23 décembre 2009

Citoyens ou indigènes ?


CASTEL Robert, La discrimination négative - Citoyens ou indigènes ?, Seuil, 2007 [Annales - Liens socio - Mouvement des Indigènes de la République - Nonfiction - Territoire et Lien Social].
La discrimination négative n'est pas le fait de sociétés qui instituent en droit des différences de traitement entre les individus en raison de leur origine, de leur rang ou de leur religion. Elle est au contraire le fait de sociétés qui proscrivent formellement ce type de différenciations, mais les pratiquent massivement. Telle est la contradiction que donne à comprendre la situation des "jeunes de banlieue" aujourd'hui en France, singulièrement lorsqu'ils sont "issus de l'immigration". Revenant sur les émeutes de l'automne 2005, Robert Castel analyse ici les mécanismes de stigmatisation et de relégation qui tiennent ces populations en marge d'une citoyenneté pleine et entière, au mépris des principes fondamentaux de la République. Si l'on veut appeler les choses par leur nom, c'est bien à un retour de la race sur la scène politique et sociale que l'on assiste aujourd'hui.

Dossier documentaire & Bibliographie Crise sociale des banlieues créé le 15/12/2005 et mis à jour le 08/12/2009, Monde en Question.

22 décembre 2009

Politique et racisme d'Etat


LE COUR GRANDMAISON Olivier, La République impériale - Politique et racisme d'Etat, Fayard, 2009 [Cercle Gramsci - Chroniques Rebelles - La vie des idées - LDH-Toulon - Terra].
Au tournant du XIXe siècle, les républicains favorables aux conquêtes coloniales ont réussi là où leurs prédécesseurs avaient échoué. Entre 1871 et 1913, les possessions françaises en outre-mer sont passées de moins d'un million de kilomètres carrés à treize millions. Quant aux «indigènes», leur nombre a progressé de sept à soixante-dix millions en 1938. Extraordinaire expansion. Elle est sans précédent dans l'histoire du pays qui, devenu la seconde puissance impériale du monde après la Grande-Bretagne, est confronté à des tâches multiples et complexes. Comment diriger un empire aussi vaste ? De quels instruments politiques, administratifs, juridiques – le droit colonial par exemple – et scientifiques la métropole a-t-elle besoin pour remplir les missions nouvelles qui sont les siennes désormais ? Quelles orientations – assimilation ou association – mettre en œuvre dans les territoires de la «Plus Grande France» ?

Dossier documentaire & Bibliographie Colonialisme créé le 15/12/2005 et mis à jour le 08/12/2009, Monde en Question.

Écouter aussi : Main basse sur les terres agricoles : le cas de l'Afrique, Place des peuples - France Culture.

21 décembre 2009

Histoire du monde au XVe siècle


BOUCHERON Patrick (sous la direction de), Histoire du monde au XVe siècle, Fayard, 2009 [La Fabrique de l'Histoire - France Culture - Le Monde - Marianne-Tout sur la Chine].
Le XVe siècle est le temps de l'invention du monde. De Tamerlan à Magellan, depuis l'Asie centrale jusqu'à la capture de l'Amérique en 1492, s'accomplit une première mondialisation. Mais la geste de Christophe Colomb est tout sauf un événement fortuit : elle est précédée, et surtout rendue possible et pensable, par une dynamique globale et séculaire d'interconnexion des espaces, des temps et des savoirs du monde. Elle ne se laisse en rien circonscrire par ce que l'on appellera plus tard l'occidentalisation du monde : les marchands de l'océan Indien, les marins chinois de l'amiral Zheng He, mais aussi les conquérants turcs ont toute leur part dans cette histoire des devenirs possibles du monde, où rien n'est encore écrit.

Ni dictionnaire critique ni somme érudite, Histoire du monde au XV siècle se veut un essai collectif davantage qu'une encyclopédie. Faisant alterner les chapitres de synthèse et les textes au ton plus libre éclairant un événement, un personnage ou une oeuvre, le livre se prête à la lecture au long cours comme au hasard du cabotage. Mais dans tous les cas, il s'agit bien de susciter des étonnements par rapprochement et d'éveiller des curiosités par le déplacement du regard. Si l'accent est naturellement mis sur ce qui circule plutôt que sur ce qui cloisonne, s'inscrivant en cela dans les perspectives nouvelles d'une histoire globale attentive aux connexions des lieux et des temps, cette histoire du monde ne se réduit pas à une chronique de la mondialisation : il s'agit aussi de rendre compte des spécificités et des originalités des territoires du monde, des temps du monde, des écritures du monde, des devenirs du monde - ces quatre dimensions inspirant l'architecture d'ensemble du livre.

