3 avril 2009

Propagande pour le Tibet

L'anniversaire de la fuite du Dalai-Lama vers l'Inde en mars 1959 fut l'occasion d'une nouvelle opération de propagande en faveur non seulement du Tibet, présenté comme "l'enfer" sous domination chinoise, mais aussi du chef religieux et politique d'un système séculaire d'oppression des Tibétains.

Les médias dominants répètent en boucle les mêmes mots, les mêmes phrases en tordant l'histoire et en faisant du bouddhisme tibétain une victime du communisme chinois et de Tenzin Gyatso un héros des droits de l'homme. L'histoire est naturellement plus complexe et certainement pas en faveur des moines tibétains ni du Dalai-Lama [1].


Élisabeth MARTENS et Jean-Paul DESIMPELAERE viennent d'écrire "Le Boudhisme tibétain" (à paraître le 17/04/2009 aux éditions Aden) :
Le livre est une déconstruction systématique des stéréotypes que nous nous faisons du Bouddhisme Tibétain, à savoir "une philosophie de vie et pas une religion, une religion athée, sans dogme et non confessionnelle, prêchant le pacifisme, la tolérance et la compassion, non politisée et sans ambitions économiques". L’instrumentalisation à des fins politiques de cette philosophie religieuse est un des points central du livre [2].

La Fondation Gabriel Péri organise une conférence-débat avec les auteurs le 14 mai 2009 à Paris sur le thème "Tibet : Fascination ou Manipulation ?" (voir Reflets de Chine).

Dans ce contexte, la promotion de Sa Sainteté le Dalaï Lama par le député-maire Jean-Marc Ayrault, soi-disant représentant de la République laïque, est le symptôme du retour de l'idéologie religieuse dans le champ politico-médiatique [3]. Mais il est probable que la propagande hystérique pour le Tibet touche à sa fin car la Chine a salué... le retournement du président Nicolas Sarkozy sur cette question [4]. Seule la gauche restera peut-être fidèle à la théocratie tibétaine...

Serge LEFORT
03/04/2009

Lire aussi :
• Chine-Tibet 2008
- Monde en Question
- Tian-Di
- Tibetdoc
- Wikipédia
• Chine, Monde en Question Blogger - WordPress.
• Bibliographie & Dossier documentaire Chine, Monde en Question.


[1] Lire les articles à partir du 10 mars 2009 :
Yahoo! Actualités.
Alvinet Actualité.
[2] 11/02/2009, Tibet, deux personnages incontournables, Reflets de Chine - La Chine vue autrement.

ALBIÉ Alain, Reflets de Chine - La Chine vue autrement.
- Articles, Investig’action
- Articles, Tibetdoc

DESIMPELAERE Jean-Paul, Tibetdoc
- Articles, Investig’action
- Articles, Mondialisation
- Articles, Radio86 - Tout sur la Chine
- Articles, Reflets de Chine
- Articles, Tibetdoc
- Bibliographie, Monde en Question

MARTENS Élisabeth, Tian-Di.
- Articles, Investig’action
- Articles, Le Grand Soir
- Articles, Mondialisation
- Articles, Radio86 - Tout sur la Chine
- Articles, Reflets de Chine
- Articles, Tibetdoc
- Bibliographie, Monde en Question

• 25/01/2008, Elisabeth Martens - Spécial Tibet, le défi à la Chine, Investig’action
En réponse aux articles du Nouvel Obs. du 17 janvier 2008
1. La carte du « Tibet historique » se base sur une approximation de ce que fut l'Empire des Tubo pendant environ un siècle (8ème). L'Empire des Tubo s'est effondré au 9ème en raison de divisions claniques. Suite à la chute des Tubo, les monastères bouddhistes, assez disséminés et surtout fort contestés par les représentants de la religion préexistante (le Bön), prennent en main l'organisation du pays.
2. Le Tibet n'a pas été « annexé à la Chine en 1959 », mais au 13ème siècle, lorsque les Mongols ont envahi la Chine des Song. Constatant la grande influence des monastères bouddhistes sur les populations tibétaines, les Mongols ont désigné des hauts lamas pour devenir responsables administratifs du Tibet.
3. Le Tibet n'a pas été un « protectorat chinois », mais il est devenu une province chinoise au 18ème siècle, lorsque les Qing (dynastie mandchoue) ont divisé le vaste Empire chinois en 18 provinces. C'est à cette époque que le 5ème Dalaï-Lama fut nommé dirigeant politique du Tibet, ce que restera la lignée des Dalaï-Lamas.
4. Donc, le Tibet connut une brève indépendance au 8ème siècle, et depuis lors ne put plus accéder à ce titre. Aucun gouvernement au monde, ni l'ONU, n'a jamais reconnu une indépendance du Tibet vis-à-vis de la Chine, depuis cette lointaine époque des Tubo.

• 21/03/2008, MARTENS Elisabeth, Violences au Tibet : un avis alternatif, Investig’action
D’après des témoins occidentaux présents sur place, e.a. James Miles, journaliste pour « The Economist » , les violences commises à Lhassa durant cette semaine – date de commémoration de la « Rébellion nationale de mars 59 » - ont été inaugurées par des Tibétains, dont des lamas qui encourageaient des groupes de jeunes à commettre des actes destructeurs.
Les manifestations de violence étaient organisées : les Tibétains portaient des sacs à dos remplis de pierres, de couteaux et de cocktails molotov. Les morts causés par ce drame sont tous des Chinois. Les dégâts matériels, destruction de commerces, incendie de véhicules, étaient clairement tournés contre les Chinois. Les manifestants tibétains s’en sont également pris à des écoles primaires, des hôpitaux et des hôtels.
De sorte que les Occidentaux présents sur place, pour la plupart des touristes, se demandaient quand la police allait intervenir. Rejointe par l’armée chinoise, elle est intervenue suite à deux jours de violence. Les autorités chinoises craignaient-elles la réaction des pays occidentaux ? … pays qui, en réalité, n’attendaient que cette intervention pour parler de « répression sauvage par l’armée chinoise et de chasse aux manifestants ». Comment lire ces faits ?

