2 novembre 2013

Chris MARKER

Politiquement, Chris Marker a navigué de l’extrême droite nationaliste (tendance pétainiste) à la gauche nationaliste (Parti Communiste Français). Comme Guy Debord, il a organisé sa légende en contrôlant son image et sa biographie.

La jetée, court métrage considéré par ses admirateurs comme un chef d’œuvre, n’est qu’une suite de photographies en noir et blanc dominées par le commentaire d’une voix off qui prétend faire sens. Ce procédé, qui relève d’avantage de la propagande que du cinéma, est aujourd’hui largement utilisé dans les documentaires télévisuels.

Pas étonnant que les petits maîtres à penser, en quête de référence auto-justificatrice, organisent une rétrospective des films de Chris Marker après celle consacrée à Guy Debord. Tout un programme… contre le cinéma car, excepté La jetée, il n’a produit que des documentaires qui ne résistent pas au temps.

1953, Les statues meurent aussi

Fiche : AlloCiné
Critiques : Ciné-club de Caen
Images fixes. Commentaires en voix-off sur un ton didactique. Les images de statues, présentées sans indications (lieu de provenance et date de leur production), construisent une vision an-historique de l’art africain. Elles illustrent un discours doublement étranger, parce que d’une part une sculpture ne parle pas et d’autre part cette parole, même sympathisante, reste occidentale.

1958, Lettre de Sibérie

Fiche : AlloCiné
Critiques : Ciné-club de Caen


Cet extrait, seul passage intéressant, illustre le fait que les commentaires en voix-off, accompagnés d’une musique et/ou de bruitages, imposent la lecture des images. Discours contradictoire puisque Chris Marker réalise dans tous ses documentaires ce qu’il dénonce ici.

1961, Cuba Si

Fiche : AlloCiné
Critiques : Ciné-club de Caen
Produit du discours tiers-mondiste des socialistes de salon qui glorifia la révolution cubaine en passant sous silence la dictature qu’imposa Fidel Castro à son peuple pris en otage par l’embargo occidental imposé par les États-Unis. Chris Marker est fidèle au concept de la révolution nationale. Le commentaire, encore une fois, domine les images au point qu’on peut l’écouter sans les regarder, mais pas l’inverse.

1962, La jetée

Fiche : AlloCiné
Critiques : Ciné-club de Caen
Ce court métrage n’est qu’une suite de photographies dominées par le commentaire d’une voix off qui prétend faire sens.

1966, Si j’avais quatre dromadaires

Fiche : AlloCiné
Illustre la méthode non-cinématographique de Chris Marker : un photographe (Chris Marker le fut davantage que cinéaste) et deux de ses amis commentent des images prises dans vingt-six pays entre 1955 et 1965. Les commentaires sont aussi prétentieux que les images banales.

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01/11/2013
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Dossier Chris MARKER, Monde en Question.
Dossier documentaire Cinéma documentaire, Monde en Question.
Revue de presse Cinéma 2013, Monde en Question.
Dossier documentaire Cinéma, Monde en Question.
Veille informationnelle Cinéma, Monde en Question.

30 octobre 2013

Regards sur le réalisme

Le réalisme au cinéma n’est pas un genre répertorié par les professionnels, producteurs ou critiques. C’est d’autant plus étrange que les critiques nommèrent néoréalisme certains films italiens sortis entre 1943 et 1955.

Au-delà d’un mouvement revendiqué, le réalisme caractérise de nombreux films des origines à aujourd’hui dans toutes les aires culturelles. Peut-être parce que le cinéma est un art qui relève essentiellement de cette approche du réel.

Certains films sont classés comme documentaires car perdure l’illusion de la neutralité de ce genre alors que, par exemple, les films de Flaherty sont construits selon une vision exotique et passéiste des Lapons (Nanouk l’esquimau) ou des pêcheurs d’Ara (L’homme d’Aran). Or, seule la caméra de vidéo-surveillance est réaliste. Un film est toujours une représentation du réel comme René Magritte il’llustra dans son célèbre tableau Ceci n’est pas une pipe.


Le réalisme au cinéma concerne autant le fond que la forme. Sur le fond, ces films racontent une histoire, mais sans l’artifice d’une intrigue qui s’achève sur la résolution le plus souvent heureuse (happy end hollywoodien) d’un problème à résoudre. Le récit se résume au fragment d’une vie qui a commencé et se poursuit au-delà du film et sans l’artifice d’un héros. Sur la forme, ces films visent « exclusivement le réel en rendant la présentation aussi objective, aussi neutre, aussi inexistante que possible » (Amédée Ayfre, Approche du réalisme, 1959).

Des films aussi divers que On the Bowery (Lionel ROGOSIN, 1956), Xiao Wu – Pickpocket (JIA Zhang Ke, 1997), Xiang ri kui – Sunflower (ZHANG Yang, 2005), African Gangster (Jean Pascal ZADI, 2010), (), Gözetleme Kulesi – La tour de guet (Pelin ESME, 2012), Nordvest – Northwest (Michael NOER, 2013).
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Sur le fond, ces films illustrent tous la vie de gens pauvres plus ou moins exclus du système dominant. Sur la forme, on remarque des parentés entre On the Bowery et Xiao Wu – Pickpocket ; Xiang ri kui – Sunflower et Gözetleme Kulesi – La tour de guet ; African Gangster et Nordvest – Northwest. Le style de ces films paraît indépendant de l’époque (1956-2013) et de la culture (États-Unis, Chine, France, Turquie ou Danemark).

Enfin, le réalisme de l’ordinaire constitue un choix artistique fort dans un pays comme la Chine où ce courant du cinéma indépendant s’est développé à partir des années 1990 (Judith AUDIN, Anatomie politique de la vie de quartier : la dimension ethnographique du cinéma de Ning Ying, SinoPolis, août 2013).



30/10/2013
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• L'évolution du réalisme au cinéma I - Le cinéma est né réaliste (1895-1914), Séquences nº18, 1959.
• L'évolution du réalisme au cinéma II - Le cinéma réaliste à l'âge du « muet » (1914-1929), Séquences nº19, 1959.
• L'évolution du réalisme au cinéma III - La première décennie du cinéma « parlant » (1929-1939), Séquences nº20, 1960.
• L'évolution du réalisme au cinéma IV - Les tendances réalistes du cinéma d'aujourd'hui (1940-1960), Séquences nº21, 1960.
Dossier documentaire Réalisme au cinéma, Monde en Question.
Revue de presse Cinéma 2013, Monde en Question.
Dossier documentaire Cinéma, Monde en Question.
Veille informationnelle Cinéma, Monde en Question.