11 août 2009
Le CRIF, une officine de propagande
L'Union Juive Française pour la Paix s'inquiète devant la multiplication des déclarations du CRIF ou d'organisations membres de ce « Conseil » se faisant les porte parole des courants les plus bellicistes de l'Etat israélien et prétendant obtenir de l'Etat français un alignement pur et simple sur les positions du gouvernement Netanyahou. Ces mêmes organisations veulent obtenir la condamnation pénale de l'antisionisme (en prétendant qu'il ne peut être que le masque de l'antisémitisme) et des appels au Boycott des produits israéliens (assimilé à une volonté de destruction pure et simple de la société israélienne).
Le communiqué du CRIF à propos de la convocation par le Quai d'Orsay de l'Ambassadeur d'Israël est proprement ahurissant.
Alors que le gouvernent français a été plus que discret dans ses réactions face aux crimes de guerre d'Israël (notamment à Gaza en décembre et janvier derniers), à la poursuite de la colonisation et de la construction du Mur, comme au traitement infligé à l'étudiant franco-palestinien Salah Hamouri ; alors qu'il a même été quasiment muet devant les vexations et humiliations subies par ses représentants diplomatiques (la dernière en date étant l'interdiction faite à notre représentant consulaire d'assister à l'audience de dimanche où Salah a vu sa libération refusée) ; quand enfin l'Ambassadeur d'Israël est convoqué au sujet des destructions illégales au regard du droit international de quartiers entiers de Jérusalem Est, et malgré toutes les précautions prises par Bernard Kouchner et Nicolas Sarkozy pour réaffirmer que la France partageait avec Israël les mêmes valeurs, le CRIF s'émeut, affirme que la loi israélienne doit s'appliquer sur la ville de Jérusalem dans sa totalité, en contradiction même avec les résolutions de l'ONU, et demande qu'Israël soit traité en ami.
Auparavant plusieurs organisations parmi lesquelles l'Union des Patrons Juifs de France (UPJF – à ne pas confondre s'il vous plaît avec l'UJFP) avaient diffusé un « appel à la clémence » pour les nervis de la Ligue de défense Juive coupables de la dévastation de la librairie Résistances, excusables de ne « plus croire à la justice de leur pays » devant la « déferlante antisémite » que connaîtrait la France, notamment au travers des actions de Boycott et de la mansuétude de la Justice pour les coupables dans le procès Halimi !
Nous avons déjà dit le caractère de fuite en avant criminelle et suicidaire de la politique israélienne, qui voit dans l'impunité que lui a accordé jusqu'ici la « communauté internationale » (on attend aujourd'hui que les déclarations d'Obama se traduisent en actes) des raisons de poursuivre la dépossession du peuple palestinien alors que cela ne fait qu'éloigner toujours un peu plus la possibilité d'une solution de paix juste et durable.
Nous disons qu'en s'alignant sur cette politique le Conseil dit représentatif des Institutions Juives de France engage les Juifs de France dans la même impasse d'une guerre sans fin contre tous, développant une idéologie de forteresse assiégée par des ennemis et des traîtres.
Nous disons qu'il revient au Président de la République et au gouvernement de ne pas céder à cet invraisemblable chantage communautariste, comme il vient malheureusement d'être fait en interjetant appel du jugement dans l'affaire Halimi.
Nous disons qu'il revient au Président de la République Française et au gouvernement de contribuer à casser cette dérive en développant une position ferme de défense des droits humains de tous les peuples. Cela devrait commencer, notamment, par la suspension de l'accord d'association entre l'Union européenne et Israël (comme prévu à son article 2) et par l'exigence de libération immédiate de Salah Hamouri.
André Rosevègue
29 juillet 2009
UJFP
10 août 2009
Thierry JONQUET, pilier du polar social
Digne héritier de Manchette et de Giovanni, il était l'un des auteurs phares du polar français. Thierry Jonquet est mort dimanche à Paris, à l'âge de 55 ans, ont annoncé aujourd'hui les éditions du Seuil.

