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17 novembre 2008

Version policière des «sabotages SNCF» (1)

« L'Insurrection qui vient » ou le livre comme pièce à conviction, Claude Guillon
Avant d’y revenir ultérieurement, sous la forme qui me paraîtra la plus adéquate aux circonstances, je souhaite réagir à l’un des points particuliers de l’affaire dite abusivement des « sabotages SNCF », en réalité l’un des épisodes de la mise en place et en application des nouvelles dispositions européennes dites « antiterroristes ».

La police a souligné la présence, chez un certain nombre de personnes baptisées « membres de la mouvance anarcho-autonome », d’un petit ouvrage intitulé L’insurrection qui vient (La Fabrique éditions, 2007 [version PDF]). Cet opuscule est signé par un « Comité invisible », que les journalistes ont eut tôt fait de rebaptiser « Cellule invisible », ce qui, dans leur imagination, évoque davantage l’obscurité des conspirations.


Comité invisible : l'affaire du sabotage des lignes SNCF, La République des Lettres
Il est inutile de préciser que, des journaux dits "de référence" aux chaines et radios publiques ou privées, l'affaire des "anarcho-autonomes" tourne en boucle, générant les pires délires sur la présence de "l'ultra-gauche", ce nouvel ennemi intérieur qui réunirait les enfants d'Action Directe, des Brigades rouges, d'Al-Quaïda, de l'ETA et de la Fraction Armée Rouge réunis. Spécialistes es Anarchie et Terrorisme occupent les plateaux entre deux flashs d'info TGV pour expliquer que la France risque bientôt de sombrer sous l'action violente de "l'ultra-gauche".

Au vu des premiers éléments du dossier, les avocats des inculpés ramènent bientôt l'affaire de la "Cellule invisible" à ce qu'elle est réellement, à savoir plutôt une affaire politico-judiciaire pour délit d'opinion.


Je ne suis pas terroriste… mais je me soigne, rewriting.net
A défaut de preuves formelles, les policiers anti-terroristes ont trouvé “un manuel contenant des indications sur le comportement à adopter lors d’une garde à vue pour résister au mieux à la pression des policiers” lors de leurs perquisitions, dans l’affaire de la “mouvance anarcho-autonome“, qu’ils surveillaient depuis des mois (voir ce qu’en disait, en juin dernier, le Syndicat de la Magistrature : La Direction des Affaires Criminelles voit des terroristes partout).

Recensement des guides pratiques comme "Face à la police / Face à la justice Guide de self-défense juridique".


Lire aussi :
• "Sabotages SNCF", Google Actualités
• "Sabotages SNCF", Yahoo! résultats Actualités
• "L'Insurrection qui vient", Google Actualités
• "L'Insurrection qui vient", Yahoo! résultats Actualités

7 février 2010

La théorie du complot


Les médias dominants ont verrouillé tout débat sur la grippe à virus A(H1N1). Aux ordres des autorités sanitaires et politiques, ils ont disqualifiés par avance les critiques en les assimilant aux "théories du complot". Les médias sont passés maîtres dans l'art de dénoncer les théories du complot tout en y participant eux-mêmes...

Depuis le 11 septembre 2001, les médias dominants balaient d'un revers de main les doutes et les critiques en accusant l'islamogauchisme de comploter contre la République, la laïcité, les femmes... et contre Israël.
En 2004, Daniel Leconte et ses compères assénèrent, en manipulant les images, leur théorie du complot : l'anti-américanisme est le masque de l'éternel antisémitisme ; Arlette Laguiller et Jean-Marie Le Pen sont les agents d'un complot mondial contre le peuple juif [1] !
En 2006, les médias dominants accréditèrent la thèse d'un "complot soviétique" d'être responsable de l'attentat contre Jean Paul II en 1981 [2].
En 2008, les médias dominants accréditèrent la thèse d'un "complot de l'ultra-gauche" d'être responsable des «sabotages SNCF» [3].
En 2010, les médias dominants, qui perdent un peu plus chaque jour crédibilité et audience, s'acharne contre ceux qui participeraient à une vaste complot destiné à les discréditer :
La critique englobante de la «théorie du complot» est devenue dans l'espace médiatique une arme de destruction massive de toute discussion rationnelle. Et il est à peine paradoxal de constater que cette critique utilise les mêmes procédés que ceux qu'elle dénonce, comme le montre une émission récente de France Culture. La critique de la «théorie du complot» en version France Culture permet de comprendre comment et pourquoi sa dénonciation est devenue un argument de propagande médiatique…
Acrimed
Les chiens aboient, la caravane passe...

Serge LEFORT
Citoyen du Monde exilé au Mexique

Lire aussi :
Théorie du complot, Acrimed.
Théorie du complot, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Propagande, Monde en Question.

[1] Lire : La théorie du complot, Monde en Question.
Lire aussi la série d'articles sur l'affaire du RER D, Monde en Question.
[2] Lire la série d'articles sur cette affaire :
Le Monde, agent de propagande, Monde en Question.
Libération et Arte, agents de propagande, Monde en Question.
• Médias, agents de propagande, Monde en Question.
Lire aussi la série d'articles sur l'affaire des caricatures, Monde en Question.
[3] Lire la série d'articles sur cette affaire :
• Version policière des «sabotages SNCF» (1), Monde en Question.
• Version policière des «sabotages SNCF» (2), Monde en Question.
• Version policière des «sabotages SNCF» (3), Monde en Question.
Lire aussi la série d'articles sur les attentats à Bombay : Le terrorisme, une arme de propagande, Monde en Question.
Lire aussi la série d'articles sur l'affaire des minarets, Monde en Question.

24 novembre 2008

Version policière des «sabotages SNCF» (2)

L'hebdomadaire d'extrême droite, Valeurs actuelles, a repris la version policière titrée "Sous la menace de l'ultragauche".

"Terroristes d'ultra-gauche" : Comment justice et presse prennent le train de la police, Politis.
Après les sabotages de lignes TGV le 8 novembre dernier, neuf personnes, bien vite présentées comme des "anarchistes d’ultra-gauche" par les médias et la police, ont été placées en garde à vue. Mais aucun élément n’est venu prouver leur culpabilité et de nombreuses questions restent en suspens.

Dimanche 16 novembre, neuf membres présumés d’une « cellule invisible » qualifiée « d’ultra-gauche, mouvance anarcho-autonome » par la ministre de l’Intérieur, ont été mis en examen pour « destructions en réunion en relation avec une entreprise terroriste ». Quatre d’entre-eux ont été mis en liberté sous contrôle judiciaire et cinq incarcérés. Sans qu’il existe, en l’état actuel de l’enquête, la moindre preuve qu’ils aient de près ou de loin participé aux actes de malveillance qui avaient perturbé une semaine plus tôt le trafic des TGV Nord, Est et Sud-Est. Ce qui n’a pas empêché la plupart des médias de répéter les vraies-fausses informations répandues par les policiers pour accréditer l’existence d’un « groupe de terroristes », basé à Tarnac en Corrèze, en train de préparer des sabotages. Quelques informations méritent pourtant d’être examinées de plus près, d’autant qu’elles n’ont pas été répercutées par la presse.
[...]
Le 13 novembre, un représentant du Parquet de Paris a déclaré : « Les éléments recueillis ne permettent pas de les présenter comme coupables, le délit d’opinion n’est pas criminalisé en France ». Le procureur de Paris, sur instructions, a estimé le contraire. Au début de l’enquête, le 8 au matin, les gendarmes ont annoncé disposer d’empreintes et de traces ADN. Dimanche, elles n’existaient plus. Les mises en examen, comme l’expliquent les avocats, ont donc été essentiellement faites sur des présomptions puisqu’en l’état actuel de l’enquête, il n’existe aucune preuve. Mais il est vrai que des policiers ont confié aux journalistes à propos de Julien : « Vous savez, il est très intelligent ». Ce qui constitue sans aucun doute une circonstance aggravante.


