9 juillet 2009

"Stop à l'expansion arabe"

Ariel Attias, le ministre Shas de la Construction et du Logement a confirmé mercredi ses déclarations de la semaine dernière dans lesquelles il affirmait qu'il fallait construire de façon urgente en Galilée pour stopper « l'expansion illégale arabe ».

« Ce que j'ai dit est acceptable, du moins de mon point de vue », a t-il estimé lors d'une session plénière de la Knesset. Puis, se tournant vers le député Ibrahim Sarsour (UAL Taal) il a ajouté « je suppose que vous pensez différemment ».

« Je ne suis pas certain que lorsque vous me demandez de construire dans le secteur arabe, vous pensiez à la ville d'Herzliyya. Vous pensez que le secteur arabe, qui a sa propre culture, ses propres habitudes, doit vivre pleinement sa culture », a t-il poursuivi.

« Cet État est un État Juif. Je pense que c'est ce qu'il doit être. Il y a bien sûr de la place pour les Arabes, ils ont les mêmes droits, nous devons construire des logements pour eux, mais Israël est un État Juif. Nous ne sommes pas gênés de le dire».

« C'est notre pays, c'est ici que nous voulons vivre, nous l'avons attendu des années durant, et nous espérons pouvoir faire la paix avec les autres populations, y compris avec les Arabes. » Mais il a souligné qu'il « croit que nous devrions vivre séparément, et pas que nous devons vivre séparément. C'est ce que je crois. Vous pouvez ne pas être d'accord».

« Les gens pensent que l'égalité viendra en disant des mots agréables. Selon moi, l'égalité viendra quand les gens auront la possibilité de vivre leur propre culture ».

« Personne ne pense que je suis opposé aux haredim, que j'éprouve du racisme à leur encontre. Et pourtant, j'ai dit la même chose : la communauté haredi vit bien mieux quand elle vit séparément ».

Le Jerusalem Post

Commentaires : L'État d'Israël possède 93% des terres à l'intérieur de la ligne verte, seule frontière internationalement reconnue. Ces terres, volées aux Palestiniens en 1948, ne peuvent être achetées par les Palestiniens citoyens de l'État d'Israël.
• DIECKHOFF Alain (sous la direction de), L'État d'Israël, Fayard, 2008
• LOUËR Laurence, Les citoyens arabes d'Israël, Balland, 2003
• Dossier documentaire & Bibliographie Palestine/Israël

Les Juifs iraniens préfèrent Ahmadinejad

Malgré les troubles et la violence qui ont suivi les élections présidentielles en Iran, de nombreux Juifs iraniens d'Israël ou de l'étranger estiment que la vie en République Islamique est meilleure sous le président Mahmoud Ahmadinejad qu'elle ne l'aurait été sous son rival Mir Hossein Moussavi.

Lors d'une conférence de Juifs iraniens à Jérusalem lundi, des leaders de la communauté juive Mashadi ont déclaré que malgré les allégations anti-israéliennes d'Ahmadinejad, l'Iran est un pays dans lequel les Juifs peuvent pratiquer leur religion en sécurité.

« Ahmadinejad fait des déclarations regrettables à propos des Juifs, mais il est préférable à Moussavi », estime Shlomo Zabihi, rabbin Mashadi. Le gouvernement actuel est relativement stable et fournit un environnement sûr pour les Juifs, a t-il poursuivi.

La réunion de lundi était le premier rassemblement de la Fédération des Juifs Mashadi, une organisation qui vise à préserver l'identité religieuse et culturelle des Juifs de Mashad, la seconde plus grande ville iranienne, avec une population de 2,5 millions d'habitants.

Durant la Révolution Islamique de 1979, de nombreux Juifs Mashadi ont fuit vers les États-Unis, essentiellement vers New York, où 6 000 Juifs ayant des liens avec Mashad vivent actuellement. Il n'y a presque plus de Juifs à Mashad aujourd'hui, mais environ 25 000 Mashadi vivent en Iran, et sont concentrés à Téhéran.

Bahman Kamali, le fondateur de l'organisation, a déclaré que les appels à la destruction d'Israël lancés par Ahmadinejad n'ont rien à voir avec l'incitation à la violence envers les Juifs de la Diaspora. « Il y a une différence, car les Iraniens respectent les religions du livre : christianisme, judaïsme » a ajouté Kamali. Les Juifs peuvent donc aller à la synagogue et prier sans rencontrer de problèmes, affirme t-il.

Le Jerusalem Post

L'Histoire commence à Sumer


Samuel Noah KRAMER, spécialiste de l'assyriologie, serait certainement inconnu du grand public s'il n'avait écrit L'Histoire commence à Sumer, Champs Flammarion, [1957] 1993 [Persée].
Il y a plus de trente ans, l'auteur de ce livre, savant de notoriété internationale, révélait au grand public la civilisation sumérienne, née en Mésopotamie, le sud de l'actuel Irak, voici quelque cinq mille ans. Le miracle grec avait un précédent. Dès le troisième millénaire avant Jésus-Christ, les Sumériens avaient inventé l'écriture, fondé les premières cités-États, formulé les premiers codes de lois, donné leur première expression littéraire au mythe et à l'épopée.

La première partie contient une introduction à la civilisation sumérienne, berceau des civilisations occidentales - un scandale aujourd'hui pour certains.
La seconde partie, la plus importante, contient la traduction de tablettes cunéiformes qui abordent tous les thèmes de la vie quotidienne y compris les relations hommes-femmes et l'éducation des enfants.
Ce petit livre, facile à lire, est fascinant car on constate que, si les sociétés se sont développées techniquement grâce il faut le souligner à la colonisation, l'humanité n'a guère progressé depuis plus de 5000 ans...

Lire aussi :
• Irak, berceau des civilisations, L'Internaute
• Sumer, Wikipédia
• Sumer & Akkad, Clio
• Le récit du déluge, Université Caen
• La naissance du droit, de la finance et de la comptabilité, IRGO
• Brève chronologie de l'histoire des mathématiques en Mésopotamie, CNRS
• Pierre-Louis Viollet, L'hydraulique dans les civilisations anciennes - 5000 ans d'histoire, Presses des Ponts, 2005 [BooksGoogle]

Marche internationale pour rompre le siège de Gaza


Un ensemble de militants appartenant à diverses associations de solidarité avec les Palestiniens sont en train de préparer une marche internationale vers Gaza, dans l'intention de mettre fin au blocus du territoire. Cet événement a pour objectif d'amener des milliers de manifestants du monde entier à marcher aux côtés des Gazaouis et d'ouvrir une brèche dans le blocus imposé à la population depuis l'élection du Hamas en 2006.

« Cette marche s'inspire du Mahatma Gandhi » indiquait un projet de déclaration des principes et des finalités rédigé par la "Coalition pour mettre fin au siège illégal de Gaza", document que s'est procuré le Daily Star. « Ceux d'entre nous qui résident aux Etats-Unis s'inspirent aussi du mouvement des Droits civiques », ajoutait-il.

La déclaration esquisse également des plans pour la marche, qui se tiendra le 1er Janvier 2010. « Nous parcourerons le Long Mille à travers le poste de contrôle d'Erez aux côtés du peuple de Gaza dans une démonstration non violente qui rompt le blocus illégal » ; il ajoute : « Nous concevons cette marche comme le premier pas d'une campagne durable et non violente… Si nous amenons des milliers de gens à Gaza, et des millions d'autres à travers le monde à suivre la marche sur internet, nous pouvons mettre fin au siège sans qu'une goutte de sang soit versée ».

Le Professeur Norman Finkelstein, analyste politique et auteur de plusieurs ouvrages sur le conflit israélo-palestinien, est l'un des organisateurs de la marche. « Nous voulons envoyer là-bas plusieurs milliers de gens du monde entier, pour marcher aux côtés de plusieurs centaines de milliers de Gazaouis », a-t-il déclaré au Daily Star.

Finkelstein espère que de grands nombres de militants internationaux et de dirigeants prendront part à la marche, avec pour résultat d'empêcher une riposte violente des autorités israéliennes. « Si des personnalités telles que Jimmy Carter, Noam Chomsky, l'évêque Desmond Tutu et Nelson Mandela se trouvent en tête de la marche s'ils sont suivis des étudiants portant haut les emblèmes des écoles au nom desquelles ils saluent – Harvard, Yale, Princeton, Oxford, Cambridge ; si derrière eux se trouvent les malades et les handicapés, les jeunes et les innocents de Gaza ; si derrière eux encore d'autres suivent par centaines de milliers, sans armes et sans peur, dans le seul désir de faire respecter la loi ; si, à travers le monde, des centaines de milliers de gens regardent sur internet ce qui se passe – alors Israël ne peut pas tirer » dit-il.

« La première réunion organisationnelle de la coalition est fixée au 13 juillet », ajoute Finkelstein. « Nous espérons à cette occasion mettre en place une formule d'entente sur un comité de pilotage. Pour le moment, le groupe de travail est constitué de personnes appartenant à des associations, telle que CodePink, qui ont été actives autour du conflit israélo-palestinien ».

En préparation de la marche, des membres de la coalition contactent maintenant à travers le monde des groupes de solidarité avec les Palestiniens.

Richard Hall
1er juillet 2009
The Daily Star
EuroPalestine

Lire aussi :
• Dossier Résistance à la colonisation de la Palestine
• Bibliographie Palestine/Israël

8 juillet 2009

Agression contre la librairie Résistances

Ce n'est pas la première fois que leur librairie fait l'objet d'une attaque. Celle-ci serait apparemment du fait de la Ligue de défense juive, autorisée en France, mais interdite aux Etats-Unis [Sur son site, la LDJ nie toute responsabilité dans cet incident, ndlr]. Cette même organisation qui, se serait livrée à une attaque dans le hall de l'hôtel de ville d'Ivry, dont la municipalité s'était rendue coupable d'avoir fait de Marwan Barghouti un citoyen d'honneur de la ville.

Il faut bien sûr employer le conditionnel, mais malheureusement on peut craindre que l'enquête ne permette pas d'identifier les responsables. Tous les moyens seront-ils mis en oeuvre pour le savoir ? Seront-ils arrêtés et jugés ?

Comment expliquer que la Tribu Ka ait été dissoute pour avoir fait preuve de démonstration de force et tenu des propos inacceptables, sans avoir toutefois employé la violence physique tandis que la Ligue de défense ne l'est pas ?