Engagé - même s'il détestait ce mot - généreux, prolifique, l'écrivain avait signé une vingtaine de romans, variant le plus souvent ses thèmes d'un livre à l'autre, mais imprimant à chacun la même noirceur : « Des intrigues où la haine, le désespoir se taillent la part du lion et n'en finissent plus de broyer de pauvres personnages auxquels je n'accorde aucune chance de salut », écrivait-il dans Rouge c'est la vie (1998). Son expérience de travail dans le milieu hospitalier, notamment en gériatrie et dans un établissement psychiatrique, auront sans doute orienté son écriture vers les motifs sans issue que sont la mort, la folie.
De son premier livre, Mémoire en cage, à Jours tranquilles à Belleville, en passant par Mygale et Les Orpailleurs, Thierry Jonquet n'a cessé de vouloir saisir la réalité du monde, à travers des histoires qui lui étaient d'ailleurs inspirées, le plus souvent, par la lecture de la presse : "En lisant les journaux je suis consterné par la violence qu'ils décrivent, par la barbarie de notre monde. Au lieu de ruminer cela tout seul dans mon coin, j'écris des romans à partir de ce matériau de faits divers." Lui qui avait rejoint la Lutte ouvrière, puis la Ligue communiste révolutionnaire, fut aussi celui qui détourna les codes du roman noir traditionnel pour dire la détresse des démunis et des laissés-pour-compte, comme dans Ad vitam aeternam (2002) ou Mon vieux (2004). Pour son dernier livre, Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte, il avait reçu la médaille d'honneur de la Licra.
Fluctuat
Lire aussi :
• Mort de l'auteur de romans noirs Thierry Jonquet, AFP-Google Actualités
• Thierry Jonquet, mort d'un très grand romancier engagé, Rue89
• Thierry Jonquet, Wikipédia
• Thierry Jonquet, Site
• Thierry Jonquet, Fluctuat
• Thierry Jonquet, Lire
• Thierry Jonquet, Pol'art noir
• Thierry Jonquet, Télérama
• Livres, Rue des livres
• Banlieues : le diagnostic édifiant de Thierry Jonquet, Mouvements - L'Express - Télérama
Engagé - même s'il détestait ce mot - généreux, prolifique, l'écrivain avait signé une vingtaine de romans, variant le plus souvent ses thèmes d'un livre à l'autre, mais imprimant à chacun la même noirceur : « Des intrigues où la haine, le désespoir se taillent la part du lion et n'en finissent plus de broyer de pauvres personnages auxquels je n'accorde aucune chance de salut », écrivait-il dans Rouge c'est la vie (1998). Son expérience de travail dans le milieu hospitalier, notamment en gériatrie et dans un établissement psychiatrique, auront sans doute orienté son écriture vers les motifs sans issue que sont la mort, la folie.
De son premier livre, Mémoire en cage, à Jours tranquilles à Belleville, en passant par Mygale et Les Orpailleurs, Thierry Jonquet n'a cessé de vouloir saisir la réalité du monde, à travers des histoires qui lui étaient d'ailleurs inspirées, le plus souvent, par la lecture de la presse : "En lisant les journaux je suis consterné par la violence qu'ils décrivent, par la barbarie de notre monde. Au lieu de ruminer cela tout seul dans mon coin, j'écris des romans à partir de ce matériau de faits divers." Lui qui avait rejoint la Lutte ouvrière, puis la Ligue communiste révolutionnaire, fut aussi celui qui détourna les codes du roman noir traditionnel pour dire la détresse des démunis et des laissés-pour-compte, comme dans Ad vitam aeternam (2002) ou Mon vieux (2004). Pour son dernier livre, Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte, il avait reçu la médaille d'honneur de la Licra.
