16 décembre 2009

Nationalisme rime avec racisme

Pour ceux qui douteraient encore que le faux débat sur l'identité nationale, voulu et orchestré par Sarkozy-Besson, ne soit qu'un prétexte à conforter l'expression du racisme contre les Français issus de l'immigration coloniale :
La secrétaire d'Etat chargée de la famille et de la solidarité, Nadine Morano, a déclaré, lundi soir 14 décembre, vouloir du jeune musulman français "qu'il ne parle pas verlan", lors d'un débat sur l'identité nationale à Charmes (Vosges). "Moi, ce que je veux du jeune musulman, quand il est français, c'est qu'il aime son pays, c'est qu'il trouve un travail, c'est qu'il ne parle pas le verlan, qu'il ne mette pas sa casquette à l'envers", a expliqué la secrétaire d'Etat à un jeune homme qui l'interrogeait sur la compatibilité de l'islam avec la République.
Le Monde

Propos qui réjouissent un Georges Frêche que le PS va certainement soutenir pour les régionales en Languedoc-Roussillon.
Les références à Barrès, figure de proue du nationalisme français, ravisait aussi François Mitterrand, qui proclama en 1954 «L'Algérie, c'est la France»...


Lire aussi :
• Troubles de l'identité nationale, Presseurop.
• Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire de minarets que j'apprends ?, Des bassines et du zèle.
Deux faits :
- La question Êtes-vous pour l'initiative contre la construction de minarets ?
- La réponse 46,66% des électeurs se sont abstenus.
Un bon résumé du discours de Sarkozy : Identité nationale = valeurs de la République = civilisation chrétienne.
• L'«identité nationale» au miroir des sciences sociales, La vie des idées.
• Colloque 1914-1918 : les identités sociales et nationales en guerre, Lundi 01 février 2010 à Laon et Craonne, Calenda.
Le patriotisme et la défense de la nation sont des enjeux centraux pour les sociétés en guerre. Mais les identités nationales sont elles-mêmes construites et complexes. Elles revêtent des sens différents dans les Etats-nations et les empires multinationaux, pour les minorités nationales (Alsaciens, Polonais, Irlandais, Tchèques, Baltes…) et les soldats coloniaux. Elles s'articulent à des identités locales (la patrie et la « petite patrie ») et se construisent par des pratiques et des interactions multiples, à l'armée, à l'arrière, à l'école, dans la sphère culturelle. Qu'en est-il des identités lorsqu'il s'agit de citoyens d'une république ou d'une monarchie constitutionnelle, ou de sujets dans un système autoritaire traditionnel ? Où se situent les points de rupture dans les deux cas ? Un tel questionnement sera mené à travers la comparaison entre France, Italie, Russie, par exemple. De même la dimension coloniale pourrait comparer l'impact de la guerre sur les identités de troupes australiennes (dominion de race blanche de l'Empire britannique) et d'Afrique noire, ou d'Algérie où coexistaient colons et « indigènes ». Leur présence sur le Chemin des Dames fournira un exemple significatif. D'un autre côté, la prégnance du national et du nationalisme fait ressortir les identités alternatives : que signifie en 1914-1918 être neutre, internationaliste, européaniste ?
• Dossier documentaire & Bibliographie Immigration, Monde en Question.
• Dossier documentaire & Bibliographie Racisme, Monde en Question.

Arabophobie

SALLOUM Jacqueline, La Planète des Arabes, ContreInfo [imdb].
Ce court-métrage, réalisé comme une bande annonce, juxtapose tous les clichés anti-arabes véhiculés par Hollywood.

SHAHEEN Jack, Hollywood et Les Arabes, web2zero.tv - Dailymotion 1/3, 2/3, 3/3 [imdb].
Ce documentaire passe à la loupe un des aspects les plus calomnieux de l'histoire du cinéma et que personne n'avait jamais osé contesté, depuis l'époque du muet jusqu'aux grandes productions hollywoodiennes d'aujourd'hui.

Voir aussi :
• Jacqueline SALLOUM, Google Vidéos.
• Planet of the Arabs, Google Vidéos.
• Jack SHAHEEN, Google Vidéos.
• Reel Bad Arabs, Google Vidéos - Site.

Lire aussi :
• Reel Bad Arabs, Wikipedia.
• American-Arab Anti-Discrimination Committee, Wikipedia.
• Arabophobie, Monde en Question.
• Dossier documentaire & Bibliographie Racisme, Monde en Question.

