25 août 2009

Fraudes électorales en Afghanistan


300 000 militaires sont mobilisés pour déjouer les plan des talibans qui tentent à tout prix de perturber la réélection du président Hamid Karzaï.
Le journal de 12h du 20 août 2009, LCI (Voir la vidéo - Télécharger la vidéo)
Commentaires : Pour la communauté internationale la réélection du président Hamid Karzaï est donc assurée avant même les élections. Dont acte.

Articles :

    • 25/08/2009, Afghanistan : six candidats à la présidentielle mettent en garde contre les conséquences de fraudes électorales, AP-Yahoo! Actualités
    La faible participation électorale et les allégations d'irrégularités ont jeté une ombre sur la présidentielle et les élections provinciales organisées jeudi en Afghanistan.
    Les six candidats, dont l'ancien ministre des Finances Ashraf Ghani, notent dans leur déclaration que des dizaines de plaintes ont été déposées, qui pourraient affecter l'issue du scrutin, au point que "nombre s'interrogent sérieusement sur la légitimité et la crédibilité des résultats".
    Une fraude électorale pourrait aboutir "à des violences et des tensions accrues", ajoutent les candidats, estimant que la commission électorale et les observateurs internationaux doivent répondre à leurs interrogations.

    • 25/08/2009, Présidentielle afghane : Un début de résultat, Radio-Canada
    La Commission électorale afghane a dévoilé mardi de premiers résultats de la présidentielle tenue jeudi dernier. Après dépouillement de 10 % des bulletins de vote, le président sortant Hamid Karzaï est crédité de 40,6 % des voix contre 38,6 % pour son ancien ministre des Affaires étrangères Abdullah Abdullah.

    La commission des plaintes électorales, que préside le Canadien Grant Kippen, a reçu jusqu'ici plus de 800 plaintes. Elle juge que 54 d'entre elles sont de nature à modifier les résultats du scrutin. Ces plaintes doivent normalement être résolues avant que le résultat du scrutin ne soit officialisé.

    L'envoyé spécial des Nations unies en Afghanistan, Kai Eide, a reconnu lundi que le scrutin présidentiel avait été entaché d'irrégularités.

    La légitimité du scrutin afghan est mise à mal, non seulement en raison de ces cas de fraudes reconnus par l'ONU, mais aussi en raison des nombreuses attaques perpétrées par les insurgées le jour du scrutin.

Audio-Vidéo :

    • 25/08/2009, Revue de presse internationale, France 24
    Selon le Washington Post, le ministre des finances affirme que le Président sortant Amid Karzaï obtiendrait 68% des suffrages. Si ce chiffre était confirmé cela impliquerait qu’il n’y ait pas besoin de second tour selon le Washington Post. L’opposant Abdullah Abdullah principal adversaire de Karzaï a déjà réfuté des chiffres. Ils dénoncent depuis plusieurs déjà des fraudes. Cette large victoire de Karzaï laisse aussi perplexes les experts. Avec les violences incessantes le Président était au plus bas dans les sondages. Et le Washington Post rappelle qu’en 2004 alors qu’il disposait du soutien populaire il n’avait remporté l’élection qu’avec 55% des voix. Si ce chiffre étrangement haut se confirme cela pourrait entrainer une vague de violences dans un contexte déjà très tendu.

Lire aussi : Dossier Élections 2009

Mexico entre délires et raisons 2/5

A l'ombre terrifiante et burlesque de la pandémie, la ville de Mexico, comme un monstre qu'il s'agit de charmer et d'apaiser, respire, hésite, doute, éclate d'humour et de rire sans joie. Cité réelle ou cité métaphorique ? Celle des habitants de la ville ou la nôtre ? Imaginons que nous avons construit une cellule de crise, comme une bouteille de verre dans les flots furieux d'un océan primordial, à l'heure d'un changement de monde ou du passage d'un monde à un autre. Ce sont les quinze heures de l'émission. Ici s'expriment au passé, au présent et au futur des personnes, hommes et femmes de la ville de Mexico et du Mexique, les plus divers, célèbres et inconnus, riches et pauvres, malades ou en bonne santé, de tel ou tel parti politique, et nous-mêmes qui les écoutons, qui participons à leur discours. Tous sincères à leur manière propre.

