24 juin 2009

Croissance pas "naturelle" des colonies juives

Les Israéliens qui partent s'installer en Cisjordanie représentent plus du tiers de la croissance démographique des implantations juives dans le territoire palestinien: les statistiques affaiblissent l'argument de la "croissance naturelle" avancé par le gouvernement de l'Etat hébreu pour justifier la poursuite de la construction dans les colonies.

La colonisation est l'une des principales pommes de discorde entre Israël et les Etats-Unis. Le gouvernement israélien a reporté un entretien initialement prévu jeudi à Paris entre le Premier ministre Benyamin Nétanyahou et l'émissaire américain pour le Proche-Orient, George Mitchell, en raison de divergences sur le dossier, a reconnu mercredi un responsable israélien.

Israël affirme que la "croissance naturelle" des colonies juives existantes doit être autorisée, alors que l'administration Obama s'oppose à la poursuite de la colonisation. Le dossier a fait apparaître au grand jour des tensions entre l'Etat hébreu et Washington. Et il devrait être au coeur des entretiens prévus la semaine prochaine à Washington entre le ministre israélien de la Défense Ehoud Barak et George Mitchell, un détracteur de longue date de la colonisation.

Les opposants à la "croissance naturelle" expliquent qu'Israël s'en sert comme prétexte pour poursuivre la colonisation en Cisjordanie: Yasser Abed Rabbo, collaborateur du président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, qualifie cet argument de "tromperie".

Les chiffres du Bureau central des statistiques israélien viennent étayer ces critiques: ils montrent qu'en 2007, 36% de l'ensemble des nouveaux colons venaient d'Israël ou de l'étranger. Des données plus récentes, notamment depuis l'installation du gouvernement Nétanyahou en mars dernier, ne sont pas encore disponibles, mais il y a peu de raisons de penser que les choses ont changé, souligne Hagit Ofran, un spécialiste du dossier auprès de l'organisation La Paix maintenant.

La migration de gens attirés par des logements meilleur marché, et pas seulement la croissance démographique, constitue ainsi un moteur important de l'accroissement du nombre d'habitants dans les colonies. Les migrants en provenance d'Israël et de l'étranger ont représenté 5.300 des 14.500 nouveaux colons recensés en 2007.

Et il s'agit d'une tendance lourde. Chaque année entre 1999 et 2007, ce flux migratoire a représenté entre un tiers et la moitié de la croissance du nombre de colons. La seule exception a été 2005, mais les chiffres pour cette année-là ont été faussés par l'évacuation des 8.500 colons israéliens de la bande de Gaza.

Entre 2006 et 2008, Israël a achevé la construction 5.503 appartements en Cisjordanie et en a mis en chantier 5.125 autres, selon le Bureau des statistiques. En vertu de la feuille de route pour la paix au Proche-Orient de 2003, Israël s'était engagé à geler les activités de construction dans les colonies, y compris celles liées à la croissance naturelle. Mais sur le terrain, les constructions se sont poursuivies.

La semaine dernière, Benyamin Nétanyahou a cédé au président américain Barack Obama qui lui demandait d'accepter le principe d'un Etat palestinien, mais a posé ses conditions, affirmant notamment que cet Etat devrait être démilitarisé. Il a en revanche rejeté l'idée d'un gel de la construction dans les colonies.

"Nous n'avons pas l'intention de construire de nouvelles colonies", a-t-il expliqué. "Mais il est nécessaire de permettre aux habitants de vivre une vie normale", a-t-il ajouté en référence à la notion de "croissance naturelle".

Près de 300.000 Israéliens vivent aujourd'hui en Cisjordanie et 180.000 à Jérusalem-est, dont l'annexion en 1967 par Israël n'a pas été reconnue par la communauté internationale.

AP-Yahoo! Actualités

Mai 68 en quarantaine

Pris depuis quarante ans entre captation d’héritage, travestissement et refoulement, entre mythification et délégitimation, l’événement Mai 68 a sans cesse été abordé dans les logiques conflictuelles de la commémoration (comme origine d’une modernité culturelle ou promesse d’émancipation) et de la dénonciation (comme signe d’une époque révolue ou de l’errance d’une génération). Dans un cas comme dans l’autre, la mémoire qu’il fallait garder s’imposait au détriment de l’histoire qu’il fallait faire, et la promotion en modèle (ou contre-modèle) se substituait à l’analyse des effets produits par l’événement et à la réflexion sur ses usages.

