11 décembre 2009

Le Venezuela de Chavez

Le Venezuela : voyage au pays de Chavez (1/4) - Le chavisme pour les nuls – Abécédaire du chavisme, Sur les docks - France Culture.
Un documentaire d'Alexandre Héraud et Yvon Croizier avec la collaboration de Paula Vasquez
Une «danse des mots», et pas que les plus tendres, envers le processus révolutionnaire en cours au Venezuela, voilà ce que nous avons imaginé pouvoir orchestrer au fil de nos rencontres lors de notre voyage dans ce pays métamorphosé sous l'impulsion du controversé commandant Hugo Rafael Chavez Frias, dont nous fêterons le onzième anniversaire de l'accession au pouvoir le 6 décembre prochain.
Nos interlocuteurs ? De l'ancien ministre chaviste déçu au candidat malheureux à la présidence, de l'éditorialiste reconnu au petit entrepreneur local, du journaliste à la retraite blasé à la militante de quartier défavorisé, du jeune étudiant révolutionnaire rêveur au petit gérant d'hôtel sur la côte caraïbe, de la sociologue au professeur de lettres… Tous ont bien voulu participer à notre jeu-puzzle et isoler une lettre de l'alphabet pour construire ce qui s'apparenterait selon eux à un début de définition du chavisme.
Du «A» comme Alegria (joie), ou Autoritarisme au «T» de Tristesse, nous nous arrêterons sur le «C» de Caudillisme ou de Césarisme, ou encore celui de Cambio (changement) ;
Nous évoquerons le «D», de Dignité ; le «E» d' Etatisme…
Nous convoquerons le «M» de Militarisme ou de Messianisme, puis le «O» de Odio ( la haine) et le «P» de Peligro (danger), sans oublier le «S» de Sueno (rêve)…
Pour buter sur le «T» de Totalitarisme.
Le tout formant un ensemble imparfait, comme l'est de l'aveu même de ses propres partisans la Révolution Bolivarienne, ce «socialisme du XXI° siècle» aux contours idéologiques mal définis.

Le Venezuela : voyage au pays de Chavez (2/4) - Mais qui est donc Lina Ron ? Portrait d'une révolutionnaire en arme, Sur les docks - France Culture.
Un documentaire d'Alexandre Héraud et Yvon Croizier
Toutes les épithètes sont bonnes pour qualifier celle qu'on appelle la «comandante Lina Ron» ou «la générale du chavisme» ! Agressive, hystérique, belliqueuse, enragée mais aussi passionnée, authentique, charismatique, engagée, la «patriote» Lina Ninette Ron Pereira, la plus fameuse des activistes de rue de la Révolution bolivarienne, âgée de 50 ans, a fini par être baptisée «l'incontrôlable» par celui-là même à qui elle voue un culte indéfectible depuis son accession au pouvoir en 1998, le président Hugo Rafael Chavez Frias.
Ce dernier a du la désavouer publiquement et ordonner sa mise en détention après l'attaque qu'elle dirigea le 3 août 2009 contre les locaux de la principale chaîne d'opposition, Globovision. Lors de cette action-commando, furent lancées quelques grenades lacrymogènes dans l'enceinte de ce média cristallisant toutes les critiques du gouvernement chaviste.
C'est dans un contexte d'extrême polarisation politique et en pleine «guerre contre les médias» que nous avons dressé ce portrait d'une révolutionnaire en arme ayant fondé son propre parti, l'Union Populaire Bolivarienne (UPV) adulée dans les secteurs les plus pauvres de la population ceux là même qu'elle nomme le «édentés». Lina Ron l'endiablée est devenue la bête noire «satanisée» par l'opposition vénézuelienne. Mais celle dont la devise est «Avec Chavez Tout ! sans Chavez , du plomb» semble désormais être une menace pour le président Chavez, qui craint d'être débordé par sa base la plus radicale dont elle est l'incarnation. C'est ce qui fait dire à certains observateurs fascinés par ce personnage hors du commun, qu'elle représenterait à elle seule tout «l'inconscient du chavisme».

Le Venezuela : voyage au pays de Chavez (3/4) - 23 de Enero, Caracas : une ballade révolutionnaire, Sur les docks - France Culture.
Un documentaire d'Alexandre Héraud et Yvon Croizier
En 1954, le général Marcos Pérez Jiménez commandait au plus célèbre architecte national, Carlos Villanueva, de partir à l'assaut des collines et construire un ambitieux projet urbanistique pour développer et moderniser les logements sociaux de la partie Ouest de Caracas. Son intention était surtout de nettoyer les quartiers pauvres et faciliter le contrôle de la population. Las, au lieu de porter le nom du «2 décembre», pour célébrer l'accession au pouvoir du général, cette vaste opération de 9.000 appartements répartis en trente-huit immeubles (dont la moitié sont des barres de quinze étages et de plus de cent mètres de longs), allait être baptisée le «23 Janvier» (23 de Enero) pour marquer la destitution du dictateur en 1958 et le début de la démocratisation !
Dés lors, et pendant les quarante années ayant précédé l'arrivée au pouvoir d'Hugo Chavez en 1998, ce quartier pris d'assaut par les classes populaires (la plupart des logements prévus pour accueillir les classes moyennes n'étaient pas encore attribués) devint le fer de lance de tous les mouvements de contestation et de confrontation avec le pouvoir. Le «23 de Enero», qui aurait du être un joyau de l'urbanisme social, situé à quinze minutes du centre ville en métro, est devenu très vite un concentré de violence et de misère. Surnommé «la zone rouge» ou encore «la zone subversive», peu de Vénézuéliens osaient s'aventurer. Ses habitants soudés autour des luttes contre le pouvoir ont toujours été «structurés» : depuis plusieurs générations, la communauté a vu éclore d'innombrables groupes politiques, sociaux et culturels très actifs qui ont forgé une mentalité propre au «23».
Aujourd'hui, ce quartier est considéré comme un bastion du chavisme, on pourrait même dire un laboratoire, et c'est ici que les programmes sociaux («les missions») du président Chavez ont été expérimentés dès les premiers jours de la «Révolution Bolivarienne».
Lorsqu'un visiteur est bien accompagné et s'il se garde de paraître par trop sceptique ou offensif dans ses questionnements, il peut alors faire ce que l'on nomme avec ironie du «tourisme révolutionnaire». Notre objectif au long de cette journée passée au «23 de Enero» a été de recueillir sans exercer volontairement notre esprit critique la parole de quelques représentants du fameux «processo» en marche... Hasta la victoria !

