1 juillet 2009

Israël refoule l'aide humanitaire pour Gaza

La marine israélienne a refoulé un petit ferry transportant des fournitures médicales et des militants pacifistes étrangers qui tentait de gagner Gaza malgré le blocus imposé au petit territoire palestinien, a annoncé mardi un porte-parole des passagers.

L'armée israélienne n'avait pas confirmé dans l'immédiat.

Dans un communiqué, le Mouvement Gaza libre, qui a organisé le voyage, précise que le navire "Spirit of Humanity" est parti du port chypriote de Larnaca lundi à destination de Gaza avec trois tonnes de fournitures médicales.

Parmi les 20 passagers, figurent l'ancienne parlementaire américaine Cynthia McKinney, la lauréate du prix Nobel de la paix Mairead Corrigan Maguire et d'autres militants pacifistes de Grande-Bretagne, d'Irlande, de Bahreïn et de Jamaïque.

"Il y a un patrouilleur près de nous et on nous a dit que si nous ne rebroussions pas chemin ils ouvriraient le feu", a précisé Derek Graham, un militant irlandais témoignant par téléphone cité sur le site Web du mouvement.

Le Mouvement Gaza libre a organisé cinq voyages en bateau vers Gaza depuis août 2008, bravant le blocus qu'Israël a imposé au petit territoire palestinien depuis sa prise de contrôle par le Hamas en juin 2007.

Deux autres voyages avaient été stoppés par les navires de guerre israéliens durant l'offensive israélienne de décembre-janvier dans la bande de Gaza. Aucun des passagers n'avait été blessé.

AP-Yahoo! Actualités

Lire aussi :
• L'actualité vue par Free Gaza Movement, LePost.
• Le Groupe La paix pour la Palestine, LePost.

Nétanyahou-Sarkozy-Lieberman

Editorial, Sarkozy is right - Lieberman must go, Ha'aretz.

Sarkozy aurait conseillé à Nétanyahou de renvoyer Lieberman, selon des responsables israéliens, AP-Yahoo! Actualités.
Nicolas Sarkozy, qui a reçu Benyamin Nétanyahou la semaine dernière à l'Elysée, lui aurait conseillé de renvoyer son controversé ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman, selon de hauts responsables israéliens. A la suite de ces informations, le Premier ministre israélien a réaffirmé mardi son "entière confiance" au chef de la diplomatie de l'Etat hébreu.

Des sources gouvernementales israéliennes, qui ont requis l'anonymat, ont confirmé mardi les informations de la télévision israélienne qui rapportait que le président français s'en était pris durement à l'ultranationaliste Avigdor Lieberman, chef du parti Israel Beitenou, lors de son entretien avec Benyamin Nétanyahou mercredi dernier à Paris.

"Si les choses attribuées au président français sont vraies, alors cette ingérence du président d'un pays démocratique respecté dans les affaires d'un autre pays démocratique est très grave et intolérable", a dénoncé le porte-parole du chef de la diplomatie israélienne Tzahi Moshe dans un communiqué.

Le cabinet de Benyamin Nétanyahou a de son côté fait savoir dans un communiqué publié après sa rencontre avec les ambassadeurs de l'Union européenne mardi, qu'"au regard de récentes informations, il était important pour lui de souligner qu'il avait une entière confiance dans le ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman".

"Le Premier ministre a ajouté qu'il sait que le ministre des Affaires étrangères Lieberman est complètement engagé en faveur de la paix et la sécurité et qu'il est un membre important du gouvernement élu de l'Etat démocratique d'Israël", ajoute le communiqué qui ne confirme ni ne dément les informations de la télévision israélienne.

Le porte-parole de Benyamin Nétanyahou Nir Hefetz a déclaré sur la radio de l'armée israélienne que "le Premier ministre n'a pas l'impression d'avoir besoin de conseils sur son gouvernement de sources extérieures".

L'Elysée n'a pas souhaité commenter ces informations. Lors du point de presse au Quai d'Orsay, le porte-parole adjoint du ministère français des Affaires étrangères Romain Nadal a renvoyé les journalistes au communiqué publié après l'entretien entre MM. Sarkozy et Nétanyahou. "C'est ce compte rendu qui reflète le contenu de cet entretien", a-t-il expliqué, notant que le nom du chef de la diplomatie israélienne n'y était pas mentionné.

Selon l'une des sources officielles, Avigdor Lieberman a demandé à ses subordonnés de ne pas commenter davantage ces informations, afin d'éviter des tensions diplomatiques.

Selon ces sources, Nicolas Sarkozy aurait conseillé à Benyamin Nétanyahou de se "débarrasser de cet homme" et le remplacer par la modérée Tzipi Livni, ancienne ministre des Affaires étrangères. Le Premier ministre aurait répondu au dirigeant français qu'en privé, Avigdor Lieberman, "parle différemment" que dans ses discours politiques, mais Nicolas Sarkozy aurait rétorqué qu'en privé, le président du Front national Jean-Marie Le Pen est "un homme très gentil", ajoutait-on de mêmes sources.

La nomination de l'extrémiste Avigdor Lieberman à la tête de la diplomatie israélienne avait été mal reçue par la communauté internationale en raison de ses positions intransigeantes sur le processus de paix israélo-palestiniens et ses provocations verbales dénoncées comme racistes.

Sarkozy embarrasse Nétanyahou, Yahoo! Actualités - Libération.
Nicolas Sarkozy, en particulier depuis son discours l'an dernier à la Knesset, est l'ami d'Israël. On ne s'attendait donc pas à ce qu'il en vienne à comparer Avigdor Lieberman, le très extrémiste et raciste chef de la diplomatie de l'Etat hébreu, à Jean-Marie Le Pen. C'est ce qui a le plus choqué, du ministère des Affaires étrangères aux médias israéliens, y compris le quotidien de référence Haaretz, qui consacre sa une à l'affaire.

Au départ, il y a une conversation un peu complice, lors d'une rencontre à l'Elysée, le mercredi dernier, entre Sarkozy et Benyamin Nétanyahou, deux hommes qui se connaissent bien et s'apprécient. Et ce conseil sans doute amical, donné devant témoins, du président français à son hôte : «Débarrasse-toi de lui [Lieberman, ndlr] et prends à la place Tzipi Livni [la chef de l'opposition]. Avec elle et Ehud Barak [le ministre travailliste de la Défense], tu pourras faire l'Histoire.» Ces propos ont provoqué la colère dans l'entourage du chef de la diplomatie israélienne. «Si ce qui est attribué au président français est exact, il s'agit d'une immixtion d'un président d'un Etat démocratique respecté dans les affaires d'un autre pays démocratique, une chose grave et inacceptable», a enragé hier, un conseiller de Lieberman. «Nous espérons qu'au-delà des positions politiques de chacun, tous les partis en Israël condamneront une intervention aussi grossière d'un Etat étranger dans nos affaires intérieures.» Tous les partis, non, puisque Ahmed Tibi, un député arabe israélien, membre de la Liste arabe unie, a félicité le président français : «La communauté internationale commence à prendre en compte le danger fasciste»,représenté par Avigdor Lieberman.

30 juin 2009

De la burqa au string

Au risque d'énoncer des évidences, il paraît utile de rappeler à tous ceux qui mènent une croisade contre le vêtement nommé burqa que :
Un vêtement est un objet, en général en tissu, voilant une partie du corps.
La première fonction sociale du vêtement est de protéger la pudeur en voilant certaines parties du corps.
La deuxième fonction sociale du vêtement est de marquer l'appartenance à un sexe, une classe et/ou un groupe et une culture.
Le vêtement a une histoire qui résulte de l'évolution de chaque culture et des interférences, choisies ou imposées, avec d'autres cultures.
S'insurger du fait qu'un vêtement voile, en partie ou totalement, le corps revient à prôner le nudisme qu'aucune société n'a pratiqué et ne pratique sinon de manière ponctuelle et codifiée (camps de nudistes par exemple).

Une révolution vestimentaire s'est produite en Europe à la moitié du XIVe siècle quand les vêtements masculin et féminin commencèrent à se différencier. À partir de cette époque les hommes ne portent plus la robe sauf les hommes du clergé.
Une deuxième révolution vestimentaire s'est produite en France à la fin du XVIIIe siècle quand les sans-culotte abandonnèrent la culotte et les bas au profit du pantalon qui est devenu le standard du vêtement masculin en Occident.

Les autres cultures n'ont pas suivi la même évolution ni au même rythme, même si une classe d'hommes et de femmes ont copié les normes occidentales dans leurs relations d'affaires. C'est le cas par exemple au Japon, où le vêtement occidental est utilisé à titre professionnel et le vêtement traditionnel dans la vie courante surtout familiale.


Au nom de quoi imposerait-on une norme vestimentaire aux musulmanes et à elles seules ? Pas au nom des principes républicains, de la laïcité ou la libération de la femme, mais au nom de l'impérialisme colonial européen qui a refusé d'accorder la citoyenneté française aux populations conquises et leur a appliqué le Code de l'indigénat c'est-à-dire la loi coranique.
D’après le senatus consulte du 14 juillet 1865 [restera en vigueur jusqu’à la loi du 7 mai 1946] : « L’indigène musulman est français ; néanmoins il continuera à être régi par la loi musulmane. » [1]
L'impérialisme colonial européen a aussi construit les stéréotypes d'un Orient pour imposer son schéma de pensée : Occident civilisé / Orient barbare. Le fantasme a pris corps notamment dans l'imaginaire érotique d'une fascination/répulsion de la femme voilée. La peinture du XIXe siècle reflète cette obsession, qui fut le justification de la représentation picturale de la nudité (choquante à l'époque).

Aujourd'hui les catho-laïco-féministes partageraient-ils les mêmes obsessions ? Rêveraient-ils secrètement de voir les musulmanes à poil ou en string ? C'est ce qu'illustre une blogueuse :


Une femme aux seins nus représente notre République
et c'est donc le contraire d'une femme voilée !

