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5 février 2006

Revue de presse : La caricature de la "liberté de la presse" (1)

Le 30 septembre 2005, un obscur dessinateur publie douze caricatures dans le quotidien danois "Jyllands-Posten", sous le titre "Les 12 visages de Mahomet". Quelques jours après la victoire du Hamas aux élections législatives palestiniennes, la presse européenne fait la "une" sur ces caricatures vieilles de trois mois !

01/02/2006
"La publication de caricatures de Mahomet dans des journaux danois et norvégiens ces derniers temps a provoqué l'indignation de la communauté musulmane qui appelle au boycott des produits scandinaves."
RFI fait semblant de croire que les caricatures de l'islam serait une affaire scandinave, alors que toute la presse européenne en fait ses choux gras... depuis la victoire du Hamas - pure coïncidence.
RFI

02/02/2006
"Un musulman peut être choqué par un dessin, surtout malveillant, de Mahomet. Mais une démocratie ne saurait instaurer une police de l'opinion, sauf à fouler aux pieds les droits de l'homme."
Dans son éditorial "Caricatures libres", Le Monde défend le droit d'assimiler l'islam au terrorisme au nom... de la liberté de la presse, de la laïcité républicaine et des droits de l'homme ! Position d'autant plus hypocrite que les mêmes principes ne s'appliquent pas à la caricature des religions judéo-chrétiennes. "Ainsi, en 2005, une publicité pour une marque de vêtements, où douze femmes et un homme figuraient dans des poses érotiques la Cène de Léonard de Vinci, avait été blessante pour les chrétiens et interdite d'affichage par les tribunaux."
Le Monde

Plantu se lamente : "Il y a de plus en plus une chape de plomb qui tombe sur les dessinateurs de presse et sur les humoristes, quand on parle de religion. On ne se rend pas compte à quel point, hormis l'Eglise catholique sur laquelle on peut taper et qui fait preuve, quoi qu'on en dise, de mansuétude, il est devenu impossible de critiquer les religieux." Mais oserait-il caricaturer Yahvé bombardant les villages palestiniens ?
Le Monde

03/02/2006
Toujours aussi jésuite, Le Monde fait semblant de s'interroger "Caricatures de Mahomet : montrer ou pas ?". S'en poser la question des motivations réelles et du calendrier de l'orchestration de cette campagne par les médias européens, ce quotidien défend la provocation de France-Soir.
"Plusieurs journaux européens prennent le parti, au plus fort de la polémique, de reproduire les caricatures du Jyllands-Posten, parfois à la "une" ou en pages intérieures. D'autres illustrent leurs articles sur cette affaire par des dessins de leurs propres caricaturistes, qui ne manquent pas de soutenir le droit à la libre expression."
Le Monde ne dit pas à ses lecteurs que Magazinet est une obscure revue chrétienne norvégienne.
Le Monde

Sous le titre racoleur "La presse française défend la liberté d'expression", Le Monde, qui n'est décidément pas à une contradiction près, s'appuie sur les propos de Nicolas Sarkozy pour justifier le bien fondé de cette campagne médiatique.
"La démocratie, c'est la possibilité de la critique, de l'échange des arguments et de la caricature, surtout par le biais des dessins. C'est ça, la démocratie, et ce n'est pas négociable".
Il cite complaisamment les propos du ministre de l'Intérieur sans rappeler qu'il a fait interdire un livre d'entretiens de son épouse Cécilia.
Le Monde


Libération fait à la "une" l'amalgame entre "les versets sataniques" de Rushdie et "les dessins sataniques" du quotidien danois. Ce jeu de mots révèle les desseins de la rédaction : "Nous avons écarté la plus caricaturale des caricatures, celle qui montre un Mahomet affublé d'un turban en forme de bombe, faisant l'amalgame inadmissible entre tous les musulmans et les terroristes."
En clair, nous défendons cette grossière provocation au nom de "la liberté d'expression" !
Libération

Daniel Schneidermann tombe dans le piège du corporatisme : "le directeur du quotidien France Soir a été limogé la veille par le propriétaire franco-égyptien du journal, M. Raymond Lakah, après la publication de caricatures représentant Mahomet."
Libération

Le Nouvel Observateur reprend, pratiquement mot pour mot, le titre de RFI de la veille "Mahomet : la colère monte dans le monde musulman".
Il ne s'agit pas de s'interroger sur le bien fondé de cette campagne médiatique, mais de montrer la violence du "monde arabo-musulman" et de provoquer la peur par le biais de sous-titres en caractères gras : "Français menacés", "Sécurité renforcée".
Le quotidien cite longuement les propos de "Sarkozy contre la censure", mais rappelle quand même : "Pour mémoire, Nicolas Sarkozy était intervenu auprès de l'éditeur First, fin 2005, pour faire interdire la parution d'une biographie de Cécilia Sarkozy."
Le Nouvel Observateur

Curieusement, Le Nouvel Observateur surtitre "Toutes les réactions concernant les caricatures du prophète Mahomet publiées dans la presse scandinave", comme si la presse française était étrangère à cette campagne.
Quant aux réactions, il n'est pas étonnant qu'elles procèdent de la tautologie du ministre des Affaires étrangères : "je suis choqué et trouve inacceptable que des extrémistes puissent, parce qu'il y a eu des caricatures en Occident, venir brûler des drapeaux ou prendre des positions intégristes ou extrémistes qui viendraient donner raison aux caricaturistes".

Cette campagne médiatique viserait-elle donc à prouver que l'islam serait la seule religion intolérante ou, pire encore, que l'islam serait responsable de tous les désordres du monde ?
Corinne Lepage : Ce n'est pas ici le fond qui est en cause, mais la violence et le terrorisme intellectuel, voire physique qui est utilisé pour interdire ces publications".
Reporters sans frontières : "rien ne saurait justifier des appels à la violence ni quelques menaces que ce soit".
François Fillon : "La montée de ce fondamentalisme musulman, de cet intégrisme, de cette intolérance est extrêmement dangereuse, extrêmement grave".
Les propos de Nicolas Sarkozy sont cités, non pas dans la sous-rubrique "France", mais dans celle "Monde" !

Quelques rares voix ne chantent pas le credo de cette provocation.
Le Mrap : "Tout comme dans les années 30 les caricatures antisémites ont participé à l'excitation et à la banalisation de l'antisémitisme, ces caricatures, dans un contexte marqué par une islamophobie rampante".
Bill Clinton : "Vous savez en Europe que la plupart des batailles que nous avions menées durant les 50 dernières années étaient destinées à combattre les préjugés contre les juifs, à combattre l'antisémitisme. Et maintenant, que sommes-nous en train de faire ? Remplacer les préjugés antisémites par des préjugés anti-islamiques ?".
Le Nouvel Observateur

Dans Le Figaro, alors que Marcel Gauchet s'enlise dans "l'effroi qu'inspire la rhétorique du djihad", Yves Thréard casse le morceau et avoue la manipulation : "La polémique sur Mahomet ne porte pas sur la divulgation d'informations, mais sur l'atteinte faite à une conviction, à une croyance, à ce qui touche à l'intimité profonde des individus. Et, là aussi, plus encore peut-être, c'est affaire de conscience. Le quotidien conservateur danois qui, le premier, a publié les caricatures l'a fait dans un but ouvertement provocateur, dans un pays où le débat sur la place de la religion et des traditions musulmanes est tendu. Comme ailleurs en Europe. Le nier serait mentir."
Le Figaro (Copie en RTF, car l'original a disparu du site dès le lendemain de sa publication)

Pour aller plus loin
Dans cette confusion médiatique savamment entretenue autour d'une caricaturale liberté de la presse, la tribune sur "Le retour du débat médiatique sur « l'islam »" remet les pendules à l'heure et permet de comprendre la position des États-Unis qui ont jugé vendredi que la publication des caricatures controversées du prophète Mahomet dans la presse européenne constituait une incitation qui n'était «pas acceptable» à la haine religieuse ou ethnique. «Ces caricatures sont évidemment blessantes pour les croyances des musulmans», a déclaré le porte-parole du département d'Etat Justin Higgins, en jugeant que «l'incitation à la haine religieuse et ethnique n'est pas acceptable».