Fluctuat
Lire aussi :
• Mort de l'auteur de romans noirs Thierry Jonquet, AFP-Google Actualités
• Thierry Jonquet, mort d'un très grand romancier engagé, Rue89
• Thierry Jonquet, Wikipédia
• Thierry Jonquet, Site
• Thierry Jonquet, Fluctuat
• Thierry Jonquet, Lire
• Thierry Jonquet, Pol'art noir
• Thierry Jonquet, Télérama
• Livres, Rue des livres
• Banlieues : le diagnostic édifiant de Thierry Jonquet, Mouvements - L'Express - Télérama
Médias en France
Cette édition met en lumière l'influence de la politique belliqueuse des néo-conservateurs américains sur les gouvernements européens. Tous les médias français importants sont également touchés car leurs liens avec les groupes financiers et ceux de l’armement leur ont fait perdre leur indépendance et révèlent une dangereuse concentration de l’information en France au sein de quelques groupes aux intérêts convergents.
Nos articles relatifs aux guerres en Irak, en Afghanistan, au Liban et dans la bande de Gaza et à l’utilisation d’armes illégales témoignent de cette politique qui promet vingt ans de guerres.
Horizons et débats - PDF
7 août 2009
Propagande guerrière
Kraus a reconnu en 1933 (comme il l'avait déjà fait en 1914) qu'un appareil de propagande avait été mis en place pour justifier une agression militaire. Mon hypothèse est que sa critique peut être considérée comme un «paradigme» : soixante-dix ans plus tard, ses catégories-clés sont toujours valables, et elles peuvent s'appliquer à la guerre qui a débuté en mars 2003 avec l'invasion de l'Irak. Certains optimistes prétendront sans doute que la situation actuelle est complètement différente : nous avons aujourd'hui une presse plus critique et plus indépendante, sans compter les autres médias qui, comme la télévision et l'Internet en particulier, garantissent la liberté d'expression. La réponse de Kraus est que «la liberté de la presse» est pour l'essentiel un mythe. Un journal indépendant ou une chaîne de télévision indépendante, cela ne saurait exister. Tous sont soumis aux pressions des propriétaires, des annonceurs, des intérêts de classe et des idéologies nationalistes. De surcroît, en période de crise, le contrôle effectif des médias passe aux mains des responsables politiques et militaires qui sont bien décidés à diffuser leur propagande belliciste.
La critique que fait Kraus des liens entre le militarisme et les médias constitue l'un des aspects les plus prophétiques de son œuvre. Nous pourrions conclure sur un exemple simple et assurément paradigmatique : l'affaire Friedjung. En 1908, l'historien néoconservateur Heinrich Friedjung publia un article dans le principal quotidien du pays, la Neue Freie Presse ; il y faisait état de documents censés prouver que l'Autriche était menacée de trahison et de conspiration dans les Balkans. Il s'agissait de justifier une attaque préventive contre la Serbie. Mais la menace de guerre s'évanouit, et l'Autriche réussit à annexer la Bosnie-Herzégovine sans recourir à la guerre prévue. Un an plus tard, Friedjung fut poursuivi pour diffamation par les hommes politiques croates qu'il avait faussement accusés de trahison. Ses «documents» se révélèrent être des faux, fabriqués par le ministère des Affaires étrangères autrichien, et Friedjung subit une humiliation publique.
[...]
Évoquons maintenant le parallèle le plus récent : les faux documents de Colin Powell et des gouvernements américain et britannique. Les preuves utilisées pour justifier l'invasion de l'Irak en 2003 se sont révélées aussi fausses que celles invoquées dans l'affaire Friedjung. Mais aucun tribunal américain ou anglais n'a réussi à condamner les dirigeants politiques responsables de ce faux scénario, qui a pourtant coûté d'innombrables vies humaines. Les photos de bases ennemies présentées par le secrétaire d'État américain Colin Powell aux Nations unies pour justifier l'attaque contre l'Irak relevaient davantage des ficelles de la communication que du renseignement fiable. Nous savons aujourd'hui qu'il n'y avait pas d'«armes de destruction massive» en Irak, et que Saddam Hussein n'avait rien à voir ni avec Al Qaida ni avec les attentats contre les Twin Towers. Mais, pendant des mois, ces fables élémentaires ont été rabâchées par les médias patriotiques avec une telle insistance que la majorité des membres du Parlement britannique et du Congrès américain ont fini par les croire. Le fiasco Friedjung se répétait, mais cette fois c'était l'Amérique qui était prétendument en danger : l'Angleterre et la puissance militaire dominante devaient «se serrer les coudes».