Serge LEFORT
30/06/2009

Sélection bibliographique :
Vêtement
• BARTHES Roland, Le bleu est à la mode cette année, IFM, 2001
• BOURDIEU Pierre, La distinction - Critique sociale du jugement, Minuit, 1979
• LAURENT Jacques, Le nu, vêtu et dévêtu, Gallimard, 1979
• POIRIER Jean (sous la direction de), Histoire des mœurs I - Les coordonnées de l'homme et la culture matérielle, Gallimard, La Pléiade, 1990
• POIRIER Jean (sous la direction de), Histoire des mœurs II - Modes et modèles, Gallimard, La Pléiade, 1991
• POIRIER Jean (sous la direction de), Histoire des mœurs III - Thèmes et systèmes culturels, Gallimard, La Pléiade, 1991
Culture coloniale
• BLANCHARD Pascal et LEMAIRE Sandrine (dirigé par), Culture coloniale - La France conquise par son Empire 1871-1931, Mémoires n°86, Autrement, 2003
• BLANCHARD Pascal et LEMAIRE Sandrine (dirigé par), Culture impériale - Les colonies au cœur de la République 1931-1961, Mémoires n°102, Autrement, 2004
• BLANCHARD Pascal et BANCEL Nicolas (dirigé par), Culture post-coloniale - Traces et mémoires coloniales en France 1961-2006, Mémoires, Autrement, 2006
• GRUZINSKI Serge, La colonisation de l'imaginaire : Sociétés indigènes et occidentalisation dans le Mexique espagnol XVIe-XVIIIe siècle, Gallimard, 1988
Orientalisme
• BUISINE Alain, L'Orient voilé, Zulma, 1993
• POULET Régis, L'Orient : généalogie d'une illusion, Presses Universitaires du Septentrion, 2002 [La revue des ressources]
• SAÏD Edward, L'orientalisme - L'Orient créé par l'Occident, Seuil, 1980
Lire aussi :
• Bibliographie Vêtement, Monde en Question.
• Bibliographie Voile & Burqa, Monde en Question.
• Revue de presse Burqa (2009), Monde en Question.
• Revue de presse Voile (2004), Monde en Question.
• Bibliographie Colonialisme [Orientalisme], Monde en Question.

[1] Références :
• Un code pour les indigènes, LDH-Toulon
• Le code de l'indigénat dans l'Algérie coloniale, LDH-Toulon
• Indigénat, Wikipédia

Revue de presse Burqa

Cette revue de presse rassemble les opinions contradictoires de gauche et de droite - féministes comprises - sur la question de la burqa.

17/06/2009, Texte de la proposition de résolution tendant à la création d'une commission d'enquête sur la pratique du port de la burqa ou du niqab sur le territoire national, André Gerin - PDF

18/06/2009, "Une burqa ? Non, je ne sais pas où trouver ça", Rue89
A Paris, Rue89 n'a pas trouvé de boutiques vendant le voile dissimulant corps et visage qu'un groupe de députés veut interdire.

18/06/2009, ROGER-PETIT Bruno, Des députés contre la burqa ? Et pour les bonnes sœurs catholiques, on fait quoi ?, LePost

Cette commission d'enquête se pencherait-elle également sur le sort des religieuses catholiques cloitrées dans les couvents, le corps également recouvert de tissus épais ne donnant à voir (léger plus par rapport à la burqa) que l'ovale de leur visage ? Ou bien une fois encore, n'examinerait-on, et ce, à des fins qui pourraient être perçues comme exclusivement stigmatisantes, que les cas extrêmes issus d'une application démesurée des préceptes religieux musulmans ?

Un pays de tradition judéo-chrétienne se permettrait de s'ériger en normateur de la bonne ou mauvaise façon d'exercer une religion, oubliant au passage de s'intéresser à des cas issus de sa tradition et parfaitement similaires. Qui nous dit que les centaines de religieuses enfermées dans des couvents (Carmélites, Clarisses...) le corps à peine moins voilé que si elles portaient une burqa, sont des femmes qui seraient plus libres que les musulmanes adeptes de la burqa ? Au nom de quoi ? Au nom de qui juger ?

19/06/2009, Revue de presse : débat sur le port du voile, NouvelObs
LE PROGRES DE LYON
Francis Brochet
"André Gérin aura au moins réussi cela: faire à nouveau parler de lui à Paris, et redonner un mégaphone à Jean-Marie Le Pen, qui a repris hier ses diatribes contre la "bande des quatre". Mais comment imaginer qu'il aurait pu en être autrement, avec cette proposition d'une commission sur la "burqa" et ces femmes complètement voilées que l'on croise dans nos rues... Il en est ainsi depuis au moins un quart de siècle: la France a mal à son immigration. Elle hésite sans cesse entre intégration et rejet, entre assimilation et ségrégation, parce que rien n'est jamais tout à fait simple en ce domaine - sauf pour Messieurs Gérin et Le Pen. Pour Monsieur le Préfet du Rhône, aussi, qui a jugé nécessaire et urgent d'expulser un jeune Marocain de 20 ans, en France depuis six ans, qui venait d'obtenir son CAP de plâtrier. On dit pourtant que la France manque d'apprentis-plâtriers."

L'ALSACE-LE PAYS
Marie-Lise Perrin
"Contrairement à la question du port du voile à l'école, qui portait atteinte à la laïcité héritée de Jules Ferry, il s'agit dans ce cas d'adultes qui ont le droit de porter autant de couches de tissu qu'ils le souhaitent pour se promener. C'est bien ce que font les religieuses catholiques sans qu'aucun élu ne s'en émeuve. Y aura-t-il bientôt un taux de couverture du visage autorisé, au-delà duquel il sera interdit d'aller ? La cagoule de ski du petit dernier est-elle réglementaire ? Les larges RayBan et la casquette que notre président aime à porter pour faire son jogging ne sont-elles pas trop couvrantes ? Bon courage à ceux qui souhaiteraient légiférer sur le sujet. Derrière la burqa se cachent en fait bien d'autres questions que celle de la laïcité : celle de l'égalité entre les hommes et les femmes - elle ne semble pas habituellement empêcher nos élus de dormir - mais aussi celle de la peur du fondamentalisme religieux en général, et musulman en particulier. Fadela Amara, qui prône une interdiction du voile intégral pour lutter contre ce fondamentalisme, se trompe pourtant d'adversaire. C'est derrière le voile, dans la tête des gens, que les mentalités peuvent changer."

19/06/2009, Une loi anti-burqa : républicain ou démago?, Libération - France Info
Un débat relancé au sein même du gouvernent avec des positions divergentes de Fadela Amara à Eric Besson ou encore Xavier Darcos. Le port de cette tenue est-il une offense, une agression à l’encontre du statut de la femme ? La France est-elle capable de prendre des mesures législatives contre la burqa ? En réalité, quels sont les bons moyens pour lutter ou interdire ce signe religieux musulman sur la voie publique ?
La République peut-elle aller contre la liberté de choix de tout un chacun ?

21/06/2009, Docteure Michèle Dayras [SOS-Sexisme], Non à l’apartheid vestimentaire des Francaises musulmanes, Sisyphe.
La déferlante du voile en Occident traduit la poussée de l’Islam politique pour lequel le premier pays à conquérir demeure notre République, dont la laïcité fait la spécificité.

Ignorant cette offensive intégriste réelle et planifiée, le gouvernement défend le multiculturalisme et le maintien des particularismes, au risque de nous conduire vers une société différentialiste à l’anglo-saxonne qui mettrait en péril les droits et les acquis des françaises. Et de nombreuses associations de lutte contre les discriminations se montrent pro-voile, niant de façon éhontée le sexisme de cette pratique.

Le principe démocratique d’ « égalité entre les femmes et les hommes » ne doit-il pas primer celui de « liberté individuelle » dont se gargarisent les intégristes qui vivent ici ?

21/06/2009, Alain GRESH, Enfin, la représentation nationale se mobilise contre... la burqa, Les blogs du Diplo
Le pays est entré dans sa plus grave récession depuis la seconde guerre mondiale. Les chômeurs, en nombre croissant, submergent le Pôle emploi dont les moyens ont été réduits. Les électeurs ont massivement déserté les élections européennes et exprimé leur défiance à l’égard des politiques incapables de répondre à leurs attentes. Sensible à toutes ces critiques, les députés ont décidé de réagir et, dans un sursaut d’unité nationale, sous la houlette du communiste André Gérin, ont décidé de répondre à l’appel du pays : 58 d’entre eux, en grande majorité de droite, ont décidé d’appeler à la création d’une commission d’enquête sur le défi majeur de notre époque : le port de la burqa en France.

Cette polémique est un feu de paille, elle ne durera peut-être pas, mais on peut être sûr qu’elle ressurgira d’ici un mois, deux mois ou plus... Comme les Une des hebdomadaires sur l’immobilier ou sur le classement des hôpitaux (des écoles, des villes, etc.), l’islam fait partie désormais de ces « marronniers » qui reviennent régulièrement et qui ont l’avantage de remplir du papier sans demander beaucoup de travail. Nombre d’intellectuels éminents sont déjà prêts à fournir à la presse les points de vue et les libres opinions qui appellent à la résistance contre le fascisme islamique.

Au début des années 1980, les milices de Rifaat El-Assad, le frère du président syrien, dévoilaient les femmes dans les rues de Damas. Pourquoi ne pas créer de telles milices en France dont la tâche, en plus du dévoilement des femmes musulmanes pourrait être :
• d’arracher les perruques des femmes juives traditionalistes que les maris obligent à se raser la tête ;
• d’arracher les tenues des bonnes soeurs qui osent se promener en habit traditionnel (rappelons-nous cette défaite de la laïcité, quand la presse française interviewait soeur Emmanuelle portant un foulard...) ;
• enfin, de vérifier que la longueur des jupes des jeunes filles de toutes confessions est conforme à l’idée que nous, les hommes, nous nous faisons du droit des femmes à leur corps...

22/06/2009, "En France, la liberté pour tous, sauf pour les musulmans !", Le Monde
C'est un non-débat, par Rani Boukhelifa
Pour ce qui est de la burqa, c'est un non-débat, qu'on me dise combien de cas sont recensés en France avant de fustiger une fois de plus les musulmans. La vraie question à régler est celle de l'intégration et la "dépaupérisation" des populations immigrées "de couleur" à la société française. Il faudrait pour cela que les institutions françaises se remettent en question et mettent un peu d'humilité et d'humanité dans leur gestion de ce problème... un peu à l'image du Canada, qui sera en 2009 la première destination d'immigration au monde.

Extrême serait le port de la burka, extrême est l'interdiction de la porter, par ToufikLa
France ne sortira pas grandie de ce débat stérile qui ne fait que stigmatiser une partie de la population. Qu'avons-nous à gagner de cette interdiction si ce n'est que renforcer l'exclusion de ces femmes qui n'oseront plus sortir de chez elle ? Est-ce cela l'objectif annoncé ? La France a-t-elle si peur de ces femmes ? Et réfléchissons un instant sur la loi contre le voile à l'école : quel en fut le résultat si ce n'est l'ouverture d'écoles confessionnelles musulmanes ? Est-ce cela l'esprit républicain ?