Extraits :
"Les interrogations autour de l'islam sont récurrentes dans la presse « occidentale » depuis les attentats du 11 septembre 2001. Elles se sont développées avec la banalisation des représentations produites par l'idéologie straussienne du « Choc des civilisations » qui viennent se greffer sur de plus anciennes, issues de l'imaginaire colonial ou des guerres passées menées, officiellement, au nom de la foi."
[...]
"Jadis l'Occident s'opposait à l'Est, au monde soviétique ; aujourd'hui il s'oppose à l'Orient, au monde musulman. Cet Occident, qui n'est pas musulman, se découvre « judéo-chrétien »."
[...]
"Surtout, pour la presse atlantiste, la normalisation de l'islam passe par sa division interne et le triomphe des modérés sur les extrémistes. Une présentation qui permet de rejeter la violence sur autrui : le terrorisme, ce n'est pas l'agression coloniale de la Coalition bombardant des populations civiles, c'est l'extrémisme des musulmans qui lui résistent."
[...]
"De son côté, le commentateur politique danois et porte-parole de Muslimer i Dialog, Zubair Butt Hussain déplore la stigmatisation de l'islam dans son pays. Il affirme qu'au Danemark, les musulmans sont une population perpétuellement dénigrée par les hommes politiques, et pas seulement par ceux d'extrême droite. Toujours appelé « immigrés » quand ils ne sont pas « Danois de souche » et même comparés à des « nazis » quand ils sont des Danois convertis.".
[...]
"Dans le New York Sun et FrontPage Magazine, Daniel Pipes, loue ainsi l'inventivité de deux ministres de l'Intérieur conservateurs des Lands allemands du Bade-Wurtemberg et de la Basse Saxe : Heribert Rech et Uwe Schünemann. Le premier soumet les demandes de naturalisations à des questionnaires sur l'adéquation aux « valeurs occidentales » (ce qui inclut leur point de vue sur les attentats du 11 septembre 2001), le second envisage de faire porter des bracelets électroniques à tous les islamistes qui auraient encouragé le terrorisme."
Réseau Voltaire

Caricatures de Mahomet du journal Jyllands-Posten
Wikipédia

12 février 2006

Revue de presse : La caricature de la "liberté de la presse" (2)

Nous poursuivons, contre vents et marées, notre revue de presse critique sur l'odieuse caricature assimilant l'Islam au terrorisme.

01/02/2006
Le communiqué du MRAP : Informer : oui, provoquer à la haine raciste : non !
Suite à la parution des caricatures du prophète Mahomet publiées ce jour dans France-Soir, le MRAP, profondément attaché a la liberté d'expression, ciment de toute démocratie, exprime sa consternation devant cette inquiétante provocation.
Souvenons-nous que dans les années 30 les odieuses caricatures antisémites ont participé à l'excitation et à la banalisation de l'antisémitisme. Aujourd'hui, deux de ces caricatures, (celles représentant Mahomet coiffé d'une bombe et celle le montrant armé d'un cimeterre) publiées dans un contexte marqué par une islamophobie rampante ou déclarée, ne peuvent que servir à légitimer les tenants et les partisans de la dangereuse équation : Arabe = musulman = intégriste = terroriste.
Si la liberté d'expression permet à juste titre la critique de toutes les religions y compris l'islam, cependant il est des moments et des contextes où la prudence et la vigilance s'imposent à tous, tant dans l'utilisation de certains mots (karcher, racaille) que de certaines images, comme celles parues dans France-Soir. Il en va de la responsabilité de chacun pour éviter les dérives et dérapages aux conséquences incalculables.
MRAP

03/02/2006
Alors que la presse aux ordres s'appuie sur les déclarations de Sarkozy "La démocratie, c'est la possibilité de la critique, de l'échange des arguments, de la caricature (...) et ça ce n'est pas négociable", cet article rappelle les dernières occasions où le ministre de l'Intérieur a intimidé, menacé et censuré.
L'en dehors

04/02/2006
Témoignage Chrétien est, dans cette affaire, plus explicite que l'Humanité.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer la violence de la polémique. D'abord la volonté évidente du Jyllands Posten de jouer la provocation. Dans un contexte national très délicat, où l'extrême droite danoise a atteint plus de 13 % des suffrages aux élections législatives de février et où le débat public sur l'islam peut atteindre des niveaux de radicalité impressionnants, la publication de ces dessins allait forcément susciter la polémique. Pour le quotidien chrétien Kristeligt Dagblad, les responsables du Jyllands Posten se sont comportés « comme des écoliers qui écrivent “con” au tableau pour voir ce que dira la maîtresse ».
Témoignage Chrétien

L'événement qui aurait dû en rester à la dimension d'un aléa bien peu glorieux de la vie médiatique et politique danoise où les services d'un caricaturiste, libre et excessif par définition (croquant notamment Mahomet portant un turban en forme de bombe), ont été utilisés, non sans arrière-pensées, par un quotidien conservateur proche du pouvoir, lui même allié au parti d'extrême droite d'une certaine Pia Kjaersgaard, dont les dérapages xénophobes sont permanents.
l'Humanité

05/02/2006

Combien de médias ont répercuté l'information sur l'incarcération de deux journalistes jordaniens ayant publié les caricatures ? Ce silence en dit long sur l'autocensure de nos valeureux journalistes dès que les faits s'éloignent de leurs préjugés racistes.
Actu-voila

Plantu tient sur RFI des propos beaucoup plus nuancés que dans Le Monde. Se désolidarise-t-il de l'hystérie ambiante ou balance-t-il entre logique commerciale et convictions personnelles ?
Plantu, dessinateur du journal Le Monde, qui a publié samedi deux des douze caricatures de Mahomet, déclarait sur l'antenne de RFI dimanche qu'un dessinateur doit «savoir s'arrêter, et accepter l'autocensure. Je propose des dessins, et je fais confiance aux rédacteurs en chef de les accepter ou non», a expliqué le caricaturiste. «Il faut être respectueux dans l'irrespect et je me rends compte qu'on utilise parfois des images irrespectueuses : le dessinateur flirte avec la ligne rouge ou jaune, je ne sais pas comment on la nomme, mais il doit respecter le lecteur».

«Il faut continuer à être un peu agressif dans le dessin, mais penser que les lecteurs ont des croyances. On peut ne pas être d'accord avec des « choses terrestres » et s'en prendre aux gens sur terre ! Mais quand on touche à des choses sacrés, il faut être respectueux et faire attention», a prévenu le dessinateur.

«Pour qu'ensemble, nous, caricaturistes, continuions à afficher nos convictions en images, nous devons faire attention ! Je pense que si autour de l'Onu et à Genève, on réfléchit au sens de l'image, essayons de nous dire que dans certaines situations, il faut faire attention ! Pour éviter de « faire mal » à des convictions religieuses. Aux dessinateurs du Proche-Orient, je dirais qu'il faut réfléchir au sens politique de nos images. L'image doit être gérée par des dessinateurs qui sont journalistes et le sacré doit être respecté», a-t-il expliqué.

Dans l'affaire des caricatures de Mahomet, «on a été dépassé par la manipulation de l'opinion internationale pour faire un fossé entre le monde occidental et musulman», a ajouté le dessinateur.
RFI

06/02/2006
Dans cette affaire, Libération a choisi le camp de la provocation du Jyllands Posten pour faire la démonstration de la "violence" du "monde arabo-musulman" sans s'interroger sur la violence d'une image coloniale et raciste. Antoine de Gaudemar va même beaucoup plus loin en caractérisant la victoire électorale du Hamas de "contexte explosif".
Un tour inattendu : ainsi, il est curieux de voir les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, enlisés en Irak et victimes de graves attentats terroristes sur leur sol, privilégier la défense des croyants musulmans, quand l'Union européenne met plutôt en avant le droit à la liberté d'expression. Malgré leurs divisions, tous les pays occidentaux semblent surtout soucieux de ne pas jeter de l'huile sur le feu et de contenir au maximum la flambée de violences dans le monde musulman. Car celle-ci intervient dans un contexte déjà explosif, marqué aussi bien par la prise du pouvoir du Hamas en Palestine que par la crise nucléaire iranienne et l'interminable conflit irakien.
Libération

Pierre Marcelle signe un tonique papier "La république catholaïque" qui dénonce l'hypocrite laïcité en France.
De la laïcité, reste une incantation bonne à faire tomber quelques voiles, mais à vite remettre au placard afin que perdurent le Concordat en Alsace-Lorraine, le financement des écoles confessionnelles et la messe dominicale sur les ondes publiques.
Libération

Jacques Camus semble découvrir la solidarité des Églises dès qu'il s'agit de toucher à leur fructueux business.
[...] nous déplorons vivement que l'Eglise catholique, le rabbin Sitruk ou le le président du Conseil français du culte musulman, Dalil Boubakeur, joignent leurs faibles voix aux hurlements des fanatiques qui feront toujours beaucoup plus de bruit qu'eux. Voilà pourquoi nous en voulons aussi beaucoup à ceux qui ont cru faire acte d'héroïsme journalistique en publiant inutilement les dessins. Si le prix à payer devait être un recul de la liberté de la presse, ce serait tragique. Et si ce devait être l'impossibilité de dialoguer, ce le serait encore plus.
La République du centre

Jacques Guyon, comme beaucoup d'autres éditorialistes (Philippe Tesson sur le plateau de Mots croisés par exemple), a une explication lumineuse. Ce ne sont pas les caricatures racistes qui posent problème, mais les réactions à leur publication qui sont le résultat d'un vaste complot !
Les derniers développements, ce week-end, de l'affaire des caricatures de Mahomet sont en train de démontrer que la colère des foules est loin d'être aussi spontanée qu'on aimerait nous le faire croire. Si l'émotion des croyants se sentant offensés par ces caricatures peut apparaître légitime, ce qui ne l'est pas du tout, c'est la façon dont certains groupes et certains gouvernants l'instrumentalisent. On commence à comprendre pourquoi il se sera passé plus de quatre mois entre les publications de ces caricatures dans la presse danoise et la flambée qui a gagné le monde musulman, du Pakistan à Gaza en passant par la Syrie et le Liban. On sait désormais que ce sont des militants islamistes radicaux danois qui, lors du pèlerinage de La Mecque, ont allumé la mèche. L'Arabie Saoudite, l'Iran et les Frères musulmans (qui viennent de remporter un succès électoral en Egypte et qui sont les inspirateurs du Hamas, vainqueur des législatives palestiniennes) ont sauté sur l'occasion.
La Charente libre