Lire aussi :
• GRUZINSKI Serge, Les quatre parties du monde - Histoire d'une mondialisation, La Martinière, 2004 [Académie de Lille - Arts Livres - Canal Académie - Clionautes - Critique internationale-Sciences Po - Revues plurielles - SIELEC].

Dominer "les quatre parties du monde" : telle est l'ambition de la Monarchie catholique (1580-1640). Pour imposer leur présence, Espagnoles et Portugais apprennent à maîtriser des milieux inconnus, tandis que du Mexique au Japon, du Brésil aux côtes africaines, de Goa aux Philippines, des peuples sont confrontés à des formes de pensée et de pouvoir qui leur sont totalement étrangers. Brassage des êtres ou résistance des traditions locales à la domination ibérique : la terre se mondialise.

À l'aube des temps modernes, ce ne sont pas seulement les modes de vie, les techniques et l'économie que bouleversent les nouveaux maîtres de la planète, mais aussi les croyances et es imaginaires. Serge Gruzinski montre que le passé est une merveilleuse boîte à outils pour comprendre ce qui se joue depuis des siècles entre occidentalisation, métissages et mondialisation. Il nous invite à un vaste tour du monde en compagnie de personnages dont le destin incarne le face-à-face des grandes civilisations et d'un empire universel.

• Dossier documentaire & Bibliographie Géo-Histoire globale, Monde en Question.

Écouter aussi :
• Histoire du monde 2/4 Cartographier le monde dans l'antiquité, La Fabrique de l'Histoire - France Culture.
• Histoire du monde 3/4 L'histoire universelle, La Fabrique de l'Histoire - France Culture.
• Histoire du monde 4/4 La world history ou histoire globale, La Fabrique de l'Histoire - France Culture.

20 décembre 2009

Quelle place au lycée pour l'histoire ?

À propos de la suppression de l'histoire-géographie en classe de terminale scientifique : quelle place donner à l'histoire et à la philosophie des sciences au lycée ?
Macadam philo - France Culture

Lire aussi :
• LÉVY-LEBLOND Jean-Marc, A quoi sert la science ?, Bayard, 2008 [Amazon].
• LÉVY-LEBLOND Jean-Marc, La science est-elle universelle ?, Le Monde diplomatique.
Observer, nommer, décrire, théoriser : autant d'activités qu'on retrouve dans l'histoire de toute civilisation. Pour autant, chacune ayant tracé son propre chemin vers la connaissance, et les interactions étant plus rares qu'on ne le croit, qui saurait dire si «la» science est universelle ?
• LÉVY-LEBLOND Jean-Marc, Wikipédia.

Une année ordinaire à la fin de l'Empire


Giusto TRAINA, 428 - Une année ordinaire à la fin de l'Empire romain, Les Belles Lettres, 2009 [CNL - Le Monde].
428 est une année sans autre événement mémorable que la chute du royaume d'Arménie, perdu aux confins d'un Empire romain déclinant. Pourtant, cette année ordinaire est loin d'être une année sans histoire : rien n'est fait, rien n'est joué, tout est en train de se faire. Le paganisme s'étiole avec panache, les nouveaux gouvernants ont des noms qui quelques années auparavant auraient semblé barbares. Les temps changent, imperceptiblement : le crépuscule de l'Antiquité devient l'aube du Moyen Âge. Renouant avec deux traditions bien antiques, à la fois celle des chroniqueurs et celle des itinéraires circulaires qu'affectionnaient les compilateurs, Giusto Traîna propose un tour du monde romain en 365 jours, où le lecteur découvre villes, palais, déserts, monastères et surtout, à côté des grands noms comme Saint Augustin, les figures peu banales et hautes en couleur du chef barbare Genséric, du Sarrasin al-Mundhir, du Copte Chenouté ou encore de l'extraordinaire impératrice Galla Placidia.

Lire aussi : SHELDON Rose Mary, Renseignement et espionnage dans la Rome antique, Les Belles Lettres, 2009.

19 décembre 2009

Pour une économie de la contribution

Vidéos des conférences de Jean-Marie Monnier, de Carlo Vercellone, Franck Cormerais, Michel Deguy et Bernard Stiegler prononcées à l'occasion du débat organisé par Ars Industrialis le samedi 5 décembre 2009 à Paris.
Ars Industrialis

Lire aussi :
• L'économie de la contribution, Ars Industrialis.
• Bernard Stiegler : "Il y a beaucoup d'inventions qui ne produisent aucune innovation", Télérama.
• D'autres regards sur la crise, avec Bernard Stiegler, Fabrique de sens.
• Le modèle du logiciel libre, la réponse à la crise capitaliste ? - Bernard Stiegler est interviewé par Siné Hebdo, Connexion Démocrate.
• Comment les objets communicants transforment la société ?, Monde en Question.
• Dossier documentaire & Bibliographie Économie politique, Monde en Question.