Et pourquoi pas interdire le string ?, par La Gata Negra
Interdire la burqa ? Pourquoi pas aussi la casquette, le string... Je suis étonnée de voir que le gouvernement n'ait pas mieux à faire que de légiférer sur ce sujet. Dans nos quartiers, peuplés de "racaille" et qu'il était prévu de "karcheriser", il y a tant à faire en matière d'éducation, de santé, d'emploi... La République ne penserait à nous que pour entraver nos libertés ?

23/06/2009, « La burqa n'est pas la bienvenue en France », l'Humanité
Fermement, solennellement, le président de la République affirme : « La burqa n’est pas la bienvenue en France. » On ne peut, dit-il, « accepter dans notre pays des femmes prisonnières derrière les grillages, coupées de toute vie sociale, privées de toute identité ». Emboîtant le pas à bon nombre de musulmans, Nicolas Sarkozy rappelle que la burqa « n’est pas un signe religieux, c’est un signe d’asservissement, c’est un signe d’abaissement ».

23/06/2009, La gauche se déchire sur le voile, Le JDD
Alors que la droite avance en ordre de bataille contre la burqa et que les députés viennent de mettre en place une mission d'information, la gauche, elle, peine à adopter une position claire. Tiraillée entre le féminisme, la laïcité et la lutte contre l'islamophobie, elle essaie d'éviter le piège de la stigmatisation des musulmans sans occulter pour autant les violences faites aux femmes.

Bref, entre les partis de gauche comme en leur sein, les désaccords s'entrelacent. Même le mouvement féministe est complètement divisé sur la question. A l'occasion du débat sur la laïcité, en 2003, quand il s'agissait d'interdire le hijab dans les écoles de la République, une nouvelle organisation avait même vu le jour, le Collectif des féministes pour l'égalité (CFPE). Revendiquant une approche différente de celle des "petites blanches" du CNDF (Collectif national pour les droits des femmes, organe traditionnel du mouvement féministe qui condamnait le port du voile), les Féministes pour l'égalité défendaient le droit à l'éducation pour toutes. "Après le vote de la loi en 2004, les filles n'ont pas retiré leur foulard, témoigne Loubna*, musulmane, prof dans un lycée de banlieue et membre du CFPE. Les parents ont retiré les filles des bahuts pour les mettre dans des écoles confessionnelles, elles se sont mariées jeunes, ont rejoint des associations musulmanes... En réalité, on les a enfermées dans une microsociété musulmane". La loi de 2004 n'aurait donc rien réglé, au contraire: "il y a de plus en plus de filles qui portent le voile", affirme Loubna. Leur interdire de se montrer en public revient à les enfermer davantage encore, non à les émanciper.

"Ce n'est pas en arrachant son voile à une nana qu'on va la libérer, ça ne marche pas comme ça l'émancipation, ironise Suzanne, militante au NPA, c'est du faux féminisme, de l'islamophobie déguisée". Pour Loubna aussi, interdire à une femme de porter le voile relève d'un féminisme aux forts relents colonialistes: "l'émancipation, ce n'est pas forcément porter un bikini, explique-t-elle, est-ce qu'une femme blanche apprécierait qu'on vienne lui dire: 'je trouve qu'avec ton string tu es prisonnière du diktat de la femme qui doit être belle et à poil'? Je ne crois pas". D'après elle, les femmes choisissent de porter le voile, en signe d'émancipation. Parfois pour dérober leur corps au regard des hommes qui les considèrent comme des objets sexuels. Quelques unes sont même beaucoup plus libérées qu'on veut bien le croire: "je connais des femmes voilées beaucoup moins complexées que moi sur l'IVG ou l'homosexualité", jure-t-elle. "A titre personnel, je suis contre la burqa et je ne comprends pas qu'on puisse en mettre une, précise-t-elle encore, mais je m'interdis d'empêcher qui que ce soit d'en porter. Si une femme choisit d'en mettre une, je défends sa liberté de choix". C'est aussi la position que semble défendre l'eurodéputée du Front de gauche, Marie-Christine Vergiat: "un féministe doit se demander ce que pense la femme concernée et non vouloir décider à sa place (...) C'est avec un prisme analogue que les Occidentaux ont voulu faire le bonheur des pays du sud à leur place..." écrit-elle sur Facebook -où le débat fait rage.

23/06/2009, Cagoule, burqa et paternalisme : premiers matériaux pour un débat, Ex Utero
Comme les putes, les voilées, quand elles ne font pas ce qu'elles ne veulent pas, ne savent pas ce qu'elles n'ont pas à faire. D'où l'utilité de penser pour elles, vu qu'on veut faire leur bien. Un point commun ? Ce sont des femmes donc des individus trop cons pour penser par eux-mêmes. Donc des individus poussés par leurs frères, pères, macs et autres proches masculins. Parfois même, c'est toute la masculinité d'un système qui est derrière elles. Mais heureusement grand maman ours veille au grain, et fera une loi si nécessaire.

23/06/2009, Quand la “burqa” faisait vendre, Al Kanz

Affiche publicitaire de l’époque coloniale

Il y a chez l’Européen cristallisation d’une agressivité, mise en tension d’une violence en face de la femme algérienne. Dévoiler cette femme, c’est mettre en évidence la beauté, c’est mettre à nu son secret, briser sa résistance, la faire disponible pour l’aventure. Cacher le visage, c’est aussi dissimuler un secret, c’est faire exister un monde du mystére et du caché. Confusément, l’Européen vit à un niveau fort complexe sa relation avec la femme algérienne. Volonté de mettre cette femme à portée de soi, d’en faire un éventuel objet de possession.

Cette femme qui voit sans être vue frustre le colonisateur. Il n’y a pas réciprocité. Elle ne se livre pas, ne se donne pas, ne s’offre pas. L’Algérien a, à l’égard de la femme algérienne, une attitude dans l’ensemble claire. Il ne la voit pas. Il y a même volonté permanente de ne pas apercevoir le profil féminin, de ne pas faire attention aux femmes. Il n’y a donc pas chez l’Algérien, dans la rue ou sur une route, cette conduite de la rencontre intersexuelle que l’on décrit aux niveaux du regard, de la prestance, de la tenue musculaire, des différentes conduites troublées auxquelles nous a habitués la phénoménologie de la rencontre.

L’Européen face à l’Algérienne veut voir. Il réagit de façon agressive devant cette limitation de sa perception. Frustration et agressivité ici encore vont évoluer de façon permanente.

Frantz Fanon, L’an V de la révolution algérienne, [1959] La Découverte, 2001

24/06/2009, Lluís Uría, La burqa et la République, Courrier international
En lançant le débat sur le voile intégral, Nicolas Sarkozy risque de stigmatiser une nouvelle fois les musulmans de France, alors que la loi de 2004 sur le port du voile à l’école n’a jamais sérieusement été évaluée.

Les Français sont aussi volontiers donneurs de leçons que peu enclins à accepter les observations des autres. Surtout si ces remarques sont prononcées avec un accent anglo-saxon. Dans son discours du Caire, Barack Obama a ainsi fustigé la volonté occidentale de dicter aux femmes la façon dont elles doivent se vêtir ; ces propos ont été reçus avec une froideur éloquente dans la patrie de la laïcité et de l’égalitarisme à outrance, où le voile [hijab] est interdit dans les écoles publiques depuis 2004, au même titre que tout signe religieux ostentatoire. Loin de se demander si l’interdiction du port du voile dans l’enseignement public a atteint l’objectif recherché, une soixantaine de députés de tous bords veulent aller encore plus loin : ils proposent qu’une commission étudie le port de la burqa [vêtement qui couvre entièrement le corps] et du niqab [voile couvrant le visage, sauf les yeux].

Aucun argument, si irréfutable paraisse-t-il, ne saurait se soustraire à la contradiction. [...] Faudrait-il également interdire le voile dans la rue comme on l’a fait à l’école ? Et si c’était le cas, doit-on se limiter au voile des musulmanes ou y inclure le foulard que portent les catholiques intégristes ? Et que dire alors du vêtement des juifs orthodoxes ? Va-t-on interdire les chapeaux à large bord, les habits noirs, les kipas et les papillotes ?

Aujourd’hui, le voile n’a plus droit de cité dans les écoles publiques. Mais l’interdiction est loin d’avoir mis fin à cette pratique. Les plus traditionalistes, les intégristes, ont retiré leurs filles de l’école publique. Certaines étudient chez elles via l’enseignement à distance, d’autres sont inscrites dans des établissements privés, soit islamiques, soit catholiques – oui, vous avez bien lu –, où le port du voile n’est pas interdit. Qui va désormais enseigner à ces jeunes filles ces chères valeurs laïques ? Qui va les instruire dans les principes républicains ? Qui va leur apprendre que la burqa et le niqab sont des vêtements exécrables qui les nient en tant qu’individus ?

25/06/2009, Alain DUHAMEL, Versailles, un bonapartisme de crise, Libération
L’idéologie, surtout, ne trompe pas. Il s’agit de commander mais aussi de convaincre et d’entraîner. D’où une volonté affichée de dialogue, de consensus et d’union. Plus de mots qui fâchent, dérangent et dissonent. Nicolas Sarkozy le proclame lui-même, il ne revendique plus de «laïcité positive» ou de «discrimination positive». Il préfère annoncer que la burqa n’est pas la bienvenue sur le territoire de la République, sachant parfaitement que tel est le point de vue de la grande majorité des Français. Il réaffirme hautement, avec les mots de toujours, les vertus de la laïcité, de l’intégration et de la solidarité.

25/06/2009, Catherine Kintzler, Burqa et niqab : contre la dépersonnalisation indifférenciée, Rue89
[...] sur quel fondement appuyer une telle mesure ?
L'argument de la laïcité, ordinairement avancé, est en porte-à-faux. Celui de l'oppression des femmes se révèle, à l'analyse, plus fragile qu'il n'y paraît pour asseoir un interdit. Reste la question du masque, du déni d'identification et surtout, au-delà, celle de la dépersonnalisation indifférenciée qui atteint l'idée même du citoyen.

25/06/2009, Il n’y aura pas de loi sur la burqa, Causeur
Que nous a donc dit ce soir-là le ministre de l’Immigration, qui venait à peine d’être reconduit dans ses fonctions ? Qu’il était opposé à une loi sur le port de la burqa, parce qu’il jugeait un tel texte techniquement inapplicable et politiquement inopportun.

Le 18 juin dernier, Besson déclarait déjà sur Europe 1 : «Il n’est pas opportun de relancer une polémique. La loi a déjà énoncé un certain nombre de règles du vivre ensemble, elle dit qu’on ne peut pas porter le voile dans un certain nombre d’administrations, de services publics ainsi qu’à l’école. Un équilibre a été trouvé en France et il serait dangereux de le remettre en cause.»