Nous sommes tous des « anarcho-autonomes », Le Mague.
Serviles, les médias lâchent les freins et vont d’amalgames en amalgames. Tout est bon pour semer le trouble dans des esprits mal informés. Les « experts » sont appelés à la rescousse. On revient alors pêle-mêle sur l’action des antinucléaires contre un train de déchets radioactifs, sur les revendications de SUD Rail, sur les manifs anti G8 ou anti-CPE, sur les faucheurs d’OGM, sur la mobilisation contre le fichier EDVIGE, sur la sortie d’un mauvais film sur La Bande à Baader... La désinformation à Très Grande Vitesse est en marche pour justifier la mise à l’index de personnes soupçonnées d’avoir mis à bout de bras des tiges en ferraille sur les caténaires de lignes TGV (dans lesquels courent 25 000 volts…). En fait, au-delà de ces arrestations, c’est finalement tout le mouvement social qui est visé.
[...]
Comment se terminera ce stupide conte de la folie ordinaire ? En 2007, des actes
similaires avaient eu lieu. Les mêmes conneries avaient été dites, mais les mystérieux
coupables n’ont jamais été arrêtés. En 2008, rebelote avec cette fois une répression
Très Grande Vitesse. Que penser de tout ça ? Le pouvoir estime que des « pensées
radicales » sont incompatibles avec la « démocratie ». Nous voilà prévenus. Nous qui,
en maintes occasions, avons lutté, protesté, manifesté, pétitionné, collé des affiches,
fait grève, écouté des chansons et des poèmes rebelles, surfé sur des sites Internet
engagés, rencontré des militants allemands, irlandais, espagnols, américains,
africains… Autant d’actes qui peuvent nous rendre vite suspects.


Arrêtez-nous, nous sommes des terroristes de l’ultra-gauche !, Le Blog de l’ultra-gauche.
Nous aussi, nous avons manifesté dans notre vie,
Nous avons même manifesté contre la guerre et pour la paix dans le monde,
Certains d’entre nous ont même manifesté à l’étranger, et certains aux Etats-Unis,

Nous aussi, nous habitons ou aimerions habiter un village de 300 habitants,
Nous avons même imaginé vivre et habiter à la campagne et devenir épiciers,
Certains d’entre nous aimeraient reprendre une vieille ferme et planter des carottes,

Nous aussi avons des ordinateurs portables et des connexions Internets,
Nous avons même créé des blogs politiques et associatifs,
Certains d’entre nous connaissent même des sites libertaires ou anarchistes,

Nous aussi, nous possédons une carte des chemins de fer et destinations de la SNCF,
Nous avons, pour les plus jeunes, une carte 12-25 ans pour voyager moins cher,
Certains d’entre nous ont même été importunés par les voies ferrés dans leur promenade du dimanche,

Nous aussi, nous avons des livres à la maison,
Nous avons même des livres politiques qui expliquent comment renverser le système capitaliste,
Certains d’entre nous ont même écrit des livres subversifs expliquant comment organiser une action militante

Nous aussi, nous aimons la nature,
Nous avons même toutes et tous pensé faire de l’escalade pour profiter des paysages de montagne,
Certains d’entre nous ont même, dangereux qu’ils sont, des mousquetons et un casque d’escalade,

Nous aussi, nous sommes allés à l’école,
Nous avons même essayé de faire des études, voire beaucoup d’études,
Certains d’entre nous ont même obtenus leur diplôme BAC+5.


Fabrication d’épouvantails, mode d’emploi

Stupeur et consternation ! Les terroristes «d’ultragauche» accusés par la ministre de l’Intérieur d’avoir saboté des caténaires de TGV, vivaient paisiblement à Tarnac, petit village de Corrèze. Ils y tenaient même l’épicerie-bar. Les habitants du village expriment tout le bien qu’ils pensaient de leurs commerçants uniques. Qu’à cela ne tienne. Les journaux télévisés unanimes brodent sur la clandestinité du groupe, «qui avait balancé ordinateurs et téléphones portables». Une épicerie, peut-être, mais «une épicerie tapie dans l’ombre», précisa fort sérieusement un journaliste de France 2.

Le journalisme policier est un art difficile. Il ne s’agit pas seulement de recueillir les confidences des enquêteurs, et de tenter tant bien que mal de séparer infos et intox. Il faut encore leur donner la forme d’un roman conforme à ce qu’attendent, selon les cas, les lecteurs, la hiérarchie du journal, ou le ministère. D’où la fabrication ultrarapide «d’épicerie tapie dans l’ombre», d’un «commando» composé d’un «cerveau» et de «lieutenants» réfugiés dans un «QG» ou de «nihilistes potentiellement très violents».

Fabrication, ou résurrection ? Aux plus âgés d’entre nous (disons, les quadragénaires bien avancés) les journaux télévisés de la semaine dernière auront au moins rappelé leur jeunesse. Aux «prêcheurs barbus des caves», aux «gangs ethniques des banlieues», a en effet succédé une autre catégorie de «méchants», bien oubliée, «la mouvance anarcho-autonome». Et resurgissent pêle-mêle les fantômes des glorieux prédécesseurs de MAM, Michel Poniatowski (ministre de Giscard), ou même Raymond Marcellin, titulaire du poste sous Pompidou.

Dans ce concours de fabrication d’épouvantails, notre confrère du Figaro, Christophe Cornevin, se classe hors catégorie. Les ultraépiciers de Tarnac, aux yeux du Figaro, étaient «en totale rupture de ban avec la société», «embarqués dans un mode de vie altermondialiste, vivotant pour certains du négoce de produits agricoles, fuyant le regard des rares riverains qui les entouraient, ces apprentis terroristes de la gauche ultra présentaient un profil bien particulier. Agés de 25 à35 ans pour le plus âgé, ces nihilistes considérés comme «potentiellement très violents» étaient articulés autour d’un petit «noyau dur» d’activistes déjà fichés pour divers actes de violences et de dégradation. A priori, aucun d’entre eux ne travaillait. «Cela ne correspondait pas à leur philosophie», lâche un enquêteur. Les femmes de la bande, quant à elles, sont plus volontiers dépeintes sous les traits de "filles de bonne famille issues de la bourgeoisie de province". Un profil somme toute guère étonnant au regard de la jeune fille chic en Burberry qui répondait au nom de Joëlle Aubron à l’époque d’Action Directe».

Paresse, lâcheté, violence, trahison de sa classe d’origine : tous ces traits de caractères individuellement, sont inquiétants. Regroupés, ils composent un tableau terrifiant. Le lendemain, le titre d’un article du même journaliste nous apprend que «l’ADN est au cœur de l’enquête». Mais au cœur de l’article… rien sur les preuves ADN.

A croire d’ailleurs que la fabrication d’épouvantails médiatiques est une spécialité en soi. Une recherche au sujet de Christophe Cornevin dans le moteur Google, donne une idée de l’ampleur des compétences du confrère. «Une dizaine de lascars sont affalés sur les bancs de la salle des pas perdus de la 23e chambre correctionnelle, écrit le journaliste. Agés de 17 à 22 ans, ils sont dans leur écrasante majorité originaires d’Afrique noire» (7 septembre 2007, article intitulé «L’essor des gangs africains dominés par le vol et la violence»). «Les barbus s’activent derrière les barreaux», titre Le Figaro en septembre. Détails : «Ces religieux clandestins se sont radicalisés en surfant sur Internet, confie un haut responsable de l’AP. Ils distillent des fragments de sourates pouvant faire référence à la violence et reprennent un discours moyenâgeux pour convertir leurs compagnons de cellule.»