• 28/03/2008, MARTENS Elisabeth, Tibet : Réponses sur l'Histoire, la religion, la classe des moines, les problèmes sociaux, la répression, le rôle des USA…, Investig’action
Il faut analyser à qui profitent ces émeutes : ni aux Chinois, ni aux six millions de Tibétains de Chine. Elles servent essentiellement à ameuter l'opinion publique autour des violations des Droits de l'homme en Chine, le manque de liberté d'expression, et les diverses répressions que nous incriminons au gouvernement chinois. Donc, elles servent à donner de la Chine une image exécrable, ceci juste avant les JO qui vont rassembler la presse internationale à Pékin.
...
A nouveau, c'est l'information qui est donnée chez nous : après avoir mis en lumière la tromperie quant au génocide ethnique, on s'est rapidement tourné vers le « génocide culturel ». Il est évident que, moi, en tant que petit individu, si je dis l'inverse, personne ne me croira, mais il suffit d'aller voir sur place pour vous en convaincre.
...
L'opinion publique suit les médias et les médias obéissent aux intérêts économiques. Ne vit-on pas dans une dictature économique chez nous ? La censure est aussi réelle ici qu'ailleurs, mais mieux camouflée. En Occident, on n'est pas enfermé en prison pour ses opinions, mais bien dans sa tête, puis dans la maladie qui en résulte. Je me demande parfois ce qui vaut mieux. Donc votre question réelle devient : « comment expliquer le sentiment pro-tibétain véhiculé par notre système économique » ? Ni les E-U, ni l'Europe n'apprécient les avancées fulgurantes de la Chine sur la scène internationale. Tous les coups sont bons pour la contrecarrer : « Il faut foutre le bordel pendant les JO à Pékin ! » crie Cohn-Bendit dans son discours en séance plénière à propos du comportement que l'UE doit adopter face à la Chine. Ceci, pas même une semaine après les événements qui ont enflammé le cœur de Lhassa ! C'est assez monstrueux, mais cela démontre par « a+b » que le « grand monde de la diplomatie et du trust financier » n'a cure du Tibet, ce qui lui importe c'est « foutre le bordel en Chine ».

• 28/03/2008, PEREZ Benito, «Le bouddhisme tibétain, une philosophie ? C'est à s'esclaffer !», Le Courrier
Entretien avec Elisabeth Martens. Le dalaï-lama et son entourage portent les couleurs du pacifisme et se doivent d'entretenir l'image de tolérance et de compassion qui sied au bouddhisme tibétain, afin de séduire l'Occident. Lors des récentes émeutes, quand les actes de violence ont atteint un niveau de barbarie sans nom, il s'en est distancié. Au sein de la communauté tibétaine en exil, il existe une scission: d'une part, les modérés, dont le dalaï-lama, qui ne demandent pas l'indépendance mais une «autonomie poussée». D'autre part, les radicaux, fraction montante au sein du gouvernement en exil, qui exigent l'indépendance et sont prêts pour cela à prendre les armes. En réalité, cette dualité est très utile à leur parrain commun, les Etats-Unis: le dalaï-lama et sa suite (européenne, surtout) sert à rassembler les intellectuels occidentaux autour des thèmes de «démocratie», de «droit de l'homme», tandis que la fraction «dure» rassemble de plus en plus de membres grâce à un discours musclé. Apparemment, ce sont ces derniers qui ont mis le feu aux poudres. En provoquant des émeutes à caractère raciste, ils ont obligé le gouvernement chinois à sortir la grosse mitraille.

• 08/04/2008, « L'exaspération sociale est le ressort du mouvement au Tibet », l'Humanité
• 10/04/2008, MARTENS Elisabeth, Tibet : un appel à l’esprit critique !, Investig’action
«Ne croyez pas une chose parce que beaucoup en parlent, ne croyez pas sur la foi des temps passés, ne croyez à rien sur la seule autorité de vos prêtres et de vos maîtres. Après examen, croyez ce que vous-même aurez expérimenté et reconnu raisonnable, qui sera conforme à votre bien et à celui des autres».
...
Comment les Européens réagissent-ils à une telle mascarade? De la manière la plus attendue et la plus formelle qui soit. Les parlementaires se plient en quatre devant les grands prêtres oranges, les banderoles pro-tibétaines volent dans l’air azuré de Paris, les jeunes branchés écolo-bio et les intellos de gauche sont les plus atteints : c’est à en pleurer de misère intellectuelle !
...
De cœur avec les Chinois et les Tibétains de Chine, je m’insurge donc face au manque de réflexion et d’analyse critique qui caractérise l’Europe dans ces événements liés, non pas au Tibet réel, mais aux Tibétains en exil manipulés par l’affairisme et le consumérisme de l’Occident.

[3] Lire :
• 28/08/2008, La promotion de Sa Sainteté le Dalaï Lama, Monde en Question].
• 02/04/2009, À quand le Tibeton ?, Reflets de Chine.
[4] La Chine salue l'engagement français sur le Tibet, Xinhua.
La Chine a indiqué jeudi à Beijing qu'elle appréciait l'engagement formel de la France de ne soutenir aucune forme "d'indépendance du Tibet".
La Chine et la France ont publié un communiqué de presse conjoint le 1er avril.
Selon le communiqué, la France reconnaît pleinement l'importance et la sensibilité du problème du Tibet et réaffirme son adhésion à la politique d'une seule Chine et sa position selon laquelle le Tibet fait partie intégrante du territoire chinois, conformément à la décision prise par le général Charles de Gaulle, qui n'a pas changé et restera inchangée. Dans cet esprit et selon le principe de non-ingérence, la France refuse de soutenir toute forme "d'indépendance du Tibet".
"La France s'est solennellement engagée", a déclaré Qin Gang, ajoutant : "La position de la France est explicite et nous espérons que la France pourra se conformer aux principes et à l'esprit exposé dans le communiqué."

2 avril 2009

Ces français qui soutiennent les bourreaux

Pour faire connaître des noms de ceux qui soutiennent l’armée d’occupation de la Palestine, du sud de la Syrie et du sud du Liban

Cette armée qui perpétue crimes et actes racistes et de haine contre les peuples arabes, cette armée de voleurs... qui se voit absoute de tous ses actes et violations. En voilà : ils sont chez nous, adulés, honorés, respectés, écoutés...



Ariel Zeitoun, Patrick Braoudé, Daniel Sibony, Ivan Levaï, Marek Halter, Enrico Macias, Alain et Marc Nacash, Richard Berry, Michel Jonasz, Gad Elmaleh, Rika Zaraï, Gérard Miller, Elie Semoun, Daniela Lumbroso, Stephan Shayevitz, Alain Ayache.

Publié par CCIPPP selon ABSI - Association pour le soutien à Israël.

Lire aussi : L’importation abjecte du conflit israélo-palestinien, version "people", To Exist is to Resist

Ariel Zeitoun

Ivan Levaï

Enrico Macias

1 avril 2009

La caricature de la "liberté de la presse"

Tout le monde se souvient de la campagne médiatique, orchestrée en 2006 sous prétexte de "la liberté de la presse", pour défendre la provocation du quotidien danois Jyllands-Posten qui publia, le 30 septembre 2005, douze caricatures contre l'Islam et les musulmans.


Ceux qui douteraient encore que "la liberté de la presse" ne fut qu'un prétexte pour masquer le racisme anti-arabe et l'islamophobie, ceux-là devraient méditer la campagne d'organisations sionistes contre la publication d'une caricature sur... la guerre israélienne à Gaza [1].