mardi 25 août 2009, Perspectives de géopolitique :

Perspectives de géopolitique. Mexico, au Mexique, par rapport aux États-Unis, par rapport à l’Amérique Latine, dans le monde, s’éprouve au quotidien entre Nord et Sud, richesse et misère, tolérance et violence extrême. L’État mexicain sort-il véritablement grandi de la crise qui vient de le frapper, alors qu’on parlait uniquement jusqu’à présent de son incapacité à lutter contre la corruption ou contre le crime organisé ? Le Mexique est un État frontière, aux points de vue politique, économique, culturel, humain ; un État entre deux, un État où la transgression - ou passage - est structurellement pratiquée.

Grandes traversées, France Culture :
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24 août 2009

Mexico entre délires et raisons 1/5

A l'ombre terrifiante et burlesque de la pandémie, la ville de Mexico, comme un monstre qu'il s'agit de charmer et d'apaiser, respire, hésite, doute, éclate d'humour et de rire sans joie. Cité réelle ou cité métaphorique ? Celle des habitants de la ville ou la nôtre ? Imaginons que nous avons construit une cellule de crise, comme une bouteille de verre dans les flots furieux d'un océan primordial, à l'heure d'un changement de monde ou du passage d'un monde à un autre. Ce sont les quinze heures de l'émission. Ici s'expriment au passé, au présent et au futur des personnes, hommes et femmes de la ville de Mexico et du Mexique, les plus divers, célèbres et inconnus, riches et pauvres, malades ou en bonne santé, de tel ou tel parti politique, et nous-mêmes qui les écoutons, qui participons à leur discours. Tous sincères à leur manière propre.

lundi 24 août 2009, La mégalopole de Mexico :

La mégalopole de Mexico, fondée sur l’ancienne Tenochtitlan dans une cuenca endoréique à environ 2200m d’altitude, entre des volcans qui culminent à plus de 4000m, a perdu ses lacs et ses rivières. A la fois urbaine et rurale, elle est aujourd’hui peuplée de presque 24 millions d’habitants. Ses sols s’enfoncent, les tremblements de terre qui la secouent presque quotidiennement sont toujours plus importants, son air s’est raréfié et corrompu. Ses vergers et ses potagers, ses champs de céréales et de nopals sont irrigués d’eau empoisonnée et elle est submergée d’ordures liquides et solides, ce qui met en grave péril la vie des habitants. Elle est au bord d’un désastre annoncé.

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CIA et Jihad

Un documentaire de François-Xavier Trégan et Yassine Bouzar - Rediffusion de l'émission du 16 février 2009.

La fermeture programmée de Guantanamo scelle un scandale mais soulève, dans son sillage, des questions difficiles. Celles, notamment, de l'accueil et de la "réacclimatation" de ceux des détenus qui seront libérés. Après la décision du président Obama, la plupart des pays susceptibles de les recevoir affichaient leur hésitation tandis que le Pentagone indiquait que, sur cinq cent vingt détenus déjà transférés puis libérés à l'époque Bush, soixante-et-un étaient soupçonnés d'avoir repris le jihad à leur sortie.

L'itinéraire qu'affiche le yéménite Naser al Bahri, 36 ans, se veut tout différent. Il a été façonné par les jihad en Bosnie, en Somalie, au Tadjikistan, en Afghanistan enfin, où il préfère les talibans à Massoud. C’est à Jalalabad qu’il rencontre Oussama Ben Laden dont il deviendra le garde du corps. Ben Laden lui explique la guerre qu’il vient de déclarer aux Etats-Unis : « Abu Jandal, tu dois comprendre mon combat » lui murmure celui que Jandal appellera désormais le Cheikh. Débute une formation de sept mois dans les camps d’entrainement. Mais le Yéménite est plus assidu aux lectures qu’au maniement des armes à feu. Le responsable d’Al Qaida évolue lui-même au milieu d’une bibliothèque de « 3000 ouvrages », précise Nasser.... de quoi nourrir les discussions, et forger la confiance. Abu Jandal le garde du corps, le chargé des relations publiques, intègre le centre névralgique du mouvement. Aujourd’hui encore il répète les yeux fermés chaque mot du serment d’allégeance prêté devant l’Emir neuf ans plus tôt, la Baïa.