15 décembre 2009

Lire Marx


BENSAÏD Daniel & CHARB, Marx, mode d'emploi, La Découverte, 2009 [Texte en ligne Zones].
Dans les années 80, en pleine offensive néolibréale, le magazine Newsweek pouvait titrer, triomphalement : «Marx est mort.»
Mais les spectres ont la peau dure. Aujourd'hui, Marx est de retour. En ces temps de crise fracassante du capitalisme et de grande débandade idéologique, on le redécouvre. Même le très libéral conseiller de l'Élysée, Alain Minc, s'est récemment déclaré «marxiste» - sans rire - en matière d'analyse économique.
Mais qui fut Marx ? Qu'a-t-il vraiment dit ? Ce petit ouvrage offre une introduction ludique à sa pensée, sa vie, son œuvre. Un panorama clair et souvent drôle qui associe bande dessinée et philosophie, humour et esprit de synthèse pour présenter dans toute son actualité la pensée du principal théoricien de l'anticapitalisme.


DUMÉNIL Gérard, LÖWY Michael, RENAULT Emmanuel, Lire Marx, Quadrige PUF, 2009 [Mediapart].
Deux impératifs ont présidé à la rédaction de cette introduction à la lecture de Marx : d'une part, le regain d'intérêt pour sa pensée en ce début de XXIe siècle, qui semble tout à coup plus d'actualité que jamais, certains allant jusqu'à faire de lui le grand penseur de notre modernité ; d'autre part, l'indisponibilité des recueils de morceaux choisis traduits en français, ou leur manque d'appareil critique.
Car, pour appréhender pleinement la force de sa pensée, il est nécessaire de se plonger directement dans ses textes, de voir comment sa pensée prend forme, comment ses idées s'agencent et s'articulent. C'est précisément le but de ce livre que de permettre, grâce à une mise en contexte et des explications, d'encadrer la lecture des écrits de Marx, non pas en faisant écho aux innombrables débats d'interprétation et commentaires issus du marxisme-léninisme, mais pour donner envie au lecteur de retourner aux textes intégraux afin de ne plus confondre l'original et la contrefaçon, les idées de Marx et leur caricature.
L'ouvrage aborde, en trois parties, trois domaines dans lesquels la pensée de Marx est essentielle : les sciences politiques, la philosophie et les sciences économiques. Bien que son oeuvre, par vocation, procède de l'imbrication des trois dimensions de sa théorie et, au-delà, d'une unité entre travail théorique et intervention pratique (philosophie de la praxis), elle n'en présente pas moins un intérêt théorique spécifique dans chaque discipline. L'ordre de la présentation vise à faire apparaître la cohérence de son projet - au travers de ses réactions aux évolutions historiques de son temps, de sa trajectoire le menant de la critique de la philosophie à la critique de l'économie politique -, ainsi que son incroyable actualité, à la lumière des débats politiques, philosophiques et économiques actuels.


DUMÉNIL Gérard, LÖWY Michael, RENAULT Emmanuel, Les 100 mots du marxisme, QSJ PUF, 2009 [Mediapart].
Bien qu'il ait refusé le terme de son vivant, le marxisme est d'abord la pensée de Karl Marx, pensée d'une richesse proprement extraordinaire, et en constante évolution. Mais ce que le marxisme doit à Marx est indissociable de ce qu'il doit à Engels, le coauteur - entre autres - du Manifeste du Parti communiste, et l'éditeur posthume des volumes 2 et 3 du Capital. Après leur mort, leurs idées furent développées dans des directions très diverses par des penseurs et des courants politiques se réclamant de leur héritage. Elles inspirent encore aujourd'hui la plupart des contestations radicales de l'ordre capitaliste.
En 100 entrées, cet ouvrage éclaire les principales notions du marxisme et rend compte de l'imbrication des enjeux et débats politiques, économiques et philosophiques au coeur de chacune d'entre elles.


FISCHBACH Franck (sous la direction de), Marx - Relire Le Capital, PUF, 2009.
Disons aussitôt ce que ce livre ne fait pas : il na pas la naïveté de prétendre que «tout est dans Marx», que Marx avait raison seul avant tout le monde, que toutes les évolutions des sociétés capitalistes, y compris les phénomènes récents de financiarisation du capital, étaient déjà exactement décrites et en quelque sorte anticipées par Le Capital. Il ne prétend donc pas quil faut revenir purement et simplement à Marx et à la lettre du Capital. Au contraire, on montrera ici que Marx ne peut être actuel quà la condition qu'on actualise Le Capital, et même qu'on le corrige et le modifie sur certains points essentiels : dans un contexte de redécouverte du Capital, la tâche est d'autant plus urgente et, si lon veut éviter de renouveler certaines erreurs passées, alors il faut cesser de considérer Le Capital comme un monument intouchable, et tenter au contraire de poursuivre une recherche que Marx na pas lui-même achevée, et de mener ainsi à son terme «la logique du Capital».