Une fois de plus, les organisations sionistes soutiennent les crimes de guerre du gouvernement israélien et voudraient faire taire toute critique en agitant l'accusation d'antisémitisme. Cette stratégie est de plus en plus dérisoire et se retourne contre ses auteurs.


Serge LEFORT
01/04/2009

Lire aussi : La caricature de la "liberté de la presse", Monde en Question Blogger - WordPress


[1] Caricatures sur l’attaque israélienne : des juifs américains en colère, PNN.
Des juifs américains ont condamné un éminent caricaturiste politique, après la publication dans le Washington Post d’une caricature décrivant l’attaque israélienne sur la bande de Gaza.

La Ligue Anti-Diffamation (ADL), une ONG basée aux Etats-Unis dont l’objectif est de lutter contre l'antisémitisme, a condamné la publication de mercredi sur le quotidien américain. La caricature de Pat Oliphant est parue dans le New York Times également est a immédiatement circulé sur internet.

Le directeur de l’ADL, Abraham H.Foxman, a déclaré que la caricature est «affreusement antisémite».

«L’utilisation bizarre et offensive de l’étoile de David, mêlée à une imagerie nazie, est affreusement anti-sémite», a affirmé Foxman mercredi. «Il emploie l’imagerie nazie en dépeignant Israël comme une créature sans tête, chaussée de bottes et marchant au pas de l’oie. La politique israélienne est montrée sans tête ou sans cœur».

Le personnage, armée d’une épée, pousse d’une main une étoile de David équipée de crocs et il poursuit une femme, Gaza, portant un enfant.

«L'opération militaire israélienne visant à protéger les vies d'hommes, de femmes et d'enfants perpétuellement bombardés par les roquettes du Hamas deviennent [dans ce dessin] des agresseurs sans tête et sans cœur», a répondu le directeur de l’ADL.

Le centre Simon Wiesenthal a également dénoncé ce dessin «qui imite le poison de la propagande nazie et soviétique» et a invité les sites web de journaux à l’éliminer.

Avant les chars, les mots !

Avant le massacre de Gaza, la population israélienne a été gavée de propagande. L’opinion française, à un moindre degré, aussi.

L’offensive contre Gaza a recueilli le soutien de 95% des Juifs israéliens, selon un sondage paru le 1er janvier dans le quotidien Maariv. Un autre sondage, paru la veille dans Haaretz, faisait état de 71% d’approbation, mais en tenant compte de 20% d’Arabes israéliens hostiles à l’opération. Sans ce soutien massif, le massacre des Palestiniens de Gaza aurait sans doute été politiquement difficile. Car c’est au nom du «droit à l’autodéfense» que la presse israélienne, quasi unanime, approuve l’offensive...

Dans le récit officiel, il s’agit de faire cesser les tirs de roquettes sur les villes israéliennes de Sdérot et d’Ashkelon. Cette thèse, qui ne tient même pas chronologiquement, traverse tout l’échiquier politique israélien. Ainsi, l’écrivain David Grossman, homme «de gauche», en appelait le 30 décembre dans Haaretz, à «une trêve de 48 heures», mais en légitimant l’argumentaire du «droit à l’autodéfense» :
«Nous ne devrions en aucune façon frapper (les Palestiniens) aussi violemment même si le Hamas, depuis des années, a rendu misérable à l’extrême la vie des gens du sud d’Israël» [1].

Le propos est en fait lourd de menace : si au bout de 48 heures, le Hamas n’a pas rendu les armes, alors le «pacifiste» David Grossman ne répond plus de rien. Le même double langage se retrouve dans le parti de gauche Meretz qui, après avoir appelé à une offensive contre Gaza pour faire stopper les tirs de roquettes, a ensuite appelé à un cessez-le-feu.

La propagande israélienne n’est pas sans effets sur la presse française. Laissons ici Le Figaro qui adhère totalement au vocabulaire américano-israélien définissant le Hamas comme «organisation terroriste», et qui prédit le «retour» des «Kamikazes» pour justifier par avance le massacre de Gaza. Et attardons nous sur un article de Libération, qui trahit bien tout l’embarras de la presse française. Sous le titre «Qui a commencé ?», on a pu lire ceci :
«Le Hamas a pris la décision, le 18 décembre, de ne pas renouveler la tahdiyeh (période de calme) de six mois conclue avec Israël. Cette rupture a rapidement été suivie par le tir de dizaines de roquettes et d’obus de mortiers, provoquant l’attaque israélienne de samedi».

Jusque-là les choses sont claires. Mais malheur au lecteur qui n’aura pas été plus avant dans sa lecture, car voici la suite :
«En fait, cette trêve, plutôt bien suivie pendant quatre mois et demi, n’était plus vraiment respectée depuis le raid israélien du 4 novembre qui avait tué six membres du Hamas. Cet acte de violence avait entraîné une réaction en chaîne : riposte à coups de roquettes du mouvement islamiste et renforcement du blocus israélien (…), qui a encore aggravé la situation humanitaire déjà très critique dans l’enclave palestinienne».

Le même article nous apprend ensuite, citant Haaretz, que le raid du 4 novembre a servi à préparer l’actuelle offensive militaire dont les préparatifs avaient commencé six mois plus tôt. Autrement dit, l’opération actuelle n’a rien à voir avec la rupture d’une trêve qui, de surcroît, est le fait d’Israël, ni avec les roquettes qui deviennent un prétexte. Mais qu’importe ! Ce qui reste, c’est «l’agression du Hamas».

Ce qui est suggéré, c’est la «légitime défense» israélienne. C’est ce qui reste dans les informations répétées heure après heure sur les radios. Parfois grossièrement, comme ce présentateur du journal de 8 heures sur France Inter, qui affirme tout de go, le 5 janvier :
«Si Israël s’est lancé dans cette vaste opération, c’est, rappelons-le, en réponse aux incessants tirs de roquettes par le Hamas depuis le territoire palestinien».

Ou comme Yvan Levaï qui, au détour de sa revue de presse, samedi matin, également sur France Inter, louait «la patience» d’Israël. A-t-il songé à la «patience» des Palestiniens privés de tout, et réduits au chômage par l’asphyxie économique savamment orchestrée par Israël depuis deux ans ?