Autre exemple de la théorie du complot.
Selon la plupart des observateurs, les émeutes de ce week-end au Liban et en Syrie sont le résultat d'une instrumentalisation politique de la colère des opinions publiques arabes. Jouant sur la surenchère anti-occidentale, certains Etats soufflent sur les braises.
RFI

L'éditorial du quotidien de gauche La Jornada (Mexique) tranche avec le consensus des médias français et européens.
Informar, insultar, incendiar
La libertad de pensamiento y expresión no justifica la falta de respeto y menos aún la falta de sentido común. Dibujar al profeta con una bomba en vez de turbante tiene una lectura inequívoca: los seguidores de Mahoma son todos terroristas y el Islam es la religión de los dinamiteros, implicaciones escandalosamente falsas, ofensivas y altamente provocadoras en el delicado momento actual, en el que en las sociedades musulmanas existe la percepción, en buena medida justificada, de que Estados Unidos y sus aliados europeos han emprendido una guerra no contra el terrorismo, sino contra los pueblos árabes e islámicos. Desde esta perspectiva, las ilustraciones referidas no son una denuncia ni una crítica, y ni siquiera una defensa de valores: son, simplemente, una broma ofensiva y una estupidez.

Tampoco debe omitirse el hecho de que, en muchas ocasiones, los abusos en el ejercicio periodístico están directamente relacionados con el afán de causar escándalo para incrementar, así, las cifras de ventas circulación, rating­ de las empresas propietarias de los medios; esta indebida vinculación, que convierte el interés comercial corporativo en sensacionalismo periodístico requiere que dueños de medios, editores y periodistas en general se conduzcan con responsabilidad, con respeto y con un mínimo sentido de los entornos nacionales e internacionales, y que no olviden que el sentido de su tarea es informar, analizar y criticar, no insultar, y menos incendiar.

Informer, insulter, incendier
La liberté de pensée et d'expression ne justifie pas le manque de respect et encore moins le manque de sens commun. Dessiner le prophète avec une bombe en guise de turban a une lecture évidente : les partisans de Mahomet sont tous terroristes et l'Islam est la religion des dynamiteurs - implications scandaleusement fausses, offensantes et très provocantes dans le sensible contexte actuel, où dans les sociétés musulmanes il existe la perception, en bonne mesure justifiée, que les Etats-Unis et ses alliés européens ont entrepris une guerre non contre le terrorisme, mais contre les peuples arabes et islamiques. Dans cette perspective, les illustrations mentionnées ne sont pas une dénonciation ni une critique ni même une défense de valeurs : ils sont, simplement, une plaisanterie offensante et stupide.

On ne doit pas non plus omettre le fait que, à de multiples occasions, les abus dans l'exercice journalistique sont directement en rapport avec le souci de provoquer un scandale pour augmenter, ainsi, les chiffres de ventes - mesure des entreprises propriétaires des médias ; ce lien incorrect, qui convertit l'intérêt commercial corporatif en sensationnalisme journalistique requiert que propriétaires des médias, éditeurs et journalistes en général se conduisent avec responsabilité, avec respect et avec un minimum de pris en compte des environnements nationaux et internationaux, et qu'ils n'oublient pas que le sens de leur tâche est d'informer, d'analyser et de critiquer, non pas d'insulter, et encore moins d'incendier.
La Jornada

07/02/2006
A écouter : Un journaliste du Jyllands-Posten explique la démarche du quotidien.
Le Monde

Renaud Girard enfonce le clou du retournement de la responsabilité - air connu du colonialisme.
Mais que se passe-t-il donc en ce moment ? Est-ce nous, les Occidentaux, qui avons un problème avec l'islam, ou est-ce l'islam qui a un problème avec nous ? A l'évidence, c'est la seconde branche de l'alternative qui est la bonne.
Le Figaro

Robert Ménard affirme, contrairement à la loi, que "Il n'existe pas de limite à la liberté d'expression".
[...] parmi ces caricatures, l'une d'entre elles, représentant Mahomet avec un turban transformé en bombe, était absolument inacceptable et islamophobe. J'estime pourtant, même si ce dessin était odieux, qu'on avait le droit de le publier.

Sur le contexte politique, il est vrai que ces publications interviennent au Danemark à un moment où un débat a lieu autour de la question de l'immigration, mais ce contexte n'a rien à voir avec l'affaire elle-même. On a le droit de publier ces dessins, même si certains sont odieux et d'autres nuls.
Le Nouvel Observateur

Nicolas Sarkozy, qui a le culot de clamer que "la possibilité de la critique, de l'échange des arguments, de la caricature" "n'est pas négociable", pratique allègrement la censure quand il est mis en cause.
Il semble difficile, pour les magistrats du parquet, de participer au débat public : Didier Peyrat, vice-procureur chargé des mineurs à Pontoise, a reçu, jeudi 2 février, un avertissement pour avoir publié deux tribunes dans Libération et Le Monde, à l'occasion des violences urbaines de novembre 2005.
Samizdat

A propos d'une autre affaire de censure.
En réalité, ce n'est pas la liberté de la presse qui est en jeu, c'est la liberté de commettre un délit.
PaxaBlog

Lire aussi sur la publicité interdite par des catholiques :
Une association, Croyance et liberté, émanation de la conférence des évêques de France, a assigné en référé les créateurs (et l'afficheur de la publicité, l'inusable Decaux) pour voir interdire la diffusion de cette affiche, puis, en dernier lieu, l'interdiction de l'affichage d'une de ces affiches, à Neuilly (affiche immense, si j'ai bien compris) (selon le Nouvel Obs).
Cette publicité constituerait, du fait de son caractère "mercantile", "une blessure à l'égard d'un élément fondateur pour les catholiques", à savoir le dernier repas du Christ avant sa mort, dit l'association Croyance & Liberté.
Partie 1 - Partie 2 - Partie 3

Les trotskystes américains ont une position beaucoup plus claires que nos trotskystes franco-français.
Ces caricatures grossières destinées à insulter et à attiser les émotions des Musulmans, sont une provocation politique. Leur publication, à l'origine par un journal danois de droite ayant des liens historiques avec le fascisme allemand et italien, avait pour dessein d'attiser un sentiment antimusulman et anti-immigré.

La dissémination de telles ordures fanatiques est plutôt liée au virage pris par les élites dirigeantes européennes qui veulent s'aligner plus clairement derrière les interventions néocoloniales de l'impérialisme américain au Moyen Orient et en Asie centrale.

Dans les années 1920 et 1930, Jyllands-Posten fut tristement célèbre pour ses affinités avec le fascisme italien et la dictature allemande nazie. En 1933, il plaida pour l'instauration d'une dictature au Danemark.

La promotion du chauvinisme antimusulman et de toutes les formes de poison communautariste et nationaliste, est l'expression d'un système social qui est plongé dans une crise insoluble et qui est incapable de satisfaire les besoins les plus élémentaires des grandes masses de la population.
WSWS

08/02/2006
Le Monde, actionnaire principale de titres de la presse catholique et propriétaire du Monde des religions, tient un langage différent selon la clientèle à laquelle il s'adresse.
[...] nous avons déjà caricaturé des imams et des rabbins fanatiques, mais jamais je ne publierai un dessin montrant Mohammed en poseur de bombes ou Moïse tuant un enfant palestinien.
De telles caricatures sous-entendent que tous les musulmans sont des terroristes ou tous les juifs des tueurs d'enfants innocents. C'est la raison pour laquelle j'aurais refusé de publier les caricatures du prophète Mohammed le présentant avec une bombe dans le turban ou avec un cimeterre dans les mains. Je comprends donc parfaitement la tristesse et la colère de nombreux musulmans à travers le monde, qui n'acceptent pas d'être présentés comme des terroristes potentiels.

Publier des dessins islamophobes dans le contexte actuel, c'est attiser inutilement les tensions et apporter de l'eau au moulin des extrémistes de tous bords.
Le Figaro

La guerre des images est revendiquée au nom du "choc des civilisations". Car, pour cet auteur, il s'agit de défendre la "civilisation" judéo-chétienne contre la "barbarie" islamique. Opinion partagée par l'immense majorité de l'élite politico-médiatique.
On comprend, à rappeler ces données que, derrière la question des caricatures du Prophète, c'est notre rapport – nous : la France, l'Europe, l'Occident – avec le monde islamique qui est soulevé. Non pas selon les usages diplomatiques mais bien en termes de civilisations. D'abord écartons les hypocrites, les timorés, les habiles, les aveugles qui récusent l'évidence. Il y a bien un choc de civilisations.

