17 août 2009

Le bourbier afghan


Les Afghans n'aiment pas les envahisseurs. Ils les chassent : les Anglais, les Russes, les Soviétiques. Les Américains et leurs supplétifs, notamment français, pourraient bien devenir les prochains à être vaincus par ce pays violent et âpre. Après huit ans de guerre, malgré toute la technologie occidentale, le commandant en chef américain en Afghanistan a dû reconnaître que les talibans gagnaient. La bataille d'Afghanistan partait pourtant de nobles objectifs : libérer un pays de ces combattants obscurantistes qui brûlent les écoles de filles et veulent imposer un ordre islamiste moyenâgeux. Il s'agissait aussi de vaincre ce qu'il reste d'Al-Qaeda et de Ben Laden, réfugié entre les montagnes afghanes et pakistanaises. Cette guerre a échoué. Les Américains et leurs alliés ont privilégié les objectifs militaires au mépris de la population, qui perçoit l'étranger comme un ennemi. Les troupes occidentales n'ont apporté que terreur et instabilité aux populations civiles. Politiquement, l'Occident s'appuie sur Hamid Karzaï, un président inefficace, notoirement corrompu, qui mène une douteuse campagne pour sa réélection. Les milliards d'aides déversés en Afghanistan ont enrichi ses proches, alors que ses concitoyens doivent survivre sans routes, sans écoles, sans un système de santé même basique. Obama a décidé, à juste raison, de se retirer d'Irak, alors qu'il entend accroître l'effort de guerre en Afghanistan. Mais on perçoit mal quelle part la France, son président, ses militaires ont pris dans l'élaboration de cette nouvelle stratégie à hauts risques.

Libération

L'Afghanistan est le plus vieux bourbier militaire qui connaît, depuis les années 1970, une succession de débâcle des forces d'invasion. Au temps de la lutte idéologique entre Américains et Soviétiques, les Afghans ont prouvé qu'ils ne pouvaient s'accommoder d'aucune hégémonie militaire extérieure sur leur territoire, mettant à mal la toute puissante armée soviétique, par le moyen d'une guérilla dont les acteurs, animés par la foi, étaient tout de même armés par les USA ou la CIA, alors présents sur le terrain pour contrecarrer l'expansionnisme soviétique dans la région. Les Américains connaîtront le même destin, une décennie plus tard, avant de se retirer en douce, laissant le soin aux troupes lieutenantes de Chah Massoud, de repousser les forces talibanes. Ce fut un échec sans précédent, les talibans, soutenus, moralement et militairement, par des factions pakistanaises qui ont également maille à partir avec le pouvoir du général proaméricain Musharraf, finirent par faire leur entrée triomphale à Kaboul, prenant le pouvoir, que les Américains refuseront de leur laisser longtemps, pour une question de géostratégie du pétrole de long terme, mais sous couvert d'un humanisme démocratique mû, médiatiquement, par le spectacle de la tyrannie talibane quotidienne contre les femmes, les monuments historiques et les dissidents.

La Nouvelle République

La voiture a explosé juste devant l'entrée du quartier général de la force de l'OTAN en Afghanistan, à une centaine de mètres des ambassades britanniques et américaines. Cette attaque visant une des zones les plus sécurisées du pays a été revendiquée par les talibans. Leur porte-parole l'a confirmé à l'agence Reuters : «La cible était l'ambassade des Etats-Unis, mais nous n'avons pas pu l'atteindre. Le kamikaze s'est fait exploser près du quartier général de l'Isaf (Force internationale d'assistance à la sécurité de l'OTAN) et a tué plusieurs soldats étrangers.»

Plusieurs membres de la force internationale seraient au nombre des victimes. «Il y a malheureusement des victimes, mais je ne fournirai pas de chiffres. Il y a des civils et des militaires de l'Isaf», a déploré le général canadien Eric Tremblay, un des porte-parole de l'Isaf. L'explosion a détruit une grande barrière de béton protégeant la base militaire en faisant voler en éclat les vitres des habitations du quartier. Selon un journaliste de l'AFP, les membres d'Isaf ont puissamment fortifié la base immédiatement après l'attentat. Le président afghan Hamid Karzaï a fustigé «les ennemis de l'Afghanistan qui tentent de semer la peur parmi le peuple en cette période électorale». Cette nouvelle démonstration de force des talibans intervient à cinq jours de l'élection présidentielle, un scrutin dont M. Karzaï est le grand favori. Les insurgés islamistes avaient juré de perturber les scrutins présidentiel et provinciaux, prévus jeudi 20 août, les considérant comme «une imposture orchestrée par les Américains». La multiplication des attaques, une explosion de violence sans précédent depuis la chute des talibans en 2001, fait craindre un taux d'abstention élevé et donc un scrutin peu crédible. Oubliée, la guerre en Afghanistan revient à la Une des médias internationaux avec ses vérités amères que les occupants avaient tout fait pour taire. La situation y est telle que même les dirigeants locaux, pourtant installés par la CIA, ne peuvent plus s'en cacher. C'est le cas du président Hamid Karzaï qui ne s'est pas empêché de tirer la sonnette d'alarme, et de demander secours à ses voisins «ennemis» du Pakistan pour venir à bout de l'offensive des talibans et d'Al-Qaïda, qui a gagné en ampleur ces derniers mois et qui empêche, depuis maintenant plus de sept ans, la «pacification» de ce pays comme l'avaient planifié les forces d'occupation.