Mais lorsque la tendance des épouvantails vire au modèle «trader fou», notre artisan sait aussi se reconvertir, comme dans cette description balzacienne des objets saisis lors d’une perquisition chez l’ancien trader de la Société générale Jérôme Kerviel : «Sur une table placée aux abords de l’impressionnant écran plat qui trône dans la pièce principale, ils ont notamment trouvé deux téléphones portables, un livre de réglementation bancaire, un numéro de la revue Investir intitulé «Comment s’enrichir en 2008», une canette entamée, une boîte de cigares Monte-Cristo et un exemplaire du Coran comprenant une version arabe et sa traduction en français.»

Ça ferait rire, si ça ne faisait pas peur. Ça ferait peur, si ça ne faisait pas rire.

Daniel Schneidermann
17/11/2008
Publié par Libération.

Terrorisme ou tragi-comédie

A l’aube du 11 novembre, 150 policiers, dont la plupart appartenaient aux brigades antiterroristes, ont encerclé un village de 350 habitants sur le plateau de Millevaches avant de pénétrer dans une ferme pour arrêter 9 jeunes gens (qui avaient repris l’épicerie et essayé de ranimer la vie culturelle du village). Quatre jours plus tard, les 9 personnes interpellées ont été déférées devant un juge antiterroriste et «accusées d’association de malfaiteurs à visée terroriste». Les journaux rapportent que le ministre de l’Intérieur et le chef de l’Etat «ont félicité la police et la gendarmerie pour leur diligence». Tout est en ordre en apparence. Mais essayons d’examiner de plus près les faits et de cerner les raisons et les résultats de cette «diligence».

Les raisons d’abord : les jeunes gens qui ont été interpellés «étaient suivis par la police en raison de leur appartenance à l’ultra-gauche et à la mouvance anarcho autonome». Comme le précise l’entourage de la ministre de l’Intérieur, «ils tiennent des discours très radicaux et ont des liens avec des groupes étrangers». Mais il y a plus : certains des interpellés «participaient de façon régulière à des manifestations politiques», et, par exemple, «aux cortèges contre le fichier Edvige et contre le renforcement des mesures sur l’immigration». Une appartenance politique (c’est le seul sens possible de monstruosités linguistiques comme «mouvance anarcho autonome»), l’exercice actif des libertés politiques, la tenue de discours radicaux suffisent donc pour mettre en marche la Sous direction antiterroriste de la police (Sdat) et la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). Or, qui possède un minimum de conscience politique ne peut que partager l’inquiétude de ces jeunes gens face aux dégradations de la démocratie qu’entraînent le fichier Edvige, les dispositifs biométriques et le durcissement de règles sur l’immigration.

Quant aux résultats, on s’attendrait à ce que les enquêteurs aient retrouvé dans la ferme de Millevaches des armes, des explosifs, et des cocktails Molotov. Tant s’en faut. Les policiers de la Sdat sont tombés sur «des documents précisant les heures de passage des trains, commune par commune, avec horaire de départ et d’arrivée dans les gares». En bon français : un horaire de la SNCF. Mais ils ont aussi séquestré du «matériel d’escalade». En bon français : une échelle, comme celles qu’on trouve dans n’importe quelle maison de campagne.

Il est donc temps d’en venir aux personnes des interpellés et, surtout, au chef présumé de cette bande terroriste, «un leader de 33 ans issu d’un milieu aisé et parisien, vivant grâce aux subsides de ses parents». Il s’agit de Julien Coupat, un jeune philosophe qui a animé naguère, avec quelques-uns de ses amis, Tiqqun, une revue responsable d’analyses politiques sans doute discutables, mais qui compte aujourd’hui encore parmi les plus intelligentes de cette période. J’ai connu Julien Coupat à cette époque et je lui garde, d’un point de vue intellectuel, une estime durable.

Passons donc à l’examen du seul fait concret de toute cette histoire. L’activité des interpellés serait à mettre en liaison avec les actes de malveillance contre la SNCF qui ont causé le 8 novembre le retard de certains TGV sur la ligne Paris-Lille. Ces dispositifs, si l’on en croit les déclarations de la police et des agents de la SNCF eux-mêmes, ne peuvent en aucun cas provoquer des dommages aux personnes : ils peuvent tout au plus, en entravant l’alimentation des pantographes des trains, causer le retard de ces derniers. En Italie, les trains sont très souvent en retard, mais personne n’a encore songé à accuser de terrorisme la société nationale des chemins de fer. Il s’agit de délits mineurs même si personne n’entend les cautionner. Le 13 novembre, un communiqué de la police affirmait avec prudence qu’il y a peut-être «des auteurs des dégradations parmi les gardés a vue, mais qu’il n’est pas possible d’imputer une action à tel ou tel d’entre eux».

La seule conclusion possible de cette ténébreuse affaire est que ceux qui s’engagent activement aujourd’hui contre la façon (discutable au demeurant) dont on gère les problèmes sociaux et économiques sont considérés ipso facto comme des terroristes en puissance, quand bien même aucun acte ne justifierait cette accusation. Il faut avoir le courage de dire avec clarté qu’aujourd’hui, dans de nombreux pays européens (en particulier en France et en Italie), on a introduit des lois et des mesures de police qu’on aurait autrefois jugées barbares et antidémocratiques et qui n’ont rien à envier à celles qui étaient en vigueur en Italie pendant le fascisme. L’une de ces mesures est celle qui autorise la détention en garde à vue pour une durée de quatre-vingt-seize heures d’un groupe de jeunes imprudents peut-être, mais auxquels «il n’est pas possible d’imputer une action». Une autre tout aussi grave est l’adoption de lois qui introduisent des délits d’association dont la formulation est laissée intentionnellement dans le vague et qui permettent de classer comme «à visée» ou «à vocation terroriste» des actes politiques qu’on n’avait jamais considérés jusque-là comme destinés à produire la terreur.

Giorgio Agamben
19/11/2008
Traduit de l’italien par Martin Rueff.
Publié par Libération.

Écouter :
Eric Hazan, interview (I), interview (II), interview (III), Mediapart - Dailymotion.

Lire :
• Dossier "mouvance anarcho-autonome", Infokiosques.net.
• Articles "Anarcho-autonome", WordPress.
• Les «anarcho-autonomes», le fantasme du réseau et la réalité des écrits, Médiapart - Le Blog de l’ultra-gauche.
Julien Coupat n'est pas un "terroriste", Betapolitique.
• Quand Cantat chante, Le Monolecte.
• Action directe : justice sans fin, Le Monde diplomatique.
Les propos d'Alexandre Adler dans les colonnes du Figaro, qui comparent le NPA (Nouveau parti anticapitaliste de Besancenot) au NSDAP (Parti national-socialiste des travailleurs allemands de Hitler) sont sidérants :
La responsabilité principale de l’ascension de Hitler vient des élites conservatrices catholiques et protestantes : malgré la répulsion que leur inspirait le nazisme, de temps à autre, ces élites inconsolables de l’Empire de Guillaume II ne pouvaient s’empêcher de tenir les nazis pour des patriotes, certes un peu vulgaires et excités. (…) Cette même baisse des défenses immunitaires existe aujourd’hui à gauche. (…) Tant que les dirigeants du Parti socialiste se donneront tort de leur effective modération, ils considéreront Besancenot et la théorie de petites brutes imbéciles qui font masse autour de lui comme des représentants plus purs et plus intègres des idées qu’ils défendaient dans leur jeunesse. Si nous voulons éviter que la crise nous confronte bientôt à un parti social fasciste de masse, aux connotations manifestement antisémites, c’est au Parti socialiste, en première ligne, de réagir énergiquement. (…) S’il manque à son devoir, l’explosion est à brève échéance. (Le Figaro, 4 octobre 2008).

