2 juillet 2002

La guerre de l'eau

L'invasion du Koweït par Saddam Hussein en 1990 fut le prétexte qu'attendait le gouvernement Bush pour contrôler militairement les ressources pétrolières du Moyen-Orient. L'attentat des Twin Towers le 11 septembre 2001 fut l'occasion attendue par le gouvernement de Bush junior pour occuper l'Afghanistan [1]. Ce pays représente en effet la position stratégique en Asie centrale pour contrôler le pétrole de la mer Caspienne et contenir l'Inde et la Chine, les deux puissances régionales que les Etats-Unis veulent absolument maintenir dans ce rôle.

Les soubresauts du groupe Vivendi Universal, dirigé par le PDG français Jean-Marie Messier, est aujourd'hui l'occasion, certainement préparée depuis longtemps dans les coulisses par le capitalisme américain, pour contrôler la ressource stratégique du XXIe siècle : l'eau. Le gouvernement israélien, à l'échelle locale, a conquit le Golan pour la même raison. Les États-Unis ne pouvaient utiliser leur puissance militaire contre un pays d'Europe, membre de l'OTAN, pour faire main basse sur le traitement et la distribution de l'eau. Il suffisait de satisfaire les appétits mégalomaniaques du french businessman en lui offrant la jouissance d'un duplex de 530 m2 à Manhattan, de le laisser réaliser des montages financiers périlleux et de manipuler les cours boursiers pour provoquer sa chute.

En France, les politiques de droite comme de gauche ont soutenu le rêve américain de l'ex-PDG de la Compagnie générale des eaux, mais ils n'ont pas été récompensé par ce Rastignac [2], qui a annoncé, de New York et en anglais, que «l'exception culturelle française est morte». Le nouveau gouvernement sera confronté au bilan désastreux de cette aventure financière. L'enjeu est le contrôle de Vivendi environnement qui constitue 50% des avoirs du groupe. Vivendi Water, groupe issu de la Générale des eaux [3], est le numéro 1 mondial des métiers de l'eau : il fournit de l'eau potable, propose des services de collecte d'eaux usées et gère des installations d'assainissement d'eau pour plus de 110 millions de clients dans plus de 100 pays. En France, avec Générale des Eaux, Vivendi Water dessert plus de 8000 collectivités locales, soit 43 millions d'usagers.

Après la chute spectaculaire de Jean-Marie Messier, il faut s'interroger sur les raisons d'un tel revers. En effet, le titre Vivendi Universal, qui s'était effondré de plus de 25% le mardi 2 juillet et de près de 22% le mercredi 3 juillet, a rebondi ce jeudi 4 juillet de 15,11% alors que la situation économique du groupe ne s'est pas modifiée. Certains actionnaires voulaient certainement la peau du trop médiatique Jean-Marie Messier et de nombreux spéculateurs se sont engouffrés dans la brèche. Mais qui manipule le cours de l'action et dans quel but ? Jean-René Fourtou, ex-PDG du groupe Adventis (fusion des groupes pharmaceutiques français Rhône-Poulenc et allemand Hoechst) a été mandaté pour démanteler Vivendi Universal. La famille Bronfman, premier actionnaire du groupe, est sur les rangs pour prendre le contrôle de Vivendi Water. Jean-Marie Messier aura été l'instrument idéal pour réaliser cet objectif.

Serge LEFORT
2-4 juillet 2002

[1] Il a, très certainement, laissé s'organiser cet attentat comme les services secrets avaient laissé se préparer l'attaque aérienne de la base navale américaine de Pearl Harbor le 7 décembre 1941 afin de déclarer la guerre au Japon. L'attaque de Pearl Harbor et l'attentat du World Trade Center ont été utilisés, à chaque fois, par le gouvernement américain pour rallier la population américaine à la guerre qu'il préparait. Il suffit de lire Zbgniew Brzezinski (Le grand échiquier : l'Amérique et le reste du monde, Editions Bayard, 1998) pour savoir que l'Asie centrale, en général, et l'Afghanistan, en particulier, sont un objectif stratégique de l'impérialisme américain pour maintenir leur domination mondiale.
[2] Personnage créé par Balzac qui incarne le type de l'arriviste, ambitieux peu scrupuleux.
[3] La Générale des eaux et la Lyonnaise des eaux ont construit leur fortune sur l'appropriation privée de la distribution de l'eau.