Edward Timms, Karl Kraus & la construction de la réalité virtuelle, Agone n°35-36, 2006.
Lire aussi :
• Dossier documentaire & Bibliographie Karl KRAUS, Monde en Question.
• 12/08/2006, MALER Henri, La guerre d'Afghanistan de 2001 (1) : Guerre des mots, mots de la guerre, Acrimed.
• 12/08/2006, MALER Henri, La guerre d'Afghanistan de 2001 (2) : Guerre des mots, mots de la guerre, Acrimed.
• Dossier documentaire & Bibliographie Afghanistan, Monde en Question.
• Dossier documentaire & Bibliographie 11 septembre 2001, Monde en Question.
6 août 2009
Propagande contre l'Afghanistan
Selon l'agence Reuters «la moitié de l'Afghanistan» serait «sous la menace des talibans». Il s'agit en fait d'un nouvel épisode du feuilleton scénarisé par les États-Unis qui veulent remporter la bataille décisive pour se venger de l'attentat du 9 septembre 2001 perpétué par leur ancien complice.
Dans la version des années 1980, les gentils (États-Unis, France, Allemagne, Israël) armaient, formaient et payaient les talibans (moudjahidines à l'époque) pour qu’ils fassent la guerre aux méchants d’hier (les bolcheviks).
Dans la version des années 2000, les talibans jouent le rôle des méchants et les troupes de la coalition celui des gentils croisés contre le terrorisme… qui bombardent la population civile afghane.
Le document, publié par Reuters, viendrait «du ministère afghan de l'Intérieur, de l'armée afghane et du département des Nations unies chargé de la sécurité». En clair, la source est américaine car Hamid Karzaï ne dirige qu'un gouvernement fantoche.
Dans un document antérieur, il avait avoué que les talibans contrôlaient 72% du territoire. Il s'agirait donc plus d'un recul que d'une avancée des talibans.
La publication de ce document intervient «à deux semaines des élections présidentielle et provinciales» et alors que les États-Unis cherchent à remporter la bataille décisive qui leur échappe toujours. En attendant cette improbable victoire, les armées de la coalition (réduite de plus en plus aux troupes américaines et aux supplétifs français) poursuivent leur guerre contre la population civile afghane. Le bombardement de Bala Buluk du 4 mai 2009 a tué 130 civils.
Les médias dominants [1] sont complices de la propagande américaine en faveur d'une guerre juste en Afghanistan («le combat contre Al-Qaida et ses soutiens est légitime»), qui est une fiction masquant leur intérêt de contrôler une région stratégique située au carrefour entre la Russie, la Chine, le Pakistan et l'Iran.
Serge LEFORT
06/08/2009
Lire aussi :
• Afghanistan, Monde en Question.
- 21/09/2008, La guerre en questions ?, Jean-Luc MÉLENCHON.
- 15/10/2008, La guerre américaine : escalade de l’Irak vers l’Afghanistan et le Pakistan, Monde en Question.
- 31/10/2008, Crimes de guerre en Afghanistan, Monde en Question.
• Dossier documentaire & Bibliographie Géopolitique : Arc de crise, Monde en Question.
[1] Revue de presse :
• La guerre en Afghanistan, NouvelObs, 03/08/2009.
• La guerre en Afghanistan, NouvelObs, 04/08/2009.
Dans la version des années 1980, les gentils (États-Unis, France, Allemagne, Israël) armaient, formaient et payaient les talibans (moudjahidines à l'époque) pour qu’ils fassent la guerre aux méchants d’hier (les bolcheviks).
Dans la version des années 2000, les talibans jouent le rôle des méchants et les troupes de la coalition celui des gentils croisés contre le terrorisme… qui bombardent la population civile afghane.