Même si plusieurs ouvrages proposant un état de la recherche sur Mai 68 paraissent cette année, et même s’ils contribuent à nourrir la connaissance historique et sociologique, l’essentiel de la vague éditoriale qui s’impose dans les librairies, les revues, les magazines et à la télévision reste d’ordre commémoratif, et elle confirme le primat accordé à l’essai et au témoignage plutôt qu’à la réflexion sur les processus qui traversèrent l’événement et conduisent jusqu’au présent.

Pour se soustraire à ces batailles de mémoire, il n’est donc pas inutile de proposer des perspectives d’analyse rigoureuses qui ne saisissent pas Mai 68 simplement comme un événement mais aussi comme un processus affectant un contexte, qui ne l’évaluent pas seulement du point de vue des principes (ou de "l’esprit") dont il est censé s’être réclamé mais également du point de vue de ses effets.

Ce colloque associe plusieurs disciplines qui ont rarement été convoquées ensemble à ce propos. En revenant sur les effets philosophiques, sociaux et politiques, littéraires et artistiques de Mai 68, il se donne pour objectif d’en tracer les suites effectives et constatables, en associant la sociologie, l’histoire, les sciences politiques, les études littéraires, la sociologie de l’art et la philosophie.

L’enjeu de cette rencontre est d’analyser des répercussions concrètes sur nos manières actuelles de penser, d’agir et de créer. Il est aussi de prendre la mesure d’un fait souvent inaperçu : les regards croisés de la science politique, de la sociologie, de l’histoire des idées et de l’action artistique ne fournissent pas seulement les outils intellectuels pour évaluer les effets de Mai 68 dans l’espace social et dans le champ de la pensée contemporaine ; ils en sont à bien des égards également les résultats.

A cette fin, les ressources distinctes et les spécialisations complémentaires de trois laboratoires de l’ENS LSH sont mobilisées : Triangle, avec ses compétences en science politique et en sociologie, le Cerphi, avec ses méthodes d’histoire des idées, de contextualisation des débats et d’analyse des controverses qui structurent le champ intellectuel, et le CEP, avec sa vocation d’expérimentation poétique et d’engagement dans la création contemporaine. Cette complémentarité s’exprime également dans la diversité des modes d’approches de mai 68. Les trois journées sont ainsi centrées successivement sur les effets sociaux et politiques, philosophiques et artistiques de cet événement.

Canal-U

Lire aussi :
• Mai 68 jusqu’à la saturation, Le blog de Brice Couturier
• Mai 68, l'héritage controversé, Sciences Humaines

Sélection bibliographique :
Gérard FILOCHE, Mai 68 : histoire sans fin - Liquider Mai 68 ? même pas en rêve !, J.C Gawsewitch, 2007 [Démocratie & Socialisme - Là-bas si j'y suis]
Nicolas Sarkozy accuse mai 68 d'avoir "imposé le relativisme intellectuel et moral", "liquidé l'école de Jules Ferry", "introduit le cynisme dans la société et dans la politique" et "abaissé le niveau moral de la politique".
Il aime à dire que "Les héritiers de ceux qui, en mai 68, criaient CRS = SS prennent systématiquement le parti des voyous, des casseurs et des fraudeurs contre la police", avant d'ajouter : "Je veux tourner la page de mai 68 une bonne fois pour toutes". Selon lui, "Il faut liquider mai 68 !". Que de haine contre le plus grand mouvement de grève de l'histoire de France ! Il y eut deux mai 68.
L'un : superficiel, mondain, marginal ; l'autre : social, révolutionnaire, solidaire. Sarkozy a fait "l'ouverture" avec le mai 68 mondain (Kouchner) dans son gouvernement de contre-révolution conservatrice. Son but ? Battre les héritiers du vrai mai 68, celui des employés et ouvriers qui continuent à lutter pour une autre répartition des richesses, pour le droit du travail, les salaires et les retraites.
Un combat séculaire. De la Commune de Paris à juin 36, la Libération, novembre-décembre 95, aux grands mouvements pour les retraites en 2003, ou encore contre le CPE en 2006, c'est toute l'histoire des grands mouvements sociaux qui est en jeu. Qui va gagner ?. L'histoire sans fin des grandes aspirations humaines : la liberté, l'égalité, la fraternité, ou bien la fin de l'histoire avec la toute puissance de la finance, de l'élitisme, des corporatismes ?.
C'est le récit engagé des quarante dernières années de luttes sociales que nous livre un acteur de mai 68, inlassablement ancré au cœur de la gauche.

