25 septembre 2010

Revue des livres

• DEBENEST Pauline, GAY Vincent, GIRARD Gabriel (sous la direction de), Féminisme au pluriel, Editions Syllepse, 2010.
Cet ouvrage propose de s'emparer de certains des débats qui traversent le féminisme tant dans la sphère militante que dans le monde universitaire. Il met donc délibérément en lumière la diversité des positionne ments, alors même que le combat féministe d'au­jourd'hui se déroule dans un contexte marqué par les régressions et le conservatisme politique. Le choix des textes ici rassemblés s'inscrit dans une démarche matérialiste, en opposition radicale avec les approches essentialistes. Le livre donne ainsi une large place à des entretiens avec des chercheuses et des militantes qui, en France et à l'étranger, ont pris part aux controverses récentes et ont questionné certaines approches du féminisme.
Les propos tenus ici remettent en cause l'ordre de genre inégalitaire et soulignent à quel point les projets de transformation sociale doivent se penser dans l'articulation des combats contre les oppressions, de classe, de race, de genre et de sexualité.

• COLUSSI, Marcelo, El narcotráfico: Un arma del imperio, ArgenPress (formato PDF), 2010.
El narcotráfico es una herramienta del imperialismo estadounidense en su estrategia de hegemonía global con el que controla los países y sociedades que necesita. Por su intermedio, además de manejar enormes cantidades de recursos económicos que oxigenan la economía capitalista mundial, se controla: 1) política y culturalmente a determinados colectivos, los más "molestos" para la lógica de los poderes: jóvenes, sectores marginales, y 2) militarmente a grandes poblaciones, utilizándolo como coartada que permite invadir y/o tener presencia para, al menos en forma oficial, "combatir" ese flagelo.
• WILES Rich, Behind the Wall: Life, Love, and Struggle in Palestine, Potomac Books, 2010 [Palestine Chronicle - Dissident Voice].
Of the approximately seven million Palestinian refugees around the world, more than 650,000 are living in camps along the West Bank and Gaza Strip. Having been forced from their homes, either through violence or the threat of it, those living in these camps, Rich Wiles asserts, suffer greatly from Israeli Army incursions, violence, poverty, and desperation—often even more severely than in the surrounding cities or villages. Although much media attention has been drawn to the area’s political climate, the stories of its dispossessed people have gone largely underreported.
Having spent much of his time in Palestine since 2003, Wiles offers a glimpse inside the West Bank’s refugee camps between 2006 and 2007 through a collection of oral histories, vignettes, and photographic portraits. In these pieces, Wiles recounts conversations with Palestinians of all ages, including survivors of al-Nakba, released child and female prisoners, parents trying to rear their children amid the violence of military occupation, and exiles struggling for the right of return to their original villages. These intimate portrayals not only offer clues to understanding the physical and psychological effects of exile, colonization, and occupation, they also reveal the true Palestinian psyche, one that is at once full of life, love, and strength.
Lire aussi :
• L'actualité des livres
- Centre National du Livre
- Veille littéraire CNL
Dossier Guide des ressources documentaires, Monde en Question.

24 septembre 2010

Revue des revues

AMÉRIQUES

• Frontières - La Mémoire et ses représentations esthétiques en Amérique latine /1, Amerika n°2

• Faire face - Pratiques de résistance dans les sociétés contemporaines Europe-Amérique (XIXe-XXIe siècles), Amnis n°9

• La culture populaire américaine, Revue de Recherche en Civilisation Américaine n°2

• Mexique - Entre changements et continuité, SIPAZ Vol XV n°3

CHINE

• GENTELLE Pierre, La Chine : interrogations sur un avenir, Cybergeo

SOCIÉTÉ

• JUAN Salvador, La sociologie française d'aujourd'hui : au cinquantième anniversaire de la création de la licence de sociologie à l'université française, Socio-logos n°5

• DACHICOURT Clémence, Violences sexuelles et sexuées dans les années 1960-1970, Genre et Histoire n°6

• SIMONIN Damien, Pouvoir et sexualité - Le discours féministe sur la prostitution en France (1968-1986), Genre et Histoire n°6

• Révolution/Libération, Genre, sexualité & société n°3

• Masculinité et "esprit fort" au début de l'époque moderne, Dossiers du Grihl n°1

• PARINI Lorena, Le concept de genre : constitution d'un champ d'analyse, controverses épistémologiques, linguistiques et politiques, Socio-logos n°5

• Genre, mixité scolaire et éducation physique, Tréma n°32

Lire aussi :
• L'actualité des revues
- Ent'revues - la Revue des revues
- A plus d'un titre - Chaque vendredi
Dossier Guide des ressources documentaires, Monde en Question.