Que dès le lendemain [Congrès à Versailles], le ministre de l’Immigration explique qu’il est défavorable non seulement à cette loi, mais à ce qu’on en parle, et ce dans un gouvernement où il n’est pas d’usage, et c’est peu de le dire, de prendre le contrepied des engagements présidentiels ne signifie qu’une seule chose : il n’y aura pas, et au moins du vivant de ce quinquennat, de loi sur la burqa. En vérité, le président n’en veut pas, pas plus que ses futurs opposants “de gauche” à la prochaine présidentielle.

25/06/2009, Robert Ménard, Les intégristes de tous bords portent leur voile sur les yeux, Mediapart
Rien de mieux, en effet, pour détériorer un peu plus encore les rapports entre Occident et monde arabe. Pour alimenter chez les musulmans le sentiment que le deux poids, deux mesures est un réflexe et une sale habitude dès que la religion est en cause. Et de nous rappeler, entre autres exemples pour appuyer leur démonstration sur notre volonté de «stigmatiser l'islam», que si certains se sont inquiétés de voir des associations islamistes revendiquer des heures réservées aux femmes dans les piscines municipales, les mêmes ne s'en étaient pas offusqués quand des juifs loubavitchs l'exigeaient aussi.

[...] comment savoir si l'étoffe est consentie ou répressive ? Devra-t-on mobiliser les forces de police, soumettre chaque suspecte à un interrogatoire, dépêcher des psychologues, psychiatres, psychanalystes, expertiser et contre-expertiser, saisir la justice, demander aux tribunaux de trancher comme on le fait de plus en plus dès qu'une pensée, une attitude ou un bout de tissu échappe à la norme ? Nos élus devront répondre à ces questions.

25/06/2009, Le débat sur la burqa est ridicule, Chrétienté
Tout aussi ridicule que celui sur l’interdiction des cagoules dans les manifestations. Le décret interdisant le port de cagoules dans les manifestations a été publié samedi dernier, en pleine polémique sur la burqa. On accumule ainsi des textes qui ne servent à rien. Car la loi française interdit explicitement, depuis toujours, le port de tout ce qui masque le visage, sauf en période de carnaval. La loi interdit donc depuis toujours le port de cagoules et de niqabs ou de burqas. Si l’on ne veut pas voir de cagoules ni de burqas, il n’y a qu’à appliquer la loi… A ma connaissance, seul Jean-Marie Le Pen a rappelé ce fait, qui montre que le débat est sans objet.

Néanmoins il s’est instauré aussi dans la mouvance nationale. Oubliant que la loi interdit déjà les vêtements qui cachent le visage, certains pensent qu’il faut une loi spécifique, au nom de la défense de l’identité française. On connaît l’opinion de Jean-Marie Le Pen sur la question, il l’a maintes fois exprimée : l’augmentation du nombre de femmes voilées montre aux yeux de tous la progression de l’immigration sur notre territoire. Cette opinion prend aujourd’hui un relief particulier. Car ces députés qui ne veulent plus voir de niqabs ni de burqas n’ont aucune intention de défendre l’identité française. Ce sont des immigrationnistes. Et leur but est précisément, sous couvert d’une «laïcité» qui sert à tout, de cacher la progression de l’immigration la plus islamiste et de l’islam le plus radical. [...]

Si l’on interdit aux femmes de porter le niqab, elles ne le feront plus, mais elles seront toujours là. Or il vaut mieux savoir à qui l’on a affaire, dans ce cas comme de façon générale. [...] Les femmes dépouillées de leur niqab seront toujours islamistes, et même davantage encore puisqu’elles se sentiront persécutées. C’est le type même du faux problème auquel on veut apporter de fausses solutions à partir de faux principes. Le vrai problème est celui de l’immigration islamique."

25/06/2009, Burqa un faux débat ou comment détourner l'attention des problèmes sociaux, Alternative libertaire
Les musulman-es sont stigmatisé-es parce que ils et elles sont massivement des prolétaires d’ascendance migratoire et coloniale, et parce qu’il existe tout aussi massivement en France une culture chrétienne dominante et particulièrement prégnante.

La burqa et le niqab sont indéfendables. Surtout s’ils sont revêtus sous la contrainte. En même temps, il est idéologiquement hors de question de se baigner dans le même marigot islamophobe que celles et ceux qui se délectent d’y patauger afin de maquiller leur racisme anti-arabe en vertu laïque.

26/06/2009, Burqa en débat, Le Monde
Prohiber par la loi le port de la burqa ou du niqab soulèverait, en effet, deux questions plus qu'épineuses. D'une part, au nom de quel argument ou de quel principe interdire à des femmes majeures une tenue vestimentaire, quelle qu'elle soit, dans l'espace public, sauf à confondre le législateur français avec une assemblée d'oulémas ? Ce qui a été décidé pour les établissements scolaires, précisément parce qu'il s'agissait des jeunes et de l'école, trouve, là, sa limite. D'autre part, sauf à imaginer une détestable ou ridicule police des moeurs, comment appliquer une telle interdiction, si le choix en était fait ?

26/06/2009, Didier Pourquery, La cagoule et la burqa, rien à voir !, Le Monde
Nicolas Sarkozy, chanoine de Latran qui aime l'ordre, n'aime pas les cagoules dans les manifs. Quant aux signes religieux ostentatoires, il est contre. Ainsi, depuis 2004 il est contre le port du voile à l'école (du moins quand Barack Obama n'est pas dans les parages), au nom de la laïcité. Mais, on le sait, ledit chanoine a une drôle de conception de la laïcité dès qu'il s'agit de flatter le Vatican. Pour la burqa donc, histoire de ne pas perdre la face, il a soutenu l'idée d'une mission d'information parlementaire. C'est sage. L'interdiction, toujours possible sur le papier, se heurterait n'en doutons pas à de redoutables difficultés d'application de la loi.

26/06/2009, Une burqa faussement simple, Les Echos
Une loi interdisant le port de la burqa dans la rue ne pourrait donc se fonder sur le principe de laïcité. Si elle invoquait le principe de dignité, encore faudrait-il expliquer en quoi le port de ce vêtement est plus indigne que la manière dont la femme est représentée dans certains films ou magazines. Et si la loi invoque le principe de liberté, comment s'assure-t-on que le port de ce vêtement est imposé et non un choix libre ? Enfin, si l'on prend cette mesure d'interdiction générale, comment éviter l'effet pervers qui conduirait certaines de ces femmes à s'enfermer dans leur domicile et à s'isoler encore davantage de la société moderne ?

26/06/2009, Cette burqa qui cache la forêt…, Algérie-focus
La burqa ne serait après tout, que l’arbre qui cache la forêt de la crise, des délocalisations, des licenciements, du chômage galopant, du pouvoir d’achat en berne, de la visite du premier ministre israélien Netanyahou à Paris et tutti quanti…

A la fin, on est tenté de conclure que la burqa ne cache pas seulement le visage et le corps de la femme, elle cache surtout les vrais desseins des politiques et leur manque de solutions aux véritables problèmes qui laminent la société française…

27/06/2009, Jean-François Copé, Acte 2 du quinquennat : les trois défis pour préparer l'après-crise, Slate
Les Français ont le moral en berne... Alors que la crise est source d'inquiétude et d'angoisse dans beaucoup de familles, on sent notre communauté nationale fragilisée. Tantôt à la recherche de boucs émissaires. Tantôt à la recherche d'elle-même. Pourtant, pour traverser les épreuves, nous avons besoin d'un France rassemblée.

Qu'on soit Français issu de l'immigration récente ou ancienne ou bien Français depuis des générations, nous devons chacun nous poser la question suivante : comment renforcer notre communauté nationale?

Pour y répondre, il faut rappeler le projet français: construire un destin commun entre tous les citoyens, quels que soient leurs origines, leur histoire, leur couleur de peau ou leur nom de famille. Ce projet ne s'appelle pas seulement liberté mais aussi égalité et fraternité. C'est peut-être ce qui différencie la France d'autres démocraties libérales.

Assumons-le et essayons de prolonger ensemble l'aventure nationale, avec générosité et ouverture. Mais sans naïveté par rapport à des pratiques qui remettent en cause des fondements du vivre ensemble. Je pense par exemple au port de la burqa, qui me choque profondément. Elle est à mes yeux une atteinte insupportable à la dignité de la femme. Les parlementaires se sont saisis de cette question à travers une mission d'information. Il ne s'agit pas de légiférer dans l'urgence mais de réfléchir à l'articulation entre la liberté - celle de s'habiller comme on l'entend -, l'égalité - notamment entre l'homme et la femme - et la fraternité, - qui est incompatible avec le repli sur soi et le refus du contact avec l'autre dans l'espace public.

Sans esprit polémique, ni crispation, nous devons ouvrir ce débat le plus largement possible. Il est l'occasion pour les Français de réfléchir ensemble sur le vivre ensemble dans une société moins homogène que par le passé. Au cœur de la crise, construire une France unie est plus que jamais indispensable.

27/06/2009, Olivier CHAVAZ, Burqa : un débat biaisé, Le Courrier
[...] les chercheurs ne possèdent pas, à l'heure actuelle, de données fiables sur le phénomène. Quelle est son ampleur ? Aucune idée. Quelles sont les raisons qui conduisent des musulmanes à revêtir le voile intégral ? La contrainte ? Le repli identitaire ? L'affirmation d'une différence ? Aucune certitude, seulement des hypothèses. Evoquer, dans ces conditions d'ignorance, le bannissement de la burqa revient à se livrer à une guerre idéologique qui se répercutera négativement sur l'ensemble de la communauté musulmane. Une de plus, est-on tenté d'ajouter.

Mais si des limites se révèlent nécessaires, il serait alors judicieux de convaincre ceux qui sont censés les respecter plutôt que de promulguer des lois aux relents de «choc des civilisations». Comment les musulmans ne ressentiraient pas comme une stigmatisation supplémentaire le fait de leur imposer un code vestimentaire ? Ne feignons pas d'ignorer que les inégalités économiques, toujours plus révoltantes, forment la principale menace sur nos sociétés. Bien davantage que tous les extrémismes religieux réunis.