Le document, publié par Reuters, viendrait «du ministère afghan de l'Intérieur, de l'armée afghane et du département des Nations unies chargé de la sécurité». En clair, la source est américaine car Hamid Karzaï ne dirige qu'un gouvernement fantoche.
Dans un document antérieur, il avait avoué que les talibans contrôlaient 72% du territoire. Il s'agirait donc plus d'un recul que d'une avancée des talibans.
La publication de ce document intervient «à deux semaines des élections présidentielle et provinciales» et alors que les États-Unis cherchent à remporter la bataille décisive qui leur échappe toujours. En attendant cette improbable victoire, les armées de la coalition (réduite de plus en plus aux troupes américaines et aux supplétifs français) poursuivent leur guerre contre la population civile afghane. Le bombardement de Bala Buluk du 4 mai 2009 a tué 130 civils.
Les médias dominants [1] sont complices de la propagande américaine en faveur d'une guerre juste en Afghanistan («le combat contre Al-Qaida et ses soutiens est légitime»), qui est une fiction masquant leur intérêt de contrôler une région stratégique située au carrefour entre la Russie, la Chine, le Pakistan et l'Iran.
Serge LEFORT
06/08/2009
Lire aussi :
• Afghanistan, Monde en Question.
- 21/09/2008, La guerre en questions ?, Jean-Luc MÉLENCHON.
- 15/10/2008, La guerre américaine : escalade de l’Irak vers l’Afghanistan et le Pakistan, Monde en Question.
- 31/10/2008, Crimes de guerre en Afghanistan, Monde en Question.
• Dossier documentaire & Bibliographie Géopolitique : Arc de crise, Monde en Question.
[1] Revue de presse :
• La guerre en Afghanistan, NouvelObs, 03/08/2009.
• La guerre en Afghanistan, NouvelObs, 04/08/2009.
5 août 2009
Jours de colère
Pierre DOCKÈS, Francis FUKUYAMA, Marc GUILLAUME, Peter SLOTERDIJK, Jours de colère - L’esprit du capitalisme, Descartes et Cie, 2009.
Cet essai n'est pas un livre d'économie. C'est un essai sur l'économisme, la critique de son statut. Oh ! les beaux discours !... Refonder le capitalisme... pour mieux le consolider, et retrouver la croissance " durable " ; sauver son " esprit ", mais quel esprit du capitalisme ?
Sous ses diverses formes, ses boursouflures financières dévastatrices, on trouve des racines communes : le marché et la concurrence, la guerre civilisée mais mal régulée de tous contre tous ; l'alliance avec la technoscience, Prométhée déchaîné qui se heurte aux limites de la planète ; le jeu comme divertissement généralisé, et pas seulement celui des financiers ou des escrocs plus ou moins démasqués.
Tout cela ayant à voir avec le goût irrépressible des hommes pour la démesure. Mais si l'ordre économique avait, à son origine, partie liée avec la spiritualité, il est devenu un culte voué à la cupidité. Et la colère, sourde ou vive, les angoisses, les frustrations s'accumulent. Pour éviter leur explosion, il faut cesser de placer l'argent, le profit et la croissance matérielle au centre de la mondialisation.
Lire aussi :
• Pierre DOCKÈS et Marc GUILLAUME, La colère en souffrance ?, Libération, 29/07/2009.
Après la crise financière, puis économique on pouvait s’attendre à une crise sociale. Mais il est apparu très vite que le printemps serait calme, en France comme en Europe. Le chômage pouvait augmenter, les inégalités se creuser, personne n’est descendu dans la rue en dehors, dans notre pays, des manifestations syndicales rituelles et de conflits sectoriels - la santé, l’enseignement supérieur. Où sont passées les colères d’antan, et plus près de nous, celles qui ont suivi la crise de 1929.