L’occultation totale du blocus comme acte de violence est d’ailleurs l’une des constantes de la propagande. Mais revenons sur le mot «patience», tout droit sortis du vocabulaire colonial. Il nous renvoie à l’analyse fort pertinente de Tom Seguev, qui nous donne – également dans Haaretz – les clés de la propagande israélienne. Selon l’historien israélien, les motivations d’Israël sont toujours les mêmes. Il s’agit de «donner une leçon aux Palestiniens». Selon son niveau de culture et de prudence sémantique, on dira «une leçon au Hamas», ou «aux Palestiniens», ou «aux Arabes-qui-ne-comprennent-que-le-langage-de-la-violence», comme on l’entend fréquemment répéter en Israël par l’homme de la rue :
«C’est un leitmotiv qui a accompagné l’entreprise sioniste depuis ses débuts, nous sommes les représentants du progrès et des Lumières (…), tandis que les Arabes sont une foule primitive et violente, des enfants ignorants qu’il faut éduquer…»

Nous sommes là en effet au fond de la propagande coloniale classique. Classique, trop classique.

Denis SIEFFERT
08/01/2009

Post-scriptum
Dans ces circonstances, il faut croire aux journalistes plutôt qu’aux journaux. Michel Bole- Richard qui accomplit dans Le Monde un travail remarquable. Claire Servajean qui, sur France Inter, a donné longuement la parole, le 1er janvier à 13h, à l’admirable Stéphane Hessel qui a pu rétablir quelques vérités essentielles.

Publié par LMSI selon Politis.


[1] Article reproduit dans Libération le 31 décembre 2008.

31 mars 2009

Racisme ordinaire

Israël : des dizaines de cheminots licenciés, parce qu’ils ne sont pas juifs

Au moins 40 salariés des chemins de fer israéliens (Israeli Railways) ont reçu dimanche leur lettre de licenciement, à la suite d’une aggravation du racisme dans le secteur de l’emploi, apprend-on à la lecture du quotidien Haaretz.

Le journaliste Yoav Stern précise que la mesure fait suite à une décision de l’entreprise publique de ne plus embaucher que des travailleurs « ayant accompli leurs obligations militaires », ce qui exclut pratiquement les Palestiniens israéliens, pour les tâches considérées.

Les tâches en question consistent à surveiller les passages à niveau, pour prévenir les risques de collision entre trains et véhicules automobiles, et n’impliquent pas de port d’armes.

Les salariés licenciés travaillaient au chemin de fer par le biais de sociétés d’intérim, certains de manière permanente depuis plus de trois ans.

“Notre travail concerne la prévention des accidents, pas la sécurité des personnes. Beaucoup d’entre nous sommes arabes ; on est mal payés ; mais maintenant, même l’Arabe qui a fait son service militaire est jugé inapte. Dans ce pays, un Arabe pourrait donc être agent de police, ou encore pharmacien, mais pas surveillant de trains ? », dénonce Abdelkarim Kadi, 28 ans, qui vient d’être licencié.

Le salaire horaire de ces travailleurs, qui ont reçu des menaces s’ils s’avisaient de parler aux medias, est de 24 shekels (environ 5 euros), à peine au-dessus du SMIC local.

Mais n’allez pas pour autant traiter Israel Railways de raciste. La direction a promis que ceux des ouvriers juifs qui n’ont pas fait le service militaire, s’il s’en trouve, seront également virés.

Publié par EuroPalestine.

Le nouveau négationnisme n’est pas celui qu’on croît

En vérité, la finalité [du projet] Aladin est de nier, effacer, déformer, la réalité des crimes d’Israël. Sous couvert de lutte contre le négationnisme, est introduit en douce un autre négationnisme.


Ne soyons pas mauvais joueurs. Il faut bien reconnaître que depuis la "découverte" de l’Amérique, l’Europe a fait preuve d’une inventivité certaine. Elle a inventé les génocides, les meurtres de masse, l’assassinat industriel. Des civilisations entières n’ont plus à se plaindre des difficultés de la vie terrestre : elles ont disparu.

L’Europe a aussi inventé le négationnisme. Je te tue et je dis que c’est pas vrai. Tu n’es pas aussi mort que cela. Tu es juste un peu mort. Ou alors, si tu es mort de la tête aux pieds, irrémédiablement mort, c’est que tu l’as bien cherché : tu étais incapable de te protéger toi-même contre toi-même. L’Europe tue pour protéger ses victimes. Je dis l’Europe mais j’aurais pu dire les Etats-Unis ou Israël, ses plus puissantes métastases.

L’invention européenne la plus récente et sans doute la plus sophistiquée ne date que de quelques années. On peut l’appeler le transfert de culpabilité : ce n’est pas moi, c’est lui ! Hitler n’est-il pas européen ? Si, reconnaît l’Europe, mais le nazisme a puisé son inspiration dans l’Europe d’avant l’Europe. L’antisémitisme n’est plus européen. C’est ailleurs qu’il prolifère. Son terreau naturel, c’est le monde musulman. Et il en va de même du négationnisme. En Europe, il n’y aurait plus, en effet, que quelques vieux nostalgiques d’extrême-droite, comme Le Pen, et de jeunes excités identitaires, pour relativiser le génocide des juifs. Ou alors, les nouveaux négationnistes européens ne sont pas européens, ils sont musulmans. Car, dans l’islam, le négationnisme, c’est la règle. Le négationnisme est dans l’Islam parce que le mensonge et la haine du juif sont constitutifs de l’Islam. C’est pas toujours dit dans des termes aussi crus, mais il y a mille et une façons de transmettre un message.

La dernière en date est une initiative parrainée par Jacques Chirac : le projet Aladin. En compagnie de représentants de 30 pays réunis à l’UNESCO, l’ancien président a lancé vendredi 27 mars, un programme éducatif, conçu par la Fondation pour la mémoire de la Shoah, et destiné à lutter contre le négationnisme... dans le monde arabo-musulman ! Sans - tenez vous bien - "faire porter aux pays musulmans une culpabilité qui n’est pas la leur" ! Quelle blague !

La "Philosophie du projet", telle qu’elle est présentée sur le site de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, ne laisse en vérité aucun doute quant à ses objectifs réels. "Le Projet Aladin, peut-on y lire, est né d’un constat accablant concernant la prolifération du négationnisme dans le contexte du conflit israélo-palestinien. Face à cette déferlante, il est très difficile de trouver des informations historiquement fiables sur la Shoah que ce soit en arabe, en persan ou en turc. Le Projet Aladin veut pallier ce manque et favoriser un dialogue fondé sur la connaissance et le respect mutuels." En d’autres mots, Israël vient de massacrer plus de 1 400 Palestiniens ; une large partie de l’opinion publique mondiale n’hésite plus à dénoncer les crimes contre l’humanité commis par l’Etat sioniste, Durban II pourrait faire de même, il faut rapidement renverser la vapeur, rappeler qu’Israël est l’incarnation de la "victime absolue", cernée de toute part par des musulmans judéophobes, véritable menace contre la Civilisation.