10/10/2009-10/04/2010, Séminaire Marx au XXIème siècle : l'esprit et la lettre, Université Paris 1-Sorbonne [entrée libre et gratuite].
Dire que la pensée de Marx est vivante ne peut plus être aujourd'hui une déclaration abstraite et sans conséquence. C'est bien la radicalité même de cette pensée qui en est la cause, et non la perspective de son inscription sans heurt au sein d'une tradition «classique». Dès lors, c'est seulement un travail poursuivi d'exploration et d'invention qui peut le montrer. C'est pourquoi ce séminaire se veut un lieu de débat, de découverte et de confrontation, original à plusieurs titres.
Il s'agit de se confronter aux textes de Marx et du marxisme avec la plus grande rigueur historique et philologique, en développant et en présentant, le travail éditorial autant que critique, déjà réalisé ou en cours de réalisation, et cela sur le plan international.
Il s'agit de surmonter les découpages rigides et les barrières disciplinaires, de faire se croiser les axes, philosophique, sociologique, économique, etc., en les unissant autour de leur portée concrète ou pratique : c'est la volonté d'intervention théorique et politique de l'engagement critique qui, sans dogmatisme, définissent un rapport vivant à Marx aujourd'hui.
Il s'agit donc d'être offensifs, dans un contexte d'hégémonie, à la fois puissante et fragile, de la pensée dominante. Il importe d'ouvrir les fenêtres, de déranger les évidences, de rejeter les mauvais procès et de récuser les anathèmes. Rien de plus utile pour cela que de se confronter à toutes les idées du présent, d'être attentif à tous les courants de pensée. Bref, d'investir tous les points hauts de la pensée contemporaine, en philosophie, économie, histoire, sciences sociales, sciences de la nature, etc., en vue d'une confrontation informée et sans timidité.

Lire aussi :
• Dossier documentaire & Bibliographie Marxisme, Monde en Question.

14 décembre 2009

L'identité française est soluble dans l'alcool

Un Comité de défense du beaujolais a été créé vendredi 11 décembre à Fleurie dans le département du Rhône à l'initiative de deux journalistes, Bernard Pivot, membre de l'Académie Goncourt, et Périco Légasse, chroniqueur gastronomique à Marianne, pour protéger un "symbole de l'identité française".
[...]
"On est quand même sur la terre des Bituriges (tribu gauloise), d'où le mot biture", concluait Périco Légasse après la dernière dégustation. Plus sérieusement, ajoutait-t-il plus tard, "ce comité veut dénoncer le lynchage dont le beaujolais, vin du peuple, vin des ouvriers, vin festif, est victime alors qu'il est un symbole de l'identité française. Ici, les viticulteurs ont l'impression d'être abandonnés par le marché, par l'opinion publique, par certains journalistes… A Paris, il est de bon ton de dire que le beaujolais ne vaut rien, alors que c'est un grand vin de France".
Le Monde

Lire aussi :
• Indigestion coloniale : l'urgence d'une réponse anthropophagique, Le Mort-Qui-Trompe.

Ils ont été quatre millions de Marcel qui, durant les deux ou trois premières années de leur vie de citoyen, firent la guerre en Algérie, au nom de la république, entre 1954 et 1962 : brûlant les villages, séquestrant les familles, massacrant les hameaux, torturant des millions de personnes, méthodiquement, administrativement, déportant des millions d'autres ou les mêmes, faisant dans ce qui s'appelait alors les départements français d'Algérie près d'un million de morts et plus de deux millions d'estropiés ou rendus fous à vie. Quatre millions de jeunes hommes qui furent obligés à faire en Algérie exactement ce que les Allemands avaient fait, à peine dix ans auparavant, dans l'Europe occupée, sauf bien sûr l'extermination des Juifs.
Quatre millions qui ensuite devinrent des pères de familles. Tous les pères des Français qui ont entre, disons, 35 et 48 ans, ont servi en Algérie. La guerre d'Algérie est le grand silence des familles françaises. Le trauma indicible. Les Français sont un peuple dont l'histoire contemporaine est jalonnée de grandes guerres, et les souvenirs de guerre font partie des rituels familiaux des anciens. Dans les familles, à table ou le soir, l'aïeul racontait «sa» guerre de 14-18 ; le grand père racontait «sa» guerre de 39-45, pas forcément glorieuse mais enfin, racontable ; et le père ? «Papa, raconte nous comment c'était ta guerre en Algérie ?». - Silence, pesant. Le silence des pères, l'alcoolisme dans les familles, la violence familiale névrotique ont presque toujours pour arrière fond le crime inconfessable et douloureusement refoulé de l'Algérie.

• Dossier documentaire & Bibliographie Nationalisme, Monde en Question.

Victoire de Le Pen... en Europe (2)

Un lecteur, qui signe Requiem, écrit :
Ben voyons, vous avez vécu dans une grotte ces dernières semaines ? Les médias ont TOUT fait pour insinuer que le référendum était raciste, il n'y avait qu'à voir l'article de Libération.