23 septembre 2010

3 millions de manifestants


Voici un commentaire idéaliste des manifestations d'aujourd'hui. La perspective d'une grève générale est en effet utopique alors que les directions syndicales traînent les pieds... de peur d'être débordées par la base. Depuis presque trente ans elles ont pris l'habitude de ne rien faire qui serait de nature à gêner le gouvernement de gauche (entre 1981 et 1995) puis, le pli étant pris, le gouvernement de droite.
Avec 3 millions de manifestants dont une proportion croissante de salariés du privé, la journée d'action d'aujourd'hui a été une réussite, ce qui n'était pas gagné d'avance tant un deuxième effort financier dans le mois pour une stratégie d'action et une plateforme revendicative problématiques auraient pu en décourager plus d'un. Dans encore de trop nombreuses villes et entreprises, il n'y aura pas eu d'assemblées générales de grévistes. Les efforts déployés depuis quinze jours par des militants de diverses tendances pour enclencher des mécanismes de reconductions si possible à partir de demain ont portés des fruits encore bien maigres. Pourtant, tous nos réseaux concordent à noter une très sensible progression de la conscience partagée de la nécessité d'une grève générale pour faire reculer le gouvernement. Cette grève générale est forcément difficile à enclencher d'en bas sur un dossier national, chacun ayant notamment une vraie crainte de partir seul ou le premier. L'idée de partir dans une grève de plusieurs semaines pour voir au final les syndicats signer un compromis à la marge sur la pénibilité fait aussi partie des images qui font hésiter.

Les salariés sont incontestablement mobilisables sur le dossier des retraites, et ils ne sont pour la plupart pas dupes des "insuffisances" de plateforme revendicative et de calendrier de l'intersyndicale. Ils savent que la bataille, si elle devait être vraiment engagée dans les semaines qui viennent, sera dure. Ils voudraient qu'elle soit efficace. Les deux semaines qui viennent seront donc décisives.

La Bataille socialiste
23/09/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi : Dossier documentaire & Bibliographie Économie sociale, Monde en Question.

Politique de la peur

La menace terroriste : info ou intox ? Cette question vient immanquablement à l'esprit à la seule vue du ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, nous faire une déclaration dramatique sous la tour Eiffel, exactement là où une fausse alerte à la bombe avait eue lieue quelques heures plutôt.
L'édito politique France Inter
Nous savons tous, intuitivement, que la peur joue un rôle dans la vie politique d'un pays. Et pas seulement lors d'événements exceptionnels comme les attentats du 11 septembre à New York. Mais, parce qu'il est humiliant d'avoir peur et de se l'avouer, nous en minimisons irrésistiblement l'influence, préférant nous réfugier derrière des explications plus "rationnelles" du comportement des gouvernants comme des citoyens.
Le maître-livre de Corey Robin déchire ce voile d'ignorance. Dans une analyse à la fois brillante et provocante, très largement saluée lors de sa récente publication aux États-Unis, il montre en quoi la peur constitue un levier fondamental de pouvoir, même dans une démocratie libérale comme la nôtre. L'auteur conjugue ici une analyse historique de l'idée de peur (de Hobbes à Hanna Arendt en passant par Montesquieu et Tocqueville) avec une description concrète, menée sans complaisances, de la vie politique américaine actuelle. Il s'en dégage une démonstration particulièrement efficace qui déborde le cadre strictement américain pour s'appliquer à tout fonctionnement démocratique. Si cette thèse originale trouble certainement notre confort intellectuel, elle peut aussi nous dessiller politiquement les yeux pour des lendemains mieux libérés de la peur.
ROBIN Corey, La peur - Histoire d'une idée politique, Armand Colin, 2006 et Pluriel Hachette, 2008 [A contrario - AgoraVox - Nouvelles d'Orient - Sciences Economiques et Sociales - Extraits].