La colère collective, plus ou moins spontanée, plus ou moins exploitée ou réprimée, a pris des formes nombreuses : colère de dieu, du roi, du peuple. Cousine de la guerre, elle a souvent été le moteur de l’histoire. Aurait-elle, comme certaines formes de guerre, disparu ? «Fin de l’histoire», comme l’écrivait Francis Fukuyama il y a près de vingt ans ? Ou simplement changé de forme ? Trop archaïque, trop collective pour des sociétés fondées sur l’abondance et l’individualisme ? Mais bien sûr, présente encore sous ses formes originelles, dans tout le reste du monde, en Amérique latine, en Afrique, en Asie, au Moyen-Orient.
Quant à son apparente disparition dans les pays riches, une première explication vient à l’esprit. Pour que la colère embrase le corps social, il faut un collectif en puissance, par exemple un «peuple de gauche». Ou du moins des groupes structurés, capables de se fédérer et de devenir des «groupes en fusion» (Sartre). Or le peuple de gauche n’existe plus. Le chômage, la précarité, les inégalités, au lieu de le souder l’ont divisé. Le peuple des villes évoque plutôt aujourd’hui les paysans parcellaires du Second Empire : chacun s’accroche à son lopin de sécurité économique. Ces clivages se reflètent dans les représentations politiques : mouvements anticapitalistes, partis sociaux démocrates réformistes, nébuleuses écologiques, extrême droite populiste. Cet émiettement est aussi lié à la fin des régimes de l’ex-bloc soviétique. Depuis longtemps ces régimes n’étaient plus des modèles, mais ils alimentaient encore la fiction d’une réserve de résistance et de colère chez les prolétaires de l’ouest de l’Europe. Comme le souligne Peter Sloterdijk, l’hyperlibéralisme s’intensifie et se généralise quand ces régimes disparaissent.
Mais cette première explication ne suffit pas. Des émotions collectives peuvent embraser des sociétés en apparence amorphes et individualistes. La colère collective, lorsqu’elle se manifeste, peut faire exploser tous les clivages ou montrer, comme en Iran, qu’elle peut avoir tous les courages.
En réalité, plus que le sujet collectif de la colère, c’est son objet qui fuit devant nous. Les raisons de la colère sont là, mais les toreros ont appris à esquiver le taureau ! Contre qui, contre quoi se révolter lorsque l’objet semble s’évanouir dans la masse des informations, dans les leurres projetés par milliers, sous le fard et la communication ? En réalité, plus que le sujet collectif de la colère c’est son objet qui fait défaut. Contre qui, contre quoi se révolter ? La crise financière ? Elle vient d’Amérique - et Bush est parti - , elle est mondiale, importée, comme les épidémies. Le péril écologique ? A ce niveau, il est encore plus difficile de désigner un bouc émissaire. Ce sont nos propres actions aveugles qu’il faut dénoncer et abandonner les représentations qui leur étaient associées : penser autrement le travail, la consommation, la croissance matérielle. D’ailleurs, crise financière, économique, écologique sont de nature semblable : traites tirées sur les institutions financières, sur les ressources, sur la nature. Tous cupides, gaspillant à court terme, négligeant le long terme. L’impératif écologique nous offre un espoir de salut et aussi une repentance généralisée : le besoin infini de consolation se transforme en pénitence indéfinie.
La colère est, pour le moment, enfouie dans ce cocon de contritions ; mais il se pourrait qu’elle cherche et trouve les voies de sa métamorphose. Car… tous coupables, peut-être, mais pas au même degré. Tous dans le même bateau planétaire mais dans des situations de plus en plus inéquitables. Le calme des populations n’est pas nécessairement un symptôme rassurant.
Pour aller plus loin :
• Quels capitalismes pour le XXIe siècle ?, Les rencontres Economiques d'Aix-en-Provence 2007, DEFI - Centre de recherche en développement économique et finance Internationale
• Pierre DOCKÈS, Wikipédia
• Francis FUKUYAMA, Wikipédia
• Marc GUILLAUME, Wikipédia
• Peter SLOTERDIJK, Wikipédia
• Dossier documentaire & Bibliographie Economie politique, Monde en Question.
• Dossier documentaire & Bibliographie Economie sociale, Monde en Question.
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