Ce lecteur ne cite pas l'article de Libération, qui aurait "insinué que le référendum était raciste", mais de toute façon il semble qu'il ne sache pas lire... comme le prouve la suite de sa diatribe.

De fait, le quotidien Rothschild-Joffrin passe sous silence le racisme politique et social illustré par les résultats du référendum en Suisse :
30/11/2009, Les Suisses sont-ils racistes ?, Libération.
Commentaires : À cette question, Laurent Joffrin répond «je n'en sais rien...» Dont acte.

30/11/2009, Laurent JOFFRIN, Absurde, Libération.
La peur irraisonnée de l'islam a de nouveau frappé en Europe. Alors que les musulmans de Suisse mènent pour la plupart, aux dires de tous, une vie parfaitement respectueuse du droit, la Confédération a adopté contre eux une mesure ostensiblement discriminatoire. L'interdiction des minarets ternit brutalement l'image d'un pays pourtant accoutumé à la coexistence pacifique des religions.

La force absurde du préjugé se vérifie d'autant plus que ce sont les cantons où il y le moins de musulmans qui ont le plus approuvé la mesure anti-islam réclamée par la droite extrême.

Le vote suisse est un signal d'alerte pour l'Europe entière. Aucun gouvernement du continent n'a jusqu'à présent réglé de manière satisfaisante ses rapports avec la religion musulmane, qui fait pourtant partie intégrante du paysage européen. L'activisme intégriste, danger minoritaire mais réel, sert de prétexte au maintien hors les murs de croyants dont l'immense majorité ne demande qu'à vivre en paix dans la plus stricte légalité. Il n'existe sur ce point qu'une seule stratégie possible : favoriser, sur des bases laïques établies depuis longtemps, l'émergence d'un islam européen dont les spécialistes voient déjà les prémisses, fidèle à sa foi et acclimaté à la culture des droits de l'homme. La Suisse vient de lui tourner le dos, au grand bénéfice des intégristes de tous les bords.

Commentaires : Le patron de Libération ne parle pas d'une mesure raciste, mais d'une «mesure ostensiblement discriminatoire» - la nuance est importante. De même, il n'écrit pas extrême droite mais «droite extrême», novlangue du politiquement correct. Enfin, il enferme ses lecteurs dans un faux débat sur la religion, en prônant «la coexistence pacifique des religions» et «l'émergence d'un islam européen» «sur des bases laïques». Absurde !

Notre lecteur partage le consensus construit par les médias dominants qui, après avoir déserté le terrain de l'analyse politique et sociale, interprètent le monde en recourant à l'idéologie du choc des civilisations selon laquelle la religion serait l'explication de tous les conflits économiques, politiques et sociaux.

La revue de presse européenne du 9 décembre illustre l'impasse du paradigme religieux : La question de la religion tourmente l'Europe, euro|topics.

Le seul article évoquant le racisme fut publié tardivement et par un journaliste qui n'exprime pas la ligne du journal (dérive vers le racisme anti-arabe [1]) : Pierre MARCELLE, Les mots pour la redire, la barbarie, Libération du 04/12/2009.
Ainsi, petit à petit, l'oiseau fait son nid. Cet oiseau-là, appelons-le fascisme ou néonazisme, et entendons de partout monter des voix nous rappelant scrupuleusement au sens des mots. Allons ! La Suisse serait soudain devenue, par le seul fait d'une votation interdisant l'érection de minarets, un Etat raciste ! Vous rigolez ?… Eh bien non, on ne rigole pas. On cherche le mot susceptible d'identifier l'électeur d'une proposition raciste promue par des racistes, et - est-on simplet, tout de même ! - on ne trouve rien de mieux que : raciste.
[...]
Redire que la barbarie, ce n'est pas l'islam. La barbarie, c'est invoquer un «islam modéré» (autre façon de signifier que son essence est extrémiste - terroriste) pour le sommer d'être «audible» tout en le contraignant à se taire, reclus dans le travail clandestin, la privation des droits civiques et la négation de toute identité autre que voilée.
[...]
La barbarie se mesurait hier, dans un sondage Ifop pour Le Figaro, à 46 % de sondés favorables à l'interdiction des minarets dans l'hexagone - et 41 % opposés à l'édification de mosquées.

Rappelons que Pierre Marcelle est toléré par le couple Rothschild-Joffrin et parfois censuré. Que fait-il donc dans cette galère [2] ?

Il est symptomatique que, pour rendre odieux le racisme, Pierre Marcelle doive l'associer au fascisme et au nazisme. En quoi il se fourvoie car sa dénonciation, purement morale, n'explique rien. Le racisme est intimement lié au colonialisme et donc au capitalisme. Il s'est développé en même temps que la colonisation européenne du monde, qui commença en 1492 alors que s'achevait la Reconquista... Le racisme fut l'idéologie de l'accumulation primitive du capital. Il fallait considérer comme inférieures, sinon comme non-humaines, les populations conquises pour justifier l'appropriation de leurs terres et de leur travail.

