sur la question des principes. Pour nous, il est invraisemblable que la même communauté internationale qui trouve normale de juger ceux qui ont commis des crimes en Yougoslavie, au Rwanda ou au Darfour, reste silencieuse après le carnage de Gaza. Nous exigeons donc l’inculpation de Livni, Olmert, Barak ou des généraux israéliens. Pour l’instant nous privilégions une plainte collective auprès de la Cour Pénale Internationale.
Au-delà d’un recours à une justice internationale, il y a la création d’un « tribunal Russel » à l’image de celui qui avait contribué à retourner l’opinion publique mondiale contre les crimes de l’impérialisme américain au Viêt-Nam.
Et puis, un certain nombre de pays acceptent d’instruire des crimes qui n’ont pas été commis sur leur territoire. Les plaintes se multiplient et un plusieurs dignitaires israéliens ont désormais peur de voyager. Ils savent qu’ils risquent l’arrestation (comme Pinochet autrefois). Toutes ces initiatives juridiques doivent s’ajouter. Elles vont dans une direction simple : c’est l’impunité d’Israël qui permet la poursuite du crime. C’est pourquoi l’UJFP soutient aussi le BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) contre Israël tant que durera l’occupation.
Le Matin : En Israël il existe des mouvements pour la paix qui se sont exprimés courageusement durant l'agression contre Gaza. Quelle est la réalité de ces mouvements de contestation et leur impact sur la société ?
La frontière en Israël passe clairement entre les sionistes et les anticolonialistes. Tous les partis politiques sionistes (y compris le Meretz, le parti de la « gauche » sioniste -- comme si on pouvait être de gauche et sioniste --), le mouvement « la paix maintenant », les écrivains censés être une « conscience morale » (Oz, Yehoshua, Grossman), tous ont approuvé l’attaque contre Gaza comme ils avaient approuvé celle contre le Liban.
L’attaque contre Gaza a provoqué une très grande émotion chez les Palestiniens d’Israël. Il y a eu plus de 100000 manifestants à Sakhnine, ville palestinienne de Galilée. Les Palestiniens forment 20% de la population israélienne. Les discriminations et les humiliations qu’ils subissent dans un « Etat Juif » qui les considère comme des citoyens de seconde zone ou qui voudrait les expulser (voir le programme de Lieberman) les radicalisent. Aux élections, deux de leurs trois partis ont failli être interdits puisqu’ils sont antisionistes.
Chez les Juifs Israéliens, au plus fort de la guerre, il y a eu 12000 manifestants solidaires avec Gaza. Ce camp anticolonialiste rassemble des personnalités étonnantes (Michel Warschawski, Nurit Peled, Uri Avnery, Amira Hass, Gideon Lévy …), des historiens, des cinéastes, des associations (anarchistes contre le mur, femmes en noir, refuzniks, Taayush, Betselem, Rabbins contre l’occupation…). Bien sûr, ils sont minoritaires. Ils ont radicalement rompu avec l’idéologie totalitaire qui prétend parler au nom de tous les Juifs. Ils doivent tout réinventer. Ils ont choisi la rencontre et l’action permanente avec les Palestiniens. Ils ne représentent que 10 ou 15 % de l’opinion publique juive et ils ne sont pas (sauf le Hadash = parti communiste) au Parlement. Je les compare volontiers aux porteurs de valises français pendant la guerre d’Algérie. Certes très minoritaires mais ils ont permis le retournement de l’opinion. Ces anticolonialistes sont les seuls à rendre possible à terme une paix fondée sur l’égalité des droits et la justice.
Sur l’impact. Il faut savoir qu’un livre comme celui de Shlomo Sand (« Comment le peuple juif fut inventé ») qui met par terre l’idéologie sioniste (en expliquant qu’il n’y a eu ni exil ni retour) est un best-seller en Israël. Il faut savoir aussi que 3 mois avant l’attaque contre Gaza, une liste dirigée un jeune communiste refuznik antisioniste et comportant des Palestiniens avait obtenu 36% des voix aux élections municipales de Tel-Aviv.
Le Matin : Comment expliquez-vous le malaise d'une partie de la gauche française et son aveuglement à l'égard d'Israël, ses hésitations à prendre position dans le sens du droit international, de la justice et de la morale humaine ?
L’histoire bégaie. En 1956, une bonne partie de la gauche française votait les pleins pouvoirs aux militaires en pleine guerre d’Algérie et couvrait la gégène sous la surveillance tranquille des « socialistes » Lejeune ou Lacoste. Et c’est un gouvernement « de gauche » (Guy Mollet) qui attaquait Nasser aux côtés de l’armée israélienne. Une partie de cette gauche a toujours été colonialiste et manifeste vis-à-vis des Arabes un racisme certain teinté de condescendance paternaliste.
Vis-à-vis d’Israël, les socialistes français ont toujours considéré les travaillistes comme un parti frère. Leur admiration pour les kibboutz, pour ce pays « démocratique », pour ces « Israéliens qui ont transformé le désert en jardin » reprennent tous les stéréotypes de la propagande sioniste. Cette gauche et les dirigeants israéliens appartiennent au même monde, qui n’est pas celui de l’égalité, du partage ou du refus des discriminations.