Après l'Irak, le spectre de l'échec plane sur l'Afghanistan. Et tout le monde s'en plaint aujourd'hui ; même le Premier Ministre britannique Gordon Brown, qui en était arrivé à réclamer le remplacement de l'OTAN par les forces de l'ONU dans ce pays. Ce sentiment d'impuissance a commencé à s'aggraver sérieusement après l'affaire des otages sud-coréens, détenus en 2007. A cela s'ajoutait les divergences sur le rôle des Pakistanais, soupçonnés de «liens» avec les talibans…
Alors que Karzaï, comme Washington, considèrent officiellement le Pakistan comme un partenaire dans la recherche de la paix, l'armée américaine accuse Islamabad de «jouer sur les deux tableaux dans les rues de l'Afghanistan» et surtout dans les régions frontalières, où les talibans ont imposé leur loi. Très inquiets de la détérioration de la situation dans la région, les pays de la coalition occidentale s'interrogent sur la stratégie à adopter pour contrer l'offensive des talibans, lesquels, en deux ans de redéploiement ont réussi à reconquérir des provinces entières et contrôlent au moins un quart du territoire afghan.
Cette guerre est aussi une épreuve pour le nouveau président américain, qui a décidé le maintien des forces américaines dans ce pays, contrairement à ce qu'il a décidé pour l'Irak. La «cause afghane» étant jugé plus défendable et plus consensuelle aux yeux de la communauté internationale, au motif que les groupes affiliés au réseau Al-Qaïda y trouvent toujours refuge. Barack Obama a même suggéré de renforcer la présence des forces de l'OTAN, mais n'a pas précisé les formes de soutien devant être au processus politique aujourd'hui menacé d'écroulement.

La Nouvelle République

Les observateurs de la situation sécuritaire et politique en Afghanistan estiment que les élections, sur lesquelles Ahmed Karzaï tablait en vue de se faire réélire et consolider sa position au pouvoir, sont très sérieusement perturbées par ce qui est arrivé, les talibans ayant fourni la preuve militaire de leur puissance en pénétrant au cœur de la capitale et en touchant, symboliquement, les forces de l'Otan qui sont censées être là pour veiller au rétablissement de la paix dans ce pays et au retour à une vie politique et institutionnelle normale.

Les Américains, dont la stratégie dans la région semble avoir été réorientée, depuis l'arrivée de Barak Obama à la Maison-Blanche, priorisant l'action militaire contre les talibans en Afghanistan et optant pour un retrait progressif d'Irak jusqu'à l'horizon 2011, devraient voir se réveiller, dans leurs rangs, les démons des bourbiers vietnamien et irakien, avec les échecs patents qu'ils y ont connus.

Cela d'autant que les forces de l'Otan, multinationales et essentiellement occidentales, pourraient subir les contrecoups médiatiques de leurs opinions nationales respectives, générant des pressions qui pourraient faire se désolidariser, de la stratégie offensive américaine dans ce pays, quelques pays européens. C'est déjà arrivé en Irak, et si la situation s'avère non maîtrisable au fil des semaines à Kaboul et dans l'ensemble de l'Afghanistan, il est à prévoir que ce scénario serait le plus probable.

Destitués de Kaboul, les talibans semblent insaisissables et même plus puissants qu'avant, alors que les Occidentaux n'ont jamais accepté de guerre où ils pourraient chaque jour compter leurs morts.

La Nouvelle République

Lire aussi :
• Dossier documentaire & Bibliographie Afghanistan, Monde en Question

Palestine, chronique d’une présence-absence


Le Temps qu'il reste est un film en partie autobiographique, construit en quatre épisodes marquants de la vie d'une famille, ma famille, de 1948 au temps récent.

Ce film est inspiré des carnets personnels de mon père, et commence lorsque celui-ci était un combattant résistant en 1948, et aussi des lettres de ma mère aux membres de sa famille qui furent forcés de quitter le pays.

Mêlant mes souvenirs intimes d'eux et avec eux, le film dresse le portrait de la vie quotidienne de ces palestiniens qui sont restés sur leurs terres natales et ont été étiquetés "Arabes-Israéliens", vivant comme une minorité dans leur propre pays.