Serge LEFORT
13/12/2009

Lire aussi :
• Laila LALAMI, La Nouvelle Inquisition, Des bassines et du zèle - Traduction de, The New Inquisition, The Nation.
• Dossier documentaire & Bibliographie Racisme, Monde en Question.

[1] Lire notre analyse sur l'affaire RER D : Analyse d'une dérive – Le cas Libération.
[2] Bibliographie :
• Pierre MARCELLE, Wikipédia .
• Pierre MARCELLE, Acrimed.
• Pierre MARCELLE, Quotidienne - Chroniques 2000-2001, Léo Scheer, 2005.
• Pierre MARCELLE, Quotidienne 2002-2003, Fayard, 2006 [Là-bas si j'y suis].
• Pierre MARCELLE, Quotidienne 2004-2006 suivi de Libération, une crise, Fayard, 2007 [Mouvements].

13 décembre 2009

Les dérives de la prévention


PERETTI-WATEL Patrick, MOATTI Jean-Paul, Le principe de prévention - Le culte de la santé et ses dérives, Seuil, 2009 [l'Humanité - Nonfiction].
La santé est devenue notre bien le plus précieux. Les recommandations qui saturent l'espace public viennent nous le rappeler quotidiennement: "fumer tue", "évitez de grignoter entre les repas", "lavez-vous les mains fréquemment", etc. Car, pour faire reculer le plus possible la maladie et la mort, il faut traquer le risque partout où il existe. La prévention des excès alimentaires, du tabagisme, de la consommation d'alcool et de drogues s'efforce d'atteindre cet idéal de sécurité totale. Mais la "mise en risque" du monde ne va pas sans dysfonctionnements. Le culte de la santé disqualifie ceux qui transgressent les conseils des experts. Il enserre les individus dans de nouveaux carcans moraux. Enfin, il est l'allié des industries agroalimentaires et pharmaceutiques, à qui il ouvre des marchés lucratifs. Conçue pour protéger les citoyens, les enfants, les personnes vulnérables, la prévention doit aujourd'hui être réinventée, sous peine de perdre son âme.

Lire aussi :
• Revue de presse Grippe A/H1N1, Monde en Question.
• Dossier documentaire & Bibliographie Risque & Gestion du risque, Monde en Question.

Grands débats

Grands débats 1/4 : le postcolonial est-il déjà depassé ?, La Fabrique de l'Histoire - France Culture.
En 2005 et 2006, le grand public découvrait en effet par un grand nombre de publications l'existence d'un ensemble de théories regroupées sous le nom de "postcoloniales". Elles permettaient à certaines associations de faire le lien entre la colonisation passée et la relégation de certains quartiers dans lesquels vivent des descendants de colonisés.
Cette approche, considérée comme politisée, a empêché bien des curieux d'aller voir plus loin.

Quatre années plus tard , qu'en est-il du postcolonial ? Comment utiliser cet attirail critique construit pendant vingt-cinq ans dans les universités américaines et à côté de laquelle bien des chercheurs français sont passés ? Est-on déjà passé au post-postcolonial ?
Lire aussi :
• BLANCHARD Pascal et BANCEL Nicolas (dirigé par), Culture post-coloniale - Traces et mémoires coloniales en France 1961-2006, Mémoires, Autrement, 2006 [LMSI].
• Dossier documentaire & Bibliographie Histoire coloniale et postcoloniale, Approches Cultures & Territoires.
• Dossier documentaire & Bibliographie Colonialisme, Monde en Question.

Grands débats 2/4 : pourquoi rendre l'histoire-géographie optionnelle en terminale S ?, La Fabrique de l'Histoire - France Culture.
La Fabrique de l'histoire s'arrête ce matin sur l'appel lancé il y a deux semaines par l'Association des Professeurs d'Histoire-Géographie et relayée par une pétition d'historiens samedi dernier dans le Journal du Dimanche. Dans la réforme du lycée voulue par le ministère de l'Education Nationale, des matières traditionnelles sont en effet redistribuées entre la seconde, la première et la terminale. L’idée gouvernementale est donc de supprimer l’enseignement obligatoire d’histoire géographie en terminale S, de le rendre optionnel et de le renforcer en première. Et parallèlement de renforcer l’histoire/géo en classe littéraire pour redonner du lustre à cette filière de plus en plus abandonnée par les bons élèves.