• Michèle Alliot-Marie et la menace terroriste, Les blogs du Diplo.
• Islam : L’ennemi fabriqué, Silvia Cattori.
• La « bande » a bon dos - Un nouveau pétard mouillé pour justifier les lois liberticides, Solidarité avec les 5 solidaires.

14 mai 2009

Version policière des «sabotages SNCF» (3)

Coupat, l'ultragauche et la politisation du renseignement
Comment la menace terroriste a été créée de toutes pièces pour répondre aux impératifs politiques d'Alliot-Marie et des ex-RG.
Lire la suite... Rue89

Mouvance autonome libertaire ?
Au début de cette affaire, la presse (y compris de gauche) parlait d'une inquiétante résurgence du terrorisme (l'ultra gauche "déraille " disait Libération). Six mois plus tard, la même presse (y compris de droite) commence à se demander s'il n'y a pas eu "emballement" judiciaire et médiatique. Comment est-on passé d'un dossier "en béton" de la police qui surveillait déjà les suspects (y compris la nuit du sabotage) à l'idée, suggérée ici ou là, que Michèle Alliot-Marie tenterait d'agiter le spectre du terrorisme "anarcho-autonome" pour raviver des réflexes sécuritaires.
Lire la suite... Huyghe

"L’insurrection qui vient"
Julien Coupat est ce "dangereux terroriste" de "l’ultra-gauche" soupçpnné par les services de MAM des attentats contre les lignes électriques du TGV, maintenu en prison préventive faute de preuves, dans l’espoir d’en trouver, et dont les "complices" arrêtés à Tarnac ont tous dûs être libérés, faute de preuve sans espoir d’en trouver.
Lire la suite... Le blog à Jef

D'Hammet à Coupat, un même front du refus
Non. Simplement : dire non. Face aux pressions policières et judiciaires : répéter non. Refuser de répondre et de se prêter au rituel déjà écrit de l’interrogatoire politique. Que ce soit dans l’Amérique anti-communiste de McCarthy ou dans la France d’Alliot-Marie - vent debout contre le prétendu danger "anarcho-autonome" - se dessine ainsi un même front du refus.
Lire la suite... Article11

29 novembre 2008

Le terrorisme, une arme de propagande (2)

Les dépêches d'agence, publiées par Yahoo!, permettent de se rendre compte que les médias dominants fabriquent un événement "le terrorisme islamiste" sans preuves [1]. Cela ressemble, en plus grand, à la version policière des «sabotages SNCF». Alors que les faits sont complexes, confus et contradictoires, les médias simplifient pour nous raconter l'histoire du loup et du chaperon rouge...

Les faits connus sont complexes, confus et contradictoires :
1) La qualification d'"acte terroriste" vient du chef de la police de l'Etat de Maharashtra.
2) L'imputation d'"acte terroriste" à des "islamistes pakistanais" est classique depuis des années en Inde.
3) Les Moudjahidin du Deccan, qui a revendiqué la série d'attaques, est un groupe du centre de l'Inde.
4) Les autorités indiennes ont accusé, sans fournir de preuves, le Pakistan d'être impliqué.
5) Les services de renseignement russe, le ministre britannique des Affaires étrangères, David Miliband et son homologue français Bernard Kouchner ont accusé, sans fournir de preuves, Al-Qaïda d'être impliqué.

Les faits connus posent question :
1) Comment une douzaine d'hommes jeunes (entre 18 et 25 ans selon les témoins), même bien armés, ont-ils résisté si longtemps à la police, l'armée et les commandos des forces spéciales ?
2) Comment un groupe d'hommes, arrivés par bateau du Pakistan, a-t-il "stocké à l'avance des armes et des explosifs à l'hôtel Oberoi/Trident" ?
3) Pourquoi les autorités indiennes se sont empressées d'attribuer les attaques à" un groupe basé en dehors de l'Inde" alors que des témoins évoquent "des jeunes gens parlant Hindi ou Urdu" et que l'un d'eux a affirmé que "le groupe réclamait la fin des persécutions contre les musulmans d'Inde" ?

26 novembre, 19h04 Une fusillade à Bombay fait deux morts et dix blessés, Reuters - Yahoo! Actualités.
Au moins deux personnes ont péri et une dizaine d'autres ont été blessées dans une fusillade déclenchée par plusieurs inconnus près d'une gare de Bombay, a rapporté la police indienne.

26 novembre, 19h19 Les fusillades à Bombay sont sans doute un acte terroriste, Reuters - Yahoo! Actualités.
Un responsable de la police a estimé qu'il semblait s'agir d'un acte terroriste. "Cela semble être un attentat, de nombreux endroits sont encerclés par des hommes armés", a déclaré A.K Sharma, responsable de la police ferroviaire de la ville, à une chaîne de télévision.

26 novembre, 20h02 Attentats meurtriers dans au moins sept sites de Bombay, Reuters - Yahoo! Actualités.
Le chef de la police de l'Etat de Maharashtra, A.N Roy, a déclaré que ces fusillades semblaient être un acte terroriste coordonné.

26 novembre, 20h28 Série d'attentats à Bombay, au moins 18 morts, Reuters - Yahoo! Actualités.
"Il s'agit d'attaques terroristes dans au moins sept endroits. Des terroristes, dont on ignore tout, se sont mis à ouvrir le feu à l'arme automatique, à l'aveuglette", a expliqué A.N Roy, chef de la police de l'Etat indien de Maharashtra, à la télévision locale.
"En certains endroits, ils ont même lancé des grenades. Il y a eu des explosions en plusieurs endroits", a-t-il ajouté. Certains agresseurs, dit-il, sont toujours retranchés dans des bâtiments.
[...]
L'Inde a subi une série d'attentats à la bombe ces dernières années, dont certains à Bombay même. La majeure partie ont été imputés à des islamistes, même si la police a également arrêté des extrémistes hindous qui seraient responsables de certains actes terroristes.

26 novembre, 22h37 Les Moudjahidin du Deccan revendiquent la série d'attentats à Mumbai, AP - Yahoo! Actualités.
Un groupe peu connu des autorités indiennes, les Moudjahidin du Deccan, a revendiqué la série d'attaques perpétrées à Mumbai (ex-Bombay), selon des informations de presse [l'agence indienne Press Trust of India (PTI)].

27 novembre, 07h32 Qui derrière les attentats de Bombay et pourquoi ?, Reuters - Yahoo! Actualités.
Des hommes équipés d'armes automatiques et de grenades ont attaqué mercredi soir deux hôtels de luxe, des hôpitaux et un restaurant renommé à Bombay, faisant plus de 100 morts et près de 300 blessés.

QUI EST DERRIÈRE CES ATTAQUES?

Selon des témoins, les assaillants étaient des jeunes gens parlant Hindi ou Urdu, ce qui laisse penser qu'il s'agit d'activistes indiens et non d'étrangers.

Ces attaques ont été revendiquées par les "Moudjahidine du Deccan", une organisation jusque-là peu connue. Le Deccan, ou Dekkan, est la partie centrale de l'Inde.