Le Venezuela : voyage au pays de Chavez (4/4) - Attention Monsieur Branger !, Sur les docks - France Culture.
Un documentaire d'Alexandre Héraud et Yvon Croizier
Fuir le chaos de Caracas. Convoquer l'échappée belle. Se fondre dans les grands espaces et se laisser séduire par ce pays grand comme deux fois la France et dont la diversité des paysages en fait l'un des pays les plus contrastés de la planète.
Notre dernière étape nous mène vers Les llanos, le «Far West vénézuélien». Comprenez «les plaines» en espagnol, celles que Humboldt l'explorateur baptisa en son temps «les steppes d'Amérique du Sud». Les plus vastes étendues de savane du Nord de l'Amérique latine ne couvrent pas moins de 30% du territoire national, et les guides que possèdent les touristes s'y aventurant les préviennent : «La région est hostile et difficile, la vie livre ici une bataille quotidienne face aux éléments (…)».
Si le voyage est cependant conseillé, c'est que l'endroit est «l'un des plus beaux et étonnants sanctuaires écologiques au monde». La formule, cette fois, est de Nicolas Hulot !
Sans transition, Chavez est llanero. Il revendique et porte haut cette culture llanera que l'on peut découvrir exposée dans l'étonnant roman de Romulo Gallegos, Dona Barbara, écrit en 1929, et qui reste l'un des classiques de la littérature latino américaine.
Une raison supplémentaire pour ouvrir les portes du «Hato Pinero», le plus célèbre «ranch» du Venezuela, situé au sud-est de l'Etat de Cojedes, dans les Hauts llanos. 85 000 hectares, 17 000 têtes de bétails et une posada pouvant accueillir touristes aisés et scientifiques du monde entier tant la diversité de la faune et de la flore minutieusement protégées ici est exceptionnelle.
Son propriétaire, Francesco Branger, nous a reçu dans un contexte très difficile pour tous les latifundistes menacés d'expropriation par la reforme agraire issue de la «Loi des Terres» votée en 2002 par le gouvernement révolutionnaire.

9 décembre 2009

Construction des problèmes de santé publique


Claude GILBERT, Emmanuel HENRY (sous la direction de), Comment se construisent les problèmes de santé publique, La Découverte, 2009 [CNRS].
Radiations, infections nosocomiales, périnatalité, canicule, antennes relais de téléphonie mobile, sécurité routière, amiante, chikungunya, éthers de glycol, toxicomanie, bruit, démographie médicale, tremblante du mouton... Alors que la France a connu ces dernières années d'importantes crises sanitaires, nombre de phénomènes tendent à être considérés comme des problèmes de santé publique. Or ni cette qualification ni la mise en œuvre d'une action publique correspondante ne vont de soi. En témoignent les différences de traitement de situations qui sont rendues publiques ou font l'objet d'alertes plus ou moins confidentielles. Les processus par lesquels une situation devient ou non un problème de santé publique et fait ou non l'objet d'une intervention sont abordés de front dans cet ouvrage. La question des "luttes définitionnelles", des acteurs et processus qui construisent et portent ces définitions en constitue le fil conducteur. L'un des apports des contributions rassemblées, qui mobilisent différentes approches des sciences sociales, est de prêter la même attention aux contours publics, voire médiatiques, d'un problème qu'à ses caractéristiques dans des arènes plus discrètes lorsqu'il est traité entre spécialistes du domaine. Une attention particulière est aussi accordée à la dynamique de ces processus de définition sur un temps long. Les auteurs montrent également que les luttes ou négociations autour de la définition d'un problème sont aussi des conflits de pouvoir entre différents acteurs ou groupes d'acteurs.