Gérard FILOCHE, Mai 68 : histoire sans fin - Mai 68, 40 ans après, les obsède encore, J.C Gawsewitch, 2008

• Kristin ROSS, Mai 68 et ses vies ultérieures, Le Monde Diplomatique / Complexe, 2005 [Germe - Le Mouvement Social - Là-bas si j'y suis]
"Autour de l'année 1968, dans tout le monde occidental, apparaît sur la scène publique un nouveau personnage collectif : la classe d'âge adolescente. […] Elle s'arme elle-même par opposition au monde adulte."Ces phrases d'un éditorial du Monde pour le trentième anniversaire de Mai 68 rejoignent l'appréciation de Raymond Aron : "Nous sommes en présence d'un phénomène biologique autant que social." Elles confirment la volonté d'enterrer le caractère social du Mai, révolte de masse qui toucha tous les secteurs du travail, toutes les classes d'âge.
Certains, comme Bernard Kouchner, diront vingt ans après les événements : "Nous étions nombrilistes, oublieux du monde extérieur, nous ne voyions pas ce qui se passait dans le reste du monde, nous étions repliés sur nous-mêmes." Mais qu'en était-il donc d'une dimension pourtant essentielle du mouvement de 1968, à savoir sa relation avec les luttes anticolonialistes et anti-impérialistes comme le Viêtnam, l'Algérie ou Cuba ?
En trente-cinq ans, la mémoire de Mai 68 n'a-t-elle pas été ensevelie sous les commémorations, réduite à la "libération des mœurs", alors qu'elle fut sans doute l'un des plus grands mouvements sociaux de l'après-Seconde Guerre mondiale en Europe, la plus importante contestation de l'ordre social existant ? Kristin Ross tente de réhabiliter le sens réel de l'événement, à retrouver le sens de cette révolte et sa trace dans l'histoire de la France.

23 juin 2009

Expansion d'une colonie illégale

Ce plan de construction, qui porte sur la construction de 300 unités résidentielles, attend encore un feu vert définitif au cours des mois à venir, selon une ONG israélienne.

Le ministre israélien de la Défense Ehoud Barak a approuvé un plan de construction de centaines de maisons dans une colonie sauvage en Cisjordanie occupée, a affirmé mardi 23 juin une ONG israélienne.
"Le plan est destiné à créer une continuité territoriale" entre la colonie de Talmon et une implantation sauvage voisine et "élargir la colonie aux dépens des villageois palestiniens dans la zone", a affirmé l'ONG Bimkom dans un communiqué.
Ce plan de construction, qui porte sur la construction de 300 unités résidentielles, attend encore un feu vert définitif au cours des mois à venir, précise toutefois Bimkom. La colonie de Talmon se trouve au nord-ouest de Ramallah, siège de l'Autorité palestinienne.
"C'est la deuxième fois au cours des derniers mois que le ministre de la Défense Barak approuve l'extension de colonies existantes ou de nouvelles colonies", affirme Alon Cohen-Lifshitz, un responsable de Bimkom.