L’attaque contre Gaza a été rendue possible en Israël par une propagande efficace visant à faire passer le Hamas (après le Hezbollah 3 ans avant) comme des sauvages terroristes qu’on a le droit de tuer. Cette propagande a parfaitement fonctionné aussi en France. On a l’impression que cette gauche n’accepte que des Arabes européanisés, mais qu’elle n’a toujours pas fait son deuil de ses années d’errements colonialistes.
Le Matin : Quels commentaires faites-vous sur le résultat des élections législatives et la percée de l'extrême droite ? Qu'est-ce que cela augure pour l'avenir dans cette région du monde ?
Ce qui vient de se passer en Israël, c’est un peu comme si l’OAS avait gagné la guerre d’Algérie et que les élections se jouent entre Le Pen, Mégret et De Villiers. Le sionisme a gommé les différences idéologiques. Il y a 80 ans, l’idéologue de la « droite » sioniste, Vladimir Jabotinsky, prônait déjà le « transfert », c’est-à-dire le nettoyage ethnique et l’expulsion des Palestiniens au-delà du Jourdain. La « gauche » sioniste, alors majoritaire ne le disait pas mais dans les faits, elle a participé à tous les crimes contre les Palestiniens : la Naqba, la colonisation, la répression de l’Intifada, le mur, les guerres …
Ce sont trois factions héritières de Jabotinsky qui ont gagné les élections israéliennes et il faut vraiment que les médias soient « à la botte » pour qualifier Kadima, le parti fondé par le criminel de guerre Sharon de « centriste ». Kadima est pour un Etat Palestinien, mais sans Jérusalem, sans la vallée du Jourdain, sans Ariel, sans Maale Adoumim, sans les blocs de colonies. Bref des bantoustans éclatés. Nétanyahou est contre tout Etat Palestinien, mais comme ceux-ci forment 47% de la population entre Méditerranée et Jourdain, il s’apprête à officialiser l’Apartheid. Et Lieberman confond allègrement Israël et la boite de nuit où il était videur. Il veut que les Palestiniens « prêtent allégeance » au dieu sionisme. Sinon, il réalisera les buts de Jabotinsky.
Comme Israël est totalement incapable, sur ces bases, de négocier ou même de faire semblant, ce gouvernement ne durera probablement pas très longtemps.
Il faut ajouter que l’un des dommages collatéraux de l’attaque contre Gaza a été l’affaiblissement politique, peut-être définitif de Mahmoud Abbas, très critiqué pour avoir maintenu un cadre de « négociations » sans issue. Il est significatif que, incapable de proposer quoi que ce soit sur la Palestine, Nétanyahou avance comme point n°1 de son programme … une attaque contre l’Iran.
Le Matin : L’arrivée d’Obama à la Maison-Blanche peut-elle modifier la donne ?
Je répondrai en mon nom personnel, car il y a eu des manifestations d’enthousiasme, à mon sens tout à fait excessives, dans l’UJFP lors de l’élection d’Obama.
D’abord il y a les faits. Si Obama avait voulu empêcher le crime commis à Gaza, un mot suffisait et il n’a rien dit. L’argument « il n’y a qu’un seul président » ne tient pas. Avant d’être élu, Obama a visité l’AIPAC, le lobby sioniste américain (sinon, il n’aurait pas été élu, disent certains). Son principal conseiller, Rahm Emanuel, est un sioniste convaincu dont le père est un militant du Likoud. La nomination d’Hillary Clinton aux affaires étrangères n’est pas de bon augure. Le journaliste Charles Enderlin qui a raconté heure par heure l’échec des négociations de Camp David montre Clinton agressant Arafat au moment de la rupture en lui annonçant qu’il est « fini » et qu’on lui fera porter la responsabilité de l’échec. Et c’est ce qui s’est passé. L’alliance américano-israélienne n’est pas fortuite et dans cette alliance, le rapport de force est en faveur des Israéliens. Israël est devenu une tête de pont de l’Occident au Proche-Orient. Perdre Israël, c’est perdre l’Egypte, l’Arabie Saoudite, la route du pétrole. Les Israéliens en étaient tellement persuadés que, le premier jour de la guerre de 1967, ils ont coulé un navire de guerre américain, le Liberty. Le message était clair : « nous allons faire la guerre, la gagner, coloniser et non seulement vous n’allez pas nous empêcher de le faire mais vous allez nous réarmer ». C’est bien ce qui s’est passé. Enfin, aux Etats-Unis, il y a 50 millions de « chrétiens sionistes ». Pour ces millénaristes, les Arabes, c’est Armageddon, c’est le mal. Les Juifs doivent les expulser de terre sainte puis se convertir sous peine de disparition. Ces sectes antisémites ont joué un rôle majeur dans le financement de la colonisation. Obama, pas plus qu’un autre, n’est prêt à les affronter.
S’il y a un changement avec Obama, il viendra d’ailleurs. Il ne doit pas être d’accord avec la marginalisation de l’Autorité Palestinienne ou avec l’idée d’une attaque contre l’Iran.
Interview de Pierre Stambul
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