En fait, Abu Jandal n’est d’aucune des grandes opérations terroristes. A l’été 2000, il est fait prisonnier à Sanaa. Trois agents du FBI tentent de le faire parler après le 11 septembre 2001. Mais le Yémen préfère le libérer 21 mois plus tard en échange d’une totale renonciation à la violence armée. L’homme signe le document. Il moque dorénavant les opportunistes qui « au Yémen, à coup de feuilles de qat et de cassettes vidéo, vendent aux plus démunis et aux plus ignorants le sacrifice en Iraq ou en Afghanistan ». Ses critiques ne lui attirent pas que des sympathies dans les milieux islamistes de la capitale, qui le taxent « d’infidèle ». Au point de le cantonner à la sphère étroite d’un appartement situé à quelques pas de l’Ambassade américaine. Sans travail, le jihadiste pointe tous les mois au poste de police.

Il consacre tout son temps à la création d’un centre de réflexion dédié au jihadisme. Avec comme perspective affichée de remettre dans le « droit chemin » tous ces égarés croisés sur les terrains de guerre, les paumés venus du monde musulman et d’Europe, aveuglément embrigadés.

Les autorités yéménites soutiennent discrètement le principe de son centre baptisé « Al Jiâl » (« générations »), un laboratoire des expériences passées et à venir, annoncé pour le début de cette année. Mais pas question pour les officiels d’y mettre un seul riyal, de peur de crisper l’ami américain ou d’être démenti par l’avenir.

Sur les docks, France Culture - RSS Podcast

Lire aussi :
• Dossier documentaire & Bibliographie 11 septembre 2001, Monde en Question.
• Dossier documentaire & Bibliographie Afghanistan, Monde en Question.

22 août 2009

Fraudes électorales en Afghanistan


300 000 militaires sont mobilisés pour déjouer les plan des talibans qui tentent à tout prix de perturber la réélection du président Hamid Karzaï.
Le journal de 12h du 20 août 2009, LCI (Voir la vidéo - Télécharger la vidéo)

Articles :

    • 22/08/2009, Des observateurs font état de violences et de fraudes, Canoe
    Les observateurs de Nader Nadery ont remarqué que des assesseurs avaient manqué d'impartialité et avaient fait pression sur des électeurs pour qu'ils votent pour certains candidats, un problème très répandu selon lui. Beaucoup de mineurs ont voté alors qu'ils n'étaient pas en âge de le faire.

    Samedi, l'un des petits candidats, le parlementaire Mirwais Yasini, a également dénoncé des fraudes. Il a montré des bulletins de vote déchirés qui, selon lui, avaient été jetés par des assesseurs soutenant Hamid Karzaï.

    Les partisans de Mirwais Yasini ont découvert ces bulletins, mis au rebut, à l'extérieur de la ville de Spin Boldak, dans la province de Kandahar. Ceux qu'ils a montrés à la presse portaient le tampon de la Commission électorale indépendante, qui n'est apposé que sur les bulletins qui viennent d'être utilisés pour voter. «Des milliers d'autres ont été brûlés», a accusé le parlementaire.

    La Fondation d'Afghanistan pour des élections libres et justes [FEFA] était présente dans les 34 provinces, ce qui n'était pas le cas des observateurs internationaux.

    L'Institut national démocratique, basé à Washington, n'a couvert que 19 provinces, évitant le sud et l'est du pays, trop violents. Ses observateurs ont déploré l'absence de listes électorales, ce qui favorise les fraudes. Ils ont regretté aussi que les assesseurs aient été nommés par l'exécutif sortant, ce qui laisse redouter une certaine partialité.

    L'Union européenne, qui n'a couvert que 17 provinces, a de son côté pris «note avec préoccupation de rapports faisant état d'irrégularités et de fraude», selon un communiqué publié samedi par la présidence suédoise de l'UE.