Claude GILBERT, Emmanuel HENRY, Au-delà de la mise sur agenda - Les processus de définition des problèmes : enjeux-clés pour l'analyse de l'action publique, Congrès AFSP 2009.
La communication souligne l'intérêt d'analyser les problèmes (notamment de santé publique et de risques) sous l'angle de leur définition ou de leur cadrage. Cette problématique ouvre de nouvelles perspectives de recherche et de compréhension de l'action publique, si l'on :
– relie étroitement les enjeux cognitifs à des enjeux de pouvoir : orienter la définition d'un problème par des cadrages discursifs ou par des instruments, c'est tout à la fois désigner les acteurs pouvant ou devant intervenir, privilégier des solutions et moyens d'action, distribuer des compétences, des ressources et des responsabilités.
– comprend l'émergence de problèmes publics comme un processus de déconfinement : considérer donc la publicisation d'un problème comme un moment spécifique mais parmi d'autres dans des échanges et négociations se déroulant aussi au sein d'espaces plus confinés ou spécialisés.
– analyse la construction d'un problème en fonction des définitions alternativement données dans les espaces publics et confinés, c'est-à-dire en faisant des circulations entre ces différents espaces (avec les dynamiques et tensions que cela suscite) un élément décisif de la mise en forme des problèmes.
Cette approche propose donc d'analyser les luttes définitionnelles, et leurs implications en termes de « propriété » des problèmes, aussi bien dans les milieux confinés (où s'élaborent des compromis entre acteurs), sur les scènes publiques (où se développent des controverses), qu'à leur intersection.

Lire aussi :
• GILBERT Claude, La fabrique des risques, Cahiers internationaux de sociologie n°114, 2003.
• GILBERT Claude (sous la direction de), Risques collectifs et situations de crise - Apports de la recherche en sciences humaines et sociales, L'Harmattan, 2003.
Cet ouvrage est issu d'un colloque organisé par le Programme Risques Collectifs et Situations de Crise du CNRS (1994-2000) qui a été l'occasion de prendre mesure et acte de ces changements. II est construit autour de cinq questions centrales dans le champ des risques et des crises : les modes d'émergence des risques comme problèmes publics ; l'impact des configurations d'acteurs et organisations sur la gestion des risques ; le rôle des hommes et des organisations dans les accidents et catastrophes ; les nouvelles modalités d'expertise et de concertation en matière de risques ; les perspectives de recherche sur les situations de crise aujourd'hui.
• Claude GILBERT, CERAT - CNRS.
• Risques Collectifs et Situations de Crise, L'Harmattan - GIS.
• Dossier documentaire & Bibliographie Risque & Gestion du risque, Monde en Question.

8 décembre 2009

Construction médiatique de l'incertitude

Loin du déterminisme national, géopolitique ou social, la scène médiatique qui caractérise le début du troisième millénaire présente comme facteur commun des discours reproduisant et exagérant la violence, l'insécurité et la vulnérabilité sociale, face à une opinion publique de plus en plus sensible. Si nous regardons le paysage médiatique des pays latino-américains, les sujets de prédilection de la presse sont les enlèvements et le narcotrafic. Dans les pays européens, ce sont le terrorisme et la violence urbaine, comme le produit du choc des cultures et de l'immigration qui font le pain des médias.

Ces situations mettent en évidence la rupture qui existe entre les institutions et la société, rupture qui caractérise l'actualité. Cette rupture représente le déséquilibre entre les besoins d'une société et la façon dont les institutions prétendent les gérer, rupture visible et amplifiée par les médias. Ainsi, l'incertitude de notre époque, ou plus précisément, le manque de certitude, a pour base deux éléments principaux : la représentation, par le biais de la mise en évidence médiatique de problèmes comme le chômage, la délinquance, l'augmentation des maladies chroniques et aigües (ce qui correspond à la sphère publique) et l'identification réelle ou symbolique, de l'existence des dits problèmes dans la vie courante des individus (ce qui correspond à la sphère privée). C'est justement à l'intersection de ces deux éléments que l'incertitude se manifeste. C'est pourquoi cet article a pour volonté d'analyser les deux facteurs déterminants dans la construction sociale de l'incertitude : la médiatisation et l'appropriation par le public de l'information médiatisée.

PADILLA VILLARREAL Beatriz [Université Autonome de Coahuila, Mexique], L'agenda médiatique et la construction sociale de l'incertitude, Magazine de la Communication de Crise n°13, Avril 2007 [Télécharger].

Lire aussi :
• PADILLA VILLARREAL Beatriz, Médiatisation et identification comme facteurs intervenant dans l'irruption de la crise sociale, Thèse soutenue publiquement le 17 juin 2005 à l'Université Jean Moulin Lyon 3 [Télécharger].
L'objet central de cette thèse est l'étude de la crise sociale et des principaux facteurs qui contribuent à son déclenchement. A travers le modèle théorique proposé, nous essayons d'expliquer le passage du réel - l'événement - à celui de la représentation symbolique - la crise. Médiatisation et identification sont ainsi les constantes répertoriées dans ce processus, secondées par certaines variables qu'influencent, également, l'irruption de la crise sociale. Concernant la médiatisation, les variables de la quantité d'information et de la mise en scène énonciative et visuelle de celle-ci contribuent à la visibilité et à la construction du sens de l'événement. Quant à l'identification, elle peut être définie comme la proximité réelle ou symbolique entre l'événement et le public. Elle dépend de l'interprétation de l'événement, soumise toujours aux spécificités de l'identité personnelle et de l'appartenance des individus, notamment les critères socioculturels. La crise sociale se manifeste par un état d'inquiétude généralisée, par une malaise sociale partagée entre les individus, face à des événements qui portent atteinte réelle ou symbolique à leur intégrité physique, à leur mode de vie ou aux conditions sociales de leur existence. Le public, se sentant concerné, se mobilise, mettant en question les pouvoirs politique ou organisationnel. La crise est sociale par excellence, car loin de la nature de l'événement à son origine, elle implique toujours les acteurs sociaux, en plus de déstabiliser le pouvoir politique et de générer des pertes économiques. Le modèle de la crise sociale présenté dans cette thèse a été validé par une analyse de contenu des quotidiens El Pais (Espagne) et Le Monde (France), portant sur le thème du naufrage du pétrolier Prestige. Cette analyse a permis de constater des différences dans l'intensité et dans le traitement de l'information dans ces journaux et l'évolution médiatique d'un accident en catastrophe écologique et puis en crise sociale et politique dans l'un des pays étudiés.