Selon des analystes, si l'authenticité de la revendication n'a pas encore été clairement établie, les attaques sont très probablement le fait des Moudjahidine indiens. Le groupe ayant revendiqué l'opération pourrait être un sous-groupe des Moudjahidine.

QUI SONT LES MOUDJAHIDINE INDIENS?

Selon la police, les Moudjahidine indiens sont une branche du Mouvement étudiant islamique d'Inde (SIMI), une organisation aujourd'hui interdite. Ces musulmans indiens pourraient avoir reçu un entrainement et un soutien logistique d'organisations d'activistes au Pakistan et au Bangladesh.

Le SIMI est tenu par la police pour responsable de la quasi-totalité des attentats à la bombe commis en Inde ces dernières années, y compris les explosions dans les trains de banlieue à Bombay qui ont fait 187 morts il y a deux ans.

Les Moudjahidine indiens pourraient aussi avoir dans leurs rangs d'anciens membres de l'Harkat ul Djihad al Islami, un groupe activiste du Bangladesh.

POURQUOI LES SOUPÇONNER DES ATTAQUES DE BOMBAY?

Ces deux derniers années, les Moudjahidine ont fait des revendications plutôt crédibles de la plupart des attentats commis contre des cibles civiles en Inde.

Les attaques de Bombay ont été bien préparées et coordonnées avec beaucoup de soin, et ont concerné un nombre élevé de participants. Un tel degré de préparation est la marque de fabrique des Moudjahidine.

En mai, les Moudjahidine indiens ont spécifiquement menacé de s'en prendre aux sites touristiques si le gouvernement indien continuait de soutenir les Etats-Unis dans l'arène internationale.

EN QUOI LES ATTENTATS DE BOMBAY DIFFÈRENT-ILS DES PRÉCÉDENTS

Dans tous les attentats précédents impliquant les Moudjahidine indiens, il s'agissait d'explosions de bombes en série.

Cette fois, la coordination était toujours aussi importante, mais elle concernait des hommes armés. La tactique employée, une attaque de style militaire sur des cibles faciles, en privilégiant les étrangers et la prise d'otages, est exceptionnelle et ne correspond pas aux méthodes utilisées habituellement par les activistes dans des attentats contre des civils.

De telles attaques ont toutefois eu lieu dans le passé, notamment lors d'une opération contre la ville saoudienne de Khobar, en mai 2004.

Le commando avait donné l'assaut à deux installations pétrolières et à un centre hébergeant des travailleurs étrangers. Il avait pris plus de 50 otages et en avaient tué 22. Les assaillants avaient pris soin de demander aux captifs s'ils étaient musulmans ou chrétiens avant de choisir ceux qu'ils allaient exécuter.

27 novembre, 08h14 Les principaux attentats en Inde depuis 2005, AP - Yahoo! Actualités.
Voici quelques-uns des principaux attentats perpétrés en Inde depuis 2005, la plupart étant attribués à des militants islamistes :

26 novembre 2008: Au moins 101 personnes ont été tuées et 120 autres blessées dans une série d'attaques coordonnées à l'arme automatique et à la grenade à Mumbai (ex-Bombay) contre deux hôtels de luxe, un restaurant fréquenté par des touristes, des hôpitaux et une gare ferroviaire bondée. Cette série d'attaques a été revendiquée par les Moudjahidin du Deccan, un groupe islamiste inconnu jusque là.

- 13 septembre 2008: Au moins cinq explosions dans des quartiers commerçants très fréquentés font 21 morts et 100 à New Delhi, la capitale du pays.

- 26 juillet 2008: Seize petites bombes explosent à Ahmedabad et font 45 morts.

- 25 juillet 2008: L'explosion de sept petites bombes fait deux morts à Bangalore, la capitale de la haute technologie indienne.

- 13 mai 2008: Sept bombes explosent dans des rues et des marchés bondés devant des temples hindous de Jaïpur, tuant 80 personnes.

- 24 novembre 2007: Des explosions quasi-simultanées visent plusieurs tribunaux à Lucknow, Varanasi et Faizabad et font 16 morts.

- 25 août 2007: 43 personnes sont tuées dans trois explosions dans un parc et une échoppe à Hyderabad.

- 18 mai 2007: Une bombe explose durant la prière du vendredi dans une mosquée historique d'Hyderabad et tue 11 fidèles. Peu après la police blesse mortellement cinq personnes dans des affrontements avec des musulmans protestant contre cet attentat.

- 19 février 2007: Deux bombes explosent dans un train effectuant la liaison entre l'Inde et le Pakistan, déclenchant un incendie qui fait 68 morts.

- 11 juillet 2006: Sept déflagrations visent des gares et des trains de banlieue à Mumbai, tuant 187 personnes.

- 7 mars 2006: Trois explosions secouent un temple hindou et une gare dans la ville sainte hindoue de Varanasi et font 20 morts.

- 29 octobre 2005: 62 personnes sont tuées par trois explosions sur des marchés de New Delhi peu avant la fête religieuse hindoue de Diwali.

27 novembre, 08h19 Terrorisme en Inde : 100 morts dans une série d'attaques à Bombay, AFP - Yahoo! Actualités.
Le chef de la division antiterroriste de Bombay, Hemant Karkare, a été tué ainsi qu'au moins 10 autres membres des forces de sécurité.
[...]
Le président élu américain Barack Obama a estimé que les Etats-Unis devaient renforcer leurs liens avec l'Inde et d'autres pays pour "traquer et détruire les réseaux terroristes", selon un communiqué de l'équipe de transition. Le département d'Etat a précisé n'avoir pas connaissance de victimes américaines. Le chef de la diplomatie britannique David Miliband a condamné les attentats, tandis que l'Union européenne (UE) exprimait son "horreur et indignation". La Maison Blanche a convoqué mercredi une réunion de responsables du contre-terrorisme et du renseignement et s'est dite prête à aider le gouvernement indien.

27 novembre, 12h06 Le Pakistan condamne les attentats de Mumbai, AFP - Yahoo! Actualités.
Le Pakistan, fréquemment accusé par New Delhi de complicité avec les terroristes frappant l'Inde, a condamné jeudi les attentats de Mumbai et exhorté à la coopération contre les militants extrémistes.

27 novembre, 17h37 Le Pakistan dément fermement être impliqué dans les attaques de Bombay, AFP - Yahoo! Actualités.
"Nous sommes tout à fait affirmatifs: le Pakistan n'est pas impliqué", a déclaré le ministre, Ahmed Mukhtar, dans un entretien téléphonique.
[...]
Le Premier ministre indien Manmohan Singh avait affirmé auparavant que les attaques coordonnées de mercredi soir avaient été menées par un groupe basé "en dehors" de l'Inde, invoquant des Etats "voisins".
"Par le passé, ils (les responsables indiens) avaient déjà réagi de la sorte lors de précédentes attaques, mais il a été ensuite prouvé qu'ils avaient tort", a estimé le ministre pakistanais de la Défense.
"Notre expérience du passé nous enseigne que l'on devrait se garder de tirer des conclusions hâtives", avait auparavant déclaré le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Shah Mehmood Qureshi, depuis l'Inde, où il se trouve pour des pourparlers de paix entre les deux puissances nucléaires de l'Asie du Sud, qui se sont affrontées dans trois guerres depuis leur création en 1947.
[...]
Jeudi, un haut responsable des services de renseignement russes a également affirmé que certains des assaillants de Bombay étaient liés à Al-Qaïda, évoquant le Lashkar-i-Tayyiba, qui leur aurait fourni un entraînement dans des camps à la frontière entre le Pakistan et l'Inde.
Le réseau d'Oussama Ben Laden, grâce à l'aide des talibans pakistanais, a reconstitué ses forces dans les zones tribales du nord-ouest du Pakistan, frontalières avec l'Afghanistan, où l'armée pakistanaise les combat.