Lire aussi :
• ROBIN Corey, De la peur en temps de guerre, Vacarme n°18, 2002.
• ROBIN Corey, "L'administration Bush gouverne par la peur", Le Monde, 11/08/2004.
• ROBIN Corey, Wikipédia.
• Politique de la peur, Wikipédia.

• Peurs citadines, Histoire urbaine n°2, 2000.
• Les médias et la peur, Université de Neuchâtel, 2003.
• Peurs et menaces, Terrain n°43, 2004.
• Politiques de la peur, Lignes n°15, 2004.
Dossier documentaire & Bibliographie Propagande, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Risque & Gestion du risque, Monde en Question.

Sélection bibliographique :
• ARPAGIAN Nicolas, L'Etat, la peur et le citoyen - Du sentiment d'insécurité à la marchandisation des risques, Vuibert, 2010,
Si les leaders de la Gauche et la Droite françaises sont désormais presque unanimes pour affirmer que la sécurité est la première des libertés, ce sont maintenant les conditions dans lesquelles s'exerce cette sécurité qui font débat. Notamment du fait que d'ici 2014, les effectifs de la sécurité privée dans notre pays dépasseront ceux cumulés de la police et de la gendarmerie nationales. Quel rôle restera-t-il à l'Etat en la matière ? Quelles seront les conséquences pour le citoyen devenu client, consommateur de sécurité ? Quelles incidences cela aura-t-il sur notre modèle de société ? Au-delà des stricts enjeux de sûreté, c'est bien une analyse prospective sur l'avenir de notre collectivité nationale que propose cet ouvrage. Avec à la clé une indispensable réflexion sur ce qui constituera demain le cœur de notre pacte républicain.

• BONELLI Laurent, La France a peur - Une histoire sociale de «l'insécurité», La Découverte, 2010.
Zones de non-droit», «délinquants toujours plus jeunes et plus récidivistes», «flambée de la violence urbaine» : l'«insécurité» semble devenue l'un des principaux problèmes sociaux du début du XXIe siècle en France. Les responsables politiques, de droite comme de gauche, invoquent la «demande de sécurité» de leurs électeurs pour réclamer une action plus énergique de la police et de la justice et les gouvernements successifs ont rivalisé dans l'adoption de lois et de mesures nouvelles en la matière.
D'où vient une telle inflation du thème de la sécurité depuis le début des années 1980 ? Dans quelle mesure a-t-elle modifié la perception des milieux populaires et de leurs problèmes sociaux ? Cet ouvrage montre que l'émergence de l'«insécurité» est inséparablement liée aux formes de précarités qui se développent depuis la fin des Trente Glorieuses et au recul constant de l'État social. C'est à partir de l'ensemble de ses dimensions qu'il aborde cette question, des transformations des quartiers populaires à celles du jeu politique, du traitement médiatique de la «délinquance» aux savoirs et expertises en tout genre mobilisés pour l'interpréter, des politiques locales de sécurité jusqu'aux mutations profondes intervenues dans l'organisation et les missions de la police, de la justice et de l'école.
Avec la reformulation progressive de la question sociale en impératif d'«ordre dans la rue», c'est tout un pan des relations entre les citoyens et les institutions républicaines qui a changé de visage. Un livre somme qui permet de prendre la mesure d'un changement d'époque.

• CORNACHON Jean-Yves, Dictature de la peur, Éditions Bénévent, 2007.
Cet ouvrage expose, traite, analyse les peurs multiples de l'homme dans notre société. La peur monopolise notre existence dans tous les domaines, politique, économique, psychologique, sociologique. C'est une véritable maladie contemporaine. La peur évoque toute l'histoire de l'humanité.