    • 22/08/2009, Présidentielle en Afghanistan : l'Union européenne préoccupée, Libération
    La FEFA (Free and Fair Election Foundation of Afghanistan), principale organisation indépendante afghane d'observateurs électoraux, se montre nettement plus directe dans ses conclusions: selon elle, des fraudes multiples ont entaché les élections, comme «des électeurs munis de plusieurs cartes et votant au nom de femmes», des votes de non adultes, «des fraudes» dont «quelques cas de bourrage des urnes». Et, «dans certains endroits, des hommes armés ont malmené le personnel de la Commission électorale et tenu eux-mêmes les bureaux de vote».

    La FEFA, qui avait déployé 6.968 observateurs, dont 2.488 femmes, dans les quelque 6.200 bureaux de vote, relève également que certains bureaux de vote n'ont pas ouvert ou fermé aux heures officielles, voire sont restés fermés dans certaines provinces - l'Oruzgan par exemple, où seulement six sites sur 36 ont ouvert -. D’autre part, «environ 650 bureaux réservés aux femmes sont restés fermés».

    Chargée de l'organisation et l'annonce des résultats, la Commission électorale, dont plusieurs observateurs ont dénoncé la partialité en faveur d'Hamid Karzaï, est aussi largement critiquée par la FEFA. «Dans certaines régions, la Commission électorale a profité de l'illettrisme des électeurs pour détourner leurs votes au profit de certains candidats», accuse l’organisation.

    • 21/08/2009, Les camps de Karzaï et d'Abdullah revendiquent la victoire, Reuters-Yahoo! Actualités
    Un groupe afghan indépendant, le FEFA, a publié un communiqué où il se dit préoccupé par les conditions de déroulement des élections, ses observateurs disséminés dans le pays ayant fait état de fraudes et d'ingérences de la part de responsables électoraux.
    Le groupe rapporte aussi que le nombre de bureaux de vote réservés aux femmes ouverts était inférieur à ce qui était prévu. Ses observateurs ont signalé enfin des cas où des hommes votaient au nom d'une femme. Ces informations font l'objet de vérifications, précise le Fefa.

    • 21/08/2009, Go tell the world about our fake election, RAWA

Audio-Vidéo :

    • 21/08/2009, Soupçons de fraudes au lendemain du scrutin, France 24
    Les invités de ce Focus sont Claire Billet, correspondante de FRANCE 24 en Afghanistan [journaliste embedded], et Mariam Abou-Zahab, chercheur et spécialiste de l’Afghanistan au CERI, à Sciences Po.

Lire aussi : Dossier Élections 2009

21 août 2009

Les transformations silencieuses


La culture chinoise accorde une place centrale aux transitions. Pas l'Occident. On ne voit rien. Pourtant, heure par heure, jour par jour, tout change. L'enfant grandit, le corps vieillit, la montagne s'érode, le climat change, ou bien le couple, lentement, se délite. Ces modifications minimes et constantes, inaperçues mais essentielles, forment le cours du monde et la trame de l'existence. Elles progressent à bas bruit, partout présentes, invisibles toutefois, à force d'être minimes et graduelles. « Un beau jour », comme on dit, le résultat saute aux yeux, avec la soudaineté apparente et trompeuse d'un événement nouveau : cet amour est mort, la planète est en danger, je suis vieux, l'enfant est grand. Comment cela s'est-il fait ? Sur le coup, nous voilà pantois : nous voyons soudain ce qui était là, patent, en dehors pourtant de notre regard.

A partir de ce constat, aussi banal que philosophique, François Jullien a construit un livre en tous points remarquable. Il montre en effet combien « les transformations silencieuses » constituent ce que la métaphysique européenne a le plus de mal à saisir, alors que la culture chinoise leur accorde, au contraire, une attention soutenue. Depuis les Grecs, l'Occident a privilégié les délimitations : il pense par arêtes vives, par bords tranchés, par formes nettes, par idées « claires et distinctes », comme disait Descartes. Ce qui le rend inapte, en fin de compte, à concevoir les transitions, le passage graduel d'une forme à une autre.

La neige qui fond, par exemple. C'est encore de la neige, ce n'en est déjà plus. Avec ce genre de passage, Platon a bien du mal, et Aristote aussi. Car leur outillage conceptuel est, si l'on peut dire, composé de blocs : ou bien c'est de la neige, ou bien ce n'en est pas. Au coeur de leur pensée se tient en effet la question de l'identité stable, et non ce qui transite, mue ou flue.