Qu’on ne s’y trompe pas : contrairement à ce qu’il annonce, le projet Aladin a d’abord pour public-cible le monde blanc. Jacques Chirac prétend qu’il mène le "combat pour rétablir la mémoire de la Shoah là où elle est niée, effacée, déformée" ; en vérité, la finalité d’Aladin est de nier, effacer, déformer, la réalité des crimes d’Israël. Sous couvert de lutte contre le négationnisme, est introduit en douce un autre négationnisme. Ou, plus précisément, Aladin et ses voleurs de mémoire détournent la mémoire du génocide des juifs pour faire oublier la barbarie sioniste. Ce n’est pas nouveau, non, mais ça tombe au bon moment.

Secondairement, ce projet renoue aussi avec la mission civilisatrice. Au temps des missionnaires, on enseignait aux indigènes la Bible. Puis est venue la colonisation laïque, on nous a brisé le crâne pour projeter sur nos cerveaux infantiles, les Lumières des droits de l’homme. Aujourd’hui, la bibliothèque d’Aladin veut rendre accessible en arabe et en persan des témoignages sur la Shoah, dont Si c’est un homme de Primo Levi et Le Journal d’Anne Frank. Quant à nous, qui voulons faire oeuvre de critique constructive, nous proposons ceci : au flanc de chaque bombe qu’Israël lâche sur une maison, une école ou un hôpital palestiniens, devraient être accrochées les oeuvres complètes de Claude Lanzman, Finkielkraut ou Bernard Henri-Levy. Il serait en effet désolant de voir un Palestinien phosphorisé sans avoir la moindre idée du drame de l’Holocauste.

Sadri Khiari
28 mars 2009

Publié par Info-Palestine selon The Post.

28 mars 2009

Gaza : de jeunes conscrits parlent

Comme promis, voici la traduction du document qui fait parler. De jeunes conscrits s’expriment en toute liberté sur ce qu’ils ont vu ou vécu à Gaza. Il ne faut pas s’attendre à des récits de boucherie, mais plutôt à des descriptions de «petits meurtres ordinaires». Ce qui frappe, au premier abord, c’est la franchise, pour ne pas dire la candeur, de ces jeunes soldats. Certains sont révoltés, d’autres ont un langage quasi désincarné et parlent technique militaire. Ce qui frappe aussi : le décalage entre conscrits et réservistes, et le rôle pour le moins trouble que joue le rabbinat, qui fait passer chez les soldats un message proche du messianisme et de la guerre sainte. La naïveté de ces jeunes soldats, scandalisés qu’une famille palestinienne dont certains membres font partie du Hamas ait pu faire ami-ami avec eux en leur «mentant» (ils sauvaient leur peau, quand même !). Et bien d’autres choses (chacun est libre de tirer ses propres conclusions à partir d’un texte brut comme celui-ci. L’impression qui se dégage est qu’à Gaza, tout était permis et que les supérieurs hiérarchiques ont laissé faire, au mieux. Certains médias, juifs en particulier, préféreront parler des erreurs (réelles) de la presse, par exemple au sujet du vrai-faux bombardement de l’école de l’UNRWA. Mais l‘arbre cache la forêt. Peut-être serait-il temps de regarder les choses en face. La guerre de Gaza a été de la sauvagerie (outre le fait que, sur le plan politique, elle a été inutile, mais c’est une autre histoire). Le discours final, consterné, de l’instructeur en chef de ces jeunes conscrits en dit long.



Moins d’un mois après l’opération militaire dans la bande de Gaza [1] , plusieurs dizaines de diplômés du programme de préparation prémilitaire «Itzhak Rabin» étaient réunis au Collège d’Oranim à Kiryat Tivon. Depuis 1998, ce progamme a préparé ses participants à ce qui est considéré comme un service militaire «à contenu». Nombreux sont ceux qui ont un rôle majeur dans des unités combattantes ou d’élite de l’armée. Le fondateur du programme, Danny Zamir, le dirige encore aujourd’hui et accomplit également ses périodes de réserve en tant que sous-commandant d’un bataillon.

Vendredi 13 février, Zamir avait invité des soldats et des officiers qui avaient suivi son programme pour un long débat sur leurs expériences à Gaza. Ils se sont exprimés ouvertement, mais avec une frustration considérable.

Ce qui suit est composé de longs extraits de la transcription de cette rencontre, publiée mercredi dans le bulletin du programme, Briza. Les noms des soldats ont été modifiés pour préserver leur anonymat. La rédaction de Briza a aussi choisi de ne pas publier certains des détails qui concernent l’identité d’une unité dont la conduite à Gaza s’est révélée problématique.

Danny Zamir : «Ce soir, notre intention n’est pas d’évaluer les résultats et l’importance diplomatico-politique de cette opération, ni des aspects militaires systémiques. Mais un débat est nécessaire parce que, tous l’ont dit, cela a été une action militaire exceptionnelle dans le sens où elle a fixé de nouvelles limites au code éthique, aussi bien dans l’histoire de Tshal que dans celle d’Israël dans son ensemble. Il s’agit d’une action qui a causé des destructions massives chez des civils. Je ne suis pas certain qu’il aurait été possible de faire autrement, mais au bout du compte, nous en avons fini avec cette opération et les Qassams ne sont pas paralysées. Il est fort possible que cette opératin se répète, sur une plus grande échelle, dans les années à venir, parce que le problème que pose la bande de Gaza n’est pas simple et il n’est pas du tout certain qu’il soit résolu. Ce que nous souhaitons ce soir, c’est entendre les combattants.»

Aviv : «Je commandais une compagnie de la brigade Givati encore à l’entraînement. Nous sommes entrés dans un quartier de la partie sud de la ville de Gaza. En gros, c’était une expérience étrange. Pendant l’entraînement, on attend le jour où l’on va entrer dans Gaza, et à la fin, on se rend compte que ce n’est pas vraiment ce qu’on t’a raconté. C’était plus comme, genre, tu t’empares d’une maison, tu fiches les occupants dehors et tu t’installes. Nous sommes restés dans une maison environ une semaine.»

«Vers la fin de l’opération, il y a eu un plan pour entrer dans une zone de Gaza densément peuplée. Dans les briefings, ils ont commencé à nous parler d’ordres d’ouvrir le feu à l’intérieur de la ville parce que, comme vous le savez, ils ont utilisé une puissance de feu considérable et tué en chemin un nombre énorme de gens, afin qu’on ne nous tire pas dessus et qu’on ne se fasse pas tuer. Au début, l’action consistait à entrer dans une maison. Nous étions censés y entrer avec un véhicule de transport blindé appelé "Akhzarit " (liitéralement ; «cruel») pour nous introduire à l’intérieur par la porte du rez-de-chaussée et de commencer à tirer une fois à l’intérieur et puis ... J’appelle ça un meurtre .. De fait, nous devions monter étage par étage et toute personne que nous voyions, nous devions la tuer. Je me suis demandé : où est la logique dans tout ça ?»