27 novembre, 20h06 Attaques de Bombay: un hôtel pratiquement libéré des islamistes, le Pakistan accusé, AFP - Yahoo! Actualités.
Un haut responsable militaire indien a affirmé que les assaillants étaient venus du Pakistan, souvent accusé par l'Inde de soutenir des activistes musulmans à l'origine d'attentats sur son sol. Islamabad a aussitôt rejeté ces accusations.
Le Premier ministre indien Manmohan Singh avait peu avant accusé un groupe basé "en dehors" du pays d'être responsable de ces attaques coordonnées, dans une allusion voilée au Pakistan.

28 novembre, 01h24 Attaques de Bombay: 39 personnes libérées, le Pakistan accusé, AFP - Yahoo! Actualités.
Selon l'agence de presse indienne PTI, citant des sources officielles, trois extrémistes, dont un ressortissant pakistanais, ont été arrêtés dans l'hôtel Taj Mahal.
[...]
Le Pakistanais a déclaré aux enquêteurs indiens, selon PTI, que le groupe de 12 extrémistes auquel il appartenait avait été conduit par un navire marchand à environ 10 milles nautiques de la limite des eaux territoriales indiennes et avait gagné Bombay à bord d'un petit hors-bord.
[...]
Le ministre britannique des Affaires étrangères, David Miliband, a estimé que les violences de Bombay portaient "certaines empreintes" d'Al-Qaïda. Son homologue français Bernard Kouchner a lui aussi évoqué Al-Qaïda, déclarant que les agresseurs étaient soupçonnés de faire partie de la "nébuleuse" de ce réseau terroriste international.

28 novembre, 10h40 Attentats de Mumbai : Bernard Kouchner ne croit "sûrement pas" à une responsabilité du Pakistan, AP - Yahoo! Actualités.
"La nature des terroristes n'étant pas précisément définie, nous ne savons pas exactement, mais enfin je crois pouvoir affirmer que ce n'est pas la responsabilité du gouvernement pakistanais", a affirmé le ministre des Affaires Etrangères sur France Inter.

Les auteurs des attaques à Mumbai, "une opération militaire montée certainement de longue date", "sont peut-être des Pakistanais", sans doute "reliés à Al Qaïda", ou éventuellement "des groupes qui ont été entretenus par des services de l'armée pakistanaise qui était en lien avec les Talibans", a reconnu le ministre, mais cela ne pourrait "sûrement pas" être du fait du gouvernement pakistanais "qui politiquement aurait décidé quoi que ce soit".

"C'est parce que M. (Asif Ali) Zardari, le nouveau président, vient de changer, et la tête de l'armée et la tête des services secrets, que nous avions confiance", a déclaré le chef du Quai d'Orsay, estimant que le président pakistanais était "déterminé à se battre contre ce terrorisme qui (a) assassiné sa femme". "Il y avait un mouvement d'espoir, c'est peut-être ça aussi qu'on a voulu détruire", a-t-il noté.

"Depuis l'élection du président Zardari, le mari de Benazir Buttho, elle-même assassinée par le même genre de personnes, les rapports s'amélioraient (entre l'Inde et le Pakistan, NDLR) et des perspectives de paix avaient été établies", a-t-il souligné.

Le Pakistan est "le maillon faible et le maillon indispensable", selon M. Kouchner, "c'est pour ça qu'il faut aider absolument le Pakistan, aider ce nouveau gouvernement". Le ministre a déclaré que des représentants pakistanais étaient attendus à une réunion à Paris "dans quelques jours" avec d'autres pays "voisins de l'Afghanistan". "Evidemment, ça s'impose encore plus après ce carnage", a-t-il souligné.

28 novembre, 12h19 Le chef des services de renseignements pakistanais va participer à l'enquête sur les attentats de Mumbai, AP - Yahoo! Actualités.
Le Pakistan va envoyer le chef de ses tout-puissants services de renseignements en Inde pour participer à l'enquête sur les attentats de Mumbai, a annoncé vendredi le gouvernement pakistanais dans un communiqué.
Cette implication du chef de l'ISI (Inter Services Intelligence) se fait à la demande du Premier ministre indien Manmohan Singh, précise le gouvernement.

28 novembre, 14h20 Inde : la bataille continue à Bombay contre les extrémistes islamistes, AFP - Yahoo! Actualités.
Vers 18H00 GMT, on ignorait combien d'assaillants restaient en liberté et combien d'otages étaient encore retenus, après la libération de dizaines d'entre eux, notamment des ressortissants étrangers.
[...]
Selon un bilan encore provisoire, au moins 130 personnes ont été tuées et plus de 370 blessées dans ces attaques et les tirs qui ont suivi. La mort d'au moins 17 étrangers a été jusqu'à présent confirmée.
Outre les cinq otages israéliens tués au centre juif, on compte deux Américains, deux Français, deux Australiens, un Britannique, un Japonais, un Allemand, un Canadien, un Italien et un Singapourien, selon leurs autorités nationales respectives.
[...]
Neuf assaillants ont été tués au cours des opérations et un autre arrêté, et 15 hommes des forces de sécurité tués, a déclaré le vice-Premier ministre de l'Etat du Maharashtra, R.R. Patil.
[...]
L'un des assaillants de l'Oberoi/Trident, interrogé par une télévision, a affirmé que le groupe réclamait la fin des "persécutions" contre les musulmans d'Inde, une forte minorité de 150 millions de personnes, victimes de violences par le passé, dans ce pays de 1,2 milliard d'habitants, hindous en majorité.

29 novembre, 04h01 Inde: des islamistes toujours retranchés dans un hôtel, au moins 155 morts à Bombay, AFP - Yahoo! Actualités.
Les islamistes avaient stocké à l'avance des armes et des explosifs à l'hôtel Oberoi/Trident, a déclaré un responsable indien à l'AFP.


Inde, Yahoo! Actualités.
Pakistan, Yahoo! Actualités.


[1] Lire :
• VERON Eliseo, Construire l'événement - Les médias et l'accident de Three Mile Island, Minuit, 1981.
• Modèle de propagande, Wikipédia.
• Dossier Noam CHOMSKY, Monde en Question.
• Dossier Edward BERNAYS, Monde en Question.
• Dossier Eliseo VERON, Monde en Question.
• Dossier Propagande, Monde en Question.
• Dossier Médias, Monde en Question.
• Dossier AFP, Monde en Question.

11 décembre 2008

Regardez ce qui se passe en Grèce : c’est de ça dont ils ont peur

Eric Hazan est éditeur. Pas n’importe quel éditeur : la maison qu’il a lancée avec d’autres esprits libres en 1998, La Fabrique, est un modèle d’indépendance et d’engagement, jolie preuve qu’on peut aller contre le médiocre esprit du temps et publier des textes de très grande qualité. Lui l’explique - mieux que je le saurais faire - sur le site de la maison d’édition :
Nous avons fondé la fabrique en 1998. "Nous", c’est un groupe d’amis, les uns philosophes, les autres historiens, d’autres encore éditeurs, qui ont envie de travailler ensemble à publier des livres de théorie et d’action. Ces livres, nous les voulons ancrés politiquement, à gauche de la gauche, mais sans céder à aucun esprit de chapelle, sans être inféodés à aucun groupe ni parti. Ce sont des textes de philosophie, d’histoire, d’analyse de notre temps. Français ou étrangers, contemporains ou classiques, célèbres ou très jeunes, les auteurs sont de ceux qui remettent en cause l’idéologie de la domination. La Fabrique est encore une petite voix. Nous avons bon espoir qu’elle sera entendue.