Imaginons que le hall de la mairie du 16e arrondissement fasse l'objet du même type d'action que celle d'Ivry, est-ce que les auteurs pourraient encore courir librement ? Si une librairie pro-israélienne avait fait l'objet d'une attaque comparable à celle de la librairie Résistances, est-ce que les autorités et la presse auraient fait preuve du même silence ? Que répondre à ceux, nombreux mêmes s'ils n'ont pas accès aux médias, qui posent cette question ?

Notons qu'il s'agit d'une agression antisémite, qui n'est toutefois pas traitée comme les autres agressions de ce genre. Comment expliquer cela ?

Comment expliquer que les « Voltairiens maccarthistes » de service, toujours prompts à proclamer la liberté d'expression lorsqu'il s'agit de défendre des gens qui ont critiqué l'Islam ou les musulmans, mais reprenant les méthodes de McCarthy dans d'autres circonstances, fassent preuve d'un tel silence assourdissant aujourd'hui ?

Les responsables politiques ou la presse se taisent-ils parce qu'ils ne veulent pas jeter d'huile sur le feu sur un sujet sensible et éviter de créer des tensions dites inter-communautaires ? C'est exactement l'inverse qui va se produire. L'absence d'informations crée nécessairement la rumeur, et dans ce cas des rumeurs malsaines. Ce silence de la presse et des autorités va alimenter les préjugés antisémites, non le combattre.

En ne traitant pas des éléments comparables de la même façon, on n'apaise pas les tensions, on crée un sentiment de double standard qui peut nourrir les pires fantasmes, sur lesquels les théories du complot vont connaître un nouvel essor.

Pascal Boniface
07/07/2009
Rue89 - IRIS

Lire aussi :
• 4 Jews suspected of attacking Palestinian store, Yedioth Ahronoth
• "L'impunité de la Ligue de défense juive, ça suffit", Rue89

Corps en prison


Documentaire à cheval entre photojournalisme et reportage radio sur la place du corps dans les prisons. Les photos défilent sur fond de témoignage sonore.

Hugo, Hafed, Hélène et Djemel, témoignent à travers cinq chapitres (le corps fouillé, le corps de l'autre, le corps malade, le corps retrouvé, le corps libéré), de leurs conditions de vie en détention.

Trois interviews avec Arnaud Gaillard (le sexe en prison), Laurent Gras (le sport en prison) et Christiane de Beaurepaire (les automutilations en prison).

Bibliographie et liens.

Le Monde

7 juillet 2009

Feu vert américain à Israël ?

Selon une dépêche de l'Associated Press, publiée le 5 juillet, les États-Unis auraient donné le feu vert à Israël pour attaquer l'Iran.
Les États-Unis ne feront pas obstacle à Israël si l'État hébreu juge nécessaire une action militaire pour éliminer la menace nucléaire iranienne, car c'est un pays souverain, a déclaré dimanche le vice-président américain Joe Biden.

Les États-Unis "ne peuvent pas dicter à un autre pays souverain ce qu'il peut ou ne peut pas faire", a déclaré M. Biden sur la chaîne de télévision ABC. L'État hébreu peut déterminer par lui-même "ce qui est dans son intérêt et ce qu'il décide vis-à-vis de l'Iran ou tout autre pays".

"Que nous soyons d'accord ou non, ils ont le droit de le faire. Tout pays souverain a le droit de le faire", a-t-il ajouté. "Si le gouvernement (de Benyamin) Nétanyahou décide d'agir différemment de ce qui est fait actuellement, cela relève de leur droit souverain. Le choix ne nous appartient pas."

AP-Yahoo! Actualités

Selon une dépêche de l'AFP, publiée le 7 juillet, les États-Unis n'auraient pas donné le feu vert à Israël pour attaquer l'Iran.
Le président américain Barack Obama a affirmé mardi que les États-Unis n'avaient "absolument pas" donné leur feu vert à Israël pour attaquer l'Iran afin de l'empêcher de se doter de l'arme nucléaire, dans une interview à la chaîne de télévision CNN.

Interrogé sur le fait de savoir si les États-Unis avaient donné leur feu vert à Israël pour une éventuelle attaque de l'Iran, M. Obama a répondu "absolument pas. C'est très important, je suis aussi clair qu'il est possible de l'être" sur ce sujet.

Mais... "Le vice-président Joe Biden l'a dit catégoriquement : nous ne pouvons dicter à d'autres pays la conduite à tenir en matière de sécurité", a relevé le président américain qui se trouve à Moscou depuis lundi.

AFP

L'agence israélienne Guysen semble croire à version Obama.
Le département d'État américain a déclaré dans un communiqué paru lundi, que la déclaration de Joe Biden selon laquelle Israël devait décider d'elle-même des solutions à prendre contre la menace nucléaire iranienne, ne pouvait être considérée comme un « feu vert » américain pour une attaque militaire israélienne sur l'Iran.

« Nous n'allons certainement pas donner notre feu vert pour quelque attaque militaire que ce soit, mais Israël est un pays souverain et nous n'allons pas lui dicter ce qu'il doit faire », a expliqué le porte-parole du département d'État Ian Kelly.

Le communiqué indique que les États-Unis « partagent avec Israël leur profonde inquiétude sur le programme nucléaire iranien ».

Guysen


L'agence russe RIA Novosti reste perplexe.
Moscou est surpris par les propos du vice-président américain Joe Biden sur un éventuel emploi par Israël de la force armée contre l'Iran, a déclaré mardi le porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères (MID) Andreï Nesterenko.

"Nous sommes pour le moins étonnés par les propos du vice-président américain Joe Biden. Nous estimons qu'ils sont en contradiction flagrante avec les approches déclarées par le président américain Barack Obama concernant le règlement de la situation autour du programme nucléaire iranien, et notamment la disposition des États-Unis à engager le dialogue avec Téhéran afin de rechercher une solution à ce problème par des moyens politiques et diplomatiques", a indiqué le porte-parole de la diplomatie russe.

RIA Novosti

Que penser de ce double langage ? Non seulement entre Biden et Obama, mais aussi de Obama lui-même. Philippe Grasset minimise cette affaire :
Le mythe resurgi d'une attaque contre l'Iran, que nous avons subi pendant trois longues années, l'est ici à partir de circonstances complètement fortuites bien plus que de fuites ou de pressions maladroites. C'est le pur produit du système de communication, enchaînant le thème sensationnel associé à “la politique de l'idéologie et de l'instinct” qui a prévalu officiellement pendant huit années, additionné au caractère d'un homme prompt à un peu trop parler. C'est un signe intéressant que l'extrémisme constant, ce “gauchissement” (vers la droite extrême, pour ceux que l'étiquetage passionne) systématique du discours et des options, est d'abord le produit de l'automatisme de la communication, qui est une sorte d'idéologie en soi. Il semble que tout le monde a paniqué dans cette affaire, y compris les Israéliens qui ont fait passer vite fait le message, par le Washington Times, qu'ils ne demandaient aucune autorisation d'attaquer à Washington, – impliquant par là qu'ils la demanderaient s'ils devaient attaquer, comme, apprend-on de source officielle israélienne cette fois, Olmert l'a fait auprès de Bush.

La chose (l'Iran) semble donc tenir à cœur à Obama, par conséquent la politique qu'il tente de mener depuis quelques mois, qu'il semble vouloir poursuivre malgré les événements depuis les élections présidentielles du 12 juin. Son intervention est abrupte et ne s'embarrasse pas de protocole. Le Absolutely not prétend répondre à la question “avez-vous donné votre feu vert à Israël pour une attaque?”, ce qui nous fait comprendre qu'effectivement la chose pourrait être demandée, ou a été demandée, ou même devrait être demandée. Pour l'instant, malgré les événements d'Iran, il semble hors de question d'appuyer de quelque manière que ce soit sur l'option militaire, même pour faire pression sur l'Iran. En soi, la réaction d'Obama est un message puissant pour l'Iran, qu'il ait été conçu de cette façon ou non, – et probablement ne l'a-t-il nullement été.

Dedefensa

Joe Biden a donné le feu vert à Israël pour attaquer l'Iran le 5 juillet. Barack Obama n'a refusé le feu vert que le 7 juillet et depuis Moscou, où il discute de la question des armes nucléaires. Pourquoi a-t-il réagi si tardivement ?

En utilisant le double-langage de la carotte et du bâton avec l'Iran, Barack Obama ne risque-t-il d'encourager la fuite en avant d'une guerre préventive déclenchée par le gouvernement de Benjamin Nétanyahou ?

Qu'en est-il de la volonté de Barack Obama de s'impliquer en faveur de la question palestinienne ? Ses atermoiements avec Israël ne sont-ils pas l'aveu de l'acceptation du fait accompli de la colonisation, qui rend impossible la création d'un État palestinien viable ?

Serge LEFORT
07/07/2009

Note du 08/07/2009 Lire aussi : Feu vert ou faux pas ?, Dedefensa.

Retour du PRI


Le vainqueur des élections législatives d'hier est incontestablement le PRI, qui est majoritaire à l'échelle nationale, dans les 5 circonscriptions, dans 22 États sur 32, et qui aura la majorité absolue à la Chambre des Députés.

Résultats en 2006 :
PAN = 13 753 633 voix soit 33,39%
PRI = 11 619 679 soit 28,21% (coalition avec PVEM)
PRD = 11 941 842 soit 28,99% (coalition avec PT et Convergence)
Bulletins blancs ou nuls = 1 033 665 soit 2,51%
Participation = 41 195 198 soit 58,06%
Abstention 41,94%
IFE

Résultats en 2009 (provisoires) :
PAN = 9 494 904 voix soit 27,97%
PRI = 12 432 097 soit 36,63%
PRD = 4 152 565 soit 12,23%
Bulletins blancs ou nuls = 1 830 781 soit 5,39%
Participation = 33 937 764 soit 44,71%
Abstention 55,29%
IFE

Ce retour du PRI, après 72 ans de pouvoir absolu et 6 ans d'opposition, est une victoire par défaut. Le PRI ne progresse que de 812 418 voix, alors que le PAN perd 4 258 729 voix et le PRD 7 789 277 voix.
L'abstention a fortement progressé et représente 55,29% soit 41 968 664 des électeurs inscrits. Les votes blancs ou nuls ont quasi doublés.

Le PAN paye le prix de la désillusion d'une alternative réelle, le PRD celui de la gestion catastrophique de l'échec (très relatif) à l'élection présidentielle en 2006 et des divisions internes qui rongent les organisations de gauche depuis trois ans.

Le Mexique entre dans une ère de cohabitation, inconnue jusqu'à aujourd'hui, alors que le premier parti ne représente que 16,37% des électeurs et les trois principales formations politiques 34,35% des électeurs.