27/06/2009, Voile, niqab et burqa : symboles d'oppression des femmes, Lutte Ouvrière
La pratique qui consiste à voiler intégralement le corps de la femme la réduit à un fantôme ambulant, invisible et donc inaccessible au regard d'autrui. La burqa ou le niqab ne sont plus des symboles d'enfermement mais constituent l'enfermement lui-même, une véritable prison ambulante. La femme n'a alors plus le droit d'exister dans l'espace public. Mais, pour violents qu'apparaissent la burqa et le niqab, le voile lui-même revient à considérer la femme comme un objet appartenant aux hommes. C'est une marque d'infériorité imposée qui consacre la soumission de la femme en tant qu'objet sexuel, sommé de se protéger sous peine de mériter l'agression. Sa seule vocation serait celle d'une reproductrice devant se consacrer à son mari, à ses enfants et aux tâches domestiques.

28/06/2009, Alain GRESH, Iran et burqa, Les blogs du Diplo
Quoi qu’il en soit, les deux « sujets » qui ont fait l’actualité ces derniers jours, ont effectivement, un point commun : l’islamophobie. On peut, et on doit, considérer la burqa comme une régression ; on peut, et on doit, dénoncer la fraude massive qui a marqué l’élection présidentielle iranienne. Mais on peut le faire sans tomber dans l’amalgame, ni considérer que nous sommes entrés dans une troisième guerre mondiale contre l’islam ou que nous devons nous unir contre « le fascisme islamique ».

Un des arguments les plus souvent repris par ceux qui défendent une loi est que les hôtes de la France, ceux que nous accueillons, doivent se soumettre aux lois de la République. Ou alors, qu’ils s’en aillent !

Drôle de conception, quand on sait qu’une grande partie de ces hôtes sont des Français, certains même des Français de souche. Mais, à supposer même qu’ils soient tous naturalisés, proposerons-nous, comme en 1940 sous Vichy, de déchoir ces femmes (et seulement elles) de leur nationalité, sous prétexte qu’ils ont, comme le disait l’extrême droite dans les années 1930 de tous ces métèques, un « faux nez français » ?

Je ne reviendrai pas ici sur le problème de l’égalité hommes-femmes qui est le prétexte avancé pour une nouvelle loi. Juste pour rappeler que, dans notre pays, nous sommes loin de l’égalité, que les femmes, aussi bien les « Françaises de souche » que les autres, subissent de nombreuses violences et discriminations qu’il faut combattre sans défaillance. Et que, trop souvent, la situation des femmes musulmanes est un prétexte pour oublier la situation des autres femmes.

28/06/2009, La mission parlementaire à pied d’œuvre cette semaine, La Croix
Le principe du recours à la loi, qui divise au sein même du gouvernement, n’est pas acquis d’avance. La jurisprudence a d’ailleurs déjà posé un certain nombre de balises. Ainsi le Conseil d’État a-t-il récemment admis que les autorités puissent refuser la naturalisation d’une femme portant la burqa. En revanche, un office HLM qui refuse un logement – espace de vie privé – pour ce motif risque d’être attaqué pour discrimination. En avril, Le Canard enchaîné a révélé qu’une telle décision avait été prise à Vénissieux, la commune d’André Gerin.

29/06/2009, Burqa : la France se voile-t-elle la face ?, Tribune des Droits Humains
S’engouffrant dans la brèche en Suisse, Christophe Darbellay, le président du PDC [Parti démocrate-chrétien, centre], a souhaité qu’un débat y ait lieu aussi. Pour l’instant, la plupart des politiciens qui se sont exprimés dans la presse trouvent une interdiction contre-productive, le nombre de femmes entièrement voilées étant dérisoire en Suisse - il s’agit surtout de quelques Saoudiennes et musulmanes du Golfe fortunées qui déambulent en été sur les quais de Genève.

Alors, la burqa est-elle dangereuse ? Elle peut l’être pour Mahdi Jahandar, un chercheur iranien qui a réalisé un film sur la place de la Vierge Marie dans la religion musulmane. Pour ce spécialiste du dialogue interreligieux, il ne faut pas se voiler la face : « Dans les sociétés occidentales, pouvoir identifier le visage d’une personne sur les documents d’identité est indispensable à la sécurité. Certains attentats en Iraq ont été commis par des femmes, ou des hommes, qui se cachaient sous la burqa. »

Il n’y a pas de montée de l’intégrisme en France. C’est l’avis de Khadija Mohsen, chercheuse à l’Institut français des relations internationales, pour qui on ne peut pas associer burqa et terrorisme. « Il faut voir au cas par cas ce que le voile intégral représente pour ces femmes, analyse-t-elle. Beaucoup de choses ont été dites sur la soumission de la femme, mais nous vivons dans un monde globalisé où les modes sont influencées par les télévisions satellitaires. On importe ce comportement vestimentaire comme on a importé le jean. »

La spécialiste des questions de sécurité reconnaît que la burqa renvoie à quelque chose de négatif, associé au terrorisme, « mais certaines vont poser des bombes en jean. On n’est pas face à un mouvement global, mais à des cas isolés qu’il ne vaut pas la peine de stigmatiser. »

Justement, une mission parlementaire pour mieux comprendre le phénomène ne serait-elle pas opportune ? Elle ne le croit pas : « Sur quoi va-t-elle déboucher ? Et qui va débattre ? Si ce sont des féministes et des gens sensibles aux droits de l’homme, on ne va pas avancer. Il faudrait pouvoir interroger ces femmes elles-mêmes. » Le mieux est donc de les laisser vivre en paix, sans prétexter leur manque de socialisation : des tas de femmes vivent recluses, dépriment, mais on ne s’en occupe pas. « Ces femmes ne sont pas dans l’espace public. Elles ne peuvent ni enseigner, ni travailler, ni représenter la République française. Mais chaque fois que la classe politique est en crise, on focalise sur le voile. » conclut-elle.

29/06/2009, Jean-Marc Salvet, Se voiler l'esprit, Cyberpresse
Ni le droit français, ni le droit européen ne permettraient qu'une loi interdise de porter un vêtement, fut-il un voile intégral, au parc ou à la boulangerie du coin.

Sans compter que ce n'est pas ainsi que l'objectif d'intégration serait atteint. En chassant ces femmes de tout l'espace public, on les enfermerait chez elles.

Contrairement à ce que certains prétendent, d'ailleurs, aucun État n'a légiféré en ce sens. Ni l'Italie, où des femmes portent le voile intégral à Rome et à Milan, ni aucun autre pays européen. Ce sont des municipalités qui ont édicté des règlements, lesquels ne sont généralement pas appliqués - quand ils ne sont pas annulés par les tribunaux.

29/06/2009, Abdennour Bidar, Aucune justification religieuse à la burqa, Le Monde
Il s'agit d'un voile intégral, formé d'une ou deux pièces qui recouvrent la totalité du corps, le visage compris, ne laissant voir que les yeux - le regard étant même le plus souvent dissimulé par une grille de tissu ou un voile plus fin. Il faut donc distinguer la burqa du simple voile (hidjab), qui ne couvre que la tête et parfois les épaules de certaines musulmanes, laissant le visage découvert, et qui peut être noué soit derrière la tête, soit devant. Il y a voile et voile.

La burqa ne peut donc se prévaloir d'aucune justification historique, ni dans le Coran ni dans les moeurs traditionnelles de la plupart des peuples musulmans. C'est une innovation dont le caractère islamique est plus que discutable et dans laquelle de très nombreux musulmans ne se reconnaissent pas. Ils en souffrent et sont les premiers à se désoler qu'une fois de plus certains musulmans donnent une image caricaturale de leur culture, entretenant les pires stéréotypes à son sujet.

[...] il ne faudrait pas que ce débat - nécessaire parce qu'il conduit l'islam à affronter ses propres démons, mais dont il faut relativiser la gravité ou l'urgence parce qu'en France il ne s'agit que d'une pratique ultraminoritaire - jette l'opprobre sur tous les types de port du voile, et que l'islam se retrouve stigmatisé comme religion misogyne.

[...] l'affaire est en réalité complexe. On ne peut souhaiter que deux choses : qu'elle soit l'opportunité pour les musulmans de manifester leur opposition très majoritaire à cette pathologie de leur culture ; qu'elle permette ensuite à la société française de prendre la mesure de la diversité des façons d'être musulman et de se débarrasser d'une représentation monolithique de l'islam - que la vision des burqas risque en effet d'aggraver.


29/06/2009, Des créateurs apportent une touche de glamour aux traditionnelles abayas, AFP
Cette tenue traditionnelle portée par des millions de femmes musulmanes sur leurs vêtements couvre tout le corps sauf le visage, les mains et les pieds, dessinant des silhouettes noires aux contours flous qui se ressemblent toutes.

Une uniformisation qui ne plaît guère aux femmes d'Arabie saoudite et des Emirats arabes unis aussi amatrices de mode que les "fashionistas" occidentales et assez fortunées pour fréquenter les maisons de couture dont elles constituent une bonne partie de la clientèle.

"J'ai constaté que les femmes portaient des vêtements de créateurs mais que dehors, elles devaient les couvrir", explique la directrice générale de Saks Fith Avenue en Arabie saoudite, Dania Tarhini. Cette Libanaise a eu l'idée de demander à une vingtaine de créateurs de mode de créer des abayas pour que les femmes "les portent avec plaisir, pas seulement par obligation".

29/06/2009, L’abaya, bienvenue en France, Libération
Mais cette collection est aussi - et surtout - une question de business, un nouveau marché aux pays des pétrodollars. Les riches Saoudiennes portent déjà des sacs Dior et des robes Prada. Pourquoi pas une abaya siglée ?

29/06/2009, Le voile bleu de l'intolérance, Le Figaro
Si le port de la burqa se répand en France, alors plus un soldat français ne doit risquer sa vie en Afghanistan. La burqa, ce n'est pas un voile bleu qui couvre une femme musulmane de la tête aux pieds, c'est un drapeau, celui d'«une présence concrète du fondamentalisme sur notre sol», dit Fadela Amara, secrétaire d'Etat à la Ville. La burqa, dit-elle encore, c'est «le cercueil dans lequel on enferme les libertés fondamentales des femmes». Si on laisse cette pratique se propager chez nous, au nom de quoi irait-on la combattre, les armes à la main, chez les talibans ? Derrière ce voile bleu ne se dissimule pas une femme ni une foi mais une violence politique. Dans les provinces qu'ils ont reconquises au Pakistan ou en Afghanistan, les talibans n'ont pas seulement généralisé la burqa mais rétabli la lapidation et fermé les écoles de filles.