On peut aussi envisager une capitulation rampante qui se donnerait la bonne conscience de la sagesse et de l'esprit de responsabilité. Pour acheter la paix, pourquoi s'encombrer de ces mauvais caricaturistes, de ces irresponsables ? Ont-ils du pétrole les adeptes de la liberté de pensée ? Sont-ils capables de défendre au péril de leur vie les grands principes qu'ils proclament ? Pour ne pas payer l'essence trop chère et garder nos parts de marché, pourquoi ne pas cesser de résister ? Va-t-on se battre pour douze caricatures sinistres ? Et allons au bout : l'Empire romain a été conquis par le christianisme ; pourquoi l'islam ne serait-il pas la nouvelle religion conquérante ? On s'adaptera. On se convertira. Il faut oser regarder ces choix en face. Que voulons-nous défendre de ce que nous avons acquis, siècle après siècle ? Que sommes-nous prêts à abandonner ? Par réalisme ? Par sagesse ? Ou par lâcheté ?
Le Figaro

Libération découvre très tardivement que des journalistes jordaniens ont été poursuivis pour avoir publié les dessins du Prophète et continue de propager le mythe raciste du monde arabo-musulman.
Libération

Plantu, toujours lui, "revendique l'autocensure"... pour ne pas caricaturer les religions judéo-chrétiennes.
Le Nouvel Observateur

Charlie Hebdo aurait triplé son tirage en publiant les caricatures de Mahomet. Les provocations d'un Philippe Val, grand défenseur de la guerre contre l'Irak et du colonialisme israélien (La théorie du complot) sont payantes !
Le Nouvel Observateur

Jean-Marcel Bouguereau signe un ignoble papier. Voir : La guerre des images.

Olivier Roy fait certainement la meilleure analyse sur la "géopolitique de l'indignation".
Le conflit sur les caricatures danoises est souvent présenté comme l'expression d'un "clash" des civilisations entre un Occident libéral et un islam qui refuserait la liberté d'expression. Il faut beaucoup d'ignorance et encore plus d'hypocrisie pour s'en tenir à cette thèse. La liberté d'expression est dans tous les pays occidentaux d'ores et déjà limitée, et par deux choses : la loi et un certain consensus social. L'antisémitisme est réprimé légalement. Mais l'atteinte à d'autres communautés aussi : en 2005, l'Eglise catholique de France a obtenu le retrait d'une publicité utilisant la Cène, mais remplaçant les apôtres par des femmes court vêtues. Cela relève exactement de la même démarche qu'entreprennent les associations musulmanes aujourd'hui. Quels journaux ont alors publié la publicité incriminée en défense de la liberté d'expression ?

Mais le mauvais goût passe pour l'islam, parce que l'opinion publique est plus perméable à l'islamophobie (qui très souvent recouvre en fait un rejet de l'immigration). Ce qui choque le musulman moyen, ce n'est pas la représentation du Prophète, mais qu'il y ait deux poids et deux mesures.

Rien d'étonnant à ce que les religieux conservateurs, chrétiens, juifs ou musulmans se retrouvent de plus en plus souvent ensemble pour réclamer des limites à la liberté de l'homme, que ce soit sur les questions d'avortement, de mariage homosexuel, de bioéthique ou de blasphème. Rien d'étonnant à ce que la conférence épiscopale, le grand rabbinat et le consistoire protestant aient fait savoir qu'ils comprenaient l'indignation des musulmans. Ce débat sur les valeurs n'oppose pas l'Occident à l'islam, il est à l'intérieur même de l'Occident.

Loin d'être neutre ou absente, l'Europe depuis trois ans a pris une posture beaucoup plus visible et interventionniste au Moyen-Orient, tout en se rapprochant des Etats-Unis. Contrairement à ce qui se passait il y a trois ans, Washington souhaite désormais une plus grande présence européenne, surtout dans la perspective d'un retrait progressif d'Irak. Cette plus grande exposition de l'Europe entraîne donc des tensions avec une coalition hétéroclite de régimes et de mouvements, qui ont alors pris en otage les musulmans européens.

Bref, Etats comme organisations font tout pour maintenir les musulmans d'Europe dans une mouvance moyen-orientale, et c'est de bonne guerre.
Mais ce parrainage pesant est de plus en plus mal vécu par la majorité des musulmans d'Europe : il est intéressant de voir que les grandes organisations prennent en fait leurs distances par rapport à la polémique sur les caricatures (il suffit de regarder sur le site de l'UOIF ou bien sur oumma.com). C'est dans le sens de cette déconnection entre islam d'Europe et crises du Moyen-Orient qu'il faut chercher la clé de la gestion de ces inévitables tensions et traiter les musulmans d'Europe comme des citoyens, comme on le fait avec chrétiens et juifs, même s'il faut rappeler régulièrement à tous les principes de la liberté d'expression et de la laïcité.
Le Monde

Olivier Truc, envoyé spécial à Copenhague, réalise une très instructive enquête sur "l'extrême droite danoise" qui "alimente une xénophobie bien-pensante".
[...] le Parti du peuple danois, formation d'extrême droite de Pia Kjaersgaard, est parvenu à imposer son agenda à la politique danoise. "Le Parti du peuple danois n'accepte pas que le Danemark se transforme en une société multiethnique. (...) Le libre accès au Danemark détruit notre Etat-providence", est-il clairement affirmé dans son programme. Depuis, son succès ne s'est pas démenti.

Pour de nombreux observateurs danois, l'affaire des dessins du journal Jyllands-Posten - principal publication de la droite et le plus gros tirage de la presse danoise - doit être replacée dans ce contexte. "Ce n'est pas un hasard si cette affaire a éclaté au Danemark. Aucun pays de l'UE n'est aussi islamophobe et xénophobe", affirme Bashy Quraishy, un Danois d'origine pakistanaise qui préside aujourd'hui Enar, le Réseau européen contre le racisme, financé par la Commission européenne.
Le Monde

09/02/2006
Alain Finkielkraut, connu pour ses positions odieusement racistes à propos de la révolte sociale des banlieues, se plaint de la haine qu'il attise pourtant à longueur de colonnes et d'antennes. Une perle parmi d'autres sous la plume alambiquée de ce guerrier sioniste.
Une infime minorité de ceux qui, du Pakistan à l'Algérie, protestent contre les dessins parus dans le quotidien de Copenhague Jyllands-Posten saurait situer le Danemark sur une carte de géographie.
Libération

Pierre Marcelle, lui, n'est décidément pas prêt à hurler avec les loups. Dans son style inimitable, il s'interroge.
Qu'est-ce qui, dans la livraison poliment blasphématoire du dernier Charlie, me fait ne pas me réjouir tout à fait (hormis pour ses comptes) de son statut de collector ? Quatre cent mille lecteurs et plus pour la reconquête de la liberté d'expression, il devrait pourtant y avoir là de quoi se réjouir. Or, ça ne marche pas. Je ne marche pas. Quelque chose là-dedans trompe l'oeil et m'effraie, qui ressemble par trop à une croisade. Depuis hier, je me surprends à scruter les nouveaux zélotes de Charlie, et à me demander si tel, qui dévotement le dévore, respecte à la folie le droit à la caricature ou déteste passionnément les «arabo-musulmans».
Libération

La presse britannique tient le même langage que l'éditorialiste de La Jornada au grand dam des responsables de Libération (après Antoine de Gaudemar, Serge July persiste et signe).
Après la publication des dessins du Jyllands-Posten par France Soir, l'éditorial du quotidien The Guardian mettait l'accent sur le «contexte». Publier une caricature de Mahomet, c'est un droit ; mais à quoi bon mettre ce droit à l'épreuve «quand le faire offensera inévitablement de nombreux musulmans et quand, surtout, il y a une puissante nécessité de construire une meilleure culture publique d'intégration qui puisse les embrasser eux et leur foi», interrogeait le quotidien. Et quand The Times refusait «l'exhibitionnisme», The Independent redoutait la confusion entre un journalisme de «controverse» et un journalisme «irresponsable». Le mot était lâché.
Libération

Denis Sieffert fait partie des rares analystes qui osent se démarquer d'une "affaire caricaturale".
Le premier piège réside dans l'image grossissante d'un « monde arabo-musulman » qui serait tout entier à feu et à sang. Non. Quelques milliers de personnes vociférant et saccageant des bâtiments consulaires danois et norvégiens, c'est déjà beaucoup trop ! Mais on est loin des centaines de millions de femmes et d'hommes qui se réclament de l'islam.

L'autre lecture biaisée vient du côté occidental. Elle nous raconte une histoire grandiloquente de liberté qui ne peut souffrir aucune entrave, ne connaît jamais l'autocensure, moque et caricature à tout-va sans se soucier des sensibilités et des situations. Laïques ou athées, nous serions donc tous condamnés à répéter avec l'un des frères Karamazov : « Si Dieu n'existe pas, tout est permis. »

Tout le monde sait bien que ce n'est pas si simple. Que cette liberté invoquée peut cacher des motifs moins nobles, et que règne ces temps-ci au royaume du Danemark une ambiance pourrie autour de la question de l'immigration. On en sait aussi un peu plus sur les engagements sulfureux du journal, Jyllands Posten, qui a lancé ce périlleux appel d'offres à des talents impatients d'explorer les limites de leur propre liberté, et de livrer au monde un message « courageux » et ô combien « original » sur le thème « islamistes violeurs » et « musulmans terroristes ». L'humour est évidemment chose subjective. Mais on peut tout de même se demander où est l'intérêt d'en passer par l'art supposé de la dérision pour reprendre les préjugés les plus vulgaires que colporte notre époque. Où donc est la dérision ici ?
Politis

Heidi Bojsen et Johan J. Malki Jepsen replacent les caricatures dans le contexte de "la xénophobie ambiante" qui règne au Danemark.
Cette question a une histoire beaucoup plus nuancée que ne le laisse croire le manichéisme dans lequel elle a été enfermée. Il nous semble impératif de rappeler le contexte spécifique dans lequel ces dessins ont fait leur apparition, en l'occurrence le contexte danois, sans lequel toute compréhension de l'enjeu en question serait illusoire et toute sortie de crise serait vaine.