• Dossier documentaire & Bibliographie Crise & Gestion de crise, Monde en Question.
• Dossier documentaire & Bibliographie Risque & Gestion du risque, Monde en Question.

Histoire culturelle des Maghrébins en France


Du 17 novembre 2009 au 18 avril 2010, la Cité présente Générations, un siècle d’histoire culturelle des Maghrébins en France, une exposition proposée par l’association Génériques - Cité nationale de l'histoire de l'immigration.

Lire aussi : Dossier documentaire & Bibliographie Immigration, Monde en Question.

7 décembre 2009

Bulletin SIPAZ

Bulletin SIPAZ Novembre 2009 :
• Sérieuse détérioration de la situation des droits humains au Chiapas et au Mexique
• «L’électricité : un service public !»
• «Démilitarisation totale de nos communautés, nos modes de vie et nos cœurs»
Sipaz

Les Arabes et la Shoah


Gilbert ACHCAR, Les Arabes et la Shoah - La guerre israélo-arabe des récits, Sindbad-Actes Sud, 2009 [Alternatives Internationales - l'Humanité - RFI - The Dakar Times].
Le conflit israélo-arabe ne se réduit pas aux guerres menées sur les champs de bataille du Moyen-Orient. Il comprend aussi une autre dimension, une guerre à coup de récits opposés et de négation des récits des autres, tournant autour des deux traumatismes à l'origine du confl it : la Shoah, la destruction des Juifs d'Europe, et la Nakba, le déracinement des Arabes de Palestine. S'appuyant sur une vaste documentation, Gilbert Achcar se livre à un examen approfondi des réactions arabes à l'antisémitisme et au nazisme, en soulignant leur grande diversité politique et idéologique. Avec un souci constant d'objectivité et de distance critique, il traite tant de l'époque de la montée du nazisme et de la Shoah que des périodes qui se sont succédé depuis la Nakba jusqu'à nos jours, brossant ainsi un tableau captivant de l'histoire arabe con temporaine. S'il dénonce vigoureusement les attitudes antisémites ou négationnistes qui se sont manifestées au sein du mouvement national arabe, notamment palestinien, l'auteur réfute aussi, documents à l'appui, les interprétations caricaturales d'une certaine propagande pro-israélienne qui cherche à faire croire que les Arabes ont soutenu en bloc le nazisme et qu'ils sont antisémites par vocation religieuse. Ce livre constitue une ardente plaidoirie pour une reconnaissance pleine et mutuelle de la Shoah et de la Nakba, condition indispensable, selon l'auteur, pour que s'établisse un dialogue sincère entre Arabes et Israéliens – en prélude à une paix véritable, plus urgente que jamais.

Commentaires : Les médias dominants pro-sionnistes réussissent à rendre compte de ce livre en lui appliquant les critères de leur paranoïa récurrente du monde arabe.
• Pourquoi le négationnisme progresse dans le monde arabe, Mediapart.
• Le monde arabe et la Shoah, Et pourtant, elle tourne - France Inter.

Écouter aussi : Entretien avec Gilbert Achcar à propos de son livre Les Arabes et la Shoah, Retour sur l'actualité - Radio Orient.

Lire aussi :
• Langue et Culture arabes, Café pédagogique .
• Dossier documentaire & Bibliographie Palestine/Israël, Monde en Question.
• Dossier documentaire & Bibliographie Sionisme, Monde en Question.

Réveillon pour Gaza !


Samedi 12 décembre de 14h à 17h
Place Edmond Michelet
rue piétonne qui va du Bd de Sébastopol au centre Pompidou
M° Châtelet, Hôtel de Ville, RER Les Halles


A cette occasion festive, qui a pour but de montrer que les Palestiniens ont droit eux aussi de faire la fête, de déployer leur culture, d'avoir une vie normale, nous vous convions non seulement à venir danser le Dabke, à chanter avec les musiciens présents et à découvrir la nouvelle chanson de la Marche pour Gaza, mais aussi à :
- venir apporter votre message de soutien personnalisé, qui sera filmé et remis au comité d'accueil à Gaza le 31 décembre

- choisir un cadeau à offrir aux jeunes de Gaza (parmi des flûtes pour enfants, des maillots et ballons de foot, des revues d'art contemporain, des pulls d'hiver pour enfants)

- intégrer le cercle de centaines de marcheurs qui vont tourner, en plein centre de Paris, pour dire que la Palestine tourne en rond depuis plus de 60 ans, et que cela suffit !