Serge LEFORT
06/07/2009

Lire aussi : Elecciones 2006

6 juillet 2009

Attaque de la librairie Résistances

Un commando d’une demi-douzaine d’individus, la plupart masqués, déclarant ouvertement appartenir à la Ligue de Défense Juive (LDJ) ont attaqué vendredi 3 juillet en début d’après-midi la Librairie Résistances.

Deux femmes travaillant à la librairie étaient présentes, ainsi que deux ou trois clients. Après les avoir bousculés, les nervis se sont attaqués avec frénésie à l’établissement, arrosant d’huile plusieurs milliers de livres, et détruisant les ordinateurs, avant de prendre la fuite à bord d’une automobile.

L’attaque de vendredi est intervenue au lendemain d’une conférence, donnée à la librairie par Mahmoud Suleiman, du village palestinien d’Al-Masara, sur le thème des actions de résistance non violente à l’occupation israélienne.

La librairie Résistances, qui propose, notamment, de nombreux livres sur la Palestine et sur Israël, a été attaquée et menacée à de nombreuses reprises par les fascistes sionistes. Mais alors que les agissements de cette bande sont archi-connus de la police, le pouvoir politique a jusqu’à présent systématiquement manifesté sa sollicitude à leur égard.

CAPJPO-EuroPalestine


De nombreuses organisations, librairies, réseaux de bibliothèques, appellent à un rassemblement devant la librairie Résistances ce mercredi 8 juillet à partir de 18 H 30, pour exiger la dissolution de la Ligue de Défense Juive, organisation terroriste qui multiplie les agressions en France.

Ca suffit comme ça ! Dissolution de la Ligue de Défense Juive

La Librairie Résistances, située dans le dix-septième arrondissement à Paris, a été attaquée et saccagée par des nervis de l'extrême-droite sioniste ce vendredi 3 juillet en plein après midi.
La Librairie Résistances est connue pour son engagement concernant le soutien au peuple palestinien et, au-delà, aux luttes des peuples du tiers-monde.
Il n'est donc pas étonnant qu'elle ait été aujourd'hui, une nouvelle fois, la cible de la violence des groupes ultra-sionistes, au premier lieu desquels la Ligue de défense juive (LDJ).

Interdite en Israël et aux États-Unis pour son caractère raciste et fascisant, la LDJ reste tolérée en France par les autorités, alors même que depuis plusieurs années, elle a été impliquée dans de nombreuses opérations de ratonnades de militants et de sympathisants de la cause palestinienne ainsi que d'agression contre la population magrhebine.
La dernière en date étant l'attaque de la Mairie de Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne, à l'occasion du cérémonie municipale faisant d'un dirigeant palestinien, Marwan Barghouti, citoyen d'honneur de la ville.
Les agissements fascisants de la LDJ et des groupes de l'extrême-droite sioniste n'ont que trop duré.

Les signataires expriment leur totale solidarité avec la Librairie Résistances, et demandent fermement l'interdiction de la Ligue de défense juive, et la traduction en justice de ses nervis.Les organisations signataires appellent à un rassemblement mercredi 8 juillet 2009 à partir de 18 H 30 devant la librairie Résistances 4, Villa Compoint Paris 17e (à l'angle du 40 rue Guy Moquet). Métro ligne 13 Guy Moquet ou Brochant. Bus ligne 31 Davy-Moines.

Premiers signataires : NPA, les Verts, le parti de Gauche (Paris), AFD France, AJPF Association pour les jumelages entre les camps de réfugiés palestiniens et les villes françaises, Américains contre la guerre AAW France, Al-Rowwad, Amis de Darna, Association Romande Contre le Racisme, ATL Jenine, ATTAC Paris Nord Ouest, Bellacio, CCIPPP, CAPJPO-EuroPalestine, CPPI St Denis,Collectif Faty Koumba, Collectif Judéo-Arabe et Citoyen pour la Paix, Collectif des libraires pour l’interdiction de la LDJ, Collectif pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah, Comité de lutte contre la barbarie et l’arbitaire, et Commission Arabe pour les Droits Humains, CVPR, Droits Devant !Femmes en Noir, La Fabrique Editions, FTCR, La Gauche Cactus, Génération Palestine, la GUPS, ISM (International Solidarity Movement), La Courneuve Palestine, Librairie Ishtar, MAIF, Mouvement des Quartiers, MRAP, Mouvement des Indigènes de la République, Nanterre Palestine, RESOCI, Respaix, Réveil des Consciences, Réseau International des Juifs Antisionistes (IJAN), Survie, Syndicat FSU de la Bibliothèque nationale de France, Union juive française pour la paix UJFP, UTIT, Une Autre Voix Juive.

CAPJPO-EuroPalestine

Haro sur le corps des femmes


DAMIENS Caroline, Le corps des femmes n’est pas un champ de bataille, Indésens, 2005
Ce fichu foulard, il y a quelques mois, je m’en « fichais ». Mais le consensus qui traverse l’ensemble de la classe politique de Lutte Ouvrière au Front National sur ce sujet, l’hystérie de certains profs qui vont jusqu’à faire grève pour protester contre une ou plusieurs élèves voilées dans leur établissement, et bien sûr, le vote d’une loi à l’encontre de ces mêmes élèves obligent à prendre position. [...]

Au nom du combat pour l’égalité, de nombreuses « féministes » se sont élevées contre le voile. Quelle égalité ? Quel féminisme ? Tout d’abord, il faut remarquer que ce féminisme ne se focalise que sur l’apparence physique, faisant de cette apparence la preuve de toutes les oppressions sans jamais avancer le moindre fait et se réduisant à ce seul slogan : « Le voile, symbole de l’oppression des femmes, hors de l’école ». Le combat se porte sur le symbole de l’oppression et non sur l’oppression elle-même. La bonne oppression, c’est celle qui ne se voit pas. Nous ne parlerons donc pas ici des violences exercées envers les femmes, violences qui ne font pas de différence quant à la couleur de la peau ou l’origine géographique ou sociale des victimes et des agresseurs. La loi s’applique seulement à la disparition du foulard (de la même manière que les lois Sarkozy ont pour ambition de faire « disparaître » les prostituées des rues). On cherche à éliminer l’apparence, la partie visible du problème. Et la partie visible, c’est le corps des lycéennes et collégiennes voilées : la visibilité de leur volonté de rendre leurs corps invisibles.

[...]

On ne libère personne contre son gré. « L’émancipation ne s’obtient pas par l’humiliation, la sommation et la répression. » Cela paraît la moindre des évidences. L’alibi féministe sur lequel repose cette loi et l’hystérie qui l’accompagne ne tiennent plus. Mais qu’y a-t-il donc de caché sous ce foulard ?

[...]

Il faut bien rattacher la loi qui vient d’être votée aux événements relatifs au 11 septembre et qui ont servi de prétexte à une campagne qui a laissé éclater le racisme latent dans la société française. Entourants le débat politique, les articles les plus délirants ont fleuri, relevant tous de ce même fantasme : si on laisse une fille venir à l’école avec un foulard sur la tête, c’est la porte ouverte à l’intégrisme islamiste. C’est que désormais une femme voilée représente l’islam tout entier, voire carrément Al-Qaida. De nombreuses couvertures de magazines ont fait clairement apparaître cet amalgame en montrant une femme voilée et en titrant sur la « montée de l’islamisme », « de l’intégrisme », « du terrorisme ». C’est comme si, dans la nouvelle guerre plus ou moins déclarée selon les endroits de la planète, qui oppose le monde occidental au monde arabo-musulman (sous l’appellation de « guerre contre le terrorisme », « guerre contre l’axe du mal », « tempête du désert », « justice sans limite »...), le conflit en France prenait corps précisément dans le corps de ces collégiennes et lycéennes voilées. Ici aussi, devant tant de fantasmes, le récent concept de la « guerre préventive » entre en action. Ces jeunes filles exclues de l’école publique sont-elles les « dommages collatéraux » de la présente guerre ou bien le champ de bataille proprement dit ?

On peut rapprocher cette « bataille du foulard à l’école » à ce qu’on a appelé à l’époque la « bataille du voile ». Pendant la guerre d’Algérie, le « dévoilement » des femmes algériennes, c’est-à-dire l’enlèvement de force du foulard, était couramment pratiqué par des soldats français dans un but d’humiliation. Le 16 mai 1958, au cours d’une manifestation pro-française à Alger, on « dévoila » un petit groupe de femmes « aidées par des Européennes bien mises (...) au cours d’une cérémonie savamment chorégraphiée ». La guerre coloniale avait alors lieu aussi sur le corps des algériennes.

[...]

Comme dans la « bataille du foulard », les femmes sont instrumentalisées, c’est-à-dire qu’on en fait les instruments de quelque chose, ce qui présuppose qu’on doit d’abord en faire des instruments au sens propre, des choses, des objets. Pour cela, il faut les mettre sous tutelle : ce sont des victimes, des êtres mineurs (des femmes ou des enfants, c’est la même chose). Avoir choisi des collégiennes et des lycéennes, qui sont pour la plupart (mais pas toutes) juridiquement mineures, comme corps de la bataille, relève de cette même mise sous tutelle. [...] En refusant d’entendre ou de prendre en compte leur parole, et ce, avec un mépris affiché, les partisans de la loi montrent ce qu’ils pensent de ces jeunes filles musulmanes : leur parole ne compte pas ; elles sont mineures (il faut dire qu’elles cumulent les « tares » infériorisantes : jeunes, femmes, arabes et de couche populaire) ; et nous devons les protéger d’elles-mêmes. Or, au-delà ce que l’on peut penser de l’islam et du statut des femmes dans cette religion, il se trouve que ces filles disent quelque chose et que ces paroles émanent de leur bouches. Ne pas considérer leur volonté, les déposséder de leurs capacités de juger signifie les laisser dans un état de mineure. Que des « féministes », sous couvert de combat pour l’égalité et la libération des femmes, ne comprennent pas cela fait dresser les cheveux sur la tête.

Dans la bataille qui se joue dans le corps de ces jeunes filles, on oublie, sciemment ou inconsciemment, à qui il appartient. Et ce fichu foulard, ce misérable mètre carré de tissu devient le lieu où se croise racisme, sexisme et guerre mondiale. Le corps des femmes n’est pas un champ de bataille. Osons affronter les faits dans les yeux et ne rendons pas responsables d’une guerre celles qui ne le sont pas. La libération des femmes commence au moment où elles - toutes les femmes - reprennent ce qu’on ne cesse de leur refuser : la parole. Et face aux nouveaux slogans récemment apparus pour la circonstance, il serait bon de se souvenir de celui que les femmes scandaient il y a trente ans : « Mon corps m’appartient ».