29/06/2009, Serge LEFORT, Chacun est libre de porter tel vêtement que bon lui semble, Monde en Question
On retrouve la même coalition hétéroclite et les mêmes arguments dans l’affaire du voile et celle de la burqa. La coalition rassemble des membres de tous les partis et de toutes les organisations d’Arlette Laguiller à Jean-Marie Le Pen, mais pas la majorité de chaque camp. Les arguments, qui puisent dans les valeurs du politiquement correct : principes républicains, laïcité et libération de la femme, sont des habillages sémantiques du racisme ordinaire et du nouvel ordre moral.

L’agitation médiatique sur le voile et la burqa réunit dans la confusion la plus totale ceux qui veulent intégrer et ceux qui veulent exclure. Cette alliance contre-nature se réalisa sous la IIIe République pour mener une politique coloniale au nom de la civilisation.

Les belles déclarations sur les principes républicains, la laïcité et la libération de la femme égarent les militants et les militantes qui se battent pour ces causes qui deviennent des alibis pour imposer une croisade contre les musulmans et un nouvel ordre moral.

Lire aussi :
• Revue de presse Voile, Monde en Question.
• Bibliographie Voile & Burqa, Monde en Question.
• Bibliographie Vêtement, Monde en Question.
• Bibliographie Colonialisme, Monde en Question.
• Bibliographie Racisme, Monde en Question.

29 juin 2009

Chacun est libre de porter tel vêtement que bon lui semble

Le 17 juin, à l'initiative du député communiste André Gerin, une cinquantaine de parlementaires demandent la création d'une commission d'enquête relative au port de la burqa sous prétexte que «il y en a de plus en plus, non seulement dans les grandes villes, mais aussi dans le monde rural. Il faut sortir d'une sorte de silence des responsables politiques de ce pays». «La vision de ces femmes emprisonnées nous est déjà intolérable lorsqu'elle nous vient d'Iran, d'Afghanistan, d'Arabie saoudite... Elle est totalement inacceptable sur le sol de la République française» [1].
Le 24 juin, Un commando de nervis de la CGT «au crâne rasé» a délogé les travailleurs sans-papiers de la Bourse du travail à coups de bâtons et de gaz lacrymo sous prétexte de «mettre un terme à une occupation [de la Bourse du Travail] qui était devenue un squatt» [2].
Le lien entre ces deux affaires est le racisme colonial qui, de l'extrême droite à l'extrême gauche, gangrène la société française depuis presque deux siècles.

On retrouve la même coalition hétéroclite et les mêmes arguments dans l'affaire du voile et celle de la burqa. La coalition rassemble des membres de tous les partis et de toutes les organisations d'Arlette Laguiller à Jean-Marie Le Pen, mais pas la majorité de chaque camp. Les arguments, qui puisent dans les valeurs du politiquement correct : principes républicains, laïcité et libération de la femme, sont des habillages sémantiques du racisme ordinaire et du nouvel ordre moral.

Ceux qui sont prêts pas à interdire le port d'un vêtement (hier le voile, aujourd'hui la burqa et demain ?) au nom des principes républicains violent, sans peut-être le savoir, l'un des des principes républicains :
8 BRUMAIRE an 2 (29 octobre 1793)
Décret relatif aux vêtements des personnes des deux sexes (L. 16, 346 ; B. 36, 83.)

Art. 1er. Nulle personne de l'un et de l'autre sexe ne pourra contraindre aucun citoyen ni citoyenne à se vêtir d'une manière particulière sous peine d être considérée et traitée comme suspecte et poursuivie comme perturbateur du repos public. Chacun est libre de porter tel vêtement et ajustement de son sexe que bon lui semble.

Art. 2. La Convention nationale n'entend point déroger aux précédens décrets rendus sur le fait de la cocarde nationale, sur le costume des prêtres et sur les travestissemens ainsi qu'à tous autres décrets relatifs au même objet.

Art. 3. Le présent décret sera inséré dans le Bulletin du 9 brumaire.

Source : Collection complète des lois, décrets, ordonnances, règlemens avis du Conseil d'état

Ceux qui s'insurgent du port d'un vêtement par les musulmans au nom de la laïcité seraient bien inspirés de commencer par balayer devant leur porte en luttant contre le poids de la religion catholique dans les institutions publiques, dans l'enseignement et dans la vie quotidienne : le calendrier scolaire, par exemple, est fondé sur celui de l'Église catholique.

Il est affligeant de voir des militants, qui ont perdu la bataille de la création d'un grand service public de l'éducation, préférer la chasse aux musulmans à la lutte contre le financement de l'école privée confessionnelle.

Combien s'émeuvent du fait que des maires, comme celui de Paris, financent des associations catholiques qui font tant de bénéfices qu'elles les placent en bourse ? Le Canard enchaîné dénonce régulièrement l'aide massive à l'école privée catholique aux dépends de l'école publique, le financement public d'associations catholiques et les dérives sectaires au sein de l'Eglise catholique.

Ceux enfin qui prétendent parler au nom des femmes sont étrangement muets sur le racisme dont sont victimes les femmes d'origine étrangère en matière d'emploi, de logement ou de droits sociaux. L'affaire des travailleurs sans-papiers concernent aussi les femmes : mères, épouses, compagnes, sœurs ou filles de ceux qu'on traquent comme des bêtes.

Les discours sur la libération de la femme sonnent creux quand ceux qui les prononcent se désintéressent des femmes contraintes par la religion catholique ou juive car l'islam n'a pas l'exclusivité de pratiques contraires à l'égalité entre les sexes.

Les envolées lyriques contre le voile et la burqa masquent le silence des féministes sur le voile catho-laïque de la mariée, symbole de la soumission de l'épouse à son mari, et sur le foulard qui, même relooké par les grandes marques, reste le symbole de la pudeur imposée aux femmes par la religion catholique.


L'agitation médiatique sur le voile et la burqa réunit dans la confusion la plus totale ceux qui veulent intégrer et ceux qui veulent exclure. Cette alliance contre-nature se réalisa sous la IIIe République pour mener une politique coloniale au nom de la civilisation.
Il faut le dire nettement : oui, les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures.
Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a pour elles un devoir, qui est de civiliser les races inférieures.
Jules Ferry
MANCERON Gilles (textes présentés par), 1885 - Le tournant colonial de la République, La Découverte, 2006

Les belles déclarations sur les principes républicains, la laïcité et la libération de la femme égarent les militants et les militantes qui se battent pour ces causes qui deviennent des alibis pour imposer une croisade contre les musulmans et un nouvel ordre moral.

Le discours politico-médiatique sur le vêtement nommé burqa est artificiel et totalement biaisé. Il relève de l'idéologie du racisme colonial. Je recommande, pour conclure, la lecture de la contribution de Geneviève PETIOT, Voile, tchador ou foulard ? - Problèmes de dénomination dans les discours médiatiques in BEACCO Jean-Claude et MOIRAND Sophie (sous la direction de), Les enjeux des discours spécialisés, Presses Sorbonne Nouvelle, 1995.

Serge LEFORT
28/06/2009

Lire aussi :
• Revue de presse Burqa, Monde en Question.
• Revue de presse Voile, Monde en Question.
• Bibliographie Voile & Burqa, Monde en Question.
• Bibliographie Vêtement, Monde en Question.
• Bibliographie Colonialisme, Monde en Question.
• Bibliographie Racisme, Monde en Question.

[1] Revue de presse :
• 17/06/2006, Des députés réclament une commission d'enquête sur le port de la burka, Le Monde
• 17/06/2006, "Ni putes ni soumises" veut un débat, Le Point
• 17/06/2006, Les burqas et les niqabs inquiètent, France Info
[2] Revue de presse :
• 24/06/2006, «Ils sont rentrés et ont balancé les lacrymo», Libération
• 24/06/2006, La CGT évacue de force les sans-papiers, Rue89
• 25/06/2006, «Maintenant, ce sera les CRS ou les papiers», Libération
• 25/06/2006, Très dur avec les faibles, si doux avec les puissants - Honte à toi, camarade cégétiste !, Article11
• 26/06/2006, Sans-papiers : en plein Paris, la rue pour dortoir, Rue89

Gaza s'enfonce dans la pauvreté et le désespoir

Pendant que le petit monde politico-médiatique s'agite sur le port d'un vêtement nommé burqa, que le PCF lance une croisade contre les musulmans pour imposer un nouvel ordre moral et que la CGT fait la chasse aux travailleurs sans-papiers, les 1,5 millions de Palestiniens de Gaza connaissent une pauvreté de plus en plus grande et n'ont pas les moyens de rebâtir leur vie après la dernière agression militaire israélienne et deux ans de blocus quasi total.
Les restrictions draconiennes à l'entrée de marchandises sur le territoire freinent les efforts de reconstruction financés par la communauté internationale, qui a pourtant promis 4,5 milliards de dollars d'aide.

La population manque de médicaments, les services de santé et l'approvisionnement en eau sont sur le point de s'effondrer, ajoute le CICR dans un rapport publié lundi.

"Certains quartiers de Gaza particulièrement touchés par les frappes israéliennes continueront à ressembler à l'épicentre d'un tremblement de terre majeur tant que l'on autorisera pas l'entrée sur le territoire de grandes quantités de ciment, d'acier et autres matériaux de construction", écrit le CICR.

De nombreux habitants "sombrent dans un désespoir de plus en plus profond", estime l'organisation.

Les hôpitaux sont dans un état lamentable, une grande partie de leur équipement n'est pas fiable et les coupures de courant sont fréquentes.

"Le système de santé à Gaza ne permet pas d'assurer un traitement adéquat pour les maladies graves. Il est tragique de constater que de nombreux patients ne sont pas autorisés à quitter à temps la bande de Gaza pour être soigné ailleurs", indique le rapport.

On assiste à "un accroissement dramatique de la pauvreté", estime le CICR, en soulignant que l'effondrement économique du territoire, conséquence de l'enfermement du territoire, ont porté le taux de chômage à 44% en avril.

Plus de 70% des Gazaouites vivent en-dessous du seuil de pauvreté, avec moins de 250 dollars par mois pour une famille pouvant aller jusqu'à neuf membres.

Reuters-Yahoo! Actualités

Lire aussi :
Rapport du CICR
Blocus de Gaza

Serge LEFORT
29/06/2009

28 juin 2009

Heurts entre pacifistes et soldats israéliens

Des échauffourées entre soldats israéliens et militants pacifistes étrangers ont fait plusieurs blessés légers samedi près de Safa, au nord de Hébron, en Cisjordanie occupée, ont rapporté des témoins.

Les blessés, parmi lesquels un photographe de Reuters, souffrent de contusions et de plaies légères.

Les pacifistes voulaient accompagner des paysans palestiniens jusqu'à des champs mais en ont été empêchés par les soldats.