• CRÉPON Marc, La culture de la peur, Galilée, 2008.
Les usages politiques de la peur, son invocation et son instrumentalisation qui furent le privilège des régimes de terreur, ne peuvent plus servir aujourd'hui de critère discriminant entre les démocraties et les régimes, dont, par principe, elles devraient être distinctes. Dans tous les domaines de l'existence, les citoyens sont affectés par la «culture» dont elle fait l'objet - une culture qui les conduit à tolérer des discours et des pratiques qu'ils n'auraient pas cru pouvoir ni devoir accepter auparavant. Ainsi se sédimente dans nos vies «l'inacceptable», au nom d'une exigence démultipliée de protection et de sécurité.
La question alors est de savoir quelle est, dans cette exigence, la part du besoin de «sécurité humaine», dont aucun discours politique ne devrait faire l'économie, et celle de «la sécurité de l'État». S'il est vrai que leur frontière indécise se joue, à chaque fois, dans le choix et le calcul des «cibles de l'insécurité», au double sens d'un génitif subjectif et objectif, l'avenir de la démocratie appelle une critique ininterrompue de ces choix et de ces calculs - à plus forte raison quand ils se portent sur la figure de l'étranger.

• DAKHLI Leila, MARIS Bernard, LOSSON Christiane, Gouverner par la peur, Fayard, 2007.
De toutes parts montent les discours de la peur, des peurs. Peur de l'insécurité, de la précarité, du chômage. De la violence, de la marginalisation, d'être délocalisé. Peur de l'ouvrier chinois, du plombier polonais, de son collègue de travail, du terroriste. Peur aussi de ce que l'on mange, de ce que l'on boit, de son corps. Peur du changement climatique. Peur intime et peur publique. Peur de tout. Cette montée de la parole collective sur l'angoisse pourrait être positive : connaître et énoncer ses peurs, c'est déjà les combattre. Il suffirait de changer de regard, de déchausser les lunettes de la morosité ambiante pour prendre une mesure apaisée des évolutions positives comme des risques encourus par nos sociétés contemporaines. Or c'est tout le contraire qui se passe : loin de se réduire, nos peurs grandissent chaque jour un peu plus. Pourquoi a-t-on tant de mal à les affronter, dans un contexte qui est loin de s'être autant détérioré qu'on voudrait nous le faire croire ? L'exploitation de l'angoisse rapporte, et parfois beaucoup, au sens propre. Mais qui a intérêt à gouverner par la peur ? Quelles formes de résistance et quelles alternatives peut-on y opposer ?

• DELUMEAU Jean, La peur en Occident - XIVe-XVIIIe siècles, Pluriel Hachette, 1999.
Non seulement les individus pris isolément, mais les collectivités et les civilisations elles-mêmes sont engagées dans un dialogue permanent avec la peur. Celle-ci prend toutefois des visages différents, depuis les terreurs médiévales jusqu'à l'obsession contemporaine de la sécurité. Jean Delumeau montre à la fois les continuités et les ruptures, ainsi que la diversité des formes prises par la peur en Occident. Des peurs collectives, comme celles engendrées par la peste, aux séditions populaires, des visages de Satan aux procès en sorcellerie, ce livre a profondément renouvelé l'histoire des mentalités et des comportements. Cet ouvrage inaugure ainsi la grande enquête consacrée par Jean Delumeau à l'histoire des représentations collectives, des inquiétudes et des espoirs de l'humanité occidentale, qui s'est poursuivie par l'exploration du péché et de la culpabilité, puis par celle de la rédemption et du paradis.

• LECOURT Dominique, L'âge de la peur - Éthique, science et société, Bayard, 2009.
OGM, nanotechnologies, épidémies, réchauffement climatique, clonage, trous noirs... les découvertes scientifiques sont de plus en plus sources d'inquiétudes. Pour contrer ce sentiment de peur, aussi diffus que paralysant, Dominique Lecourt nous délivre dans ces chroniques un savoir précis, utile et accessible. Et nous met en garde contre deux écueils : la détestation de la technique, qui permet tous les jours de nombreux progrès d'une part, la professionnalisation de l'éthique, qui voudrait en faire une somme de textes administratifs d'autre part, alors qu'elle est une interrogation philosophique sur la vie humaine, qui nous concerne tous.