Lire aussi :
• Le Temps qu'il reste, AlloCiné.
• Le Temps qu'il reste, d'Elia Suleiman, en compétition à Cannes, AFPS.
• Le Temps qu'il reste, Arte.
• Le Temps qu’il reste : Kafka à Nazareth, Bakchich.
• Le Temps qu'il reste, Cinéma Utopia Toulouse.
• Le Temps qu'il reste, réalisé par Elia Suleiman, Critikat.
• Le Temps qu'il reste, un film poignant sur la Palestine, La Tribune.
• Le Temps qu'il reste : Etre drôle et facétieux sur fond de tristesse infinie, Le Monde.
• Elia Suleiman : "Il m'a fallu ajuster le film à la personne que j'étais devenue", Le Monde.
• Le Temps qu’il reste - Elia Suleiman, Les Inrocks.
• Palestine, le temps des restes, Libération.
• «J’aime filmer sur les lieux mêmes, je n’aime pas tricher», Libération.
• Le plaisant "temps qu'il reste" au Palestinien Elia Suleiman, Rue89.
• Le Temps qu'il reste - film de Elia Suleiman, Télérama.
• Dossier documentaire & Bibliographie Palestine/Israël, Monde en Question.
• Dossier documentaire & Bibliographie Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.

16 août 2009

La fabrique du délinquant

L’occupation des locaux désaffectés de la CPAM dans le XVIIIe par la Coordination des sans-papiers 75, après leur brutale expulsion par la CGT des locaux qu’ils occupaient depuis le 1er mai 2008 à la bourse du travail de Paris, a remis à l’ordre du jour la question récurrente, et jamais réglée autrement que par des réponses policières, de la présence sur le sol français de travailleurs - ce qu’ils sont pour la plupart - privés de papiers et transformés en délinquants.

Pendant les Trente Glorieuses, alors que la France avait déjà besoin de main-d’œuvre bon marché, elle les importait et les exploitait dans les métiers les plus durs. Mais elle leur donnait automatiquement des titres de séjour et de travail. Cela limitait l’arbitraire patronal. Le travailleur immigré, d’une part disposait de la protection du droit du travail, pouvait changer d’entreprise et se défendre, d’autre part, pouvait retourner régulièrement chez lui. La transformation de ce travailleur en délinquant a pris plusieurs décennies et a nécessité plusieurs lois, dont les plus célèbres furent les lois Pasqua-Méhaignerie sur l’immigration et la sécurité - on remarquera déjà l’amalgame. Les lois se succédèrent sur cette question, durcissant toujours plus les conditions d’accès au séjour, jusqu’à les quasi interdire (hors d’un très faible contingent autorisé), et ceci alors même que la France a toujours besoin de ces travailleurs dans les secteurs de l’économie aux conditions de salaire et de travail les plus mauvaises, toujours désertés par la main-d’œuvre nationale.

Mais la nouveauté introduite par ces lois fut de transformer les travailleurs venus hors des circuits autorisés en non-citoyens corvéables à merci, puisque sans droits, pouvant être exploités sans vergogne, non payés pour leurs heures supplémentaires, soumis aux tâches les plus dangereuses (telles que concasser de l’amiante), tout juste payés de la main à la main ou sous des noms d’emprunt et sans pouvoir bénéficier des protections sociales. C’est pourquoi le patronat en a besoin dans des branches comme le bâtiment, nettoyage, sécurité, arrière-cuisines des restaurants… Autre aspect de cette situation de non droit, les travailleurs immigrés sans papiers ne peuvent retourner voir leur famille au pays, sauf à attendre une dizaine d’années une hypothétique régularisation.

Ainsi l’ouvrier immigré d’hier s’est-il transformé en un autre inassimilable et menaçant. Le plus inquiétant est que la majeure partie de la gauche ou ce qui devrait l’être s’est ralliée à cette politique d’exclusion, justifiée par la fameuse phrase de Michel Rocard : «La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde.» Cela parut l’évidence même.

Dans Aux bords du politique, le grand philosophe qu’est Jacques Rancière analyse cette fameuse phrase comme «traçant la ligne de partage entre ce qu’on peut et ce qu’on ne peut pas accueillir. Qu’est-ce qu’on ne peut pas accueillir ? "Toute la misère du monde" ? On pourrait, sans doute, se contenter de renvoyer cette phrase dans l’enfer logique des jugements indéfinis. Simplement, on manquerait ainsi le cœur de l’affaire : la force d’exclusion attachée à cette "mauvaise partie" de la misère que désigne le "pas toute". […] Il s’agit d’établir ces propriétés inapparentes qui distinguent la partie de misère ou cette misère faisant totalité que nous ne pouvons pas accueillir. Qu’est-ce qui fait cette opération ? C’est la loi, […] une loi sur l’Autre et sur l’impossibilité que le Même l’accueille dans sa communauté.» Face à ce nouveau type d’esclavage, ce déni d’existence, les citoyens français qui se mobilisent tous les jours aux côtés des migrants ont compris qu’il faut défendre à tout prix l’égale humanité de chacun et son égal accès aux droits, pour que vive la démocratie et pour que vive, selon la belle expression de Jacques Rancière, «cette égalité qui vient toujours traverser la communauté clandestinement, parce qu’elle n’a de place légitimée dans aucune distribution des corps en communauté, qu’elle ne peut qu’y mettre, toujours ponctuellement, toujours localement, des corps hors de leur place, hors de leur propre.»