FRIGON Sylvie et KÉRISIT Michèle (sous la direction de), Du corps des femmes - Contrôles, surveillances et résistances, Presses de l'Université d'Ottawa, 2000 [BooksGoogle]
Peint et chanté, voilé ou dévoilé, usé et abusé, le corps féminin est depuis toujours au centre de la creation artistique occidentale. Cet ouvrage collectif a pour premier objectif d'amorcer ce travail critique en débusquant les logiques patriarcales qui dominent les discours savants développés dans les différentes disciplines des sciences sociales et mettant en scène le corps des femmes. Ce faisant, il montre également comment se sont historiquement construites, et se construisent encore, des représentations de corps de femmes illégitimes ou transgresseurs ou dangereux.

Répulsion



Fascination



WEIBEL Nadine B., Par-delà le voile - Femmes d'Islam en Europe, Complexe, 2000, [BooksGoogle]
Entre un islam tranquille, "domestique", prêt à adapter les contraintes religieuses aux conditions de vie imposées par les sociétés séculières, et un islam politique, se profile en Europe un islam d'un nouveau type : loin du modèle occidental et des valeurs traditionnelles de leur culture d'origine, de nombreuses jeunes musulmanes tente de vivre aujourd'hui selon les principes d'un islam scrupuleux qu'elles associent pourtant à la modernité. Paradoxalement, les règles vestimentaires et comportementales imposées par leur religion n'entravent en rien leur dynamisme de femmes actives, décidées à s'investir socialement. C'est sur l'islam qu'elles s'appuient pour défendre leur droit à l'instruction, au travail, à plus d'équité face au monde des hommes, estimant que des coutumes profanes sont venues, au cours des siècles, léser les femmes musulmanes des privilèges que l'islam leur avant accordé. En empruntant des voies qui souvent étonnent, elles redéfinissent leur identité féminine et réactualisent, au cœur de l'Europe, des repères séculaires qui leur permettent de s'inscrire d'une manière originale dans l'époque contemporaine. C'est à l'exploration au quotidien de l'univers, jonché à la fois d'interdits et de comportements novateurs, de ces musulmanes d'un autre type, que convie cet ouvrage.

Le voile en Europe



Les cinq fonctions du hijab


• Bibliographie Vêtement, Monde en Question.
• Bibliographie Voile & Burqa, Monde en Question.
• Revue de presse Burqa (2009), Monde en Question.
• Revue de presse Voile (2004), Monde en Question.

5 juillet 2009

S'habiller


Collectif, S’habiller, Le Sociographe n° 17, mai 2005 [Texte intégral en ligne]

Présentation
Signe, marque, mais peut-être aussi linguistique... le vêtement parle. Il n'est pas seulement une protection et un paraître, il est aussi un support à la relation sociale. En ce sens, il nous inscrit dans notre environnement.
Du col blanc à l'exclu, qui habille le corps et qui habite les vêtements ? Dialogue des usages et des médiations du vêtement dans les pratiques éducatives.

Du vêtement en général... et de celui de l'exclusion en particulier
La ville moderne constitue un théâtre d’images où la représentation et la mise en scène des formes sociales permettent à l’individu de se confronter à l’exacerbation et à la valorisation de la différence sous toutes ses formes. Ainsi ce qui se joue ou peut potentiellement se jouer pour l’individu dans le domaine de la représentation vestimentaire c’est l’effacement de soi ou son hyper-représentativité, la simplicité ou l’extravagance, la neutralité ou la provocation. L’individu anonyme des villes est toujours dans une relation de confrontation à l’illimitation des possibles. A partir de cette apparente liberté, peut-on parler d’un vêtement spécifique de l’exclusion sociale ?

Just wear it. Sur la prédominace des marques dans l'habillement des jeunes
Le vêtement, l’habit est un moyen d’affirmer son appartenance au groupe social tout en se démarquant par son originalité, sa touche personnelle. Le vêtement permet de cacher le corps, d’en modifier les contours pour en changer la réalité. Il cache ses imperfections et ses parties intimes. Mais il donne aussi à voir, il exhibe une partie de celui qui le porte. Grâce au vêtement, on montre son appartenance à un groupe social mais aussi son caractère, ses choix idéologiques, ses goûts. Ces contradictions sur le fait de s’associer en se dissociant et donner à voir en cachant, qui sont vraies pour les adultes le sont encore plus pour les adolescents.

Humeurs étudiantes... sur le vêtement des travailleurs sociaux
Quel est le sens du vêtement et du (je)u des apparences ? D’une conséquence de l’impéritie humaine à "l'explosion" des fonctions du vêtement, qu’en est-il des représentations actuelles des travailleurs sociaux autour de la question du vêtement, des apparences et du travail social ? Une enquête tournée vers les assistants sociaux et éducateurs spécialisés se propose d’alimenter ce champ de questions.

Branding games. Modes, marques, magie
« Postmode » ou « mode achevée » signent aujourd’hui la production comme la consommation de masse et marquent l’influence du code à travers les objets de notre quotidienneté. Le vêtement marqué et son logo permettent de se distinguer de cette production/consommation massifiée et horizontalement nivelée. Il réalise de manière quasi-magique un transfert de valeur symbolique dont l’efficacité repose sur la croyance collective en la valeur produite par la marque, c’est-à-dire construite par le langage. C’est pourquoi, discours et produits s’unissent aujourd’hui dans une même résolution de signes consommables.

Vêture du bébé, investiture du papa
L’arrivée d’un nouveau-né au sein du foyer entraîne une réorganisation des tâches, généralement invisible et informulée. Le linge et le nourrisson apparaissent comme deux « domaines réservés », imprégnés d’une forte connotation féminine. En y regardant de plus près, on s’aperçoit pourtant qu’il existe de nombreux intérêts à ce que le père participe à l’habillement de son enfant. L’approche paternelle, différenciée de celle de la mère, s’organise progressivement autour d’un nouveau modèle de la paternité ; plus que bénéfique pour le développement du nourrisson, elle lui est nécessaire.

Perceval se change
« Changer mes bons habits que me fit ma mère… » : Le roman de Perceval offre une allégorie du travail de perte et de transformation du statut des enveloppes vestimentaires : changer en se changeant. Il pose les bases d’une réflexion sur la relation d’habillement. Ces enveloppes imaginaires et symboliques sont conçues dès l’attente de l’enfant, «à l’horizon des rêves maternels » comme le dit Mallarmé. Toute relation d’habillement se construit entre «se faire habiller » et «s’habiller ». Ces enveloppes sont intimement dépositaires de l’identité mais elles interrogent tout autant l’altérité : l’habillement vient de l’autre et va vers l’autre. En tant qu’objet, les habits circulent en famille, hors famille, entre pairs et transportent des affects, des représentations imaginaires et symboliques, des sensations, des humeurs.

L'hôpital par son linge. Analyse socio-linguistique d'une organisation
Comment s’échange le linge en hôpital ? Cette question permet d’aborder, en termes socio-linguistiques, le fonctionnement de l’organisation dont le linge est un analyseur. L’objet central étudié, c’est la fiche d’échange, le texte donc, mais aussi l’usage qui en est fait, la parole en quelque sorte. Repris d’un article ancien, le texte est mis en perspective dans une courte introduction et une conclusion qui soulève quelques questions sur nos manières actuelles d’observer — et d’apprendre à observer — et sur les outils théoriques pertinents pour le faire dans le champ socio-sanitaire.

La construction vestimentaire. Au carrefour du social, du symbolique et du psychique
Seconde peau, transition entre le corps nu intime et le corps socialisé couvert, le vêtement signale l’appartenance géographique, l’activité, la classe d’âge, le sexe de son propriétaire comme la crainte, la honte ou encore le désir de laisser paraître quelque chose de sa filiation ou de soi-même. Par son agencement singulier, il élabore un discours pour autrui ; un discours tenu dans la référence au collectif puisque la fabrication du vêtement dépend de critères économiques, culturels et plus généralement sociaux. Cet agencement s’effectue à partir d’unités articulées de significations qui construisent une parole du « moi » sur lui-même, et révèle aussi indirectement les pulsions qui l’agitent.

Habits vécus. Nudité, intimité, identité
De la naissance à la mort, nous vivons la plupart du temps habillés. Se vêtir est une alchimie faite de goût, de circonstances, d’environnement. Le rapport du sujet à la nudité n’est pas sans évoquer sa propre intériorité qu’aucun vêtement ne saurait durablement cacher, mais qui se révèle sous tous les climats dans la vie partagée. Petit bréviaire subjectif sur les relativités du vêtement, tout au long d’une vie.

Habiller le corps handicapé. L'exemple d'Habicap
La couture est un des plus vieux métier du monde : l’habit raconte notre histoire et celle de notre vieux monde. Il n’a cessé d’accompagner nos quotidiens, comme une seconde peau. Aujourd’hui, le corps standardisé par une industrie textile de masse et planétaire impose ses normes physiques et vestimentaires. Comme on ne coud plus au sein des familles, il est devenu très difficile pour certains de s’habiller. C’est l’objectif que s’est fixé Habicap : redonner d’ autonomie à des personnes physiquement contraintes et les accompagner au mieux dans leurs quotidiens.

Des bédouines en Jordanie. Vie tribale et identités
Montrer et cacher : l’anthropologie des échanges par le regard devrait s’enrichir de la connaissance des codes de l’apparence vestimentaire et de son rôle dans les communautés bédouines en Jordanie aujourd’hui. L’organisation tribale s’appuie sur l’esthétique, et elle tient par une floraison du sensible, et son partage, sous conditions. Couleurs, motifs, volumes de l’habit, mouvements et gestes concourent à reproduire un certain type d’échanges pour la fécondité du groupe, sa cohésion. Vêtements et parures des femmes montrent les limites entre le domaine réservé et ce qui est montré, qui n’est pas Haram. Né et déployé dans des espaces naturels vierges immenses et dans des cités, l’artifice est l’architecture, le maquillage de la part intime, qui procure distance et pouvoir.