Eric Hazan est aussi un intellectuel, auteur d’ouvrages indispensables. Avec Chronique de la Guerre civile, publié en 2004, il décortiquait l’offensive mondialisée des possédants et gouvernants contre le peuple et les classes jugées dangereuses. Précieux. Avec LQR : la propagande du quotidien, paru en 2006, il analysait « la domestication contemporaine des cerveaux par l’omniprésence du langage libéral et de ses avatars » [1]. Essentiel. Avec Notes sur l’occupation : Naplouse, Kalkilyia, Hébron, publié aussi en 2006, il décrivait, après un séjour d’un mois en Palestine et de nombreux entretiens, l’abominable étau israélien enserrant les territoires occupés, asphyxie d’un peuple abandonné et lente agonie de ses derniers espoirs. Implacable. Avec Changement de propriétaire, la guerre civile continue, paru en 2007, il contait d’une plume acerbe les cent premiers jours de présidence de Nicolas Sarkozy, listant ses coups de butoir successifs contre la liberté et la cohésion nationale. Salvateur.

Eric Hazan est enfin un homme sous le feu des projecteurs depuis que L’insurrection qui vient, ouvrage publié en 2007 par La Fabrique, s’est vu promu au rang imbécile de pièce à conviction par le ministère de l’Intérieur et de petit bréviaire du sabotage de catenaires par les médias. Face à la tempête d’approximations et d’incongruités déversées depuis deux semaines sur les neuf inculpés de Tarnac, l’éditeur a pleinement joué son rôle, appelant à la modération et à la réflexion. Affable et disponible, il a accepté d’en parler à Article11.

Que vous inspire l’attitude des médias dans l’affaire dite de Tarnac ?

Elle est très éclairante, parce qu’elle illustre précisément la relation qu’il existe entre le journaliste spécialisé des affaires judiciaires et la police. Dans un premier temps, les journalistes de tous les quotidiens ont repris sans aucun recul les communiqués de la police. C’est humain, d’une certaine manière : ils sont comme des journalistes embedded dans des unités combattantes, ils ne peuvent mettre en doute les déclarations de la police sans perdre leur source.
Cette tendance à reprendre telles quelles les déclarations de la police a duré une semaine. Puis, au bout d’un moment, les journalistes ont quand même commencé à se poser des questions sur ce qui leur était présenté comme des preuves, soit un horaire des chemins de fer, une lampe frontale, une échelle et L’insurrection qui vient. Là, ils se sont mis à trouver le dossier assez foireux et à se demander s’il ne s’agissait pas d’un montage.

Vous comprenez qu’ils aient mis tant de temps à questionner la version officielle ?

Encore une fois, c’est humain. Les gens ne sont pas forcément très courageux ni indépendants d’esprit. Le sous-ensemble des journalistes est juste représentatif : prenez n’importe quel échantillon de population, il n’y aura pas parmi eux un nombre extravagant de gens à la fois courageux et capables de discriminations.

C’est pourtant justement ce qu’on demande aux journalistes…

Il faut prendre en compte l’énorme changement qui s’est produit en une vingtaine d’années dans leur recrutement. Il y a 20 ans, les journalistes étaient issus de tous les milieux, origines, formations : c’était un agglomérat de gens très hétéroclites. Aujourd’hui, ils sont formatés par les écoles de journalisme à l’esprit sciences-po et au moule républicain laïc et libéral… Et il n’y a même plus besoin de censure tant ceux qui sont aux postes de responsabilité, quadragénaires en bonne partie, sont formatés [2]. Il s’agit là de l’une de ces grandes tendances lourdes, si progressive que les gens n’en prennent pas conscience.

Cela renvoie d’ailleurs à un autre phénomène, qui sort un brin de notre sujet : on entend souvent dire qu’il n’y aurait plus de grande pensée française, comparable à la génération des Deleuze et Foucault. Et qu’après Badiou ou Rancière, il n’y aura plus de relève. Mais il y a une raison à cela : ce n’est pas que les Français soient devenus des crétins, mais simplement que le mode de recrutement des universités a évolué. Au premier filtre du mandarinat traditionnel - qui a toujours existé - est venu se superposer le filtre politique : si tu as une étiquette « marxiste », « bourdieusien » ou « trotskiste », tu n’auras jamais de poste universitaire important. Tous les gens qui sont catalogués comme des enseignants potentiellement dangereux pour leurs étudiants sont exclus des universités de sciences humaines. Les esprits féconds, fertiles, curieux et travailleurs - qui ne peuvent néanmoins vivre de leurs écrits - deviennent ainsi souvent professeurs de lycée, profession qui ne leur laisse que peu de temps libre. Et ils n’ont plus la possibilité de maturer, de ciseler leur pensée.

Cet univers de conformisme laisse quand même quelques marges de liberté…

Heureusement ! Sur l’affaire de Tarnac, il y a quelques journaux qui ont senti le truc et ont réagi dans le bon sens : L’humanité, le Canard Enchaîné et Politis, plus les gens du Monde et de l’AFP qui ont assez rapidement émis quelques doutes. A part ça… Libération, il leur aura fallu un temps fou pour se montrer un peu critique ; c’est d’ailleurs frappant de voir que c’est le même journaliste qui a écrit un article infâme sur L’insurrection qui vient et qui signe le long entretien d’aujourd’hui… [3]
Tout n’est pas toujours tranché, pourtant : après la manchette L’ultra-gauche déraille de Joffrin, il y a eu une émeute à Libé, une vague de protestation des journalistes qui ne partageaient pas ce point de vue.
Quant au Figaro… C’est un vrai flic qui a écrit les articles. Lui, c’est vraiment une erreur de casting, il aurait dû faire l’école de la police… Mais même dans ce quotidien, il y a des gens qui ne sont pas convaincus, qui n’en pensent pas moins.

Quels leçons tirez-vous de cette histoire ?

Elle montre plusieurs choses. C’est d’abord la preuve qu’avec la législation antiterroriste, on peut arrêter n’importe qui pour n’importe quoi, puisqu’on inculpe les gens sur des intentions ; c’était d’ailleurs le but de cette législation.
Ensuite se pose une question : pourquoi maintenant ? En fait, je crois que le pouvoir pète de trouille… Regardez ce qui se passe en Grèce : c’est de ça dont ils ont peur. Il se trouve que ça a explosé en Grèce, mais la police aurait aussi bien pu tuer un adolescent ici. Ce ne serait pas si exceptionnel…
Enfin : pourquoi eux ? Je pense que les gens de Tarnac sont dangereux aux yeux de l’appareil d’Etat parce qu’ils peuvent représenter un lien entre la jeunesse étudiante et la jeunesse populaire. Ils sont un peu l’un et un peu l’autre, et cette liaison-là est quelque chose que le pouvoir craint terriblement. Sarkozy l’avait dit quand il était ministre de l’Intérieur : « Si la jeunesse étudiante et la jeunesse des quartiers font la jonction, la fin du quinquennat [4] sera épouvantable. »

Vous pensez qu’on est dans une situation pré-insurrectionnelle ?

Le pouvoir le craint. Et il n’a pas tort…

C’est une idée qu’on retrouve à la fois dans votre dernier livre, Changement de propriétaire, la guerre civile continue, et dans L’insurrection qui vient

L’insurrection qui vient est un livre avec lequel je suis en parfait accord. Je l’assume en tant qu’éditeur, mais je partage aussi totalement son point de vue.