Evelyne PERRIN militante d’AC ! et de Stop précarité
Coauteure d’une enquête sur le mouvement de régularisation de sans-papiers soutenu par la CGT et d’autres syndicats en 2008, à paraître dans l’ouvrage collectif Quand le travail se précarise…
Libération

15 août 2009

Double jeu en Afghanistan

A l'approche du deuxième scrutin afghan sous occupation étasunienne, impossible d'échapper au consensuel «constat d'échec» : huit ans après les attentats de New York et de Washington, Oussama Ben Laden et ses complices échappent encore et toujours à leurs poursuivants. Quant aux talibans, protecteurs honnis d'Al-Qaida qui, en 2001, s'étaient effondrés en quelques semaines, ils semblent aujourd'hui plus forts que jamais.

Un sombre tableau confirmé par les forces alliées elles-mêmes, qui ne cessent de demander des renforts. Comment expliquer ce fiasco ? Comment comprendre que la plus importante coalition politique et militaire de tous les temps ait échoué dans les missions qui lui étaient assignées ? Qu'elle se montre incapable de se débarrasser d'une milice détestée par les Afghans eux-mêmes ? Que des dizaines de milliers de soldats professionnels aux équipements les plus modernes, ayant le monopole des airs et le soutien des trafiquants d'opium soient ainsi ridiculisés ?

Le précédent de la défaite soviétique des années 1980 ne suffit pas à valider l'archétype grossier d'un Afghanistan terre sauvage livrée ad æternam aux chefs de guerre. Les «moudjahidine» étaient formés et financés par les États-Unis, l'Arabie saoudite et la Chine. Les talibans, eux, ne disposent plus d'aucun appui extérieur, si ce n'est de la nébuleuse djihadiste.

Plus pertinente est la critique de l'inadéquation des moyens mis en oeuvre par rapport aux objectifs déclarés. Si le but avait été d'arrêter Mohammad Omar et Ben Laden, des opérations armées limitées à la frontière pakistanaise auraient suffi. Si l'objectif était d'empêcher le retour d'un régime «terroriste», l'option militaire n'aurait dû être qu'un bref préalable à une solution politique. Même accueilli les bras ouverts, un occupant finit immanquablement par s'attirer les foudres de la population. D'autant plus s'il multiplie les bavures meurtrières !

A ce stade d'«incompétence», le doute s'insinue : et si l'opération n'était pas si ratée que cela ? D'un point de vue stratégique, en effet, le maintien de ce foyer belliqueux, voire son extension au Pakistan, garantit une présence occidentale sur le long terme en Asie centrale. «Pour trente ou quarante ans», a admis récemment le général britannique David Richards [1]. Une pierre dans les arrière-cours de la Russie et de la Chine, perçues par Washington comme ses principaux rivaux impériaux.

Paradoxalement, l'OTAN apparaît aujourd'hui comme le principal vainqueur du bourbier afghan. A force de réclamer des renforts pour sa croisade, l'ex-«Alliance atlantique» est parvenue à rassembler, sous mandat de l'ONU, près de 90 000 soldats provenant d'une cinquantaine de nations et de cinq continents. Le rêve d'un «gendarme global» sous contrôle occidental est en marche.

Le Courrier


L'Empire britannique est présent en Afghanistan depuis 200 ans. En 1809, son ambition était de contenir la Russie en Asie centrale et de protéger son Empire des Indes.
L'Empire américain est présent en Afghanistan depuis 1947 et plus activement depuis 1979.
Aujourd'hui, l'Afghanistan reste un enjeu stratégique entres les grandes puissances pour contrôler l'Asie centrale. Le peuple afghan paye au prix fort d'être situé au carrefour des rivalités pour la domination du monde. Pendant que les États-Unis rejouent un western dans les montagnes de l'Hindou Kouch, la Chine consolide son amitié et sa coopération avec les pays islamiques et prend en charge l’ensemble de l’économie de la Moldavie.