Lire aussi : GIRAUD F., Le rôle du vêtement dans la construction des identités sexuées dans la classe supérieure, Mémoire, 2006 [en vente]
Quentin Bell dans Mode et société : essai sur la sociologie du vêtement nous rappelle que « dans presque toute société, les vêtements indiquent le sexe de celui qui les porte, et distribuent les hommes et les femmes dans des catégories différentes. ». Le vêtement est en effet différencié selon les sexes, tant dans les matières utilisées pour la confection, que dans les coupes, les couleurs...
Si le corps est porteur de l'identité sexuée, comme nous le rappelle C. Detrez dans La construction sociale du corps, il ne faut pas oublier que les soi-disant évidences biologiques ne le sont pas tout à fait. L'identité sexuée ne se résume pas « à un assemblage de chromosomes ou à une énumération de différences anatomiques » (C. Detrez, op cit). L'adéquation entre le sexe et le genre n'est pas automatique, l'identité sexuée est le produit d'un processus de « sexuation ». La société entre pour une large part dans les différences existant entre les hommes et les femmes, façonnant leurs modes d'être, leurs goûts...
C'est précisément parce l'identité sexuée n'est pas innée, mais est le résultat d'un apprentissage que nous intéresserons plus particulièrement aux processus par lesquels les individus incorporent et s'approprient cette identité sexuée.
Le vêtement peut être, comme l'est le jouet , une occasion privilégiée pour observer les processus de socialisation sexuée. Le vêtement est en effet une des premières images qui, dans le quotidien, nous est donnée du sexe des individus. Il semble que le vêtement est un révélateur des représentations que la société se fait de ce que « doivent être » un homme et une femme, dans ce domaine sont rappelées sans cesse les convenances à respecter, les attentes collectives.
Ce qui est donc intéressant dans le vêtement, c'est le poids des contraintes sociales contraignant le choix des vêtements. A la différence du monde des jouets où les parents peuvent ou non respecter dans leur choix les destinations de sexe, dans le domaine des vêtements, cette question ne se pose pas. Le vêtement n'est pas questionné comme pouvant être autre pour chacun des deux sexes. Pour beaucoup, c'est un donné de la société que les filles portent des jupes et des robes ainsi que des pantalons, tandis que les garçons portent uniquement des pantalons, de même au niveau des couleurs, les gens prennent pour acquis que le rose soit une couleur de fille. Ce sont ces idées que nous avons voulu interroger dans ce projet.
Le vêtement est un indicateur très significatif des représentations et des apprentissages sexués, il est un révélateur de la socialisation sexuée au sein de la famille, et plus largement dans toute la société. Il s'agira donc d'étudier comment le vêtement peut être un indicateur significatif des représentations et apprentissages sexués des enfants dans leur famille.
Mais par ailleurs nous nous plaçons dans un milieu social particulier les classes supérieures. Ceci amène une détermination supplémentaire par rapport au choix du vêtement et de son rôle vis à vis de la construction de l'identité sexuée. En effet, dans tous les milieux sociaux, l'image de la femme et de l'homme sont différentes.
La condition de la femme diffère suivant les milieux sociaux, selon qu'elle doit ou non travailler, selon le type de travail, selon qu'elle a ou non une femme de ménage. Historiquement les différences étaient très importantes entre l'ouvrière, dont l'archétype peut être représentée par Gervaise Macquart dans L'assommoir de Zola et la bourgeoise. A chaque milieu social est associé une image de la femme.
Le poids des contraintes économiques et sociales jouant, dans deux milieux sociaux différents, le rôle du vêtement dans la construction de la personnalité sera sensiblement différent.
Nous nous sommes à dessein concentrés sur un milieu où les personnes peuvent s'offrir des toilettes, faire attention à elles. Dans le milieu des classes supérieures, le vêtement revêt une importance bien plus grande que dans tous les autres milieux sociaux. Dans La Distinction, Bourdieu oppose l'usage « réaliste » et fonctionnaliste, que font les classes populaires du vêtement à l'usage qu'en font les classes dominantes qui sont attentives au paraître. Le vêtement n'a pas, dans ces milieux, pour fonction première une fonction protectrice, il permet de reconnaître socialement les individus.
Nous partons donc de trois idées essentielles :
•Le vêtement a une influence sur la représentation des identités sexuées.
•Le vêtement est un indicateur de l'appartenance de classe.
•Les représentations des genres, des identités sexuées sont différentes suivant les milieux sociaux.
Il s'agira donc d'étudier en quoi le vêtement est un indicateur des représentations et des apprentissages différenciés selon les sexes Mais plus précisément, on se demande donc en quoi le vêtement peut être un indicateur des représentations de l'homme et de la femme dans les classes supérieures
Qu'est-ce que le vêtement révèle de la construction différenciée selon les sexes des rôles de genre dans les classes supérieures ?
On essaiera ici de saisir les variations individuelles de l'habitus vestimentaire des classes supérieures.

Temps et espaces en Palestine


HEACOCK Roger (sous la direction de), Temps et espaces en Palestine, Institut français du Proche-Orient, 2008 [Texte intégral en ligne]
Cet ouvrage est une recherche collective diverse et dynamique, qui analyse les données symboliques, discursives, archivales, orales et archéologiques de la formation sociale palestinienne à travers le temps et les lieux. Il comprend des chapitres en français (certains traduits de l’arabe) et d’autres en anglais. Ses auteurs, qui comptent des autorités reconnues mondialement ainsi que de jeunes spécialistes des territoires occupés, ont ceci en commun qu’ils soumettent les paradigmes reçus à une critique issue de la lecture/relecture des données, à la lumière des avancées théoriques contemporaines. Les textes ont été rassemblés par Roger Heacock, professeur d’histoire à l’université de Birzeit, auteur de Towards a New Tricontinental? Shifting Perspectives and Realities in the International System (Birzeit, Institut Ibrahim Abu-Lughod), de la série «Internationaliste en Palestine» et de Ma zilna huna : nous sommes toujours là (Confluences-Méditerranée).


ABU-SADA Caroline, ONG palestiniennes et construction étatique, Institut français du Proche-Orient, 2007 [Texte intégral en ligne]
Avec la reconfiguration territoriale et la mise en place de l’Autorité palestinienne qui ont suivi les accords d’Oslo, puis les bouleversements liés à la seconde Intifada, les orientations et les priorités des ONG palestiniennes ont évidemment évolué, notamment pour celles qui ont un lien avec l’enjeu du « retour à la terre ».

PARC, ONG de développement agricole créée il y a plus de vingt ans, reste officiellement rattachée au Parti du peuple palestinien (ex-Parti communiste palestinien), dont elle est issue ; elle s’est professionnalisée et a considérablement étendu son maillage sur la population palestinienne. Elle est reconnue par les bailleurs de fonds internationaux, et son budget dépasse largement celui du ministère de l’Agriculture palestinien. Entre complémentarité et concurrence, comment s’articulent ses relations avec l’Autorité palestinienne ? Quelles sont ses stratégies pour maintenir sa légitimité auprès de la population, mais aussi des bailleurs de fonds ? Ce livre décrit minutieusement les interactions, les rapports de forces et les enjeux de pouvoir qui se créent entre ces divers acteurs.

Le cas palestinien s’avère tout à fait spécifique pour ce qui est de la définition du gouvernemental et du non-gouvernemental ; mais cette spécificité même en fait une sorte de laboratoire des rapports entre le secteur associatif et un État en devenir. Avec l’essor des ONG dans les pays du Sud et la valorisation actuelle de la notion de société civile, les ONG sont devenues un objet de recherche majeur. Cette profusion d’études offre parfois d’excellents outils théoriques, dont cet ouvrage tire le meilleur parti, tandis que certaines analyses ne résistent pas à l’épreuve du terrain palestinien…

Lire aussi :
• Dossier Résistance à la colonisation de la Palestine
• Bibliographie Palestine/Israël

4 juillet 2009

Le PCF et la question algérienne

Le 15 février 1958, la Fédération de France du FLN publiait un document intitulé Le PCF et la Révolution algérienne. On y trouvait une très violente dénonciation de la politique algérienne du Parti communiste français, accusé de n’avoir pas eu le comportement conforme aux principes dont il se réclame : internationalisme et soutien inconditionnel de la lutte anti-impérialiste des peuples coloniaux. Citant les textes officiels du Parti, la Fédération de France du FLN faisait observer qu’en 1956 encore - c’est-à-dire deux ans après le déclenchement de l’insurrection nationale en Algérie - le PC continuait à demander le maintien de l’Algérie dans l’Union française et se prononçait contre l’union de l’Algérie avec la Tunisie et le Maroc indépendants au sein d’un Maghreb arabe [1]. Le PC prenait ainsi, dans les faits, position contre le mot d’ordre au nom duquel le mouvement national algérien avait engagé la lutte armée contre le système colonial français : l’indépendance.

Quelles pouvaient être les raisons d’une attitude si ouvertement contraire aux principes léninistes dont se réclame le Parti ? Suivant le FLN, il s’agirait, non pas tant d’une absence de fermeté idéologique, de cet esprit d’opportunisme et de recul qui fait céder à la pression de l’adversaire, mais bien plutôt d’une ligne politique délibérée, appliquée, dès la Libération, de façon conséquente : l’ennemi principal étant l’impérialisme américain, le PC se donnait comme objectif stratégique essentiel de rassembler contre cet impérialisme tous ceux qui, suivant la formule du secrétaire général du parti, n’acceptaient pas de voir la France « réduite au rang de puissance secondaire » [2] ; il cherchait à réaliser un large front anti-américain englobant tous les Français, des divers partis, « toutes les couches patriotes de la nation qui veulent reconquérir l’indépendance et la souveraineté nationales » [3].
Dans cette perspective, la révolte des peuples coloniaux opprimés par la France et leur tentative de libération devaient être considérées par la direction du PC avec une certaine réserve, pour ne pas dire avec une certaine méfiance. En effet, elles ouvraient un nouveau champ d’action aux entreprises de l’impérialisme américain ; elles ruinaient d’autre part toute la stratégie du PC en faisant éclater cette alliance systématiquement recherchée avec les éléments nationalistes de la bourgeoisie française pour qui la lutte aux côtés des communistes pour une politique plus indépendante à l’égard des États-Unis signifiait d’abord et avant tout, comme il est apparu dans la bataille contre la CED (Communauté européenne de défense) [4], la défense de l’empire colonial français contre une éventuelle mainmise américaine.
Ainsi, au moment même où s’amorçait la crise dans tout l’Empire français, dernier empire colonial de type traditionnel, alors que la France s’engageait dans une chaîne ininterrompue d’actions répressives et de guerres coloniales, le parti le plus représentatif de la classe ouvrière française aurait choisi pour axe central de sa lutte, non le combat contre son propre impérialisme, mais la bataille contre un impérialisme étranger menaçant les « intérêts nationaux » du pays. La logique de cette stratégie, accordant toujours à ce qui pouvait renforcer l’indépendance française à l’égard des États-Unis la priorité absolue sur la lutte des colonies pour l’indépendance à l’égard de la France, aurait conduit le PC, dans l’affaire algérienne, sur des positions finalement plus proches de celles de la bourgeoisie française que de celles du peuple algérien en guerre pour la reconnaissance de son droit à l’existence nationale. « Le caractère premier de l’attitude du PCF quant à la question coloniale, affirmait le document de la Fédération de France du FLN, est de clamer que l’intérêt des peuples opprimés est de rester unis à la métropole. » « Le droit au divorce n’entraîne pas l’obligation de divorcer », écrit M. Thorez qui conclut à la nécessité de l’union. Cette manière de voir traduit la sous-estimation, sinon le mépris des mouvements de libération dans les colonies, et l’intention de faire d’eux une force d’appoint des mouvements français.
Avant-guerre l’union était nécessaire en Afrique du Nord à cause des « prétentions franquistes ou italiennes ». Aujourd’hui elle l’est à cause des « prétentions de l’impérialisme américain ». En 1945, en Syrie et au Liban, c’était l’impérialisme anglo-saxon qui justifiait les critiques contre le mouvement de libération. Si les contradictions entre l’impérialisme français et ses prétendus concurrents se résolvent toujours par la supériorité pour les peuples coloniaux de l’impérialisme français, alors le droit au divorce disparaît car ces contradictions ne disparaîtront qu’avec l’impérialisme colonisateur. Cela revient en fait à refuser aux colonies le droit à la séparation, donc à l’autodétermination. » Le texte ajoutait : « Cette orientation dont l’aspect chauvin et cocardier n’échappe à personne fait appel à des notions équivoques et confuses telles que "grandeur française, intérêts légitimes de la France". »
Et la Fédération de France du FLN concluait que « le décalage entre les principes théoriques dont prétend s’inspirer le PC et son comportement réel dans l’affaire algérienne, vient de ce que le PCF assume purement et simplement la politique des blocs. Le PCF n’hésite pas et n’a jamais hésité à se transformer en force d’appoint des milieux colonialistes ou néocolonialistes quand ils sont d’accord avec lui pour un regroupement parlementaire sur certains objectifs de politique extérieure ».