La conséquence inévitable de cette effervescence du débat public a été une normalisation et une banalisation de la xénophobie pour un pan non négligeable de la société danoise au nom même du principe sacro-saint de la liberté d'expression. Dans notre société où la culture politique repose fortement sur le pragmatisme et le consensus, cette soupape populiste a principalement fonctionné pour stigmatiser les musulmans et l'islam, dont on méconnaît toute la complexité et la diversité.

A ceci s'ajoute le fait qu'au Danemark l'Eglise n'est pas séparée de l'Etat. Certains soutiennent, toutefois, que la politique y est séparée de la religion. Il existe néanmoins une religion d'Etat : le protestantisme luthérien. Les prêtres ont le statut de fonctionnaires. Les cours de «christianisme» sont obligatoires à l'école publique. L'inscription à l'état civil des nouveau-nés est effectuée exclusivement par l'administration de l'Eglise luthérienne.

La législation danoise n'a pas tardé à prendre le relais. Depuis 2002, le gouvernement a réduit l'aide sociale aux étrangers pendant les premiers mois de leur période de résidence.

C'est cette nouvelle pratique du pouvoir, fondée sur l'idée de «tolérance zéro» (ou intolérance ? ), inaugurée par le chef du gouvernement actuel, qui a été employée à l'égard des ambassadeurs des pays musulmans.

Leur contestation a le plus souvent été récusée. Il est nécessaire, du reste, de signaler que les deux autres grands quotidiens du Danemark, 'Politiken' (centre gauche) et 'Berlingske Tidende' (conservateur), ont ouvertement choisi, dès le début, de ne pas tomber dans le piège islamophobe de la pseudo-lutte pour la liberté d'expression invoquée par le quotidien par qui la crise est arrivée, Jyllands-Posten.

Les dessins n'ont pas été publiés en vue d'un véritable débat. Ils relèvent d'une entreprise de stigmatisation et de propagande xénophobe et populiste à l'encontre d'une minorité ethnique au Danemark. Le véritable enjeu est ici celui du respect de la diversité, que les sphères nationalo-populistes refusent, quitte à brandir la liberté d'expression lorsque celle-ci sert leurs intérêts. La liberté de la presse n'a jamais non plus été illimitée ! Il ne s'agit pas non plus de l'amputer.

Dans le cas présent, l'agresseur prétend être la victime. Une aberration !
Libération

Mouloud Aounit, président du Mrap, a animé le forum du Nouvel Observateur sur "Les caricatures de Mahomet".
Partie 1 - Partie 2

19 février 2009

Le racisme, machine à abrutir

La tribune de Pierre Jourde « Le Juif, coupable universel », parue dans Le Monde du 22 janvier, débute ainsi :
Depuis l'entrée de Tsahal dans la bande de Gaza, les médias parlent benoîtement d'"importation du conflit", de "violences intercommunautaires". Elles sont tout de même un peu à sens unique, les violences "intercommunautaires". Cela consiste, en gros, à ce que des jeunes gens d'origine arabo-musulmane s'en prennent à des juifs, manifestant par là leur soutien à leurs "frères" palestiniens opprimés. Ils n'ont d'ailleurs pas attendu le conflit de Gaza pour pratiquer ce sport, et l'agression ou l'injure adressée aux juifs est devenue un phénomène récurrent.
En quelques mots l'auteur plante le décor de ses fantasmes, il reprend l'expression "arabo-musulman" typiquement raciste des médias dominants et, après d'autres [1], il voudrait nous faire croire que le soutien au peuple Palestinien, massacré par l'armée israélienne, serait antisémite, forcément antisémite [2].

Cette tribune raciste, qui voudrait interdire toute critique de la politique des gouvernements israéliens, toute critique de l'occupation coloniale depuis 60 ans et toute critique des crimes de guerre, perpétués au nom des juifs d'Israël et du monde, relève d'une rhétorique qui consiste à faire passer le bourreau pour la victime. Cette rhétorique est usée...

En déclenchant la guerre à Gaza contre la population palestinienne, les dirigeants israéliens sont allés trop loin et, comme l'a dit Pierre Stambul, les dirigeants israéliens "ont perdu politiquement et idéologiquement cette guerre". Il faut lire et relire les critiques qui viennent d'Israéliens.

Cette tribune raciste reflète l'absence de moral de ceux qui, en France ou ailleurs dans le monde, soutiennent inconditionnellement les gouvernements israéliens, mais elle reflète aussi l'absence d'arguments en faveur d'une politique criminelle contre les Palestiniens et politicide pour les Israéliens.

Le plus risible de la fausse diatribe de Pierre Jourde est le dernier paragraphe, qui reprend le mythe de la terre promise... "un désert" qui n'attendait que "une poignée de juifs" pour se peupler et se transformer "en pays prospère".

Le racisme médiatique n'est pas un épiphénomène. Il conduit une guerre d'anéantissement contre la culture. Il y a beaucoup de combats à mener... contre le racisme [3].

Serge LEFORT
19/02/2009

Lire aussi :
• 02/02/2009, Faysal Riad, Pierre Jourde ou le communautarisme blanc, Les mots sont importants
• 03/02/2009, Pierre Jourde ou le racisme sans estomac, Les Indigènes du Royaume
• 17/02/2009, Cédric Baylocq , Gaza, le critique, et la critique, Oumma

[1] Philosophie d'un massacre : André Glucksmann et Bernard-Henri Lévy, apologistes des crimes de guerre israéliens, Oumma).
[2] Cette expression fait référence à l'article Sublime, forcément sublime, Christine V. de Marguerite Duras à propos de l'affaire Grégory, publié le 17 juillet 1985 par Libération. Elle désigna alors abusivement la mère, Christine Vuillemin, comme la meurtrière du petit Grégory et elle justifia le crime de la femme parce qu'elle subissait "la loi de l'homme" !
[3] Cette phrase comme le titre font référence à l'article La machine à abrutir de Pierre Jourde, publié par Le Monde diplomatique.

Lire aussi :
• 09/02/2006, La guerre des images, Monde en Question
• 14/02/2006, Deux poids deux mesures, Monde en Question
• 03/03/2006, La lepénisation des médias, Monde en Question
• 15/03/2006, Salubrité publique, Monde en Question
• 07/10/2006, La liberté d'expression... du racisme, Monde en Question

• 03/02/2006, La caricature de la "liberté de la presse", Monde en Question
• 04/02/2006, Revue de presse - La caricature de la "liberté de la presse" (1), Monde en Question
• 11/02/2006, Revue de presse - La caricature de la "liberté de la presse" (2), Monde en Question
• 18/02/2006, Revue de presse - La caricature de la "liberté de la presse" (3), Monde en Question

19 février 2006

Revue de presse : La caricature de la "liberté de la presse" (3)

La fête est finie ! Après l'hystérie collective pour défendre une caricature ouvertement raciste et dénoncer les périls du "monde arabo-musulman", les médias sont partis en croisade contre le virus H5N1 et restent très discrets sur les révélations des tortures dans les prisons françaises et irakiennes.

13/02/2006
Sous le titre "Les musulmans investissent la rue", Libération consacre ses pages "Evénement" à une version policière des réactions à l'étranger :
En milieu de parcours, les trois organisatrices réussissent à reprendre l'avantage reléguant les fondamentalistes plus loin dans le cortège. Pour cette fois ?
Libération

Il rend compte aussi du sentiment d'injustice :
«Pour l'adoption d'une loi contre l'islamophobie» : tel était le mot d'ordre de la manifestation organisée samedi par l'Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis (UAM-93). «Il y a des lois pour interdire de s'attaquer aux juifs ou aux homosexuels, ce qui est très bien. Mais, lorsque quelqu'un insulte les musulmans ou l'islam, nous ne pouvons rien faire. Nos plaintes ont peu de chances d'aboutir tant qu'il n'y aura pas de loi contre l'islamophobie», explique Youssef Zaoui, l'un de ses dirigeants.