Toutes les colonies illégales


"Cela prouve que (Ehoud) Barak n'a pas l'intention de geler la construction dans les colonies existantes, ni même d'empêcher d'en construire de nouvelles", poursuit-il.
Aucun commentaire n'a pu être obtenu auprès du ministère de la Défense.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu exclut un gel de la colonisation dans les territoires palestiniens occupés comme le réclame la communauté internationale, États-Unis en tête.
Il s'est dit en revanche prêt à démanteler des colonies sauvages en échange d'un soutien accru de Washington face à la menace d'un Iran nucléaire. Ces implantations, plus de 100, sont jugées illégales en Israël car elles n'ont pas obtenu le feu vert des autorités.
Aux yeux de la communauté internationale, toutes les colonies sont illégales [1].

NouvelObs

[1] Le territoire inclus dans ligne verte de 1949 est considéré, par la communauté internationale, comme le seul territoire sur lequel l'État d'Israël est en doit d'exercer sa souveraineté. Israël, qui prétend à des «frontières sûres et reconnues», viole allègrement le droit international et revendique toute la Terre d'Israël - Eretz Israel.
• Dossier Organisations israéliennes contre l'occupation
• Dossier Résistance à la colonisation de la Palestine

22 juin 2009

Les druzes manifestent pour leurs droits

Plusieurs centaines de manifestants druzes se disant victimes de discrimination dans l'Etat juif ont affronté dimanche la police devant les bureaux du Premier ministre Benjamin Netanyahou à Jérusalem. Ils ont lancé des oeufs et des bouteilles sur les forces de sécurité. Les heurts ont fait deux blessés parmi les policiers et plusieurs autres chez les manifestants, a précisé Micky Rosenfeld, porte-parole de la police. Les dirigeants de la communauté druze se plaignent de la modicité des allocations versées à leurs villages par rapport aux fonds consacrés par l'Etat aux localités juives. Le Premier ministre a accepté de recevoir des représentants des protestataires, ont fait savoir ses services dans un communiqué.

Le JDD

Commentaires :

En Israël, les droits varient selon la nationalité. Les citoyens Juifs ont plus de droits que les citoyens Druzes, qui ont plus de droits que les citoyens Palestiniens (qualifiés Arabes).

Les Druzes sont perçus comme loyaux à l'État d'Israël. Contrairement aux Palestiniens, ils ont le droit de faire leur service militaire et donc d'accéder aux postes à responsabilités.

Alors que 93% des terres sont aux mains de l'État d'Israël, qui les a volées en 1948 aux Palestiniens, seuls les citoyens Juifs peuvent les utiliser pour construire de nouvelles localités - de fait des colonies.

La colonisation continue

Le projet de budget israélien prévoit 250 millions de dollars de crédits pour les colonies de Cisjordanie malgré les pressions du président américain Barack Obama en faveur d'un gel de la colonisation, a indiqué dimanche la radio militaire.

Le projet de budget voté en première lecture la semaine dernière par le Parlement pour les années 2009 et 2010 inclut officiellement des investissements d'un milliard de shekels (250 millions de dollars). Ces crédits sont notamment destinés à des investissements dans la construction de logements et le développement d'infrastructures, a ajouté la radio.

La radio a précisé que près de 40 millions de dollars vont être consacrés à la construction d'un nouveau quartier à Maale Adoumim, une des plus grandes colonies de Cisjordanie située à l'est de Jérusalem, tandis que 125 millions de dollars seront destinés à financer les "dépenses diverses de sécurité", a poursuivi le radio.

Yariv Oppenheimer, le secrétaire général de la Paix Maintenant, une organisation opposée à la colonisation, a pour sa part estimé que les chiffres réels d'investissements publics dans les colonies étaient beaucoup plus élevés et "dissimulés dans plusieurs chapitres du budget".

"Les chiffres officiels ne constituent que la partie visible de l'iceberg, et les Israéliens vont payer pour les colonies un prix politique très élevé mais aussi économique", a déploré M. Oppenheimer.

Les organisations de colons affirment, en revanche, qu'il y a une baisse prévue des crédits pour les implantations de Cisjordanie à la suite des pressions du président Obama.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a exclu lors d'un discours dimanche dernier un gel de la colonisation dans les territoires palestiniens occupés comme le réclame la communauté internationale.