• LEJEUNE Dominique, La peur du rouge - Des partageux aux gauchistes, Belin, 2003.
La peur sociale provoque les "effrois", les émeutes et les "folles commotions" des populations révoltées dès le Moyen Age. Elle est la peur de ceux qui sapent les colonnes de la société, comme les partageux du premier XIXe siècle, avides de redistribution des richesses et de substitution du socialisme au capitalisme. Aux environs de 1840, en effet, la Révolution industrielle prend son essor, un prolétariat en naît et, avec lui, se nouent les tensions sociales, liées à toute croissance économique brutale. La politique aime les couleurs, mais le bourgeois vomit le "rouge", fier de son travail. Après la phobie des attentats anarchistes de la fin du XIXe siècle, l'homme du XXe siècle a eu bien davantage de craintes politiques et sociales, d'abord multipliées par les affiches du "moujik hirsute" de 1919, qui concrétise la hantise des "rouges", version bolcheviks cette fois-ci. Il a connu - pas forcément éprouvé - la hantise de la Guerre froide, du "camp communiste", de l'Armée rouge, des "gauchistes" et des "étés chauds" Qui a réellement "profité" de cette peur ? Les "rouges" ont-ils été manipulés ? Et la "cible" n'a-t-elle pas totalement changé avec la drogue, les banlieues "à risque", le terrorisme ?

• LITS Marc (sous la direction de), La peur, la mort et les médias, Éditions Vie Ouvrière, 1993.
Quel est le rôle social de ces récits de mort et de violence, qui remplissent nos écrans et nos journaux, telle est la question que posent les différents articles de cet ouvrage, qui vont du questionnement théorique sur "la peur, les médias, le lecteur" ou sur les stratégies narratives de la peur au cinéma, à l'étude minutieuse d'une enquête du quotidien bruxellois La Dernière Heure, fondée sur la thématique de l'insécurité.

• MARZANO Michela, Visages de la peur, PUF, 2009.
Comment la peur surgit-elle face à l'inconnu ? Comment exprime-t-elle la crainte des autres - peur de l'étranger, de l'ennemi, du monstre, du différent - ainsi que la volonté d'écarter de soi l'irréductible altérité qui habite tous les êtres humains ? L'auteur montre ici que la peur est souvent instrumentalisée par les pouvoirs politiques, jusqu'à devenir un moyen de contrôle et de gouvernement. Ainsi est-elle utilisée pour bâtir des politiques sécuritaires qui "institutionnalisent" la méfiance de chacun à l'égard de tous. Mais, même si elle renvoie à la fragilité et à la contingence de la condition humaine, la peur n'est pas invincible : elle ne réduit pas nécessairement notre marge de manoeuvre. Une fois admise l'idée que tout ne peut pas être "contrôlé" et que l' "inattendu" est une composante de la vie, nous pouvons tenter de construire des relations de confiance qui, tout en ne nous mettant pas à l'abri de l'inconnu ou de l'imprévu, nous permettent aussi d'aller vers les autres, de même que de renouer avec notre propre altérité.

• MAURIN Eric, La peur du déclassement, Seuil, 2009.
Déclassement le mot est aujourd'hui sur toutes les lèvres et sous toutes les plumes Mais, au-delà de son caractère incontournable, il recouvre deux réalités bien distinctes. La plus évidente a trait aux ruptures qui conduisent des individus à voir leur position se dégrader La deuxième est encore plus décisive : c'est la peur du déclassement. Cette angoisse sourde, qui taraude un nombre croissant de Français, repose sur la conviction que personne n'est " à l'abri ", que tout un chacun risque à tout moment de perdre son emploi, son salaire, ses prérogatives, en un mot son statut. En rendant la menace plus tangible, les crises portent cette anxiété à son paroxysme. Source de concurrence généralisée et de frustrations, la peur du déclassement est en train de devenir l'énergie négative de notre société. A partir de ce constat, Eric Maurin fonde une sociologie des récessions et propose une lecture radicalement neuve de la société française, tout en aidant à repenser les conditions de sa réforme.

