29 avril 2011

Les choses se compliquent de plus en plus en Libye


Sans fin en vue, la situation en Lybie est en train de tourner au désastre humanitaire avec des conséquences étendues.

Après des semaines de combats en dents de scie, le conflit lybien semble être arrivé à un point mort. Les alliés occidentaux semblaient tenir pour acquis qu'ils pourraient intervenir et chasser le dirigeant lybien Mouammar Kadhafi par le biais de frappes aériennes.

Mais même avec l'aide des bombardements alliés, les forces rebelles se sont montrées incapables de prendre un avantage apparent sur les troupes gouvernementales.

En fait, avec l'augmentation du nombre des pertes civiles et un désastre humanitaire qui va grandissant, les opérations militaires occidentales n'ont réussi qu'à convaincre quelques rebelles que l'opposition est en train de trahir les intérêts nationaux et qu'elle recourt aux puissances occidentales pour renforcer ses propres intérêts.

L'impotence politique de l'opposition apparait progressivement. Car à part accuser le régime de Kadhafi de corruption et de dictature, elle n'a trouvé aucun autre argument convaincant permettant de remettre sa légitimité en cause.

L'opposition est composée d'un grand nombre de factions luttant pour le pouvoir, ce qui a sapé l'unité des rebelles, et les alliés occidentaux craignent que dans une ère post-Kadhafi, l'opposition soit incapable de restaurer l'ordre.

Pour les alliés, une intervention militaire qui s'éterniserait aurait pour résultat inévitable un nombre croissant de pertes civiles et de graves problèmes humanitaires, comme la destruction des infrastructures civiles, un afflux de réfugiés et une pénurie de nourriture et de soins médicaux. Ce qui permettrait au régime de Kadhafi de faire tout un ramdam sur la misère du peuple lybien et de proclamer que les souffrances du peuple ont été causées par l'Occident et que la seule porte de sortie est de revenir au statu-quo ante.

Une intervention militaire des alliés qui s'éternise pourrait aussi consolider les sentiments anti-guerre dans leurs propres pays, et du fait de la crise financière et de la situation fiscale déjà difficile dans les pays occidentaux, les alliés ne pouvant financer de manière infinie leur opérations militaires sur le terrain.

Après avoir encaissé les frappes aériennes des alliés et les attaques de l'opposition, Kadhafi a eu tôt fait de débuter une offensive diplomatique. Il n'a épargné aucun effort pour obtenir le soutien des pays voisins de l'Union Africaine et a utilisé le fait que la Lybie, en tant que pays africain, souffre d'une intervention étrangère pour réveiller la flamme de sentiments anti-colonialistes latents. Le leader lybien souhaite voir toute l'Union Africaine soutenir sa légitimité.

En Afrique, le gouvernement de Kadhafi est de plus en plus considéré comme le porte-drapeau du combat contre l'intervention colonialiste occidentale. La Lybie est en train de devenir la ligne de front des pays africains contre les ingérences occidentales, plutôt qu'un endroit où les Nations-Unies ont donné mandat pour l'instauration d'une zone d'interdiction de vol destinée au maintien de la paix, qui avait pour but d'empêcher que les civils lybiens ne soient attaqués par le régime de Kadhafi.

Plus longtemps les pays occidentaux seront entraînés dans le conflit intérieur de la Lybie, et plus les sentiments anti-interventionnistes de l'Afrique se renforceront, avec pour résultat que la légitimité politique de l'opposition lybienne se réduira plus encore, obligeant l'Occident à entreprendre des opérations encore plus étendues en Lybie, ce qui les conduira en fin de compte à s'enliser en Afrique.

Comparée avec l'unité croissante de l'Afrique, la fragmentation du monde arabe pourrait porter préjudice aux espoirs de trouver une solution à la situation en Lybie. S'agissant du problème lybien, les pays arabes semblent plongés dans la confusion.

Ils ont d'abord essayé d'inciter les pays occidentaux à intervenir dans le conflit lybien et tenté de laisser Kadhafi servir de mouton à sacrifier pour tous les troubles du Moyen-Orient, en particulier ceux qui font face à la pression de la révolte de leur propre peuple.

Mais quand Kadhafi a commencer à résister aux frappes militaires des alliés, la Ligue Arabe a commencé à se démarquer légèrement de l'Occident pour éviter d'être étiquetée comme « traitre aux intérêts arabes » par ses peuples. Ceux des pays, rares, qui suivent avec fermeté les traces des occidentaux pourraient fort bien connaître le prix de la colère du monde arabe dans le futur.

Plus largement, la crise lybienne a causé une division du monde arabe en trois parties. Ceux qui se sont tournés vers l'Afrique, ceux qui se sont tournés vers l'Iran et ceux qui se sont tournés vers l'Occident. Avec pour résultat que l'influence du monde arabe dans les affaires du monde en a été encore réduite.

L'implication croissante de l'Occident, combiné avec les relations complexes entre pays de la région et les conflits et rancoeurs religieuses et tribales, tout cela risque de compliquer plus encore la situation et de rendre plus difficile encore l'établissement de la paix dans la région.

Renmin Ribao

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