Un porte-parole de Tsahal a précisé que ce secteur était une zone militaire interdite aux Israéliens et aux étrangers, et uniquement accessible aux Palestiniens.

Reuters-Yahoo! Actualités

Ezra Nawi doit rester libre !

Sans jamais essayer de cacher son identité israélienne, et laissant toujours les Palestiniens décider de ce qu’il faut faire et jusqu’où aller, Ezra fait maintenant partie intégrante de leur communauté et a été accepté comme tel.


A la fin des années 80 et courant des années 90, quand plus de 100 Femmes en noir se rassemblaient à Jérusalem, chaque vendredi, pour manifester contre l’occupation israélienne, il y avait aussi un homme. Un homme qui avait l’habitude de venir et de remettre une rose à chaque femme, ensuite il s’en allait. Cet homme, dont le nom est Ezra Nawi, ne ressemble pas aux jeunes militants habituels de la classe moyenne que nous voyons dans les manifestations anti-occupation, mais plutôt à un travailleur dont les racines se trouvent dans le monde arabe. Ezra est plombier, et bientôt, il deviendra le plombier de la gauche israélienne à Jérusalem.

De sympathisant, Ezra est devenu rapidement acteur, et on peut le voir à chaque manifestation contre l’occupation, ainsi que dans les quelques activités qui abordent les problèmes sociaux internes d’Israël.

Au sein de ce que l’on appelle le mouvement de la paix israélien, Ezra est atypique : il n’a jamais créé d’ONG, il ne fait pas avec les financiers, et il ne va pas à l’étranger faire des conférences ou des tournées de prises de parole. En réalité, il finance ses activités de sa propre poche et quand il a besoin de plus d’argent qu’il ne peut en gagner, Ezra a acquis une grande efficacité pour motiver ses amis à aider de leur argent et de leur temps ; parce qu’à cause de son exemple personnel, chaque jour et chaque nuit, personne ne peut lui dire non, notamment quand, au milieu de la nuit, Ezra vous demande de le rejoindre dans le sud du district d’Hébron pour tenter d’assurer une protection à la population locale.

Le sud du district d’Hébron est le champ d’activité principal d’Ezra, qui aide la population locale à résister aux tentatives des forces d’occupation de les expulser de leurs terres et de leurs maisons et contre la violence des colons. Pour ces activités, Ezra a payé un prix tribut : sa voiture a été défoncée, il a souvent été roué de coups et la police l’a arrêté des dizaines de fois sous le prétexte de violence contre les colons ou les soldats. Ezra parle couramment l’arabe, mais c’est surtout sa personnalité qui fait que sa participation est dépourvue de toute condescendance paternaliste : sans jamais essayer de cacher son identité israélienne, et laissant toujours les Palestiniens décider de ce qu’il faut faire et jusqu’où aller, Ezra fait maintenant partie intégrante de leur communauté et a été accepté comme tel.

Et maintenant, les autorités israéliennes ont décidé d’envoyer Ezra en prison. Pas question !

Avec Noam Chomsky, Naomi Klein et des centaines de militants israéliens, palestiniens et internationaux, nous devons ériger un mur humain entre Ezra et la prison. Citoyen Nawi (un beau film sur Ezra Nawi) mérite le Prix Nobel de la paix alternative, pas une peine de prison. « Alternative », car pour un grand homme comme Ezra, ce serait un déshonneur de partager le prix officiel après qu’il ait été décerné à des gens comme Henry Kissinger et Shimon Peres.

Agissez pour la libération de Ezra Nawi.

Michel Warschawski
22 juin 2009
Publié par Info-Palestine selon Alternative Information Center.

27 juin 2009

Sociologie et économie

« La sociologie peut-elle aider à comprendre l’économie ? » est une Grande Leçon construite en cinq parties distinctes dans lesquelles les auteurs - Olgierd Kuty (Université de Liège) et Jean-Marc Leveratto (Université Paul Verlaine - Metz) - nous proposent de rencontrer des sociologues français et belges afin d’échanger leurs points de vue sur la question.

Et plus particulièrement, à travers l'introduction à une socio-anthropologie des marchés (Jean-Yves Trépos) ; sur l’économie des singularités (Lucien Karpik), le nouveau management public (Frédéric Schœnaers), sur l’Etat social actif (Didier Vrancken et Claude Macquet) et la question de la négociation (Olgierd Kuty).

Leurs approches sociologiques cherchent à montrer, à partir de quelques cas exemplaires, comment les sociologues et les anthropologues se sont saisis de ce double défi théorique et épistémologique, pour contribuer à une meilleure compréhension de la place de l'économie dans la société.

Introduction à une socio-anthropologie des marchés
L'économie des singularités
Le nouveau management public
L'Etat social actif
La négociation

Lire aussi :
• Dossier documentaire & Bibliographie Economie politique, Monde en Question.
• Dossier documentaire & Bibliographie Economie sociale, Monde en Question.

Sociologie et mondialisation

Saskia SASSEN, La Globalisation - Une sociologie, Gallimard, 2009

Dans son dernier livre, La Globalisation - Une sociologie, Saskia Sassen démystifie le discours sur la mondialisation économique en montrant comment celle-ci est ancrée dans des institutions et des lieux bien précis, et non dans une prétendue rationalité du marché. En bonne sociologue, elle révèle la nature des conditions sociales contemporaines tout en indiquant les options ouvertes à l’action individuelle et collective à venir.

Lire la critique de La vie des idées

Biographie :
• Saskia SASSEN, Columbia University
• Saskia SASSEN, Wikipédia

Articles :
• Saskia SASSEN, Mais pourquoi émigrent-ils ?, Le Monde diplomatique

Conférences :
• Saskia SASSEN, La ville globale, Université de tous les savoirs
• Saskia SASSEN, La métropole du biopouvoir et la métropole de la biopolitique, gouvernance métropolitaine, Samizdat

Livres :
• Saskia SASSEN, Critique de l'État - Territoire, Autorité et Droits, de l’époque médiévale à nos jours, Le Monde diplomatique - Demopolis, 2009

Amnon Kapeliouk est mort

Notre collaborateur Amnon Kapeliouk est mort. Agé de 78 ans, il avait envoyé son premier article au Monde diplomatique en janvier 1969, Israël et les deux super puissances, un texte consacré aux Palestiniens des territoires occupés. En juin 1972 déjà, il signait dans nos colonnes une étude intitulée : L’implantation des colonies israéliennes dans les territoires occupés crée des faits accomplis irréversibles. Né en Palestine sous mandat britannique, il a travaillé dans plusieurs organes de presse israéliens, notamment le journal de gauche Al-Hamishmar et le plus grand quotidien israélien, Yediot Aharonot, dont il fut le correspondant à Moscou à la fin des années 1980, alors que s’achevait la perestroïka et que naissait la nouvelle Russie.

Journaliste engagé, homme de conviction, Amnon, qui avait acquis la nationalité française, a pu notamment couvrir le développement de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), et rencontrer ses divers dirigeants, à une époque où le gouvernement israélien les taxait de terrorisme. En août 1982, alors que l’armée israélienne encerclait et bombardait Beyrouth, il avait pu interviewer Yasser Arafat avec lequel il maintiendra d’étroites relations et auquel il consacrera un livre, Arafat, l’irréductible (Fayard, 2004). Il publiera aussi, en 1982, Sabra et Chatila, enquête sur un massacre (Le Seuil), un livre qui revient sur la boucherie menée par les milices d’extrême droite libanaises dans les deux camps palestiniens du Liban, en septembre 1982, sous l’œil complaisant des troupes israéliennes.

Partisan des accords d’Oslo de 1993, dont il espérait qu’ils déboucheraient sur la création d’un Etat palestinien, il critiqua néanmoins sans complaisance la politique israélienne qui suivit, montrant comment le non-respect des engagements pris conduisait à une impasse. Il fut le premier journaliste occidental, dès le mois de septembre 2000, à expliquer ce qui s’était vraiment passé au sommet de Camp David (juillet) entre Arafat, Ehoud Barak et le président Clinton, et à montrer que les propositions israéliennes ne correspondaient ni au droit international ni à la parole donnée.

Amnon a écrit son dernier article dans Le Monde diplomatique de mars 2009 sur Le combat solitaire de Ha'aretz.

Il laissera le souvenir d’un journaliste infatigable, d’un homme déterminé, d’un ami chaleureux. L’équipe du Monde diplomatique exprime à sa veuve Olga, elle aussi collaboratrice de notre mensuel, ainsi qu’à sa famille, ses sincères condoléances.

Le Monde diplomatique

Lire aussi :
• Dossier Amnon KAPELIOUK
• Dossier Résistance à la colonisation de la Palestine
• Bibliographie Palestine/Israël

26 juin 2009

La farce d'une solution à deux États

La Réunion Asie-Pacifique des Nations Unies sur la question de Palestine s’est penchée ce matin sur la question « complexe » de Jérusalem, et des experts ont prévenu que l’absence d’une solution juste à cette question rendrait impossible la création de deux États.

S’exprimant dans le cadre d’un forum sur « l’impératif d’une solution juste à la question de Jérusalem », l’Ambassadeur de l’Autorité palestinienne en Malaisie a décrit les divers moyens par lesquels Israël empiète sur Jérusalem-Est. Il a cité les colonies de peuplement, la construction de routes et celle du mur de séparation, ainsi que les multiples mesures administratives.

Abdelaziz Abougoush a déclaré que les Palestiniens n’accepteraient pas un statut qui ne prévoirait pas Jérusalem-Est comme capitale. L’Organisation de libération de la Palestine (OLP) est disposée à envisager une solution où Jérusalem deviendrait une ville ouverte à la fois aux Palestiniens et aux Israéliens, soit la capitale de deux États.

Un habitant israélien de Jérusalem a prévenu que le « bassin sacré » était « le centre volcanique » de la question de Jérusalem et que les organisations de colons extrémistes cherchaient activement à déplacer les Palestiniens et à faire dérailler le processus de paix. Le Président Obama, a-t-il averti, doit comprendre qu’il n’existe aucune alternative à l’engagement sur la question. Un non-engagement sonnerait « l’arrêt de mort » de la solution à deux États, a souligné cet intervenant.

Un urbaniste palestinien a décrit cinq scénarii possibles pour la future Jérusalem, dont l’un, la « cité des ponts » permettrait d’avoir deux capitales, politiquement séparées mais physiquement reliées l’une à l’autre, soit une ville de diversité et d’égalité et un centre universel du règlement du conflit israélo-palestinien.