"Je ne souhaite pas faire construire de nouvelles colonies ou confisquer des terres à cette fin mais il faut permettre aux habitants des implantations de vivre normalement", a-t-il affirmé, excluant l'arrêt de la construction dans les colonies existantes pour répondre aux besoins de la "croissance naturelle" de leur population.

Près de 300.000 Israéliens vivent dans les colonies de Cisjordanie.

AFP

Racisme colonial en Israël

Une Française née à Bethléem veut pouvoir atterrir en Israël

Les voyageurs qu'Israël considère Palestiniens ne sont pas autorisés à atterrir à l'aéroport Ben Gourion à Tel Aviv. Y compris quand ils affirment qu'il n'ont pas le moindre papier palestinien mais, par exemple, un passeport français.

Pour eux, c'est direction Amman, en Jordanie, puis un taxi vers les territoires palestiniens. Un paradoxe aux yeux de nombreux expatriés originaires de Gaza ou de Cisjordanie : l'État hébreu ne reconnaît ni l'État palestinien, ni la citoyennenté qui va avec, mais a inscrit dans ses registres douaniers la provenance des voyageurs palestiniens.


Au bureau de la Palestine à Paris, on précise que c'est depuis 2002 et la deuxième Intifada que l'accès à Ben Gourion est barré aux Palestiniens, qu'ils aient un passeport français ou pas.

Rue89

Une nouvelle qui vient d'être autorisée à la publication : grâce aux efforts déployés par l'Agence juive, 16 Juifs yéménites (en tout, trois familles), échappés clandestinement, ont atterri ce dimanche en Israël.

Guysen

Les guerres sans fin

Benjamin Stora, Les guerres sans fin, Stock, 2008

Au début de mon travail sur la mémoire dans ces années 1990, je pensais naïvement que la tâche principale de l’historien était de « retrouver » la mémoire pour écrire l’histoire, en permanence dévoiler la connaissance des faits qui avaient été enfouies, dissimulées, reconstruites. Ce travail historique paraissait de l’ordre de l’évidence : le progrès dans la connaissance passait par l’accroissement du volume du savoir des choses, qui ont été soit manipulées par l’État, soit (auto)censurées par les acteurs. C’était clair et les livres étaient écrits pour cela. Au fur et à mesure du développement de l’écriture de La gangrène et l’oubli, ou de la réalisation des Années algériennes, je me suis aperçu que c’était un petit peu plus compliqué. Les sociétés, en fait, avaient besoin d’oublier. Et l’oubli fonctionne aussi de manière positive. Pour se reconstruire, se fabriquer une identité, une société pratique une sorte d’oubli nécessaire. Les principaux acteurs (ou victimes) de la tragédie ne peuvent pas vivre en état perpétuel de frénésie mémorielle. C’est une illusion que de vouloir absolument imposer, sans cesse, comme une sorte de tyrannie, la mémoire retrouvée. Il existe des plages, des séquences, des moments d’histoire où l’oubli est normal. Un oubli peut être légitime : il n’est pas possible de vivre sans cesse en étant dans la guerre, l’adversité, la recherche de l’adversaire, la vengeance. Il faut faire avec l’oubli, et le travail des historiens doit se faire avec cela.

J’ai essayé progressivement à partir de là d’instaurer une sorte de distinction, entre cet oubli légitime, nécessaire, évident et un oubli organisé par les États, visant à échapper à la justice, à éviter le châtiment. Il existe deux types d’oubli : l’oubli de la société, légitime pour pouvoir vivre, et puis un oubli très pervers, très organisé. Et progressivement je me suis aperçu que les deux oublis s’appuyaient et s’adossaient l’un à l’autre. Parfois les oublis décidés par les États rencontraient un écho dans la société qui les acceptait. Car la société n’était pas en état d’insurrection permanente contre l’État. Et ce dernier pouvait d’autant mieux occulter qu’il savait pouvoir s’adosser sur l’acquiescement des sociétés tentées de vivre en « oubliant ». Des dissimulations organisées pouvaient parfois rencontrer une adhésion. Les réveils de mémoire, et les mises en accusation de l’État n’étaient pas constants. La fameuse formule : « A l’époque on ne savait pas, tout était caché, alors qu’on s’est toujours battu pour la vérité », n’est pas tout à fait vraie. Et il est illusoire de croire que les gens vont se battre à perpétuité sur des histoires de crimes passés. Les moments où la mémoire se réveille ne sont pas si fréquents finalement. Le travail historique consiste précisément à voir quand, et comment, ils se produisent. Et pourquoi la société accepte-t-elle de vivre avec des mensonges ? Pourquoi continue-t-on d’avancer avec tous les secrets que l’on porte dans sa tête ? Pourquoi à un moment donné on n’accepte plus ? Pourquoi faut-il divulguer ce secret, pourquoi faut il qu’on le reconnaisse ? A un moment donné, la mémoire se réveille, parce que la société a changé, ne supporte plus le poids des drames anciens, et qu’il y a eu des batailles, des reconnaissances, des seuils franchis dans l’espace public. Alors, l’État ne peut plus conserver la même attitude.