Mais ne peut s'empêcher de dévier la question posée :
En France, il n'existe pas de loi contre le blasphème. En théorie, seuls «le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie» sont explicitement prohibés par la loi Gayssot du 14 juillet 1990. Le 25 février, le tribunal de grande instance de Paris a toutefois condamné les stylistes Marithé et François Girbaud pour «injure visant un groupe de personnes en raison de leur appartenance à une religion déterminée, en l'occurrence le catholicisme». Leur crime : une affiche détournant la Cène de Léonard de Vinci, les apôtres et le personnage de Jésus étant représentés par des femmes habillées de vêtements de la marque concernée.
Libération

L'éditorial de Pierre Haski résume ce détournement pour botter en touche sur la découverte, bien tardive, du sort de journalistes algériens :
L'affaire des caricatures de Mahomet n'en finit pas de faire des vagues. Y compris en France, où, dans un calme exemplaire au regard de ce qui s'est produit ailleurs, des manifestations de protestation ont eu lieu. On ne pouvait pas ignorer, au passage du cortège parisien, cette demande de «respect» émanant d'hommes et de femmes de tous âges s'estimant méprisés dans cette France qui proclame l'égalité de tous, mais dans laquelle certains sont moins égaux que d'autres. Mais, derrière cette exigence légitime de la part de citoyens, resurgit le débat plus complexe, plus délicat, de la place de l'islam, devenu deuxième religion d'une France à la laïcité chatouilleuse. Après l'affaire du voile musulman, celle des caricatures devrait permettre, si elle se dédramatise et revient à de plus justes proportions, de clarifier un peu plus la règle du jeu, au sein de la société française, entre sphère privée et espace public, entre le religieux et le politique. Dans l'intérêt général et celui de chaque citoyen, quelle que soit sa croyance, voire son absence de foi. Encore faut-il être certain de parler de la même chose : en entendant les slogans en faveur d'une loi contre l'«islamophobie», à la manifestation parisienne de samedi, on ne pouvait s'empêcher de penser à Berkane Bouderbala et Kamel Boussad, deux directeurs de journaux algériens embastillés au nom d'une telle loi, innovation relativement récente du code pénal algérien. Ces deux journalistes sont justement en détention pour avoir publié les fameuses caricatures, comme d'autres de leurs collègues dans plusieurs pays arabes. Leur détention est une insulte, non pas pour la religion, mais pour ces valeurs bien temporelles de liberté. Ça aussi, c'est une affaire de respect.
Libération

L'éditorialiste du Monde reprend le thème de la défense de l'Occident contre les barbares :
L'inaction, lorsque des ambassades partent en flammes, augure mal d'une politique européenne volontariste et solidaire. Au-delà du débat sur la liberté de la presse et le respect des sensibilités religieuses, il s'agit de poser des exigences. Or l'Europe, qui tâtonne par ailleurs pour définir la politique à tenir face à la montée de l'islamisme radical, paraît désemparée, intimidée. Cela ne peut qu'encourager des régimes comme la Syrie et l'Iran à continuer à manipuler cette affaire à des fins politiques.
Le Monde

Sous le titre "Il y a quelque chose de raciste au royaume du Danemark", la double page "Grand angle" de Libération redit ce que nous savions et qui était un argument pour ne pas reprendre les provocations du Jyllands-Posten :
Au-delà des caricatures de Mahomet, la xénophobie gagne le pays. Sous la pression du Parti du peuple danois, le gouvernement durcit les lois sur l'immigration et installe dans l'opinion des idées d'extrême droite. Un climat que les immigrés vivent de plus mal.
Libération

La position corporatiste de Robert Ménard avait déjà été publiée dans Le Nouvel Observateur. Sa dernière tirade laisse quand même rêveur :
Alors, pas de limite à la liberté des journalistes ? Si, bien sûr. Les journalistes sont responsables envers leurs lecteurs, leurs auditeurs, leurs téléspectateurs.
Libération

C'est dans les colonnes du Figaro que Alain-Gérard Slama pose la pertinente question :
Mais, alors que le dossier est connu de tous, s'obstiner dans la publication de ces plaisanteries, comme vient de le faire Charlie Hebdo, cesse d'être une plaisanterie. C'est ôter à ces dessins l'esprit de liberté, de confiance réciproque qui est le propre du trait d'humour bon ou mauvais, réussi ou raté. C'est transformer, à la manière de Dieudonné, en acte politique un gag auquel on était d'abord seulement fondé à reprocher son mauvais goût. Et du même coup, c'est entrer dans le jeu des islamistes, qui n'attendent que cette confirmation pour démontrer à leurs troupes, non pas que leur doctrine est contradictoire avec la liberté, mais que c'est la liberté qui est, en Occident, l'alibi de l'islamophobie.
Le Figaro (Copie en RTF, car l'original a disparu du site)

Lire aussi l'excellent article de Bruno Amoroso publié par Le Courrier, quotidien suisse d'opinion :
Le plus triste, dans cette affaire, c'est qu'il y a une totale confusion dans tous les domaines. Face à cette affaire qui secoue le pays, droite et gauche s'unissent, au lieu de débattre de façon contradictoire, au nom du principe qui veut que les «valeurs qu'il faut défendre» se doivent d'être communes. Un peu comme si l'Occident n'avait pas encore compris qu'il ne dicte désormais plus sa loi au monde et qu'il ne fixe plus l'agenda des débats. Et ceci dans l'hypocrisie la plus totale. La liberté d'expression est ce qu'elle est, au Danemark comme ailleurs. Il suffit de penser à la façon dont on a manipulé les faits les plus importants depuis des siècles. Plus récemment, ces formes d'expression de liberté de la presse ont en réalité été des opérations pilotées en vue de provoquer des remous politiques et sûrement pas par simple esprit de liberté.
Le Courrier

16/02/2006
Télérama, hebdomadaire catho-culturel édité par le très libéral Le Monde, s'interroge en reprenant la rengaine raciste sur le "monde arabo-musulman" :
Pouvait-on caricaturer le prophète Mahomet ? Cette question, qui a déclenché des réactions en chaîne, a relégué à l'arrière-plan d'autres interrogations. Peut-on opposer à la liberté d'expression le respect du sacré ? L'escalade de la violence a-t-elle été instrumentalisée et dans quel but ? La fracture Orient-Occident s'est-elle creusée ? Des intellectuels issus du monde arabo-musulman répondent.
Télérama

Bernard Langlois signe une tonique critique sur le virage "sharognard" de Charlie :
Charlie Hebdo en champion de la liberté d'expression, c'est dans sa vocation : rien à y redire. Et tant mieux pour lui s'il se fait au passage des couilles en or. D'autant qu'il s'en est plutôt bien tiré, notamment avec une couverture de Cabu assez drôle.

Le problème, c'est qu'il entretient, depuis que Val y règne en maître, des rapports pour le moins ambigus avec l'islam en général et pratique volontiers des amalgames douteux qui participent de la « guerre des civilisations ». Sans parler d'un soutien affiché à Israël et à ce grand pacifiste de Sharon, dont il a salué l'évacuation du Sinaï avec des trémolos dans la voix : c'est qu'on ne rigole pas de tout à Charlie, faut pas croire ! On y a aussi ses vaches sacrées. La présence de quelques grands anciens du vrai Charlie d'autrefois sert de caution à une guerre idéologique que captain Val mène sans faiblesse, en bon petit soldat des vraies valeurs occidentales. Ce qui fait qu'il n'était peut-être pas le mieux placé pour en rajouter une louche dans cette pénible affaire des caricatures du Prophète. Enfin, c'est mon avis.

Peut-être pas celui de Cabu, Cavanna, Siné, Wolinski, pas gênés de dessiner leurs petits mickeys sous protection policière. Anarchos, ma non troppo !
Politis

17/02/2006
Pour terminer sur une note optimiste, vous pourrez lire le texte du Mouvement des Indigènes de la République :
Comme dans les années trente à propos de ce que l'extrême droite décomplexée appelait la « juiverie internationale » et ses prétendus complots, une véritable marée éditoriale submerge les rayons des librairies depuis quelques années ; des livres couvrant tous le spectre littéraire, de l'essai au roman, présentent l'islam et les musulmans comme le nouvel ennemi de l'Occident et de l'humanité.
[...]
Pour l'affaire danoise en elle même, en ce qui concerne la forme, les faiseurs d'opinion ont tôt fait d'évacuer le racisme violent de deux dessins au moins, tout en proclamant le haut principe de la liberté d'expression, laquelle, par essence, quintessence et définition, ne peut être que « totale et absolue ». Sur le fond, tout est fait, à l'évidence, pour focaliser le débat autour des dimensions strictement religieuses de l'affaire : ce serait par bigoterie, par arriération et même par pulsion hégémonique que l'Islam « totalitaire », après ses foulards, tente d'imposer ses corsets à l'Europe. Et désormais, c'est avec une évidente délectation que l'on fustige les débordements de la « rue arabe ».
[...]
L'unanimité médiatique s'est spontanément constituée autour d'un traitement biaisé de la crise provoquée par la publication répétée de ces caricatures. Poser le problème en termes de querelles théologiques, de liberté d'expression ou de « droit au blasphème », relève de la supercherie. La liberté d'expression sert de prétexte pour reproduire - en véritable campagne de matraquage publicitaire - le discours de la haine par le biais de dessins ouvertement racistes. Le problème réel, celui de la liberté d'être raciste et de l'exprimer dans les médias, est ainsi éludé. La question est de savoir pourquoi, aujourd'hui, le thème de l'Arabe, du musulman, de l'islam, assimilés à l'obscurantisme, au terrorisme, à la barbarie, est devenu la source d'inspiration et le sujet de prédilection de tant de journalistes, d'intellectuels, d'hommes et de femmes politiques, en Europe et aux Etats-Unis ; elle est de savoir pourquoi les stéréotypes racistes et colonialistes les plus éculés refont surface avec une telle vigueur, repris, en toute bonne conscience, par ceux-là mêmes qui dénoncent l'extrême-droite raciste et se réclament des « valeurs de la république ».
[...]
Par conséquent, ils [les Indigènes de la République] n'hésitent pas un seul instant à dénoncer avec la plus extrême vigueur la stigmatisation raciste et la liberté de l'exprimer que recouvre, aujourd'hui, la levée de boucliers en défense des caricatures islamophobes et des médias qui les ont publiés.
LMSI

6 juin 2009

Monde arabo-musulman

Dans le discours que Barack Obama a prononcé le 4 juin à l'université du Caire, l'occurrence "musulman" revient 47 fois ; l'expression "communautés musulmanes" 11 fois ; l'expression "musulmans américains" 3 fois ; l'expression "musulmans du monde entier" 2 fois et l'expression "monde musulman" 1 fois, mais jamais l'expression monde arabo-musulman.