C’est contre cela qu’une pétition menée par les historiens Serge Bernstein, Pierre Milza ou Jean-Pierre Azema a été publiée ce week-end dans le JDD et a reçu le soutien de personnalités et de femmes et d’hommes politiques de gauche comme de droite.
Ils en appellent au rapport particulier que la nation et son école entretiennent avec l'histoire et la géographie et n'imaginent pas que des scientifiques puissent se passer des sciences de l'espace et du temps.
Lire aussi :
• DE COCK Laurence, MADELINE Fanny, OFFENSTADT Nicolas et WAHNICH Sophie (sous la direction de), Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France, Agone, 2008.
• DE COCK Laurence et PICARD Emmanuelle (sous la direction de), La Fabrique scolaire de l’histoire, Agone, 2009 [Académie de Versailles - Approches Cultures & Territoires - Journal d'école - LDH-Toulon - l'Humanité].
CITRON Suzanne, Préface : Un parcours singulier dans la fabrique scolaire, Agone, 2009.
• TIBERJ Vincent, La crispation hexagonale, Plon, 2008 [Télécharger].
• Dossier documentaire & Bibliographie Nationalisme, Monde en Question.

Grands débats 3/4 : que peuvent apporter les romans à l’Histoire ?, La Fabrique de l'Histoire - France Culture.
La rentrée littéraire de septembre a été marquée, d'après la critique, par un nombre plus important qu'auparavant de romans à trame historique : "Démon" de Thierry Hesse, "Jan Karski" de Yannick Haenel, "Des hommes " de Laurent Mauvignier ou "Les sentinelles " de Bruno Tessarech ont - à des titres différents - été remarqués pour leur traitement de l'histoire, différent de celui des historiens.

Que disent donc les romanciers que ne disent pas les historiens ? Pourquoi sent-on parfois une réticence de certains universitaires en face de cette manière de traiter du passé ?

Grands débats 4/4 : historiens et réalisateurs face aux documentaires historiques, La Fabrique de l'Histoire - France Culture.
La diffusion de la série documentaire à succès "Apocalypse" a poussé des historiens à protester contre certains procédés mis en œuvre (colorisation, sonorisation, voix off...) par les réalisateurs. Ce débat faisait suite à d'autres , dans lesquels les historiens professionnels avaient été traités de "gardiens du temple" historiques : "l'Apocalypse" de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, Vraie Jeanne, Fausse Jeanne" de Martin Meissonnier, "9-3, histoires d'un territoire" de Yamina Benguigui...
Que se passe-t-il donc entre universitaires et gens de télévision ? Pourquoi des accrochages si fréquents ? Pourquoi les historiens eux-mêmes ne participent-ils pas plus à des œuvres audiovisuelles ?

12 décembre 2009

Minarets : malaise dans l'alteridentité

CHAVINIER Elsa et LÉVY Jacques, Minarets : malaise dans l'alteridentité, EspacesTemps.
Article illustré par deux cartes téléchargeables.

Lire aussi : Dossier documentaire & Bibliographie Racisme, Monde en Question.

À lire et à écouter

La globalisation financière : état des lieux, La Fabrique de l'humain - France Culture.
Le capitalisme perd la tête s'exclamait en 2004 Joseph Stiglitz, l'ancien conseiller de Bill Clinton. Il est en train de s'autodétruire, renchérissait en 2006 Patrick Artus, directeur des études à Natixis. Il n'est plus intouchable, affirmait à son tour fin 2008 l'économiste Daniel Cohen. Tandis que Jacques Attali cette semaine dans l'Express parle de mascarade à propos de l'efficacité du G20 et de la soi-disant sortie de crise. Il est vrai que les économistes se plaisent souvent à généraliser leur propos, voire à nous l'imposer, en nous laissant entendre que l'économie est la science qui détermine en dernière instance nos comportements les plus anodins ! Pierre-Noël Giraud, professeur d'économie à l'École des Mines de Paris, échappe à cette manie. Il ne fait pas de la pensée économique le sésame des vérités humaines. Il a le mérite de nous instruire et nous guide avec brio dans la compréhension des dynamiques économiques. Il déploie sa vision de la situation avec une pédagogie certaine. Le bilan qu'il établit de la mondialisation et de la crise financière s'appuie sur des concepts clairs : territoires, acteurs capitalistes, nomades et sédentaires, individus compétitifs et protégés, et ce qu'il appelle le « mistigri » dans la finance, c'est-à-dire l'imprévu. C'est à partir de ces notions qu'il décrypte la globalisation des firmes, de la finance, et la globalisation numérique. Car contrairement aux idées reçues, la mondialisation n'unifie pas le monde, elle le fragmente. L'auteur ne plaide pas cependant pour un retour au protectionnisme. Il explore de nombreuses pistes dans le domaine de la politique monétaire, du développement durable, de l'aide aux pays pauvres. Il avance aussi ses solutions pour l'Afrique en matière d'agriculture, de droits de propriété intellectuelle, et de santé. Enfin, il se projette dans l'invention de nouvelles solidarités…
Nous l'avons invité pour lui demander ce qu'il pense un an après de la crise de 2008. Et pour qu'il nous parle de l'Afrique et de la Chine, ses territoires de prédilection…

À l'origine de la vie, La marche des sciences - France Culture.
André Brack. Directeur de recherche émérite au Centre de biophysique moléculaire du CNRS à Orléans, membre honoraire de l'Institut d'Astrobiologie de la Nasa.