• REY Henri, La peur des banlieues, Presses de Sciences Po, 1999.
La grande peur des banlieues revient périodiquement occuper le devant de la scène médiatique. Peur des violences urbaines, de l'intégrisme religieux, des nouvelles "classes dangereuses", peur surtout devant l'inconnu.
Parallèlement, les habitants des banlieues sont censés vivre dans l'inconfort de la peur quotidienne ; leur sentiment d'insécurité devrait logiquement les conduire à soutenir par leur vote protestataire l'extrême droite lepéniste.

• TODOROV Tzvetan, La peur des barbares, Livre de Poche, 2009.
Dans une réflexion qui nous fait traverser des siècles d'histoire européenne, Tzvetan Todorov éclaire les notions de barbarie et de civilisation, de culture et d'identité collective, pour interpréter les conflits qui opposent aujourd'hui les pays occidentaux et le reste du monde. Une magistrale leçon d'histoire et de politique, et une véritable " boîte à outils " pour décrypter les enjeux de notre temps.

• VIEGNES Michel, La peur et ses miroirs, Imago, 2009.
La peur a mauvaise réputation. Faiblesse honteuse, elle est ressentie comme infantile et ridicule, et serait, lorsqu'elle est collective, à l'origine de toutes les exclusions sociales - racisme, xénophobie, obsession sécuritaire… Pourtant, elle constitue une part essentielle de l'expérience humaine. Lovecraft voyait même en elle «l'émotion la plus forte et la plus ancienne de l'humanité».
Dans le présent ouvrage, historiens, psychologues, et spécialistes de littérature, de cinéma et de musique, analysent, sous de multiples aspects, cette expérience - ses manifestations et ses représentations. Aspect psychologique : peurs normales et pathologiques, phobies… Aspect linguistique : de la peur à l'angoisse, ou à la terreur. Aspect historique : crainte de Dieu, peur de l'an mil, recours aux saints protecteurs. Aspect religieux : vision de l'hindouisme ou du bouddhisme. Aspect social : peur de l'autre, peur de la surpopulation, de la technique, de la catastrophe atomique ou écologique.

• VIRILIO Paul, L'administration de la peur, Textuel, 2010.
Chaos climatique, paniques boursières, crise économique, périls techno-scientifiques. menaces pandémiques, suicides " professionnels "... L'énumération des peurs contemporaines est sans fin. Effet de loupe médiatique? Construction paranoïaque? Fantasme? Pour Paul Virilio, il y a bien de quoi avoir peur. Car le monde est plein comme un oeuf, qu'on y accélère toujours plus les flux en y contractant l'espace et que la peur devient l'objet d'une véritable gestion politique, les Etats étant tentés de substituer un globalitarisme sécuritaire à la traditionnelle protection des individus contre les risques de la vie.

22 septembre 2010

Casse-toi pauvre Rom !


Il est fier, Monsieur Besson, du nombre de Roms expulsés, de camps démantelés. Il ne fait pourtant, avec le gouvernement, que s'inscrire dans une longue tradition de xénophobie et de racisme envers les Roms, tsiganes ou gens du voyage.
Là-bas si j'y suis

On les appelait autrefois des Bohémiens, aujourd'hui des Tsiganes, des Manouches, des Gitans ou des Roms. Depuis 600 ans qu'ils sont arrivés en Europe partout où ils passent, ils inspirent tantôt la curiosité, tantôt la méfiance qu'éprouvent toujours les sédentaires pour les "gens du voyage". Accusés naguère d'être des sorciers, aujourd'hui des voleurs traqués, fichés, emprisonnés ou expulsés, et même exterminés pendant la deuxième guerre mondiale, ils ont toujours été persécutés. "Contre tous ceux se disant Bohémiens, leurs femmes, enfants et ceux de leur suite, en cas qu'ils soient rencontrés dans quelques bourgs ou villages, il est enjoint de sonner le tocsin, et aux communes leur courir sus." pouvait on lire dans une ordonnance du Châtelet à la fin du Moyen Âge. Bien avant une circulaire du directeur de cabinet de Brice Hortefeux qui, il y a quelques jours demandait aux préfets d'évacuer les campements de Roms conformément aux mesures sécuritaires prises par le gouvernement.
2000 ans d'Histoire