Extraits :
Depuis plus de mille ans, Al-Azhar est un haut lieu de transmission du savoir dans le monde musulman et, depuis plus d'un siècle, l'université du Caire est une source de progrès pour l'Égypte.

Notre rencontre survient à un moment de grande tension entre les États-Unis et les musulmans du monde entier - tension ancrée dans des forces historiques qui dépassent le cadre des débats actuels de politique générale. Les relations entre l'islam et l'Occident se caractérisent par des siècles de coexistence et de coopération, mais aussi par des conflits et des guerres de religion. Dans un passé relativement plus récent, les tensions ont été nourries par le colonialisme qui a privé beaucoup de musulmans de droits et de chances de réussir, ainsi que par une guerre froide qui s'est trop souvent déroulée par acteurs interposés, dans des pays à majorité musulmane et au mépris de leurs propres aspirations.

Je suis venu ici au Caire en quête d'un nouveau départ pour les États-Unis et les musulmans du monde entier, un départ fondé sur l'intérêt mutuel et le respect mutuel, et reposant sur la proposition vraie que l'Amérique et l'islam ne s'excluent pas et qu'ils n'ont pas lieu de se faire concurrence. Bien au contraire, l'Amérique et l'islam se recoupent et se nourrissent de principes communs, à savoir la justice et le progrès, la tolérance et la dignité de chaque être humain.

America.gov

La presse étrangère, notamment européenne, a cité correctement Barack Obama, mais pas la presse française.
Dans son discours de principe prononcé jeudi au Caire, le président américain Barack Obama a appelé les musulmans du monde entier à un nouveau départ dans un "respect mutuel". Obama a continué à soutenir une solution à deux Etats dans le conflit israélo-palestinien.
euro|topics

La presse française a une obsession : le monde arabo-musulman qu'elle associe au terrorisme.
C'est la troisième fois depuis son élection que le président démocrate parle au monde arabo-musulman. [...] L'enjeu est stratégique. M. Obama estime qu'une des clés de la scène géopolitique actuelle réside dans une double image : celle que le monde arabo-musulman a des Etats-Unis et celle que les Américains ont de l'islam.
[...]
Au Caire, comme lors de ses deux précédents discours, M. Obama s'est attaqué aux représentations caricaturales de l'islam ; il a dénoncé les stéréotypes véhiculés sur les musulmans. Il l'a fait tout en critiquant les mêmes caricatures et les mêmes stéréotypes entretenus dans le monde arabo-musulman à l'égard de l'Amérique.
Le Monde

Le monde musulman ne peut se résumer au terrorisme et au fanatisme. L'accueil fait dans le monde arabo-musulman à ces mots sans précédent marque ce changement de la politique américaine.
Libération

Le capital sympathie personnel du Président sera assurément en hausse dans le monde arabo-musulman, même si chacun sait que les actes compteront plus que les « propos raffinés » d'un président parvenu à effacer en si peu de temps l'image de cowboy de son prédécesseur, et redonner un visage souriant à une Amérique que beaucoup s'étaient habitué à détester.
Rue89

Car le président américain avait ces idées en tête depuis sa campagne : rarement, donc, un discours aura été autant préparé, mûri réfléchi et ciselé, pesé. Il signifie trois choses : un changement de cap diplomatique, vis-à-vis du monde arabo-musulman, théâtre de tous les affrontements récents ; une ambition, celle de restaurer l'image , détruite par son prédécesseur, des Etats-Unis, donc rendre à son pays sa capacité d'influence ; un défi personnel , être à la hauteur de ses grands prédécesseurs comme du symbole du rêve américain qu'il incarne à l'intérieur comme à l'extérieur.
Slate

Les médias dominants français, en martelant l'expression monde arabo-musulman, attribuent à Barack Obama un propos qu'il n'a non seulement pas tenu mais qui signifie exactement le contraire de ce qu'il a dit dans l'esprit comme dans la forme. Les médias hexagonaux sont coutumiers de ce racisme social, politique et culturel qui, en reprenant la thèse fumeuse d'un "choc des civilisations", fait des musulmans les boucs émissaires de toutes les crises [1].

Serge LEFORT
05/06/2009

[1] Lire sur le même thème :
• La guerre des images, Monde en Question.
• Deux poids deux mesures, Monde en Question.
• La lepénisation des médias, Monde en Question.
• Revue de presse : La caricature de la "liberté de la presse" (1), Monde en Question.
• Revue de presse : La caricature de la "liberté de la presse" (2), Monde en Question.
• Revue de presse : La caricature de la "liberté de la presse" (3), Monde en Question.

1 avril 2009

La caricature de la "liberté de la presse"

Tout le monde se souvient de la campagne médiatique, orchestrée en 2006 sous prétexte de "la liberté de la presse", pour défendre la provocation du quotidien danois Jyllands-Posten qui publia, le 30 septembre 2005, douze caricatures contre l'Islam et les musulmans.


Ceux qui douteraient encore que "la liberté de la presse" ne fut qu'un prétexte pour masquer le racisme anti-arabe et l'islamophobie, ceux-là devraient méditer la campagne d'organisations sionistes contre la publication d'une caricature sur... la guerre israélienne à Gaza [1].


Une fois de plus, les organisations sionistes soutiennent les crimes de guerre du gouvernement israélien et voudraient faire taire toute critique en agitant l'accusation d'antisémitisme. Cette stratégie est de plus en plus dérisoire et se retourne contre ses auteurs.


Serge LEFORT
01/04/2009

Lire aussi : La caricature de la "liberté de la presse", Monde en Question Blogger - WordPress


[1] Caricatures sur l’attaque israélienne : des juifs américains en colère, PNN.
Des juifs américains ont condamné un éminent caricaturiste politique, après la publication dans le Washington Post d’une caricature décrivant l’attaque israélienne sur la bande de Gaza.

La Ligue Anti-Diffamation (ADL), une ONG basée aux Etats-Unis dont l’objectif est de lutter contre l'antisémitisme, a condamné la publication de mercredi sur le quotidien américain. La caricature de Pat Oliphant est parue dans le New York Times également est a immédiatement circulé sur internet.

Le directeur de l’ADL, Abraham H.Foxman, a déclaré que la caricature est «affreusement antisémite».

«L’utilisation bizarre et offensive de l’étoile de David, mêlée à une imagerie nazie, est affreusement anti-sémite», a affirmé Foxman mercredi. «Il emploie l’imagerie nazie en dépeignant Israël comme une créature sans tête, chaussée de bottes et marchant au pas de l’oie. La politique israélienne est montrée sans tête ou sans cœur».

Le personnage, armée d’une épée, pousse d’une main une étoile de David équipée de crocs et il poursuit une femme, Gaza, portant un enfant.

«L'opération militaire israélienne visant à protéger les vies d'hommes, de femmes et d'enfants perpétuellement bombardés par les roquettes du Hamas deviennent [dans ce dessin] des agresseurs sans tête et sans cœur», a répondu le directeur de l’ADL.

Le centre Simon Wiesenthal a également dénoncé ce dessin «qui imite le poison de la propagande nazie et soviétique» et a invité les sites web de journaux à l’éliminer.

9 février 2006

La guerre des images

Jyllands-Posten serait le champion "de la liberté de la presse, de la laïcité républicaine et des droits de l'homme" Le Monde. Pourtant, depuis le 21 janvier, le très conservateur quotidien danois étale à la "une" un reportage sur le baptême d'un prince royal : photos, articles et vidéos. Ce petit détail illustre les vrais intentions de ce journal quand il a publié, il y a plus de trois mois, une caricature assimilant l'Islam au terrorisme. Il ne s'agissait pas, comme certains voudraient nous le faire croire, de dénoncer le poids du religieux dans la société, mais bien de stigmatiser la population musulmane. Victime d'une ségrégation sociale et politique, elle est soumise aujourd'hui, au Danemark comme en France, à une campagne haineuse contre sa culture qui, dans l'imaginaire occidental, serait liée au terrorisme.