Alexandre Meinesz. Professeur de biologie à l'université de Nice-Sophia Antipolis (équipe ECOMERS).

Jean-Marc Bonnet-Bidaud. L'atlas céleste de Dunhuang, Pour la science.
La plus vieille carte du ciel connue, dessinée en Chine au VIIe siècle, est le fruit de méthodes géométriques qui ne seront maîtrisées que bien plus tard en Occident.

11 décembre 2009

Le Venezuela de Chavez

Le Venezuela : voyage au pays de Chavez (1/4) - Le chavisme pour les nuls – Abécédaire du chavisme, Sur les docks - France Culture.
Un documentaire d'Alexandre Héraud et Yvon Croizier avec la collaboration de Paula Vasquez
Une «danse des mots», et pas que les plus tendres, envers le processus révolutionnaire en cours au Venezuela, voilà ce que nous avons imaginé pouvoir orchestrer au fil de nos rencontres lors de notre voyage dans ce pays métamorphosé sous l'impulsion du controversé commandant Hugo Rafael Chavez Frias, dont nous fêterons le onzième anniversaire de l'accession au pouvoir le 6 décembre prochain.
Nos interlocuteurs ? De l'ancien ministre chaviste déçu au candidat malheureux à la présidence, de l'éditorialiste reconnu au petit entrepreneur local, du journaliste à la retraite blasé à la militante de quartier défavorisé, du jeune étudiant révolutionnaire rêveur au petit gérant d'hôtel sur la côte caraïbe, de la sociologue au professeur de lettres… Tous ont bien voulu participer à notre jeu-puzzle et isoler une lettre de l'alphabet pour construire ce qui s'apparenterait selon eux à un début de définition du chavisme.
Du «A» comme Alegria (joie), ou Autoritarisme au «T» de Tristesse, nous nous arrêterons sur le «C» de Caudillisme ou de Césarisme, ou encore celui de Cambio (changement) ;
Nous évoquerons le «D», de Dignité ; le «E» d' Etatisme…
Nous convoquerons le «M» de Militarisme ou de Messianisme, puis le «O» de Odio ( la haine) et le «P» de Peligro (danger), sans oublier le «S» de Sueno (rêve)…
Pour buter sur le «T» de Totalitarisme.
Le tout formant un ensemble imparfait, comme l'est de l'aveu même de ses propres partisans la Révolution Bolivarienne, ce «socialisme du XXI° siècle» aux contours idéologiques mal définis.

Le Venezuela : voyage au pays de Chavez (2/4) - Mais qui est donc Lina Ron ? Portrait d'une révolutionnaire en arme, Sur les docks - France Culture.
Un documentaire d'Alexandre Héraud et Yvon Croizier
Toutes les épithètes sont bonnes pour qualifier celle qu'on appelle la «comandante Lina Ron» ou «la générale du chavisme» ! Agressive, hystérique, belliqueuse, enragée mais aussi passionnée, authentique, charismatique, engagée, la «patriote» Lina Ninette Ron Pereira, la plus fameuse des activistes de rue de la Révolution bolivarienne, âgée de 50 ans, a fini par être baptisée «l'incontrôlable» par celui-là même à qui elle voue un culte indéfectible depuis son accession au pouvoir en 1998, le président Hugo Rafael Chavez Frias.
Ce dernier a du la désavouer publiquement et ordonner sa mise en détention après l'attaque qu'elle dirigea le 3 août 2009 contre les locaux de la principale chaîne d'opposition, Globovision. Lors de cette action-commando, furent lancées quelques grenades lacrymogènes dans l'enceinte de ce média cristallisant toutes les critiques du gouvernement chaviste.
C'est dans un contexte d'extrême polarisation politique et en pleine «guerre contre les médias» que nous avons dressé ce portrait d'une révolutionnaire en arme ayant fondé son propre parti, l'Union Populaire Bolivarienne (UPV) adulée dans les secteurs les plus pauvres de la population ceux là même qu'elle nomme le «édentés». Lina Ron l'endiablée est devenue la bête noire «satanisée» par l'opposition vénézuelienne. Mais celle dont la devise est «Avec Chavez Tout ! sans Chavez , du plomb» semble désormais être une menace pour le président Chavez, qui craint d'être débordé par sa base la plus radicale dont elle est l'incarnation. C'est ce qui fait dire à certains observateurs fascinés par ce personnage hors du commun, qu'elle représenterait à elle seule tout «l'inconscient du chavisme».