Ces transitions incessantes sont pourtant au coeur de la réalité. La pensée chinoise, pour sa part, leur accorde une place centrale. Elle conçoit l'existence entière comme une transformation continue : vie organique et vie politique, monde naturel comme monde social ne sont que jeux de transitions ininterrompues. Sur ce versant de la réflexion, il s'agira avant tout de saisir la logique de la situation, sa dynamique interne, ses capacités propres de développement.

Dans cet horizon disparaissent, purement et simplement, certaines interrogations majeures qui ont obsédé la pensée européenne. Par exemple, la question du commencement (aucun début au vieillissement, pas plus qu'au cycle des saisons), celle du but (la transition ne vise pas le résultat comme un objectif à atteindre), ou même - plus surprenant - celle du temps. Attentive aux calendriers, aux annales, aux datations exactes, la culture chinoise n'a cependant jamais thématisé « le temps » comme notion générale et unique. Cette grande abstraction serait-elle, sur le versant occidental, la contrepartie de l'incapacité à rendre compte des transformations silencieuses ? C'est une des hypothèses de ce livre.

Comme toujours avec François Jullien, il ne s'agit nullement de proclamer la supériorité globale d'une culture sur une autre, de valoriser ou bien de déprécier soit l'Europe soit la Chine. Le geste de ce philosophe est différent : discerner des écarts entre univers mentaux, souligner des évidences dissemblables et faire bouger, par ce détour, nos conceptions ossifiées. Ainsi, nous croyons le plus souvent que l'histoire se construit par des dates clés, et la politique par des événements - révolutions, ruptures, grands ébranlements. Prendre en considération les transformations silencieuses fait voir autrement le même paysage : ce qui émerge sous forme d'un « événement » - unique, radical et brusque - ne serait-il pas le résultat d'une longue et lente accumulation de transitions infimes ?

Ce court volume incite donc, une fois de plus, à cette réflexion nouvelle que François Jullien poursuit de texte en texte. Mais c'est avec une souveraineté à la fois désinvolte et allègre qu'il y parvient désormais. Car ce livre appartient à l'espèce, somme toute assez rare, des textes à la fois limpides et pourvus d'un contenu. Certains auteurs les engendrent, à maturité, quand ils ont assez lu, assez pensé, assez peiné pour pouvoir poursuivre leur chemin d'un pas net et sûr. Heureux effet des lents processus.

Roger-Pol Droit
03/04/2009
Le Monde

Lire aussi : Dossier documentaire & Bibliographie François JULLIEN, Monde en Question.

20 août 2009

Talibans et Alliance du Nord, même combat


Au nom de la démocratie et de la paix, mes chers amis, j’aimerais vous transmettre les salutations les plus chaleureuses du peuple afghan. Avant de parler de la situation dans mon pays, je tiens à remercier, du fond de mon cœur, mes amis du Nouveau Parti démocratique, qui ont pensé à leurs sœurs afghanes et qui m’ont invitée à ce rassemblement.

Mes honorables amis, cinq ans après la chute du régime misogyne et anti-démocratique des Talibans, presque cinq ans après le début de l’attaque menée par les États-Unis contre l’Afghanistan, vous aimeriez sans doute que je vous parle du progrès et des résultats positifs en Afghanistan, mais j’ai le regret de vous informer que l’Afghanistan est encore une terre en proie à un double incendie.

Le gouvernement américain a effectivement renversé le régime des Talibans, avec son esprit médiéval et ses maîtres d’Al Quaeda. Mais, ils ont permis que l’Alliance du Nord accède à nouveau au pouvoir. Ce groupe ressemble aux Talibans sur le plan des croyances, et ils sont aussi brutaux et anti-démocratiques que les Talibans. Parfois encore pires.

En décembre 2003, à titre de représentante à la Grande Assemblée, j’ai parlé de la criminalité de l’Alliance du Nord et des dangers auxquels elle exposerait l’Afghanistan. Mais aujourd’hui, même l’ONU accepte que l’Afghanistan devienne un narco-État sous leur régime.