18 décembre 2009

Corée du Sud

Voyage en Corée du Sud, Sur les docks - France Culture, 1/2, 2/2.
On parle habituellement de «la Corée», ce qui est vrai et faux. En fait, on se réfère alors à la Corée du Sud, l'un des quatre «dragons» asiatiques des années 60 (avec Taïwan, Hong-Kong et Singapour). Cette Corée est même devenue une puissance économique émergente. Or, la Corée du Sud n'est que la moitié d'un peuple.
La guerre de 1950-1953, permise par les Nations Unies, fut à la fois une guerre civile (plus d'un million de morts, certains experts affirment un million et demi) et une guerre internationale due à l'antagonisme Est-Ouest naissant. Depuis, «les Corée» paient un lourd tribut.
S'il y a eu un pays otage des rapports Est-Ouest - bien plus que les deux Allemagne -, c'est bien la Corée. Raison de plus pour s'y intéresser et essayer d'en comprendre l'identité : il faut toujours apprendre d'un grand peuple dévasté par l'histoire qui est parvenu à se redresser. D'autant plus que les voisins majeurs ont souvent cherché à le dominer : la matrice est chinoise, mais la botte a bien été japonaise. De 1910 à 1945, la Corée a vécu sous le joug insupportable de Tokyo.
Ces remarques apparemment négatives renvoient à une autre réalité : la Corée est «une», malgré le naufrage du Nord, enfermé dans la nuit d'une idéologie à laquelle personne ne croit, encore moins sans doute le régime kleptocrate de Pyongyang.
Huit jours en Corée du Sud ne peuvent permettre d'appréhender la destinée d'un peuple. Néanmoins, deux aspects ont été dégagés.

Lire aussi :
• Bibliographie, Les Enjeux internationaux - France Culture.
• Liens, Les Enjeux internationaux - France Culture.
• Dossier, France Culture.

De l'armée coloniale à l'armée néocoloniale


GRANVAUD Raphaël, De l'armée coloniale à l'armée néocoloniale (1830-1990), Survie, 2009 [Télécharger]
Cette brochure accompagne la parution du n°23 de la collection des «Dossiers noirs» de Survie intitulé Que fait l'armée française en Afrique ?, écrit par l'auteur et publié par les éditions Agone, en octobre 2009.

Tandis que ce «Dossier noir» traite essentiellement de la période la plus récente (1990-2009), cette brochure le précède chronologiquement et présente une synthèse sur le thème de l'armée française et de l'Afrique allant de la période coloniale à la première période néocoloniale, jusqu'à la fin de la guerre froide.

Lire aussi :
• GRANVAUD Raphaël, Que fait l'armée française en Afrique ?, Agone, 2009 [Afriradio - Alternative libertaire - Dailymotion-Télé Liberté - l'Humanité - Survie - Dossier presse].
Que fait l'armée française en Afrique ? Et de quel droit s'y trouve-t-elle encore aujourd'hui ? Si l'on en croit les discours officiels, elle n'y aurait plus depuis longtemps que des missions humanitaires et de maintien de la paix. La page du néocolonialisme et de la Françafrique aurait été tournée en même temps que finissait la guerre froide.
Ce « Dossier noir » examine, à travers de nombreux exemples concrets, la réalité de cette présence depuis deux décennies. Après un retour sur le dispositif néocolonial mis en place au lendemain des indépendances, il analyse – notamment à travers les conflits en Côte d'Ivoire ou au Tchad – les interventions militaires censées illustrer la « nouvelle » politique africaine de la France.
Entre héritage colonial et stratégies pour s'adapter à l'évolution des rapports de force internationaux, cette politique n'a jamais cessé d'être criminelle.
• Dossier documentaire & Bibliographie Colonialisme, Monde en Question.
• Dossier documentaire & Bibliographie Racisme, Monde en Question.

17 décembre 2009

Les agenciers ou journalistes d'agence

En hommage aux soutiers de l'information : les agenciers ou journalistes d'agence, Acrimed
Selon une étude de John Stauber et Sheldon Rampton, qui passent pour être les meilleurs spécialistes de la profession et co-auteurs d'un remarquable ouvrage sur la question, le nombre des salariés des agences des relations publiques (150.000) dépassait à partir de la décennie 1990 celui des journalistes (130.000).

Aux États-Unis, 40 pour cent de ce qui est publié dans la presse est directement reproduit, sans altération, des communiqués des «Public relations» soutient Paul Moreira, producteur de l'émission de référence de Canal + et auteur d'un ouvrage documenté sur Les nouvelles censures - Sans les coulisses de la manipulation de l'information, Robert Laffont, 2007.