Le Venezuela : voyage au pays de Chavez (3/4) - 23 de Enero, Caracas : une ballade révolutionnaire, Sur les docks - France Culture.
Un documentaire d'Alexandre Héraud et Yvon Croizier
En 1954, le général Marcos Pérez Jiménez commandait au plus célèbre architecte national, Carlos Villanueva, de partir à l'assaut des collines et construire un ambitieux projet urbanistique pour développer et moderniser les logements sociaux de la partie Ouest de Caracas. Son intention était surtout de nettoyer les quartiers pauvres et faciliter le contrôle de la population. Las, au lieu de porter le nom du «2 décembre», pour célébrer l'accession au pouvoir du général, cette vaste opération de 9.000 appartements répartis en trente-huit immeubles (dont la moitié sont des barres de quinze étages et de plus de cent mètres de longs), allait être baptisée le «23 Janvier» (23 de Enero) pour marquer la destitution du dictateur en 1958 et le début de la démocratisation !
Dés lors, et pendant les quarante années ayant précédé l'arrivée au pouvoir d'Hugo Chavez en 1998, ce quartier pris d'assaut par les classes populaires (la plupart des logements prévus pour accueillir les classes moyennes n'étaient pas encore attribués) devint le fer de lance de tous les mouvements de contestation et de confrontation avec le pouvoir. Le «23 de Enero», qui aurait du être un joyau de l'urbanisme social, situé à quinze minutes du centre ville en métro, est devenu très vite un concentré de violence et de misère. Surnommé «la zone rouge» ou encore «la zone subversive», peu de Vénézuéliens osaient s'aventurer. Ses habitants soudés autour des luttes contre le pouvoir ont toujours été «structurés» : depuis plusieurs générations, la communauté a vu éclore d'innombrables groupes politiques, sociaux et culturels très actifs qui ont forgé une mentalité propre au «23».
Aujourd'hui, ce quartier est considéré comme un bastion du chavisme, on pourrait même dire un laboratoire, et c'est ici que les programmes sociaux («les missions») du président Chavez ont été expérimentés dès les premiers jours de la «Révolution Bolivarienne».
Lorsqu'un visiteur est bien accompagné et s'il se garde de paraître par trop sceptique ou offensif dans ses questionnements, il peut alors faire ce que l'on nomme avec ironie du «tourisme révolutionnaire». Notre objectif au long de cette journée passée au «23 de Enero» a été de recueillir sans exercer volontairement notre esprit critique la parole de quelques représentants du fameux «processo» en marche... Hasta la victoria !

Le Venezuela : voyage au pays de Chavez (4/4) - Attention Monsieur Branger !, Sur les docks - France Culture.
Un documentaire d'Alexandre Héraud et Yvon Croizier
Fuir le chaos de Caracas. Convoquer l'échappée belle. Se fondre dans les grands espaces et se laisser séduire par ce pays grand comme deux fois la France et dont la diversité des paysages en fait l'un des pays les plus contrastés de la planète.
Notre dernière étape nous mène vers Les llanos, le «Far West vénézuélien». Comprenez «les plaines» en espagnol, celles que Humboldt l'explorateur baptisa en son temps «les steppes d'Amérique du Sud». Les plus vastes étendues de savane du Nord de l'Amérique latine ne couvrent pas moins de 30% du territoire national, et les guides que possèdent les touristes s'y aventurant les préviennent : «La région est hostile et difficile, la vie livre ici une bataille quotidienne face aux éléments (…)».
Si le voyage est cependant conseillé, c'est que l'endroit est «l'un des plus beaux et étonnants sanctuaires écologiques au monde». La formule, cette fois, est de Nicolas Hulot !
Sans transition, Chavez est llanero. Il revendique et porte haut cette culture llanera que l'on peut découvrir exposée dans l'étonnant roman de Romulo Gallegos, Dona Barbara, écrit en 1929, et qui reste l'un des classiques de la littérature latino américaine.
Une raison supplémentaire pour ouvrir les portes du «Hato Pinero», le plus célèbre «ranch» du Venezuela, situé au sud-est de l'Etat de Cojedes, dans les Hauts llanos. 85 000 hectares, 17 000 têtes de bétails et une posada pouvant accueillir touristes aisés et scientifiques du monde entier tant la diversité de la faune et de la flore minutieusement protégées ici est exceptionnelle.
Son propriétaire, Francesco Branger, nous a reçu dans un contexte très difficile pour tous les latifundistes menacés d'expropriation par la reforme agraire issue de la «Loi des Terres» votée en 2002 par le gouvernement révolutionnaire.