Serge LEFORT
15/08/2009

[1] The Times, 8 août 2009. Lire aussi :
• Afghanistan : la mission des troupes britanniques prendra près de 40 ans, RIA Novosti.
• Les Britanniques, en Afghanistan pour encore 30 à 40 ans, Le Monde.
• La guerre de 40 ans, est-ce un bon argument électoral ?, Dedefensa.
• Dossier documentaire & Bibliographie Afghanistan, Monde en Question.

14 août 2009

Tyrannie de la transparence

Sacha Guitry, accusé de misogynie, s'est habilement défendu par cette célèbre phrase «Je suis contre les femmes... tout contre». Les chasseurs de burqa avoueront-ils un jour la raison libidino-scopique de dévoiler les musulmanes ?




En 1998, pour sa collection Between, Hussein Chalayan habilla ses mannequins nues de burqas.

Serge LEFORT
14/08/2009

Lire aussi : PETITAT André, Tyrannie de la transparence et transformations des frontières privé-public, Revue des sciences sociales n°28, 2001.
L'étude des frontières multiples et mouvantes entre le privé et le public nous rappelle que la société n'est pas une machine mais un art de l'autonomie et de la dépendance entre des acteurs individuels et collectifs enchâssés les uns dans les autres, du sujet dans sa famille, en passant par les différents niveaux d'appartenance, professionnelle, religieuse, culturelle, etc. jusqu'aux institutions publiques. L'État moderne a introduit historiquement une rupture en éliminant peu à peu les corps intermédiaires, jusqu'à se substituer à certains rôles de la famille elle-même. C'est alors dans le face à face direct entre les grandes institutions et l'individu que surgit la peur de la transparence. L'acteur résiste pourtant au système, à sa façon, souvent surprenante. Reléguée dans les cercles premiers du privé, la famille, cocon affectif du sujet, demeure l'ultime protection contre les intrusions du public. A contrario, dès lors que la famille n'abrite plus qu'une part restreinte des possibles étendus de l'expérience humaine, la subjectivité privée investit massivement la scène publique en s'y exprimant. Le sujet, menacé dans le privé, ne s'est jamais autant imposé en public.

13 août 2009

Guerre sans fin de l'Afghanistan au Pakistan

La stratégie de Barack Obama d'intensifier la guerre en Afghanistan et de l'étendre au Pakistan est loin d'être assurée face au scepticisme croissant des démocrates à propos de cette guerre, à la fois ruineuse et incertaine. D'où les contradictions entre ses déclarations et celles du commandant des forces américaines en Afghanistan alors que les cadavres des civils afghans s'accumulent :
La Maison Blanche a déclaré lundi que la stratégie de Barack Obama en Afghanistan était "gagnante".
"La stratégie du président n'a pas encore été totalement mise en oeuvre. Mais nous croyons réellement qu'avec notre statégie, avec les moyens que nous déployons sur le terrain, nous allons être capables d'atteindre les objectifs que nous essayons d'atteindre".
Cette déclaration contraste avec les propos du général Stanley McChrystal, commandant des forces américaines et de l'OTAN en Afghanistan.
Ce dernier, qui doit présenter prochainement un rapport d'évaluation sur le conflit, a déclaré dans un entretien au site internet du Wall Street Journal que la résurgence de la guérilla islamiste imposait un changement de tactique aux forces étrangères.
Romandie News

Dans une interview au Wall Street Journal, le général Stanley McChrystal, commandant des forces américaines en Afghanistan, estime que les talibans ont pris le dessus sur les troupes de la coalition. Selon lui, cela devrait forcer les États-Unis à modifier leur stratégie sur le terrain, en déployant notamment plus de troupes à Kandahar.
Courrier international

La manchette du Wall Street Journal, lundi 10 août, ne laissait pas place au doute : "Les Talibans sont en train de gagner." Elle résumait fidèlement les propos que le général Stanley McChrystal, commandant en chef des forces de l'OTAN en Afghanistan, avait tenus dans son quartier général-bunker de Kaboul aux journalistes du quotidien américain.
Le Monde

La stratégie de Barack Obama d'intensifier la guerre en Afghanistan est très proche de celle de l'armée française en Algérie :
L’objectif consiste à se concentrer d’abord sur la population afghane et ses besoins, et ensuite seulement à chasser les talibans.
« On tente de séparer les talibans de la population ordinaire, et ça provoque des combats avec les insurgés. On veut les repousser dans des zones moins peuplées, ce qui permettra ensuite de lancer des projets de développement et de reconstruction dans les villages. »
Maintenant, lors d’une opération militaire, les soldats restent sur place après les combats et la déroute des talibans. L’armée tente alors de créer une bulle de protection autour du village pour que les projets de développement et de reconstruction voient le jour. Auparavant, les forces se retiraient après l’opération militaire, faute de soldats en nombre suffisant pour rester sur place. Les militaires devaient aller chasser les insurgés dans un autre village.
Armees