«Au-dessus de nous, on nous a dit que c’était permis, parce quiconque était resté dans le secteur et à l’intérieur de Gaza était de fait condamné, un terroriste, parce qu’ils ne s’étaient pas enfuis. J’ai eu du mal à comprendre : d’un côté, ils n’ont pas vraiment où fuir, mais de l’autre on nous dit que s’ils n’ont pas fui, c’est de leur faute... Ca m’a aussi fait un peu peur. J’ai tenté d’exercer un peu d’influence pour changer cela, autant qu’il était possible depuis ma position de subordonné. A la fin, l’ordre a consisté à entrer dans une maison, de se servir de mégaphones et de dire aux occupants : "Allez, tout le monde dehors, vous avez cinq minutes, quittez la maison, quiconque ne le fait pas sera tué.

«Je suis allé voir les soldats et leur ai dit : "les ordres ont changé. On entre dans la maison, ils ont cinq minutes pour partir, on les fouille pour voir s’ils n’ont pas d’armes, et alors seulement, on commence à investir la maison étage par étage pour nettoyer tout ça... Cela veut dire, entrer dans la maison, ouvrir le feu sur tout ce qui bouge, lancer une grenade, tout ça. Et alors, il s’est passé un truc très troublant. L’un de mes soldats est venu me voir et m’a demandé : "Pourquoi ?" J’ai dit : "Qu’est-ce qui n’est pas clair ? On ne veut pas tuer des civils innocents." Lui : "Ah ouais ? Tous ceux qui sont là-dedans sont des terroristes, c’est bien connu." Je dis : "Tu penses que ces gens vont vraiment s’enfuir ? Non, personne ne va fuir" Il répond : "C’est clair". Et ses copains se joignent à lui : "Il faut tuer tous ceux qui sont là-dedans. Ouais, toute personne qui se trouve à Gaza est un terroriste", et tous les autres trucs dont les médias nous farcissent la tête

«Alors, j’essaie d’expliquer au gars que tout le monde là-bas n’est pas terroriste et que, après qu’il aura tué, disons, trois enfants et quatre mères, il montera à l’étage supérieur et tuera encore une vingtaine de personnes. Finalement, il s’avère que la maison a 8 étages, 5 appartements par étage, quelque chose comme 40 - 50 familles à tuer. J’ai essayé d’expliquer qu’il fallait les laisser partir, et seulement alors investir la maison. Ca n’a pas servi à grand-chose. C’est vraiment frustrant de constater que pour eux, dans Gaza, ils ont le droit de faire ce qu’ils veulent, casser des portes ou des maisons, tout ça parce que c’est cool.»

«L’iimpression donnée par les officiers est qu’il n’y a aucune logique là-dedans mais qu’ils laissent faire. Ecrire ‘mort aux Arabes’ sur les murs, prendre des photos de famille et cracher dessus, seulement parce qu’on peut. Je pense que c’est la chose la plus importante pour comprendre dans quoi l’éthique de Tshal est tombée, vraiment, c’est ce dont je me souviendrai.»

«L’un de nos officiers, qui commande une compagnie, a vu quelqu’un arriver sur une route, une femme, une vielle femme. Elle marchait, assez loin, mais assez près pour s’en prendre à elle. Suspecte ou pas ? Je ne sais pas. Finalement, l’officier a envoyé des hommes sur le toit pour l’éliminer. Par la description de cette histoire, j’ai senti qu’il s’agissait d’un meurtre de sang-froid.»

Zamir : «Je ne comprends pas. Pourquoi a-t-il fait tirer sur elle ?»

Aviv : «C’est ce qu’il y a de bien, genre, à Gaza. Tu vois quelqu’un marcher sur une route. Il n’a pas besoin d’être armé, tu n’as pas besoin de l’identifier, tu tires et c’est tout. Avec nous c’était une vieille femme, sur qui je n’ai vu aucune arme. L’ordre était dé l’éliminer au moment où tu la voyais.»

Tzvi : «Les descriptions d’Aviv sont exactes, mais il est possible de comprendre d’où ça vient. Et cette femme, on ne sait jamais si... Elle n’avait pas à être là, il y a eu des annonces, des bombardements. La logique dit qu’elle n’autait pas dû se trouver là. La façon dont tu le décris, un meurtre de sang-froid, ce n’est pas bien. On sait qu’ils ont des éclaireurs et tout ça.»

Gilad : «Avant même que nous ne rentrions, le commandant du bataillon a été très clair : une leçon importante de la guerre du Liban a été tirée sur la manière dont Tsahal entre, avec beaucoup de feu. L’intention était de protéger les soldats par la puissance de feu. Dans l’opération, les pertes de Tsahal ont été vraiment minimes, et le prix a été que beaucoup de Palestiniens ont été tués.»

Ram : «Je fais mon service dans une compagnie de la brigade Givati. Après que nous sommes entrés dans les premières maisons, il y a eu une maison avec une famille à l’intérieur. L’entrée a été relativement calme. Nous n’avons pas ouvert le feu, nous n’avons fait que crier à tout le monde de descendre. Nous les avons placés dans une pièce, puis nous avons quitté la maison pour y entrer par une autre issue. Quelques jours plus tard, l’ordre a été donné de libérer la famille. Les soldats avaient pris position sur le toit, avec un sniper. Le commandant du peloton a laissé la famille sortir et leur a dit de prendre à droite. Une mère et ses deux enfants n’ont pas compris et ont pris à gauche, mais on avait oublié de dire au sniper sur le toit qu’ils étaient libres de partir, que ça allait et qu’il ne devait pas tirer et il ... il a fait ce qu’il avait à faire, il suivait les ordres, c’est-à-dire.»

Question du public : «A quelle distance cela se passait-il ?»

Ram : «Environ 100 à 200 mètres. Les gens étaient sortis de la maison, ils avaient avancé un peu, et soudain il les a vus, des gens qui se déplaçaient dans une zone où il était interdit de circuler. Je ne crois pas qu’il se soit senti mal à cause de ça. Après tout, pour ce qui le concernait, il avait accompli son job selon les ordres qu’il avait reçus. Et l’atmosphère générale, d’après ce que j’ai compris de ce que m’ont dit mes hommes ... Je ne sais pas comment le décrire ... La vie des Palestiniens, disons, comptait beaucoup beaucoup moins que la vie de nos soldats. Pour leur part, ils peuvent justifier ça ainsi.»

Youval Friedman (instructeur en chef au programme Rabin) : «Il n’y a pas eu un ordre permanent précisant qu’il fallait une autorisation pour ouvrir le feu ?»