Un théologien d’Indonésie a proposé un point de vue éthique, soulignant la nécessité d’une ville ouverte aux juifs, aux chrétiens et aux musulmans, ainsi qu’à tout autre individu sous garanties internationales. Il a appelé à la protection des droits de ceux qui vivent actuellement à Jérusalem.

La perspective de l’Union européenne a été décrite par un journaliste de Bruxelles, tandis qu’un professeur de relations internationales en Indonésie a attiré l’attention sur le soutien dont la cause palestinienne bénéficie au sein des organisations de la société civile indonésienne.

ONU

La Réunion Asie-Pacifique des Nations Unies sur la question de la Palestine s’est achevée aujourd’hui par l’adoption d’une déclaration qui appuie fermement la solution de deux États, Israël et la Palestine, vivant côte à côte en paix et en sécurité.

Cette réunion, qui se tenait sur deux jours, était organisée par le Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien en vue d’encourager une large mobilisation internationale, notamment des pays d’Asie et du Pacifique, pour parvenir à une solution négociée du conflit israélo-palestinien.

Parmi les participants, on comptait des experts israéliens et palestiniens de renommée internationale, des représentants des États Membres et observateurs de l’ONU, des parlementaires, des représentants du système des Nations Unies et d’autres organisations intergouvernementales, ainsi que des représentants de la société civile, du milieu universitaire et des médias.

Aux termes de la « Déclaration de clôture des organisateurs », les participants ont souligné que la création des deux États, Israël et la Palestine, vivant côte-à-côte en paix et en sécurité, ne peut être basée que sur le droit international, les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité et des autres organes des Nations Unies. Une solution négociée à la question de Jérusalem, basée elle aussi sur le droit international, est essentielle non seulement pour résoudre le conflit israélo-palestinien, mais aussi pour une paix durable dans toute la région, poursuit la Déclaration.

Les participants ont déploré le manque de soutien de la part du Gouvernement israélien actuel pour une solution de deux États et dénoncé la multiplication des colonies, en particulier à Jérusalem et dans ses alentours. Ils ont aussi exprimé leur grave préoccupation face à la dégradation de la situation dans la bande de Gaza qui est toujours assiégée. Mais les participants se sont dits encouragés par les propos prononcés récemment par le Président des États-Unis, Barack Obama, sur la nécessité pour Israël de cesser ses activités de colonisation.

Dans ses remarques, le Directeur général des affaires multilatérales du Ministère des affaires étrangères de l’Indonésie, Rezlan Ishar Jenie, a relevé les signes d’espoir que l’on pouvait voir malgré les terribles conditions de vie du peuple palestinien. Pour passer de l’espoir à la réalité, a-t-il ajouté, il faut que tous les acteurs en présence reconnaissent les grands défis qu’il reste à relever et passent à des actions concrètes. Il a souligné l’urgence de réactiver le processus.

L’Observateur permanent de la Palestine auprès des Nations Unies à New York, Riyad Mansour, a, pour sa part, souligné que le consensus international sur la solution de deux États et la nécessité pour Israël de cesser les activités de colonisation soient transformés en volonté politique pour qu’Israël, puissance occupante, change d’attitude et que des négociations de bonne foi puissent commencer sur les questions relatives au statut final.

Pour Paul Badji, du Sénégal, qui préside le Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien, la solution de deux États est la seule façon de rendre justice au peuple palestinien, une justice qu’on leur nie depuis longtemps.

Avant la clôture de cette réunion, des universitaires japonais, néo-zélandais, chinois et malaisiens ont décrit l’appui apporté par les pays de l’Asie et du Pacifique à un règlement définitif du conflit israélo-palestinien.

ONU

Israël tabasse des enfants

Les droits des enfants palestiniens sont régulièrement violés par les forces de sécurité israéliennes, selon un nouveau rapport qui affirme que les passages à tabac et la torture sont routiniers

En outre des centaines de mineurs palestiniens sont poursuivis chaque année par Israël sans procès décent et privés de visites de leur famille.

Les conclusions de l’association « Defence for Children International » (DCI) suivent de peu les révélations de soldats et de hauts responsables militaires israéliens selon lesquelles c’est une « procédure normale » en Cisjordanie afin de terroriser les civils palestiniens, notamment les enfants.

Le Colonel Itai Virob, commandant la Brigade Kfir, a révélé le mois dernier que pour accomplir une mission, « l’agressivité vis-à-vis de chacun des habitants du village est habituelle ». Il ajoutait que les interrogatoires comprennent gifles, coups de poing et coups de pied.

A la suite de quoi Gabi Ashkenazi, chef des services armés, a été forcé de comparaître devant le parlement israélien pour désavouer le comportement de ses soldats. Les tabassages seraient « absolument interdits », a-t-il dit aux députés.

Le Colonel Virob a formulé ses remarques au tribunal pendant un témoignage soutenant la défense de deux soldats, notamment son commandant adjoint, accusés d’avoir battu des Palestiniens dans le village de Kaddum près de Naplouse. L’un d’eux a déclaré à la cour que « dans les FDI [l’armée], les soldats sont éduqués pour l’agression ». Le Colonel Virob est venu confirmer son observation, disant que c’était une politique visant à « troubler l’équilibre » de la vie du village pendant les missions et que la grande majorité des agressions avaient lieu « contre des personnes non impliquées »

La semaine dernière, d’autres révélations sur de mauvais traitements à des Palestiniens, dont certains n’avaient que 14 ans, ont été diffusées à la télévision israélienne, montrant le matériel recueilli par des soldats dissidents faisant partie du projet « Breaking the Silence », qui braque les projecteurs sur les brutalités de l’armée.

Deux soldats servant dans le bataillon Haroub disent avoir été témoins de passages à tabac dans une école du village cisjordanien de Hares, au sud-est de Naplouse, lors d’une opération effectuée en mars pour faire cesser des jets de pierres. Beaucoup des personnes arrêtées n’étaient pas impliquées, disent les soldats.

Au cours d’une opération de 12 heures entamée à 03 heures du matin, 150 détenus, les yeux bandés, ont été menottés dans le dos avec des liens en nylon tellement serrés que leurs mains sont devenues bleues. Les pires tabassages, disent les soldats, ont eu lieu dans les toilettes de l’école.

Selon le témoignage d’un des soldats, un garçon de 15 ans environ a reçu « une gifle qui l’a jeté au sol ». Il ajoute que beaucoup de ses camarades « donnent des coups de genou [aux Palestiniens] simplement parce qu’ils s’ennuient, parce qu’on est là pendant 10 heures sans rien à faire, alors on tabasse les gens ».

Le tableau brossé par les soldats en service confirme les conclusions de DCI, qui notait que beaucoup d’enfants étaient ramassés lors de ratissages généraux après des troubles ou lors de rafles nocturnes tardives de leurs maisons.

Son rapport inclut un choix de témoignages d’enfants qu’il représentait en 2008, dans lesquels ceux-ci décrivent comment des soldats israéliens les battent ou comment des interrogateurs les torturent.

Un garçon âgé de 10 ans, identifié comme Ezzat H, a décrit une perquisition de sa maison familiale à la recherche d’un fusil. Il dit qu’un soldat l’a giflé et battu à coups de poing pendant deux heures d’interrogatoire, avant qu’un autre soldat ne pointe une arme sur lui. « Le canon de l’arme était à quelques centimètres de mon visage. J’étais tellement terrifié que je me suis mis à trembler. Il s’est moqué de moi ».

Un autre garçon, Shadi H, 15ans, dit que lui et son copain ont été forcés par des soldats de se déshabiller, dans une orangeraie près de Tulkarem, pendant que les soldats leur lançaient des pierres. Ensuite ils ont été battus à coups de crosse.

Jameel K, âgé de 14 ans, décrit comment il a été emmené dans un camp militaire où il a été agressé après quoi on lui a passé une corde au cou en un simulacre d’exécution.

Yehuda Shaul, de “Breaking the Silence”, dit que des soldats traitent tout Palestinien de plus de 12 ou 13 ans comme un adulte.

« Pour la première fois un soldat de haut grade [le col. Virob] nous a rejoints en soulevant cette question - même si ce n’était pas son intention - que l’usage de la violence physique contre les Palestiniens ne relève pas de l’exception mais d’une politique. Il y a quelques années, aucun officier haut gradé n’aurait eu le culot de le dire » ajoute-t-il.

Le rapport de DCI souligne également l’usage systématique de la torture par les interrogateurs de l’armée et de la police secrète, le Shin Bet, pour essayer d’arracher des confessions aux enfants, souvent dans des affaires de jet de pierres. Islam M, 12 ans, dit qu’on l’a menacé de lui verser de l’eau bouillante sur le visage s’il n’avouait pas avoir lancé des pierres, avant d le jeter dans un buisson épineux. Un autre garçon, Abed S, 16 ans, dit qu’il a eu les mains et les pieds attachés au mur d’un local d’interrogatoire en forme de croix pendant toute une journée, avant d’être mis à l’isolement pendant 15 jours.

Le mois dernier, le Comité des Nations Unie contre la Torture, un panel d’experts indépendants, a exprimé sa « profonde inquiétude » devant le traitement de mineurs palestiniens par Israël.

Selon le rapport de DCI, quelque 700 enfants sont inculpés chaque année devant des tribunaux militaires israéliens, avec des enfants de plus de 12 ans interdits de contact avec un avocat en cours d’interrogatoire.

Il ajoute que les interrogateurs ont l’habitude de bander les yeux et de menotter des enfants détenus pendant les interrogatoires et d’utiliser des techniques incluant gifles et coups de pied, privation de sommeil, détention en isolement, menaces contre l’enfant et sa famille, l’enfant étant ligoté pendant de longues périodes.

De telles pratiques ont été interdites par la Cour Suprême israélienne en 1999 mais des groupes israéliens en faveur des droits humains ont prouvé qu’elles sont toujours largement utilisées.

Dans 95% des cas, les enfants sont inculpés sur la base de confessions signées écrites en hébreu, langue que peu d’entre eux comprennent.

Une fois jugés, les enfants sont détenus, en violation du droit international, dans des prisons en Israël, où la plupart se voient interdire la visite de leur famille et où ils ne reçoivent que peu ou pas d’éducation.

« Yesh Din », un groupe israélien pour les droits de l’homme, rapportait en novembre dernier que les soldats se voient rarement infliger une mesure disciplinaire pour l’illégalité de leur conduite.

Les données de l’armée de 2000 à fin 2007 ont révélé que la police militaire n’avait inculpé des soldats que dans 78 enquêtes sur 1.268. La plupart des soldats ont reçu des sentences minimes.

Jonathan Cook
17/06/2009
Publié par Info-Palestine selon The National