La stratégie de Barack Obama d'étendre la guerre au Pakistan n'est pas avouée publiquement, mais se déroule implacablement sur le terrain :
Une nouvelle attaque de drone américain sur les zones tribales du nord-ouest du Pakistan a tué mardi au moins 10 rebelles, selon des responsables locaux [...] Le drone a tiré plusieurs missiles sur un camp d'entraînement rebelle présumé dans le village montagneux et reculé de Kanniguram, selon plusieurs responsables pakistanais de sécurité.
AFP-Google

Les États-Unis multiplient les frappes sur le Pakistan. Plusieurs missiles tirés à partir d’un drone auraient fait ainsi dix nouvelles victimes hier, présentées comme des combattants talibans pakistanais. Une allégation bien difficile à confirmer alors que plusieurs autres attaques du même type se sont soldées par la mort de civils.
l'Humanité

La stratégie de Barack Obama d'intensifier la guerre en Afghanistan et de l'étendre au Pakistan est présentée par les médias dominants comme légitime puisqu'elle viserait à chasser les Talibans (des terroristes islamistes), à reconstruire le pays (détruit par qui ?) et à imposer par les armes un "gouvernement démocratique" (comme dans les colonies africaines).

Le lecture religieuse des conflits en Afghanistan, pratiquée en Occident, est d'autant plus absurde que la population est à 99% musulmane - sunnites (81%) et chiites (19% les Hazaras). On a diabolisé les Talibans pour justifier la guerre, en omettant de dire que tous les combattants afghans contre l'occupation russe étaient des moudjahidines - des combattants du jihâd - et que les Talibans ont pris le pouvoir en 1996 grâce aux divisions entre les principaux "chefs islamistes" : Gulbuddin Hekmatyar (Pachtoune), Ahmad Shah Massoud (Tadjik) et Rachid Dostum (Ouzbek).

Depuis 2001, l'Empire américain ne parvient pas à atteindre les objectifs publiquement affichés. L'occupation militaire et les bombardements de la population civile ont détruit l'économie du pays et ont imposé un gouvernement corrompu par le trafic de la drogue (le frère du président Karzai et le frère du commandant Massoud sont largement impliqués) et ne contrôlant que la capitale.

On oublie que l'Afghanistan a été au cœur d'un échiquier géostratégique entre la sphère d'influence britannique (l'Empire des Indes) et la sphère d'influence russe (l'Iran). C'est pour avoir cherché à assurer son indépendance, à l'origine par les jeux diplomatiques, que le pays s'est ainsi retrouvé à trois reprises en guerre contre le Royaume-Uni (1839-1842, 1878-1880 et 1919). En 1893, l'Empire britannique a fixé autoritairement la frontière (la ligne Durand) entre son Empire des Indes et l'Afghanistan, séparant ainsi l'ethnie pachtoune en deux.
L'imbrication des deux pays [Afghanistan et Pakistan] est donc évidente. Elle l'est encore plus si on prend en compte un élément largement oublié et occulté par le côté islamiste du mouvement taliban : son unité ethnique. Les Talibans sont des Pachtounes et leur objectif n'est peut-être pas de prendre le pouvoir à Islamabad, mais de réunir dans un État taliban les Pachtouns des deux pays séparés par la colonisation britannique. Car dans des frontières artificielles, une fois de plus, se trouve l'origine d'un mouvement qui n'est pas, loin s'en faut, que religieux.
[...]
Le conflit d'aujourd'hui est donc en fait un conflit frontalier issu de la colonisation puis de la décolonisation et transformé par le contexte actuel de l'islamisme taliban.
C'est la ligne Durand qui coupe les territoires pachtounes entre l'Afghanistan et le Pakistan depuis 1893 qui est à la base d'un conflit majeur entre les deux pays. En effet, les territoires pachtounes sont divisés alors par un officier britannique en 1893 pour 100 ans entre l'Afghanistan et le Pakistan qui était une colonie de sa très gracieuse majesté britannique, impératrice des Indes. Mais le Pakistan indépendant n'a jamais accepté le retour de « ses » Pachtounes à l'Afghanistan même pas à la date technique de rétrocession, soit 1993. Ces Pachtouns pakistanais peuplent des zones où depuis toujours l'État pakistanais n'exerce qu'un contrôle distant, laissant aux autorités coutumières un grand pouvoir. C'est dans ces territoires que se sont naturellement consolidés à partir de 2003 divers groupes talibans pakistanais dont l'emprise s'étend donc aujourd'hui à la Province de la Frontière du Nord-Ouest (NWFP) voisine, où se trouvent Swat et Buner. C'est dans ces mêmes zones tribales qu'auparavant, à l'automne 2001, s'étaient réfugiés les Talibans afghans chassés du pouvoir par l'offensive américaine postérieure aux attentats du 11 septembre.
Le Reporter