Venez nombreux, on a besoin de vous, pour participer à cette initiative historique, la Gaza Freedom March, qui va amener plus d'un millier d'internationaux, à se retouver aux côtés de dizaines de milliers d'habitants de la bande de Gaza, le 31 décembre prochain, pour une grande marche pacifique. Trois générations d'hommes et de femmes, de 18 à 85 ans, en provenance de 44 pays différents, vont réclamer ensemble la levée du blocus, la liberté et la justice, à l'aube de l'année 2010, pour ce peuple trop longtemps martyrisé.

Réveillon pour Gaza ! - Marche Pour Gaza

Lire aussi :
• Dossier documentaire & Bibliographie Palestine/Israël - Mur de l'Aparteid, Monde en Question.
• Dossier documentaire & Bibliographie Palestine/Israël - Résistance Palestine, Monde en Question.

6 décembre 2009

Gaza

Gaza : du désespoir à la débrouille…, Interception - France Inter.
Il y a un an : l'armée israélienne lançait son opération «plomb fondu» sur Gaza. Gaza, une bande de terre au sud-ouest d'Israël : près d'un million et demi d'habitants y vivent sur une superficie de 350 km2.

C'est aussi une concentration de misère, de frustrations, de colère, de haine. Gaza est soumise à un strict blocus israélien depuis que le mouvement islamiste Hamas y a pris le pouvoir. Fin décembre 2008, pour mettre un terme aux tirs de roquettes qui arrosent régulièrement son territoire, le gouvernement israélien lance son armée contre les groupes palestiniens.

La campagne durera 22 jours : elle fera plus de 1.400 morts côté palestinien, une douzaine côté Israélien. Le mois dernier, les Nations Unies ont approuvé le rapport Goldstone sur ces événements : il accuse les deux parties d'avoir commis des crimes de guerre pendant cette opération.

C'est dans ce contexte, que Frédéric Barreyre et Arthur Gerbault nous emmènent à Gaza : non pas pour y rencontrer les activistes, ceux qui se battent les armes à la main, mais une population prise entre deux feux, privée d'à peu près tout, à commencer par l'espoir. Et obligée de se débrouiller avec d'incroyables «trucs» pour survivre.

Lire aussi :
• Dossier documentaire & Bibliographie Palestine/Israël, Monde en Question.
• Dossier documentaire & Bibliographie Palestine/Israël - Mur de l'Aparteid, Monde en Question.

La fin de l'Autorité palestinienne

La décomposition du système mis en place par les Accords d'Oslo s'accélère et c'est l'idée même d'un État palestinien indépendant qui est en train de disparaître. L'État d'Israël sera alors confronté à une situation qu'il a toujours voulu éviter mais dans laquelle sa politique l'aura inexorablement conduit : des Palestiniens ne luttant pas pour une entité politique indépendante mais pour l'égalité totale des droits, au sein d'un même État.
Julien Salingue, La fin annoncée de l'Autorité Palestinienne ?, AFPS - Rue89

Écouter aussi : Imposer l'État Palestinien ?, Retour sur l'actualité - Radio Orient

Lire aussi :
• Dossier documentaire & Bibliographie Julien SALINGUE, Monde en Question.
• Dossier documentaire & Bibliographie Palestine/Israël, Monde en Question.
• Dossier documentaire & Bibliographie Palestine/Israël - Un seul État, Monde en Question.

5 décembre 2009

Misère du "débat" sur l'identité nationale (2)

Le débat sur l'identité nationale est-il légitime ?, Du grain à moudre - France Culture.
Ce n'était sans doute pas ce qui était prévu : le débat sur l'identité nationale est en passe de devenir lui-même l'objet du débat. A la question «Qu'est-ce qu'être français» s'en est substitué une autre dans ces tout derniers jours : «faut-il ou non se prêter à la discussion ?». Mis en ligne sur le site d'information Médiapart, le texte «nous ne débattrons pas» a rassemblé les signatures de Dominique de Villepin, de Claude Lanzmann, de Stéphane Hessel, Edouard Glissant ou Patrick Braouzec qui est notre invité ce soir. Fait nouveau : y compris au sein de la majorité, on commence à émettre des doutes sur la pertinence de la question.

Mais au fond, qu'est-ce qui dérange ? Est-ce la question qui est taboue ? Mais alors pourquoi certaines revues ont-elles pu s'en saisir, par le passé, sans provoquer le même tollé ? Après tout, l'identité nationale, le sentiment d'appartenance, et son caractère assez mystérieux nourrissent depuis des générations des travaux universitaires savants, d'anthropologues, d'historiens, de philosophes. Est-ce le fait, alors, que ce soit l'Etat à l'initiative du débat ? La Commission Marceau Long en son temps avait gagné le respect de tous.

Est-ce l'époque qui a changé, la manœuvre électorale qui est trop évidente ? Est-ce une histoire de contexte ou un sujet illégitime en soi ?