Quant à Changement de propriétaire [5]… C’est vrai que la situation actuelle semble confirmer l’épilogue de mon livre. Je ne souhaite pas la guerre civile, mais j’en dresse le constat : elle se déroule sous nos yeux. S’il pouvait y avoir la paix loin des flashballs et des paniers à salade, dans l’égalité et l’harmonie, je serais le premier ravi. Je ne suis pas un violent de tempérament, mais la violence est là.
Quand on parle de violence aujourd’hui, on pense aux mecs en fin de manifestations qui cassent des vitrines. Mais la violence qui s’exerce contre la population, contre les SDF, contre les sans-papiers et contre les exclus est incomparablement pire que celle qui touche trois vitrines et deux bagnoles… Quand on évoque la violence, il faut savoir de quoi on parle.

C’est une violence qui ne cesse de monter…

Je crois que le sarkozysme a fait péter quelques digues et a fait grandement progresser la guerre civile. C’est un phénomène qui est très bien analysé dans le livre d’Alain Badiou, De quoi Sarkozy est-il le nom ? : il montre parfaitement cette fin du système parlementaire avec alternance gauche-droite qui nous a bercé depuis la Libération. Le sarkozysme a fait voler en éclat cette prétendue alternance, tirant au fond toujours à droite. Cette illusion n’est plus. Et l’actuelle déréliction socialiste en est une des conséquences.

Vous avez évoqué récemment la construction d’un ennemi intérieur [6], celui du pseudo danger autonomiste. A quoi sert-il ?

Un ennemi intérieur est nécessaire pour légitimer les lois antiterroristes : s’il n’y a pas d’ennemi intérieur, faire voter et appliquer des lois qui n’ont plus rien à voir avec le droit est beaucoup plus délicat. Ces lois ont été votées il y a un moment, mais elles n’étaient jusqu’alors appliquées qu’à des imams barbus et tout le monde s’en fichait. Les gens vont maintenant se poser davantage de questions…

La construction de cet ennemi intérieur permet aussi de légitimer la constitution d’un énorme appareil guerrier, très sophistiqués. Une véritable armée ! On ne peut pas dire à quoi elle va vraiment servir, on ne peut pas annoncer qu’elle est destinée à mater le plus vite possible toute révolte des quartiers populaires, à l’étouffer dans l’œuf et à l’empêcher de s’étendre. C’est pourtant l’objectif : accumuler hommes et matériels de manière à ce que n’importe quel coin de banlieue de n’importe quelle ville de France puisse être écrasé dans l’heure.

Cet ennemi intérieur, il renvoie à l’ennemi extérieur que constitue l’Afghanistan ?

Je ne sais pas… Je dirais que ça ressemble plus à la Palestine qu’à l’Afghanistan. En mettant les choses au pire, on pourrait très bien imaginer des checkpoints pour passer de la banlieue à Paris, ça ne serait pas très compliqué à mettre en place. D’ailleurs, ça existe déjà autour de certains quartiers.

Vous évoquiez la Palestine. Vous en revenez tout juste…

Oui, j’ai même dû écourter mon séjour quand j’ai appris que les neuf de Tarnac étaient en tôle. Je n’y ai passé que huit jours : je suis juste allé à Ramallah et à Jénine et je ne peux tirer de ce bref passage de vraies conclusions.

Vous connaissez pourtant très bien la question, puisque vous avez publié le très percutant Notes sur l’occupation [7] il y a deux ans. Avez-vous constaté des changements ?

La seule chose que je puisse dire, c’est que les gens rencontrés pour le livre d’entretien [8] que je prépare avec Eyal Sivan [9] sont tous persuadés du naufrage de l’Autorité Palestinienne. Ce qui apparaît clairement, c’est que l’Autorité Palestinienne ne représente plus rien en Palestine… Tout le monde - même le dernier petit gamin qui pousse des cageots de tomates sur son diable - sait que ces gens sont des supplétifs des Israéliens et des Américains. Ils sont complètement coupés de la population, ils n’ont plus aucune légitimité.

L’autre point qui apparaît évident est le progrès considérable de l’idée de « one state », d’Etat unique, parmi les Palestiniens.

C’est quelque chose que vous avez toujours mis en avant…

Oui. A cet égard, j’ai été très influencé par Edward Saïd, que j’ai connu quand j’ai édité son livre, Israël, Palestine : l’égalité ou rien [10]. Il s’agit de se battre pour que les deux peuples coexistent pacifiquement dans le même Etat.

Ce n’est pas un peu utopique ?

Je crois que l’utopie est plutôt dans l’Etat Palestinien. L’idée de séparation a pour la première fois été formalisée par les Anglais en 1936, avec le plan Peel. C’était il y a 72 ans… Ça fait trois quarts de siècle que l’idée de séparation piétine et n’aboutit qu’à la ruine et à la désolation, sur fond de poignée de main historique blabla-blablabla…

Au fond, c’est la solution des deux Etats qui est une utopie : ça ne marchera jamais. Il n’y a qu’une issue, celle du constat qu’entre le Jourdain et la Méditerranée vivent 10 millions de personnes, toutes citoyennes de ce territoire. L’Etat unique existe déjà, mais c’est un Etat raciste d’apartheid : il faut en faire un Etat où règne l’égalité de tous avec tous.

Et les extrémistes, les colons jusqu’au boutistes ?

On ne peut pas dire que les gens refusent quelque chose qu’on ne leur a jamais proposé. Une des tares chroniques de la direction palestinienne est de ne jamais parler aux Israéliens. Il n’y a pas longtemps, Abou Mazen, le président de l’Autorité Palestinienne, a pris une page de pub dans un grand journal, Haaretz je crois. Mais ce n’est pas comme ça qu’on parle aux gens, sauf si on s’appelle Gaz de France… Un vrai homme palestinien devrait s’adresser aux Israéliens de la même façon que Mandela s’adressait aux blancs.

Il y a aussi un autre point qui m’a sauté à la figure : avec les accords d’Oslo, les Palestiniens sont devenus les gens qui habitent en Cisjordanie et à Gaza. Mais en mettant les choses au mieux, ils ne représentent qu’un tiers du peuple palestinien, les deux autres tiers étant les Palestiniens d’Israël et ceux des camps de réfugiés et de la diaspora. C’est dire à quel point le droit au retour est central, essentiel.

Entretien avec Eric Hazan
Publié par Article11.


[1] La citation est de Lémi, collaborateur émérite de ce site qui avait publié en 2007, sur le blog Zapa, un passionnant entretien avec Eric Hazan.
[2] Ce dont fait état le très bon livre de François Ruffin, Les petits soldats du journalisme, édifiante description du fonctionnement de la machine à décérébrer les apprentis journalistes.
Dossier Médias, Monde en Question.
[3] Il s’agit d’une longue interview, publiée en date du 9 décembre, de Benjamin Rosoux, l’un des cinq mis en examen dans le cadre de l’enquête sur les sabotages des lignes SNCF.
[4] Il s’agit du quinquennat de Chirac.
[5] Publié au Seuil, ce livre dresse le bilan, sous forme de chroniques, des cent premiers jours de règne de Nicolas Sarkozy.
[6] Eric Hazan a développé ce thème dans une interview vidéo donnée à Médiapart. Le visionnage de cet entretien en trois parties est fortement conseillé : interview (I), interview (II), interview (III), Mediapart - Dailymotion.
[7] Editions La Fabrique.
[8] Ce livre s’intitulera Reprendre l’initiative.
[9] Eyal Sivan est notamment l’un des deux réalisateurs du documentaire Route 181.
[10] Editions La Fabrique.