Il faut que je vous dise que, malheureusement, la situation désespérée du peuple afghan n’a pas changé. Lorsque le pays tout entier vit à l’ombre des armes à feu et des seigneurs de guerre, comment ses femmes peuvent-elles jouir des libertés les plus fondamentales ? Contrairement à la propagande diffusée par certains médias occidentaux, les hommes et les femmes en Afghanistan n’ont pas été « libéré-es » du tout.

J’aimerais vous décrire la réalité de mon pays en pleine crise, même s’il ne s’agit que de la pointe de l’iceberg.

Selon les Nations Unies, c’est un pays qui fait face à une crise de santé qui est considérablement pire que celle occasionnée par le tsunami. Sept cents enfants et entre 50 et 70 femmes meurent chaque jour, faute de services de soins de santé. Le taux de mortalité des mères et des enfants est encore très élevé : entre 1600 et 1900 femmes sur 100 000 meurent en couche. L’espérance de vie est inférieure à 45 ans.

Chez les femmes afghanes, le taux de suicide est terriblement élevé. Selon un sondage récent effectué par UNIFEM, 65 % des 50 000 veuves à Kabul voient le suicide comme la seule issue pour s’échapper de la misère noire dans laquelle elles se trouvent. De plus, le sondage prouve que la majorité des femmes afghanes sont victimes de violence psychologique et sexuelle.

Dans un pays qui a besoin d’énormément d’efforts de reconstruction, 40 % de la main-d’œuvre est au chômage, et une vaste majorité vit au-dessous du seuil de la pauvreté. L’Afghanistan se classe 175e sur les 177 pays de l’indice du développement humain de l’ONU.

Il est ironique que cela se passe dans un pays qui a reçu 12 milliards de dollars et qui s’est vu promettre encore 10 milliards de dollars au congrès à Londres, l’année dernière. Mais cet argent finira principalement dans les poches des seigneurs de guerre pour qu’ils puissent mieux opprimer notre pays.

Les crimes et les actes de brutalité commis par les seigneurs de guerre extrémistes persistent et, ce, sous le nez des troupes américaines et de l’ISAF. Des bandits armés de l’Alliance du Nord ont violé Fatima, âgée de 14 ans, ainsi que sa mère. Ils ont violé Rahima, 11 ans, et sa grand-mère de 60 ans. C’est un pays où Amina, 30 ans, a été tuée par lapidation, où Nadia Anjuman est devenue la cible facile de la violence de son mari parce que celui-ci avait la certitude de bénéficier de l’appui des seigneurs de guerre de l’Alliance du Nord misogyne.

Sous le régime des Talibans, le ministère du Vice et de la Vertu est devenu le symbole d’abus arbitraires, surtout aux dépens des femmes et des filles afghanes. Pourtant, aujourd’hui, le cabinet afghan a décidé encore une fois de rétablir ce ministère horrible plutôt que de se concentrer sur les besoins criants de la société afghane.

Dans une déclaration de l’année dernière, le comité américain pour la protection des journalistes (Committee to Protect Journalists) a dit : « Les journalistes afghans font face à des pressions sévères exercées par les autorités afghanes, y compris des menaces, l’intimidation, même l’incarcération et le meurtre. » Voici ce qui se passe pendant que M. Karzai et les médias de l’Ouest parlent de la liberté d’expression en Afghanistan.

Ceux qui défendent la justice sont menacés de mort. Le 7 mai, 2006, j’ai été agressée physiquement par deux députés au Parlement qui soutiennent les seigneurs de guerre et les drogues, parce que j’avais dit la vérité. J’avais parlé des crimes de l’Alliance du Nord. L’un d’entre eux a même crié : « Prostituée, prenez-la et voilez-la ! »

Plutôt que de se fier aux gens pour traduire en justice ces seigneurs de guerre criminels, le président Hamid Karzai leur donne des postes supérieurs. Par exemple, cette année, il a nommé treize anciens commandants, avec des liens à la contrebande de drogues, au crime organisé et aux milices illégales, à des de postes de hauts dirigeants au sein de la police.

En raison de la situation tragique en Afghanistan, les 4 millions de refugiés afghans inscrits en Iran et au Pakistan n’ont guère envie de retourner dans leur pays.