Avec :
- Malika Sorel. Essayiste, Membre du Haut Conseil à l'intégration.
Elle se présente comme "française, issue de l'immigration" pour défendre les vertus patriotiques du racisme politique et social et virer du côté d'un Le Pen en compagnie d'Alain Finkielkraut.
Malika Sorel : «Ces gens ne sont pas français», François Desouche [site d'extrême droite].
«Hé bien non. Je regrette. On ne devient pas français en naissant sur le sol français, de la même manière qu’un petit de Français de souche ne naitra pas chinois en naissant sur le territoire de la Chine.»
Sites qui promeuvent les idées racistes de Malika Sorel :
Causeur
Études-coloniales
François Desouche
La Luette
Marianne
Observatoire du communautarisme
Répliques - France Culture [26 septembre 2009, Liberté, Egalité, Diversité : une nouvelle devise républicaine ?]
Riposte Laïque

- Patrick Braouezec. Député de Seine Saint Denis (groupe Gauche Démocrate et Républicaine), Président de la Communauté d'agglomération Plaine Commune.

- Sami Naïr (au téléphone). Ancien député européen, Conseiller d'état

Lire aussi :
• Dossier documentaire & Bibliographie Nationalisme, Monde en Question.

Victoire de Le Pen... en Europe (1)

03/12/2009, 46% des Français pour l'interdiction des minarets, selon l'Ifop, Le Grand Journal du Mexique.
Une forte proportion de Français se prononce pour l'interdiction de la construction de minarets et même de mosquées en France, selon un sondage Ifop pour Le Figaro.
Concernant les minarets, 46% des personnes interrogées sont pour l'interdiction, 40% sont pour leur construction et 14% ne se prononcent pas, précise cette enquête.
Pour l'édification de mosquées, 41% des personnes interrogées y sont opposées, 19% y sont favorables, 36% se disent indifférents et 4% ne se prononcent pas.

04/12/2009, Le débat artificiel des minarets en France, L'édito politique - France Inter.


04/12/2009, L'interdiction des minarets continue de faire des vagues, euro|topics.
Le débat sur le référendum suisse contre les minarets se poursuit. Les médias condamnent des traditions antilibérales et l'absence de sentiment communautaire en Europe.
Commentaires : Les médias dominants esquivent le débat sur le racisme post-colonial qui gangrène la société "occidentale".

01/12/2009, La démocratie au détriment de la liberté de religion, euro|topics.
L'interdiction des minarets en Suisse a suscité de vives critiques dans toute l'Europe. Quelques politiques populistes de droite ont en revanche salué ce vote. Les médias débattent de la liberté de religion, les référendums et le rapport de l'Europe à l'islam.
Commentaires : Les médias dominants nous enferment dans un faux débat sur "la liberté de religion" et sur l'islam.

30/11/2009, Les Suisses contre les minarets, euro|topics.
Avec une majorité de 57,5 pour cent des voix, les Suisses se sont prononcés dimanche contre la construction de nouveaux minarets. Les partis conservateurs de l'Union démocratique du centre et de l'Union démocratique fédérale sont à l'origine du référendum. Ce résultat trouble la paix des religions, estime la presse.
Commentaires : Les médias dominants passent sous silence le racisme politique et social illustré par les résultats du référendum en Suisse.

Lire aussi :
• La Nouvelle Inquisition, Des bassines et du zèle - Traduction du texte de Laila LALAMI, The New Inquisition, The Nation.
Laila LALAMI analyse les clichés et contre-vérités véhiculés sur les musulmans installés en Europe, en particulier à travers un livre publié en juillet dernier, Reflections on the Revolution in Europe - Immigration, Islam, and the West écrit par Christopher Caldwell, journaliste américain.
- Laila Lalami, Blog
- Laila Lalami, Wikipédia
- Articles, Bladi
- Articles, Los Angeles Times
- Articles, The Boston Globe
- Articles, The Guardian
- Articles, The Nation
- Articles, The New York Times
- Des écrivains américains d'origine arabe parlent de thèmes universels, America.gov
- Livres, Google
- Vidéos, Google

• Chappatte : "Je renvoie au Suisse une image peu reluisante de lui-même", Le Monde.
• L'interdiction des minarets, Google Actualités.
• Dossier documentaire & Bibliographie Colonialisme, Monde en Question.
• Dossier documentaire & Bibliographie Racisme, Monde en Question.

Le complexe de Massada

«Dans cette guerre, le problème c'est le sionisme. Les Israéliens ont peur un jour de ne plus avoir peur». Ces propos sont ceux d'un universitaire palestinien de Jérusalem qui a participé à plusieurs séances de négociations avec les Israéliens. Ils font écho à un film du cinéaste israélien Avi Mograbi (Pour un seul de mes deux yeux) où un enfant est incité à crier depuis la citadelle de Massada qui domine la Mer Morte : «Romain, tu ne m'auras pas, je préfère la mort à la reddition».

Une présentation de l'histoire où le Palestinien n'existe pas

L'Etat d'Israël s'est construit sur un récit, sur la fabrication d'une nouvelle identité. Le peuple juif aurait été en exil pendant 2000 ans et, grâce au sionisme, il aurait fait son retour sur la terre de ses ancêtres. Être sioniste, c'est en quelque sorte trouver totalement légitime l'appropriation de la Palestine en 1948, la création d'Israël et l'expulsion des Palestiniens. Cette théorie de l'exil et du retour est aujourd'hui remise en question, notamment par le livre de l'historien Shlomo Sand (Comment le peuple juif fut inventé).

Dans l'éducation en Israël, l'histoire des Juifs est une longue suite de persécutions dont Auschwitz est l'aboutissement. Et la création d'Israël est présentée comme une forme de rédemption. L'opinion israélienne a une sensibilité très grande vis-à-vis de toute forme d'antisémitisme ou de négationnisme du génocide nazi.