Tragique retour de choses : la communication a tendu ainsi à se substituer à l'information, et ses dérives avec les « spin doctor's », ont tendu à renvoyer à la propagande de base des régimes totalitaires que les pays démocratiques étaient censés combattre, comme ce fut le cas notamment lors de l'invasion américaine de l'Irak, en 2003. Le «quatrième pouvoir», le garant de la démocratie, est apparu alors comme le vecteur d'une idéologie dominante et le langage de ses opérateurs comme un marqueur d'une d'identité culturelle avec les enjeux économiques que sous tendait la guerre sémantique qu'elle impliquait (précarité versus flexibilité).

En France, la phagocytose des entreprises de presse par le complexe militaro industriel a eu pour curieux résultat de placer les grands quotidiens nationaux et les grands vecteurs audio visuels sous la coupe des grands conglomérats adossés aux commandes de l'état : TFI Bouygues (Bâtiment et téléphonie mobile), Le Figaro Dassault aviation, Libération Edouard de Rothschild (Banque) ainsi que Lagardère armement et édition (Le Monde, Paris Match, Europe 1, VSD, Le journal de dimanche).


Lire aussi :
• NABA René, De notre envoyé spécial - Un correspondant sur le théâtre du monde 1969-2009, L'Harmattan, 2009.
• NABA René, Aux origines de la tragédie arabe, Bachari, 2006. [Dailymotion-Oumma - France Culture]
• NABA René, Du bougnoule au sauvageon - Voyage dans l'imaginaire français, L'Harmattan, 2002.
• NABA René, Guerre des ondes, guerre des religions - La bataille hertzienne dans le ciel méditerranéen, L'Harmattan, 1998.
Articles :
- René Naba | Actualité et Flashback
- CCIPPP
- Google Vidéos
- L'Harmattan
- Le Grand Soir
- Mondialisation
- Oumma
- Peuples & Monde
- Tlaxcala
- Voltaire
• Dossier documentaire & Bibliographie Agences de presse, Monde en Question.

Louis XIV : l'image et le mythe

Colloque Louis XIV : l'image & le mythe, Jeudi 21 janvier 2010 à Versailles, Calenda.
À l'occasion de l'exposition «Louis XIV : l'homme et le roi» qui se tiendra au château de Versailles du 19 octobre 2009 au 7 février 2010, le château de Versailles et le Centre de recherche du château de Versailles (CRCV) organisent conjointement un colloque sur «Louis XIV : l'image & le mythe». Il s'agira essentiellement d'analyser l'image que le Grand Roi renvoyait aux étrangers mais également celle qu'il pouvait se faire de lui-même, en s'intéressant plus particulièrement à la dialectique de l'homme public et de l'homme privé.

S'il est né pour être roi, Louis XIV n'en était pas moins homme et, en cette circonstance, disposait indéniablement de goûts propres. Ses importantes et somptueuses collections sont connues et ne reflètent pas nécessairement une inclination personnelle pour tel ou tel objet, le monarque s'inscrivant dans une logique de concurrence et de compétition que se livraient les souverains européens sur le marché de l'art. Comme prince le plus puissant, Louis XIV, à l'instar de ses pairs, devait donc posséder des œuvres de tel ou tel artiste afin de constituer la collection parfaite et idéale. Ce colloque a donc pour objectif premier de dépasser cette image publique renvoyée par Louis XIV comme roi de France et de saisir l'homme privé.

Lire aussi :

GOUBERT Pierre, Louis XIV et vingt millions de Français, Hachette Pluriel, [1966] 1998 [Cafés historiques - Fénelon].
Pierre Goubert confronte Louis XIV à son royaume et à son temps. Vingt millions de sujets sortent de l'anonymat pour rappeler que Versailles et son roi ne résumaient pas le royaume de France. Cette autopsie sans complaisance de la France du XVIIe siècle révèle une nouvelle perception de l'Histoire qui, loin de se focaliser sur la personnalité des grandes figures politiques et culturelles, prend en compte l'ensemble de la population à partir de l'utilisation systématique des registres paroissiaux, des inventaires après décès, des archives d'hôpitaux. Cette oeuvre magistrale, écrite dans une langue simple et chaleureuse, fait revivre le XVIIe siècle dans ses éclats de lumière et d'ombres.
• Louis XIV et la construction de l'État royal (1661-1672), Histoire, économie et société, 2000, 19e année, n°4.
• Articles Histoire, Monde en Question.

Écouter aussi :
• Vivre à Versailles au temps de Louis XIV, Canal Académie.