Ram : «Non. Cet ordre existe, au-delà d’une certtaine ligne. L’idée est que tu as peur qu’ils ne t’échappent. Si un terroriste s’approche de trop près, il pourrait faire exploser la maison ou quelque chose comme ça.»

Zamir : «Après une tuerie comme ça, par erreur, Tsahal procède-t-il à une quelconque enquête ? Examine-t-on ce qui aurait pu être corrigé ?»

Ram : «Pour l’instant, personne n’est venu de l’unité d’enquête de la police militaire. Il n’y a eu aucune ... Pour tous les incidents, il y a des enquêtes individuelles et des évaluations d’ordre général sur la conduite de la guerre. Mais ils ne se sont pas attachés à ça en particulier.»

Moshe : «L’attitude est très simple. Ce n’est pas agréable à dire, mais tout le monde s’en fiche. On n’enquête pas là-dessus. C’est du combat, de la routine en matière de sécurité.»

Ram : «Ce dont je me souviens en particulier, c’est qu’il régnait au début un sentiment de mission quasi religieuse. Mon sergent étudie dans une yeshiva. Avant l’attaque, il a réuni tout le bataillon et conduit une prière pour ceux qui partaient se battre. Un rabbin de brigade se trouvait là. Après, le rabbin est venu dans Gaza et s’est déplacé dans tous les sens pour nous taper sur l’épaule, nous encourager et prier avec d’autres. Quand nous étions à l’intérieur [de Gaza], ils nous envoyaient aussi ces livrets remplis de psaumes, une tonne de psaumes. Je pense que, au moins dans la maison où nous sommes restés une semaine, on aurait pu remplir la maison avec tous les psaumes qu’ils nous ont envoyés, et d’autres livrets du même genre.»

«Il y avait un fossé immense entre ce que l’Education militaire nous envoyait et ce que nous envoyait le rabbinat militaire. L’Education a publié un argumentaire pour les officiers, quelque chose sur l’histoire d’Israël qui s’est battu à Gaza, depuis 1948 jusqu’à nos jurs. Le rabbinat a apporté un tas de petits livres et d’articles et ... le message était très cliar. Nous sommes le peuple d’Israël, nous sommes venus sur cette terre par miracle, Dieu nous a ramenés sur cette terre, et maintenant, nous devons combattre pour expulser les Gentils, qui nous gênent dans notre conquête de la terre sainte. C’était ça le message principal, et beaucoup de soldats avaient le sentiment que cette opération était une guerre religieuse. Depuis ma position d’officier qui devait «expliquer», j’ai essayé de parler de politique, des courants dans la société palestinienne, du fait que tout le monde à Gaza n’appartenait pas au Hamas, et que tous les habitants ne cherchaient pas à nous abattre. J’ai voulu expliquer aux soldats que cette guerre n’était pas pour la sanctification de Dieu, mais pour arrêter les Qassams.»

Zamir : «J’aimerais demander aux pilotes parmi nous, Gideon et Yonatan, de nous donner un peu leur point de vue. En tant que fantassin, cela m’a toujours intéressé. Quelle impression a-t-on quand on bombarde une ville comme ça ?»

Gideon : «D’abord, à propos de ce que tu as dit sur la folle puissance de feu. Depuis le tout début des raids aériens, les quantités de feu ont été impressionnantes, et c’est essentiellement ce qui a poussé les gens du Hamas à se cacher dans les abris les plus souterrains et les a empêchés de se montrer jusque environ deux semaines après les combats. En général, la manière dont ça fonctionne pour nous, juste pour que vous compreniez un peu les différences, c’est que j’arrivais la nuit à l’escadrille, j’effectuais un raid sur Gaza et puis je rentrais chez moi dormir à Tel Aviv, au chaud dans mon lit. Je ne suis pas coincé dans un lit dans une maison palestinienne, la vie est un peu meilleure.»

«Avec mon escadrille, je ne vois pas un terroriste qui lance une Qassam, puis décide de décoller et de l’avoir. Il y a tout un système pour nous soutenir, qui nous sert d’yeux et d’oreilles, et des renseignements pour chaque avion qui décolle et qui créent de plus en plus de cibles en temps réel, chacune avec un niveau de légitimité plus ou moins grand. En tout cas, j’essaie de croire que ces cibles sont déterminées selon le dégré de légitimité le plus haut possible.»

«Ils [les pilotes] lâchaient des tracts sur Gaza, tiraient parfois un missile depuis un hélicoptère sur le coin d’une maison, juste pour secouer un peu la maison et faire fuir tout le monde. Ces techinques ont marché. Les familles sont sorties, et vraiment, quand les soldats sont entrés dans les maisons, elles étaient assez vides, au moins de civils innocents. De ce point de vue, ça a marché.»

«En tout cas, j’arrive à l’escadrille, on me donne une cible, une description et des coordonnées. En gros, je m’assure simplement que ça ne se trouve pas à l’intérieur de nos lignes. Je regarde la photo de la maison que je suis censé attaquer, je vois qu’elle correspond à la réalité, je décolle, je pousse sur le bouton et la bombe atterrit toute seule dans un rayon d’un mètre de la cible.»

Zamir : «Chez les pilotes, y a-t-il aussi des paroles ou des sentiments de remords ? Par exemple, j’ai été été terriblement surpris par l’enthousiasme qui a accompagné la tuerie des policiers de la circulation de Gaza, le premier jour de l’opération. Ils ont tué 180 flics. En tant que pilote, j’aurais remis ça en question.»

Gideon : «Il y a deux aspects à ça. Sur le plan tactique, tu les appelles de "policiers". Dans tous les cas, ils sont armés et appartiennent au Hamas ... En des temps meilleurs, ils prennent des gens du Fatah, les jettent des toits et voient ce qui se passe. Concernant ce qu’on pense, tu passes du temps avec ton escadrille et il y a quantité de débats sur l’importance du combat et des valeurs qui lui sont attachées, sur ce que nous faisons, il y a de quoi parler. Mais à partir du moment où tu démarres le moteur jusqu’à ce que tu l’éteignes, toutes tes pensées, toute ta concentration et ton attention sont sur la mission que tu dois effectuer. Si tu as un doute injustifié, tu es susceptible de causer une bavure encore plus grande et détruire une école avec 40 enfants. Si le bâtiment touché n’est pas celui que j’étais censé toucher, mais une maison avec des gars à nous à l’intérieur, le prix de l’erreur est très très grand.»

Question du public : «Y a-t-il eu quelqu’un dans l’escadrille qui n’a pas appuyé sur le bouton, qui y a réfléchi à deux fois ?»

Gideon : «Il faut poser la question à ceux qui participent à des opérations par hélicoptère, ou aux types qui voient ce qu’ils font. Avec les armes que j’utilisais, ma capacité de prendre une décision en contradiction avec ce qu’on m’a dit était proche de zéro. Je lâche la bombe d’une distance où je peux voir toute la bande de Gaza. Je vois aussi Haïfa, je vois aussi le Sinaï, mais c’est plus ou moins la même chose. Ca fait vraiment très loin.»