Mes chers amis, le gouvernement américain ne cesse de dire qu’il ne répétera pas les erreurs du passé en appuyant les extrémistes. Mais la vérité déchirante est que les États-Unis commettent exactement les mêmes erreurs. Ils appuient les extrémistes de façon généreuse, plus que jamais. Les États-Unis dépendent de l’Alliance du Nord, de ceux-là mêmes qui ont transformé l’Afghanistan en enfer entre 1992 et 1996 et qui représentent encore un danger énorme à la stabilité et à la paix dans mon pays.

Kathy Gannon, spécialiste en Afghanistan, dit avec raison que « les États-Unis ne s’intéressent pas à la paix en Afghanistan. Ceux qui ont tué des milliers de personnes, ceux qui ont appuyé l’industrie de la drogue dirigent le pays. »

Les Afghans, les gens partout au monde qui croient à la justice et des organismes internationaux en matière de droits de la personne demandent d’une seule voix que les seigneurs de guerre et les anciens pantins pro-Moscou soient traduits en justice. Mais plutôt que d’être traduits en justice, ils se voient proposer des postes supérieurs et des occasions de siéger au Parlement, avec l’appui des États-Unis et de ses alliés.

Le gouvernement américain inclut Gulbuddin Hekmatyar dans sa liste des terroristes les plus recherchés, mais 34 membres de son parti siègent au Parlement afghan. Les États-Unis travaillent avec des extrémistes pro-américains, et ils s’opposent uniquement aux extrémistes anti-américains. Voilà la raison pour laquelle les gens se moquent de la « guerre au terrorisme ».

L’élection parlementaire elle-même a fait la honte de la démocratie, même si les médias de l’Ouest l’ont appelée une grande réussite. Selon HRW, 70 % des membres du Parlement sont accusés de crimes de guerre, dont des membres de l’État fantoche russe, des trafiquants de drogues, des Talibans et des tueurs de l’Alliance du Nord.

Mes chers amis, les États-Unis ne se soucient pas de la racine du terrorisme en Afghanistan. Voilà pourquoi nous ne considérons pas les États-Unis comme les « libérateurs » de notre pays.

J’espère que vous avez compris, à l’aide des petits exemples que je viens d’énumérer, que mon pays se trouve encore entre les griffes d’extrémistes et de terroristes meurtriers. La situation en Afghanistan, surtout celle des femmes afghanes vouées au malheur, ne changera jamais pour le mieux, tant et aussi longtemps que les seigneurs de guerre ne seront pas désarmés et que la politique en Afghanistan ne sera pas délivrée des terroristes pro et anti-États-Unis.

Je pense qu’aucun pays ne peut donner la liberté à un autre pays. Seulement le peuple lui-même peut s’affranchir. Les événements actuels an Afghanistan et en Irak en sont la preuve.

Je pense que si le Canada et d’autres gouvernements tiennent vraiment à aider le peuple afghan et effectuer des changements positifs, il faudrait qu’ils agissent de façon autonome, plutôt que de devenir un outil avec lequel le gouvernement américain peut imposer ses mauvaises politiques. Il faut qu’ils s’alignent sur les besoins et les désirs du peuple afghan et qu’ils cessent d’aider les seigneurs de guerre et les éléments réactionnaires et ignorants au sein du système. C’est seulement en adoptant une telle approche que les pays pourront gagner la confiance des gens et prouver leur amitié envers le peuple afghan.

Nous sommes profondément désolé-es pour la perte des soldats canadiens en Afghanistan. Si le gouvernement canadien ne peut agir de façon indépendante plutôt que de suivre le programme du Pentagone, nous craignons que les efforts des troupes canadiennes ne servent que le gouvernement américain avant tout, et non pas le peuple afghan.

Nous voulons que le gouvernement canadien exerce une pression pour que des criminels comme Sayyaf, Rabbani, Qanooni, Mohaqiq, Fahim, Mullah Rakiti, les Khalqi et les Parchami soient délogés du pouvoir et traduits en justice. Il faut que les décideur-es canadiens sachent que les seigneurs de guerre de l’Alliance du Nord sont également responsables des circonstances désespérées du peuple afghan et du malheur qui sévit actuellement en Afghanistan.