Cette question des « deux oublis » renvoie à la responsabilité de l’historien entre écrire l’histoire, et éviter que l’écriture de l’histoire serve à fabriquer des vengeances. Procéder par électrochocs, sans tenir compte de « l’oubli nécessaire », sans recoupements, sans vérifications, risque de réactiver des histoires piégées, minées, dont on ne perçoit pas les effets. Les historiens travaillent sur la mémoire et la restitution du temps dissimulé, mais aussi sur les mécanismes de l’oubli. Les sociétés ne peuvent vivre en état perpétuel d’exaltation et de frénésie : si trop d’histoires douloureuses encombrent le présent, l’avenir s’annonce difficile. Les sociétés fonctionnent donc dans une dialectique subtile entre mémoire et oubli. En même temps, l’occultation du passé obère à sa manière le présent et le futur. L’amnésie peut fonctionner comme une bombe à fragmentation. Si les haines, les rancœurs restent trop longtemps confinées dans l’espace privé, elles risquent d’exploser dans l’espace public plusieurs dizaines d’années plus tard. Pour ne pas avoir assumé le passé dans sa complexité, celui-ci explose dans le présent de manière anarchique, désordonnée, échappant à tout contrôle.

Tout ce travail compliqué de cicatrisation des mémoires blessées renvoie aussi, peut-être, au nécessaire temps de « guérison », sorte de période de latence qui correspond à une intensification des refoulements de souvenirs difficiles. Le temps d’attente dans l’écriture du travail historique paraît aussi s’établir en relation avec la protection de la vie privée des individus. Concernant par exemple la guerre d’Algérie en France, il n’est que de voir le destin des harkis qui ont combattu aux côtés de la France. Ils ont été très nombreux et certains sont toujours vivants. On connaît le problème moral qui se rattache à cette question et touche au bas mot 100 000 hommes. Le travail historique et le devoir de transparence, par l’ouverture d’archives encore brûlantes, se heurtent ici au souci de citoyens voulant protéger leur vie privée, voire leur vie tout court. En d’autres termes, l’ouverture des archives permet-elle d’écrire une histoire sereine ou sert-elle à raviver des vengeances passées, à réactiver des blessures toujours apparentes, non cicatrisées ? Dans ce sens, peut-il y avoir correspondance entre le temps d’apaisement des passions et le temps d’une possible ouverture des archives, étatiques ou mémorielles ?

Benjamin Stora
LDH-Toulon
Lire aussi : Bibliographie & Dossier documentaire Colonialisme, Monde en Question.

21 juin 2009

Avraham Burg


Avraham Burg, l'ancien président de la Knesset, a une nouvelle fois émis des propos très controversés contre Israël. Ce dernier a déclaré que la politique du pays est inspirée ''par une conception raciste, fasciste et nationaliste à l'extrême''.
Guysen

Lire aussi :
• Dossier Avraham BURG
• Dossier Résistance à la colonisation de la Palestine
• Bibliographie Palestine/Israël

19 juin 2009

Plus de 300 000 Palestiniens menacés de perdre leurs maisons

Plus de 300 000 personnes vivent sous la menace de la démolition de leurs maisons dans les Territoires Palestiniens Occupés.