Aujourd'hui, à Opéra, une charmante cité aux portes de Milan. En décembre 2006, les habitants ont assiégé pendant plus d'un mois un camp de Roms et mis le feu à leurs tentes. Cet évènement fut le premier de toute une série d'actes anti-roms à Rome, Naples, et installe un vrai vent de romophobie à travers toute la péninsule.
Là-bas si j'y suis

C'est une ville faite de barres d'immeubles désolés... qui datent de l'époque soviétique et qui semblent devoir tomber incessamment sous peu... mais aucun de ces immeubles n'est plus immonde que ceux réservés aux Roms... Ainsi commence ce matin le reportage du new York Times à lire en une de l'International Herald Tribune.
Nous sommes juste à côté de la décharge à l'extérieur de Bucarest ...là les gens vivent dans des studios qui partagent toilettes et salles de bains, sans eau chaude bien évidemment... c'est là que Maria 62 ans s'occupe de son mari mourant dans un appartement aussi grand qu'une cellule, infestée de moustique et de mauvaises odeurs... elle n'a pas travaillé depuis 5 ans. "C'est qu'il n'y a pas grand chose pour nous ici en Roumanie...alors maintenant que nous sommes dans l'Union Européenne nous avons le droit d'aller chercher mieux ailleurs non ?"
C'est ainsi que des milliers de Roms appelés aussi gitans partent vers l'ouest de l'Europe chercher fortune comme d'autres avant eux... la plupart sont peu qualifiés voir illettrés... certains trouverons des emplois de ferrailleurs ou de main d'œuvre dans le BTP mais beaucoup aussi, les plus visibles se distinguent dans la mendicité ou des petits délits... c'est aujourd'hui l'épine que l'Union Européenne n'arrive pas à sortir de son pied écrit le journal… car elle met l'UE face aux responsabilités prises lors de l'élargissement...
Revue de presse internationale

Il y a quelques semaines, frappé par l'expulsion des Roms, un collectif de chercheurs faisait l'hypothèse d'un racisme d'Etat à l'œuvre dans l'Hexagone. Nul doute que ces chercheurs auront vu dans la circulaire du cabinet Hortefeux une confirmation de leur thèse. La fameuse circulaire exigeant l'évacuation systématique des campements illicites "en priorité ceux des Roms" peut en effet passer pour la traduction administrative d'une volonté de ciblage ethnique. Pour certains, l'analogie entre cette politique et celle, xénophobe et raciste menée à la fin des années 1930, voire sous Vichy, ne relève plus de l'anachronisme. Non que les expulsions de Roms puissent être comparées à des déportations, mais parce que la désignation comme bouc émissaire d'une fraction de la population déclenche la même infernale mécanique de stigmatisation. C'est bien ce qu'a tenté de dire la commissaire de la Justice et des Droits fondamentaux Viviane Reding.
Ce ne sont que d'absurdes parallèles, répondent d'autres, insistant bien sur le fait que c'est au nom de la sécurité que les Roms sont chassés et non d'une quelconque appartenance ethnique.
Commentaires : Brice Couturier noie le poisson en opposant Eric Fassin (sociologue) et Malika Sorel (Membre du Haut Conseil à l'Intégration) dont il partage le racisme.
Du grain à moudre

Lire aussi :
Dossier documentaire & Bibliographie Nationalisme, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Racisme, Monde en Question.

Petites culottes en trompe-l'oeil


Les images d'une collection de vêtements circule actuellement sur Internet, notamment par mail. Elles présentent des jupes arborant des fessiers de femmes en trompe-l'oeil, qui selon les commentaires accompagnent les clichés "font fureur au Japon".

Lire Zigonet

Lire aussi : Dossier documentaire & Bibliographie Mode & Vêtement, Monde en Question.

21 septembre 2010

Le spectre de la pauvreté

Plus d'un Français sur deux a connu ou a été sur le point de connaître un jour la pauvreté et une très large majorité estime que leurs enfants font face à un risque de pauvreté bien plus grand, montre un sondage publié lundi.


Les Français considèrent que l'on est pauvre lorsqu'on dispose d'un revenu net inférieur à 1.003 euros par mois, selon cette étude annuelle Ipsos pour le Secours populaire français (SPF), un montant plus élevé que le seuil de pauvreté officiel de 910 euros.