Alors que le commandement américain s'enlise en Afghanistan, les tentatives de dialogue avec certains Talibans, qualifiés de "modérés" (qui sont-ils ?), s'avèrent une propagande illusoire :
Karzai ne semble pas être l’homme des négociations si on rappelle que, pour sa réélection, le président afghan a choisi comme potentiels vice-présidents, deux anciens chefs de guerre ayant combattu les talibans dans les années 1990, Mohammad Qasim Fahim et Karim Khalili. Il est également allié au chef de guerre ouzbek Abdul Rashid Dostom, accusé d’avoir tué des milliers de combattants talibans, y compris en massacrant ceux qui s’étaient rendus après l’invasion américaine de la fin de 2001. De plus, qu’est-ce qui pousserait aujourd’hui les talibans à négocier ? Sont-ils en position de faiblesse ? C’est loin d’être le cas puisque ces derniers continuent à opérer normalement depuis le Pakistan. Ils s’en tiendront donc à leur première requête, défendue depuis 2001 : pas de négociation sans départ préalable des quelque 100 000 soldats étrangers déployés dans le pays pour soutenir le gouvernement. «Nous ne parlerons jamais au gouvernement de marionnettes de Karzai», a déclaré l’un des porte-parole des talibans, Yousuf Ahmadi, cité par l’AFP.
La Tribune Online

Quand Le Monde dit «Les forces étrangères mènent depuis plusieurs mois de nombreuses opérations dans la province afin de chasser les talibans de leurs bastions et de permettre aux habitants de voter.», cela revient justifier la guerre contre les Pachtounes des deux côtés de la frontière tracée par l'Empire britannique... en 1893.

Serge LEFORT
13/08/2009

12 août 2009

Bulletin SIPAZ

Mexique : Grippe et autres maux

Au cours des derniers mois, quand le Mexique ne faisait pas la Une des journaux du monde entier du fait de la situation de violence liée à la délinquance organisée, il y apparaissait en référence à l'épidémie de grippe AH1N1 : c'est en effet le pays qui a donné l'alerte quant à l'existence de ce nouveau virus, et celui qui a présenté le plus grand nombre de cas de contagions dans un premier temps. Une fois dépassée l'étape d'urgence sanitaire, et bien que la maladie continue à se propager jusqu'à ce jour, elle a révélé trois situations non moins préoccupantes.

D'un côté, on évalue que l'impact économique de l'épidémie pourrait représenter pour le moins 1% du Produit Intérieur Brut (PIB). Au-delà des pertes occasionnées pour le secteur touristique (l'une des premières entrées de devises pour le pays), les restrictions imposées pour essayer de contenir l'avancée de l'épidémie ont achevé de miner une économie qui était d’ores et déjà dans une situation presque aussi critique que lors de la crise de 1995. Ce contexte économique pourrait encore s’aggraver du fait de la réduction de la migration en direction des États-Unis, un phénomène qui avait jusqu’alors joué un rôle de “soupape” pour le Mexique. Cette réduction est bien plus due à la diminution des options d’emploi dans ce pays également affecté par la crise économique mondiale qu’aux mesures de contrôle que les États-Unis ont cherché à mettre en place. La couverture médiatique accordée à la guerre contre le trafic de drogues ou à l’épidémie elle-même a trop souvent tu le fait que près de 40% de la population mexicaine vit en situation de pauvreté. D’un autre coté, l’épidémie a révélé les risques liés au système actuel d’élevage industriel dominé par les grandes entreprises transnationales, ainsi que les problèmes structurels du système de santé mexicain.

Élections dans un contexte de perte de crédibilité des institutions

Le fait qu’autant de mexicains en soient venus à douter de l’existence du virus AH1N1 est très parlant. Dans une bonne mesure, cette incrédulité est due au manque de crédibilité des institutions aux yeux d’un grand nombre d’entre eux. En avril, le Ministère de l’Intérieur lui-même a publié les résultats de la « IVème Enquête Nationale portant sur la Culture Politique et les Pratiques Citoyennes » qui révèlent que seulement la moitié des mexicains considèrent qu’ils vivent dans un système démocratique et un pourcentage similaire pense que le gouvernement préfère imposer plutôt que consulter.

Cette distance entre la population et ses représentants se reflète à plusieurs niveaux, l’un d’entre eux étant la dimension électorale. Le 5 juillet ont eu lieu des élections pour nommer les représentants à plus de 1 500 postes publics. Le taux d’abstention a atteint 55,19% et le vote blanc a représenté 5,40% du total. Celui-ci avait fait l’objet d’un mouvement social significatif pendant la campagne.