Jusqu’à trois maisons sont détruites chaque jour, et dans certains cas des villages entiers ont reçu des ordres de démolition venant des autorités israéliennes d’occcupation. Les ordres de démolition placent plus de 300 000 Palestiniens sous la menace de perdre leurs foyers.

Foyers brisés [Briken Homes], un nouveau rapport de Save the Children, Palestinian Counseling Center et Welfare Association ont constaté que les familles dont les maisons sont démolies ne sont souvent même pas prévenues et n’ont donc pas le temps de prendre leurs affaires. L’impact de la perte de leur maison se ressent aussi à long terme sur leur santé psychologique.

Depuis que les démolitions de maisons ont commencé en 1967, on estime que les autorités civiles et militaires israéliennes ont détruit plus de 24 000 foyers. Toutefois, depuis l’année 2000, le nombre de maisons détruites a augmenté avec une moyenne de plus de 1000 maisons abattues chaque année.

Cette année (2009) a vu une augmentation massive des démolitions, avec plus de maisons détruites qu’à aucune autre période depuis le début de l’occupation israélienne, il y a maintenant 40 ans. Près de 4 000 maisons ont été détruites à la suite de l’offensive militaire dans la bande de Gaza au début de l’année.

« Les démolitions de maisons dans les Territoires Palestiniens Occupés [TPO] se sont multipliées et des milliers de familles, et dans certains cas des villages entiers, restent tous les jours sous la menace de l’arrivée des bulldozers pour détruire les maisons, et faire de nouveaux déplacés », a déclaré Salam Kanaan, de responsable de Save the Children dans les TPO.

« La majorité des démolitions de maisons sont réalisées sous de soit-disant « motifs administratifs » ou à la suite d’opérations militaires », a-t-il poursuivi. « Les familles perdent tout quand leurs maisons sont démolies, leurs vêtements, leur nourriture et leurs meubles sont tous enterrés sous les décombres. Il y a très peu d’aide pour ces familles qui sont laissées sans rien, démunies de tout, sans aucune protection. »

Les rédacteurs du rapport ont suivi des familles dont les maisons ont été démolies et ont constaté que :
• plus de la moitié (52%) des maisons ont été démolies dans une opération collective de démolition de maisons, voir de tout un quartier
• deux personnes ont été tuées lors de la démolition de leur foyer
• seules 13% des familles ont eu la chance de récupérer leurs biens avant que la démolition ne commence
• 97% des parents sont menacés d’une dépression nerveuse en raison de la démolition du foyer familial
• les enfants dont les maisons ont été démolies montrent un déclin de leur santé psychologique, montrant des signes traumatiques classiques en devenant renfermés, dépressifs et anxieux
• la majorité des familles dont les maisons ont été détruites ont été déplacées à maintes reprises sur de longues périodes ; plus de la moitié des familles (61%) ont mis au moins deux ans pour retrouver un lieu de vie permanent
• plus d’un quart des familles ont dû se séparer afin qu’ils puissent tous trouver un endroit où s’établir.

Une fois les maisons démolies, les familles ne perdent pas seulement la maison et son contenu, mais elle sont également rendues responsables des coûts de la démolition. Cela peut se chiffrer en milliers de dollars.

Les habitants de Jérusalem-Est, les communautés rurales de la Cisjordanie, les Bédouins, les réfugiés vivant dans des camps, les communautés à proximité du mur de séparation [Mur d’Apartheid] ou de colonies de peuplement, et les zones proches des frontières de Gaza sont les plus menacées par les déplacements ou les démolitions de maisons. Plus de 300 000 Palestiniens vivent dans ces secteurs.

En plus de la cessation immédiate de toutes les démolitions de maisons Save the Children, Palestinian Counseling Center (PCC) et Welfare Association demandent une forte augmentation de l’aide apportée aux familles victimes des ces déstructions, et surtout aux enfants.