Je suis consciente des difficultés et des défis, et du risque de mourir aux mains des forces antidémocratiques. Mais je me fie à mon peuple. Un jour, ils pourraient me tuer puisqu’ils ont des armes à feu, ils détiennent le pouvoir et ils ont l’appui du gouvernement américain, mais ils ne pourront jamais me réduire au silence ni cacher la vérité.

Merci.

Malalai JOYA, députée afghane
9 septembre 2006
Congrès du NPD fédéral, Québec
Alternatives International - Le Grand Soir - Sisyphe

Lire aussi :
• Dossier documentaire & Bibliographie Malalai JOYA, Monde en Question
• Dossier documentaire & Bibliographie Afghanistan, Monde en Question

19 août 2009

Propagande contre l'Afghanistan

Alors que, selon l'IFOP, la majorité des Français sont contre l'intervention militaire française en Afghanistan, les médias dominants restent droits dans leurs bottes et poursuivent leur propagande guerrière contre l'Afghanistan.

Le Monde est symptomatique de l'idéologie régnante :
À l'heure où nos démocraties occidentales s'alanguissent au soleil de l'été, une partie stratégique pour l'équilibre mondial se joue en Afghanistan à l'occasion du scrutin présidentiel du 20 août.
Commentaires : La "menace des talibans" seraient plus grande que le maintien d'un gouvernement corrompu par la collaboration et le trafic de drogue et dirigé par Hamid Karzaï, président embedded de la République islamique d'Afghanistan.

Libération ne fait pas non plus dans la dentelle : quitter l'Afghanistan serait «une défaite désastreuse». Les partisans de l'Algérie française, qui excusaient la torture et les exactions de l'armée contre la population, tenaient les mêmes propos colonialistes.

La Charente Libre, oublieuse de la résistance, ne veut pas comprendre qu'une partie de la population afghane voudrait autre chose qu'une occupation militaire et autre chose qu'un Karzaï-Pétain.
[...] si donc l'abstention était la grande gagnante du scrutin, ce serait une terrible défaite pour l'ONU, les Américains et l'ensemble de la coalition. Une défaite politique qui, plus que n'importe quelle bataille militaire perdue, sonnerait le début de la fin.

L'Union ose même retourner l'argument que les bombardements américains de la population civile ne sont pas de nature à convaincre les Afghans des avantages de la démocratie made in USA.
La communauté internationale a beaucoup à perdre dans cette affaire alors que sa crédibilité des faubourgs de Kaboul aux vallées les plus escarpées a faibli en raison des bavures américaines bien exploitées par les opposants locaux, les talibans et la nébuleuse d’al-qaïda.

L'Alsace, qui se garde de rappeler que les États-Unis ont financé, armé et entraîné les islamistes les plus radicaux pour vaincre l'Armée rouge en Afghanistan, pleurniche sur l'échec «de greffer la démocratie occidentale sur une civilisation que rien, dans le passé et dans sa tradition, pas même une nostalgie, n’a préparée à cet implant».

Les Afghans savent bien que la démocratie occidentale consiste à verser des millions de dollars aux chefs de guerre qui collaborent avec l'occupant et à bombarder la population qui résiste à l'occupant.

Lire aussi :
• La régularité des élections afghanes loin d'être établie, Reuters-Yahoo! Actualités
Les cartes d'électeurs pour le scrutin présidentiel et provincial de jeudi en Afghanistan se négocient en vrac aux coins des rues des villes et villages les plus reculés du pays.

• DORRONSORO Gilles et HARLING Peter, La guerre américaine en Irak et en Afghanistan : entre vision messianique et ajustements tactiques, Politique étrangère, 2005.
Un même modèle surdétermine l’action américaine en Afghanistan et en Irak : celui de la conversion démocratique. Largement manichéen, ce modèle distord les représentations que les États-Unis se font de ces deux pays, de l’ennemi qu’ils y combattent et des forces locales susceptibles de les reconstruire. L’échec de la stratégie poursuivie oblige à une gestion de court terme, à des révisions permanentes, qui finissent par s’opposer aux buts politiques initiaux.


Revue de presse mise à jour le 19/08/2009 à 22:00 GMT.