Yossi : «Je suis sergent dans un peloton de parachutistes. Nous étions dans une maison et avons découvert une famille à l’intérieur qui n’était pas censée se trouver là. Nous les avons rassemblés dans le sous-sol, posté deux gardes et nous sommes assurés qu’ils ne causeraient pas d’ennuis. Au fur et à mesure, la distance émotionnelle entre nous s’est estompée : nous avons fumé des cigarettes ensemble, bu du café avec eux, parlé du sens de la vie et des combats à Gaza. Après de nombreuses conversations, le propriétaire de la maison, un homme âgé de plus de 70 ans, disait qu’il était bon que nous soyons à Gaza et qu’il était bon que Tsahal y fasse ce qu’il faisait. Le lendemain, nous avons fait interroger l’homme et son fils. Le jour d’après, nous avons reçu une réponse : tous les deux étaient des militants politiques du Hamas. C’était assez troublant, ils te disent combien c’est bien que tu sois là, bla bla bla, et tu découvres qu’ils t’ont menti pendant tout ce temps. Ce qui m’a ennuyé le plus a été qu’à la fin, après que nous avions compris que les membres de cette famille n’étaient pas exactement des amis et qu’ils méritaient pas mal d’être fichus dehors, le commandant du peloton nous a suggéré, quand nous quitterions la maison, de nettoyer, ramasser toutes les ordures dans des sacs, balayer et nettoyer le sol, plier les couvertures que nous avions utiliées, mettre en piles les matelas et les remettre sur les lits.»

Zamir : «Que veux-tu dire ? Toutes les unités qui ont quitté une maison n’ont pas fait ça ?»

Yossi : «Non, pas du tout. Au contraire. Dans la plupart des maisons, des graffitis ont été laissés, des choses comme ça.»

Zamir : «C’est se conduire comme des animaux.»

Yossi : «Tu n’es pas censé te concentrer sur du pliage de couvertures quand on te tire dessus.»

Zamir : «Je n’ai pas beaucoup entendu qu’on vous tirait dessus. Ce n’est pas que je vous fasse des reproches, mais quand on passe une semaine chez des gens, on nettoie ses saletés.»

Aviv : «Un jour, j’ai reçu un ordre. Tout l’équipement de la maison, tous les meubles : nettoyer toute la maison. Nous avons tout jeté, tout, par les fenêtres de façon à faire de la place. Tout le contenu de la maison a volé par les fenêtres.»

Yossi : «Il y a eu un jour où une Katiusha, un missile Grad, est tombée sur Beer Sheva et une mère et son bébé ont été blessés. C’étaient des voisins de l’un de mes soldats. Nous avons entendu toute l’hitsoire à la radio, et il n’a pas pris à la légère le fait que ses voisins aient été blessés. Le gars était un peu sur les nerfs, on peut le comprendre. Dire à quelqu’un comme ça : "Allez, on va laver le sol de la maison d’un militant du Hamas, qui vient de tirer une Katiusha sur tes voisins, qui ont eu une jambe amputée", ce n’est pas facile à faire, en particulier si l’on n’est pas du tout d’accord avec ça. Quand mon officier a dit : "OK, dis à tout le monde de plier les couvertures et d’empiler les matelas", je l’ai mal pris. Ca a gueulé pas mal. Finalement, j’ai été convaincu et je me suis rendu compte que c’était la bonne chose à faire. Aujourd’hui j’apprécie et même, je l’admire, le commandant, pour ce qui s’est passé là-bas. Au fond, je ne pense pas que n’importe quelle armée, syrienne ou afghane, aurait nettoyé le sol de maisons de son ennemi, ni plié des couvertures, ni qu’elle les aurait rangées dans les armoires.»

Zamir : «Je pense qu’il serait important que les parents se réunissent ici et entendent cette discussion. Je pense qu’elle serait très instructive, et aussi consternante et déprimante. Vous décrivez une armée aux normes éthiques très basses, c’est la vérité ... Je ne vous juge pas et je ne vous fais pas de reproches. Je vous répercute seulement ce que je ressens après avoir entendu vos histoires. Je n’étais pas à Gaza, et je suppose que, chez les réservistes, le niveau de retenue et de contrôle se soi seraient plus haut, mais je pense que, globalement, vous décrivez et reflétez le genre de situation dans laquelle nous nous sommes trouvés. Après la guerre de 1967, quand les gens sont revenus du combat, ils se sont réunis en cercles et ont décrit ce par quoi ils étaient passés. Pendant des années, ceux qui ont fait ça ont été décrits sous l’expression "On tire et on pleure". En 1983, quand nous sommes revenus de la guerre du Liban, on a dit les mêmes choses sur nous. Nous devons réfléchir à ce qui nous est arrivé. Nous devons nous colleter avec ça, pour établir des normes nouvelles, ou différentes. Il est très possible que le Hamas ou l’armée syrienne auraient eu un comportement différent du mien. Mais le point essentiel est que nous ne sommes ni le Hamas, ni l’armée syrienne ni égyptienne. Si des religieux nous oignent d’huile et nous collent des livres sacrés entre les mains, et si les soldats de ces unités ne sont pas représentatifs de tout le spectre du peuple juif, mais seulement de certains secteurs de la population, à quoi devons-nous nous attendre ? A qui faisons-nous des reproches ?

En tant que réservistes, nous prenons assez peu au sérieux les ordres des officiers de brigade. Nous laissons passer les vieux et les familles. Pourquoi tuer des gens quand vous savez très bien que ce sont des civils ? Quel aspect de la sécurité d’Israël sera menacé, qui sera touché ? Faites preuve de discernement, soyez humains.»

Publié par La Paix Maintenant traduit Traduction par Gérard Eizenberg selon Ha’aretz.

Lire aussi :
• Crimes de guerre confirmés à Gaza, l'Humanité.
• Gaza : La vérité pointe sur les exactions israéliennes, Lutte Ouvrière.
• Gaza : les témoignages accablants des soldats israéliens, Libération.
• Gaza : Réactions aux témoignages israéliens sur les crimes de guerre, Global Voices.


[1] L’armée israélienne est fort inventive quand il s’agit de nommer ses opérations. Les références sont le plus souvent bibliques. En tant que «traducteur engagé», tant que ce nom n’apporte aucune information, je me refuse dorénavant à suivre cette manie de mêler les références bibliques à des opérations militaires. Pour info, l’expression «Plomb durci» est tirée d’un poème de Bialik consacré à la fête de Hanouka, censé être chanté par de jeunes enfants ; l’opération a été déclenchée au moment de Hanouka (ndt).