Quelle est la portée de ces accusations lancées par les représentants de la révolution algérienne contre les représentants du prolétariat révolutionnaire français ? Expriment-elles seulement cette défiance à l’égard des colonisateurs que fait naître chez les colonisés une oppression séculaire, et qui, de façon bien compréhensible, finit, comme le note Lénine [5], par s’étendre à la nation colonisatrice tout entière, y compris son prolétariat ? Trouvent-elles au contraire leur fondement dans les insuffisances ou les fautes réelles du PCF ? Il n’est pas possible à un communiste de ne pas affronter clairement ce problème qui, par-delà la France, intéresse tout l’avenir du mouvement ouvrier dans ses rapports avec le mouvement d’émancipation des peuples coloniaux.

Le document FLN

Le document du FLN prétend, selon ses propres termes, apporter « plus une mise au point qu’une critique négative ou passionnelle du PCF ». À cet égard, il appelle certaines remarques préalables. S’il est bien exact qu’en 1956 encore le PC restait attaché à la formule d’une « véritable union française », à la date où le texte du FLN a été publié (février 1958) le Parti avait renoncé à ce mot d’ordre. Depuis 1957, il se prononçait clairement pour le droit à l’indépendance de l’Algérie ; en avril de la même année, par la bouche de son secrétaire général, il avait enfin abandonné la définition de l’Algérie comme « nation en formation », lancée par Maurice Thorez en 1939, formule qui n’a jamais sans doute exactement correspondu à la réalité algérienne [6], mais qui, avec les progrès de l’idée d’indépendance dans les masses musulmanes après la guerre, s’en éloignait chaque jour davantage, et avait pris, dès avant 1954, une signification ouvertement démobilisatrice [7]. À partir d’avril 1957, la formule « nation en formation », que le Parti, quelques semaines auparavant, affirmait encore valable pour le présent et pour l’avenir, était rejetée et remplacée par l’expression « nation forgée dans les combats » qui, contrairement à la première, justifiait le droit de l’Algérie à l’état de nation indépendante. Certes, ces rectifications de la politique algérienne du Parti n’ont pas été explicitées ; elles ne se sont pas appuyées sur une réflexion critique à l’égard du passé. La reconnaissance et la dénonciation des erreurs commises étaient sans doute la condition nécessaire pour que la nouvelle orientation pût offrir à la fois les garanties de sérieux sur le plan théorique et d’efficacité sur le plan de l’action. Cependant, la Fédération de France du FLN ne pouvait ignorer ces changements. Son document aurait gagné à ne pas les passer sous silence et à en tenir compte dans l’expression de ses critiques.

Est-ce à dire que les communistes français doivent, comme Léon Feix, proclamer, face aux griefs du FLN : « Nous ne nous sentons pas coupables », et mettre en cause les préjugés politiques ou religieux, l’orientation nationaliste des chefs de l’insurrection algérienne ? Ce serait accepter les affirmations du même Léon Feix qui, justifiant toute la politique algérienne du Parti depuis la Libération, écrit que celui-ci s’est battu sur les positions marxistes-léninistes, qu’il n’a jamais dévié de cette ligne juste, jamais glissé sur des positions chauvines, jamais considéré « l’indépendance de l’Algérie comme inévitable plutôt que comme souhaitable » [8]. Ces affirmations sont en contradiction flagrante avec les faits. Si le Parti a tant tardé à reconnaître de façon explicite le droit de l’Algérie à l’indépendance, s’il s’est si longtemps accroché à des formules qui impliquaient la négation ou la limitation de ce droit, c’est que pendant une longue période il avait été en réalité hostile à l’indépendance de l’Algérie et s’était trouvé sur ce point en conflit avec les mouvements nationalistes algériens. Si, comme nous allons le voir, il s’est montré pour le moins réservé à l’égard de l’insurrection de 1954, c’est qu’elle était orientée dans le sens d’une indépendance qui s’opposait aux solutions qu’il souhaitait alors. Au reste, ces désaccords avec le mouvement national algérien et le refus d’envisager une solution d’indépendance s’exprimaient ouvertement dans la littérature du Parti. Rappelons l’article de Léon Feix, précisément, dans les Cahiers du communisme de septembre 1947. L’indépendance de l’Algérie n’y est pas considérée comme souhaitable, ni même comme inévitable : elle est présentée comme une solution fausse, une thèse condamnable, que les communistes doivent rejeter : « La thèse de l’indépendance immédiate de l’Algérie, préconisée par le Parti du Peuple algérien (PPA) conduirait aux pires déboires. La situation actuelle de l’Algérie, pays colonial dont l’économie a été volontairement maintenue dans un état arriéré, le ferait passer immédiatement sous la coupe des trusts américains. » Et plus loin : « Les communistes ne sauraient soutenir la fraction du mouvement national algérien qui préconise pour ce pays l’indépendance immédiate, car cette revendication ne sert pas les intérêts de l’Algérie et de la France. »

La façon dont cette orientation « théorique » se traduisait dans le comportement politique du Parti explique sans doute les raisons profondes de la défiance des nationalistes algériens à l’égard du PCF. Pour le montrer, nous rappellerons ce que fut l’attitude du Parti lors des événements de mai-juin 1945, qui firent dans le Constantinois 30 000 à 40 000 morts musulmans. C’est au cours de cette période que le Parti communiste algérien, dans son Essai sur la Nation algérienne, fait naître la prise de conscience nationale définitive du peuple algérien. Il écrit : « Après le débarquement des troupes alliées en 1942, l’essor du mouvement national s’est concrétisé en particulier par l’immense mouvement des Amis du Manifeste et de la Liberté (AML). Les épreuves communes de mai-juin 1945 ont renforcé la cohésion nationale des Algériens. » Et un peu plus loin il note que les massacres de 1945 dans le Constantinois, en consacrant pour les masses l’impossibilité de faire foi désormais aux promesses de la France, ont achevé de faire de l’Algérie une nation consciente d’elle-même. Telle est l’appréciation que porte aujourd’hui sur ces événements le Parti communiste algérien. Voyons ce que fut alors, en face d’eux, le comportement du PCF. Prenons la collection de L’Humanité de mai 1945. On est en pleine euphorie de la victoire.

Pour les Français, la victoire sur le nazisme signifiait la libération du territoire, les libertés retrouvées, d’importantes conquêtes sociales, un gouvernement où siégeaient des représentants de la classe ouvrière. Pour les musulmans d’Algérie, dans un état de misère et de famine épouvantables, elle allait représenter tout autre chose. Une page de l’histoire était tournée ; une autre commençait, où devait s’écrire la grande lutte des peuples coloniaux pour leur liberté. Le 12 mai, L’Humanité annonce des troubles en Algérie, spécialement à Sétif ; elle signale « le rôle de quelques éléments provocateurs au sein de la population algérienne [...] ; la population affamée a été poussée à des violences par des provocateurs bien connus de l’administration. » Le 13, un communiqué du gouverneur général de l’Algérie met en cause « des éléments d’inspiration et de méthodes hitlériennes ». Regrettant que toute la responsabilité soit rejetée sur les musulmans, l’organe central du PC commente : « Qu’il y ait, parmi eux, quelques hitlériens, c’est d’autant plus évident que le chef pseudo-nationaliste Bourguiba était en Allemagne au moment de la capitulation hitlérienne et vient d’arriver dans un pays d’Afrique du Nord. » Le 15, L’Humanité réitère : « Les agents provocateurs sont parfaitement connus de l’administration algérienne » Le 16, une note du ministère de l’Intérieur, reproduite dans la presse, rejette la responsabilité des événements sur le PPA et sur l’AML. L’Humanité commente : « Le communiqué accuse les Amis du Manifeste d’avoir poussé à la révolte. En supposant qu’il y ait du vrai dans cette affirmation, pourquoi donc le gouvernement général a-t-il autorisé la parution du journal de cette organisation (Égalité) dont nous possédons le numéro du 4 mai ? Le directeur des affaires indigènes tient donc à ce qu’on fasse appel à la révolte. » Le 19 mai, L’Humanité prend la défense des musulmans, du moins de ceux des campagnes, en ces termes : « Les musulmans des campagnes [...] n’ont pas pris la moindre part aux agissements d’une poignée de tueurs à gages dont les chefs sont connus comme mouchards. » Et elle indique la solution : « Ce qu’il faut, c’est punir comme ils le méritent les tueurs hitlériens ayant participé aux événements du 8 mai et les chefs pseudo-nationalistes qui ont sciemment essayé de tromper les masses musulmanes, faisant ainsi le jeu des 100 seigneurs dans leur tentative de rupture entre les populations algériennes et le peuple de France. » Le 20 mai, le comité central du PCF, réuni en session extraordinaire, s’adresse au Parti communiste algérien. Selon lui, les événements montrent que « les provocations des 100 seigneurs de la terre, des mines et de la banque, disposant d’agents directs ou inconscients dans certains milieux musulmans qui se prétendent nationalistes, ont pu être déjouées partout où le PC algérien possède des organisations puissantes. Le PC algérien remplit ainsi sa grande tâche de rassembler les populations algériennes sans distinction de race ni de religion dans la lutte contre les traîtres et les diviseurs et dans une alliance étroite avec le peuple de France contre l’ennemi commun, le fascisme. »

Le 29 mai, L’Humanité signale l’assassinat par la police du camarade Ladjali Mohamed Saïd secrétaire de la section communiste de la Casbah d’Alger. Elle ajoute que, ce camarade « ayant été trouvé porteur de documents importants des Amis du Manifeste, organisation pseudo-nationaliste dont les tueurs ont participé aux événements de Sétif et d’ailleurs », il ne peut s’agir que d’une pure provocation.