Rana Nashashibi, directrice du PCC, a déclaré : « Nos demandes à Israël de cesser les démolitions de maisons sont tombées dans l’oreille d’un sourd. Ces démolitions traumatisent les enfants et leurs familles, les laissant avec des problèmes psychologiques à long terme qui sont très difficiles à surmonter. Les Israéliens doivent cesser immédiatement la démolition de maisons palestiniennes et la communauté internationale doit faire pression sur eux pour imposer cela. »

Publié par Info-Palestine selon Palestine Telegraph.

18 juin 2009

Israël sépare Gaza de la Cisjordanie

Les autorités d’occupation israéliennes ont intensifié hier les mesures de séparation de la population palestinienne en empêchant tout déplacement entre la bande de Gaza et la Cisjordanie même pour une cause humanitaire, ont dénoncé hier deux ONG israéliennes


Le centre Hamoked, une ONG pour la défense des droits de l’homme, a affirmé que «cette procédure constituait une escalade de la politique israélienne de séparation entre Gaza et la Cisjordanie».

Par ces agissements, Israël «empêche les habitants de la bande de Gaza de déménager vers la Cisjordanie, sous des prétextes sécuritaires et politiques», a souligné Joël Green Berg du centre Hamoked, lors d’une conférence de presse conjointe avec le centre Gisha pour la liberté de mouvement.
Les deux ONG estiment que cette pratique ne respecte aucune cause humanitaire car des familles ne pouvant pas vivre ensemble en Cisjordanie «sont forcées de déménager à Gaza, même si leurs maisons, leurs proches et leurs amis se trouvent en Cisjordanie».

La bande de Gaza reste toujours sous occupation israélienne malgré le retrait d’Israël de ce territoire en 2005. Outre le blocus imposé injustement à Gaza par Israël, ce territoire a été ravagé, 22 jours durant, par une agression militaire israélienne (décembre 2008/janvier 2009) qui a fait plus de 1400 martyrs palestiniens et des milliers de blessés.

Publié par CCIPPP selon El Watan.

Netanyahou hors de France !

Après le Fasciste Lieberman, c'est le chef du gouvernement israélien B. Netanyahou qui sera reçu le 24 juin prochain par N. Sarkozy.


L 'invitation à Paris du représentant d'un tel gouvernement qui affirme qu'il poursuivra la colonisation continue d'affamer Gaza met en œuvre une législation raciste contre ses citoyens d'origine palestinienne déclare que Jérusalem sera la capitale éternelle et unifiée d'Israël est inacceptable!

Recevoir un tel gouvernement c'est donner une caution à cette politique. C'est d'ailleurs ce que fait Sarkozy quand il affirme avec son ministre des Affaires Étrangères qu'il est pour le rehaussement des accords d'association entre Israël et l'Union Européenne et qu'il doit se faire sans lien avec le contexte politique.

Nous exigeons du gouvernement français qu'il s'engage dans la seule stratégie capable d'imposer une paix juste et durable dans cette région, et oblige Israël à respecter le droit international et ses propres engagements en prenant des sanctions :

Suspension immédiate de l'accord d'association Israël – Union Européenne
Embargo sur les ventes d'armes à Israël : la France est le deuxième fournisseur après les États Unis.

Nous, citoyens français, le disons clairement :

Le gouvernement français ne doit pas recevoir Netanyahou !
Netanyahou hors de France !

Rassemblement mardi 23 juin 18h30
métro Franklin Roosevelt
(Ligne 1 et 9), angle de l'avenu Montaigne et de l'avenue de Champs Elysées

Premiers signataires : AFPS- AFD France – AJPF - Les alternatifs – Al Ghadir Montreuil - ATTAC - ATMF - AAW France - CCIPPP – Collectif Faty Koumba – Collectif Judéo Arabe et Citoyen pour la Paix (Strasbourg) - Saint-Denis - Collectif Paix Palestine Israël – CICUP – Collectif Montreuil Solidarité Palestine - Courneuve Palestine – CMF - Droit Solidarité – Femmes en Noir – La Fédération - FTCR – Génération Palestine – GUPS - MRAP – MQJS - NPA – Organisation de Femmes Egalité - PCF – PCOF- Respaix Reveil des Consciences - Solidarité Palestine 18°- Solidarité Tunisienne - UJFP – UTIT – Les Verts

UJPF