Du coup, l'existence du peuple palestinien est un véritable problème pour l'historiographie israélienne. Depuis des décennies, il y a une tentative continue de minimiser, de travestir ou carrément de nier cette existence et d'essayer de confirmer ainsi que la Palestine était «une terre sans peuple pour un peuple sans terre».

Ancienne ministre de l'Education dans le gouvernement d'Ariel Sharon, Limor Livnat a perpétué cette conception idéologique de l'histoire. Selon elle, les Juifs auraient vécu sans interruption depuis des milliers d'années en Palestine et seraient majoritaires à Jérusalem depuis 1840. Les Palestiniens ne seraient pas vraiment un peuple mais un mélange de populations diverses amenées là par les Ottomans et peu importants numériquement. Dans l'éducation donnée en Israël, la légitimité est totalement du côté des Israéliens, les intrus étant «les Arabes».

En 1918, Ben Gourion écrivait (à juste titre) que les fellahs qui vivaient en Palestine étaient probablement les descendants des Hébreux. Il en concluait qu'on pourrait les intégrer au projet sioniste. Quelques années plus tard, c'est la première grande révolte palestinienne à Hébron, que les Israéliens qualifient de «pogrom» et Ben Gourion se rallie à l'idée de créer par la force l'Etat Juif.

La plupart des colonialismes ont vu le peuple autochtone avec un incroyable complexe de supériorité et une ignorance délibérée. Les sionistes n'ont pas fait exception. Pourtant l'histoire palestinienne existe. Les minorités chrétienne ou juive y vivaient plutôt en bonne intelligence avec la majorité musulmane. Les Juifs formaient en Palestine avant l'arrivée des sionistes une minorité comparable en importance à ce qu'ils représentaient dans d'autres pays de la région (Egypte, Irak …). D'ailleurs le premier assassinat politique commis par les sionistes, c'est en 1924 contre un Juif palestinien, Jacob De Haan, qui partait à Londres pour demander aux Anglais d'abroger la déclaration Balfour.

C'est Jabotinsky, le fondateur et l'idéologue du courant «révisionniste» du sionisme, celui qui inspire tous les dirigeants actuels israéliens qui définira la politique à mener contre les Palestiniens. Il constate que la société palestinienne est développée, structurée et décidée à résister. Les révoltes palestiniennes, l'existence d'une élite intellectuelle, d'un parti communiste fondé en 1919 ou de syndicats capables de mener de très longues grèves comme en 1936, le poussent à avancer l'idée du «transfert» des Palestiniens, c'est-à-dire leur expulsion au-delà du Jourdain.

Dans l'histoire officielle d'Israël, le caractère délibéré de l'expulsion de la grande majorité des Palestiniens en 1948 est nié. Les «Arabes» seraient partis d'eux-mêmes. L'idée communément admise, c'est que 1948 a finalement été un échange de population et que le monde arabe doit absorber et intégrer ceux qui sont partis et leurs descendants. Le mot «palestinien» est absent du vocabulaire. L'espoir est que, à l'image des Indiens d'Amérique du Nord ou des Aborigènes d'Australie, les Palestiniens acceptent le fait accompli et disparaissent en tant que peuple capable de réclamer ses droits.

De Golda Meïr à Menachem Begin, tous les dirigeants israéliens chercheront des rapports privilégiés avec des dirigeants arabes (le roi Husseïn, le président Sadate) pour ne jamais s'adresser aux Palestiniens.

L'échec d'Oslo et ses conséquences

En 1988, l'OLP reconnaît, à Alger, Israël dans ses frontières de 1949 et accepte de limiter le futur Etat Palestinien à 22% de la Palestine historique. À la même époque, un puissant mouvement pacifiste existe en Israël et il a été capable de faire descendre dans la rue quelques années auparavant des centaines de milliers de manifestants contre l'invasion du Liban et les massacres de Sabra et Chatila.

Ce virage de la direction palestinienne aboutit 5 ans plus tard à la signature des accords d'Oslo. Ce qui est vraiment neuf chez les dirigeants israéliens, c'est que, pour la première fois, ils signent un texte où figure le mot «palestinien» (qui remplace l'ancien terme «arabe») et qu'ils reconnaissent l'OLP comme représentante des Palestiniens.

Mais à aucun moment, ils ne reconnaissent ce que les négociateurs palestiniens considéraient comme l'issue logique du processus : un Etat Palestinien sur l'ensemble des territoires occupés depuis 1967. Aucune des questions fondamentales (la colonisation, les frontières, la souveraineté …) n'est conclue à Oslo. Entre cette signature et l'assassinat de Rabin un an et demi plus tard, 60000 nouveaux colons sont installés.

La magnifique occasion pour Israël d'accepter un compromis qui légitimerait son existence au Proche-Orient a été dédaigneusement refusée par les dirigeants et l'opinion publique israéliens. L'idée d'une dilution des Palestiniens dans le monde arabe et donc d'une reconnaissance des faits accomplis de 1948 et 1967 est restée hégémonique.