Le 31 mai, sous le titre « Arrestations en Afrique du Nord », elle écrit : « On apprend l’arrestation après les événements du département de Constantine, de Ferhat Abbas, conseiller général, président du comité des Amis du Manifeste. Une mesure identique a été prise à l’égard du Dr Saadane, membre du comité directeur de la même organisation. Il est bien que des mesures soient prises contre des dirigeants de cette association pseudo-nationaliste dont les membres ont participé aux tragiques incidents de Sétif. Mais il reste beaucoup à faire. »

Syrie et Liban

À la même date, en première page, L’Humanité annonçait d’autres troubles, en un autre point de l’empire colonial français : à Damas. Là, les événements allaient, quelques jours plus tard, conduire à l’indépendance de la Syrie et du Liban. Quelle interprétation l’organe central du Parti communiste donnait-il des premiers craquements ébranlant les bases du colonialisme français dans le Proche-Orient ? Rapportant les dépêches d’agence signalant que, le mardi 29 mai 1945, la gendarmerie syrienne et la population avaient attaqué la garnison française, L’Humanité proposait à la classe ouvrière française l’explication suivante : « Des informations concordantes émanant de diverses sources permettent d’affirmer que des éléments doriotistes agissant dans divers milieux et de divers côtés ont joué un rôle particulièrement important dans ces regrettables événements. » Est-ce pour ce type d’analyse que Léon Feix revendique le mérite de la fidélité au marxisme-léninisme ? La question peut être posée, car la direction du Parti ne fera pas preuve de beaucoup plus d’imagination, en 1954, devant le déclenchement de l’insurrection algérienne. [...] Tout naturellement, L’Humanité se réfère pour en informer ses lecteurs aux événements de 1945. Sous le titre : « Graves événements en Algérie », et en énumérant les nombreuses actions armées qui montrent qu’il s’agit d’une insurrection militaire organisée, elle écrit : « On se souvient qu’en 1945 les provocations colonialistes aboutirent dans cette région à des massacres faisant plusieurs dizaines de milliers de victimes algériennes. » Le 3 novembre, elle reproduit une déclaration du Bureau politique du Parti communiste algérien demandant « la recherche d’une solution démocratique qui respecterait les intérêts de tous les habitants de l’Algérie sans distinction de race ni de religion et qui tiendrait compte des intérêts de la France ». Le même jour, le MTLD (Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques) de Messali Hadj demandait, lui, pour les Algériens, « le droit à disposer d’eux-mêmes conformément à la Charte de l’ONU. » Le 5, la dissolution du MTLD est prononcée par le gouvernement. Le 9, L’Humanité publie une déclaration du PCF sur les événements d’Algérie : « En de telles circonstances, fidèle à l’enseignement de Lénine, le Parti communiste français, qui ne saurait approuver le recours à des actes individuels susceptibles de faire le jeu des pires colonialistes, si même ils n’étaient pas fomentés par eux, assure le peuple algérien de la solidarité de la classe ouvrière française dans sa lutte de masse contre la répression et pour la défense de ses droits. » On voit que, depuis la Libération, le Parti n’a pas manqué de continuité dans l’interprétation très particulière qu’il a donnée du léninisme dans les questions coloniales ! Mais il faut citer la suite. Le congrès d’Ivry ayant fixé la question déterminante pour toute la politique française jusqu’au congrès suivant, il fallait bien faire entrer l’insurrection algérienne dans le cadre préfabriqué des résolutions alors adoptées ; peut-être aussi avait-on l’espoir que la vertu des mots et des formules suffirait à préserver une alliance déjà condamnée avec ces éléments de la bourgeoisie nationaliste avec lesquels on avait lutté contre le réarmement allemand. La déclaration du Parti continue donc imperturbablement : « Les travailleurs s’opposeront d’autant plus vigoureusement à la politique férocement colonialiste pratiquée en Algérie et dans toute l’Afrique du Nord qu’elle est étroitement liée à la politique de réarmement du militarisme allemand. Elle tend à faciliter l’implantation de l’impérialisme germanique sur le sol africain [...]. »

Tels sont quelques éléments du dossier concernant les critiques adressées par la Fédération de France du FLN au PCF. On jugera s’ils permettent aux dirigeants du Parti de considérer qu’ils ont la conscience tout à fait tranquille.

Jean-Pierre Vernant
1959
Vacarme
Lire aussi :
• Bibliographie Colonialisme, Monde en Question.
• Bibliographie Racisme, Monde en Question.

[1] La même année, L. Feix écrit dans les Cahiers du communisme : « Certains dirigeants nationalistes préconisent la fusion des trois pays au sein d’un Maghreb arabe ou musulman, depuis le Maroc jusqu’au Pakistan [...]. Il est naturel que les Algériens, les Tunisiens, les Marocains éprouvent les uns pour les autres des sentiments fraternels [...]. Mais cela ne justifie pas une communauté politique contre laquelle jouent tant d’éléments historiques, géographiques, économiques et autres. Une autre voie est possible, ou mieux, encore possible, pour les peuples de l’Afrique du Nord : la voie de l’Union française. »
[2] L’Humanité, 18 février 1954. Tout l’article est dans le style suivant : « Les propos sur la prétendue impuissance française visent à affaiblir le sentiment national, la fierté nationale de notre peuple, à pervertir l’âme de nos jeunes gens dont on veut faire les esclaves dociles des milliardaires américains. » À ce jeu, ce n’est jamais Thorez, c’est de Gaulle qui gagne.
[3] « Thèses pour le XIle congrès », L’Humanité, 21 avril 1954.
[4] Les Soustelle, les Debré et autres gaullistes alors au pouvoir avec lesquels le Parti avait mené la campagne contre la CED ne cachaient pas les raisons de leur hostilité au projet d’armée européenne : seule une armée française autonome pouvait permettre d’intervenir librement en cas de troubles dans les colonies. L’Humanité du 18 février 1954 écrivait : « Il faut faire échec aux néfastes accords de Bonn et de Paris qui consacreraient la renaissance du militarisme allemand et la fin de l’armée nationale française. » C’est le second aspect qui intéressait d’abord les gaullistes.
[5] Lénine, Thèses sur les questions nationale et coloniale.
[6] Comme le montre le document du FLN, p. 6-8, et comme il ressort aussi, malgré les précautions de forme, de l’étude publiée par le Parti communiste algérien sous le titre Essai sur la Nation algérienne (juillet 1958).
[7] Le Parti communiste algérien situe entre les années 1942-1945 ce qu’il appelle la naissance de la nation algérienne. Cette naissance n’ayant été reconnue par le PCF, avec les conséquences qui en découlent, qu’en avril 1957, le Parti, qui prétend avoir toujours raison le premier et trop tôt, n’a donc eu que douze à quinze ans de retard sur la question qui devait se révéler déterminante pour toute la politique française.
[8] Réponse de Léon Feix à la résolution de la cellule Sorbonne-Lettres (voir infra, p 553-565 reprochant à la direction du Parti d’avoir marqué un très grave retard à porter ces problèmes devant les masses et considéré l’indépendance de l’Algérie comme inévitable plutôt que comme souhaitable. Léon Feix rejeta en bloc toutes ces critiques (France nouvelle, 22 janvier 1959).

Qui arme Israël et le Hamas ?

Patrice BOUVERET, Pascal FENAUX, Caroline PAILHE, Cédric POITEVIN, Qui arme Israël et le Hamas ? - La paix pass(é)e par les armes ?,
Groupe de Recherche et d'Information sur la Paix, 2009


« La guerre la plus brutale qu’Israël ait jamais entreprise ». C’est ce qu’écrivait le 20 janvier 2009 le quotidien israélien Ha'aretz au lendemain de l’opération Plomb durci.

Après cette « guerre de Gaza », bien des questions se posent. D’où viennent ces armes qui offrent à l’Etat hébreu son écrasante supériorité militaire ? Pourquoi un tel recours à la force ? Qu’en est-il du respect des lois de la guerre ?

Le présent ouvrage cible les questions militaires et humanitaires - au-delà des événements de Gaza - et tout particulièrement la problématique des transferts d’armements vers Israël.
Premier fournisseur : les Etats-Unis dont l’incommensurable aide militaire est inscrite dans des accords solides.
Suit l’Union européenne qui reste une source d’approvisionnement secondaire - avec la France en numéro un et la Belgique en quatrième place - mais dont la signification politique ne peut être éludée.
Il évoque également les armes du Hamas, artisanales pour la plupart, dont l’utilisation indiscriminée contre des populations civiles israéliennes est à la fois condamnable et contre-productive.

Le livre explore ensuite les origines de ce qu’on est bien obligé de nommer la « violence d’Etat » israélienne. Et d’expliquer qu’une certaine culture de la forteresse assiégée a fini par produire une société convaincue de sa vulnérabilité face à un environnement hostile et donc du bien-fondé de ses guerres.

Viennent enfin plusieurs rapports d’organisations internationales (Amnesty International, Human Rights Watch, Comité international de la Croix-Rouge) qui jugent sévèrement les pratiques de Tsahal, et aussi celles du Hamas.