Y compris en prenant en compte la faible participation réelle, les résultats de ces élections marquent un tournant par rapport à ceux de la dernière décennie : près de 12 ans après avoir perdu le contrôle de la Chambre des Députés, le Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI, le parti qui était resté au pouvoir pendant plus de 70 ans jusqu’en 2000) a été le grand gagnant de journée. Sur un total de 500 sièges de députés, il en a obtenu 237. Ce même 5 juillet, il a aussi emporté 5 des 6 postes de gouverneurs qui étaient également en jeu.

Le Parti Action Nationale (PAN, actuellement au pouvoir) a obtenu seulement 9 549 000 votes lors des législatives, ce que certains considèrent comme conséquence d’un vote sanction à l’encontre du gouvernement de Felipe Calderón. Il faut rappeler qu’au milieu des signalements pour fraude, le PAN avait officiellement gagné la présidence en 2006 avec environ 14 millions de voix. Il passera de 206 à 143 députés. Les partis de gauche perdront aussi de nombreux sièges au Congrès, leurs résultats ayant probablement été affectés par leurs divisions et conflits internes : au lieu de 126, ils n’occuperont plus que 90 sièges (71 pour le Parti de la Révolution Démocratique, PRD ; 13 pour le Parti du Travail y 6 pour Convergence).

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11 août 2009

Le CRIF, une officine de propagande


L'Union Juive Française pour la Paix s'inquiète devant la multiplication des déclarations du CRIF ou d'organisations membres de ce « Conseil » se faisant les porte parole des courants les plus bellicistes de l'Etat israélien et prétendant obtenir de l'Etat français un alignement pur et simple sur les positions du gouvernement Netanyahou. Ces mêmes organisations veulent obtenir la condamnation pénale de l'antisionisme (en prétendant qu'il ne peut être que le masque de l'antisémitisme) et des appels au Boycott des produits israéliens (assimilé à une volonté de destruction pure et simple de la société israélienne).

Le communiqué du CRIF à propos de la convocation par le Quai d'Orsay de l'Ambassadeur d'Israël est proprement ahurissant.
Alors que le gouvernent français a été plus que discret dans ses réactions face aux crimes de guerre d'Israël (notamment à Gaza en décembre et janvier derniers), à la poursuite de la colonisation et de la construction du Mur, comme au traitement infligé à l'étudiant franco-palestinien Salah Hamouri ; alors qu'il a même été quasiment muet devant les vexations et humiliations subies par ses représentants diplomatiques (la dernière en date étant l'interdiction faite à notre représentant consulaire d'assister à l'audience de dimanche où Salah a vu sa libération refusée) ; quand enfin l'Ambassadeur d'Israël est convoqué au sujet des destructions illégales au regard du droit international de quartiers entiers de Jérusalem Est, et malgré toutes les précautions prises par Bernard Kouchner et Nicolas Sarkozy pour réaffirmer que la France partageait avec Israël les mêmes valeurs, le CRIF s'émeut, affirme que la loi israélienne doit s'appliquer sur la ville de Jérusalem dans sa totalité, en contradiction même avec les résolutions de l'ONU, et demande qu'Israël soit traité en ami.

Auparavant plusieurs organisations parmi lesquelles l'Union des Patrons Juifs de France (UPJF – à ne pas confondre s'il vous plaît avec l'UJFP) avaient diffusé un « appel à la clémence » pour les nervis de la Ligue de défense Juive coupables de la dévastation de la librairie Résistances, excusables de ne « plus croire à la justice de leur pays » devant la « déferlante antisémite » que connaîtrait la France, notamment au travers des actions de Boycott et de la mansuétude de la Justice pour les coupables dans le procès Halimi !

Nous avons déjà dit le caractère de fuite en avant criminelle et suicidaire de la politique israélienne, qui voit dans l'impunité que lui a accordé jusqu'ici la « communauté internationale » (on attend aujourd'hui que les déclarations d'Obama se traduisent en actes) des raisons de poursuivre la dépossession du peuple palestinien alors que cela ne fait qu'éloigner toujours un peu plus la possibilité d'une solution de paix juste et durable.

Nous disons qu'en s'alignant sur cette politique le Conseil dit représentatif des Institutions Juives de France engage les Juifs de France dans la même impasse d'une guerre sans fin contre tous, développant une idéologie de forteresse assiégée par des ennemis et des traîtres.

Nous disons qu'il revient au Président de la République et au gouvernement de ne pas céder à cet invraisemblable chantage communautariste, comme il vient malheureusement d'être fait en interjetant appel du jugement dans l'affaire Halimi.

Nous disons qu'il revient au Président de la République Française et au gouvernement de contribuer à casser cette dérive en développant une position ferme de défense des droits humains de tous les peuples. Cela devrait commencer, notamment, par la suspension de l'accord d'association entre l'Union européenne et Israël (comme prévu à son article 2) et par l'exigence de libération immédiate de Salah Hamouri.

André Rosevègue
29 juillet 2009
UJFP