Le consensus dans la société israélienne est là. Personne, sauf la petite minorité qui combat le colonialisme et le sionisme, n'imagine une paix fondée sur l'égalité des droits et l'égale dignité des deux peuples. Pour les sionistes «de gauche», ceux qui sont à l'origine des accords d'Oslo, la légitimité d'Israël et la défense de l'Etat Juif sont non négociables, mais il s'agit d'examiner ce qu'on peut concéder dans ce cadre aux Palestiniens. D'où le fait que le premier point discuté à Oslo a été la sécurité de l'occupant. La différence avec la «droite» sioniste dont le programme est simple («achever la guerre de 1948», c'est-à-dire réaliser le «transfert»), est faible. Le sionisme a gommé les différences idéologiques. Il a aussi produit une insensibilité totale aux humiliations et à la souffrance de l'autre. Pour les Israéliens, les victimes ont été, sont et seront toujours les Juifs.

Pendant longtemps la majorité de l'opinion israélienne est restée hostile aux colons, les considérant comme des fanatiques religieux. Mais quand on examine en détail les sondages, on constate qu'une nette majorité veut garder pour Israël le «grand Jérusalem», un territoire décuplé depuis l'annexion de 1967 qui couvre 4% du territoire de la Cisjordanie de Ramallah à Bethléem et qui, en coupant en deux la Cisjordanie, rend non-viable tout Etat Palestinien. Par la même occasion, une bonne partie de l'opinion veut garder Ariel, Maale Adoumim, les blocs de colonies et la vallée du Jourdain.

L'opinion israélienne veut la paix, mais cela a souvent pour sens «laissez-nous en paix». L'idée que cette paix passe par l'égalité des droits reste très minoritaire parce que les Israéliens ont été éduqués dans l'idée que leur légitimité est indiscutable et que les Palestiniens sont, au mieux des intrus, et plus souvent ceux qui poursuivent l'œuvre des Nazis.

«Nous n'avons pas de partenaires pour la paix»

Pourquoi ces propos d'Ehud Barak sont-ils devenus la certitude de la plupart des Israéliens, même dans la partie de l'opinion qui n'est pas raciste ? C'est le complexe de Massada. C'est ce qu'on apprend à l'école. «Les Palestiniens veulent jeter les Juifs à la mer». «Arafat est un nouvel Hitler». «Tout le monde nous hait, nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes». Pour l'opinion israélienne, toute paix repose sur un déséquilibre total des forces, sur une domination politique, économique et militaire d'Israël. Chaque fois que les Israéliens ont eu en face d'eux des négociateurs palestiniens laïques, parlant hébreu et comprenant parfaitement l'importance pour les Israéliens de la mémoire du génocide nazi, ils n'ont fait aucune concession. Il y a un consensus en Israël sur le fait qu'une partie importante des ministres, des députés et des maires palestiniens soient en prison, toutes tendances confondues. Si l'opinion israélienne avait voulu une paix avec le Fatah, réputé plus conciliant que le Hamas, pour aboutir à la création d'un Etat Palestinien, il aurait suffi par exemple de libérer Marwan Barghouti. Il faut donc admettre que l'opinion israélienne ne veut, ni d'une Palestine unie, ni d'un partenaire pour la paix. Et aujourd'hui cette opinion utilise le Hamas et le Hezbollah comme des épouvantails justifiant le fait qu'on ne peut pas négocier et donc qu'il faut amplifier la colonisation et continuer la politique du fait accompli et des annexions successives.

Les seules divergences entre les dirigeants politiques israéliens qui sont tous plus ou moins des descendants idéologiques de Jabotinsky portent sur des nuances. Avigdor Lieberman s'appuie sur la fraction la plus raciste de l'opinion et met en question la présence des Palestiniens d'Israël. Benyamin Nétanyahou s'oppose à tout Etat palestinien et veut amplifier la colonisation. Tzipi Livni accepte un Etat palestinien réduit à quelques cantons. Et Ehud Barak est prêt à s'allier à tous les partis qui lui permettront de rester au pouvoir.

La fraction de l'opinion considérée comme pacifiste, représentée par le courant «La Paix Maintenant» et par plusieurs grands écrivains israéliens (Amos Oz, Avraham Yehoshua, David Grossman) a intériorisé l'idée qu'il n'y a pas de partenaire et elle a approuvé la guerre du Liban (2006) et l'invasion de Gaza (décembre 2008).

Reste la petite minorité d'Israéliens, principalement intellectuels, qui ont choisi de se battre contre l'occupation aux côtés des Palestiniens. Ils sont peu nombreux et très divers. Ce sont des noms célèbres, Michel Warschawski, Amira Hass, Gidéon Lévy, Nurit Peled, Ilan Pappé, Uri Avnéry… Ce sont des petits groupes : femmes en noir, refuzniks, anarchistes contre le mur… Ce sont aussi 3 partis représentés au Parlement (dont le parti communiste Hadash) qui ont eu la très grande majorité des suffrages des Palestiniens d'Israël. Cette force, non sioniste ou antisioniste, est bien sûr très minoritaire. Mais cela pourrait changer : quelques mois avant l'attaque contre Gaza, la liste conduite par un candidat communiste, antisioniste et refuznik (Dov Khenin [Knesset - Wikipedia]) avait obtenu 35% des voix aux élections municipales à Tel-Aviv.

19 novembre 2009
Pierre Stambul
UJFP

Lire aussi :
• Dossier documentaire & Bibliographie Pierre STAMBUL, Monde en Question.
• Dossier documentaire & Bibliographie Palestine/Israël - Résistance Palestine, Monde en Question.