Il paraît que les caricatures produites au Danemark furent le résultat d'un test pour mesurer le degré d'autocensure des artistes. Mais alors, pourquoi ne se sont-ils pas attaqués à la religion dominante de leur pays ? Pourquoi, au lieu de soutenir la politique de l'extrême-droite [1] très restrictive en matière d'immigration et de droits des étrangers au Danemark, n'ont-ils pas caricaturé la famille royale et l'Eglise Danoise. Pourquoi les valeureux journalistes français, solidaires de cette provocation, ne disent pas que :
Dans la Constitution il est écrit que "l'Eglise évangélique luthérienne est l'Eglise du peuple danois" et qu'elle est soutenue par l'État.
Lorsque l'on est baptisé à l'Eglise Danoise, on en devient automatiquement membre, mais chacun est libre de s'en retirer par la suite. Néanmoins, 90% des Danois sont membres de l'Eglise Danoise. Un enfant baptisé reçoit un certificat de naissance et de baptême où sont inscrits son lieu de naissance, sa date de naissance son numéro personnel (plus ou moins comme celui de la sécurité sociale) ainsi que l'identité de ses parents. Si l'on ne souhaite pas faire baptiser son enfant à l'Eglise Danoise, on doit tout de même s'adresser à un de ses bureaux pour recevoir l'attestation de naissance et d'identité. L'enfant n'est alors pas membre de l'Eglise Danoise, mais tous les enfants doivent avoir leur numéro personnel, un numéro que seule l'Eglise Danoise est habilitée à délivrer. L'attestation de naissance et d'identité contient le nom de l'enfant, son numéro personnel, ses lieu et date de naissance ainsi que l'identité de ses parents, et éventuellement si l'enfant est baptisé dans une autre Eglise. [2]

Quand les médias hexagonaux associent unanimement "le monde arabo-musulman" à l'Islam et au terrorisme, ils font la preuve d'un racisme social, politique et culturel et, de plus, ils mentent sciemment.
- Les six pays les plus importants, en terme de population majoritairement musulmane, sont l'Indonésie, le Pakistan, le Bengladesh, le Nigéria, la Turquie et l'Iran; six pays non arabes.
- Si les peuples arabes sont majoritairement musulmans et de tendance sunnite, il ne faut pas oublier que pour beaucoup il s'agit plus d'une référence culturelle que religieuse et qu'il existe une minorité laïque trop souvent ignorée et très rarement soutenue.
- Enfin, il convient de rappeler que les grandes puissances, en premier lieu les États-Unis mais aussi Israël, ont depuis les années 1950 instrumentalisé les groupes islamiques. Les puissances occidentales ont armé, instruit et payé des groupes mercenaires se revendiquant de l'Islam pour faire la guerre à leur place. Ironie de l'histoire, les amis d'hier sont devenus les ennemis d'aujourd'hui [3].

Les médias, au Danemark comme en France, revendiquent hypocritement la liberté de la presse pour justifier leur racisme. Au nom de l'audimat, déguisé sous les trémolos de la république catholaïque, ils prônent une nouvelle guerre de religion avec les armes éprouvées de l'image. Cette technique n'est pas nouvelle. Elle fut largement utilisée par les puissances coloniales en Amérique au XVIe siècle, en Algérie et en Palestine au XXe siècle.
Pour des raisons spirituelles (les impératifs de l'évangélisation), linguistique (les obstacles démultipliés des langues indigènes), techniques (la diffusion de l'imprimerie et l'essor de la gravure), l'image exerça au XVIe siècle un rôle remarquable dans la découverte, la conquête et la colonisation du Nouveau Monde. Parce que l'image constitue avec l'écrit l'un des outils majeurs de la culture européenne, la gigantesque entreprise d'occidentalisation qui s'abattit sur le continent américain assuma - en partie du moins - la forme d'une guerre des images qui se perpétua pendant des siècles et dont rien n'indique qu'elle soit close aujourd'hui [4].

Un exemple, parmi d'autres, de ce racisme colonial nous est donné par Jean-Marcel Bouguereau dans son article "Salubrité publique" : "C'est une œuvre de salubrité publique car, comme ce fut le cas pour les autres religions, il faut habituer la religion musulmane à supporter la moquerie et la caricature." Vous avez bien lu ! Salubrité publique est un terme particulièrement insultant dans ce contexte puisqu'il désigne l'ensemble des mesures édictées par l'Administration en matière d'hygiène des personnes, des animaux et des choses. Il a été utilisé par beaucoup d'antisémites contre les juifs qu'ils comparaient à de la vermine dont il fallait se débarrasser parce qu'ils infestaient la "civilisation" occidentale. Les images et les mots sont des armes idéologiques qui précédent et accompagnent la guerre. Nous n'en sommes pas encore-là, mais "il y a quelque chose de pourri" dans cette société qui exclue les Français des DOM-TOM et des ex-colonies et qui diabolise leur culture.

Serge LEFORT
9 février 2006

Publié par Altermonde - Bellaciao.
Cet article a suscité 52 pages de pourriels (spams) de Jean-Marcel Bouguereau.

[1] Le Dansk Folkeparti (parti du peuple danois) a obtenu 13,3 % lors des élections législatives du 8 février 2005, soit 24 députés, et soutient la coalition du Venstre (parti libéral) et du Det Konservative Folkeparti (parti conservateur).
[2] Source Wikipédia.
[3] Sur cette question, trop longue à développer dans le cadre de cet article, voir :
• BIARNÈS Pierre, Pour l'empire du monde - Les Américains aux frontières de la Russie et de la Chine, Ellipses, 2003
• COOLEY John K., CIA et Jihad 1950-2001 - Contre l'URSS, une désastreuse alliance, Frontières, Autrement, 2002.
• FAURE Michel et PASQUIER Sylvaine, Washington-Islamistes Liaisons dangereuses, L'Express, 2001.
[4] GRUZINSKI Serge, La guerre des images : de Christophe Colomb à "Blade Runner" (1492-2019), Fayard, 1990.
Sélection bibliographique sur le même thème :
• BERTAUD Jean-Paul, Napoléon, le monde et les anglais : guerre des mots et des images, Autrement, 2004.
• Collectif, France-Algérie : images d'une guerre, Institut du monde arabe, 1992.
• FRECHES José, La guerre des images, Denoël, 1986.
• GRAFFENRIED Michael von, Algérie : photographies d'une guerre sans images, Hazan, 1998.
• SANBAR Elias, Les Palestiniens - La photographie d'une terre et de son peuple de 1839 à nos jours, Hazan, 2004.

4 février 2006

La caricature de la "liberté de la presse"

Quand Nicolas Sarkozy fait interdire un livre sur son épouse Cécilia, les médias se couchent et acceptent sans broncher la censure.
Quand un auteur s'aventure à critiquer les crimes de Sharon, les médias hurlent à l'antisémitisme avec les loups sionistes et revendiquent la censure.
Quand un obscur dessinateur danois assimile l'islam au terrorisme, les médias applaudissent et redécouvrent la liberté de la presse.



Les trémolos sur "la liberté de la presse" révèlent l'hypocrisie de médias aux ordres. Finalement ils accréditent la thèse fumeuse de Samuel Huntington sur le "choc des civilisations" en réduisant la politique à la religion et, en l'espèce, la victoire du Hamas à une guerre de l'islam contre le monde. Les médias s'allient sans complexe aux chantres de la "civilisation" judéo-chrétienne contre la "barbarie" de l'islam. Selon cette logique, il est normal de censurer l'affiche d'un film mettant en cause la collaboration des autorités catholiques avec les nazis et de faire l'apologie du racisme anti-musulmans.

Toutes les religions - le judaïsme, le christianisme et l'islam - tiennent le double langage de la tolérance et de la violence. De même, elles mettent toutes un voile sur les femmes. Les peuples indiens d'Amérique ont payé un lourd tribut à la colonisation de leurs terres, réalisée sous le drapeau du christianisme. Les Palestiniens payent chaque jour le prix de la colonisation de leurs terres, réalisée au nom du sionisme.



L'aspect nouveau est l'orchestration, à l'échelle européenne, d'une campagne par des médias qui diffusent, en même temps et en boucle, les mêmes images et les mêmes slogans. Il ne s'agit pas de convaincre et encore moins d'expliquer, mais de frapper l'imaginaire en manipulant la peur. Depuis le 11 septembre 2001, ce procédé domine totalement les médias selon la "logique d'entreprise" défendue par Le Monde, c'est-à-dire celle du marché capitaliste. La manipulation de l'information, dénoncée hier comme une arme du totalitarisme, est revendiquée aujourd'hui par les démocraties néo-libérales de droite comme de gauche.

Serge LEFORT
3 février 2006


Quelques textes critiques sur le "choc des civilisations" :
• Tariq Ali, Au nom du « choc des civilisations », Le Monde diplomatique
• Alain Gresh, A l'origine d'un concept, Le Monde diplomatique
• Thierry Meyssan, La Guerre des civilisations, Réseau Voltaire
• Cédric Housez, Vendre le « choc des civilisations » à la gauche, Réseau Voltaire