Interrogés sur leur situation personnelle, une majorité de sondés (53%) disent avoir été proches de connaître la pauvreté. Parmi eux, 33% affirment l'avoir affrontée et 20% ne pas l'avoir connue.

"Nous assistons en ce moment à un raz-de-marée de la misère. Ce sondage est le reflet de ce qui se passe réellement dans la vie", a déclaré le président du SPF, Julien Lauprêtre, lors d'une conférence de presse de présentation des résultats.

"Nous avons de plus en plus de personnes âgées, de familles monoparentales et de travailleurs pauvres. Nous avons aussi un phénomène nouveau, des petits artisans, petits commerçants", victimes de la crise économique, a-t-il ajouté.

Si les personnes aux revenus modestes (55%) ou peu diplômées (70%) restent surreprésentées parmi ceux qui ont connu ou connaissent la pauvreté, l'institut Ipsos relève une hausse de la part des 35-44 ans et des hommes, frappés par l'aggravation du chômage ces deux dernières années.

La crainte de tomber dans la pauvreté est encore plus forte lorsqu'il s'agit des enfants. Selon cette étude, 84% des Français estiment que les générations à venir seront plus exposées au risque de pauvreté que la leur, dont 53% pensent que ce risque est "beaucoup plus élevé".

Les jeunes âgés de 18 à 30 ans témoignent de ces craintes. A la question de savoir quel sentiment domine lorsqu'ils pensent à leur situation actuelle et à venir, 50% répondent: l'angoisse.

Ce sentiment est le plus souvent cité, devant la colère (38%) et l'impatience (38%). Seuls 25% des 18-30 ans se disent confiants. Le désespoir est cité par plus d'un jeune Français sur cinq (21%).

S'ils se disent globalement satisfaits de leur situation, les 18-30 ans font part d'un mécontentement assez élevé dans deux domaines: la situation professionnelle (24%) et le niveau de vie (33%). Les jeunes sont les durement touchés par le chômage, qui concernait 23,3% des 15-24 ans au second trimestre.

Ce sondage sur les Français et la pauvreté a été réalisé les 9 et 10 juillet auprès d'un échantillon de 1.021 personnes représentatif de la population âgée de 15 ans et plus.

Celui sur les 18-30 a été mené entre le 9 et le 24 juillet auprès de 611 jeunes issus d'un échantillon représentatif de 2.895 Français âgés de 15 ans et plus.

Reuters-Yahoo! Actualités

Lire aussi : Dossier documentaire & Bibliographie Économie sociale, Monde en Question.

20 septembre 2010

Comment notre cerveau apprend-il ?


La capacité d'apprentissage joue un rôle essentiel dans note vie. Pourtant, ses mécanismes échappent largement à notre conscience. Nous apprenons dès notre naissance sans nous en rendre compte et nous avons ensuite plus de difficultés à apprendre volontairement, à l'école par exemple. Enfin, lorsque l'âge avance, l'une des fonctions centrales de cette faculté, la mémoire, subit des dégradations problématiques comme celles qui sont provoquées par la maladie d'Alzheimer. L'apprentissage fait l'objet de recherches depuis la fin du 19e siècle avec des médecins qui sont devenus célèbres comme le russe Ivan Pavlov, prix Nobel en 1904 pour ses travaux sur les réflexes conditionnels. Au 20e siècle, des psychologues comme l'américain Burrhus Skinner ou le suisse Jean Piaget ont pris le relais.

La révolution actuelle résulte des progrès spectaculaires de l'imagerie cérébrale. Jusqu'à ces dernières années, les chercheurs devaient essentiellement se contenter de résultats d'expériences sur le comportement. Les premières générations d'instruments d'imagerie médicale ont commencé à ouvrir la "boîte noire" du cerveau en permettant d'en observer le fonctionnement. Les nouvelles installations du centre de neuro-imagerie du CEA, NeuroSpin installé à Saclay, ont pour but de repousser les limites de ces instruments en augmentant la puissance de l'imagerie par résonnance magnétique.

Science Publique in Semaine neurosciences