Lire aussi :
• Qui participe au massacre des libanais et des palestiniens ?, Loubnan ya Loubnan
• Bibliographie Palestine/Israël

3 juillet 2009

Racisme de l'État d'Israël

Ariel Attias, le ministre israélien de l'habitat, a déclaré que "les Juifs et les Arabes ne peuvent pas vivre ensemble", rapporte vendredi le Jerusalem Post. Ariel Attias a évoqué le danger de "perdre la Galilée" si la population arabe-israélienne continue de "s'étendre" dans le nord. "Les Arabes n'ont pas d'endroit où vivre, alors ils achètent des appartement dans des quartiers juifs, ce qui cause des tensions", affirme le ministre.

Le JDD

Commentaires : L'État d'Israël possède 93% des terres à l'intérieur de la ligne verte, seule frontière internationalement reconnue. Ces terres, volées aux Palestiniens en 1948, ne peuvent être achetées par les Palestiniens citoyens de l'État d'Israël.
Lire : DIECKHOFF Alain (sous la direction de), L'État d'Israël, Fayard, 2008.

Sarkozy a raison : Lieberman doit partir

La demande du président français Nicolas Sarkozy au Premier ministre Benjamin Netanyahu de remplacer Avigdor Lieberman, ministre des Affaires étrangères, met à jour une triste vérité. À l'heure actuelle, Israël n'a pas un vrai ministre des Affaires étrangères. La communauté internationale refuse de parler à un homme politique qui est considéré comme raciste, suite à la campagne menée par son parti Israel Beytenou, contre les citoyens arabes au cours de la récente campagne électorale à la Knesset. Il n'y pas d'autre manière d'interpréter la comparaison de Sarkozy entre Lieberman et Jean-Marie Le Pen politicien français d'extrême-droite.

Les réactions de colère du ministère des Affaires étrangères après le commentaire de Sarkozy, diffusé lundi sur la chaîne 2 en Israël, à savoir qu'il s'était ingéré dans les affaires intérieures d'Israël, ne sont pas pertinentes.

La France n'a pas imposer un boycott officiel de Lieberman, Sarkozy ne l'a pas non plus condamné publiquement - il a seulement transmis un message à Netanyahou en privé. Il est donc difficile de soutenir que Sarkozy s'est comporté d'une manière peu diplomatique.

Il est plus important de se concentrer sur l'essentiel, sur les dommages en cours des intérêts diplomatiques d'Israël résultant du mandat de Lieberman au ministère des Affaires étrangères. Sarkozy n'était pas le premier à exprimer son insatisfaction avec le fait que le chef d'Israel Beytenou soit élevé au sommet de la diplomatie d'Israël.

Les pays arabes refusent de parler avec Lieberman en raison de ses menaces et de ses propos grossiers sur le passé de l'Egypte et de son président.

Lorsque Lieberman a été invité récemment à Washington, l'administration américaine a exprimé son mécontentement en lui préférant le ministre de la Défense Ehud Barak, qui a été invité à rencontrer le président Barack Obama. Les prédécesseurs de Lieberman au ministère des Affaires étrangères, Tzipi Livni (Kadima) et Silvan Shalom (Likoud), ont également été invités à des réunions avec le président au cours de leurs visites à Washington. Mais pas lui.

La bizarre tentative de Lieberman d'offrir une alternative politique diplomatique, dont la principale caractéristique est le renforcement de la coopération stratégique avec la Russie comme contrepoids à l'administration Obama, s'est effondré dès le début. Avant d'inviter Lieberman à Moscou, les Russes ont envoyé leur ministre des Affaires étrangères à une réunion avec le chef du Hamas Khaled Meshal.

À la lumière de la situation internationale complexe à la veille de la reprise des négociations avec les Palestiniens et peut-être aussi avec la Syrie, Israël a besoin de tout le soutien de la communauté internationale. Il est impératif de remplacer Lieberman par un autre ministre des Affaires étrangères, qui bénéficiera d'une politique d'ouverture dans les capitales du monde.

01/07/2009
Ha'aretz
Traduction de Serge LEFORT

Palestine, Rien ne nous manque ici

Adila LAÏDI-HANIEH (sous la direction de), Palestine, Rien ne nous manque ici, Revue Ah !, 2008


Palestine rien ne nous manque ici, ou La banalité combative : Où l'humour, l'autocritique, la mémoire, la découverte d'identités multiples, la résistance individualiste, entêtée, inscrite dans une pratique quotidienne de liberté sont les nouvelles armes d'un exercice quotidien en dignité. Ce livre est le premier à penser une Palestine contemporaine de manière introspective, multidisciplinaire et critique, telle que vécue et perçue par des artistes et intellectuels Palestiniens et non Palestiniens internationalement confirmés et émergents, a travers des textes en majorité inédits - dont trois nouveaux textes de Mahmoud Darwich.

Lire aussi :
• Adila Laïdi Hanieh première invitée, El Watan
• Dossier Résistance à la colonisation de la Palestine
• Bibliographie Palestine/Israël

Amnesty International accuse Israël de crimes de guerre à Gaza


Les forces israéliennes ont tué des centaines de civils palestiniens et détruit des milliers de maisons de la Bande de Gaza dans des actes qu'Amnesty International assimile à des crimes de guerre dans le premier rapport détaillé publié jeudi de l'organisation de défense des droits de l'homme sur le conflit de janvier dernier.

Amnesty avait exhorté l'Etat hébreu à s'engager publiquement à ne pas faire usage de son artillerie ou encore de projectiles au phosphore blanc sur les secteurs à forte densité de population. Amnesty avait également demandé aux dirigeants du Hamas d'ordonner l'arrêt des tirs de roquettes sur les civils israéliens, attaques que l'organisation qualifie également de crimes de guerre.

Amnesty -qui avait accusé Israël de crimes de guerre dès la fin du conflit le 18 janvier dernier- souligne qu'il reste des "questions perturbantes" notamment de celle de savoir pourquoi les armes de précision utilisées par Tsahal telles que des obus de char ou encore des missiles ont "tué autant d'enfants et d'autres civils".

Amnesty accuse également Tsahal d'avoir utilisé des armes au phosphore, de s'être servi de Palestiniens comme "boucliers humains" et d'avoir fréquemment empêcher des civils de recevoir des soins et de l'aide humanitaire.

Le mode des attaques israéliennes et le nombre élevé de pertes civiles "indiquent un comportement dangereux, un mépris pour la vie des civils et leurs biens et une incapacité permanente pour distinguer les cibles militaires des populations civiles", accuse notamment Amnesty International.

Selon les responsables sanitaires à Gaza et les organisations de défense de droits de l'homme, plus de 1.400 Palestiniens dont plus de 900 civils ont été tués au cours des trois semaines de l'offensive israélienne "Plomb durci". Israël fait état d'un bilan plus proche de 1.100 morts et affirme que l'immense majorité de ces morts étaient des militants mais refuse d'en fournir la liste.

Amnesty précise que quelque 300 enfants et des centaines d'autres civils non armés figurent parmi les morts. Treize Israéliens ont également perdu la vie dont trois civils tués dans un tir de roquette.

L'armée israélienne s'est refusée à tout commentaire sur ce rapport d'Amnesty International.

AP-Yahoo! Actualités

L'armée israélienne s'est livrée à des actes de "destructions gratuites", visant des civils Palestiniens, lors de son offensive dans la bande de Gaza en décembre et janvier, affirme Amnesty International.

Dans un rapport de 117 pages consacré aux 22 jours de combats, l'organisation humanitaire précise également que les tirs de roquettes des militants du Hamas contre Israël constituaient des "crimes de guerre".

Amnesty affirme n'avoir trouvé aucune preuve que des civils ont été volontairement utilisés par les combattants du Hamas comme des boucliers humains, comme l'affirmait l'armée israélienne.

Au total, ce conflit a entraîné la mort de 1.400 Palestiniens, dont 300 enfants et des centaines de civils, des chiffres en accord avec ceux avancés par le ministère de la Santé à Gaza et le Centre palestinien des droits de l'homme.

L'armée israélienne avait évalué à 1.196 les pertes palestiniennes dont 295 civils. Au cours de cette intervention, 13 Israéliens ont été tués dont trois civils.

"La plupart des destructions étaient gratuites et délibérées", estime Amnesty dans son rapport. "Elles ont été conduites dans des circonstances qui confirment qu'elles n'étaient pas justifiées par des impératifs militaires."

L'état-major israélien a réagi en disant que l'armée avait agi conformément aux règlements internationaux. Il a accusé les auteurs du rapport d'ignorer "les efforts fournis par les forces de défense israéliennes pour limiter autant que possible les dommages aux non-combattants".

"PRUDENCE"

"Dans de nombreux cas, les forces de défense israéliennes ont fait preuve de prudence, notamment en avertissant la population civile avant une attaque", ajoute Tsahal.

"Les forces israéliennes ont dirigé leurs attaques uniquement contre des cibles militaires", affirme l'état-major.

Une enquête ouverte par l'état-major israélien avait conclu à l'absence de crimes tandis que l'Etat hébreu a refusé de coopérer avec une enquête diligentée par les Nations unies.

Amnesty précise que les roquettes tirées par les combattants du Hamas ont rarement fait des victimes et ont surtout provoqué des mouvements de panique parmi les populations.

Ils n'en restaient pas moins des actes "aveugles et illégaux au regard du droit international".

Amnesty accuse le Hamas et d'autres groupes armés d'avoir mis en danger la vie des civils palestiniens en tirant des roquettes et en cachant des armes à proximité d'habitations.

L'organisation humanitaire affirme n'avoir recueilli aucune preuve montrant que "le Hamas et les autres groupes armés obligeaient des civils à demeurer à l'intérieur ou à proximité de bâtiments utilisés par leurs combattants."

Aucune preuve n'a été trouvée que ces civils étaient retenus contre leur gré dans des immeubles ou dans des quartiers sous le contrôles des insurgés.

Un porte-parole du Hamas a estimé que le rapport d'Amnesty ne mettait pas suffisamment l'accent sur les "crimes" commis par Israël.

"Ce rapport met sur un pied d'égalité l'agresseur et la victime et ne tient pas compte du droit international, qui consacre la résistance à une occupation", a-t-il dit.

Le rapport affirme en revanche qu'en plusieurs occasions des soldats israéliens se sont servis de civils palestiniens, y compris d'enfants comme de "boucliers humains" en les contraignant à rester à proximité de "maisons qu'ils utilisaient comme positions militaires".

Reuters-Yahoo! Actualités

Lire aussi :
• L'impunité pour les crimes de guerre commis à Gaza et dans le sud d'Israël annonce de nouvelles souffrances pour les civils, Amnesty International
• Israël et territoires palestiniens occupés, Amnesty International
• Occupation, Colonialism, Apartheid?, PDF par Conseil pour la Recherche en Sciences Humaines (HSRC)